VINGT-UNIEME OBSERVATION
M. M..., négociant, à Bordeaux, âgé de quarante-huit ans, fumant, vint me consulter le 8 mars 1867. Il avait éprouvé, depuis plusieurs année?, une sécheresse de la langue et de la gorge et une sensation constante de piqûre ou de brûlure à la base de l'organe, sur lequel il se développait fréquemment de petites ulcérations qui disparaissaient au bout de quelque temps. Il avait suivi de nombreux traitements.
Je constate une hypertrophie des papilles; la muqueuse est rouge et lisse, comme vernie; au centre, les papilles sont élevées au-dessus <)ii
reste de la muqueuse. Môme état de Tarrièrc-gorge et deR pilier». Persistance des douleurs déj il accusées; difficulté de la déglutition, salivation assez abondante.
J'applique le traitement pbéniqué complet; une amélioration rapide en est lo résultat ; puis la maladie reste stationnaire pendant assez longtemps, malgré la persévérance dans le traitement qui est suivi à distance; enfin, elle reprend une marche rétrograde, et après neuf mois, c'est-à-dire à la fin de Tannée 1867, une guérison complète est obtenue.
Remarques. — A ne voir que Tétat anatomique seul, ce cas devrait être considéré comme une bien légère affection de la langue, dont la guérison ne peut faire qu*un honneur médiocre au traitement phonique. Je ne voudrais pas, assurément, prétendre que j'eusse affaire là à une altération profonde, comme chez MM.Poulat, Mathey, Zucato et plusieurs autres. Cependant, tous les cliniciens qui ont observé les maladies de la langue, qui en connaissent la gravité, quand elles durent depuis un certain temps, et qui réfléchiront que chez H. M... les débuts de la maladie remontaient, quoique légers en apparence, à plusieurs années, seront d*avis, nous n'en doutons pas, <inc le succès obtenu chez M. M... est fort à considérer, et que, sans le traitement que ce malade a subi, cette légère mais persistante hypertrophie des papilles serait devenue un épithélioma comme toutes les autres, ou plutôt qu'elle était un épithélioma commençant, mais à marche plus lente que d'habitude, quoique cette lenteur ne soit pas extrêmement rare.
P. S. — Au moment où je corrige l'épreuve de cette feuille, j*apprends que M. M... a succombé à une maladie aiguë étrangère à celle de la langue, qui était restée guérie. Mais je n'ai pu, jusqu'à présent, me procurer des détails sur celle à laquelle il a succombé.