‹ Observations sur la curation des maladies organiques de la langueChapitre 14 sur 40 · TRAITEMENT CURATIF PAR NOTRE NOUVELLE MÉTHODE · texte numérisé non relu

TRAITEMENT CURATIF PAR NOTRE NOUVELLE MÉTHODE

Si nous parvenons, comme nous en avons Tespoir, h faire entrer dans la pratique générale notre nouvelle méthode de traitement du cancer, il est probable qu*on découvrira, dans quelque opuscule du docteur Lemaire ou ailleurs, l'exposé complet de ce traitement avec une foule d'observations à l'appui. Le moment sera venu alors de défendre nos droits, comme nous avons été obligé de le faire pour les applications médicales de l'acide phénique en général (voy. Nouv. applic. dt Vacide phénique). Quant à présent, nous sommes loin d'en être là. On a vu comment M. Maisonneuve résume le traitement du cancer de la langue : « Malgré les observations de cancer guéri par le mercure, la ciguë, Tiode, les préparations d'or, tous les chirurgiens sont d'accord qu'on ne peut guérir les tumeurs cancéreuses de la langue qu'en les détruisant. » C'est tout ce que M. Maisonneuve dit du traitement, la médecine opératoire exceptée, bien entendu. Ce n'est pas long, et cependant le Compendium de chirurgie est plus court encore... il ne mentionne même pas d'autres moyens de curation que les divers procédés ou méthodes opératoires. On a vu précédemment comment M. Lebert conçoit le traitement (voy. ci-dessus p. 242); on doit seulement ajouter à la citation que nous lui avons empruntée que l'efficacité du traitement médical est non-seulement nulle, dans le présent, mais qu'il est à peu près impossible qu'elle ne continue pas à l'être, dans l'avenir. Aussi, l'avenir, tout l'avenir de la curation du cancer se résume-t-il, pour M. Lebert, dans ces mots : pour la forme hétéromorphe, ne rien faire ou faire des opérations qui ne servent à rien qu'à tuer les malades, parfois dans la çroçortion de six sur dix-huit !

dans la forme cancroîdale, couper toujours, couper de bonne heure, couper profondément, largement, en plein tissu sain, sans s*arrêter ni devant les vaisseaux, ni devant les glandes, ni devant les os, ni, en un mot, devant aucun obstacle.

Dans cet unanime concert de coupeurs et d'instrumentistes, M. Broca presque seul met une sourdine à sa voix ; pour lui, il est possible que l'avenir recèle quelque spécifique de la diathèse cancéreuse; il est possible même que ce spécifique se trouve « parmi les centaines de médicaments que les médecins ont opposés aux cancers internes ; mais quand même ils auraient eu la bonne fortune de mettre la maiq sur ce spécifique et de l'expérimenter avec persévérance, ils en auraient méconnu les propriétés ; voyant la tumeur continuer sa marche, et le malade mourir infecté par elle, ils auraient naturellement pensé que le traitement est sans efficacité, d (7Vatt. des tum,, p. 393.) C'est, comme on voit, la contre-partie de l'erreur de M. Lebert ; ce dernier croit que, lors même qu'on enlèverait toutes les productions cancéreuses locales et qu'on les empêcherait de repulluler, la diathèse n'en continuerait pas moins sa marche et tuerait les malades, sans localisations; M. Broca croit que si Ton détruisait, si l'on « neutralisait » la diathèse, les localisations n'en continueraient pas moins à infecter l'économie, et h la conduire à l'extinction. Aussi, pour M. Broca, « l'opération est-elle un préliminaire indispensable, mais insuffisant des médications internes. » {Ibid.) Ces deux opinions opposées, quoique professées par deux auteurs qui sont toujours censés être d'accord, ne sont pas moins erronées Tune que l'autre, et, s'il y en avait une d'admissible, ce serait encore plutôt celle de M. Lebert, parce qu'elle a du moins l'analogie pour elle ; il est, en effet, un assez grand nombre de maladies diathésiques qui peuvent tuer sans produire de localisations insignifiantes; il ne serait donc pas étonnant qu'il en fût de même du cancer; mais la question n'est pas de savoir si cela serait ou ne serait pas étonnant, mais bien si cela est; or, celan'esli^^^, fesv^^tîv-

ment, d*une manière générale, et M. Lebert n*a produit même aucun fait exceptionnel à Tappui de son assertion, qui reste à Tétat de simple vue de Vesprit. Malgré les analogies qu'elle peut avoir pour elle, elle n'est, en définitive, pas mieux établie que celle de M. Broca. Quant à nous, nous avons la conviction, nous pourrions dire la certitude que, lorsqu'on découvrira un spécifique de la diathèse cancéreuse, ce spécifique ne détruira pas moins les localisations que la cause à laquelle elles sont dues ; et si, dans les productions locales, il se trouve des parties qui ne puissent être résorbées par les mouvements interstitiels de décomposition et de recomposition, elles seront réduites à Tétat de simples corps étrangers, qui seront expulsés par gangrène ou s'enchâtonneront au sein des tissus, où ils deviendront inofiensifs, sans y causer cette infection chimérique à laquelle on fait jouer un si grand rôle.

D'après ces considérations, nous croyons pouvoir conclure que, dans les « centaines de médicaments, » — plus ou moins — dont parle M. Broca, et qui ont été suffisamment expérimentés, il n'en est aucun qui puisse neutraliser la diathèse cancéreuse; seulement, nous croyons, avec lui, que ce spécifique n'est pas impossible à trouver, et nous avouerons même que, plus ardent que lui dans cette foi, nous avons la faiblesse de le chercher. Il nous faut bien reconnaître que, jusqu'à ce jour, nous n'avons pas eu la bonne fortune de le trouver; mais nous avons la consolation d'avoir trouvé quelque chose qui, sans répondre complètement à nos aspirations, nous a déjà amplement dédommagé de nos peines. Ce quelque chose, que nous avons fait connaître déjà d'une manière générale, que nous allons faire connaître plus en détails, dans son application spéciale au cancer de la langue, c'est la médication phéniquée.

L'acide phénique n'est pas, je le répète, le spécifique, ou si Ton veut bien me le permettre, le parasiticide cancéreux p^^

excellence, celui qui doit représenter le dernier progrès de la thérapeutique anticaucéreuse ; mais, parmi les nombreux parasiticides que j'ai expérimentés, c'est encore celui qui a fourni les résultats les plus positifs. Dès 1864» j'ai fait connaître quelques-uns de ces résultats; ils étaient peu nombreux, mais néanmoins très-concluants. Les procédés pourTa^pplication de Tacide phénique étaient alors fort imparfaits ; je les ai considérablement, et je crois pouvoir le dire, très-heureusement modifiés, depuis, et les faits nouveaux que je soumets aujourd'hui à l'appréciation du public me paraissent établir que ma méthode est déj^ parvenue à un point où elle peut rendre les plus importants services h la pratique, sans préjudice des perfectionnements que lui réserve l'avenir. Je vais l'exposer en quelques mots, telle que je la mets actuellement en pratique.

J'ai dit précédemment que c'est au cancer de la langue et à celui de l'utérus que l'on peut appliquer le plus complètement la nouvelle méthode de traitement, et que c'est là, par conséquent, qu'elle doit produire les résultats les plus avantageux, s'il y a quelque chose de fondé dans les opinions que je me suis faites sur les causes du cancer: celui-ci, en effet, étant supposé dû h un ou plusieurs parasites, il faut, non-seulement trouver un parasiticide. mais encore, ainsi que je l'ai dit également, le faire pénétrer jusqu'à l'être, animal ou végétal, qu'il doit chasser ou détruire. Il est évident que, pour obtenir celte pénétration, on n'a qu'un moyen, dans les cancers internes, c'est l'absorption intestinale ou endermîque, et peut-être Tab* sorpiion respiratoire ; tandis que, dans les cancers externes, on a, outre cette absorption, celle qui peut s'opérer directement par les surfaces des parties malades, et il paraît naturel de croire que l'absorption, par cette surface est plus facile, quand l'organe est formé d'un tissu plus ou moins spongieux, recouvert d'un épithélium très-tenu comme la langue ou l'utérus que lorsque l'organe est formé d'un tissu serré et rftp.niivftrt

d'un épiderme épais, comme Tenveloppe cutanée. La langue est peut-être même dans des conditions plus favorables que Tutérus, non-seulement, parce que sa surface hispide présente des conditions plus favorables à l'absorption, mais aussi parce qu'il est plus facile d'employer les moyens propres à faciliter cette absorption. L'emploi de ces moyens constitue, en effet, une partie de ma méthode qu'il me parait indispensable de ne pas négliger. Cependant, il existe souvent une circonstance qui contrarie singulièrement Tabsorption, à la langue: c'est Tabondante salivation, parfois gluante, qu'on observe dans le cancer de cet organe. Sous ce rapport, les conditions de Tutérus sont plus favorables, lors même que l'écoulement utérin est abondant; cet écoulement, à cause de la facilité avec laquelle il s*écoule. ne baigne jamais qu'une partie de la surface du col, et les pansements qu'on peut laisser à demeure, agissent toujours avec plus ou moins d'activité. Il n'en reste pas moins ^ établi qu'à part quelques cas particuliers, la langue et l'utérus ^ sont les deux organes oii l'application de la médication para — siticide peut être faite avec le plus d'avantages.

Le parasiticide auquel, après bien des essais, je me sui^^^^^^^ig arrêté, c'est, on le sait déjà, l'acide pbénique. De tous ler^ ^^^ autres agents que je supposais devoir agir dans le même sentf:r^^fi3 et que j'ai expérimentés, trois m'ont paru dignes d'être coira^ oqq. serves : l'arsenic, le sublimé corrosif et divers naphtes, ma-^^^^-Qg^js surtout le naphte d'Orient connu sous le nom û*ither d^Orienm^^z^i, Ces divers moyens sont mis en usage alternativement ou cooro «qdcurremment, ainsi que je vais l'indiquer.

La base essentielle de la médication est, dans tous les csEr.^> cas, l'acide phénique, intus et extra; je n'en interromps radminf^:H^nistration à l'intérieur que lorsque l'estomac me semble s'*",^ s'en fatiguer; je ne l'interromps jamais à l'extérieur; j'en dimioc^f Jnue seulement parfois la dose, pour lui associer un autre para^-^rasiticide, quand uue titïvfe\\ot^\\ci\\v^^4.^ \.^^^ ^ ^e manifester -r» ou

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quand une amélioration obtenue se ralentit pendant trop longtemps et^ kplus forte raison, rétrograde.

La plus importante application locale de Tacide phénique est celle que je fais à l'aide d'un pulvérisateur assez puissant pour que je puisse donner au jet de poussière phéniquée une force de projection supérieure à celle que peuvent supporter les malades; j'arrive ainsi, quand je le juge opportun, aux limites d'énergie tolérables par le malade qui possède la plus grande tolérance possible.

Quand j'ai affaire à une langue très-dure, peu sensible, et qui saigne difficilement, je vais ordinairement jusqu'aux limites de cette tolérance; dans les cas contraires, je me laisse guider par la sensibilité et la tendance aux saignements, je ne dis pas aux hémorrhagies, parce que je n'en ai jamais observé, à la suite de mes pulvérisations; mais j'ai souvent observé des saignements que, malgré leur peu d'abondance, il faut, autant que possible, éviter. En résumé, la règle est de donner à la douche pulvérisée toute la puissance compatible avec la sensibilité des parties et la disposition aux saignements. Lorsque la sensibilité est très-grande, il peut arriver que des douches, même modérées, ne puissent être supportées; il faut alors faire précéder la pulvérisation d'une onction avec l'iodoforme en poudre, une solution de bromure de potassium ou, mieux encore le glycérolé à l'acide phénique; à la suite de cette onction, on administre une douche pulvérisée très-courte; les malades ne tardent pas alors à s'y habituer et à supporter la douche normale. Au reste, ce sont là des cas très-exceptionnels, car, loin d^augmenter la douleur, la douche la calme ordinairement, souvent dès le premier jour.

La durée de la douche est ordinairement de dix à quinze minutes; elle doit être également proportionnée à la sensibilité des malades, et aussi, malheureusement, au temps dont il peuvent disposer, ainsi que le chirurgien. Notre organisation thérapeutique, si l'on me permet cette locuUoïv, \a\^§>e, ^ciw'à «*o^.

rapport, beaucoup à désirer, car je ne doute pas que si» au lieu de deux et souvent d'une pulvérisation, — quelquefois même beaucoup moins, — qu'on peut administrer, il était possible d'en donner quatre, cinq et même six par jour, on n'obtint des effets plus puissants et plus prompts. Si, donc, je limite à deux le nombre des douches que je donne, c'est uniquement parce qu'il m'est à peu près impossible d'en donner davantage. Je crois, cependant, que si les malades se trouvaient dans des conditions à pouvoir en prendre à volonté, ce nombre de six serait à peu près le maximum auquel on devrait s*arrêter, d'abord, parce que l'effet de la douche, ainsi que nous allons le voir, se prolonge pendant un temps assez long, et ensuite, parce qu'il faut bien laisser au travail intime des tissus, qui s'opère probablement après chaque douche, le temps de pro duire des résultats.

La concentration du liquide est une autre condition à laquelli^ ^ il faut avoir égard ; la sensibilité seule doit servir, ici, de guide^^ Quand je ne rencontre aucune difficulté sous ce rapport, je m sers de la solution normale pure (voyez le formulaire spécial, la fin de Touvragc); lorsque la sensibilité est exagérée ou q la maladie est très-légère, j'additionne cette solution d*u quantité d*eau variant de 10 à 80 pour 100. Parfois, je ne contente pas d'une addition d'eau : je mêle à la solution p niquée diverses huiles minérales, telles que l'hydrogène p nilé cristal lisable. le naphte d'Orient, dit éther d'Orient, est un excellent produit, le picrate d'ammoniaque, qui m*a ^ . indiqué par notre savant et très-habile fabricant de prod^ ^j/^ chimiques, Bf. E. Rousseau, et dont j'obtiens de bons efl^^^ surtout donné à l'intérieur contre l'anorexie et contre les eoz?* plications nerveuses, surtout quand elles ont un caracié/^ intermittent, l'acide chromique, le sublimé, l'arsenic, sous forme d'arséniate de soude et de potasse, deux exceilei?(es préparations qui sont aussi très-utiles, administrées, à Tioté* rieur (voir au formulaire spécial).

Lorsque la langue est indurée superficiellement ou que sa muqueuse est recouverte de cet enduit blanc que j*ai signalé, surtout quand elle est ulcérée, je fais suivre la première pulvérisation d'une cautérisation à l'acide phénique, cautérisation que je pratique en passant lentement et doucement une ou plusieurs fois sur la langue, un pinceau imbibé de solution pAefUquie caustique (voir au formulaire). Cette cautérisation se borne à produire une escarre, si même elle mérite ce nom, de Tépaisseur d'une mince feuille de papier, qui se détache au bout de trois, quatre ou cinq jours; lorsqu'elle est tombée, je renouvelle la même cautérisation, à chaque nouvelle chute d*épithélium, jusqu'à ce que les parties atteintes de la langue aient repris ou soienl en bonne voie de reprendre leurs caractères normaux, et, quand il y a ulcère, jusqu'à ce que celui-ci ait revêtu un bon aspect.

J'exclus presque les autres caustiques, à l'exception de Tacide chromique, mais j'exclus surtout le nitrate d'argent. On verra, dans les observations annexées à ce travail, combien de fois les malades se sont plaints d'avoir vu leur maladie exaspérée par l'emploi de ce caustique; j*ai moi-même eu si souvent à me repentir d'avoir suivi le conseil des maîtres à qui je l'avais entendu préconiser, que je ne saurais trop prémunir mes confrères, pour leur éviter des écoles que tous mes condisciples ont dû faire comme moi-même. Quanta l'acide chromique que j'ai exempté de mes exclusions, c'est un bon caustique qui, sans valoir, généralement, l'acide phénique, a cependant, dans beaucoup de cas, une action très-avantageuse sur les plaies, en même temps qu'il a une action parasiticide prononcée et une action destructive légère.

Les lotions sont le seul topique que l'on puisse généralement employer sur la langue; cependant, quand cet organe est immobile et volumineux, on peut, avec quelque avantage, pratiquer une onction avec un glycérolé phénique albumineux (voir au formulaire); cette ex^ftUfint^ n«»-iir — -*'--, a ro^rq-- —

sans aUérer en rien l'acide phénique, de le retenir assez longtemps pour en prolonger l'action, presque d'une pulvérisation à l'autre, et elle diminue considérablement la douleur que produisent souvent les applications topiques d'acide phénique seul. Quand il y a de la salivation, le bénéfice de cette action précieuse est presque entièrement perdu ; mais quand il n'existe pas d'hypersécrétion salivaire, ce bénéfice est en grande partie réalisé; c'est dire qu'on l'obtient surtout dans les ulcères autres que ceux de la bouche.

Outre les applications phéniquées externes, je prescris à l'intérieur trois à cinq cuillerées à bouche de sirop phénique simple ou additionné d'arsenic ou de sublimé (voir au formulaire). Quand les malades conservent des forces, de Tembonpoint et de l'appétit, j'associe à ces préparations le bicarbonate de soude ou de potasse, pour maintenir dans le sang et., en général, dans les liquides récrémentitiels, l'alcalinité normale.

Jen'aipas, il estvrai, expérimenté assez souvent ce dernier moyen pour que je puisse le recommander en toute confiance; mais comme il me parait parfaitement innocent, au moins chez les malades qui ne sont pas encore notablement affaiblis, j*ai d'autant mieux cru pouvoir le prescrire, que M. Broca parait aussi en avoir obtenu quelques bons effets, quoique cet honorable confrère ne le recommande qu'avec une grande réserve, empiriquement, c'est-à-dire sans en motiver ni les indications ni les contre-indications.

« De toutes les médications que j'ai essayées, dit-il, la seule qui m'ait paru retarder la marche des tumeurs cancéreuses inopérables est la médication alcaline (bicarbonate de soude ou de potasse, 2 à 4 grammes par jour). Mais je suis trop en garde contre les illusions thérapeutiques, pour oser rien affirmer à cet égard. » (Broca, TraiL des twm., p. 399.)

Je ne serai naturellement pas plus affirmatif que M. Broca, puisque je n'ai pas encore expérimenté le médicament autant que lui; je dois même dire qu'à priori^ j'aurais été peu disposé

à user contre ladiathèse cancéreuse de la médication alcaline, car je suis porté h croire que cette médication est plus nuisible qu'utile dans toutes les diathèses que j'appellerai affaiblissantes et, si Ton excepte la diathèse urique, elles sont à peu près toutes, et je crois même toutes dans ce cas. Mais je ne me dirige pas assez exclusivement par les lois de Tanalogie, quelque valeur que je leur reconnaisse, pour ne pas placer avant elles l'expérience d'observateurs comme M. Broca. Je dois même ajouter qu'une autre considération m'aurait porté h prescrire les alcalins; cette considération est que tous les liquides récrémentitiels animaux étant normalement alcalins, contrairement aux liquides récrémenlitiels végétaux, qui sont acides, on peut admettre que l'acidité ou la tendance même a l'acidité des fluides de notre économie favorise le développement au moins des parasites végétaux, ainsi que semble le prouver, ce qu'on observe dans le développement du muguet. Nous cherchons souvent à nous éclairer de l'opportunité de celte indication en faisant constater l'état des urines et, notamment, leur degré d'acidité.

D'ailleurs, pour moi, l'addition des alcalins que je prescris a surtout pour action de faciliter la digestion, si l'on me permet ce mot, des médications auxquelles on l'associe, et aussi la digestion proprement dite; or, c'est là une action précieuse, dès que Taffaiblissement des malades n'y forme pas une contre indication. En cas même d'affaiblissement, il ne serait pas interdit d'essayer les alcalins, avec beaucoup de prudence.

Quant à l'arsenic, il n'a pas seulement pour lui l'analogie, il a aussi l'expérience d'un grand nombre, et, en outre, les sympathies, assez inattendues, de M. Lebert.

M. Lebert, en effet, tout en considérant comme à peu près

Impossible la neutralisation de la diathèse cancéreuse, n'en

conseille pas moins l'expérimentation h nouveau de l'arsenic,

€t ce qu'il y a de plus curieux, c'est la raison pour laquelle il

conseille cette expérimentation.

« L'arsenic, dil-il, devrait ùtre de nouveau expérimente à l'intérieur, car nous en observons souvent une action salutaire dans les maladies chroniques rebelles de la peau, et c'est sans contredit un des médicaments qui aies rapports les plus intimes avec la nutrition de cet organe. » {Mal. cancer., p. 640.)

Ainsi, M. Lebert, qui professe Tuniié absolue du cancer, quel que soit l'organe qu'il atteigne, conseille l'arsenic seulement dans le cancer de la peau, parce que l'arsenic agit avec avantage dans d'autres maladies de la peau, et parce que ce médicament est « en rapport intime avec la nutrition de cet organe! » Nous ne savons trop ce que c'est qu'un médicament en rapport intime avec la nutrition ; nous savons seulement que si l'organe n'avait aucune influence sur une maladie diathésique dont il serait le siège, ce n'est pasparce que ce médicament aurait une action avantageuse sur d'autres maladies de cet organe, qu'il faudrait l'employer contre la première. Ce n'est pas, non plus, ce motif qui nous guide. Quand nous avons expérimenté l'arsenic contre les affections cancéreuses et en particulier contre celles de la langue, c'est d'abord parce qu'il est, comme l'acide phénique, un puissant parasiticide, et aussi, parce qu'il a une action avantageuse contre plusieurs maladies de la peau, et que les faits que nous avons relatés à l'étiologie, permettent de soupçonner quelques analogies entre la cause de plusieurs maladies cutanées et les affections cancéreuses.

C'est exactement pour les mômes motifs que nous avoDs ^ expérimenté lebichlorure de mercure, et qu'après l'avoir expéri — .^ mente, nous l'avons conservé dans notre formulaire, parce qu les résultats que nous en avons obtenus nous ont paru avan tageux.

Tel est l'ensemble de la médication que nous avons dirig^h^^ avec persévérance, depuis six ans, contre les aflfectio^ /jj cancéreuses en général et contre celles de la langue pi «5

parliculiLTemciU. Nous répétons encore une fois, que nous ne croyons pas avoir altcin t les limites du progrès qu'il nous parail permis d'espérer; l'acida phénique, quoique étant un paraflilicide très-puissant, ne réalise pas, tant s'en faut, toutes nos aspirations, soit que ses propriétés parasïlicides ne s'exercent pas sur les parasites de toutes les formes de cancer, soit parce que les méthodes pour faire pénétrer ce médicament jusque dans tous les replis de la production morbide n'aient pas atteint un degré suffisant de perfection soit, enfin et surtout, à cause de sa combinaison trop rapide avec l'albumine des tissus. Dans ces conditions, nous no cessons de nous préoccuper du perfectionnement de ces mélliodes, et d'expérimenter des substances nouvelles dont nous publierons un jour la liste, ne fût-ce que pour éviter d'inutiles recherches à ceux de no* confrères qui chercheront à ouvrir des voies nouvelles h la Ihéropculique des affections cancéreuses.

Il nous reste, maintenant, après avoir exposé notre médicalion d'une manière générale, à dire quelques mois du traitement de quelques symptômes particuliers ou épiphénomènes, et à faire connaître, ensuite, les résultats que nous avons obtenus, jusqu'à ce jour, de notre nouvelle méthode de traitement. Parmi lesépiphénomèncs, il faut signaler, la douleur exces- «ive. l'insomnie, les ditficultés de mastication, de déglutition et de respirations, les hémorrhagics, la constipation, le développement csagérô des ganglions.

Douleurs, insomnie. — Quoique fort différents l'uu de l'autre, ces deux épipbénomènes sont ordinairement traités par les Dames moyens, les opiacés, et c'est pour cela que nous les réunissons. Les opiacés sont, en effet, encore aujourd'hui en grand honneur et nous avons vu M. Lebertréduireàcet ordre de médicaments toute sa thérapeutique palliative, laquelle, on le sait, est en réalité toute sa thérapeutique. Nous croyons qu'en elfet, comme thérapeutique palliative, c'esl-!i-dire comme s adrefisaul b. des malades désespérés, et dont on tient plus h

assoupir et à abréger les douleurs qu'à prolonger l'existeDce, la médicatîoQ opiacée répoad parfaitement au but du médecin; maiâ ce n'est pas ainsi qoe nous comprenons le traitement du cancer, au moins aussi longtemps que les malades ne sont pas menacés d^une mort prochaine et inévitable.

Pour nous, dans toutes les maladies chrooiques, — lesquelles sont à peu près toutes, sinon toutes, des maladies diathésiques et probablement parasitaires,— il y a à lutter contre un ennemi, et non pas contre un ennemi métaphorique, mais contre un ennemi bien réel, bien matériel, bien vivant, comme Tacanis, comme le tœnia, comme la trychine, comme l'achorion ; pour soutenir cette lutte, l'organisme a besoin de rassembler toutes ses forces, de les soutenir le plus longtemps possible, soit pour triompher, seul, soit pour seconder les secours qu'une médication efficace pourra lui apporter; la première condition, pour l'organisme, est donc que la nutrition s'accomplisse le mieux possible, tant qu*on n*a pas à craindre l'excès, bien entendu, car Texcès de nutrition lui-même n*est pas une force.

Lies opiacés affaiblissent d'abord, directement, Téconomie tout entière, et, secondairement, toutes les puissances nutritives, appétit, digestion stomacale et intestinale, peut-être sécrétion biliaire et pancréatique. Aussi longtemps, donc, qu'il sera humainement possible de voir un changement heureux s'accomplir, un état diathésique se modifier, ce qui peut arriver k un moment qu'il n'est pas toujours possible de prévoir, ou doit éviter l'emploi des opiacés, surtout si les doses nécessaires pour calmer les douleurs doivent être un tant soit peu élevées, ce qui arrive souvent. 11 faudra, dans ces cas, préférer aux opiacés, l'iodoforme en applications pulvérulentes, les préparations bromurées, la valériane à l'intérieur, qui en même temps qu'elle calme souvent les douleurs, produit une légère et utile stimulation générale (voir au formulaire). ^ ^

Ce que nous venons de dire des opiacés, dirigés contre /e^

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douleurs» s'applique exactement à Tinsomnie, avec celte différence, que contre l'insomnie, nous ne possédons guère de succédanés^ et qu'il faudra bien, ici, se résigner à l'emploi des opiacés, quand l'insomnie deviendra elle-même une cause d'affaiblissement; ce sera le cas d'appliquer l'apophtegme qu'entre deux maux, il faut choisir le moindre.

Hémorrhagies. — Nous avons dit combien peu les hémorrhagîes avaient été redoutables, dans les cas que nous avons observés; nous sommes toujours parvenu à les arrêter avec une simple application ou un léger tamponnement de charpie sèche. Si elles devenaient abondantes*, on arriverait sans doute à en faire prompte justice avec le perchlorure de fer. Mais nous engageons instamment nos confrères à ne recourir à cet hémostatique qu'en cas d'impérieuse nécessité, car nous avons observé qu'il causait une mauvaise réaction, dans les cas d'ulcères organtguc^. En cas d'hémorrhagies modérées, nous lui préférerions, d'abord, un hémostatique végétal, notamment l'eau de Pagliari modifiée (voir au formulaire).

Difficultés de masiication et de déglutition. — Ce n'est point là un épiphénomène h proprement parler, puisqu'il tient à la nature même du mal ou plutôt aux modifications physiques qu'il a produites. Le traitement de cet épiphénomène n'est donc autre que le traitement de la maladie; on pourrait seulement offrir, dans ces cas, aux malades le secours de Talimentatîon par le moyen de la sonde œsophagienne et par les lavements nutritifs; malheureusement, les malades se refusent presque constamment à l'application de ces moyens, d'ailleurs trop souvent insuffisants.

Difficulté de respiration. — Cette difficulté ne peut être due qu'au développement exagéré des parties malades; nous avons indiqué, en parlant de l'opération, quelle serait la conduite à tenir dans ce cas, qui ne s'est point présenté à notre observation.

Constipation. — Cet '^"" ' '

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ment dans le cancer de la langue; il contribue, parfois, à Tagitalion d*oii provient Tinsomnie et nuit toujours plus ou moins à la régularité des digestions. Il faut donc y remédier sans pourtant trop émouvoir Tappareil gastro-intestinal des malades; on réussit ordinairement à rétablir le cours des Técèsavec quelques cuillerées d'huile de ricin, Veau purgative naturelle d$ Loeches et le sirop anodin et diurétique de café vert fraxiné de Séverîn ou autre (voir au formulaire), ou la graine de moutarde blanche de Hollande, dont nous avons, ainsi que notre excellent, éminent et regrettable maître Trousseau, obtenu d'excellents résultats, dans presque tous les cas de constipation et dans beaucoup de cas de dyspepsie.

Développement exagéré des ganglions. — Il nous est arrivé deux fois de voir les ganglions cervicaux et sous- maxillaires tellement développés qu'ils empêchaient à peu près tout sommeil, en empêchant tout décubitus : les malades ne pouvaient se coucher sur l'énorme tumeur qu'ils formaient, et quand ils se couchaient sur le côté opposé, le poids de cette tumeur les étouffait. C'est dans ces conditions que, malgré notre répugnance pour toute opération, nous nous sommes décidé h faire tomber la plus grande partie de la tumeur, d'ailleurs largement ulcérée, dans l'espoir de prolonger, au moins de quelques semaines, la vie des malades et de rendre leurs derniers moments moins pénibles. Y avons-nous réussi? Hélas ! nous n'osons même pas nous donner la satisfaction de ce mince résultat. Cependant, l'opération, pratiquée dans les deux cas à l'aide de la cautérisation en flèches d'après la méthode de M. Cirouard, perfectionnée par M. Maisonneuve, réussit h merveille, en tant qu'opération; mais les malades n*en succombèrent pas moins au bout d'un mois, dans un cas, au bout dequatre mois dans l'autre, n'ayant éprouvé qu'un bien médiocre soulagement. Cependant, en pareil cas, nous hésiterions encore, d'autant plus que les malades demandent eux-mêmes énergiquemftnt qu'on les débarrasse de ce poids insupportable;

mais nous ne sommes pas assez sûr do bien faire, en cédant h leurs désirs, pour nous permcUre de donner un conseil formel à DOS confrères : il y a des cas où chacun de nous ne peut consulter que ses inspirations et sa conscience : celui que je viens de signaler en est un.

Traitements préalables. — Le traitement antisyphilitique joue un tel rôle dans les affections organiques de la langue, que nous ne pouvons nous dispenser d'en dire un mot, avant de passer à Texamen des résultats que nous a donnés notre méthode.

On Ta déjà vu h propos du diagnostic, le traitement antîsyphilitique est recommandé toutes les fois que Ton conserve un doute sur la nature de la maladie, et que ce traitement, pour dire toute la vérité, est considéré lui-même très-souvent comme le seul élément de diagnostic, même par ceux qui croient avoir le plus fait pour ce diagnostic, c'est-à-dire par M. Lebert. Il en est si souvent ainsi, que tous, ou h peu près tous les malades qui ont réclamé nos conseils, h un état un peu avancé de la maladie, avaient déjà subi des traitements antisyphilitiques plus ou moins prolongés, parfois très-prolongés, au point d'en être empoisonnés, comme les malades des observations 9 et 25.

Cette pratique demande une réforme radicale : Vhonneur de l'art et l'intérêt des malades la réclament également.

Depuis renseignement, très-spirituel et très-amusant, sans doute, de M. Ricord, mais infiniment trop facécieux pour être sérieux, on s'est habitué à ne compter pour rien les renseignements que les malades nous donnent sur leurs antécédents, au point de vue de la syphilis : cette facécieuse incrédulité de faux esprit fort, n'est pas plus la sagesse qu'une niaise crédulité; le praticien judicieux et expérimenté, qui sait interroger avec art et qui a quelque connaissance des hommes et même des femmes, arrive, dans un grand nombre de cas, à juger sainement la confiance qu'il doit avoir dans Jp» rensfiic^nfimpnts

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qu'on lui doQae,et qu'il peut contrôler parles données scientifiques. Lorsqu'aprës mûr examen, il croit pouvoir induire des uns et des autres la certitude ou seulement la très-grande probabilité qu'il n'a pas affaire à une infection syphilitique, il devra s'abstenir de tout traitement dit spécifique, d'abord, parce que ce traitement peut faire perdre un temps précieux, et, ensuite, parce qu'il est loin d'être toujours inoffensif, comme le prouvent à peu près péremptoirement plusieurs des faits que nous rapportons.

Hais il y a plus : alors même qu'il y aurait des probabilités d'infection syphilitique, du moment que les symptômes ne seront pas nettement dessinés et que, par conséquent, les probabilités ne seront pas assez grandes pour équivaloir à peu près à une certitude, on ne devra insister que très-peu sur le traitement antisyphilitique, et cela pour deux motifs encore : le premier, c'est que, si un accident syphilitique constitutionnel peut être trèslong et très-difficile à guérir, il est h peu près toujours heureusement et promptemeni modifié, dans une mesure quelconque, par un traitement bien dirigé, et, par conséquent, lorsqu'aucune amélioration n*a lieu après un tel traitement, c'est que la maladie n'est pas syphilitique, à plus forte raison, s'il se manifeste une aggravation; le second motif c'est que si, par une très-rare exception, on tombait sur une maladie syphilitique qui ne s'amenderait aucunement sous l'influence d'un traitement intelligent, l'application du traitement phéniqué ne pourrait avoir aucun inconvénient, tout au contraire; il agirait probablement lui-même d'une manière utile, et, dans tous les cas, il n'est pas dans la nature de la syphilis secondaire, surtout des symptômes qui peuvent être confondus avec le cancer de la langue, de marcher avec rapidité, et la médication phéniquée, fût-elle indifférente, ne pourrait nuire sensiblement par le temps qu'elle

-*•' hout de quelques semaines, de quelques mois

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tout autrement, dans le cas où Ton traiterait un cancer par un traitement antisyphilitique prolongé. Deux ou trois mois de perdus peuvent être irréparables; notre pauvre malade de TobservationSl en est une triste preuve, et celui de l'observation 7 également.

En résumé, la réforme dont ]*ai signalé la nécessité peut se résumer ainsi :

Dans les cas où aucun antécédent ne peut faire soupçonner le caractère syphilitique d'une production morbide de la langue, on doit recourir immédiatement à la médication phéniquée, sans traitement antisyphilitique préalable.

Dans les cas où les antécédents pourront faire soupçonner Texistencc de la syphilis, mais où Taccident local n'aura pas le caractère syphilitique et ne s'accompagnera pas d'autres symptômes vénériens, on pourra administrer un traitement antisyphilitique pendant deux ou trois semaines, au plus; s'il ne produit aucun résultat après ce temps, on devra l'abandonner et recourir aussitôt h la médication phéniquée.

Enfin, on devrait encore recourir à cette médication, dans les cas même où la maladie de la langue présenterait les caractères syphilitiques et serait accompagnée d'autres symptômes ayant les mêmes caractères, mais où un traitement spécifique bien dirigé, et prolongé pendant quelques semaines, au plus, n'aurait produit aucune amélioration ou seulement une amélioration très-faible.

Nous ne dirons qu'un mot, mais nous croyons qu'il faut le dire, d'un médicament dont un grand nombre de médecins font, grâce à la publicité qu'il a reçue, une selle h tous les chevaux; ce médicament est le chlorate de potasse, qui a donné quelques bons résultats, contre certaines angines et quelques stomatites, et même contre certains cancroïdcs de la peau, mais qui, appliqué au traitement d'indurations et d'ulcères

cancéreux de la langue, a eu de tristes cAnGiSnn^npPG Hnnt

on peut voir des échantillons chez quelques malades dont nous rapportons les obsei'vations, et notamment chez celui de l'observation 25. Le mot que nous avons à dire sur ce médicament, c'est qu'il faut absolument le proscrire du traitement des affections organiques de la langue.

Ma conviction, on Ta trop vu peut-être, est forte, touchant la cause efficiente des maladies cancéreuses. Je me serais, pourtant, abstenu d'entretenir le public de mes croyances, de mes hypothèses, si l'on veut, si je n'avais eu qu'une théorie à lui présenter. Grâce h Dieu, je n'en suis pas là, et, s'il est toujours vrai qu'à l'œuvre on reconnaisse l'artisan, je crois pouvoir dire, sans vanité, que peu de médications nouvelles auraient pu, h leur entrée dans la science, soutenir le parallèle avec la médication phénîquée. C'est ce que va prouver, je l'espère, la rapide analyse des faits dont je place la relation sous les yeux du lecteur. Ces faits, je l'ai déjà dit, sont au nombre de trente-neuf, que j'ai divisés en trois catégories :

La première comprend douze cas d'affections légères pour la plupart, et sur le diagnostic desquelles on peut conserver des doutes (obs. 3, 6, 10. 11, 12, 18, 21, 30, 32, 35, 38. 39). Dans tous ces douze cas, l'application plus ou moins prolongée de l'acide phénique a fait disparaître la maladie. Mais celle-ci a été loin de céder aussi facilement qu'on aurait pu l'espérer, en ne considérant que son peu de gravité apparente. On peut voir, en parcourant les observations, qu'il n'a pas fallu moins de cinq, sept, huit et neuf mois, pour triompher définitivement de ces maladies, qu'on aurait pu croire sans importance, et ce qui est digne de remarque aussi, c'est que sauf trois ou quatre cas, tous ont offert ces récidives sur lesquelles nous avons tant insisté et qui donnent tant de probabilité au diognoslic. Nous devons même faire remarquer que l'un de ces malades (celui de l'observation 38) revient encore de temps en temps, et que nous avons à lutter contre île petites poussées qui, nous en

avons la conviction, deviendraient sérieuses, si on ne les combaltait pas il temps. Il nous parait donc impossible de méconnaître, dans cescas, Textrème utilité de la médication phéniquée, et ce qu'il nous paraît permis d'en conclure, c'est que, si tous les malades y avaient recours, dès les premiers phénomènes morbides qu'ils ressentent du côté de la langue, les affections cancéreuses de cet organe seraient infiniment plus rares; j'entends les affections cancéreuses mortelles.

La seconde catégorie comprend treize cas, dans lesquels le diagnostic est moins sujet encore à contestation : tous les caractères attribués au cancer de la langue se trouvaient réunis dans ces cas, aussi bien que dans ceux de la troisième catégorie dont nous nous occuperons tout à l'heure. Dans un grand nombre d'entre eux, sinon dans tous, le diagnostic a, du reste, été confirmé par plusieurs confrères des plus compétents; aucun doute raisonnable ne saurait donc être conservé sur le caractère de la maladie, dans ces treize cas.

Un des malades, sujets de ces treize observations, n'avait plus un cancer de la langue (obs. 34) ; nous avons dit, dans les remarques qui suivent son observation, pourquoi nous l'avons compris dans notre travail. Un second (obs. 13) n'a suivi le traitement que pendant une vingtaine de jours, et l'a abandonné après avoir obtenu une amélioration sensible, quoiqu*il eût déjii subi plusieurs opérations infructueuses.

Des onze restants, un atteint (obs. 37) d'un cancer très-avancé et à qui on avait proposé, pour unique ressource, une opération effroyable, est en traitement depuis plusieurs mois, et a déjà obtenu une amélioration des plus remarquables. Les dix autres peuvent être considérés comme guéris, quoique deux d'entre eux et surtout un (obs. 16) ait encore de temps en temps et depuis plus de deux ans des poussées intenses, qui réclament Tapplicalion la plus active de noire médication. Mais on remarquera que dans ces cas graves, la durée du traitement a été bien plus grand» ftppn*»^

gorie -. cliez plusieurs, elle a été d« plus d'un an, sans compi^r les iraitcments qu'ont exigé les poussées qui traverseut la consolidation de la guérison.

Enfin, la dernière catégorie comprend quatorze malades, dont cinq, seulement (obs. 2, 5, 27, 28 et 31), ont suivi notre traitement assez longtemps pour que son impuissance ait été incontestable; un (obs. 2i) l'a quitté après avoir obtenu une amélioration qui permettait des espérances, et quand aux autres, ils ne t'ont suivi que quelques jours ou quelque-; semaines ou même pas du tout (obs. 17 et 33). Chez aucun, cependant, des douze malades qui, plus ou moins longtemps, ont été soumis à notre méJicalion, celle-ci n'a été inutile.

Le premier bienfait qu'elle ait produit, chez tous, sans exception aucune, c'est de supprimer instantanément cet épouvantable odeur signalée par tous les auteurs, et qui rend si pénible le dévouement des personnes qui entourent les pauvres patients.

Chez presque tous, aussi, l'état des parties s'est plus ou moins amélioré, l'appétit est revenu, quand il était aboli ou àpeu près; les forces se sont constamment relevées; le sommeil est revenu, et il a été évident, pour tout le monde, que a la médication n'a pas eu le pouvoir de rendre la santé aux malades, elle a, du moins, prolongé de quelques semaines ou de quelques mois leur ctislence, et rendu leurs derniers moments beaucoup moins pénibles, pour eux-mêmes et pour leurs proches.

Tel est le bilan de la médication pbéniquéc appliquée au trùtement du cancer de la langue, c'est-à-dire h une maladie universellement et justement reconnue comme incurable. Je crois donc pouvoir répéter, en terminant ce travail, qu'aucune médication, si ce n'est peut-être la médication quinique, n'a fait son entrée dans la thérapeutique, escortée de faits aussi importants, aussi concluants, aussi consolants pour l'humanité,

aussi encourageants pour l'avenir, aussi honorables pour l'art médical.

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