DEUXIEME OBSERVATION
M. T...., quaraDte-huit ans, photographe, rue de Rivoli, d*uD tempérament nerveux, fumant la pipe, vient me consulter le 6 janvier 1865. Il était atteint d'une ulcération à base indurée du côté gauche de la langue, où le mal a débuté, laquelle ulcération est partagée par un sillon ou sorte de rafé, en deux moitiés latérales d*aspect bien différent : Tune, la moitié droite, est tellement épaissie qu'elle touche au palais; la gauche, au contraire, est ratatinée, mais également dure ; l'induration, me dit-on, est postérieure à l'ulcération ; leur début remonte à plus d'un an. Cette induration est telle que la langue est immobile et que je ne puis le soulever pour en explorer la partie inférieure ; il y a peu de salivation, mais une excrétion sanieuse très-odorante. L'ulcération n'est pas très-étendue, à gauche où elle a une couleur grisâtre et des bords frangés et renversés; à droite, dans la partie hypertrophiée, il n'y a qu'une petite ulcération, et l'organe est d'une couleur rouge. Les ganglions parotidiens et sousmaxillaires sont indurés, mais peu volumineux. La déglution des aliments mous ou liquides est difficile et douloureuse; la mastication des aliments solides impossible. 11 existe des douleurs vives, revenant par élancements, et répondant, alors, dans la tète; mais, indépendamment de ces sortes de retentissements, il existe dans la tète une douleur permanente qui empêche à peu près tout sommeil ; le malade n'éprouve quelque soulagement qu'en s'enveloppant la tête d'une manière exagérée, d'une sorte de turban. Il existe une salivation extrêmement abondante et fétide.
Je commence immédiatement le traitement phénique complet. En quinze jours, les douleurs diminuent et la sécrétion morbide devient entièrement inodore.
Le 30 janvier, le malade éprouve le sentiment de la faim, et il peut manger quelques aliments solides.
Cette amélioration persiste en février, mais n'augmente pas.
En mars, elle paraît augmenter d'abord, puis l'ulcère s'agrandit, et les douleurs reviennent tout à coup.
En avril, l'état de la langue reste stationnaire ; mais les glandes augmentent de volume, puis s'ulcèrent d'abord à gauche et ensuite à droite, les douleurs deviennent complètement lancinantes.
En mai, une nouvelle amélioration est obtenue ; la plaie du côté droit se cicatrise; celle du côté gauche prend un meilleur aspect; ses bords cessent d'être frangés, et, au lieu d'être renversés en dehors, se retournent
en dedans; les mamelons qui surmontent la plaie disparaissent. Seule, rinduration ne paraît pas modifiée.
En juin, nouvelle explosion de tous les phénomènes; les douleurs sont si vives que le malade ne peut plus manger. L'idée de retourner en Auvergne, son pays, s'empare de lui, et il y meurt deux mois après.
Remarques. — Nul espoir ne pouvait être conçu de sauver ce malade quand il s'est présenté avec ces altérations si graves et si profondes ; mais j'avais quelque espoir de prolonger son existence et de la rendre moins affreuse. On a vu, par les remarquables modifications obtenues, dès le début, que mes espérances se sont réalisées. Nul doute qu'elles ne se fussent réalisées davantage si le malade avait pu conserver un peu plus de courage et de patience, et aussi si les moyens d'application de la médication phonique avaient été perfectionnes comme ils le sont aujourd'hui.