‹ Observations sur la curation des maladies organiques de la langueChapitre 16 sur 40 · PREMIERE OBSERVATION · texte numérisé non relu

PREMIERE OBSERVATION

M. Poulat, ûgc de trcnlc-huit ans environ, fumeur, courtier de commerce, vient me consulter le 15 septembre 1864. Sa langue est douloureuse, raide et comme d'une seule pièce solide; le malade ne peut la remuer; elle est presque insensible au toucher. Il a, dit-il, une langue de hoit qui lui fait mal; la douleur est, du reste, très-modérée; il parle avec peine et ne peut remuer les aliments, qui ont perdu pour lui leur saveur. Je constate, en effet, qu'elle remplit la bouche; les dents sont imprimées sur son pourtour, elle est épaisse et dure; la partie inférieure est lisse et brillante, quoique mamelonnée ; sa teinte est d'un rouge foncé, la face supérieure est chagrinée, rugueuse, traversée par des sillons qui lui donnent un aspect fendillé; ces sillons pénètrent très-profondément dans la langue; au milieu et sur la ligne médiane est une ulcération profonde, à bords frangés, à fond grisâtre, surmontée de papilles saillantes qui paraissent surnager; tout autour, trois ou quatre mamelons d'une dureté extrême ; à l'extrémité et sur les deux côtés de la langue sont deux autres ulcérations moins profondes, mais également à fond gris jauD&tre et à bords inégaux, celle de gauche faisant faire une saillie tuberculeuse à la langue ; sur ce même côté, est une autre ulcération longitudinale formant une rigole allongée d'arrière en avant. Le mai a débuté par la partie supérieure de la langue.

Les ganglions sous-maxillaires sont engorgés, mais surtout à gauche; de ce côté on trouve un ganglion de la grosseur d'une noisette, dur, peu mobile et placé au tiers supérieur et antérieur du cou, un peu au-dessus de la bifurcation de la carotide primitive et à peu près au niveau de son croisement avec le sterno-mastoïdien. Pas d antécédents syphilitiques. Sa mère est morte jeune, d*un cancroTde à la cuisse.

Je me disposais à une action chirurgic^ile, et j'avais déjà proposé au malade de pratiquer une ablation partielle au moyen des caustiques.

on cIvcérolé-phéDÎqué. Désireui de guérir, M. Poulal oatrepassa mes prescriptions et trempa ce qu'il put sortir de sa langue dans le glycérolé. Plus d'un petit verre de salive, me dit-il, s*écouIa de sa bouche, mais comme la douleur n'avait pas été trop vive, le malade recommença le lendemain, et arriva à faire trois fois par jour ce genre de pansement.

Le i3 septembre, je le revis, les ulcérations étaient rouges ; celle de drt>ite me parut se rétrécir, il parlait plus facilement, il affirmait sentir le retour de la mobilité en mangeant.

L'amélioration était évidente. Je continuai le même traitement, et la semaine suivante je fus heureux de constater que le malade allait encore mieux.

Le 14 octobre. M. Foulât parle plus facilement, la langue a diminué de volume, la trace des dents est moins indiquée sur son pourtour; Tulcération linéaire est presque guérie, les crevasses sont moins profondes, répaisseur de Torgane a diminué très-sensiblement.

Pour hdter la guérison, je prescris à rintéricur le sirop de perchlorure d'or.

Le i5 octobre, l'amélioration continue, le malade peut se servir un peu de sa langue pour chasser d'entre ses dents les aliments qui froissent les gencives.

L'ulcération du milieu et celle du coté droit sont cicatrisées.

Le 10 novembre* lulcération de gauche s'est élargie, elle est profonde et de mauvais aspect; il s'en est formé une nouvelle au-dessus de la première. Les deux autres ont complètement disparu; il y a de la douleur, et la langue est gonflée du coté gauche. Je supprime le sirop de perchlorure dor. et je prescris l'usage de Tacide phénique en pansement à Tétat de solution concentrée, — 25 grammes d'acide et 25 d alcool dans 50 d'eau distillée, — que le malade doit étendre sur les ula^rations au moyeu d'un pinceau.

Le 14, amélioration dans la couleur, ganglions douloureux, beaucoup d'élancements ; je prescris Facide phénique à l'intérieur. Sirop phénique, "i grammes en solution normale, pour 500 de sirop; trois cuillerées par jour. Le malade on prend jusqu'à six.

Le 19, amélioration, moins d'élancements, lepiderme s'est renouvelé plusieurs fois. Je porte à 3 grammes la dose d'acide phénique; pilules ferrugineuses aux re|)as.

Le 23, la langue a diminué de volume, les ulcérations sont d^un aspect rassurant; le malade dort et mange bien, il a moins de douleiuv; les ganglions diminuent, la langue est sensible à l'air fVoid.

ii»97nov" * Miis;rîiiiQQs moins profondes ; le malade se dil guéri.

Tappélit est excelleut, je porle à 5 grammes la dose d'acide phénique dans 500 de sirop, et pour pansement j'augmente la lotion à 50 grammes d'acide dans 50 d*alcool. — J'adresse M. Poulat à M. le docteur Lemaire, qui, même à cette phase du traitement, diagnostique un cancer de la langue.

Le 2 décembre, l'amélioration se maintient, je mets le malade à l'eau pure et à un régime plastique exclusif.

Le 31 décembre, le malade est joyeux ; il reste cependant une couche dure et fendillée sur la langue, dont la teinte est presque naturelle, surtout après que le malade a enlevé la peau détachée par la cautérisation quotidienne.

31 janvier 1865. — Le volume paraît normal, les ganglions sont presque h l'état naturel ; celui de gauche, dont j'ai parlé, persiste, quoique petit.

28 février. — Ce ganglion a disparu tout à fait ; la langue est cicatrisée; elle conserve cependant un peu de dureté vers le milieu.

30 mai. — La langue est libre, mobile, elle porte la trace de profondes cicatrices et de points épars cicatrisés ; l'état du malade est complètement bien; sa santé est, dit-il, meilleure qu'elle n'a été depuis plusieurs années.

J'ai, depuis cette époque, revu plusieurs fois M. Poulat; sa guérison est complète ; il a bien voulu consentir à faire photographier sa langue le 25 juillet, afin de bien prouver que le genre d'affection dont il était atteint est guérissable, puisqu'il est complètement guéri.

M. Poulat ayant annoncé dès le principe qu'il se tenait à la disposition des médecins qui voudraient le visiter, plusieurs confrères ont été s'assurer de son état, et ont pu vériûer l'exactitude des faits que j'ai racontés et constater son entière guérison.

J'avais, dès le début, prescrit à M. Poulat de tenir exactement un journal d'observations quotidiennes. Voici le résumé qu'il m'a adressé à diverses époques, je le publie textuellement, malgré certaines erreurs d'appréciation sur les médicaments et surtout sur les doses : on y trouvera d'intéressants détails, et notamment l'opinion de M. Lemaire sur la nature et U gravité du mal, ainsi que son effroi au sujet de l'emploi de l'acide phénique à l'intérieur :

(( Paris le 2 décembre 1864.

« Mon cher docteur,

« Vous m'avez demandé quelques détails sur les souffrances que me fait éprouver la maladie dont vous me soignez, et principalement un journal de tout ce que je ressentîMîo» /»*/io* ««-- -

beaucoup de reconnaissance que je le fais, car roui m'avc: iauvé la langue,

c II y a bien au moins quatre ans que j'ai ressenti pour la première fois que ma langue me piquait en faisant usage du tabac ; inutile de tous dire que j'ai continué comme si de rien n*était, et toujours de plus en plus fort. Enûn, il y a deux ans environ que ma langue s*était épaissie, avait perdu sa souplesse, et que je salivais avec beaucoup de peine ; cela néanmoins ne m*empèchait pas de fumer, mais j^en éprouvais une vive douleur, surtout au commencement, puis, après, une espèce d*engourdissement de la langue.

« Vers cette époque à peu près, je ressentis des raideurs dans les membres, mais je n*y ajoutai pas d'importance; enûn, l'hiver dernier (1804), ces raideurs devinrent plus intenses, surtout dans Tos de la cuisse gauche; cette douleur se faisait sentir principalement quand je faisais le mouvement pour monter un escalier, puis dans Tépine dorsale au bas des reins, et enfin, plus fortement, plus douloureusement dans le cou, qui était raidc, et quand je me faisais raser, la position de la tête penchée en arrière itCélaii dure^ presque impossible; fêtais quelquefois obligé de la relever avec les mains,

a Alors, prêtant plus d'attention h ma position, je m'aperçus que ma langue était recouverte d'une croûte épaisse et dure comme une carapace, qu'elle devenait douloureuse au contact d'un corps dur ; je mangeais difûcilement, mais pourtant le vinaigre et les aliments acidulés ne me faisaient rien ; je me décidai alors à vous la faire voir.

« Elle présentait sur la face pnncipale trois trous,.,, dont un au milieu et deux à chaque bout^ celui du côté gauche était voisin d*une longue trace longitudinale semblahle à un coup de canif; Vautre^ du côté droit^ était voisin d'un petit promontoire au bout de la langue. Ces trois trous ressemblaient parfaitement à ceux qu'on forait en perçant la glace d'un bassin : ils étaient entourés de fissures rayonnant et se réunissant entre elles sur toute la face de la langue. Celle-ci était très-épaisse, pouvant ù peine contenir dans sa place la pipe entre les dents ; on aurait dit une masse de cliair. Je mangeais difficilement, je parlais de même, ma langue, étant enflée, n'avait plus de souplesse, semblait devoir se paralyser, le dessus était dur et gromeloteux; je croyais avoir de petits cailloux dans la bouche. Vous m'ordonnez alors (i5 septembre) :

Acide phénique 2 grammes.

Glycérine 10 —

Pilules toniques et dépura tives de Béral.

et Je me badigeonnais trois fois par jour avec celte solution, dessus, dessous et tout autour, j'en éprouvais un soulagement presque immédiat : salivation abondante à remplir la bouche ; la langue, aprè?, devenait plus moelleuse, les parties spongieuses qui sont fous elle étaient plu4 douces, remplissaient leurs fonctions, mais le dessus élait toujours dur. Je vous revis pour la deuxième fois, le 23 septembre et vous prescrivez :

Acide phéniqae 3 grammes.

Glycérine 10 —

et toujours les pilules dépuratives deBcral.

«Je revins pour vous voir, quand le sirop fut uni, vers le 14 octobre ; j*étais enchanté, le mieux était sensible, la langue était encore plus souple, plus moelleuse, je la tirais plus facilement, je la remuais de droite h gauche, Je mangeais sans douleur la croûte de pain ; Tenflure avait sensiblement diminué ; il restait toujours au milieu quelques rugosités gromeloteuses autour des trous, qui se fermaient déjà, mais la douleur était presque insensible. Je vous fis observer aussi que les raideurs que j'éprouvais depuis longtemps dans la cuisse gauche, dans les reins, dans le cou avaient complètement disparu.

« Vous ordonnez alors. 14 octobre, de continuer le môme traitement, et du sirop de perchlorure d'or.

« Je fus ainsi jusqu'au 10 novembre. Dans cette période du 14 octobre au 10 novembre, à peu près vers la un, il s'opéra un changement sur la surface de la langue : le trou du milieu et celui du côté droit avaient disparu, s'étaient complètement fermés; puis, il s'en élait reformé un du côté gauche, au-dessus de l'ancien, qui était profond, et celui d'en bas était large et ressemblait à une plaie. L'inflammation était portée de ce côté, la douleur tout à fait revenue, même plus forte qu'auparavant; j'éprouvais des lancées vives, et les gencives de ce côté me faisaient mal.

« C'est alors, le H novembre, que vous m'avez ordonne 10 grammes d'acide phénique et supprime le sirop de perchlorure d'or.

« Avec cette solution je devais seulement toucher fortement les deux trous, matin et soir; mais moi j'en mis sur toute la surface de la langue, le vendredi soir, samedi matin et soir, dimanche matin et dans l'aprèsmidi.

ff Le soir, à l'heure du dîner, je souffrais beaucoup, ma langue était enflée, les dents du côté gauche me faisaient mal, les trous m'élançaient fort, les glandei du cou étaient sensibles, j'avais mal à la tète. Le soir, en me couchant, je remis encore de l'acide phénique, mais celte fois

sur les deux troos seulemeol ; je dormis comme d'habitude, et le lendeoiain matin, ma langue pelait fort* j'en eolerais des parties larges comme des pièces de deux francs.

m Je Tins TOUS voir le lundi 14 noTemhre. Vous ordonnez : acide phénique 10 grammes pour toucher les deux troas sealement, puis, sirop phénique. i grammes sur 500 grammes à prendre trois cuillerées par jour, puis quatre et six le troisième jour.

€ Le 19 novembre, c'est-à-dire quatre jours après, je revins vous voir, le mieux se faisait sentir de nouveau, les trous existaient encore, mais avec une apparence moins dangereuse; l'inflammation avait disparu, la douleur vive, ainsi que les lancées: aussi les deux trous me faisaient l'effet de deux petits champignons sur la langue, qui ne portait plus aucune partie dure dans toute son étendue-, tout le mal semblait alors se circonscrire autour des deux trous.

« Vous m^ordonnez alors, le 19 novembre :

SO granunes diacide pbéniqae, en solution.

Sirop phonique, quatre cuillerées par jour.

« Je suivais ce traitement, en employant Taciie sur la langue matin et soir, et dans la journée, après mon déjeuner, je badigeonnais une fois avec Tancienne solution à 30 grammes, ce qui m'enlevait immédiatement le peu de CBiiigue que la langue avait fait pour manger.

« Aujourd'hui, 22, le mieux continue, la langue pèle toujours, mais je supporte parfaitement les 20 grammes, je mange et dors assez bien, la douleur est plus faible, l'air froid m'est désagréable sur la langue.

€ Aujourd'hui, 23, la langue salive irès-hien, l'épaisseur de la plaie a beaucoup diminué, douleur presque insensible, et par intervalle seulement; Tacide phénique à 20 grammes me procure une salivation abondante, brûle les lèvres, de sorte qu'aussitôt son application sur la langue, je suis obligé de relever la tête; l'appétit est parfait, sommeil mieux.

« Aujourd'hui, 27, le mieux s'est maintenu, et je continue toujours le même traitement; douleur tout à fait disparue, mange sur la plaie, Tair m'est indifférent, langue mince, souple et moelleuse.

« Les 28, 29 et 30, le mieux se maintient; hier, 1*' décembre, la croûte a sensiblement diminué d'épaisseur et se brise en différents endroits ; la langue pèle toujours bien et sans douleur ; par moments, je suppose que je suis guéri.

a Aujourd'hui, 2 décembre, vous m'ordonnez :

Acide phénique, même solution, Sirop phéuiqae à 6 grammes pour 500,

puis, uD régime que je n*ai pas suivi jusqu*à ce jour, c'est-à-dire plus de vId, plus de café, plus de nourriture farineuse; de l'eau, des viandes rôties et do pain grillé. Je vais continuer, et j^espère d'ici peu vous apprendre que nous marchons à grandes voiles vers la guérison.

« En attendant cet heureux moment, recevez, cher docteur et ami, l'assurance de mes sentiments les plus dévoués.

« EMILE POULAT. »

« Paris, le 19 décembre 186i.

a Mon cher docteur,

« Je viens compléter mon journal, que j'avais laissé au 2 décembre; h ce jour, vous me prescriviez toujours :

Acide phénique, en solution encore, Sirop phénique, plus fortement dosé.

« Seulement vous y ajoutiez un régime suivi, pas de vin, de liqueurs ou de viandes rôties, etc., etc.

« J'ai suivi ponctuellement ce que vous m'aviez dit, et ma langue va tout à fait bien, la croûte est réduite à une très-faible épaisseur, se casse dans différents endroits et s'en va, tous les matins, par morceaux, que j'enlève comme de la peau brûlée, très-facilement et sans douleur.

« Les deux trous sont arrivés au niveau de la face de la langue : leur couleur rouge de chair à vif a disparu pour faire place à une couleur rosée de chair naturelle, et je pense que ma guérison est radicale et proche; du reste, je ne souffre plus, et je prends parfaitement patience jusqu'à ce que vous m'ayez dit vous-même : Vous êtes guéri.

« En attendant le plaisir de vous revoir, je vous remercie mille fois et vous serre cordialement la main.

c Votre tout dévoué,

a EMILE POULAT. »

a Paris, 30 janvier 1865.

« Enfin, mon cher docteur, nous voici arrivés à la fin de janvier en suivant toujours très-exactement votre traitement à l'acide phénique.

« Eh bien! le résultat sur lequel vous comptiez est arrivé : je n'ai plus de douleur, pas plus que si je n'avais jamais été malade, et même je ne me rappelle pas avoir vu ma langue aussi mince, aussi souple qu'elle l'est aujourd'hui.

« Lea Iroos el les fissures ont cooiplétemenl dUpara: elle esl bien anie, et il DT a plos qu'un petit point dur qu'on sent encore en passant le doig dessus, maïs qui tend à diminuer t3us les jours.

« Après Tos pansements, ma lan^e pèle, et j'enlèTe des parties de peau aussi épaisse que celle d'un haricot, puis ma langue est rose et frafcLe ; tous rebrûlez de nouveau et ainsi de suite, tout cela, sans éprouver aucun malaise, aucun dérangement.

« Je dis plus, c'est que, pris à fintôrieur, l'acide phénique me procure un bien-être remarquable ; il semble qu'il est pour moi un fleuve de vie qui circule dans mes veines et qui va chercher le mal partoat où il se trouve: du reste, les raideurs que j'éprouvais dans les membres ont disparu, et jamais je ne roe suis mieux porté : bon appétit, bon sommeil ; aussi J'espère que. la première fois que je tous verrai, vous lendrez mon ré^me moins sévère.

« A propos, dites -moi donc, j'ai vu dans le journal la Pairie une lettre de M. le docteur Lemaire. chrz qui rou* m'arez mroyr, dans le commence^ ment de mon mal: mais je ne comprends pas du tout votre discussion avec lai : cor, lorsque je suis allé le voir, il a paru très-étonné de saroir que j'employais de l'acide phénique k iO grammes à Teitérieur, et même que jen prenais 2 grammes ,à l'intérieur, dans le sirop. — Que serait-ce donc, bon Dieu, s'il savait aujourd'hui que la dose est plus que doublée?

« Seulement je vous dirai que j'étais passablement inquiet en sortant de chez lui. car il m'avait dit que f avais une affection eamtérnut^ mais que je guérirais. Néanuioins, le mot cancer me trotuit souvent par la tète et m*in|uiêtjit. prccisément parce que vous ne me disiez rien.

« Entin, je suis coctent aujourd'hui, et nous recauserons de tout cela à ma première visite.

« Recevez, etc.

POULAT. m

REVvRorf:5. — Voici, d'abord, ceîlts dont je faisais suivre ce fait important, dans mon travail sur les applications de Tacide phénique.

« J'espère prouver que ce traitement n'a pas guéri M. Poulat par hasard, p-^ur ne plus en guérir d'autres, comme cela est arrivé à propots du percblorure d'or. J'espère prouver aussi que cette méthode est réellement plus eniîc2ce que toutes les médications connues.

« Je n'ose pas espérer toutefois que le traitement, même bien dirigé et bien suivi, puisse guérir tous les cancroldes ulcérés, mais je crois qu'il en guérira beauojup, qu'il arrêtera les progrès d'an plus

grand nombre, et je pense avec quelque raison que lous pourront cire améliorés.

« Du reste, le traitement par l*acide phénique est un progrès incontestable, mais le dernier mot est loin d'être dit; nous ne faisons qu'entrer dans une voie nouvelle de la guérison d'affections jusqu'ici réputées incurables. »

Ce que j'exprimais il y a quatre ans comme une espérance, je Taffirme aujourd'hui comme une heureuse réalité, et je me plais à croire que quiconque aura lu avec quelque attention et sans prévention les développements qui précèdent, quiconque, surtout, lira les faits qui vont suivre, m'accordera que je n'affirme rien qui ne soit surabondamment démontré. Or, je considère que la vie de beaucoup de malades tient tellement à ce que cette opinion pénètre dans les esprits, que je me permets, une fois encore, d'appeler loute Taltention du lecteur sur les observations suivantes.

La lecture d'un fait porte avec soi un enseignement que les meilleures considérations générales ne sauraient remplacer.

N, B. — Je revois encore ce malade en juillet 1868; la guérison est toujours parfaite et a laissé des traces, les cicatrices de la langue ayant tous les caractères des premiers jours. M. Poulat avait fait précéder sa visite de la lettre que voici :

« Mon cher docteur,

« Il est vrai que j*ai repris un peu rhabitude de fumer, mais plus comme autrefois, du matin au soir; je fume à peine quatre cigares par jour, et si je sens la plus légère indisposition, je me gargarise immédiatement avec votre préparation phéniquée.

« Vous savez que ma langue ne me fait plus aucun mal; qu'elle

est mobile presque autant qu'autrefois, malgré que mes amis m'accusent

encore de bredouiller un peu. Quand la peur me vient et que je la tâle, je

sens bien encore la dureté des cicatrices et Je vois encore dans ma glace

des fendillements qui me rappellent un triste passé; seulement je n'ai plus

cette salivation épaisse, gluante, qui me rendait si malheureux, et chaque

matin, mon cher docteur, je jouis un peu de la vie, et je pense à vous, en

trouvant ma bouche fraîche et ma langue souple.

« J'irai donc vous porter ma langue un de ces jours et vous réitérer

mille compliments.

« E. PoULAT. »

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