‹ Observations sur la curation des maladies organiques de la langueChapitre 37 sur 40 · TRENTE-TROISIÈME OBSERVATION · texte numérisé non relu

TRENTE-TROISIÈME OBSERVATION

Dans le C(»uraul de mars 18GS, M. P..., négociant à Londres, me demanda, ]>ar correspondance, mes conseils pour une maladie de la langue, sur laquelle un me donnait des détails, dans la note suivante annexée à la lettre :

« Va homme Age de quarante-quatre an?, d'habitudes régulières, remarqua une légère douleur sous le côté droit du bord de sa langue, à peu près en juillet 1866.

« En novembre de la même année, le docteur habituel de la famille dit qu'il y avait une petite ulcération; il la frotta avec du sulfate de cuivre; le mal empira en mars 1867, époque à laquelle le malade sentit une petite dureté au bout de la langue; il ût des lotions de sulfate de cuivre, prit de l'iodurc de potassium pendant un mois sans résultat; il appliqua du nitrate d'argent sans effet.

« Alarmé de sa position, il consulta Topinion de divers chirurgiens de Londres, qui qualifièrent le mal de epithelial cancer^ et recommandèrcn une opération, qui fut faite le 29 mai 1867. La langue se cicatrisa rapidement, le malade se sentit parfaitement bien jusqu'au 40 août, époque où le mal se déclara de nouveau, accompagué de certaines duretés autour de la partie cicatrisée de la langue. Le chirurgien qui avait opéré es|)érait que ce ne serait pas sérieux et ne prescrivit aucun remède.

« A peu près le 10 septembre 1867, se développa une petite enflure sur le côté droit du cou, les glandes jusqu'alors ayant été déclarées saines et inafreclées. La langue continue à devenir de moins en moins mobile, quoique sans ulcération ni douleur.

« Le malade commença à avoir de grandes douleurs névralgiques dans les côtés du visage et autour des oreilles, seulement vers la fin d'octobre, et se mit alors sous les soins d'un nouveau docteur jusqu'à la Gn de janvier. Son traitement était de faire absorber et de disperser à travers le svstêmc; sa médecine était principalement de l'iode à l'intérieur et du nitrate de potasse dans du lait et du cognac, trois fois par jour. Extérieurement, les mômes mcdecines, avec dos lotions sur la langue et des frictions sur la

glande, qui étaient composées avec l'oxyde de zinc et autres forts absorbants* La dureté de la langue diminuait par moments, mais néanmoins restait très-sensible. Une ulcération se déclara a la place où l'opération avait été faite, mais elle se cicatrisa, quoique le bout de la langue ne se cicatrisât pas ; et il se forma en arrière de cette plaie une dureté pareille à celle qui existait avant l'opération. Pendant ce temps, la glande grossissait graduellement, devint très-grosse et s'ouvrit à deux endroits; Ja suppuration était peu abondante, composée particulièrement de sang et d'un peu de matière.

tc Beaucoup de douleurs h Tépauie et au bras. Le malade peut boire quelque liquide, mais, incapable de manger aucune nourriture solide.

« A peu près à cette époque, il se déclara un nouveau symptôme sur le cote gauche de la langue, consistant en une forme conique entourée de duretés, d'ulcérations, d'une couleur rouge tirant sur bleu, avec une sensation de brûlure et d'écorchure.

« Le malade est maintenant sous un tout autre traitement, la glande a sensiblement diminué, mais la dureté de la langue a augmenté. La suppuration est maintenant beaucoup plus grande, et consiste en sang décomposé et matières acqueuses. Il y a eu une très-faible hémorrhagie depuis que la glande s'est ouverte, il y a de grandes douleurs et un état de faiblesse qui empire chaque jour.

« Ce cas est-il de la nature où Ton puisse appliquer l'acide phénique avec espoir de guérison? y a-t-il h Londres un docteur qui comprenne et applique ce traitement? »

Cette note me parvint par l'intermédiaire d'un très-honorable négociant de Paris ; elle fut promptement suivie d'une lettre du malade lui-même, ajoutant quelques renseignements, notamment que les douleurs produites par la tumeur ganglionnaire s'irradiaient d'une manière si vive jusque dans le bras, qu'elles en empêchaient tout sommeil.

La faiblesse exirème du malade ne lui permettant pas de faire le voyage de Paris, je lui envoyai les indications nécessaires pour appliquer, autant que cela est possible à distance et sans les appareils appropriés, la médication phéniquéc; mais cette application fut impuissante, et le malade succomba, le 4 mai, avant même d'avoir pu m*envoyer une photographie de son mal, qu'il m'avait annoncée, et qui devait être faite par un photographe français résidant à Londres, M. Bondonneau.

Remauqijes. — Je serai sobre de réilexions sur ce fait qu il ne m'a pas été donné d'observer. Mais il est deux points que je crois pouvoir

relever, parce qu'ils ressortent assez clairement des détails précis et évidemmeot dignes de foi relaies dans la note qu*on a lue.

Le premier est relatif au diagnostic; des chirurgiens éminents de Londres ont reconnu un épithélioma; l'ensemble des phénomènes observés confirme ce diagnostic. On ne peut donc douter que (elle ne fut, en effet, la variété de ce cancer; mais je dis cancer, car vit-on jamais maladie mériter à un plus haut degré cette sinistre dénomination 1

Maintenant, quel a été le résultat de l'opération sur ce mal terrible? Voici des dates qui répondront :

La maladie a fixé Tattention du malade pour la première fois en juillet 1866; elle existait donc depuis plus ou moins longtemps, à ce moment; elle met, depuis le moment où on Ta constatée, onze mois pour arriver à un état qui paraît nécessiter une opération; entre le jour de l'opération et la récidive, il s'écoule soixante -douze jours, pendant lesquels le malade se trouve soulagé, mais après ces soixantedouze jours, une récidive, qui ne permet plus l'opération, se déclare cl emporte le malade en huit mois. Kxiste-t-il un chirurgien assez osé, pour prétendre que l'opération ait, dans ce cas, prolongé la vie du maIudo,pour affirmer même qu'elle ne l'ait pas abrégée? J'aime à croire que non. Quant à moi, je n'hésite pas à déclarer que tout, en pareille circonstance, condamne l'opération, et je n'hésite pas davantage à affirmer que, si la médication phéniquée avait été appliquée, seulement au moment où M. P... a subi Topéralion, son existence aurait clé prolongée et rendue moins pénible. Je ne saurais donc trop éner^iqucmcnt ni trop souvent appeler sur cette médication l'attention des confrèies enlre les mains de qui tombera cet écrit.

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