NÉLATON
15 octobre 1867.
M. P... suivit avec ponctualité ce traitement, et ne voulut rien faire de plus. Il succomba à un dépérissement rapide, dans d'atroces souffrances, le 14 janvier 1868, sans avoir éprouvé aucune hémorrhagie, ni aucune apparence de tumeur au loin.
Remarques. — L'induration de la langue était-elle réellement produite chez M. P... par une production hétéromorphe? Il y a peu d'intérôt à le discuter, en présence de lUmpossibilité de toute preuve ; seulement, il me paraît infiniment probable, si je rapproche la maladie de la langue de celle de la verge, comme cela me paraît très-légitime, de conclure que Tune et Tautre étaient dues à la même cause, et par conséquent identiques; or, il me paraît certain que Tinduration et l'ulcère du prépuce n'étaient point dus à une production hétéromorphe.
Mais comme nous savons déjà que certaines formations homœomorphes ne sont pas moins funestes que celles dites hétéromorphes, la question, je le répète, n'a, dans ce cas particulier, que peu d'importance. Ce qui en a beaucoup, ce sont les remarques auxquelles peut donner lieu le mode d'emploi de Tacide phénique adopté par le savant praticien consulté par M. P.... M. Nélaton a conseillé des lavages avec un verre d'eau contenant deux gouttes d'acide phénique, ce qui veut dire sans doute deux gouttes de solution d'acide phénique. Or, à de telles doses et par un tel procédé, il n'est pas étonnant qu'on n*uit absolument rien obtenu de ce puissant modiûcateur. Si l'on veut bien comparer celte méthode à celle que je mets en usage, on comprendra sans peine la différence radicale qui les distingue, et comment on peut obtenir avec l'une des effets impossibles avec l'autre. Je ne saurais donc trop le répéter : tant qu*on n'appliquera pas Tacide phénique largement, d'après les principes que j'ai posés, on n'obtiendra qu'une très-faible partie des résultats que ce précieux médicament peut donner, et dans les cas aussi graves que celui de M. P.... on n'ob-
tiendra rien. Je suis, certes, bien loin de prétendre qu*en appliquant à M. P... ma méthode, on aurait prévenu un événement fatal; mais je ne doute pas qu'on n*eût obtenu, pour le moins, un ralentissement de la marche delà maladie, des améliorations temporaires, une atténuation des douleurs et une prolongation de la vie. Que de fois la médecine ne se considère-t-elle pas comme triomphante quand elle obtient tout cela! que de nouvelles et puissantes raisons, quand on voit un praticien aussi éroincnt que M. le professeur Nélaton, manier ainsi Tacide phénique, pour désirer que cet opuscule tombe dans toutes les mains médicales!