‹ Observations sur la curation des maladies organiques de la langueChapitre 13 sur 40 · BI · texte numérisé non relu

BI

sence d'une maladie aussi grave que Test le cancer de la langue. »

Ainsi, M. Gosselin n'a jamais vu que des opérations qui ont ^té suivies très-promptemeni de mort, ce qui ne Tempêche pas de dire que le chiffre des guérisons est encore assez considérable; d*où il suit que « toutes les fois que la tumeur est facilement ^iccessible, on doit V enlever avec Vinstrument tranchant ! » ( Com- ^end. même vol., p. 708.) Et voilà des hommes qui sont chargés d'enseigner officiellement la chirurgie à la jeunesse des écoles, au nom de l'État, et dans Tintérêt de l'humanité ! et <^'est avec de tels hommes qu'on croit pouvoir justifier le monopole de l'enseignement supérieur, et repousser l'enseignement libre ! Pauvre humanité !... Il faut tout dire, pourtant, et être Juste même envers M. Gosselin ; il a compris, à une certaine page de son travail, que, en présence de cette gravité du pronostic, on serait (en<^...»— Mais quand on est opérateur et surtout opérateur patenté, on succombe rarement à ces bonnes tentations...— « on serait tenté de s'abstenir de toute opération et d'abandonner les malades à leur triste sort; mais d'un autre côté, la facilité de certaines opérations, Yespoir involontaire que l'on conserve toujours de débarrasser définitivement d'un mal qu'on enlève en totalité, — (de débarrasser qui ou quoi?) — et le besoin qu'on a de ne pas laisser croire aux patients que leur affection est désespérée et incurable, ont jusqu'ici décidé presque tous les chirurgiens à offrir aux malades les ressources de la médecine opératoire. »

Ainsi, d'après ce consolant professeur, ne pas montrer le couteau aux malades, c'est leur laisser croire que « leur affection est désespérée! » — Pauvre affection qui se désespère I — d'où il suit que, pour les chirurgiens de cette catégorie, tout espoir réside dans le couteiiu, et que hors du couteau et de c la facilité de certaines opérations, » il n'y a point de salut! Toutes les fois qu'une opération sera facile, il ne faudra pas la manquer, telle est la mora^^ f^^ ''"**' ' - •

Nos lecteurs trouveront, nous aimons à le croire, que c'est assez de ce langage, de ce professorat et de cette chirurgie, et qu*il est temps d'envisager le grave sujet que nous traitons d'une manière plus conforme à la raison ou plutôt au simple bon sens, et dans un langage plus dépouillé de cette barbare et niaise rhétorique.

Avec M. Broca, qui n'est pas un professeur de même qualité <[ue son plaisant collègue, on est toujours sûr de trouver un langage, sinon toujours très-simple, au moins correct, élégant et clair, pourvu, bien entendu, qu'il ne s'agisse pas de métaphysiqne. M. Broca est donc, aussi, partisan de ropération, non pas parce que l'opération guérit, mais seulement parce qu'elle prolonge la vie des malades ; la raison serait assurément suffisante, si elle était vraie ; mais nous croyons que M. Broca n'en a pas suffisamment prouvé la vérité. L'unique de ses arguments qui paraisse avoir quelque poids, est la statistique de M. Paget, laquelle prouve, suivant M. Broca, comme suivant l'auteur, que soixante et une femmes atteintes de squirrhe du sein et opérées ont vécu six mois de plus que quarante une non opérées, et qu'elles sont redevables à Topération de ce prolongement de la vie. Nous croyons pouvoir affirmer à notre savant confrère que, s'il veut prendre la peine de peser plus attentivement les observations de M. Paget, la conclusion qu'il en déduit lui paraîtra moins claire ; il est hors de notre objet de la discuter ici. Mais M. Broca ajoute quelque chose de moins sûr encore, quand il dit que les conclusions qui découlent de la statistique de cent deux squirrhes du sein « sont applicables à tous les cancers accessibles à la chirurgie, car la maladie cancéreuse est une, quel qu'en soit le siège, et quelle que soit la dureté ou la mollesse des tumeurs primitives ou consécutives. » {Trait, des tum., p* 588,)

Gomme M. Broca, je crois que la maladie cancéreuse est une (sans avoir plus que lui une certitude complète à cet égard), et sous les réserves ç\\xe \'^\ ^^\\.^%^\^^fe4fc\xva^e.al; mais, malgré

cette communauté d'opinion, j'avoue que je n'ai pas été peu surpris de voir que M. Broca, qui a si habilemeiU ilisserti^ sur Vin/Iutnce de larégion elsu'c\nloi d'analogit, se croyait néanmoiHs en droit d'appliquer, sans hésitation aucune, au cancer d'un organe, des déductions applicab!es"au cancer d'un autre organe; je ne m'étonne pas moins qu'il ait cru pouvoir appliquer a un cancer mou ce qui pourrailèlre vrai d'un cancer dur ttviee versa. L'erreur de M. Broca sur ces deux points est même telle , qu'il nous parait à peine utile de la relever:!! 'est pas un praticien qui, parce qu'il aurait enlevé sans inconvénients ou même avec un certain avantage, un cancer du sein, puisse se croire assuré d'enlever avec le même résultat, bon ou mauvais, un cancer de la langue ou de l'utérus; il conclura bien moins encore d'un cancer mou à un cancer dur, et vice tjersa, et c'est en grande partie à cause de l'incertitude qui jègne dans la statistique de M. Paget, sur la forme des cancers dont il a supputé les cas, qu'il est impossible d'en tirer des déductions rigoureuses.

Quant il cet autre argument, invoqué par M. Broca, qu'en enlevant un cancer, on enlève une cause qui contribue puissamment a la mort, l'infection, l'argument serait bon si la théorie de t'infeciion n'était pas une chimi;re, et s'il n'en coùloil pas plus d'enlever une langue, un sein ou une matrice, que de couper un cor au pied. Mais on sait qu'il n'en est pas tout à fait ainsi : il y a bon nombre de cas connus, sans compter les inconnus, dans lesquels la mort a été la suite immédiate de l'opération, comme dans le cas rapporté par M. J. Cloquet et dans beaucoup d'autres. Sur dix-huit opérations de cancers cutanés signalées par M. Lebert, ce résultat a été observé six fois. Je veux bien que H. Lebert n'ait pas été favorisé, et qu'il ne meure pas habituellement un tiers des malades, des suites Immédiates de l'opération, mais il n'en résulte pas moins que la première chose à faire pour établir de bonnes statistiques, c'est de tenir un compte exact de ces faits, ce qui ne fera guère

possible, tant qu'un certain nombre de chirurgiens n'aura pas la patience et la conscience de publier les observations de toutes les opérations qu'ils pratiquent, sans exception aucune.

En attendant, on est obligé de s'en tenir à l'impression qu'on a reçue des faits restreints qu'on a eu l'occasion d'observer, et aux déductions qu'on peut tirer des données pathologiques et physiologiques. Or, ces données et ces faits généraux ne nous paraissent pas pouvoir permettre à un praticien judicieux de tenter une amputation de la langue.

Quant aux données doctrinales et aux faits spéciaux, ils ne la condamnent pas moins. Sur quelles données doctrinales M. Broca s'appuie-t-il, en effet, pour admettre que l'opération « doit avoir pour résultat de prolonger la vie des malades? » {Trccit. des tum., p. 589.) Il les résume lui-même succinctement, mais complètement, dans les lignes suivantes :

c La cause naturelle de la mort des cancéreux est l'infection particulière dont la tumeur est le point de départ; le temps qui s'écoule depuis le jour de l'opération jusqu'au moment où la tumeur récidivée a acquis un certain volume est donc du temps gagné pour la vie. Voilà ce que dit la théorie, et elle est parfaitement d'accord avec le fait expérimental qui ressort des relevés de M. Paget. Mais cette théorie est applicable à tous les cancers opérables. » {Loc. ct(., même page.)

Ainsi, toutes les données doctrinales se réduisent k la théorie de l'infection par la tumeur ou par l'ulcère, quand il n'y a pas de tumeur, théorie que rien ne justifie, que tout condamne, au contraire, ainsi que nous l'avons surabondamment montré précédemment ; théorie qui est encore plus erronée, s'il est possible, dans les cas où Ton applique notre médication, car le résultat immédiat et constant de cette médication est de détruire tout mouvement de putréfaction, et d'empêcher, par conséquent, toute infection putride; quant à cette autre infection qui résuUeml aie V^^o\^>Iwû. \^\^\^\kÂRîAft dfts éléments

cancéreux, elle est tellement en opposition avec toutes les notions de physiologie et de pathologie générales, que ce serait vraiment abuser de la patience du lecteur que d'ajouter une ligne nouvelle à ce que nous en avons dit précédemment. C'est avec cette excellente idée de faire « gagner du temps à la vie » des malades, et de poursuivre énergiquement les récidives« que Blandin, cité et approuvé par MM. Broca et Lebert, opère un malade cinq fois en cinq mois, jusqu'à ce qu'enfin, le pauvre patient reste sur le champ de bataille de la chirurgie ! (Lebert, Mal. cancer.) Serait-il mort en cinq mois, si on ne lui avait pas fait gagner du temps? Dieu seul le sait; mais la chirurgie militante aura bien au moins la pudeur de ne pas oser le soutenir.

Ces prétendues données doctrinales, qui se réduisent à une théorie erronée sur l'infection, ne justifient donc en rien l'opération, que des données doctrinales plus sérieuses condamnent.

En voici une, d'abord : la maladie cancéreuse est une maladie diathésique; il y a un état général morbide, avant l'apparition d'aucune lésion locale ; c'est ce qu'aucun chirurgien ne méconnaît, pas même M. Lebert, qui, plus diathésiste, en cela, que les plus grands diathésistes, croit, — chose inouïe, pour un partisan de l'opération, — que cette diathèse peut continuer sa marche, après une opération en apparence heureuse, et tuer le malade, en l'absence de toute localisation nouvelle. Nous avons réfuté cette simple vue de V esprit, qui ne s*appuie sur aucun fait; mais ce qui est vrai, c'est que toute iocalisation existante est un champ où la cause de cette localisation, — parasitaire ou autre, — exerce son activité; et ce cg[ui est probable, c'est que, lorsque ce champ d'activité lui est nlevé, sans qu'on fasse rien contre la cause elle-même, il lui n faut un autre; elle doit donc travailler à se préparer ce hamp nouveau, et, si elle y travaille, elle doit nécessairement u presque nécessairement y travailler avpo. t\\\\& cV'aovw^^

avec plus de dommage pour Torganisme, que si le champ était déjà en culture. Les nombreux cas dans lesquels nous avons observé ces sortes de balancements entre Tétat de la langue et celui des ganglions, nous parait donner un certain poids à cette probabilité, qui du reste parait naturelle. Il est, d'ailleurs, remarquable que toutes ces prétendues théories mécaniques de l'infection et autres, ont toujours ou presque toujours été imaginées par des chirurgiens peu familiarisés avec les notions de pathologie générale, et que ces théories seraient ridicules, si on les appliquait à la morve, à la syphilis constitutionnelle, à la goutte, etc. Où trouver un médecin assez insensé pour proposer k ses confrères de guérir la goutte en enlevant une tumeur tophacée, ou une syphilis constitutionnelle, en enlevant une gomme syphilitique? Les chirurgiens diathésistes ne fontils pas quelque chose d'analogue ? Nous ne voulons pas dire quelque chose d'identique, car la tumeur cancéreuse a par ellemême plus d'inconvénients qu'un tophus ou qu'une gomme; mais, au point de vue de la diathèse, l'analogie est complète. Il est une autre considération pratiquement plus sériease encore que la précédente, qui milite contre l'opération; c'est que dans un organe comme la langue, qui est si peu volumineux et qui a une vie physiologique si active, aucune parcelle de son tissu n'est à dédaigner; or, nous savons, même par les observations microscopiques de M. Lebert, qu'au sein des formations cancéreuses se trouvent encore des fibres musculaires intactes ou seulement modifiées, plus ou moins profondément, par la formation du produit morbide. L'opération sacrifie nécessairement ces fibres; bien plus, comme elle doit trancher lar^emmc dans les parties saines, elle sacrifie une très-grande quantité de tissu qu'il serait important de conserver, tellement impor- ^ tant, que, toutes les fois que la langue n'est pas immobilisée,^, par l'induration, elle accomplit, quoique malade, beaucoa{^^ mieux ses fonctions, qu'elle ne les accomplira, guérie par^^ l'opération.

De quelque côté que l'on envisage la question, ta conclusion *3l la même : l'amputation de !a langue est une pratique détestable, que tout chirurgien pénétré de sa véritable mission humanitaire, devra s'abstenir de pratiquer, aujourd'hui surtout qu'une méthode de traitement permet d'obtenir ce qu'on demandait à l'opération et ce qu'elle ne donnait jamais.

M. Maisonneuve, il est inutile de le dire, n'est pas de cet avis; plus logique à sa manière que M. Gosselin, ce qui n'est pas dif!icile, ce n'est pas parce qu'on ne guérit jamais, ou parce qu'on prolonge la vie de quelques mois (comme le prétend

U. Broca], qu'il esl partisan de l'opération, c'est parce

qu'on guérit toujours!

11 est certain que cette raison est meilleure que celle de U. Gosselin; il ne lui manque que d'être aussi vraie. Elle le Berait, si l'on partageait les illusions de M. Maisonneuve, illu- BÎons bien séduisantes, puisque sur vingt-trois cas d'opération qu'il rapporte dans sa clinique, on compterait vingt-deux cas de guërison ! Mais M. Maisonneuve a une manière d'entendre la guérison, qui est peut-être celle de feu Lisrranc, mais qui n'est pas celle de tout le monde.

Par exemple, uu de ses malades, le docteur James, est opéré, pour un épithélioma de la langue; M. Maisonneuve décrit très-minutieusement le procédé opératoire, qui est excellent; il note que le malade esl guéri au quarantième jour; mais il Oublie de noter qu'une récidive est survenue au bout de six semaines ou deux mois, qui a emporté le malade, avec ou sans le secours d'une nouvelle opération ! Pour M. Maisonneuve, donc, la guérison c'est la cicatrisation de la plaie résultant de l'opération; en un mot, la guérison, ainsi que M. Uaisonneuvc le dit très-naïvement, dans sa seconde observation, c'est la résistance il l'opération; « le malade, dit-il, sortit, nu bout de deux mois, guéri de son opération; » ce n'est pas tout h fait la même chose que d'être guéri de sa maladie. C'est de la même façon que sont guéris dix-sept malades sur

¥Ûst-iroî$; des ax aalres, Fon (celui de J. Gloquel) a suceombê, oomiBe oo sût, en trois jours et demi, et quant aux cinq restants, on ne sait pas même s*iis sont guéris de leur opération. L'on de ces dnq ayant élé observé par notre célèbre, savant et Tênéré maître^ M. le professeur Sédillot, nous lui avons écrit pour saitiir quelles avaient été les suites de l'opération, dans œ cas ; voici la réponse qu'il a bien voulu nous faire :

c Strasbourg, 24 juin 1868.

c Mon cher confrère,

« Il y a si longtemps que Tobservation de la femme dont TOUS me parlez a été recueillie, que mes souvenirs en sont un peu confus. Cependant, je crois que cette femme est morte de la récidive, ou phiiol de la continuation de son cancer. Je n'opérerais plus, aujourd'hui, de cancer occupant la base de la langue, et s'étendant jusqu'auprès de Tos de Tisthme du gosier.

c Je n'hésiterais pas à le faire pour des tumeurs bénignes; mais les cancroîdes de la langue sont très-tenaces, et j'en ai obtenu peu de guérisons.

c H y a dans ces sortes de lésions des différences encore peu connues, puisque les unes récidivent avec une déplorable rapidité, tandis que d'autres restent guéries.

« Une femme traitée h la Clinique par Tablation, avec des ciseaux courbes, et tamponnée ensuite avec du perchlorut^ de fer, pour remédier à une hémorrhagie, était encore bi^^ portante et sans récidive quelques années plus tard, sa^^* que je puisse deviner les raisons de cette sorte d'innocui*^ exceptionnelle.

« Vous savez mon opinion sur les hémorrhagies lingual^^' qui s'arrêtent presque constamment d'une manière spontan^^'

« Il est très-important d'enlever les ganglions sous-ma3^^*^' laires, lorsqu'il en existe d'apparents. En quinze jours de ter^^^

un ganglion pelU, indolore, mobile, prend c devient énorme ei inopérable.

« Mille compHmenls.

i adhérences et

IJe n'avais demandé qu'un renseignement à mon célèbre maître, et il m'a comblé, en m'en envoyant plusieurs, et des plus précieux. Je voudrais pouvoir y insister autant qu'ils le ] méritent, mais je ne puispas m'éloigner trop de l'objet en discus* I sion. On me pardonnera, cependant, tant a d'importance au I point de vue de la pratique, tout ce qui sort de la plume de I M. Sédillot, de faire remarquer que le consciencieux et judicieux observateur est parfaitement pénétré de la gravité du caucroïde de la langue, et qu'il n'est guère disposé, aujourd'hui, à opérer que les tumeurs bénignes, qui sont, d'ailleurs, exceptionnelles, et souvent impossibles h distinguer des autres. Nous espérons qu'après avoir porté son jugement si droit et si élevé sur les observations de son très-dévoué et Irès-respectueux élève, le maître sera moins disposé encore à porter le couteau sur les tumeurs de la langue, quelque légitime conâance qu'il puisse avoir dans son habile et heureuse main.

Pour en revenir h notre objet, on voit que la malade de notre excellent mnitre est, comme ceux de M. Maisoiiueuve, guérie de son opération et morte de sa maladie. Il en est probablement ainsi de tous les autres.

Aussi, n'est-ce pas dans l'espoir d'obtenir la guérison que l« plupart des chirurgiens défendent l'opération; ils la défendent comme palliatif, ainsi que le dit M. Lebert, dans l'une de ses deux manières d'apprécier l'opération ; nous disons de ses deux manières; il en a même une troisième, qui est peut-être inlermèdiaire aux deux autres, mais que nous avouons ne pas très-bien comprendre; nous ne savons si nos lecteurs seront plus heureux que nous : » Abandonnée h elle-même, dit

M. Lebert, la maladie — (le cancer de la langue) — se termine ordinairement — {ordinairement veut dire toujours, c'est une manière de varier ses expressions) — par la mort, dans Tespace d'un an à quinze mois. L^opération peut interrompre^ sinon retarder cette marche fâcheuse. » [Mal. cancer. y p. 433.) J'avoue que je ne saurais me faire aucune idée d'une interruption qui ne ralentirait pas la marche d'une maladie, ni une marche quelconque, ou plutôt j'avoue qu'une seule idée me paraît possible, c'est que cette interruption soit une interruption définitive, et alors, la marche n'est pas, en effet,

ralentie; elle est tout le contraire. Cependant nous ne croyons pas que ce soit là ce que M. Lebert a voulu dire, puisqu'il croit « quHl est bon d'opérer le cancer de la langue, tant qu'on peut circonscrire le mal et l'enveler en totalité, tant que la constitution n'a pas encore éprouvé une profonde atteinte, tant que des signes de cancer dans des organes inaccessibles au bistouri ne se sont pas manifestés! » {Loc. cit., p. 437.) Ce n'est pas, évidemment, pour arriver à l'interruption définitive que M. Lebert conseille de poursuivre le cancer dans les organes accessibles au bistouri, d'autant plus qu'il ne poursuit pas ces organes avec timidité : « Nous espérons, dit-il à propos du cancroïde de la peau, que ces chiffres deviendront plus favorables, lorsqu'on sera davantage pénétré de la nécessité d'attaquer le cancroïde plus énergiquement qu'on ne le fait aujourd'hui, de l'enlever largement et dans les parties saines (1), et de poursuivre les récidives à l'état naissant et aussi longtemps que le bistouri et les caustiques pourront les atteindre îtAsqu'à la limite des opérations possibles ^ n'importe quUl faille enlever les

(i) Par respect pour la logique, on nous permettra bien de faire remarquer que, si on enlève dans les parties saines^ ce n'est pas le cancroïde qu'on y enlève, car s'il y avait du cancroïde, elles ne seraient pas saines. Il fallait donc que M. Lebert conseillât franchement d'enlever le cancroïde, plus des parties saines autour de ui, et môme il aurait bien fait de dire combien de ces parties saines on doit enlever, suivant lui.

parties molles dans une vaste élendue, réséquer les os et extirper lei glandes lymphatiques à mesure qu'elles se prennent. ' (ital. cancer., ^.G^.)

Certes, voilà une chasse vigoureuse, et, en l'appliquant & la poursuite du cancer de la langue, je ne sais trop ce que M. Lebert ne réséquerait pas; la tête entière pourrait bien y passer. Reste à savoir si les chirurgiens trouveraient beaucoup de maladesdîsposés il laisser chasser ainsi sur le terrain de leur corps, surtout quand ils sauront ce que M. Leberl leur promet, ailleurs, en échange de cette tolérance. Ce qu'il leur promet, c'est qu'en poursuivant le mal avec celle énergie, on n'est pas bien sûr de l'atteindre, et qu'en tranchant ainsi, dans les parties saines, on pourrait bien ne trancber que dans les parties qu'on croit être saines, mais qui pourraient bien no l'être pas : ■ Nous signalons, dit M. Lebert, pour le cancroïde cutané en général, un fait qui nous paraît de laderntère importance pratique et qui a aussi été constaté par M. FoUin, c'est que souvent les parties ambiantes de la portion de la peau malade sont également infiltrées d'épiderme d'une manière diffuse, ce qui facilite singulièrement les récidives lorsque l'opération n'a pas été faite dans une grande étendue. ■> (/.oc cit., p. G68.) Et comme celte grande étendue n'a été déterminée ni par M, FoUin, ni par M. Lebert, ni par personne, par l'excellente raison qu'elle n'est pas délerminable, il en résulte qu'elle n'a d'aulres limites que les caprices ou les Inspirations de chaque chirurgien, et que, pour le cancer de la langue, elle pourrait bien comprendre la tête et le cou, et qu'elle le devrait même, dans les cas oii les ganglions du cou sont engorgés.

En voilà plus qu'il ne faut, je crois, pour détourner de l'ablation de la langue tout chirurgien consciencieux et éclairé, qui ne cherchera dans l'opération que l'inlérêt des malades dont il a obtenu la confiance ; nous allons cependant résumer en quelques mots les molil's sur lesquels noire opinion se fonde

afîa de la graver, .Vil est possible, dans l'esprit du lecteur, il s'agit ici, tout à la fois d*uQe grande question de pratique médicale et de morale générale et professionnelle, on ne saurait trop insister et s'expliquer trop nettement sur de semblables questions :

1^ L'opération ne guérit pas le cancer delà langue, c'est un point sur lequel tous les chirurgiens éclairés et consciencieux sont unanimes; les récidives ont été constantes, jusqu'à ce jour, car les deux cas de guérison communiqués à la Société de chirurgie fussent-ils exacts, qu'ils n'auraient pratiquement aucune valeur, en présence des innombrables faits opposés, où la maladie s'est reproduite et a conduit les malades à la mort ;

2^^ Aucun relevé statistique ne prouve même que l'opération puisse prolonger la vie des malades; tout, au contraire, tend à démontrer qu'elle l'abrège, et, dans beaucoup d'observations, cela semble même incontestnble, telles sont nos observations 28 et 33, tel est le cas de M. Gosselin cité ci-dessus (p. 182) et un grand nombre d'autres;

3^ Dans certains cas dont nous ne connaissons pas le nombre parce que les chirurgiens ont manqué à leurs devoirs les plus stricts, en se dispensant de les faire connaître tous, les suites immédiates de l'opération ont entraîné la mort des malades;

4^ Quant aux considérations de pathologie générale et spéciale, elles tendent toutes à prouver que l'opération ne peut avoir absolument aucune influence heureuse sur la cause de la localisation morbide, et qu'elle peut plutôt activer l'action de cette cause, en lui enlevant l'aliment sur lequel elle exerçait cette action.

Pour tous ces motifs, plus longuement développés dans tout le cours de ce travail,

l'amputation de la langue doit être repoussée d'une manière

ABSOLUE, COMME MÈTHOliE eW^KIVS^ Wi ^K^^^Sî^ ^^ e^ ORGANE,

Conlrairement àTopinionde M.Lebcrt, qui pense qu'ilfaut ou enlever tout le malou n'y pas toucher, nous croyonsqueFonpourrail enlever certaines portions d'une tumeur de la langue, certaines végétations trop développées, non pour guérir la maladie, mais pour garantir les malades contre ces menaces de suffocation dont plusieurs chirurgiens ont parlé. Nous n'avons pas trouvé dans notre pratique, ainsi que nous l'avons déjà dît, des cas où cette indication se soit présentée; mais il faut bien en admettre la possibilité, puisque tant d'auteurs en parlent, et Ton doit par conséquent, les prévoir. Toutefois, même dans ce cas, il ne faudrait enlever de la tumeur que le strict nécessaire, pour rétablir la liberté de la respiration el soustraire le malade h l'éventualité d'accidents immédiats graves, car toute opération, même légère, peut avoir ses dangers, et le premier

devoir du médecin qui comprend sa mission, est de ne point faire de mal, quand il ne peut faire le bien.

L*ablation partielle devra être pratiquée avec le caustique électrique ; le bistouri doit, autant que possible, surtout dans les grandes villes, être banni des opérations, en général, plus particulièrement des opérations pratiquées sur des organes atteints de cancer, et plus particulièrement encore de celles que l'on pratique sur la langue cancéreuse.

L*écraseur linéaire ou la ligature de Mayor, perfectionnée par M. Maisonneuve pourraient être encore employés, mais avec beaucoup moins d'avantages que le caustique électrique, parce qu'on ne peut pas, avec ces instruments, enlever exactement ce qu'on veut, ni partout où Ton veut, surtout quand il s'agit de petites portions de tissus, et Ton ne peut pas, non plus, agir avec autant de promptitude qu'avec le caustique galvanique; leur action, en outre, est plus douloureuse que celle de ce dernier instrument, qui agit à peu près sans provoquer aucune douleur.

Quant aux caustiques chimiques, il est iroç éNVà^itA.^'^^îi'^

sauraient êlre appliqués sur des surfaces un peu étendues de rintérieurde la bouche.

Page 1