‹ Observations sur la curation des maladies organiques de la langueChapitre 19 sur 40 · SEPTIEME OBSERVATION · texte numérisé non relu

SEPTIEME OBSERVATION

Le 25 mai 1865, je fus consulté par M. du F..., âgé d'environ quarantecinq ans, fumeur, atteint d'une maladie de la langue qui offrait les caractères suivants : Au bord du tiers postérieur gauche de la langue existe une ulcération d'environ 45 millimètres de long sur iO millimètres environ de large; toute la partie gauche de la langue sous-jacente à Tulcération et deux centimètres au moins en avant de celle-ci est fortement indurée, et rinduration s'étend un peu du côlé droit. Dans toute la partie de la langue non atteinte par Tulcération, la muqueuse est lisse, comme glacée. Un ganglion sous-maxillaire gauche a le volume d*un œuf de pigeon, offre une très-grande dureté et semble fixé à Tos maxillaire, tant il est immobile.

Le malade éprouve dans la langue d'assez vives douleurs, qui se font sentir quelquefois pendant la nuit et troublent son sommeil.

La salivation est très-notablement augmentée, sans être très-abondante; elle a une odeur repoussante.

La mastication et la déglutition s*opèrent encore assez bien, et la nutrition du malade ne paraît avoir que peu souffert.

M. du F... avait subi sans aucun avantage un grand nombre de traitements; il ne consentit pas à se soumettre à l'ensemble du mien, notamment aux pulvérisations énergiques ; je lui en exprimai tous mes regrets, dans son intérêt, et je ne le revis plus jusqu'au moment où mon distingué confrère, M. Ed. Langlebcrt, m'écrivit unelettrc, en date du 28juin 4865, dans laquelle il m'annonçait qu'il viendrait me parler d'un malade atteint

Ce malade n'ùUU autre que M. du F... que j'avais vu deux mois au paravoDl. Mais, bâias! sun élat était bien changé; ruicératiun, sans 6tre encore lrâs-i>roroDile, s'i^ieudait aux deux tiers du Lord gauclie; l'urgane aiail considiirablemcut augmenté de volume et portait sur ses bords rcmprcinlc de toutes les dents ; la salivation était devenue aboudanlc et gluaoïe, et avait une odeur iureclc; les ganglions avaient acquis un ^olnme cousidérablc, tout en fiant moins durs; la mastication était impossible, la déglulilioD très-dinicile ; il y avait des douleurs Tréqucntes et une insomnie presque complÈlc,

Il subit une premiËre pulvérisation phéniquêc qui lui fit un tel bien, que N"' du F..-, qui avait pour son mari la plus (eudrc sollicitude, m'écrivîl. pour me lémoigner toute sa satisfaciion ; c'était le premier bien que il. du F... éprouvait de tous les traitements qu'il avait subis.

Due seconile pulvérisation fui faite, le lendemain, avec non moins d'avaatages; mais du second au troisième jour, ou proposa à U- du F... un truiument qui devait amener une guérison Irès-ptompte, et je cessai de lavoir.

J ai appris, plus tard, qu'après avoir essayé sans aucun n-sultat ce nouveau traitemant. il était rclourné dans sun pays, où il avait succonilw dans d'horribles souffrances, quelques mois aprts ma visite.

Reu.vrques. — U n'y a pas de longues remarques à faire sur ce fait, qui présentent un des cxemplesles plus terribles de cancer. Cependant, les médecins qui l'avaient traité au début, avaient désigné la maladie sous le nom de cancro'ide, se fondant probablement sur la superdcialité des lésions, dans les premiers temps. Le peu d'instants pendant lesquels j'ai vu le malade et l'élut déplorable dans lequel il clait, la seconde fois que Je le vis. ne m'ont pus permis de prendre des renseignements quelque peu précis sur le début de la maladie; mais quels qu'aicut été les motifs du diagnostic, il est certain que ce diagnostic paraissaitjuslilïé, en ce sens que la maladie de la langue n'oITrail nullement les caraclèies de l'enccphaloïde. Nous n'en diroas pas autant de celle des ganglions lymphatiques, lors du la seconde visite; leur rapide accroissement coïncidant, avec la dimttmliuu de consistance, devait évidemment faire penser à cette forme de cancer, el ce n'est pas la première fois que nous aurons à constater, d'une façon encore plus claire, l'cncéphaloïde des ganglions, coincidunl avec le cancroi'dc ou le squirrhe de la langue ; on a déjà îu ce que nous avons dit sur ce point, dans nos généralités.

L'inquiétude, la \ersaliiité, lu faiblesse d'esprit que la maladie et

la souffrance causent chez la plupart des hommes, sont connues de tous les médecins ; on ne s'étonnera donc pas trop qu'au moment même où pour la première foiSy le malade éprouva un soulagement par le fait d*un traitement, il Tait abandonné, sur un conseil quelconque, pour courir après un traitement encore plus efficace. Ce sont là des imperfections de notre pauvre nature, et quand bien mèmeThistoirede ces tristes exemples serait lue de tout le monde, il est probable qu'elle ne guérirait personne. Je suis, certes, loin de croire que l'application la plus régulière de mon traitement eût sauve M. du F..., surtout au moment où je le vis pour la seconde fois, et où mon excellent confrère, H. Langlebcrt, avait déjà porté un pronostic fatal; mais je crois pouvoir affirmer que le traitement phéniqué aurait, du moins, prolongé les jours du malade, et j'affirme, en tous cas, positivement, qu'il aurait diminué ses souffrances et aurait rendu moins pénible le dévouement de ceux qui rentouraient.

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