‹ Observations sur la curation des maladies organiques de la langueChapitre 36 sur 40 · TRENTE-DEUXIÈME OBSERVATION · texte numérisé non relu

TRENTE-DEUXIÈME OBSERVATION

M. Br.-C, âgé de vingt-huit ans, d'un tempérament lymphatico- nerveux, vient me consulter dans les premiers jours de janvier 4868, pour une maladie de la langue qui s'était développée dans les circonstances suivantes :

En novembre 1866, M. Br.-C. mordit, en jouant, dans un morceau de sucrate de chaux cristallisé, qu'il écras^a en partie entre ses dents ; il cracha instantanément pour se débarrasser de ce sucre imprévu, mais.

soit qu'il en fût resté de petits fragments entre les dents, soit que TappUcation eût été irop énergique, il en résulta une vive douleur et une violente cautérisation de la langue, qui fut suivie d'une plaie dont la durée ne dépassa pas une quinzaine de jours et disparut spontanément.

En juillet 1867, le malade éprouva de vives douleurs dans les points qui avaient subi la cautérisation, et il s*aperçut d'une impeTcepliblc Gssure, mais qui étant écartée était assez profonde, pour qu'on y pût loger tout le blaireau d*un pinceau. Après un traitement de trois mois, ce trou étroit mais profond se ferma, et les douleurs disparurent à peu près complètement.

Environ deux mois après, toute la partie qui avait été autrefois cautérisée par le sucrate de chaux se couvrit d*une pellicule blanchâtre ; pais, celte pellicule se fendit en plusieurs sens, et une vive inflammation s'ensuivit ; trois des fentes devinrent des ulcérations ou plutôt des divisions étroites mais profondes comme la première : les ganglions sous-maxillaires deviennent gros et douloureux; la déglutition est pénible et difficile.

Appelé loin de Paris, pour des affaires urgentes, au moment où il allait entreprendre un traitement, au mois de janvier, M. Br.-C. ne rentre qu'au mois de mars, et je le vois alors dans un état moral fort triste, disposé à se faire arracher toutes les dents à la pression desquelles il éUiit, alors, porté à attribuer sinon la cause première de son mal, du moins son aggravation, et. en tout cas, les douleurs qu'il en éprouvait.

Au moment où je le revois, M. Br.-C. me donne les renseignements suivants, outre ceux qu'il m'a précédemment donnés par écrit :

En d865, en présence de quelques cas de variole, M. Br.-C, qui n'avait jamais été malade, se fit vacciner ; le vaccin prit parfaitement, mais après la disparition des boulons, une éruption se déclara sur toute la région de l'omoplate droit, éruption de vésicules qui donnaient lieu à une sécrétion abondante; cette éruption guérit après quelques semaines, mais elle fut suivie de pareille éruption avec fortes démangeaisons derrière les oreilles. Celle-ci disparut encore, après un traitement de quelques semaines ; mais dans le courant de 4866, une éruption d'une sorte de gale se manifesta au bras droit, puis au bras gauche, et le malade se décida à entrer à l'hôpital Saint-Louis, pour y subir un traitement spécial. Au bout de quinze jours. M. Br.-C. n'avait encore éprouve aucune amélioration, tout au contraire, lorsque des affaires l'appelèrent hors de Paris. Il fit pendant son voyage des onctions avec le glycérolé phéno-albumineux, dont il avait emporté un pot, et, sans aucun régime spécial, son éruption et les affreuses démangeaisons disparurent. C'est à la fin de cette année, comme on l'a vu, que M. Br.C. se livra à cette plaisanterie qui lui coûta si cher. Il faut ajouter

que dans rintervalle qui s'écoula entre la cautérisation de la langue et Tapparition des ulcères spontanés et de Tinduralion de i'or^'ane, M. Br.-C. contracta un chancre induré, pour lequel il suivit un traitement spécial, pendant quatre-vingt-dix jours, et qui disparut sans laisser de traces apparentes, locales ou générales.

Quand je revis le malade, au mois de mars, il avait sur tout le tiers postérieur droit de la langue une ulcération à base fortement indurée et dont la profondeur, que l'on peut constater en y enfonçant un pinceau, s'étend jusqu'aux attaches de la langue; douleurs vives à la mastication et à la déglutition, qui sont très-difficiles; douleurs spontanées de temps en temps, s*étendant jusque dans les oreilles des deux côtés; il n'y a pas de ganglions engorgés.

Dès les premiers jours de mars, traitement phéniqué; pulvérisations quotidiennes ; cautérisations phéniquées tous les quatre, cinq ou six jours; amélioration prompte des douleurs et de l'aspect de la plaie; dans le courant de mai, cicatrisation complète et disparition de Tinduration; trèslégères apparences de récidives (inflammations légères), promptement réprimées par les pulvérisations phéniquées et les gargarismes. Au moment oùj*écris ces lignes (août 1868), une cicatrice à peine visible pour des yeux prévenus est la seule trace qu'ait laissé la maladie de BI. Br.-C.

Remarques. — Il est sans doute inutile de dire que la cause de cette maladie, pour le malade, qui est un homme fort intelligent, est dans la cautérisation accidentelle produite par le sucrate de chaux; les observateurs qui aiment à se hâter de conclure ne peuvent échappera ce rapprochement des faits, et je ne crois pas me tromper en avançant que beaucoup de médecins partageront l'avis du malade. Quant à moi, tout en accordant que Taccident éprouvé par M. Br.-C. a pu être, a même été, si l'on veut, l'occasion de la maladie, je n'en suis pas moins convaincu qu'elle tient, au fond, à d'autres conditions qu'à l'inflammation simple qui a dû suivre la cautérisation. Sans vouloir forcer le rapprochement que l'on peut établir entre les éruptions qu'a éprouvées M. Br.-C. et l'état de sa langue, on ne doit cependant pas négliger ce rapprochement, que nous avons eu Toccasion de faire un si grand nombre de fois ; et l'on ne doit pas négliger, non plus, de remarquer que ces éruptions n'ont pas reparu depuis que la langue s'est prise. Toutes ces circonstances, auxquelles il faut ajouter les légères récidives qu'a éprouvées M. Br.-C, doivent nous faire penser

que son afTection élait analogue, sinon absolument semblable, à toutes celles que nous avons rapportées dans ce recueil, c'est-à-dire dans lesquelles les chirurgiens ont considéré le bistouri comme la seule médication possible, quoiqu'elle ne réussisse jamais ou du moins qu'elle n*ait jamais authentiquemcnt réussi, appliquée à la langue.

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