TREIZIEME OBSERVATION
M. D...,âgé d'environ cinquante ans, espagnol, fumant la cigarette, commença à éprouver, en 1862, une douleur à la pointe de la langue; BI. Nélaton constata qu'il n*y avait aucune altération apparente; plus tard, il se manifesta sous le filet à droite de cet organe, mais non sur le point douloureux, une excroissance indurée, qui fut enlevée en novembre 1862,
par M. Nélaton, par triluration, dit le malade. La cicatrisation se fit facilement, mais la douleur persista à la pointe de la langue.
En 1863, le mal récidiva sur place, et fut encore détruit par M. Nélaton, à l'aide d*un jet de flamme produite par un mélange d*oxygènc et d'hydrogène.
En 1864, nouvelle récidive toujours sur place, persistance de la douleur à la pointe, mais sans altération apparente au point douloureux ; opération le 11 novembre, par M. Demarquay, à Taide de l'instrument tranchant. Nouvelle récidive, nouvelle opération, par M. Demarquay, en janvier 4863. Après que la cicatrisation de la plaie de cette dernière opération est complète, une petite ulcération apparaît à la pointe de la langue, et la petite tumeur récidive, toujours sur place et sur la cicatrice môme.
Je vois le malade le 4 septembre 1865, et je constate une ulcération sur le filet et à sa droite; de nombreuses cicatrices se voient en outre au bout de la langue, qui est raccourcie et recourbée en dessous, retenue par des brides cicatricielles rayonnées, la plus antérieure de ces brides est également ulcérée; entre la langue et les gencives, dans la profondeur du sillon qui les sépare, à droite, existe une petite tumeur du volume d'un noyau de cerise, semblable à celle que portait M. Poulat, ulcérée; la pointe, à la jonction de la cicatrice la plus antérieure avec la partie saine, petite ulcération; enfin, sur la langue, dans le sillon forme par les replis de la muqueuse, se voit une ulcération longitudinale. Salivation modérée. 11 n'y a pas eu d'hémorrhagie. Pas de ganglion engorgé à gauche. A droite, ganglion assez volumineux, mais peu dur.
Dès la première visite de M. D..., je commence le traitement : pulvérisations, répétées tous les jours; cautérisations phéniquées, tous les deux, trois ou quatre jours ; acide phénique à l'intérieur.
Le 30 septembre, les ulcérations ont changé de couleur et pris un bon aspect; à la fin du mois suivant, elles sont guéries, mais la douleur persiste; la petite tumeur, quoique cicatrisée, ne diminue pas de volume ; le ganglion, au contraire, a diminué. Mais le malade se lasse du traitement et Tabandonne, un peu pour ce motif, un peu par un autre motif, qui fait assez souvent perdre de vue, aux médecins, un certain nombre de leurs clients, et que je n'ai pas besoin d'indiquer autrement. J'ai rencontré, par hasard, ce malade en mai 1868; il m'a appris, en quelques mots, qu'il s'est fait opérer de nouveau par M. Demarquay, à la fin de 1867.
Remarques. — J'ai regretté beaucoup de ne pouvoir continuer mes soins à cq malade, chez qui j'avais tout espoir de conduire jusqu'à la goérison les améliorations qne j'avais obtenues. Ce sera un fait nré-
cieux de perda pour la médication phéoiquée, à moins que les circoQstaoces ne ramènent le malade à ma consultation ; car on doit être bien convaincu, maintenant, que ce n'est pas dans les récidives d'opération qu'il trouvera son salut.
Ce fait nous présente un des exemples assez rares où le début de la maladie semble pouvoir être fixé avec une quasi-certitude; le malade est, en effet, fort intelligent, et il n'est pas possible de douler du renseignement qu'il donne, sur le résultat de sa première visite à H. Nélaton. 11 n'est pas davantage possible d'admettre que ce chirurgien n*eut pas aperçu une lésion physique de la langae, si elle eût existé. 11 parait donc constant que le premier phénomène morbide a clé, dans ce cas, une douleur, et le second une petite excroissance qui, chose singulière, ne s'est pas manifestée sur le point douloureux.
QUATORZIÈMB OBSERVATION
M. Zucato, anglais, cinquanle-cinq ans, santé habituelle très-bonne, n'ayant jamais élc malade, vient me voir le 2 novembre i865, sur Tindication de notre dislingue confrère, M. Cullerier.
La maladie remontait à quatre ans el demi, et avait débuté par de petits aphtes, sur le culé gauche de la langue, lesquels a^-aicnt ensuite passé sur le côté droit.
Ces aphtes furent cautérisés avec le nitrate d argent par notre infortuné et distingué confrère, le docteur Deville, qui exerçait alors à Londres, — pour des motifs que tout le monde connaît. — Loin de s'améliorer, la maladie s'étend cl se complique. Le docteur Barrozhi, de Londres, pratique des cautérisations avec un liquide non connu du malade, et qui lui cause d*atroces souffrances ; il lui est prescrit, en outre, des pilules de muriate d*or, dont il prend deux ou trois par jour; il en a pris, en tout, cent cinquante.
Au bout de deux ans et demi, les deux tiers antérieurs de la langue sont entièrement pris. Le malade vient à Paris. M. Ricord, consulté, juge que la syphilis est étrangère à la maladie. — Lotions d*aIcool camphré.
Plus tard, M. Nélaton croit reconnaître un caractère vénérien; il adresse le malade ii M. Cullerier, qui touche la langue avec l'alcool camphré et prescrit l'iodure de potassium dans un sirop dépuratif. Ce traitement dure cinq mois. Le malade va passer une saison aux eaux d'Aix, puis, Fannéa suivante, aux Eaux-Bonnes.
Quand il vint me voir, la langue était le siège de nombreuses ulcérations à base fortement indurée; il y avait une exagération modérée de la sécrétion salivaire, et des douleurs supportables. L*état général était peu altéré; néanmoins, la nutrition parait avoir souiïcrt depuis quelques mois. Le malade a eu autrefois un violent eczéma.
J*applique, chaque jour, une longue pulvérisation d'acide phénique, suivie, tous les trois ou quatre jours, c*est-à-dire chaque fois que tombe la pellicule blanche produite par la cautérisation précédente, d'une cautérisation avec un pinceau imbibé diacide phénique. Enfin, je prescris à rîntérieur le sirop phénique et les capsules fondantes.
Ce traitement est suivi rigoureusement jusqu'au 26 mai 1866, époque où rétat de la langue est revenu à sa consistance et à son aspect normaux.
J*ai revu le malade le 10 janvier 1867; aucune récidive n*ayait eu lieu, la langue s'était ratatinée et était plus petite qu'à Tétat normal ; on y voyait de nombreuses cicatrices blanchâtres, mais elle était restée dure en certains points.
Le malade était venu me consulter, à cette époque, pour le retour d'un eczéma des plus intenses sur tout le corps, les jambes surtout. L'acide phénique eu fit complète justice, après deux mois de traitement.
Remarques. — Ballotté, pendant quatre ans et demi, de chirurgien eo médecin et de médecin en chirurgien, ce malade, qui avait eu le malheur de lire plusieurs traités de chirurgie, au chapitre Maladies de la langue, se croyait voué à une mort prochaine si certaine, qu'il avait vendu l'établissement qu'il possédait dans sou pays, quoiqu'il eut peu de fortune. Il commença donc le traitement phénique, par acquit de conscience, et dans les plus mauvaises conditions morales. Ce traitement n'en produisit pas moins des effets aussi heureux que rapides, et le malade, au comble de la joie, put repartir pour son pays, pour y jouir de ses économies, me promettant chaleureusement de me donner de ses nouvelles, si le besoin d'un nouveau traitement se manifestait. Il n*y a guère à douter de sa parole, en cette conjoncture, en sorte que, n'ayant rien reçu de lui, jusqu'à ce jour (juillet 1868), je crois pouvoir considérer la persistance de sa guérison comme certaine.
Je n'insisterai pas sur les différences de diagnostic qui se sont produites, à propos de M. Zucato, chez divers chirurgiens des plus éminents; ces différences d'appréciations sont tellement fréauentes
<a rc %^ tûmcht le cancer de U Langue, qa*eUes ne raient guère la p<tA< f cire m^mlktoates^ si ce n*est de temps en temps, pour montrer oïdhôok p<a d'aTintages encore la clinique retire des découTertes
N:cs cr:T.:es cUIe de Cure ohserrer. en terminant, que la forme c« La maladie, chez M. Zocalo, n*était pas, malgré son ancienneté, d« ceD» çû es&èreot presque tout espoir : les douleurs, la saliiritâm étaient BQ4érées« le sommeil médiocrement troublé, et la E'z;rîâ:a 'è,^^âj>i altérée, (t depuis peu de temps. Dans ces conditions, l* sacrés àvA fue fréquent, et tout me porte à croire que si le inli'KSiiïi: pb^ip-^ aviit été appliqué deux ou trois ans plus tôt, i-^-xx :fi :r:i5 mo s asrûent suffi pour rétablir la santé, au lieu de ;r^s iTZyt izzét qu'Q a (alla.
K^i iLn provLTehastesientruitêrèt qu'a la pratique médicale à ce ^i ZL± iL'ithfA^ d-* trûtezieat soit promptement répandue.
J-ï i>i T:a»irii5 pis aâmer que le Tiolent eczéma qui a suin la sverl::i<:a ii cancer de U. Uc^ue chez M. Z... ait été un phénomène cr.i>;<w i'i cet:< uuLaii^; mais c*est un fait qu'il est pourtant boa ie !!<£ p«5 p«sif>r soa> sîleace. et de ne pas laisser tomber dans Toubli.
QriXZICXC OB5CRTATIO!(
M. Mi'-lii- â*:fvirj; 12*. urdiai-îr. ±53. rue «luFaubc-urr-SAÎnt-AnloiDe, &t:pt Tit; ;r^-izt*L:^=.: ^ :r«-«ifrr'qfe?. d"an lem|vraînenl sec cl ncrifui. fi^rc ji liii :'.^> zbèd,iLj:, p>>ur d^ travaux relatifs à sa profession, 1*1 ;M2.i-5 -:•-! inolii-f. IL i i^t-ir^iiL p:ur ii ptemière fois, d'une ulcéralion *ûr La iJj'^i Liitril'? crvcif ^ .a Lutrue, au zioÊsde mars 1865. Celle ulccnt.:aL ;<: iirLi;*; par le •±l-:rue de pitisse, par l'iodorc de polassiom, -or i'.'*? rxi:irjNi*oc5 aa EÎtn:'? acide de mercure, el une foi» afec le T. tri'.-: L'irttz':: l'i d»'n:ir Focret arracite d« deats, qu'il suppose poo- Toir -fatr^ce!! -• L"il'!vniVB. fTiàT-îsiieîil . frj le docteur Baochet proposail I .K»rrii:2. cî* M- Mar/xia, *mi s'ialêressail an malade, n'approam:: ?»t>. t: Ii! :r:ir»i!ic a3<Tïi:>e cèaace de succès.
J«; ^ .\5 I? zziLotM- prcr la première fois, le S novembre IS65. La langue tfu.: ^çaL^î'f. i::.re, cizparfa'X squirrheuse. et dêlruile à peu près dans le ^^JLJL^t i-? 5i:a 'fc .lia-* : raTrrî U f->r&; fqnirrbeus^, il v a de petites hémorràj^.^rs :iM;ixe lob 1^-1*^ l-t sixai; irange; pour re motif, il se prive, pour
ainsi dire, complètement de manger, et refuse néanmoins l'usage de la sonde œsophagienne. Le malade éprouve de temps en temps et depuis le début de la maladie, des douleurs lancinantes.
Je pratique les pulvérisations d*aoide phénique, suivies d'une cautérisation avec un pinceau imbibé du môme acide ; ces cautérisations sont extrêmement douloureuses; il n*y a pas de salivation, symptôme qui fait si souvent le tourment des malades, dans les cas de cette espèce. J'obtiens une amélioration qui a duré un mois ; les hémorrhagies ont été arrêtées et les douleurs calmées, l'état général, rendu meilleur, et le malade s'est levé; il pouvait avaler une purée de viande dans du bouillon ; l'espoir lui était revenu. Mais vers le 15 décembre, il se manifeste une aggravation suivie d'une amélioration nouvelle; enfin, au mois de mars, une nouvelle rechute a lieu, et Michel, tout à fait désespéré, malgré les instances et les soins dévoués et de tous les instants de M"® Michel, refuse de manger, et meurt en grande partie dMnanition, le il mai 1866, sans présenter aucun symptôme de cachexie.
Remarques. — L'étal si grave dans lequel se trouvait le malheureux Michel, quand j'ai été appelé à le voir, et qui avait fait juger, avec raison, à M. René Marjolin que toute opération serait inutile, ne pouvait évidemment me laisser beaucoup d'espoir de le conserver à la vie. Je n'en ai pas moins regretté vivement qu'on n'ait pu surmonter le désespoir dont il a été saisi à sa dernière récidive. Le soulagement que j'avais apporté à son état ne me paraissait pas avoir atteint la limite de ce qu'on pouvait espérer, et j'aurais été heureux d'obtenir une amélioration plus grande, non-seulement pour le malade, qui était digne du plus grand intérêt, mais encore pour donnera l'honorable chirurgien des hôpitaux qui s'intéressait à lui, une preuve plus frappante de ce que peut le traitement phénique.
Je ne sache pas que des fragments de la langue de Michel aient été examinés au microscope ; mais à la manière dont sa maladie a débuté, il ne me paraît pas douteux que son cancer n'appartint à la variété épilhéliale; or, s'il était besoin de démontrer une fois de plus l'extrême malignité que peut revêtir cette variété, surtout quand elle a pour siège la langue, le cas du malheureux Michel serait une preuve aussi irrécusable que triste des illusions que les micrographes se sont faites, et dont la plupart d*entre eux, du reste, pour ne pas dire tous, commencent à revenir, s'ils n'en sont déjà revenus.
f£:XI£XS «X5KlTATIO!(
M** ? Lr»- i*i j'Àiir.z^ *', *i i=:?. &li« aocnn aniêcédent srphîlitiqoe "■itîîii ne -i«i*r:.-iïr zt.'ir -i zcizs^tn î:i* ie * =ian 1866. Elle est atleÎDte ■f œ i.3ii!:»ùa ir! li ^rif ^ i d-^bot^. il t a liogt -trois aas, par un b$\im a i .j. liLT^ii Livr-rirs i*. sn^a'^n^iire it U bnjiie: ce booton, plus art. M j-ioââ^raa ^a sirî iJ^irLii-.^. qui â saccesÛTement acquis les •SLnm-.-^ rii! i*^c5 r:a:KJ^c:§ i^/.ar«f bai. — D f al d'abord cautérisé arec j* iL:=na: ÏLrr^-L paii x^x 1* ^.rxfte adie de aieraire, par le docteur Tnaei:*. r.^ i>-n i*i. !•{ ;-r£:=.»!f:. î-s s-xos à U rulide^ pour eette afTectioD, piSbLLic 7i~L7 It L*^a. 2:15. — M. T-rlj-^a:!. cc-csulté ensuite, prescrivit la z^sLi-i i-^ si.*!niLrtil -î -i: r.-:»t::r»» -i-» ;«jilfte^z*n. qu'il fit suspendre cl -•-DrîaiL*; il: :.. 5. i. :•*** Lii^riLL*? -"ir-k'^le*. — M. PoogeU du Groskm1':»l ;û«;io!v-ii i M. V^l-ttii. jrîSttiTitplasiecrs sirops dépuratifs, iif^Ty rirririZL'r^. M rf".-:: -îiifrjr; i î i-iJ-re de potassium.
Lt ,' i;.- .-: i-i --- ^L iM-ii-f- -iilt p-j-ruii rjr la moitié gauche de la fc^n-^i** û. aJt^^rLr:as ini'iad-s rtv:il<» autoor d'une septième ulcérattia '!^fsn^': . i*r:tniiiiii Ij. pi. 15 «xt.'rae c<?ape tout le bord longitudinal £ r :rru«? : im^** rf'j«:ï?*ia: iir ^i* bas* isdnrfe, il t m peu oa point riirnifiiu- c îi vrix-n»? Li a-xti-* iirxte de la langue, an contraire, «£ ^'w.3»;»î. fi^ioi: LI— t'fssos i-t Fa-tr»? uae lêc«re 5,-iUie: ei^e est d'un r.o-Tî TTS*'. t TtfLîtf î'îai'i*! i* 5i:tt •fplibéliaïn. mais extrêmement douj.«îj«s^. Ij. IjJLn! Î5C :j-"îâ-iir*. L exls:* na* saliration abondante. Dans La r?-^':c ».«i^— :n.'-i .iir:, i^t; «:î:; r lade est e&jOTTêe et passablement
C}a*':'îrxi: rr^-z-î :>t5<: j« i:cLi*^zîpç ^pcisêe la médication anlisjpbilitltjM. ; irçorie i **• P. - U zi^^Vaiicn ffaéniquée, pulTérisations pàéa>;u«< ?c:i':c;^-f< ^r: r.'p-A!--^ W-cs 1« '.Hire, cautérisations à l'acide ffefiii;-îe» Tijr^ l^rs rè-rl*? prrc^wsssst îrirtes; sirop pbéniqoé à Tin-
fcn-ivi.*. nvïkL-** icAz \2t*i^ f,r.iLiJ*5: rî-xiae Ionique. A;r» SA 2i:i:5^ i'? irii'.i—'*::^ lis ifcêfitJQS sont complètement cica-
P.ikMJ^ rÎTi'il'^-;* .m: e - L-i-i J *^Vi'i k ^«xir ; toutes ont clé combattufr< iTt^-r 5i^Si5^ ryr's i.- >kis :12e oyincTa?»; opiniâtreté, car les cautérvit.vci i . i: :: :'i.i.::: >-'• :::'>zr5 éié ircj-louloureuses.
R£T|vsciî:>. — A:: ziaieal où j'écris ces lignes (aoâl 1868}, M-* l\.. c nùnie ;:■•. .ors îoq traitement, et mal^ ploûeiirs non- ^olI:> v:::I.-:.:> - -i nioi.^e, Tisitlk' ration se maintient cl me per-
met d'espérer la guérison, même prochaine. En effet, l'extrémité libre de la langue et le bord externe sont non-seulement cicatrisés et paraissent Tètre solidement et définitivement, mais la muqueuse y a repris sa teinte naturelle à ce point que, sans la photographie qui rappelle Tétat antérieur, jamais on ne pourrait croire qu'il ait existé là des ulcérations aussi profondes ; Tinduration a complètement dis- . paru sur tous les points cicatrisés; elle a beaucoup diminué sur les portions où des ulcérations récidivées persistent encore; sur ces portions, qui se trouvent réunies au milieu du tiers antérieur de la langue, supérieurement, il existe une sensibilité anormale, parfois trcs-vivc, mais généralement exagérée. Malgré la lenteur du progrès vers la guérison définitive, ce progrès est incessant depuis plusieurs mois, aussi bien au point de vue de l'induration que de l'ulcération et do la sensibilité; c'est pourquoi tout doit faire présager une heureuse et prochaine terminaison.
Certes, lorsque l'on considère la longue patience qu'il a fallu à cette irès-lntéressante et très-courageuse malade et les longues souffrances qu'elle a Aà éprouver, pour arriver au point où elle en est, on pourra regretter comme je le regrette moi-même que la science ne possède pas un traitement plus actif que celui dont les préparations phéniquées forment la base. Mais si, d'un autre côté, l'on considère que, sans ce traitement. M*"® P.., aurait inévitablement perdu aujourd'hui la totalité de sa langue, si ce n'est la vie; que l'opération aurait trèsprobablement hàlé une issue falale, tcllemenl, qu'aucun des médecins qui ont traité la malade avant moi, bien que parmi ces médecins se trouvât M. Velpeau, n'ont môme proposé une opération, on trouvera que la médication phcniquée constitue une précieuse conquête pour l'humanité.
Si l'observation de M»n° P... est un bel exemple qui doit apprendre aux malades la persévérance dont ils manquent si souvent, et dont le défaut leur coûte si souvent la vie, cet exemple doit aussi encourager les médecins à persister dans une médication dont Tutliitc est démontrée, au lieu de voltiger d'une médication à une autre, en attendant du hasard un heureux événement qu'il ne donne à peu près jamais. C'est en insistant énergiquement sur ce précepte que nous terminerons ces réflexions.