‹ Observations sur la curation des maladies organiques de la langueChapitre 30 sur 40 · VINGT-DEUXIEME OBSERVATION · texte numérisé non relu

VINGT-DEUXIEME OBSERVATION

M. d'E. ., Agé de Ironie- deux ans, capitaine, arrivant du Mexique, d'uu tempérament lyraplialico-sanguin, fumant rarement, sans antécédents liérédilaires, vint mi» consulter, le il mai 1867, pour une tumeur avec ulcération de la langue, dont l'origine remonte au commencement de 1866. Ce malade, dont je soigne la famille depuis quinze ans, n'a, je le répèle,

aucun antécédent héréditaire, il a eu plusieurs écoulemenls et de Iég^re8 écorchures à la verge qu'on a cautérisées et qui ont disparu Irès-proinplement sans laisser de traces ; un traitement anlisyphilitique fut néanmoins entrepris, puis abandonné avant son entrée au régiment. Au Mexique, étant dans les hauteurs, il eut une éruption de boutons sur tou le corps qui lui fit garder la chambre pendant vingt-cinq à trente jours, il eut ensuite des aphtes à la langue, aux gencives, aux joues, au palais, lesquels se localisèrent plus tard à l'extrémité et au côté gauche de la langue; puis, M. d'Ë... se mordait, en mangeant, du côté malade, et des douleurs vives en étaient la conséquence.

Au Mexique, les aphtes sont cautérisés avec le sulfate de cuivre, et il fait usage de divers gargarismes ; il éprouve des alternatives do mieux et de plus mal; un médecin étranger au régiment juge le mal syphilitique et drescril un traitement en conséquence. M. d'Ë. .. descend dans les terres chaudes et éprouve beaucoup de mieux ; il croit que le traitement a réussi ; plus tard il remonte dans les plateaux élevés, et le mnl revient tout aussi intense. On cautérise avec Tacide chlorhydrique, et Ton prescrit l'iodure de potassium ; aucune amélioration ne se manifeste. Le malade revient en France, à Angers; il suit un traitement mercuriel rigoureux, est cautérisé avec divers caustiques et se gargarise avec le chlorate de potasse; pendant quelque temps, le mal paraît céder un peu ; on augmente les doses d*iodure, mais en vain, la maladie augmente.

Quand je vis le malade, je constatai sur le côté gauche de la langue tuméfiée une tumeur très-saillante de la grosseur d'une forte noisette, dure, couverte de plusieurs petites ulcérations; les dents sont imprimées sur les deux tiers du pourtour de la langue, môme à droite; les ulcérations sont saignantes. La pointe de la langue paraît rétrécie, elle est aussi le siège de quelques ulcérations.

J'administre le traitement phéniqué complet, les pulvérisations sont faites avec l'acide phénlque de 25 à 50 et plus p. 1000.

A la fin de mai, une amélioration considérable était déjà obtenue; les ulcérations étaient cicatrisées, la tumeur diminuée de volume, lorsque les exigences du service obligept le malade h. suspendre son traitement. Je lui donne cependant les instructions et les objets nécessaires pour continuer le moins mal possible les pulvérisations. Mais il les a cessées dès que le mieux lui a paru définif, pressé, d'ailleurs, par les exercices du camp de Châlons.

Je le revois le 10 juin 18G8; la dureté a disparu à la pointe de la langue; on voit les traces des cicatrices obtenues sur les ulcérations, celles-ci sont entièrement cicatrisées, mais il reste des duretés à ffpn<»>iA» 1a

^tme àt Torgane est normal, ht malade a eesé tout traitement qu'il ataiu do reste, été Mïfè d'interrompre fréquemment par les néeesâîlés da serriee, qni font très-grandes en ce moment.

Le !• joilleC M. d'E — me revient avec nne ulcération d'one étendoe dûoble de celle qu'elle avait eue primilîTement, à aspect grisâtre à base indurée. La langue est d'ailleurs médiocrement gonflée, les doolears modérées : l'appétit et Tétat général sont bons.

Je recommence immédiatement la médication habituelle, et, au moment cà f écris ces liznes, août 1^68 . one amélioration sensible est déjà obtenue : ti>û.t me fait espérer un heureux résultaL

Rexae^XXs. — Quelque beau que soit le succès, que le cas de M. dT... me paraisse dcToir apporter à la médication phéniquêe. je m'abstiendrai de le compter jusqu'à ce qu*fl soit devenu plus concluant. H me sera seulement permis de faire remarquer que, déjà, le premier résultat a été des plus aTantageux. et de rappeler une fois de plus à mes confrères, cette circonstance importante qu'un premier résultat ausa satbfaisant, quoique temporaire, doit en faire présumer en dcÊcîtlf, car, ainsi que je ne saurais trop le répéter, il n'en tsi pas du traitement pbéniqué comme de l'opération : quand le premier soulage eu guérit, il soulage ou guérit réellement; quand ropêratioii guérit en apparence, ce qui arrive rarement, elle masque le mal pour un temps quand elle ne l'active pas.

P. 5. — Fendant la correction des épreuTes de cette feuille (9 oo- Tembre 1868 . je sois inf»jrmé que la guérisoo de M. d*E... persiste.

TINCT-TIOISIESC OBSEITATIOX

X. C C, â£é à* qurante-quatre ans. me consulta par correspondance, le 2^ juin f ^^. pour une tumeur et des ukéralions très-dooloureuses au c«*(é droit de li lin£ue. D'après les renseignements fournit, je prescrivis de fréquents garçariszies avec une solution phéniquée, et j>ngageai le malade à T»:r me Txr quozd ses affaires le lui permettraient.

le le viseï eJEiH dins le v*«x]rant de juillet 1867: il est d'un tempérament sancuia-oerreux. très-<e«r: il pc^r^t une tumeur dure et ulcérée à la pirtie iaferre^r^ de II Lin^irue. à la j«>nction de Forgane à la muqueuse jeer^iîe, et ijï tîer? antrfrieur. En outre, les papilles étaient ulcérées à couche: l'or^aa-r «-^x: doal«:«reax parfois spontanément, et surtout peod^iint U cJE^t^fitiOQ.

Je pratique quelques pulvérisations et une cautérisation pliéniquce, et je prescris à rintérieur : sirop phéniqué, capsules pbéniquées fondantes, purgatifs réitérés.

Le malade ne pouvant rester à Paris, je lui fis acheter un pulvérisateur, pour qu'il pût, tant bien que mal, se donner lui-même des pulvérisations, ce qu'il fit, suivant toute apparence, avec assiduité.

Le 5 octobre, je recevais la nouvelle que la langue était toujours à pcn près dans le môme état. Mais dans le commencement de novembre, je le revis, et les papilles étaient alors cicatrisées; l'induration persistait, mais l'ulcération y était plus superGcielle et comme limitée à ïécorce de la langue; cet organe paraissait sensiblement grossi du côté gauche. Le malade resta quelque temps à Paris pour se soumettre aux pulvérisations énergiques de mes appareils ; puis il repartit, notablement soulagé, pour continuer le traitement chez lui.

Le 7 février 1868, je reçois de lui la lettre suivante :

« Won cher docteur,

« Il me serait très-difGcile de vous décrire le début de ma maladie. A répoque à laquelle je m'en suis aperçu, je fumais et j'attribuais cela au cigare; j'ai cessé de fumer, mais malgré cela la maladie a fait des progrès. A un certain moment, ma langue devint tellement épaisse, que je me décidai à voir mon médecin, qui m'ordonna de prendre des pastilles de Dcthan, lesquelles me mirent la langue dans un état pitoyable; il me la cautérisa au nitrate d'argent, ce qui me fit horriblement souffrir. Fatigué de cet état, je consultai un autre médecin, qui, s'il ne me ût pas grand bien, ne me fit pas de mal ; il me fit prendre de Teau fraîche plusieurs fois par jour. Je sentis un peu d'amélioration, mais pas assez pour m'en tenir là. Je vins à Paris pour mes affaires ; je vis le docteur Michon, qui ne me dit pas grand'chose. Je consultai un homœopathe : je suivis très rigoureusement son traitement pendant un an ; mais je n'obtins pas une grande amélioration. Découragé, je restai pendant quelque temps à ne rien faire, si ce n'est que d'avoir un régime très-doux. C'est alors que je fus vous trouver ; vous savez le reste. Je vais mieux, mais je n'ose pas encore me permettre le moindre extra; la langue me fait encore souffrir, mais c'est bien loin de ce que j'ai souffert ; je pense qu'il y a environ neuf à dix ans que j'en souffre. Si j'arrivais à être complètement guéri, je serais très-heureux, car j'ai bien souffert physiquement et moralement.

« J'ai quarante-quatre ans

« Je continue mon sirop de café vert de Séverin, mes pulvérisations

avec votre solution normale phéniquèe et je prends de temps en temps la poudre antihémorrholdale.

« Agréez, etc. « C. C.

(( 6 février 18(^. o

En juin 1868, une nouvelle letlre m*annonce la guérison du malade, dont la langue conserve cependant une sensibilité plus grande qu*à 1 elat normal.

Cette feuille était sur le point d'être tirée, quand le malade me revient au mois de novembre amenée par une sensation de douleur assez prononcée et un développement papillaire, qui lui faisaient redouter un commencement de récidive. Un groupe de papilles de 2 centimètres carrés environ existait sur ce point, elles étaient saillantes, sensibles et rouges, mais sans induration. Le malade se soumet pendant une dixaine de jours à des pulvérisations phéniquées, suivies d'onctions au glycérolé phéniqué,ct il quitte Paris n'éprouvant plus aucun phénomène anormal. Je lui conseille néanmoins de prendre pendant environ deux mois des capsules phéniquccs fondantes et de se servir tous les jours d'un dentifrice phéniquc.

VINGT-QUATRIÈMB OBSERVATION

Le général C..., baron de B..., âgé de cinquante-huit ans, dit-il, mais en paraissant au moins soixante-cinq, me fut adressé, le 7 août i867, par mon savant et excellent confrère et ami, le docteur Simas, premier médecin de S. Al. le roi de Portugal.

La langue est douloureuse, mais sans élancements violents. La parole est embarrassée; la mastication et la déglutition encore assez faciles; il y a une salivation abondante; l'appétit est encore bon; cependant le général mange peu, mais surtout par sobriété; il dit avoir maigri depuis quelque temps : il est effectivement assez maigre. Le teint est bistre foncé, mais non cachectique.

Le général a eu plusieurs attaques de maladie de peau. La première à dix-huit ans, était fixée aux pieds et aux mains ; quelquefois les attaques avaient lieu sur diverses parties du corps, notamment Tannée qui a précédé le début de la maladie de la langue, c'est-à-dire pendant à peu près la moitié des années 1863-1864 : il avait aux deux lèvres des ulcérations qui ont persisté près d'une année, et qui ont laissé des traces profondes, des cicatrices blanchillres ; elles ont paru céder à des pilules dont le général ignore la composition. Depuis 1864, il s'est aperçu que la langue était sensible, lourde et plus volumineuse: il y remarqua des tubercules qui

poussaient dans les tlots formés par un entrecroisement de crevasses, pour la curation desquelles on lui donna du chlorate dépotasse, de Tiodure de potassium, et divers traitements antisyphililiques pendant dii-scptmois. Le tubercule situé à l'union du tiers antérieur do la langue avec les deux tiers postérieurs du côté droit, s'élargit plus vite que les autres, situés plus profondément. (Test dans cet état qu'il alla consulter M. le docteur Ricord dont voici la prescription *

« Epithclioma des fumeurs,

« Ablation à faire.

« Ricord. »

Le dùcteur Simas ne pensant pas qu'une ablation partielle pût guérir le malade, atteint de tubercules profonds, situés en arrière, à peu près inaccessibles à l'instrument, et d'engorgements des ganglions sous-maxillaires, me l'adressa ainsi que je l'ai dit.

A la première visite du général, je constatai Tétat suivant :

Sur le tiers antérieur droit de la langue existe un champignon de l'étendue de vingt millimètres sur douze, creusé en cupule, à bords retournés en dehors, et au centre duquel se trouve une ulcération profonde, dans laquelle pénètre toute l'extrémité d'un pinceau en blaireau.

Au milieu de la langue, trois boutons larges, plats, un peu pédicules ; un quatrième à la partie postérieure, presque dans la gorge, ne pouvant être vu qu'avec le laryngoscope ni se sentir, si ce n'est en plongeant le doigt profondément dans la bouche ; enfin un cinquième à l'entrée de la bouche et à gauche, près de la commissure. La langue est encore mobile; elle présente sur le bord droit un renflement en si»atule, occupant la placo des dents qui ont été sacriQées. A l'angle de la mâchoire, h droite, existe un ganglion mobile, de la grosseur d'une grosse noisette et au milieu un plus petit.

Je commence immédiatement le traitement phéniqué; mais il est remarquablcque, bien que la douleur de la langue ne soit pas excessive, lemalade ne peut cependant supporter les pulvérisations avec la solution d'acide à 5 p. iOO; je réduis la solution à 1 p. 100.

Le général ayant consenti à laisser prendre la photographie des parties malades, je la fnis prendre, dès le lendemain.

Pendant les jours suivants, j'ai voulu tenter quelques cautérisations à Tacide phéniqué, mais chacune des cautérisations a été suivie presque immédiatement de l'augmentation de volume des ganglions.

Peu à peu le malade a pu supporter une solution Dln« forta nn"»* ina «..i-

vérisalions, et le Irallement a pu ôtre appliqué régulièremeot deux fois par . jour.

Néanmoins, en octobre, deux des tubercules ont grossi et se sont ulcérés, le troisième reste stationnaire, celui de la gorge a presque doublé : il gène la déglutition. Pas de modiûcation de Tétat général, continuation du traitement.

En décembre, le tubercule le plus rapproché de Torifice buccal vient se joindre à celui du côté droit, qui a lui-môme envahi le côté de la langue ; rétat général reste le même.

En février, toute la langue est ulcérée, moins le rebord à gauche; elle est divisée, par des sillons assez profonds, en plusieurs lobes tous, indurés; son volume est considérablement augmenté, au point de repousser le palais et de gêner même la respiration nasale, au dire du malade, quoique chez lui la voûte du palais soit très-élevée et, par conséquent, la cavité buccale très-profonde; c'est surtout à la partie centrale postérieure, élevée en forme de dôme, que la pression centrale se fait sentir. L'état générai reste néanmoins le même. Continuation du traitement.

Au commencement d'avril, le volume de la langue est le même, à peu près double de Tétat normal, toujours élevé en dôme au centre et un peu en arrière; même dureté; respiration toujours gênée. Même état général.

Je fais des pulvérisations à Tacide phénique presque caustique. Après quelques pulvérisations, la langue se fond en plusieurs lobes à Taide de trois crevasses profondes : Tune partant du sommet du dôme se dirigeant vers la base, une autre allant transversalement du bord droit au bord gauche, en passant un peu au devant du sommet du cône; une troisième se dirigeant de la scissure transversale vers la pointe delà langue, qu'elle divise en deux lobules. Dans les jours qui suivent cette division, il s*opère à la surface des lobes une sorte de délitescence; de petits fragments de substance blanchûtrc, de la consistance d'albumine cuite, se détachent et sont expulsés avec la sécrétion salivaire, qui est toujours modérément abondante; au fur et h mesure de cette délitescence ou de cette sorte de gangrène moléculaire, la langue diminue de volume et prend un aspect un peu meilleur; mais quelques jours après cette amélioration, les glandes sous-maxillaires augmentent tout à coup au point d'occuper la moitié du cou, à droite, empiétant même un peu à gauche de la ligne médiane; de plus, elles deviennent douloureuses, ce qu'elles n'étaient pas auparavant. L'état général reste passable, mais le sommeil est toujours le même. J*eD ai augmenté la durée pendant quelques jours à l'aide des opiacés; mais y y renonce, ces préparations a\ant eu pour effet de diminuer l'appétit et d'affaiblir le système nerveux.

Le 10 avril, oq aperçoit dans le fond de chaque sillon qui sépare les lobes de la langue, une couche blanche très-adhérente que l'acide phénique modifie, mais ne détruit pas entièrement; la délitescence continue, les fragments détachés deviennent un peu plus volumineux ; au point d'entrecroisement ,des divers sillons est un infundibulum dont on fait sourdre par la pression de la langue une certaine quantité de pus crémeux. Même étal des glandes lymphatiques.

Le 20 avril, les petits fragments gangrenés deviennent plus volumineux, il y en a de la grosseur d*un petit pois ; il existe toujours, entre ces fragments et parfois à leur surface, une certaine quantité d'enduit blanc qui se présente au microscope sous l'apparence de longs filaments articulés. Mon ami, M. de Castelnau, qui s'intéressait beaucoup au général, prend un de ces fragments, sur la structure duquel il désire avoir l'opinion de M. Ch. Robin. L'habile micrographe trouve le fragment composé de « cellules d'épilhélium pavimcntcux; quant aux filaments articulés, ce sont des algues du genre leptolhrix, qui se développent sur les produits en voie de mortification. » Plusieurs fragments de la grosseur d'un gros pois ne tiennent au centre de la langue que par un pédicule, et forment des sortes de pyramides renversées, placées les unes à côté des autres et tenant par leur sommet au centre de la langue.

30 avril. — De gros fragments se sont détachés ; le plus gros lobe de la langue, qui a encore le volume d'un petit œuf, est grenu à sa surface, d'une coulear en grande partie rosée, offrant l'aspect d'une éponge fine, e comme celle-ci criblé de petits trous; dans son ensemble, la langue es beaucoup diminuée de volume, elle est à une certaine distance du palais; la respiration est plus libre par le nez et possible en partie par la bouche. En revanche, les ganglions ont continué à augmenter de volume et à s'étendre; il y a maintenant un chapelet qui descend jusqu'au sternum. 11 y a toujours des lisérés blancs sur divers points de la langue, notamment dans les sillons interlobaires. Il y a une constipation opiniâtre, que je combats principalement avec Thuile de ricin. Même état général ; même insomnie.

Le 2 mai, il s'est détaché de gros lambeaux; la constipation persiste; il y a une fièvre intense et do l'affaissement.

Le 4 mai, la constipation persistant, ainsi que la fièvre, je prescris la poudre purgative anti-hémorrhoidale.

18 mai. — La constipation a cédé au dernier purgatif prescrit et dont l'usage a néanmoins été continué plusieurs jours; la fièvre est aussitôt tombée; les forces sont revenues au degré où elles étaient. Un nouveau sillon transversal s'est produit, nui siembiA /»/»"»*'

meol, vers Vuiâ<,h ou tiers anUneor avec le tiers moyen, cl se réunissant à un antre sillon qui avait la même direclion, mais un peu oblique.

27. La laog^ue s'apUtlt très- notablement et devient moUe dans les points loisins du dernier sillon fonii«} cl dans toute la partie antérieure à ce sillor., sauf ks deux loL-uhs de la pûinle qui restent gros et dnrs.

15 juin. Tout un des hjhes a disparu jiar suite de la délitescence, et a laissé à sa ] «lace un v;i^le vide qui p jriuel de voir que la destruction n'a pas atteint hs muscles ou ne les a du moins atteints qu*incomplétetnent. Les plaques et lisérés blancs pullulent toujours. Depuis quelques jours, le chapelet des ganglions a disparu dans presque tout le cou ; ceux de la récHon sous-maxillaire persistant senls, et le plus gros, qui avait presque le volome du poing, n'a plus que celui d'un petit œuf de poule. Les pansements répétés et énergiques (atiguent un peu le général, il demande que, pendant quelques jours, on ne lui en fasse qu^un très-doux, ce qui est accordé.

30 juin. L'affaissement ilcs autres lobes a suivi la destruction de celui que nous avons mentionné; la langue est aujourd'hui revenue près* qu a son volume normal : elle est beaucoup moins dure, sauf à la pointe où les deux lobules ont à peu près la même dureté que précédemment. Les ganglions sous-maxiilaircs ont encore diminué; ceux du cou n oui pas reparu.

Je reprends les deux pansements; mais dans les premiers jours de juillet, le gainerai me demande la permission d'aller passer quelque temps à la cam[jagne, dans les environs de Fontainebleau; ce que je lui accorde à regret.

Je n'ai plus revu le général depuis ce moment, et c'est avec un profond étonnement que j'ai appris sa mort, par le journal le Figaro^ dans le courant de novembre 1868.

La manière dont cette mort était annoncée a même exigé une réclamation de ma fiarl, non au Figaro^ ce que les bienveillants confrères qui m^bonorent de leurs calomnies auraient sans doute interprété à mal, mais à une publication scientiGque. et je me suis adressé à celle que rédige mon ancien maître et excellent confrère M. Marchai.

R£3i.yiQUES. — Quand le général me demanda son congé de Tillégiature, je devinai sans trop de peine qu'il avait subi rinfluence de quelque intermédiaire, qui lui avait (ait espérer une guérison assurée et prompt?. Un diplomate en évidence passait alors, dans un ccriaio monde, pour cire en voie de guérison rapide, par suite du traitement d'un guérisseur exotique, et alors qu'une opération, — parfaitement

inutile d'ailleurs, — pratiquée par une sommité chirurgicale avait plutôt bâté que ralenti la marche de la maladie. Ces contes intéressés trouvent toujours du crédit dans l'esprit des pauvres patients. Le général dut y croire, et il alla rejoindre le diplomate, avec qui il avait, au moins indirectement, quelques relations. Le diplomate est parti, non guéri, en congé illimité; j'espérai qu'après son départ, le général me reviendrait dans un état qui permît encore d'espérer une guérison; au lieu de le voir, j'appris la nouvelle de sa mort inattendue.

Cette nouvelle me causa un vif regret, non-seulement parce que le général était un client affectionné de mon excellent ami, le docteur Simas, mais encore parce que l'amélioration obtenue était de nature à en faire espérer une plus radicale; tous les cliniciens qui voudront bien lire avec quelque attention la relation de la maladie du général, trouveront sans doute mes espérances justiGées.

Cette relation nous paraît, d'ailleurs, instructive à bien des égards : la maladie du général nous a offert l'exemple le plus remarquable que nous ayons vu de ces balancements morbides entre la langue et les ganglions, que nous avons signalés dans nos généralités. Ce cas nous a offert, en outre, une forme de maladie qui, vu l'extrême développement de la langue, son induration modérée et le grand développement des ganglions, aurait pu passer, à prioriy comme un cas d'encéphaloïde, et précisément dans ce cas comme dans le cas analogue de M. Maisonneuve, l'examen microscopique (fait ici par un homme spécial et habile dans ce genre d'observations), fait reconnaître la forme épithéliale. Nouvelle et millième preuve qu'en matière de cancer, la clinique est tout, et la micrographie rien ou peu s'en faut.

Un autre fait remarquable, c'est cette forme de destruction, de ganfcrcne, partie moléculaire, partie en minces fragments, par laquelle le produit morbide semblait devoir s'éliminer, et qui nous a permis de voir au centre de cette effroyable altération le tissu musculaire encore intact ou très-peu altéré ; circonstance qui avait accru les quelques espérances de succès que nous avions conçues, malgré cette insomnie sans motif que nous avons dit être généralement un symptôme fâcheux.

Du diagnostic porté et de la thérapeutique proposée par M. Piicord, nous oe dirons qu'un mot.

Sar le dia2ii*>stic, IL Ricord tranche sans façon une question éiiol'ï^îqie, poor le moLas encore indécise; il a lestement défini la mi!aiie di zénéral : épithélîooai des fmmeun. Mais H. Ricord n'a pas eaor-î mis le moaJ-; âcîeatiôqae à même de jager sur quels faits il prétend lonier an pareil diagnosUc.

QointauxmoU : ahlaiion à pratiquer ^ dans lesquels le spirituel syphOi:>iZraphe résume sa thérapeutique, il aurait été assez curieux de saToir ce qa? l'habile opérateur prétendait enlever, chez un malade dont toute la lansue était envahie, même au delà des portions naturellement visibles, et chez lequel des ganglions lymphatiques étaient en^rgés et durs; il serait curieux, surtout, de savoir comment il s*y seriit pris poar appliquer le principes! énergiquement posé par M. Lebert, de trancher larjememi dans les parties; c'est bien dans ce cas, que l'application de ce précepte aurait emporté une grande partie de la tête et du cou. Il faut, ce nous semble, éprouver de furieuses démangeaisons de bistouri pour tenter de pareilles opérations, et il faut, en outre, bien mal comprendre Tintérét des malades ou en prendre bien peu de souci. Si nous voyions des charlatans proposer de pareilles boucheries, ne les qualifierions-nous pas de véritables assassins, et n'appellerions-nous pas sur eux toutes les rigueurs de la justice! Sach)is donc nous dépouiller de la besace du fabuliste, et habituons-nous à tout voir du même œil ; c'est le meilleur moyen d'accroître notre autorité et la onfiance que nous devons inspirer.

VtNGT-CINQViÉME OBSEEVATION

M. L..., âgé de cinquante-trois ans, d'un tempéramment lymphaticosaiiguin, quoique maigre, directeur d'une école du gouvernement belge, homme furl inlciligeot, comme on va le >oir, vient me consulter le 30 août 1867. 11 me dunnc verbalement des renseignements sur sa maladie, qu'il expose, ensuite, dans les termes suivants, dans une lettre qu*il m'adresse :

« Les premiers symptômes de mon mal datent de 1840; j'éprouvai quelques ulcères à la gorge, qui ne m'incommodèrent en rien. En 1842, étant élève à l'École militaire, à Bruxelles, j'avais un mal de gorge en même temps que des ulcérations. Je consultai M. Limauge, médecin principal de rËcole. 11 me dit : Vos ulcères sont des ulcères vénériens. Pavais beau protester que je n'avais eu aucune maladie de ce genre ; il me fit

suivre un traitement mercuriel par le sirop antisyphilitique (sirop de Cuisinier) au sublimé corrosif. J'en pris une telle quantité, que je parus menacé d'une maladie du cerveau; mes ulcères augmentaient au lieu de diminuer. M. Limaugc et M. Lebcau, médecin principal de rilôpital militaire, me firent subir des cautérisations à la pierre infernale. Rien n*cut d'effet sur mon mal. On m accorda un congé d'un mois, et je guéris presque seul par le bon air de la campagne et une nourriture forte. En 1845, je devins professeur de mathématiques supérieures à .... Là, au bout de deux ans d'enseignement, en 1847, mes ulcères à la gorge reparurent. Je consultai inutilement plusieurs médecins. En 1849, j'allai accidentellement à Spa pour affaire de service. C'est là que je m'aperçus, pour la première fois, d'un embarras à la langue. Les médecins que je continuais à consulter, opinaient pour une légère phlegmasie, avec induration à la langue, etc. Je subis de nouveau toutes sortes de traitements. Mon mal fit toujours des progrès, bien qu insensibles. En 1852, je consultai le célèbre chirurgien Seutin. Ma langue, dont j'avais encore l'entier usage, était séparée en deux lobes assez engorgés. M. Seutin me mit entre les mains de M. Thiry, médecin de l'hôpital Saint-Pierre, à Bruxelles, chargé du service des vénériens. Ce praticien me prescrivit un traitement à l'iodure de potassium; j'ai 8ui>i ce traitement au point que mon médecin traitant de Spa me prédit une fin prochaine, si je ne le cessais pas, à cause de l'anémie qui en avait été la conséquence. J'ai consulté encore d'autres médecins; les uns me dirent : ce n'est pas une maladie syphilitique : c'est scrofulcux, c'est dartreux. J'ai usé de toutes sortes de médicaments. Des gargarismes au peroxyde de fer, à l'acide muriatique, des tisanes à Tinûni ; mon mal suivait lentement sa voie progressive. En 1859, 1860, survint une légère salivation, d'abord, en parlant, puis, nuitamment, en dormant; ma langue était tuméQée au point que mes dents y étaient imprimées. En ld63, l'embarras de la langue en parlant devint appréciable pour tout le monde. J'ai consulté de nouveaux médecins; j'ai pris en quantité les pastilles de Dethan au chlorate de potasse. Ensuite des badigeonnages au chlorate pur. En 1866, au mois de mai, une suppuration s'est déclarée dans la bouche, sur la langue; ma maladie devenait dégoûtante. Je ne pouvais presque plus ni parler ni avaler. Une expectoration trèsabondante et une salivation très- grande me rendaient un objet de dégoût pour tout le monde et pour moi-même. En février 1867, je pus consulter le célèbre professeur de l'Université de Louvain, M. Michaux. Ce praticien consciencieux me dit, après avoir entendu l'historique de ma maladie : mal vénérien^ mal scrofuleux, mal dartreux, quen sait-on? Il me près* crivit le liquide arsenical de Fowler. J'ai pris inutilement ce traitement.

J*ai encore consulté M. Deroubaix, médecin du roi des Belges. Opinion : maladie serofuleuse; traitement en conséquence.

« M. Nélaton : maladie vénérienne; traitement iodure de potassium. M. Ricord : maladie scrofuîeuie ; traitement huile de foie de morue avec teinture alcoolique de ciguë ; lavage de la bouche à l*acide phénique. »

Quand je vis le malade, le 30 août, je constate que la langue est réduite au volume d'une grosso fraise; la surface en est rugueuse, percée de trous très-rapprochés, comme une sorte de pierre ponce. Toute la muqueuse de la bouche est luisante, ainsi que celle des piliers et du pharynx, laquelle est, en outre, sèche malgré une salivation très-abondanfe, collante, épaisse, qui fait le désespoir du malade. La langue est à peu près complètement immobile, et c'est avec les plus grandes difficultés que M. L... peut parler; la voix est sourde et nasonnante.

Le malade ne pouvant passer que trois jours à Paris, je pratique chaque jour de fortes pulvérisations prolongées sur le moignon de la langue, et je prescris Tacidc phénique à Tintéricur. Après trois jours de traitementi la langue a déjà repris de la souplesse.

Je conseillai de continuer à domicile l'usage de l'acide phénique, ttittu et extra; j'y ajoutai l'arsenic et Tiodurc d'amidon blanc,la vitellinephéniquée.

Je reçus au bout d'un assez longtemps la nouvelle que l'amélioration continuait; et tout récemment qu'elle augmentait encore, quoique lentement.

Voici la lettre que je recevais, h la date du 25 mai dernier (I8G8), de ce très-intéressant malade :

« Monsieur le doclcur,

« Je m'empresse de répondre à votre honorée et bien accueillie lellre d'hier, 24 du mois. Je vous remercie de l'intérêt que vous voulez bien me témoigner.

« J'ai la satisfaction, je dirai le bonheur, de pouvoir vous dire que l'amélioration que je vous ai fait connaître se soutient, cette fois-ci, sans aucun remède. Je me berce donc de l'espoir d'une guérison, sinon complète, au moins satisfaisante. Il est vrai que le mieux est peu sensible, mais il est réel; cela, après vingt-cinq à trente ans de souffrances de cette affeclion, qui m'a fait passer une vie on ne peut plus malheureuse, moralement. J'ai ou l'honneur de vous dire, je crois, qu'au début du mal, il consistait dans quelques ulcérations de la gorge, et que ce n'est que deux ou trois ans plus tard, en 1842 ou 1843, qu'est survenue une petite induration il kl langue, commencement de ma terrible affection. J'ai consulté tous les médecins à ma portée et toutes les sommités de l'art en Belgique

et en France; j'ai subi inutilement tous les traitements : les uns voulaient que ma maladie fût vénérienne, d'autres dartreuse, scrofuleuse, scorbutique, que sais-jel M. le docteur Nélaton, Tannée passée encore, opinait, malgré ma protestation, pour une maladie vénérienne; M. Ricord pour une maladie scrofuleuse. Il n*y a que M. Michaux, de Louvain, et vous, Monsieur le docteur, sans vouloir vous flatter, qui n*ayez pas classé ma maladie. Aussi m'avez-vous, dès le premier abord, inspiré toute confiance dans vos lumières; mais le mal est tellement invétéré, qu'il reste rebelle à toute médication; aussi j'ai cessé tout remède depuis trois mois, et je m'en trouve bien. Je suis probablement dans une période décroissante de mon affection, qui est vaincue par ma constitution, non pas forte, mais résistante. Néanmoins, je veux encore bien essayer de votre nouveau remède; veuillez me le faire envoyer par le pharmacien, ainsi que le dentifrice phéniqué. Je suivrai scrupuleusement vos prescriptions et je vous tiendrai au courant des phases de ma maladie.

« Vous pouvez faire usage de mes renseignements et démon nom selon votre bon plaisir, en tant que cela puisse servir au soulagement d'autres malheureux atteints d'aflections analogues. Je voudrais être homme de plume et de Tart pour donner une description détaillée de mon étrange maladie, afin de prévenir les erreurs dont j'ai été, moralement, une si grande victime, car physiquement je n'ai pas beaucoup souffert. Il y a quelques années déjà, deux praticiens distingués déclaraient à ma famille que je n'avais plus que deux ou trois mois à vivre ; vous concevez les alarmes.

« Ma santé générale est actuellement meilleure qu'il y a quelques années. Il est vrai que je lis tous les traités d'hygiène et que je me soigne beaucoup. Je me figure, pardonnez un ignorant, que ma constitution avec ces soins se débarrassera d'un mauvais venin que j'ai dans le sang et que, malgré mes cinquante-trois am, je parviendrai à vivre encore quelques années, sans être sous le malheur de mon affection. C'est peut-être un rêve, mais je le poursuis avec persistance. Si votre nouveau remède pouvait réaliser ce rêve, ce serait un miracle.

« Voici mon étal actuel : beaucoup moins de salivation, presque plus de mucosités, même le matin ; mais la langue complètement déformée, sinon penlue. Il est venu sous le restant de la langue, dans la cavité inférieure de la bouche, deux morceaux de chair ou lobes remplissant la bouche et tenant lieu de la langue ; de temps à autre, à quelques jours d'intervalle, quelques lancements légèrement douloureux, mais toute inflammation a cessé. Quand l'estomac est tout à fait bien, j'ai le restant de la langue plus

mobile et la parole plus facile. Mais autrement, j*ai peine à me faire comprendre des personnes qui ne sont pas habituées à ma parole.

« Il ne me reste plus de papier, Monsieur le docteur, que juste assez pour vous réitérer, avec mes remerciments, Fassurance de mes sentiments les plus distingues.

ti P. S, — J'oubliais de vous dire que la déglutition est plus facile, bien que je doive continuer à faire hacher toute viande. Je me nourris bien, mais d'œufs, laitage et bière; quant au vin, il m*est impossible d*en boire. »

Le nouveau remède dont parle M. L.., et que je lui ai conseillé, est l'acide phénique dissous dans une huile minérale, que j'emploie depuis quelque temps, et comme auxiliaire de l'acide phénique, et comme suppléant, quand je suspends l'usage de celui-ci, comme on est obligé parfois de suspendr: tout médicament, pour reposer les organes, ou par suite de l'inaction où tombent momentanément les meilleurs remèdes, longtemps administrés. Le résultat de la nouvelle préparation a été tel chez M. L..., qu'il m'écrivait, à la date du 5 juin 1868, une lettre dont j'extrais les passages suivants :

« Voilà trois jours que j'applique votre nouveau remède à ma langue, après avoir bien lavé ma bouche avec le dentifrice; je m'en trouve bien. Il me semble que ma guérison approche à grands pas, grâce à ce remède. La salivation ne me gène plus guère, la déglutition est beaucoup plus facile, les mucosités sont fort diminuées. Puis, à mesure que mon mal diminue, mou tronçon de langue est plus mobile, car vous savez que je n'ai plus qu'un petit restant de ma langue, elle est toute raccornie, raboteuse; elle est remplacée, comme j'ai eu l'honneur de vous l'écrire, par des excroissances de chair qui ont poussé sous la langue. Quand vous m'avez vu à Paris, ces excroissances existaient déjà, mais très-minces, comme une feuille de figuier. Elles ont grandi depuis, et se trouvent maintenant en avant, au commencement de la bouche, contre les dents de la mâchoire inférieure, d'un demi-centimètre d'épaisseur, comme un bourrelet autour du restant de la langue. Je crois que c'est une prévoyance de la nature, qui ne veut pas laisser ma bouche vide, et je considère ces excroissaoces comme une nouvelle langue.

« Quant à l'hérédité, j'ai toujours prétendu, contre l'avis de tous les médecins, que c'est d'elle que provient mon mal. Ma mère a eu, pendant trente ans, une plaie analogue au gros du mollet de la jambe gauche. A l'âge de cinq ans, j'ai eu une carie de l'os de la main gauche pendant quatre ans. Je ne sais pas si, 15, on ne trouverait pas non plus une première caus^ de mon affection, parce que je crois me rappeler qu'un médecin delacam-

pagne m'a appliqué pendant longtemps de l'onguent mercuriel, que je puis avoir absorbé par la peau de la main. Je dis cela, parce que plusieurs docteurs de talent n*ont voulu voir qu*une « maladie » du second degré, dans la triste affection dont j*ai souffert pendant vingt-cinq ans.

« Ma santé habituelle est bonne« meilleure maintenant qn'avant et pendant ma maladie. Je n*ai jamais fumé; le tabac et toute boisson alcoolique étaient comme un poison pour moi.

« Votre traitement et votre avis remportent dans mon opinion sur tout ce que j*ai fait jusqu*à présent. Si j'avais suivi le conseil de ma famille, il y a cinq ans que j'aurais été vous consulter à Paris; le sort n*a pas voulu me donner cette bonne inspiration. Il est tard maintenant; j^espère qu'il ne Test pas trop pour guérir suffisamment, sinon pas complètement. »

Remarques. — Nous avons déjà fait ressortir, et les faits suivants la feront ressortir encore, toute la diiîérence qui existe entre le langage des auteurs, lorsqu'ils traitent du diagnostic des maladies de la langue, et l'application qu'ils font de leurs principes, au lit du malade. En théorie, si le diagnostic offre parfois des difficultés, on arrive cependant, à peu près toujours, à les vaincre, et à tirer au clair les obscurités qui peuvent exister, sur le caractère de la maladie; en pratique, c'est tout autre chose : ce qui semblerait même devoir être le plus clair, reste obscur ou le devient, par suite d'opinions contradictoires, émises par des hommes qui ont une légitime autorité.

Si le suffrage universel était applicable au diagnostic, il est clair que M. L...., serait atteint d'une affection syphilitique; il devrait même en être atteint encore, si l'on pesait les suffrages, au lieu de les compter : l'affection syphilitique n'a pas, en effet, pour elle seulement les premiers médecins d'armée, qui ont vu la maladie au début, elle compte les suffrages de Seutin, de H. Nélaton et d'un spécialiste distingué de Bruxelles, H. Thiry. Mais sur quelles raisons ces honorables confrères se sont-ils appuyés, pour admettre une syphilis, chez M. L....? Il nous est absolument impossible de le deviner.

M. L on l'a pu voir, est un homme d'une intelligence exception -

nelle. il s'est toujours observé avec le plus grand soin; il serait insensé de douter de sa bonne foi; par conséquent, il n'est pas possible de douter de l'exactitude des renseignements au'il dnnn^ ci"«

ses antécédents; ce n^est donc pas en se fondant sur ces antécédents que Ton peut admettre Texistence d*une syphilis. Ce n'est pas non plus sur la coexistence d'autres symptômes syphilitiques, puisqu'il n'en existe absolument aucun. Est«ce sur le caractère même des lésions de la langue? Dans certains cas, je concevrais que Ton restât dans le doute, d'après le caractère des lésions, mais ce n'est pas dans les cas où ces caractères sont ceux qui se sont présentés ou qui se présentent encore chez M. L.... Dans l'impossibilité où nous sommes de deviner les motifs de nos confrères, nous avons donc cru devoir repousser formellement l'idée d'une syphilis.

Y a-t-il plus de raisons d'admettre une scrofule? Nous ne saurions le croire : une affection scrofuleuse de la langue doit déjà être une bien grande rareté ; mais une affection scrofuleuse qui se serait toujours bornée à la langue, ou tout au plus à la langue et à la gorge, nous paraît être une rareté plus grande encore, si grande, que je ne pense pas que personne l'ait jamais vue. Si l'on ajoute à cette considération, que la scrofule se manifeste toujours par des productions expansives, si je puis ainsi dire, c'est-à-dire par des productions molles, enflées de lymphe ou au moins de liquides blancs, tandis que chez M. L...., c'est plutôt un état atrophique qui a été observé, et un état dont le caractère principal est l'induration, on aura une nouvelle raison de repousser l'idée de scrofule, non moins que celle de la syphilis.

Faut-il dire, plus modestement, avec le savant professeur Michaux* Mal vénérien^ mal scrofuleux, mal dartreux^ qu'en sait-on? Cette opinion ou plutôt cette absence d'opinion conviendrait peut-être mieux à ma situation ; je ne dis même pas qu'elle ne conviendrait pas mieux à mes goûts, s'il n'y avait pas de conclusion pratique à en tirer; mais il y en a une, et M. Michaux n'y a pas échappe : tout en se montrant modeste et sceptique, dans le langage, il n'en a pas moins prescrit la liqueur de Fowler, ce qui doit signifier, ce me semble, que, pour M. Michaux, la maladie de M. L.... n'est ni syphilitique ni scrofuleuse, mais qu'elle est plutôt dartreuse, si par dartreux on doit entendre, comme je le pense, une disposition organique favorable aux développements parisitaires. M. Michaux était donc, selon moi, dans la bonne voie, et s'il n'a pus obtenu de bons résultats de la liqueur de Fowler, sa prescription n'en était pas moins celle

qui convenait le mieux, quand on n'est pas encore familiarisé avec la médication phcniquée. C'est en sulvantla même voie que M. Micliaux, mais avec des moyens plus efficaces, que je suis parvenu à améliorer l'état deM. L...., que je parviendrai, je l'espère, àTaméliorer encore, autant que le comportent les dommages irréparables déjà causés, cl, enûn, à donner à l'amélioration obtenue une fixité qui mettra H. L.,.. à l'abri de toule récidive.

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