‹ Observations sur la curation des maladies organiques de la langueChapitre 39 sur 40 · TRENTE-CINQUIÈME OBSERVATION · texte numérisé non relu

TRENTE-CINQUIÈME OBSERVATION

M. P..., chimiste distingué, âgé de trente-neuf ans, fumeur, d'une santé robuste, directeur (runc fabrique de produits de goudron de houille, constitution vigoureuse, caractère énergique, sans antécédents héréditaires, vint me consulter, le 25 août 186S, pour une affection de la langue qui le faisait souffrir depuis quatre ans, mais qui s'était beaucoup

Si Ton avait guéri ce malade au début, on aurait bien supposé que ce n*était pas un cancer .

La maladie avait débuté en 1864, par des aphtes qui se manifestaient, tantôt sur un point, tantôt sur un autre de la langue, et qui, finalement, se sont fixés autour, c'est-à-dire sur les bords de Torgane.

Aujourd'hui, la maladie se présente avec les caractères suivants : à droite se trouvent plusieurs ulcérations peu profondes, occupant la pointe et le côté droit, de manière à former un fer à cheval , mais toute la hauteur du côté n*est pas envahie, une ligne horizontale très-marquée sépare la langue en deux parties à peu près égales dont la supérieure seule est malade.

A gauche existent plusieurs petites ulcérations sur le pourtour, et, sur la face supérieure, une ulcération profonde, en forme de cratère, comme chez lemaladeMathey (Obs.4.], d'où rayonnent plusieurs sillons profonds, mais dont les bords sont en contact, en sorte qu'on les aperçoit à peine, à l'œil ; on n'en constate la profondeur qu'en y passant un fin stylet ; la langue, dans ce cas, comme dans plusieurs analogues, se sépare, par une sorte de clivage, en plusieurs îlots. La base de toutes ces lésions est légèrement indurée; il y a une salivation modérée.

Le malade souffre beaucoup ; parfois, il lui semble que sa langue est paralysée, tant il éprouve de gêne, et lorsqu'il parle, il n'est pas toujours maître de la direction que prend sa salive.

Ce malade ne paraît pas, du reste, inquiet de sa maladie, et ne la croyant pas assez grave pour sacrifier au traitement régulier les devoirs de ses fonctions, je lui donne les indications pour suivre le moins mal possible le traitement chez lui, dans rétablissement qu'il dirige.

Le 29 juillet 1868, je revois ce malade, et je trouve son état notablement aggravé. Une ligne d'ulcération étroite mais assez profonde, contourne presque toute la langue, en passant par la pointe ; elle part à peu près de l'extrémité antérieure du quart postérieur du côté droit, pour aboutir à peu près au môme niveau du côté gauche; mais sur ce trajet se trouvent plusieurs points où le sillon étroit s'élargit tout à coup, pour former une ulcération plus large d'où rayonnent plusieurs autres fentes très-étroites; au centre, de deux de ces ulcérations élargies, se trouve une petite île, sous forme de bouton, où les tissus ont conservé à peu près leur caractère normal ; vers Textrémité postérieure gauche, le sillon ulcéré se prolonge sur la face supérieure de la langue, tandis que partout ailleurs, ce sillon se rapproche davantage de la face inférieure. Vers la pointe, le sillon est interrompu et remplacé par une ligne blanchâtre de tissu cicatriciel, mais sur lequel se voient trois petits points ulcérés.

La langue est mobile, mais douloureuse, surlout pendant les mouvements. Le malade a remarque qu'il éprouvait de^ picotements de la langue, comme si on lui enfonçait les poils d'une brosse, quand il inange des pommes de terre ; les substances acides, au contraire, ne lui font éprouveraucune sensation désagréable. Salivation abondante, par instants.

Les ap! arences du malade sont encore des plus robustes ; cependant, il a un peu maigri ; il est nerveux et maladif. D'après mes avis, il paraît se décider à compter avec sa maladie et à entreprendre prochainement un traitement méthodique.

Remarques. — Je n'aurais rien à dire sur ce malade chez qui aucun traitement sérieux n*a encore été fait, si je oc voulais mentionner cette circonstance assez singulière, qu'il vit dans une atmosphère oii existent, quoique à un faible degré, des émanations de goudron minéral. Cette circonstance ne paraît pas faite, assurément, pour donner une grande conGance dans le traitement phéniqué ; mais on remarquera, cependant, que les émanations d'un magasin ou parfois d'un laboratoire ne peuvent avoir qu'une bien faible action, comparée à celle de la méthode phéniquéc telle que je l'applique. Cependant, la loyauté qu'on doit toujours mettre à publier tout ce qu'on observe et non pas seulement ce qui peut flatter nos idées, exigeait que je signalasse un fait qui semblerait être en opposition avec mes opinions. Si M. P... se décide à suivre, enfin, avec persévérance, un traitement méthodique, nous verrons bien si l'on peut accorder quelque importance aux apparences que nous nous sommes fait un devoir de signaler.

P. S. — Depuis que ces lignes sont écrites, M. P... s'est soumis à un traitement assez régulier; mais je ne puis indiquer, en détail, dans cette feuille, les résultats obtenus. Je constate seulement que ces résultats sont bons.

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