‹ Observations sur la curation des maladies organiques de la langueChapitre 15 sur 40 · PROPHYLAXIE · texte numérisé non relu

PROPHYLAXIE

Nous avons beaucoup parlé de M. Lebert dans ce travail, et Ton comprendra qu'il n'en pouvait être autrement, si l'on réflé" chit à l'importance du traité de cet auteur sur les maladies cancéreuses, et à la légitime sensation que ce travail produisit, à son apparition. Nous aurions beaucoup désiré pouvoir ajouter un éloge h chaque citation que nous avons empruntée à l'habile micrographe; cela ne nous a malheureusement pas été possible, et quand nous avons pu obéir à nos sentiments de sympathie pour l'auteur, il est rare que les droits de la logique et le devoir ne nous aient pas ramené promptement au rôle de critique; c'est ce qui va nous arriver encore une dernière fois, en citant ce que dit M. Lebert sur la prophylaxie du cancer. Voici comment il débute sur ce sujet :

« Ce que nous avons dit sur le pronostic de la maladie montre que nous ajoutons peu de foi aux prétendus spécifiques vantés pour prévenir ou pour guérir la maladie, ce qui ne nous empêchera pas de passer les principaux d'entre eux en revue, pour que des praticiens, qui auraient plus de confiance que nous, puissent les soumettre h une nouvelle expérimentation. Du reste, si le doute est permis en science, la négation, lorsqu'elle n'est pas bien solidement fondée, a des conséquences plus fâcheuses encore que des assertions trop crédules, car celles-ci permettent au moins d'agir, tandis que la négation, mal fondée, ôie prématurément toute espérance. » {Maladies cancifr.,p. 280.)

Voilà, à quelques nuances d'expression près, des paroles pleines de sagesse, auxquelles souscriront tous les eisprits judicieux. Mais comment se fait-il qu'ayant si bien commencé, M. Lebert continue de la façon suivante :

c Partant de Topinion qu^uoe inflammation chronique était le point de départ le plus fréquent du squirrhe, qu'à son tour, celui-ci, primitivement dur et circonscrit, ne se transformait qu'au bout d'un certain temps par son extension et son ramollissement, en véritable cancer, on a posé en principe qu'il fallait empêcher l'inflammation de dégénérer et le squirrhe de devenir cancer. Mais malheureusement le squirrhe est toujours d'emblée un cancer, et par bonheur l'inflammation ne dégénère jamais.

a Le traitement préventif n'est donc qu'une chimère.

« Le traitement prophylactique n'étant pas admissible, deux

queslions se présentent etc. » (Hlaladies cancer. ^ même

page.)

Poser comme prémisses :

1^ Que la négation du traitement prophylactique n'est pas solidement fondée;

2^ Que le cancer n'est jamais une inflammation et que l'inflammation ne dégénère pas ;

Et conclure :

Que le traitement préventif est une chimère, voilà une manière de raisonner qui ne mériterait pas à un humaniste le prix de logique. Tâchons de mettre un peu plus de suite dans nos idées.

Le traitement prophylactique du cancer n'est pas connu, cela est incontestable; mais ce traitement est-il une chimère, ce qui veut dire en bon français un rêve, c'est-à-dire une chose introuvable, qui ne saurait exister, qu'il est insensé de chercher? Je crois qu'il faudrait porter un peu plus loin l'amour du chimérisme, pour aller jusque-là; nous n'avons, en ce qui nous concerne, nulle tendance à tomber dans cet amour-lk; si nous croyons que la prophylaxie du cancer n'est pas connue, nous sommes loin de croire qu'elle ne puisse Tétre, eLr, nous croyons, au contraire, qu'on doit mettre toute l'ardeur: possible à la rechercher. Plus que cela, nous croyons qu'il y

déjà un pas de fait dans la bonne voie, et que ce pas nous conduira probablement à d'autres. Nous croyons que des agents qui ont une action évidente sur le cancer déjà formé, ne sont probablement pas sans action sur les causes auxquelles le cancer doit sa naissance. Nous croyons, en conséquence, que les personnes qui ont des motifs de craindre une affection cancéreuse, devront faire habituellement usage des moyens dont Texpérience a montré Tutilité contre le cancer confirmé. Ainsi, nous conseillerions à ces personnes l'usage interne des préparations phéniquées, simples ou composées, en les variant et les suspendant, de temps en temps, pour ne troubler en rien les fonctions gastro-intestinales.

Mais quelles seront les personnes qui devront craindre le développement du cancer? Nous avouons qu'ici, on ne saurait donner de réponse satisfaisante; cependant il en est déjà deux catégories qui devraient, à notre avis, profiter du conseil que nous venons de donner : celles qui comptent des cancéreux parmi leurs ascendants ou les plus proches collatéraux, et celles qui sont atteintes d'une éruption cutanée chronique, qui parait et disparait alternativement depuis un certain temps; l'usage des moyens que je conseille serait à plus forte raison indiqué, si les deux circonstances se trouvaient réunies chez une même personiic. Dans le cas d'affection cutanée, nous conseillerions, outre la médication interne, l'usage de bains composés de substances parasiticides (voir au formulaire), et dans lesquels on resterait longtemps, trois quarts d'heure à une heure au moins. 11 est bien entendu que nous ne conseillerions jamais aux personnes atteintes d'éruptions cutanées chroniques de traiter leurs affections exclusivement par des topiques locaux, même par des topiques parasiticides, — lesquels, pour le dire en passant, sont de beaucoup les meilleurs. — Ces personnes devront toujours associer aux médications locales, la médication parasiticide interne, et la continuer longtemps après que l'affection cutanée aura disparu.

Enfin, il est une troisième catégorie de personnes qui devront se soumettre à la médication parasiticide, ce sont celles chez qui se sont déjà manifestées des lésions qui peuvent faire craindre un commencement de maladie organique, comme, par exemple, les malades des observations 3, 11, 12, 30 et 39. En se soumettant de bonne heure à la médication phéniquée» ces personnes ont le double avantage de se débarrasser d'une maladie, légère sans doute, mais qui, enfin, est toujours une maladie, et, ce qui vaut encore mieux, de dissiper de graves appréhensions pour l'avenir.

Hygiène, régime. — Il n'y a pas bien longtemps que les gens sensés, en dedans comme en dehors de la médecine, avaient à lutter contre les Sangrados de la médecine moderne, et ce n'est pas sans peine qu'ils parvenaient à nourrir les malades, à les empêcher de mourir de faim. Aujourd'hui, la réforme est opérée; les Sangrados sont morts ou convertis, et Ton peut ordonner le régime des malades, sans rencontrer d'obstacles d'aucun côté. Ce régime, nous l'avons déjà implicitement indiqué, en parlant des causes de la maladie : toutes les fois que l'économie subit, par une cause quelconque, un affaiblissement, les ennemis qui l'entourent sans cesse, redoublent d'activité, et la vie, quin*est qu'une lutte contre ces ennemis, est dans des conditions de résistance d'autant moins bonne, qu'elle possède moins de forces. La vie, a dit le grand poète philosophe, en parlant de la vie morale, la vie est un combat; cela est encore bien plus vrai de la vie physique, où la lutte est de tous les instants» des heures de nuit comme de celles de jour, des heures de sommeil comme de celles de veille. Pour vaincre, dans cette lutte acharnée, ou plutôt pour résister le plus longtemps possible» car, hélas! la défaite arrive toujours, un peu plus tôt, un peu plus tard, la première condition est d'entretenir ses armes e bon état, et nos armes, c'est un bon sang, ce sont de bon muscles, de bons nerfs, de bons poumons, un bon estomac, e le reste.

Pour avoir tout cela, il nous faut de bons aliments, pris en quantité suffisante, mais non exagérée, car l'estomac n'a, dans la distribution générale des forces nerveuses, que sa part, comme tous les autres organes, et, s'il en emploie un excès, c'est autant de perdu pour les autres, sans compter le travail exagéré qui sera imposé à plusieurs d'entre eux, pour achever l'élaboration qu'il a commencée.

Mais quels sont les bons aliments? Nous ne pouvons écrire ici un traité ni mémo un résumé d'hygiène alimentaire; mais nous pouvons dire en quelques mots, qu'à l'égard de quelquesuns de ces aliments, leurs qualités varient avec les individus. Ainsi, quand on a une bonne et forte constitution, les aliments légers (viandes blanches, poissons blancs, fruits et légumes aqueux) seront excellents, mêlés, même abondamment, aux viandes noires et aux poissons k chairs colorées; tandis que les constitutions faibles devront, au contraire, être sobres des premiers aliments et faire principalement, quelquefois exclusivement, usage des autres.

Deux boissons servent surtout, en Europe, h l'alimentation publique : le vin et la bière; toutes les deux sont excellentes quand elles sont de bonne qualité ; la bière peut-être meilleure encore que le vin, attendu que les amers, le houblon en particulier, sont très-antipathiques à tous les parasites que nous connaissons; on sait que l'aloès suffit pour écarter ou détruire tous les petits animaux d'ordre inférieur. Malheureusement, en France, la plupart des bières, sinon toutes, sont très-mal fabriquées, et les bières anglaises qui sont excellentes, autant sous le rapport du goût que sous celui de la salubrité, sont d'un prix relativement très-élevé. 11 est bien humiliant pour nous de n'avoir pu atteindre encore ce degré de bonne fabrication où est parvenue l'Angleterre. Ainsi, quand on pourra se procurer une bonne bière comme le pale aie, le porter, etc., peu sujets à une fermentation nouvelle, on aura la meilleure

occupe; le vin est également bon, surtout quand il sera vieux et aura été consené à l'abri du contact de l'air ou par la chaleur, d*après le procédé de M. Pasteur. Dans des conditions différentes, le vin sert presque constamment de milieu à des développements de microphytes et de microzoaires, dont l'influence sur l'organisme ne peut être que nuisible. Tous les cidres sont dans le même cas, car cette boisson, qui serait une excellente boisson digestive, si elle était mieux préparée, devient, par suite de Texlrême négligence apportée à sa fabrication, un foyer d'animalcules dont il est fort à craindre qu'un certain nombre ne soient des parasites. Il sera donc prudent, quand on devra faire usage de ces boissons imparfaites» d'y mêler une certaine quantité de substance parasiticide, d'acide phénique notamment, qui peut y être associé en quantité suffisante pour produire des effets parasilicides, sans altérer sensiblement la saveur qui est une des principales qualités des boissons fermentées.

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