DOUZIEME OBSERVATION
La domestique des deux précédents malades, âgée d'environ trente-huit ans, après le traitement de son muttre et pendant le traitement de sa maîtresse, se plaignit de sentir trop vivement et douloureusement l'impression du chaud et du froid sur la langue. Sa maîtresse, dont l'attention était nécessairement très-éveillée sur les phénomènes qui peuvent se passer du cdté de la langue, m'amena aussitôt sa domestique. Je constatai au centre de la moitié gauche de la langue une étendue de quelques centimètres carrés, où la muqueuse présentait cet aspect glacé qui lui donne l'apparence d'une surface enduite d'un vernis luisant et où toute papille semble avoir disparu; il n'y avait, d'ailleurs, point d'induration, et seulement un léger excès de salivation.
Je prescrivis néanmoins le traitement phéniqné, mais seulement en lotions avec la solution aqueuse diacide phénique, solutions répétées plusieurs fois par jour. Au bout de quelques semaines, la muqueuse était revenue presque tout à fait à son état normal. Je conseillai, néanmoins, la continuation du traitement pendant quelque temps encore, et je n'entendis plus parler de cette malade.
Remarques. — Après la manière dont nous nous sommes expliqué au paragraphe du diagnostic, on suppose bien que notre prétention n'est pas de donner ce fait comme un exemple d^affection organique conGrmée. Nous admettons parfaitement, au contraire, que cette malade aurait pu guérir par l'application de tout autre moyen que Tacide phénique, et peut-être même spontanément. Aurait-elle guéri aussi rapidement? Cela me paraît plus douteux. Ce glaçage de la langue, quoique dû probablement à une simple congestion ou hypérémie des capillaires de la muqueuse, s'observe assez fréquemment dans les affections les plus incontestablement organiques, pour devoir appeler toute l'attention des praticiens et exciter toute leur sollicitude, sinon leurs craintes. Si l'on ajoute à cette circonstance que l'altération s'est produite, ici, chez une personne en relations permanentes avec deux autres, atteintes de la même maladie, on comprendra que nous ayons donné place à ce fait, dans ce recueil. Relativement aux relations, nous devons ajouter que rien, ni avantages physiques, ni autre chose, ne doit faire supposer un contact direct des parties malades, entre le maître et la domestique; si celle-ci a pris le mal par contagion, ce doit donc être par contagion médiate. Pour le surplus des remarques, nous renvoyons à celles qui suivent l'observation précédente, et qui sont, de tout point, applicables à celle-ci.