‹ Observations sur la curation des maladies organiques de la langueChapitre 6 sur 40 · XXI. — Le squirrhe tue comme le cancer, etc · texte numérisé non relu

XXI. — Le squirrhe tue comme le cancer, etc

XXII. — Le cancer et le cancroïde ou (^pithélioma sont deux maladies très-différentes;

XXIII. — L'une est hétéromorphe, Taulre est homœomorphe; XXIV.— « Le mot hétéromorphe est l'expression exacte d'un

fait; il veut dire forme différente, rien de plus ; il ne signifie pas différence essentielle, nature opposée, contradiction absolue ; il n'implique pas l'idée d'un monde à part soustrait aux lois ordinaires; il ne désigne que la forme, non l'essence. »

XV. — Le cancroïde de la langue, des lèvres, de la verge, de l'utérus, etc., est constitué par les mêmes lésions élémentaires que les cornes, les verrues, les durillons et les cors aux pieds.

Arrêtons, ici, ce tableau qu'il serait facile d'étendre encore avec des éléments pareils. Nous ne pensons pas que le lecteur en demande davantage. Voilà deux douzaines bien comptées d'aphorismes,et un vingt-cinquième par dessus le marché que le lecteur trouvera probablement assez clair pour ne point exiger de commentaires; il me faut bien pourtant en donner quelquesuns, ne fût-ce que par acquit de conscience, et aussi par considération pour les promoteurs de la nouvelle école, car notre considération, pour eux, nous nous plaisons à le répéter, est sincère, malgré leurs étranges aberrations; mais dans ces aberrations mêmes, on ne saurait sans injustice méconnaître le cachet de beaucoup de talent et le produit d*un grand travail, deux choses toujours dignes d'estime. Commentons donc, en commençant par le commencement.

Nous allons transcrire de nouveauchacune do ces propositions, à mesure que nous les examinerons, afin d'éviter au lecteur l'inconvénient d'interrompre sa lecture pour se reporter à chaque proposi '

pROP. I. — La méthode naturelle doit être appliquée à toute science d*obiervation et par conséquent à la médecine.

Prop. II. — La micrographie, en faisant disparaître la doctrine classique sur le cancer a substitué à un système artificiel la méthode naturelle.

Prop. III. — Le système classique classait les choses et les phénomènes d'après un seul caractère, la nouvelle méthode les classe d'après Vensemhle des caractères cliniques, anatomiques et microscopiques,

M. Lebert parait toujours fermement couvain eu d*avoir applique la méthode naturelle à la médecine et à l'étude du cancer en particulier. Quant à M. Broca, s'il a pu le croire dans les ardeurs de son néophytisme, il est singulièrement revenu de ses illusions, malgré ses terribles accusations contre le prétendu systèmatisme classique.

« Quand nous employons ici, dit-il, les expressions de genre, d'espèce et de variété, nous ne leur donnons pas le sens précis qu'on leur accorde en histoire naturelle, attendu que les productions accidentelles n'ont pas le même degré de fixité que les êtres normaux. » Et plus loin : « Quoique nous nous soyons efforcé d'appliquer à la classification des productions accidentelles les principes de la méthode naturelle, on ne doit pas s'attendre à trouver ici une relation constante entre la marche clinique d'une tumeur et la situation qu'elle occupe sur notre tableau..., etc. » Nous arrêtons là la citation, car notre savant confrère intercalle souvent tant de questions dans une question, il prouve si souvent par ce qui est à prouver, qu'il faudrait parfois un volume pour réfuter une seule de ses propositions; h propos de méthode naturelle, par exemple, il parle, entre autres choses de la marche clinique d'une tumeur; serait-ce donc que les tumeurs, — ou toute autre maladie, — auraient plusieurs marches ? Qu'est-ce donc que la clinique, pour mon savant confrère? Mais ne nous arrêtonspoint aux incidents et félicitons-le d'avoir reconnu qu'il n'a point réussi à appliquer

la méthode naturelle à la classification des productions accidentelles. Ce dont nous ne pourrons pas le féliciter, non plus que son maître ou ses confrères en micrographie, c'est de l'avoir tenté, attendu qu'une pareille tentative est tout simplement un non sens.

Quel est le but de la méthode naturelle ?

Mon savant confrère dit que c'est de classer les choses et les phénomènes d'après l'ensemble de tous leurs caractères. C'est là une première et capitale erreur : la méthode naturelle ne classe ni les choses ni les phénomènes; elle ne s'en occupe même pas; elle classe des êtres animaux ou végétaux, et elle les classe d'après leurs plus importantes, leurs plus nombreuses ressemblances, leurs plus grandes affinités; mais jamais ni Bernard, ni Antoine-Laurent Jussieu, les fondateurs de la méthode naturelle, ni Cuvier, leur imitateur, ni Linnée, leur prédécesseur, quanta la zoologie, — (ce qu'on oublie généralement), — n'ont eu l'idée d'appliquer la méthode naturelle h la classification de la sensibilité, ou de la contractilité, ou de l'intelligence, ou de la diarrhée, ou de la constipation, ou même de la fièvre. Il n'y a que le célèbre Pinel qui ait eu cette idée singulière (les micrographes voient qu'ils ne sont pas les premiers en date), et, franchement, le résultat qu'il a obtenu n'aurait pas dû lui créer des concurrents.

Depuis lui, les nosologistes ont bien essayé cependant, sans y réussir, de classer les maladies par groupes se rapprochant par le plus grand nombre possible de caractères; mais ils n'ont pas poussé la prétention jusqu'à donner leurs classifications comme des applications de la méthode naturelle. Non-seulement ils n'ont pas eu cette prétention, mais s'ils ont parlé d'espèces en nosologie, c'est seulement par extension et en indiquant ce qu'on peut entendre par ce mot, en médecine, peine que n'ont pas même prise les micrographes. Nous dirons plus loin quelles sont nos idées sur cette question importante. Voilà pour le point de r

iriiA -• ' -'

spécial au cancer, M. Lebert et ses élèves n'ont pas plus que les cliniciens appliqué une méthode se rapprochant de la méthode naturelle ; ils ont même fait tout le contraire, car il est radicalement faux que ce qu'ils appellent les cliniciens, voire même les cliniciens cxc/ust/i, aient jamais classé ou plutôt défini le cancer d'après un seul de ses caractères, tandis qu'il est parfaitement certain que les mîcrographes l'ont fait et le feraient peut-être encore, si l'on n'avait réprimé les trop grandes exagérations du microscope; aujourd'hui, plusieurs micrographes sont disposés à réduire cet instrument h sa juste valeur, et nous accorderons que ceux-là appliquent une méthode plus naturelle que leurs devanciers non mîcrographes, puisqu'ils ajoutent un caractère de plus k ceux que possédaient nos prédécesseurs ; c'est là, nous l'avons déjà dit, un progrès réel que personne plus que moi n'est disposé à reconnaître avec empressement, mais dont il ne faudrait même pas vouloir grandir l'importance, en parlant des caractères dtntgues, ana^omi^ues Eï microscopiques ; ces mots tendent à établir une sorte d'égalité entre ces trois catégories de caractères; or, ces trois catégories n'en font que deux, car les caractères microscopiques ne sont qu'une partie, — et pas, tant s'en faut, la plus importante, — des caractères anatomiques, et les uns et les autres réunis sont loin d*égaler l'importance des caractères cliniques. C'est ce que nous établirons clairement un peu plus loin, puisque cela peut encore être douteux pour quelques théoriciens, car nous n'admettons pas qu'un seul médecin pratiquant puisse conserver l'ombre d'un doute sur ce point.

Si je ne m'abuse, voilà suffisamment jugés les trois premiers aphorismes de la micrographie; passons aux deux suivants.

Prop. IV et Y. — La nature des maladieê consiste dans la nature des lésions.

— La nature des lésions consiste dans la nature des éléments.

Ou pourrait aller longtemps de la sorte avant de trouver

la fin de ce chemin ; on passerait par : la nature des éléments consiste dans...; la nature de... consiste dans la nature de..., etc., etc. Nous éviterons d'entrer plus avant dans ce sentier labyrinthique où Ton rencontrerait tout, excepté le fameux fil conducteur.

Du moment que le mot nature se rencontre dans une proposition, on est à peu près sûr de perdre son temps en la discutant, car Ton est à peu près sûr de tomber dans la métaphysique. Ce malheur, qui est arrivé quelquefois à M. Lebert, qui est arrivé à M. Broca, presqu'à chaque ligne, dans les 200 premières pages de son Traité des tumeurs, pourra nous arriver aussi, malgré tous les efforts que nous ferons pour résister à la puissance de l'exemple ; mais nous ne succomberons pas du moins cette fois, et comme dire : que la nature des maladies consiste dans la nature des lésions, et que la nature des lésions consiste dans la nature des éléments, c'est ne dire absolument rien du tout, tant qu'on n'a pas nettement défini ce qu'on entend par toutes ces natures, nous éviterons, quant h présent, de discuter sur le néant, ou ce qui est la même chose, de faire de la métaphysique, et nous bornerons ici l'examen des aphorismes4 et 5.

Prop. VI. — « // est certain que la spécificité des formes sarrite h un certain degré de petitesse. — Si les micrographes et M. Broca en particulier, en sont si certains que cela, ils auraient bien dû nous dire les motifs de leur certhude ; les micrograpbes sont, assurément, des gens fort savants et fort véridiques, mais leurs devanciers n'étaient pas tous des ignorants et des imposteurs, et cependant les micrographes ne les ont pas crus sur parole; ils ne peuvent donc trouver mauvais qu'on ait pour eux les mêmes exigences.

Prop. YII. — Les cellules et les noyaux cancéreux sont placés prédsémtnt à ce degré, ni en deçà ni au delà; ce sont des éléments anatomiques. — On est d'autant plus en droit d'avoir des exigences, que la septième proposition de la microffro'-^-'^

erreur; nous aurons occasion de le démontrer assez, un peu plus loin, pour pouvoir nous dispenser d'y insister ici.

Prop. VIII. — A côté des éléments anatomiques proprement dits y on trouve des granulations plus petites qui n*ont aucune signification.

Cette proposition ne serait-elle pas tout aussi erronée que la précédente î Sur quelles garanties les micrographes affirment-ils, avec assurance, que les nombreuses granulations» plus petites que les cellules n'ont aucune signification ?V abord, pour être conséquents avec eux-mêmes » ils auraient au moins dû dire que aies noyaux m qui, aujourd'hui, paraissent seuls être caractéristiques et qui sont plus petits que les cellules; mais qu'on prenne les noyaux ou qu'on préfère les cellules, si la proposition était aussi démontrée que hardie, elle serait parfaite; malheureusement, si la hardiesse en est grande, la démonstration en est absolument nulle. Mais si rien ne prouve la proposition, elle, du moins, prouve que les micrographes ont eu la prétention de poser les colonnes d'Hercule, non-seulement de la science cultivée avant eux, mais même de la micrographie présente et future : ils ont voulu que ce qu'ils avaient distingué fut tout ce qu'on pouvait distinguer, et que le reste n'eût aucune signification; c'est triste pour les micrographes avenir.

Les prétentions, du reste, n'ont rien d'illicite, quand elles sont fondées; elles ne sont qu'un peu choquantes; mais où elles deviennent fâcheuses, c'est quand rien ne les justifie, à plus forte raison quand tout semble les condamner, et c'est malheureusement le cas de celles qu'affiche la huitième proposition; c'est ce que nous allons voir, dans un instant.

Prop. IX, X et XI. — Les éléments se forment dans des blas" tèmes.

Lesblastèmes ne sont pas un produit de V observation et sont souvent indémontrables.

Il y a autant de pseudo-plasmes (lisez : blastèmes pathologi-

Nous résisterons encore, pour cette fois, aux entraînements de la métaphysique, et, puisque les blastèmes ne sont pas un produit de l'observation, nous renoncerons à rechercher s'il y en a autant ou plus que de productions morbides, et s'il y a plus de pseudo-plasmes que de néoplasmes ou de plasmes tout court, et si tous ces blastèmes, plasmes, néoplasmes et pseudo-plasmes, sont d'une nature unique ou de natures diverses^ et nous nous bornerons à faire remarquer qu'ils ne sont certainement pas d'une nature claire et surtout positive.

Prop. XII. — Il y a des différences notables de forme et de volume des cellules dans les diverses espèces pathologiques.

Nous voilà arrivés à la proposition fondamentale de la micrographie ; mais comme elle se rattache h beaucoup d'autres, par cela même quelle est fondamentale, nous ne pourrons la discuter sans empiéter sur le domaine de plusieurs des suivantes ; il n'y aura pas à cela de grands inconvénients, si nous parvenons à voir un peu clair dans cette base de la doctrine et de lu méthode nouvelle^ méthode et surtout doctrine (1) encore maintenant bien obscurcie par les nuages de la métaphysique.

Que chaque espèce pathologique soit produite par un plasme particulier, c'est peut-être très-joli pour ladite métaphysique ; mais du moment que ce plasme n'est qu'une de ces vues de Vesprit, indémontrables, — dont M. Lebert, cependant, ne veut pas, fussent-elles démontrables, à moins pourtant qu'elles ne s'appellent comparaison, — cela ne peut intéresser en rien la médecine.

Hais qu'on trouve dans les productions pathologiques des cellules spéciales h chaque espèce, c'est différent; des cellules

(i) \[ semblerait môme qu'aux yeux de ses fondateurs, la micrographie ne serait pas une seule doctrine, mais en renfermerait plusieurs, et même plusieurs de générales : a II nous reste encore dix observations à analyser, dit M. Lebert {Malad, cancer., p. 678), qui, tout en offrant quelques particularités, viennent cependant encore confirmer nos doçl

cela se voit et se touche; cela présente, par conséquent, un intérêt réel. Seulement, pour bien mesurer jusqu*oii s'étend cet intérêt, il faut savoir ce que sont ces cellules, quelles sont leur fixité et leur spécificité; quelle est surtout leur fréquence, dans les productions cancéreuses; ce que c'est qu'une espèce, et si les productions cancéreuses sont une espèce. Dans la solution de ces questions gît toute la doctrine micrographique ; on comprendra donc que nous les examinions avec quelques dé* tails.

Les fauteurs de la théorie cellulaire ont eu tort de prendre pour base de leur prétendue doctrine cette fameuse proposition : tout est dans tout y laquelle n'est qu'une creuse rêverie métaphysique; mais ce qu'on ne peut souvent se dispenser de faire, c'est de remonter aux principes généraux, quand on veut discuter un cas particulier; car si l'on n'est pas d*accord sur la base fondamentale d'une science, ou si, tout au moins, on ne 8*entend pas sur le sens des faits ou des propositions primordiales qui en sont la base, on peut discourir éternellement, sans plus s'entendre qu'un LaponetunMadécasse qui se verraient pour la première fois, et qui ne seraient jamais sortis, l'un de sa tanière , l'autre de ses forêts. Or, il est étrange que les micrographes n'aient pas cru devoir commencer par ce commencement indispensable, afin d'établir la légitimité de la prépondérance qu'ils accordent aux caractères microscopiques, lisent bien accusé leurs prédécesseurs de s'être plongés dans un abîme de confusion ; mais c'est tout : ils n'ont rien fait eux-mêmes pour en disperser les nuages; ils ont bien dit qu'ils appliquaient la méthode naturelle, mais ils ont totalement oublié de le prouver, ou plutôt ils ont laissé entrevoir assez clairement que cette méthode n'est point applicable là oii ils avaient des prétentions de l'appliquer, prétentions qui se sont réduites, ainsi que nous l'avons démontré ci-dessus, h desimpies affirmations, & de puériles velléités. Mais s'ils n'ont pas appliqué la mélhode naturelle, ils ont du moins déclaré ^"^ ^^nvs princi-

pes étaient de classer les maladies d'après retiêemble de leurs caractères et non diaprés un seul ; en cela, ils ne faisaient rien de bien nouveau, car, nous l'avons déjà dit aussi, il ne s*est jamais trouvé, malgré leurs inconcevables accusations, un seul pathologiste, classique ou non classique, qui ait voulu classer les maladies d*aprës un seul symptôme, d'après l'état du pouls, par exemple, malgré l'importance attribuée, h une certaine époque^ & ce caractère. Mais ce qu'il y a de plus piquant, dans les accusations des micrographes, c'est qu'eux-mêmes ont fait en réalité ce qu'ils reprochent injustement aux autres : à rencontre de leurs déclarations, de leurs accusations et de leurs prétentions à l'application de la méthode naturelle, ils ont réel« lement classé les productions morbides d'après un seul carac« tère, puisque non-seulement ils ont posé ce caractère comme pathognomonique, mais qu'ils ont prétendu établir des espèces morbides nouvelles (et quelles espèces!) en se fondant sur lui. Sans doute, ils n'ont pas toujours été fidèles h la logique de leurs déclarations, ainsi que nous allons le voir; sans doute, dominés par la force des choses, ils ont été conduits à placer, parfois, au dernier rang ou peu s'en faut, ce prétendu caractère primordial et pathognomonique, et ils sont ainsi tombés dans de flagrantes contradictions ; mais l'inconséquence ne saurait être une excuse ni surtout un argument, et il n'en reste pas moins avéré qu'ils ont reproché & leurs devanciers une faute lourde dont eux seuls sont coupables. Ces propositions vont être de plus en plus justifiées à mesure que nous allons entrer dans les détails. Il semble que la première condition que dussent remplir des réformateurs qui prétendaient établir des espèces nouvelles, c'était d'abord de bien définir ce qu'ils entendaient par espèces ; or, ce n'est pas précisément ainsi qu'ils ont procédé, M. Lebert ne paraît pas même avoir songé à définir l'espèce, uoiqu'il s'imagine avoir inauguré la méthode naturelle en

édecine. H. Rrnna dit hîpn miprAftn^p.pnathn1nfi^imiA np. ^mirait

ainsi, ce qu'il ne faut pas entendre par espèce morbide, mais il est loin de dire aussi clairement ce qu'il faut entendre ; or, c'est là l'essentiel. Voici comment il résume ses idées sur ce point capital :

« Nous ferons reposer nos grandes divisions sur les caractères de rhomœomorphisme et de l'hétéromorphisme, de Thomologie et de l'hétérologie; pour établir nos genres et nos espèces nous nousattacherons à Tétude des éléments autogènes, et nous les classerons comme Thislologie classe les éléments des tissus normaux ; les éléments adventices enfin nous serviront à distinguer les variétés. »

Ceux qui voudraient chercher dans cet exposé de principes de classification matière à critique, pourraient se donner libre carrière; mais ceux qui voudront y chercher l'indication claire et positive de ce qu'il faut entendre par espèce morbide seront plus embarrassés. Ce que l'auteur ne dit pas d'une manière nette, on croit parfois le trouver assez clairement exprimé, d'une manière implicite, quand il ajoute ce qui suit h ce qu'il a dit sur le sens qu'il ne donne pas h l'espèce pathologique. (Voy. ci-dessus, p. 32.)

<c Voilà pourquoi nous avons désigné l'élément caractérisa tique de chaque tumeur sous le nom d'élément autogène et non point le nom d'élément spécifique. Cette dernière dénomination ne convient parmi les tumeurs solides qu'aux éléments hétéro-* morphes du cancer et du tubercule, parce que n'ayant point d'analogues dans l'organisme normal, ils forment réellement des espèces distinctes et que d'ailleurs ils sont la manifestation anatomique de deux diathèses qu'on ne peut refuser de considérer comme des espèces morbides. «(Jratté des ium., t. I, p. 130.)

Ainsi, le cancer et le tubercule constituent deux espèces, d'ABORD, parce que leurs éléments microscopiques n^ont point d'analogues dans Vorganisme normal et sont spécifiques, et, ensuite, âccdssoiremeniy parce qu'ils sont la manifestaUûJ^edeux dia-

thèses qui sont aussi des espèces morbides. Il est donc évident que ces espèces n*en seraient pas moins e5pèce5, en l'absence de toute diathèse et que les caractères microscopiques sont paiho* gnomoniques et spécifiques. Gela parait d'une limpidité parfaite, et pourtant cela n'est pas clair : non, cela n'est pas clair, et voici pourquoi : quand M. Broca parle de la spécificité des éléments microscopiques, cette spécificité s'applique h des espèces de PRODUCTIONS ACCIDENTELLES ; quaud il parle de diathèses, il en fait des espèces morbides. Est-ce intentionnellement ou sanss*en apercevoir, par pur agrément de style, que l'auteur se livre à cette variante? en d'autres termes, admet-il en pathologie des espèces de prodtictions et des espèces de maladies ? La question peut paraître étrange, et pourtant elle est si bien justifiée que tout porte & croire qu'il y faut répondre affirmativement. Voici même qui le prouverait assez catégoriquement, s*il était possible de saisir quelque chose de bien positif, dans cette mêlée de propositions confuses et contradictoires :

« Les globules de pus, ajoute l'auteur, à la même page, sont aussi hétéromorphes et spécifiques, et le pus constitue bien certainement une espèce h part parmi les produits morbides. »

Vous le voyez : une espèce parmi les produttj et non point parmi les maladies; et en effet, la chose est bien telle, car nous ne pouvons pas prêter à M. Broca la pensée, par trop absurde, en vérité, de prétendre que le pus, qui est une espèce de produit, soit aussi une espèce de maladie. Entre deux erreurs, l'équité, comme je la comprends, veut qu'on attribue la moindre à ses contradicteurs : or, celle qui ferait une seule espèce morbide de toutes les maladies qui engendrent du pus serait tellement monstrueuse, que nous préférons encore croire que M. Broca distingue, dans ses espèces, les produits et les maladies, et que dés lors les caractères microscopiques sont caractéristiques seulement du produit, mais nullement de la ou des maladies « dont

pus est varioleux, morveux, syphilitique, phlegmoneux, etc. Et, en effet, il paraît borner si bien là ses prétentions, qu'il dit ailleurs :

« Les classifications 3 quoique basées principalement sur l'observation anatomique, ne peuvent se passer du contrôle incessant de Texpérience clinique. Sans ce contrôle on serait exposé à méconnaître fréquemment Télément autogène, & le considérer comme accessoire, h lui attribuer des propriétés qu'il ne possède pas ou à lui refuser celles qu'il possède. Il est donc indispensable, lorsqu'on se trouve pour la première fois en présence d'un tissu accidentel non encore décrit, d'attendre, avant de LE classer et de le caractériser , le témoignage de la clinique. » (Traité des tum.^ p. 129.) Et c'est à ce propos qu'il cite l'erreur « célèbre » de M. Lebert, qui avait attribué aux fibromes une bénignité, hélas ! illusoire, erreur que M. Broca a partagée d'abord avec le matlre, mais dont il est revenu, ainsi que de quelques autres. Pourtant M. Lebert prétendait bien se disiinguer de tous les autres micrographes par sa connaissance et son respect de la clinique, et nous allons voir qu'il avait procédé, précisément, comme M. Broca veut que l'on procède; mais, auparavant, insistons bien sur ce fait : que M. Broca considère les productions cancéreuses comme une espèce au mime titre que le pus, espèce analomique « qui n'a de signification et ne peut être classée que lorsque le témoignage de la clinique a parlé; » si le microscope ne poussait pas, en réalité, ses prétentions plus loin, il n'y aurait que des éloges h lui décerner; seulement^ on ne s'expliquerait guère qu*il eût fait tant de bruit.

Mais c'est qu'au fond, ces aveux, de deux choses l'une, ou ne sont pas sincères ou ne sont pas conscients; outre les signes infaillibles de grande prétention que nous avons relevés, il est parlé, dans cette même citation, où il s'agit du témoignage de la clinique, des propriétés des éléments autogènes (1), lesquelles

(1) On demandera peat-être ce que c^est qu*an élément wdoaènc (s^engendrant

propriilis doivent s*en tendre de la iinigniti ou de la malignilé de ces éléments; or, ces propriétés, ni des propriétés vitales quelconques, ne sauraient évidemment se trouver dans des prodtAits qui, une fois formés, ne sont plus dans l'économie que des corps étrangers, ce que Fauteur dit très-justement à propos du

pus : « Mais le pus une fois formé est un corps étranger »

Voilà donc les productions cancéreuses qui sont une espèce comme le pus: mais le pus n'est qu*un corps étranger, tandis

qu*elles sont l'auteur ne dit pas quoi; on peut seulement

supposer qu'elles sont une malcidie ou plutôt on le doit, puisqu'il les appelle productions cancéreuses^ ce qui n'est évidemment pas l'analogue depuj tout court; dire d'une substance qu'elle est du pus ou une production puri forme, c'est classer un produit; mais dire qu'elle est une production syphilitique^ ou farcineuse, ou cancéreuse, c'est classer ou caractériser une maladie, et classer dans la même case, appeler du même nom le produit et le producteur, c'est tomber dans une confusion un peu plus forte que celle qu'a jamais pu commettre le plus exclusif et le plus aveugle de tous les cliniciens. C'est ce que les micrographes, du reste, semblent reconnaître et méconnaître tour h tour, suivant les exigences de leur doctrine, les diflTicultés de la position

loi-méme) ; le voici : dans les producUons accidentelles, on rencontre souvent, on pourrait dire toujours, deux ou plusieurs éléments; de ces éléments, c'est le fondai mental qui est autogène et qui a détermine Vespèce. » On voit que c^est toujours Téléoient qui détermine Tespèce, comme il a déjâi déterminé le genre et même les « grandes divlsionî » (il n*est pas question de ramilles), on voit, en un mot, que c'est lui qui déterooine tout. — L'élément autogène est donc le fondamental ; etqu*est-ce que le fondamental? a En général c'est celui qui prédomine sur les antres par sa quantité; mais d'autres fois il est beaucoup moins nombreux que les autres, » qu'on appelle adventices ; et, alors, à quoi reconnalt-on qu'il est autogène ou fondamental, ce qui est plus clair? A ce que la clinique démontre qu'il se conduit d'une façon et non pas d'un autre, à la façon du cancer, par exemple, et non à la façon d'un lipome. Mais si c'est la clinique qui démontre et détermine cela, comment se peut-il que ce soit l'élément qui détermine l'espèce, le genre et les grandes divisions, c'est-à-dire qui détermine tout, et la clinique rien? C'est une

qu'elle leur fait, et peut-être aussi, suivant les incertitudes de leur esprit. Il faut pourtant faire un choix, dans cet inextricable réseau de propositions plus hétérogènes qu* autogène, ou plutôt il faut tâcher de séparer Tivraie du bon grain qu'elles peuvent renfermer, et les vanner un peu, au risque de voir le vent de la science positive les emporter toutes.

Nous avons dit que, pour établir des espèces nouvelles, il fallait d*abord définir ce que c'est qu'une espèce ; nous avons vu que la micrographie n'avait rempli que peu ou point cette condition indispensable, mais qu'elle avait impticitement posé en principe que ce qui caractérise l'espèce, pour elle, c'est l'élément autogène, et que ce qui caractérise l'élément autogène, c'est... la clinique! et ils auraient pu ajouter la physiologie, puisque tel élément autogène peut jouer un grand rôle physio* logique ; en voici une preuve :

« 11 y a une difiîêrence immense entre le tissu fibro-plastique transitoire de l'embryon, le tissu fibro-plastique adventif ou accessoire, et le tissu fibro-plastique autogène, qui constitue les fibroides : le premier remplit dans l'organisme une fonction utile; le second est indifférent; le dernier est toujours nuisible. » (Broca, Dict. deméd. vitér..y t. III, art. Cancer.)

Ce que la micrographie dit du tissu, — elle devrait dire au moins, pour être correcte, de Vilement, — fibro-plastique, elle le dit également de Vêlement épithélial, etc. : « Ainsi, dit-elle, les tumeurs osseuses ou ostéômes sont séparées deshypertrophies des os. Les trois espèces de tumeurs épithéliales sont plus éloignées encore. » Je le crois bien! puisqu'une espèce est formée parles cor5 aux pieds, durillons, etc.; l'autre parles cornes, l'autre par le cancroïde de la peau et des muqueuses! en sorte que voilà le m^me ^I^men(, voire ce que la micrographie appelle même « la même nature d'élément », et d'élément bien autogène ou fondamental, — dans les deux premières espèces surtout, puisqu'il s'y trouve à peu près seul, — voilà le même élément qui constitue, non plus une espèce ou un genre, ou um grande division;

mais TROIS grandes divisions, trois genres et trois espèces! ! ! et ce ii*est pas tout ce qu'on pourrait lui faire constituer! C'est comme si, en histoire naturelle, on fondait sur les dénis canines d'un même développement, d'une même forme, trois ORDRES d'animaux, les carnassiers, les ruminants et les pachydermes, par exemple; trois genreSy le genre chat, le genre bœuf et le genre éléphant, je suppose; et trois espèces, le chat sauvage {félis catus), le bœuf commun {bos taurus) et le cheval {equus caballus)! HNoilh exactement comment la micrographie applique la méthode naturelle, quand elle ne fait pas encore pis.

A-t-elle bien tort de ne pas mieux soutenir ses prétentions, et de ne pas respecter davantage ce qu'elle donne comme ses principes? Non, vraiment, et loin de l'en blâmer, nous l'en féliciterions, si Ton pouvait mériter des félicitations pour se soumettre k la force des choses, pour faire ce qu'il est impossible qu'on ne fasse pas. Quand M. Lebert a voulu juger la valeur des nouveaux caractères qu'il avait observés dans le cancer, comment s'y est-il pris? D'une façon très-logique, et qu'il est très-intéressant de rappeler, ne fût-ce que pour chercher comment l'amour exagéré de la nouveauté et l'ambition des réformes a pu faire abandonner une aussi bonne voie, quand on y était entré avec tant de franchise et de bon sens : ^ « Et ici, dit-il, il faut que nous fassions une petite digression pour rendre compte de quelle façon nous sommes arrivé à nous convaincre du caractère spécial de la cellule du cancer. Nous avons pris pour type des cas dans lesquels le diagnostic était incontestable, tels que le sarcocèle et le cancer du sein parvenu à sa période d'infection générale. Trouvant ensuite qu'un certain nombre de tumeurs enlevées dans les hôpitaux, ou que nous enlevions nous-mêmes comme cancéreuses, montraient des éléments différents de ceux que nous avons trouvés d*uDe manière concordante dans les cancers véritables, nous

X 1-. aa^i^^ j^ îii:

observations cliniques, pour savoir si à la structure dîflTérente correspondaient ou non des caractères cliniques différentiels. Après avoir accumulé ainsi pendant des années des observations, nous sommes aujourd'hui à même de formuler nettement notre pensée à ce sujet, en disant que les tumeurs h caractères microscopiques, différents de ceux du cancer, doivent tout aussi bien en être séparés par leurs caractères cliniques et par ceux que fournit Tanatomie. » (Lebert, Malad. cancer., p. 16.)

A quelques expressions près, qui peuvent dépendre de ce que M. Lebert paraît ne tenir que médiocrement à rendre sa pensée avec une parfaite précision, il n'y a, dans ce passage, rien que ne puisse accepter le clinicien le plus pur, ou le plus arriéré^ si cette épithète peut plaire davantage aux novateurs micrographes. Que dit, en effet, M. Lebert? Qu'il y a des cas, en clinique, — et qui paraissent même assez nombreux, d'après la facilité avec laquelle il les a trouvés, — dans lesquels le cancer se présente avec des caractères impossibles à méconnatire, des cas -n-PEs, comme il les appelle; et c'est parce gu'il a toujours rencontré, dans ces cas, une cellule spéciale (1) qu'il

(1) Cette cellule a dé SO à !fô millièmes de millimètre de diamètre, mais elle peut parfois s'en avoir que 15 ou, au contraire, en avoir 40. Sa forme est celle d*une sphère régulière, mais elle est sujette à une très-grande variété de formes de sa (i paroi, d et cette variété c^mstitue un a caractère important. » Ainsi, la paroi peut être ovoïde, allongée, triangulaire, à angles aigus ou emoussés, fusifonne, etc., etc.; elle renferme une seule autre cellule, dite noyau, excentriquement placé et assez volumineux pour occuper la moitié ou plus de Tespace mesuré par la cellule; celte grande dimension du noyau est caractérisUque de la cellule cancéreuse ; ce noyau est ovoïde ou elliptique, mais il peut être quelquefois rond (c*est-à-dire sans doute spbérique), et il a une dimension de 10 k 15 millièmes de millimètre de diamètre (ce qui, par parenthèse, est loin de représenter la moitié de Tespace compris dans une cellule de 20 à 30 millièmes de millimètres de diamètre; M. Lebert a oublié sa géométrie). -^ Ses contours sont fortement arrêtés» ce qui indique une forte épaisseur des parois; il renferme lui-même une, deux ou trois autres cellules dites ntic/<^o7es, rarement davantage; ces nucléoles ont généralement S 1/3 à 3 1/3 millièmes de millimètre de diamètre; mais ils peuvent, parfois^ en a^oir 4 et 5, et alors, ils renferment des grmiuUUions qui pour-

a considéré cette cellule comme un caractère du cancer. Jusque-là tout est pour le mieux^ Tobservation étant supposée exacte» et nous verrons tout à Theure ce qu'il en peut élre sur ce point; mais M. Lebert et ses disciples ne s'en sont point tenus là : après avoir fondé sur l'observation clinique la valeur de leurs fibres et de leurs cellules, ils ont voulu que les fibres et les cellules dictassent des lois à la clinique; ils ont voulu :

V Faire des espèces nouvelles;

20 Que partout où Ton rencontrerait cette cellule spécifique, et pourtant si malléable, il y eût cancer;

3*^ Que partout où l'on ne la rencontrerait pas, il n'y eût pas cancer.

C'est ici qu'ils ont enfreint la méthode naturelle qu'ils prétendaient inaugurer, qu'ils ont dépassé, en prétention, toutes les bornes, et qu'ils ont rencontré la résistance. Cette résistance porte, ici, sur le cœur de la question; tâchons de la serrer de près.

1^ Si la micrographie a fait des espèces nouvelles, on peut dire qu'elles ne lui coûtent vraiment pas cher, et ce qui doit surtout nous étonner, c'est qu'elle se soit contentée d'en faire si peu; quand il suffit d'une cellule plus ou moins grande, plus ou moins transparente, ronde, ovale, elliptique, carrée, lon« gue, triangulaire, polygonale, fusiforme; cellule renfermant un noyau ou plusieurs, grands ou petits, placés au centre ou hors du centre; noyaux renfermant des nucléoles en nombre et de grandeur variables, lesquels nucléoles peuvent euxmêmes renfermer des nucl^olufe^/ Il y a vraiment là de quoi fournir des espèces aux imaginations les plus échevelées ! Du moment qu'on prend des espèces, on n'en saurait trop prendre,

Têteni bien être des nucléolules, mais sur lesquelles M. Lebert ne se prononce pas. Tels sont les caractères types de la cellule cancéreuse et de son contenu ; ce typ9^ déjà si Tariable, est encore sujet k de nombreuses altérations, qu^il sera i hors de notre objet d'indiquer ici en détail.

et nous les passerons toutes aux micrographes; nous nous réserverons, seulement, de leur faire remarquer que ces espèces n'ont rien de commun avec celles des cliniciens. Celles-ci demandent un peu plus qu'une différence dans le volume et la situation d'un noyau, d'un nucléole ou d'un nucléolule.

Quand le sagace Bright proposa l'espèce qui porte son nom, il ne se contenta pas d'annoncer à ses confrères qu'il avait observé des hydropîsies qui commençaient par la tête au lieu de commencer par les pieds, ce qui était pourtant quelque chose; il leur apprit que cette hydropisie ne débutait pas seulement d'une manière différente des autres, mais qu'elle avait une marche différente, une fin différente, et qu'elle coïncidait avec des lésions spéciales constantes, non décrites encore, et très-visibles sans le secours de la moindre lentille.

Voilà qui peut passer pour une espèce morbide; aussi les cliniciens ont-ils universellement accepté la découverte de Bright. Qu'est-ce donc qui constitue une espèce? Quelles que soient les difficultés de la question, nous ne l'éluderons pas.

Définir l'espèce morbide est sans doute très-difficile, sinon impossible; cependant il faut bien qu'on puisse s'en faire une idée, puisqu'il est des espèces anciennes sur lesquelles tout le monde est d'accord; que tout le monde aussi a reconnu dans la maladie de Bright, une espèce nouvelle, et qu'on est sur le point d'accepter comme telle la maladie d'Addisson. On peut donc s'entendre sur ce que c'est qu'une espèce morbide, j'ajoute qu'il est une catégorie d'espèces où l'entente est très-facile.

Je considère, en effet, qu'il y a deux catégories au moins d'espèces morbides : les espèces contagieuses et les espèces non contagieuses. Quand une maladie se transmet, soit d'un individu à un autre de même espèce, soit d'un individu h deux ou plusieurs individus d'espèces différentes, quand elle semble» en un mot, se perpétuer par une sorte de génération, c'est vraiment 1& une quasi-espèce naturelle, car le premier de tous

les caractères de l'espèce naturelle est de pouvoir se reproduire; et si je disais, dès à présent, toute ma pensée, j'ajouterais que c'est tout à fait une espèce naturelle, car j'ai la conviction que toutes les maladies contagieuses (et probablement même beaucoup d'autres) sont dues k l'action sur l'organisme de parasites vivants, et que la transmission de ces maladies et leur persistance dépendent de l'engendrement et de la migration de ces parasites. En tout cas, que cette vue soit plus ou moins fondée, ce que nous examinerons un peu plus loin» il est incontestable que le caractère contagieux suffit k lui seul pour définir l'espèce pathologique, attendu qu'il répugne tout autant au bon sens d'admettre que la rougeole puisse engendrer la rage, que d'admettre que d'un œuf de merle puisse naître une autruche.

Le caractère contagieux, voilà donc le signe pathognomonique d'une catégorie d'espèces pathologiques. Ce n'est pas, assurément, une de ces espèces que la micrographie prétend avoir fondé; non-seulement elle n'en a pas établi de semblables, mais encore elle s'évertue à démembrer celles qui existent : par exemple, elle trouve que la seule forme constitutionnelle de la syphilis donne lieu h des productions fibroplastiques, à des productions épithéliales et autres (Lebert, Malad. cancer.^ p. 155; Broca, etc.), à des productions informes même, à ces productions composées d'éléments qui n'ont « aucune signification, » et ces productions informes sont les gommes syphilitiques ! Qui se serait jamais douté que la syphilis se composât de tant d'espèces à formes et sans formes? Ycilb donc cette maladie dont la clinique avait h. grande peine réuni les membres épars, pour en faire un corps, une espèce pathologique bien constituée, la voilà divisée en quatre ou cinq espèces micrograiihiques qui, probablement, deviendront eocore bien plus nombreuses, pour peu que les micrographes se mettent à la dissection d^s produiu sypbilitic^ues. ^ /^ : ^ ^

On conviendra ' • "*

ment de même genre que celui qui consisterait a faire autant d'espèces d'hommes qu'on trouverait de nuances d'yeux, de cheveux, de peaux ; de différences de taille, de force, de caractère, etc., etc. La micrographie n'aurait qu'à étendre sa méthode à toutes les maladies contagieuses ou épidémiques^ à la morve, à la fièvre jaune, au choléra, à la variole, au charbon, etc., etc., elle nous ferait une belle pathologie et surtout bien naturelle et bien exempte de toute confusion ! Je ne pense pas que pareille extention soit fort k craindre ; il y a dans la science et dans l'art des modes comme partout ailleurs; mais les modes passent, Tart et la science véritables, fondés sur la nature, restent, et les espèces pathologiques contagieuses resteront, parce qu'elles sont, pour ainsi dire, aussi naturelles que les véritables espèces. J'ajoute qu'elles ne resteront pas seules : il y en a qui, sans être contagieuses, du moins par la contagion que nous connaissons, ne sont guère moins naturelles que les espèces contagieuses, qui sont même beaucoup plus homogènes, si l'on me permet ce mot, c'est-àdire beaucoup plus identiques à elles-mêmes, chez les divers individus ; Tépilepsie, le rhumatisme articulaire aigu, la fièvre intermittente, dans ses premières phases, la danse de Saint- Guy, etc., constituent des espèces qui ne feront jamais question pour aucun médecin raisonnable et attentif.

Qu'y a-t-il donc dans ces maladies qui permette à l'observateur, jo dirai presque le plus superficiel, de les reconnaître comme des espèces distinctes? C'est évidemment un ensemble de phénomènes, cet ensemble que M. Lebert a sans doute constaté dans les cas types de cancer, et qui lui a servi de critérium pour établir la signification symptomatique de la cellule dite cancéreuse» Est-ce à tort que l'on considère cet ensemble de symptômes comme formant un tout qui se tient, qui dépend des mêmes conditions générales, de la même cause ? Ne serait- -ibgag plu^ Jîaturcl (Je voir dans cet ensemble autant de maladiftSàiflîirii!tt.^*4vÇ:^® fonV.iicm^ troublées ou d'organes lésés?

de voir, par exemple, dans la dothinentérie, non une espèce morbide dite fièvre typhoïde, mais une inflammation de l'intestin, une congestion de la rate, une bronchite, une dermite, une encéphalite... etc., car, dans cette maladie générale, les maladies partielles que nous venons d*énumérer ne sont pas toujours les seules? D'abord, une pareille manière de voir ne ferait que changer les caractères de l'espèce, puisque chacune de ces maladies partielles serait une espèce ; mais je n'hésite pas à affirmer que pas un seul esprit droit, fût-il absolument étranger aux études médicales, ne tombera dans un tel aveuglement de méconnaître le lien qui unit toutes ces petites maladies particulières ou pour mieux dire tous les symptômes de la fièvre typhoïde, et de ne pas comprendre que ce serait détruire une science que de l'émîetter ainsi; de prime-abord, cela saute aux yeux et s'impose; mais cela devient en quelque sorte plus certain encore, quand on réfléchit que cet ensemble de phénomènes, qui caractérise une espèce pathologique, est précisément, en général, d'autant plus régulier, que l'espèce appartient à une maladie plus nettement, je dirai volontiers plus puissamment contagieuse.

Une autre considération presque aussi décisive, c'est que cet ensemble de caractères qui constitue une espèce morbide, et surtout une espèce morbide chronique, se transmet très-souvent par hérédité, et qu'il serait souverainement absurde de croire qu'une maladie purement locale, accidentelle, puisse être héréditaire; autant vaudrait croire à l'hérédité de la brûlure ou des plaies de tête par chute de cheminée. Je sais qu'il y a des imaginations qui vont jusque-là; mais ces imaginations sont trop riches pour s'astreindre à l'étude de la médecine ou de toute autre science ; ce serait peine perdue de discuter avec elles ; tout ce qu'on peut dire* c'est que les espèces morbides ne perdront pas grand^chose à se passer de leur assentiment. ^ Le principe de ces espèces solidement posé, dans sa gAnA-

moins importante pratiquement que doctrinalement ; nous ne voulons pas Téluder plus qu'aucune autre :

L'ensemble de phénomènes qui caractérise Tespèce morbide peut se présenter complet, et, alors, nulle difficulté : l'espèce s'impose aux esprits les plus réfractaires,les moins clairvoyants; mais il peut manquer à cet ensemble un ou plusieurs détails, et alors se pose la question de savoir quels détails peuvent manquer et combien, sans que l'espèce cesse d'être reconnaissable. Je ne sais s'il existe un pathologiste assez confiant en lui-même pour répondre catégoriquement à une telle question, pour résoudre par des règles, des principes fixes, un pareil problème ; ce n'est pas moi, assurément, qui aurai l'audace de le tenter, car le succès de l'entreprise ne m'apparait même pas comme possible, dans l'état actuel de la science; toutefois, si le problème est encore théoriquement impossible, il faut reconnaître que la pratique le résout, d'une manière assez satisfaisante, dans l'immense majorité des cas, en partie à l'aide de l'habitude, en partie aussi à l'aide de quelques règles, qui, sans être absolues, sont cependant d'une application très-générale. Ces règles rapprochent encore les espèces morbides de la classification naturelle. Le caractère fondamental de l'espèce est de se reproduire indéfiniment, dans son type; dans chaque individu, on reconnaît le type chaque fois qu'il n'y manque pas, soit un trop grand nombre de caractères, soit un caractère fondamental. Il en est à peu près de même dans l'espèce morbide : ainsi, aucun médecin ne donnerait, aujourd'hui, le nom de syphilis, ou de variole, ou de morve, à une maladie qui ne serait pas contagieuse, l'ensemble de ses caractères se rapprochât-il beaucoup, d'ailleurs» de celui qui constitue ces maladies. Mais il faut avouer qu'il est peu de caractères aussi fondamentaux que la contagion, ou, pour mieux dire, qu'il n'en est pas. La lésion anatomique, par exemple, qui est quelquefois si caractéristique, peut

oa œ&se de ccûicfiBJiyec toute rai-

son, h ridentité de la maladie, dans les cas où elle manque et dans ceux oîx elle existe; ainsi, des médecins du plus haut mérite sont allés jusqu'à admettre une variole sans pustules varioliques, quoique ces pustules et leur évolution forment, pour ainsi dire, toute la maladie varioleuse.

Les convulsions d*une certaine forme caractérisent tellement Tépilepsie, que quiconque les a bien vues une fois, ne peut guère s'y tromper ; ce sont véritablement ces convulsions qui sont caractéristiques de l'épilepsie; cependant, aucun médecin attentif ne méconnaît l'épilepsie au simple vertige épileptique.

Ces deux exemples prouvent h la fois et que les caractères dominants peuvent manquer, sans qu'une individualité morbide cesse d'appartenir à son espèce, et que ces caractères dominants n'appartiennent pas toujours au même ordre de phénomènes; la coordination des caractères ne saurait donc se faire, en pathologie, d'après les mêmes principes qu'en histoire naturelle : le caractère pathologique prédominant sera, tantôt une lésion anatomique (pustule variolique, zona, rougeoie, etc.}, tantôt une forme de mouvements (chorée, hystérie, épilepsie, etc.), tantôt une succession de sensations (fièvre intermittente, etc.), tantôt même, il n'y aura pas à proprement parler de caractère prédominant, et ce sera seulement l'ensemble lui-même qui sera caractéristique; tel est le cas de la fièvre typhoïde, du choléra, etc.

Si, de ces considérations générales, nous descendons h l'objet qui doit spécialement nous occuper dans ce travail, voyons-nous que le cancer manque d'un ensemble de caractères suffisant pour déterminer une espèce morbide (et non une espèce de produitsj ? M. Lebert ne Ta pas pensé, et nous croyons qu'il a été bien inspiré. Mais existe-t-il, dans cet ensemble, un caractère assez prédominant pourque de sa présence ou de son absence dépende la spécification de la maladie, dans un cas particulift»*^ lî'vîHpmm

--»♦ rk/\«i

n*aura pas trouvé le mode de contagion du cancer, car, pour le dire par anticipation, le cancer est, h notre avis, contagieux. Mais j*avoue que si j'avais eu k trouver un caractère prédomi* nant,ce n'aurait pas été dans les corpuscules, bien visibles seulement à des grossissements de cinq àsix cents diamètres, que je serais allé le chercher; il est, vraiment, k peine croyable que des esprits, distingués d'ailleurs, aient poussé jusque-là l'amour des infiniment petits. C'est donc seulement à la présence d'un certain nombre de caractères que, malgré l'absence de quelques autres, on considérera une affection comme cancéreuse, de même que l'on considérera comme typhoïde une fièvre où manquerait le météorisme, l'épistaxis initiale, la céphalalgie, l'hébétude, la prostration ou même les taches roses lenticulaires; mais il est bien évident qu'une fièvre continue ne saurait être caractérisée de typhoïde, si tous ces caractères manquaient à la fois; mais, je le répète, le nombre de ceux qui peuvent manquer serait difficile à déterminer d'avance, et l'habitude clinique aura ici sa part, tant que la science ne sera pas parvenue à posséder des principes plus fixes. Tout ce que l'on peut dire, c'est que plus on pourra constater de caractères, plus ceux que l'on constatera seront importants, plus la spécification de la maladie sera facile, moins il restera de place à l'erreur. Et c'est à ce point de vue qu'on doit toujours accueillir avec satisfaction la découverte d'un nouveau caractère d'une maladie, et que les révélations du microscope auraient été reçues avec une reconnaissance sans mélange, si elles s'étaient présentées comme apportant un signe de plus 2i la spécification des maladies et à l'art si difficile et, en ce qui concerne les tumeurs, souvent si conjectural, du diagnostic. Mais, assurément, il ne se trouvera jamais un médecin, dépourvu de tout parti pris, de tout amour-propre d'auteur ou de tout zèle d'adepte, qui consente à subordonner tout un ensemble de caractères à la seule forme d'une cellule microscopique'; il n'en est pas un qui ne s'écrie, comme le fit M. Yelpeau, dans la

grande discussion de 1854, sur le cancer : « Quand bien même je verrai tous les microscopes du monde braqués contre moi, cela ne m'empêcherait pas de soutenir qu'il y a cancer, même en Tabsence de toute cellule et de tout noyau dit cancéreux, quand mes yeux me permettent de constater tous les autres caractères du cancer. ^ Or, le cas auquel faisait allusion M. Velpeau est arrivé, et n'a pu être sérieusement contesté; le doute qui a malheureusement plané, pendant cette discussion, sur Texactitude de quelques allégations de M. Velpeau, n'a pu atteindre les faits qu'il a cités et qui prouvent que tous. les caractères du cancer se sont rencontrés, dans des cas où la cellule caractéristique* cherchée par les plus habiles micrographes, par le chef de l'école même, n'a pu être trouvée, tandis que cette cellule a été constatée par les mêmes micrographes, dans des cas où tous les autres caractères ont prouvé qu'il n'y avait pas cancer (1). Ce dernier fait est plus grave pour

(t) Voici C8B faits, tels qae M. Velpeau les a racontés dans son discours. Ponr ooDcilier ces faits avec la doctrine de rinfaillibilité du microscope, M. Broca, dans la criUqoe qu*i1 fit de cette discussion, dans le Moniteur des Hôpitaux^ se livra aux interprétations les plus forcées et accusa tout le monde et lui-même, mais surtout les élèves des hôpitaux, d'erreur ou, à la fois, d'erreur et d'infidélité ! Ce ne sont pas là des arguments, et les faits cités par M. Velpeau, en présence des micrograpbes qui avaient fait les observations, qui pouvaient réclamer et qui n'ont dit met, ces faits sont restés intacts et sont acquis à la science ; nous les reproduisons donc ici, sans le moindre scrupule, et nous les recommandons à l'attention de tous les praticiens qui ne les auraient pas suffisamment remarqués, lors de la discussion; les voici :

c En ISiS j*opéral, pour une tumeur du sein qui me paraissait être de nature encépbalolde, une jeune fille qui, depuis» ce temps-là, se porte admirablement, qui est devenue mère de plusieurs enfants bien portants aussi et qui ne parait pas plus disposée que moi au cancer. Cependant, la tumeur de cette malade, examinée par M. Lehertj contenait la cellule caractéristique du cancer. Dans ce cas, la cellule existait là où le cancer n'existait pas.

« En 1847, une autre jeune fille se présente avec une tumeur de la grosseur d'un œuf, située dans la mâchoire supérieure. Je jugeai que celte malade était atteinte d'an kyste hématique de l'os maxillaire, peut-être même du sinus maxillaire. Lorsque je Toperai, je trouvai la tumeur remplie de cette matière pultacée, sanguinolente qui apparlLent en ** ' '

la cellule cancéreuse que le premier, car si l'absence d*un caractère dans un cas, d'ailleurs non douteux, ne lui enlève que peu de valeur, la présence de ce caractère dans des cas évidemment étrangers à ceux dont il est censé être patbo-

tre le résultat de Texamen de cette matière, fait ao microscope. M. Lùhert Vayant examinée^ y trouva la ctUule eamcértuse; et cependant, cette jeone fille, dcTenoe mère à présent — [on se rappelle qae la discossion est de 1854) — se porte très>bien et ne présente aucune disposition cancéreuse.

« n y a trois ans, un jeune malade se présente avec une tumeur siégeant sur la calcanéum. Cette tumeur ne me parât nullemeut de nature cancéreuse. Cependant, quand je pratiquai l'ablation par lexcision de Tos, MU. les micrograpbes forent d*accord qa^elle contenait la cellule cancéreuse. Le malade a parfaitement guén sans récidive, parce qae ce n*était pas là du cancer.

a Une femme portait au sein un d< ces encéphaloîdes mous, volumineux et circonscrits, de ceax qae j*appelle de la pire espèce. Je Toperai maigre la eoiwiction oùj*ét€Ûs de la récidive (i). La tumeur offrait cet aspect lardacéqui. pour moi, est un caractère presque infaillible de Fencépbaloide. Je voulus la faire examiner à la foiâ par plusieurs micrograpbes, afin que robservation jouît de toute l'authenticité possible. Je la divisai donc en cinq tranches, que je fis remettre à cinq de nos plus habiles micrographes ^ qu^il me serait possible de nommer et qui, d*ailleurs, n'auraient pas à en rougir, puisque tous ont été d'accord. Mais ils ont été d*acoord à déclarer que la tumeur ne contenait pas la cellule caractéristique et que, par conséquent, elle ne pouvait être considérée comme de nature cancéreuse. Quant à la malade, elle commença par bien aller, et la cicatrice se fit assez vite. Mais on mois après sa sortie de Tbôpital, elle revint à la consultation avec un petit bouton qui reparaissait sur la cicatrice. Ce bouton grossit, la santé s'altéra et la malade finit par succomber à la cachexie cancéreuse, dix mois après Vopération,

a En 1837, j'eus à opérer une dame des Andelys,qui portait au condyle du fémur une de ces tumeurs pultacées hématiques dont vous parlait M. Gerdy dans la dernière séance. Cette dame, amputée de la cuisse, a vécu jnsqn*à présent sans présenter aucun nouvel accident.

« Plus tard, j'eus encore occasion d'amputer de la cuisse une demoiselle, place Royale, pour une semblable tumeur du condyle du tibia, et cette demoiselle n*a jamais éproavé la moindre trace de récidive ni d'affection cancéreuse.

c Eh bien ! j'ai opéré aussi, il y a deux ans, un malade qai portait une tumeur en tout semblable aux deux précédentes, et cette fois la tumeur examinée par M, Lebert présenta la ceUule cancéreuse.

a Dans aucun cas, la récidive n'a eu lien *, cependant l'examen microscopique

(f ) Ob troottra pcat-èlre foe c*ctt Ik de U chirarfie pea baauiae; Bais ce n'est pis de dûrurf»* fs'il t*acit CB ee momeat : c*ect de microgrephic ; panoM d<mc.

gnomonique ou quasi-pathognomonique, lui enlève évidemment même toute apparence de spécificité.

Ainsi, quand le diagnostic d'une maladie cancéreuse aura été fondé sur un nombre suffisant des caractères que nous avons précédemment énumérés, ce diagnostic ne saurait être mis en question parce qu'on aurait omis l'examen microscopique des fragments de la production morbide; car, dans le cas où cet examen aurait été fait et aurait permis de constater l'absence de la cellule dite cancéreuse, le diagnostic n'en devrait pas moins être maintenu.

Est-ce à dire que nous repoussions cet examen ou que nous le considérions même comme superflu? Nullement; nous croyons qu'il a, au contraire, sa valeur; mais pour déterminer cette valeur, il faut d'abord être bien convaincu que la cellule cancéreuse, si elle n'est ni constante ni pathognomonique, est du moins bien réelle ; or, cette réalité même a été mise en question par des hommes dont on ne saurait contester ni le mérite ni la compétence ; il s'agit donc, avant tout, d'être fixé sur ce point, vraiment primordial.

Je ne veux pas dissimuler ce que ma situation a de difficile dans une pareille question, pour la solution de laquelle la critique seule ne saurait suffire, et où la connaissance seule des faits cliniques devient tout h fait inutile; la véritable manière de la résoudre avec autorité, ce serait de pouvoir apporter

appliqué à la troisième proave assez que toates les trois étaient de nature cancéreuse pour MM. les micrographes. H n*en est rien ; la maladie n*a récidivé dans aocon cas, parce que ce n*était pas du cancer. » ( Vblpeau, Discussion sur le can" eer, séance de r Académie de médecine du 10 octobre 1864.)

Répondre k de pareils faits, comme Va fait M. Breca, en disant que les élèves chargés de porter les pièces anatomiques aux micrographes, les auront changées en rente, pour faire pièce au microscope, ou que les micrographes eux-mêmes se seront trompés, et auront examiné une tumeur pour une autre, comme cela a failli arriver à M. Broca lui-même, ce n'est vraiment pas sérieux, et nous croyons pouvoir noofl dispenser de répondre â d^ nar^si- «

soi-méme de nombreuses observations au débat, des observations plus exactes, s*il est possible, plus détaillées, plus variées que celles des observateurs dissidents. Je ne possède malheureusement pas ce supplément d'instruction, indispensable aux considérants d'un jugement définitif. J'ai lieu d'espérer, cependant, que la rapide discussion qui va suivre ne sera pas inutile à l'éclaircissement, tout au moins, sinon k la solution de la question.

M. Lebert nous avait déjà appris, pour le cas où nous Taurions ignoré, que, non-seulement toute l'école allemande, rangée sous la bannière de la théorie cellulaire, se refusait à reconnaître dans le cancer ou dans le tubercule la présence d'éléments ayant une forme spéciale, mais que cette école, et beaucoup d'autres micrographes allemands et anglais ne voient, dans les cellules du cancer et du tubercule, rien autre chose que des déviations, des exagérations, des déformations, des phases diverses des cellules de l'état normal, déviations, exagérations, déformations et phases qui n'ont rien de régulier, de fixe. Il semble que ce soit là une simple question de fait, sur laquelle il n'y a vraiment aucune discussion à élever, mais bien un simple examen à faire; cependant M. Lebert ne s'est pas contenté d'opposer à ses confrères en micrographie l'autorité de son affirmation, il y a joint divers arguments dont quelques-uns sont peu concluants et sont plutôt faits pour nuire à sa cause que pour la défendre : par exemple, pour prouver à M. Virchow que les cellules cancéreuses ne ressem* blent pas aux cellules d'épithélium; M. Lebert fait observer que <K le cancer fuit les surfaces épithéliales et qu'il se dépose partout au contraire à une certaine distance de celui-ci. » — (C'est sans doute de celles-ci qu'il faut lire.) — Que les cellules cancéreuses se développent loin de l'épithélium, près de l'épîthélium, ou même dan5 Tépithélium, qu'est-ce que cela peut prouver pour ou contre leur ressemblance, leur identité avec

— soles cellules épithéliales? II y a dans ce raisonnement une lacune mentale qui inspire peu de confiance dans la logique de M. Lebert, et qui, par conséquent, plaide médiocrement en faveur de sa doctrine. Depuis que sa rérutation, à plusieurs égards défectueuse, des opinions de MM. Vogel, Virchow et Bennet a été publiée, il ue parait pas qu'aucun de ces auteurs ait été ébranlé dans ses convictions; il parait, au contraire, que leurs opinions ont gagné, en Angleterre et surtout en Allemagne, le peu de terrain qu'y occupait la doctrine de M. Lebert. Dans son récent ouvrage sur les tumeurs, M. Virchow se prononce aussi absolument que jamais h. cet égard, et il a même Tair de ne plus attacher à l'opinion de la spécificité des cellules une importance suffisante, pour mériter une réfutation en règle ; il se contente de lui opposer quelques arguments dont quelques-uns sont bons, d'autres assez médiocres, et de résumer son sentiment dans cette appréciation sommaire : « Beaucoup d'adeptes de l'école de Paris tiennent encore aujourd'hui à cette doctrine des éléments spécifiques, qui a également trouvé en Angleterre quelques partisans. En Allemagne, elle a, dès le début, fait peu de prosélytes, et maintenant elle est tout à fait abandonnée. » (Virchow, Palhol. des tum.^ p. 2S.) Aujourd'hui, que M. Lebert professe en Allemagne depuis plusieurs années, c'est certainement une grande présomption contre sa doctrine que de l'y voir « complètement abandonnée, » si tant est que l'appréciation de M. Virchow soit exacte; mais enfin, cela n'est pas une preuve décisive, et, à cette présomption, ainsi qu'aux arguments théoriques qui l'accompagnent, nous aurions préféré que M. Virchow substituât le résumé bien clair de toutes les observations micrographiques qu'il a pu faire sur les tumeurs cancéreuses, et qu'il tâchât de nous expliquer, par ces observations, d'où vient l'erreur de M. Lebert et de ses adhérents. Malheureusement M. Virchow, comme la plupart de ses savants compatriotes, parait avoir peu de goût pour les d^^mAna» •

goriques> et il a laissé à d'autres le soin de faire celle qui porterait la conviction dans tous les esprits.

Le plus inattendu des contradicteurs de M. Lebert, c'est un de ses disciples et même de ses collaborateurs, mais qui ne semble pas fait non plus pour porter la lumière sur les sujets qu'il traite ; ce contradicteur, qui est un micrographe de profession, par conséquent d'une compétence incontestable, n'est autre que M. Gh. Robin. Mais ici, la dissidence est trop curieuse, pour que je croie pouvoir me dispenser de citer textuellement les paroles de ce micrographe émérite.

La spécificité de la cellule suppose nécessairement, cela n'a pas besoin d'être dit, que cette cellule est identique, dans quelque organe et dans quelque tissu que le cancer se développe : M. Lebert s'est expliqué à cet égard delà façon la plus nette, bien que, je le répète, cela fût h peine utile : « Dans n importe quel organe où le cancer se rencontre vous y trouvez tovjours la même cellule type. » (Lebert, Malad. cancer., p. 31.) Si la phrase laisse quelque chose à désirer sous le rapport de la langue, elle n'en est pas moins irréprochable au point de vue de la clarté.

M. Broca est tout aussi explicite dans nombre de passages de son Traité des tumeurs, qu'il est inutile de citer. Or, le condisciple, le collègue de M. Broca, le disciple et le collaborateur de M. Lebert, dit exactement tout le contraire de son collègue et de son maître, et cela, dans des termes qui prouvent combien il attache peu d'importance à leur opinion :

« Les cellules et les noyaux offrent des particularités constantes de structure dans les tumeurs d'un même organe, comme le testicule, particularités qui les distinguent, pour qui les a sous les yeux, des cellules ou des noyaux des tumeurs ayant reçu un nom analogue, mais dérivant de tel ou tel autre organe, comme la mamelle, etc.

« De ce que les tumeurs dites cancer de la mamelle ont une

Structure propre, sont composées de cylindres ramifiés terminésen doigts de gant,avec des cellules ou des noyaux juxtaposés, plus ou moins volumineux, il ne faudrait pas conclure que ces tumeurs sont des hypertrophies mammaires (bien que quelquefois la présence des canaux galactophores montrent que ces lésions dérivent directement du tissu de la mamelle) ; car le volume, la forme et l'arrangement des culs-de-sac et de leurs épithéliums, dans les cas d*hypertrophie, sont différents de ces mêmes culs-de-sacs pris dans les tumeurs dites cancer. Ainsi, le mot cancer ne désigne :

« Ni une espèce unique;

« Ni même un genre;

« Ou une classe naturelle de tissus morbides, au point de vue de Vanatomie et de la symptomatologie.

« Ce que Ton entend par là comprend des espèces nombreuses de tissus, divers anatomiquement qui, par leur composition élémentaire et par leur structure, ont des rapports avec les tissus normaux divers aussi dont elles dérivent.

« Ainsi, de Tune à l'autre des espèces de tumeurs appelées cancer^ il y a des différences anatomiques notables, selon le tissu qui en a été le point de départ, différences égales à celles que représentent entre eux les tissus normaux, et ne pouvant être saisies avec toute leur valeur qu'autant que déjà on connaît ceux-ci.

« De Tune à l'autre de ces tumeurs, il y a manifestement des analogies de consistance, souvent de couleur, quelquefois de composition intime, mime au point de vue des caractères des cellules qui les composent; mais ces analogies ne dépassent pas celles quiy existant d'une glande à l'autrcy les font appeler glandes, bien que chacune soit d'espèce particulière. Il en est de même des analogies entre les cellules. Elles offrent des caractères communs de multiplication, de généralisation ou de

« Elles offrent, du reste, des différences notables dans la rapidité de leur évolution, comme le montrent celles qui sont dites squirrheuses, comparées à celles qui sont dites colloïdes, encéphaloïdes, etc. Le mot cancer n'a donc actuellement pas plus de valeur que le mot dartre et autres termes qui disparaissent de la pathologie interne.

« Par conséquent ce mot doit être rejeté comme tous ceux auxquels se rattache une idée fausse que leur emploi tend toujours il rappeler. En effet :

« 1° Ce mot a été introduit en médecine avant qu'on sût rien de la nature des tumeurs;

« 2° Depuis que celle-ci est connue manifestement^ il est appliqué par ceux qui remploient encore à des tumeurs formées par les éléments et les tissus les plus divers, doués de propriétés qui ne sont pas les mêmes et dont il est impossible de faire même un groupe sans violer les règles de la logique la plus élémentaire;

« 3° Le caractère tiré de ce que ces tumeurs seraient les seules qui envahissent le tissu sans jamais rétrograder, se retrouve manifestement sur des tumeurs qui n'ont pas les autres caractères attribués au cancer et n'en ont pas reçu le nom (tumeurs fibreuses et autres);

« 4° Le caractère tiré de la récidive presque constante après l'ablation offre les mêmes particularités ;

« 8** L'hypothèse d'un vice cancéreux inhérent au tissu ou aux éléments dits cancéreux, émise à l'époque oîi l'on ne connaissait ni la nature anatomique^ ni les propriétés des tissus, mais nécessaire alors pour s'expliquer les propriétés précédentes des tumeurs, ne se trouve pas confirmée par l'observation et ne peut servir de refuge pour conserver le mot cancer comme terme de genre ou de classe; car il y a des sujets chez lesquels récidivent les tumeurs qui ont la structure de celles mt dites binimtê^ eiiV ^u w\ cSDL»\siBlldiU&^ récidivent

pas celles qui ODt la structure des tumeurs et qu'on nomme cancer,

« Enfin, de toutes ces observations, il résulte que non-seulement c'est à Tétude des maladies de chaque tissu, en se fondant sur la connaissance de leur état normal, qu'il faut se reporter pour trouver ce gw« Ton a^rtôuc ati cancer; mais, en outre, que c'est k la constitution générale de l'individu dont tel ou tel tissu est devenu malade, et non au tissu morbide même, qu'on doit attribuer la gravité ou la bénignité de la marche des tumeurs, d'après laquelle on les disait cancéreuses ou non. » (Robin, Dici. de méd., chir. et pharm., art. cancer.)

A travers les questions incidentes dont l'auteur complique le point essentiel du débat, on voit assez clairement quelle est son opinion sur la signification des cellules; nous croyons cependant, qu'on ne lira pas sans intérêt, malgré les répétitions qu*on y trouvera, une autre citation qui complétera ou du moins qui étendra la première :

4 Les observateurs qui, les premiers, ont examiné au microscope les tumeurs appelées cancéreuses, ne se préoccupèrent pas de ne procéder à cet examen que par comparaison constante avec l'état normal, adulte et fœtal, des tissus devenus Toriginede l'altération. Au lieu de commencer par les soumettre à une révision aussi complète que possible à l'aide de cette investigation qui montrait des parties constituantes élémentaires restées jusqu'alors complètement inconnues, ils acceptèrent comme démontrées les idées, anciennes déjà, d'homœomor* phisme et à'hétéromorphisme dans leur relation avec le cancer. Ils jugèrent les faits nouveaux à l'aide de ces hypothèses an-» ciennes et subordonnèrent leurs observations à celles-là qu'il s'agissait de vérifier. De là vient qu'on a donné le nom d'éléments fXàe cellules, ou de noyaux du cancer ou cancéreux à ceux qui composaient principalement les tumeurs de ce nom. De là vient ftf'ils ont été considérés comme formant une espèce à part

m» * il .- J*..^* ,. ^ Jl 1. .« -.- , >.. » a ■ ■■ .^— .iAm

Mais Tétude de la texture et de révolution des tumeurs et de leurs cellules, faite comparativement à celles des tissus et des éléments normaux, montre qu'on a considéré comme appartenant à une seule espèce à part des cellules qui ne sont que des états en phases de développement morbide de plusieurs espèces différentes de cellules. Ces états consistent en une hypertrophie du noyau, du nucléole et du corps des cellules, souvent accompagné de déformation plus ou moins prononcée de celui-ci et de production d'un ou de plusieurs nucléoles, lorsque cette partie manquait à Tétat normal. Le corps des cellules et même le noyau peuvent devenir plus ou moins granuleux, offrir des cavités, etc. Ce sont surtout les diverses variétés d'épithélium, plus les noyaux embryoplastiques, les myéloplaxes, les médulocelles même, etc., qui sont le siège, dans diverses conditions morbides, de ces altérations directes. D'après cela, les diverses dénominations par lesquelles on était autorisé k désigner ces éléments altérés, tant qu'on les croyait appartenir à une espèce particulière, doivent être abandonnées au domaine de l'histoire et rejetées de celui de la science. Tels sont les mots cellules et noyaux cancéreux, squirrheux, carcinomateux, ihnitoblasle et macrocyie.

« Dès l'époque où l'existence d'éléments anatomiques d'wpèces particulières sous forme de cellules ou de corpuscules a été admise dans les tissus que Laennec avait considérés comme sans analogues dans l'économie^ la spécificité de ces éléments a été niée par plusieurs auteurs. Plusieurs ont pensé que ces éléments, ceux qui sont dits du cancer, du moins, n'étaient que des cellules épilhéliales modifiées, et non des éléments hétéromorphes. Mais cette notion donnée ainsi pour les éléments seuls, ne suffisait pas pour changer l'ordre des idées admises tant qu'on ne pouvait savoir ce que représentait, par rapport h l'état normal, ces masses de tissus divers qui naissent simultanément ou successivement ; comment elles se lient, mr leur structure et leur mode de nafe&aace,. k la structure et

à la genèse des tissus normaux ; elle ne pouvait convaincre tant que n'étaient pas connus les faits suivants qui dominent toute Thistoire des tumeurs.

« V De ces faits, les uns concernent Tétai normal et la lésion des éléments anatomiques mêmes qui constituent les tumeurs; or, les degrés de Taltération ne peuvent être jugés que par leur comparaison avec les changements que subissent les cellules, etc., dans leur évolution normale, et c'est faute de cette comparaison qu'on a été forcément conduit à prendre une phase du développement morbide de certaines cellules pour une espèce k part.

« 2^ D'autres faits se rapportent à l'arrangement réciproque de ces éléments qui est, comme dans les tissus normaux, en rapport avec leur état de fibres, de cellules, etc., de telle ou telle espèce» et permet de voir près de quelle espèce normale on doit placer un tissu morbide, ou le genre d'altération subi par la texture de celui-ci.

c 3<^ Il en est qui sont relatifs à la naissance d'éléments et de tissus identiques avec ceux de Torgane primitivement malade et semblablement disposés, soit dans les ganglions voisins, soit dans une ou plusieurs régions quelconques de l'économie.

< 4P Les derniers concernent la naissance des tissus analogues & divers parenchymes glandulaires sans leur être identiques et chez lesquels à cette aberration de la genèse ne se rattache aucune hypertrophie ni autre altération des éléments qui les composent. » (Robin, Dict. de mid. chir. et pharm., article Cancireux.)

La citation est un peu longue, et nous devons probablement nous excuser auprès du lecteur de ne l'avoir pas interrompue plus tôt. Mais il est des choses qu'il faut voir pour les croire, surtout quand elles émanent d'hommes qui ont une cer-

cancéreuse, on voit que Topinion de M. Robin, le disciple et le collaborateur de M. Lebert, est à peu près conrorme à celles de MuUer, de Vogel, de Virchow ; que, pour lui, les cellules ou plutôt la cellule cancéreuse n'existe pas; qu'elle n'est qu'une altération des cellules normales des organes, variant, par conséquent, dans chacun de ceux-ci. Mais, plus sévère que ses. confrères d'Allemagne, il ne se contente pas de dire que ses maîtres ou confrères en micrographie se sont trompés, ce qui peut arriver à tout le monde, mais qu'ils ont violé les règles de la logique la plus élémentaire. C'est sévère, surtout si M. Robin sait bien ce que c'est que la logique élémentaire ; heureusement pour MM. Lebert, Broca, FoUin et autres, il est permis de conserver quelques doutes à cet égard.

Mais si M. Robin ne croit pas k la spécificité, à l'existence même do la cellule cancéreuse, il croit k un arrangement particulier et constant des cellules non spéciGques^ dans les tumiurs de chaque organe. Cet arrangement serait un fait important, s'il était scientifiquement établi ; mais il ne parait pas que la précision scientifique fasse partie de la logique élémentaire de M. Robin.

Dire qu'il y a un arrangement constant dans les tumeurs de chaque organe, c'est fort bien; cela, néanmoins, ne sufQt pas; faut-il encore dire quel est cet arrangement, dans chaque organe et dans chaque tumeur; or, sur ce point, voici tout ce que nous apprend M. Robin :

« Il résulte de l'examen direct de la structure des diverses espèces de tumeurs de la mamelle, du testicule, de lapar(htide, etc., que celles de ces tumeurs qui ont l'aspect lardacé» squirrheux ou encéphaloïde (et portent le nom vague de canur) offrent un arrangement réciproque particulier de leurs cel*^ Iules ou de leurs noyaux sous forme de filaments pleins, cylin-* driques, ramifiés et terminés en doigts de gant; ceux-ci à leur tour ont une texture particulière et toujours reconnaissable. Le fait essentiel à signaler est c^ue les tumeurs dites can*

céreuses, soit seulement composées de noyaux, soit composées de cellules, sont des produits morbides qui offrent une texture particulière de leurs éléments, texture dont Tétude a été négligée, jusqu'b présent, malgré son importance^ au profit de Tétude des noyaux et des cellules examinés isolément sans préoccupation suffisante de leur arrangement réciproquey spécial et constant. » (Roam, Dict. de mid. chir. et phartn.t article Cancer.)

Des filaments pleinêf eylindriquei^ ramifiéi et terrntW^ en dotgiê de gant, d'une texture particulière, tel est donc^ d*après M. Robin et son jargon barbare, l'arrangement que prennent les cellules et les noyaux de la mamelle^ du testicule, de la parotide, etc., dans les tumeurs de ces organes qui ont un aspect lardaeip êquirrhewc ou encéphaloïde.

Voilà un arrangement auquel il y aurait bien des choses à dire, si l'on avait le loisir et s'il était nécessaire au but que je me propose de discuter longuement avec M. Robin. Gontentons-nous de montrer que, si cet honorable micrographe connaît la logifu^^Mmento/re^ il ne doit pas ignorer qu'un doigt de gant est creux, et que des cylindres pleins ne peuvent^ par conséquent, être terminés en doigts de gant, à moins que ce ne soit de gant rempli par une main, auquel cas il paraîtrait plus simple de dire que les cylindres en question sont terminés en doigts de main.

Autre chose qui ne fait pas très-bon ménage avec la logique élémentaire : M. Robin dit que l'arrangement des cellules est différent dans chaque organe^ et que néanmoins ces cylindres pMn$ en doigts de gant (qui sont vides) se rencontrent dans les tomeurs de la mamelle, du testicule, de la parotide, et même dans les tumeurs de... etc. Voilbdonc trois organes, sans compter ceux compris dans Vetc. (qui peut en comprendre au» tant que Ton voudra) dans lesquels on rencontrerait le même arrangement; c'est peut-être de la logique transcendante, mai«

.^ aJ^m^ m ■ I m » ■■ I !■

ni même de celle de Gondillac. Il est vrai que M. Robin ajoute que ces cylindres pleins en doigts de gant vides ont, « à leur tourj une texture particulière; » c'est peut-être dans cette texture particulière que se trouvent les différences d'arrangement de chaque organe. Mais M. Robin vient de dire que c'est ledit arrangement lui-même qui se présente (dans la mamelle» le testicule, ETC.) sous forme de cylindres pleins par doigt de gant (vides); il résulte donc trois choses de ces affirmations :

10 Que ce n'est pas Yarrangement qui diffère, puisque cet arrangement est le même (cylindres pleins en doigts de gant vides) dans trois organes, sans compter Tetc;

2^ Que c'est tout au plus (car M. Robin, quoique positiviste^ ne le dit pas positivement), la texture qui difi%re;

Et 3^ que la texture n'est pas la même chose que Varrangement des cellules ou des éléments des tissus» ce qui n'est peutêtre pas de la logique la plus élémentaire^ mais ce qui doit être une grande découverte.

Cette logique a bien d'autres choses à démêler avec ces petits passages, non moins curieux par leur logique spéciale que par leur élocutiou : on a vu et nous allons revoir que M. Robin veut qu'on supprime le cancer comme on a supprimé, du moins à ce qu'il croit, les dartres, parce que le mot cancer consacre une erreur; or, le plus court des passages cités dit que les tissus lardac^, squirrheux ou encéphaloïde offrent dans la mamelle, le testicule, la parotide, etc., le fameux «arrangement réciproque. » — Oh! s'il n'était pas réciproque, il serait bien plus remarquable, — et la non moins fameuse « texture particulière; » il semble, dès lors, assez naturel de croire, — d'après la logique la plus élémentaire, — que puisque Yarrangement réd^ proque et la texture particulière se rencontrent dans les tissus lardacé, squirrheux ou encéphaloïde (c'est probablement ei encéphaloïde que M.Robin a voulu dire)de divers organes, ces tissus existent comme tissus particuliers; qu'ils sont pathologi-

L^aàc^iau'û&^ftâÉiilttuiQatsous Tin-

fluence des mômes conditions, de la même cause, et peuvent, par conséquent, appartenir à la même espèce médicale. Maintenant, que cette espèce s'appelle cancer, ce n'est assurément pas une nécessité, et si M. Robin avait k proposer un mot qui fût plus agréable à son oreille délicate, personne ne lui refuserait probablement la satisfaction de le lui passer; mais comme il n'en propose aucun, je pense que, jusqu'à nouvel ordre, on peut s'en tenir à celui qu'ont accepté des gens comme Bayle, Laennec, Dupuytren, Gruveilhier, Lobstein, Rokitanski, Virchovir et même les confrères en micrographie de H. Robin. Ce qui me confirmerait encore plus, si besoin était, dans ridée de conserver non-seulement le mot, mais Tidée qu'il exprime, ce sont les motifs que donne M. Robin pour l'abandonner. Le principal de ces motifs c'est que le mot cancer a été introduit « en médecine avant qu*on sût rien de la nature des tumeurs, et qu'aujourd'hui celle-ci, » — celle-ci, c'est la nature^ — « est connue manifestemsnt. » La première envie que j'ai éprouvée en lisant ce manifeste a été de savoir ce que pouvait bien être cette nature^ « connue manifestement »; mais tout manifeste qu'il soit, M. Robin a des secrets, et nulle part, dans l'article Cancer ni dans l'article Tumeur (1) je n'ai pu trouver la définition, ni la description, ni même l'indication de cette intéressante nature; alors, excité par la curiosité, je me suis obstiné à pénétrer le secret de M. Robin, et j'ai couru au mot

(1) A TarUcle Tumeur j*ai seulement trouvé, ootre une classificaUon insensée, Bédicalement parlant, le passage suivant : « En cherchant à deviner la nature

kUime, c*bst-à-dirb la composition anatomique élémentaire des tumeurs etc.»

D'où il résulte que M. Robin a devint — (quelle puissance de divination !) — que la nature intime des tumeurs, c*est leur composition anatomique élémentaire ! Dans le gr«od passage que j'ai cité, M. Robin parie de la nature^ — tout court, — des toinears; serait-ce donc que les tumeurs ont une nature etune nature intime? C'est encore un mystère dont je renonce, cette fois, à sonder le fond ; mais ce qu'il y a de certain, c'est que si ces natures sont deux, il y en a pour le moins une de bien

nature de ion dicUonoaire, contrefïicon Nysten (1); mais ]k, ma déception a été complète : M. Robin y parle de la nature, synonyme de Dieu; de la nature, tmemble de la création; de la nature, ensemble dei propriétés d'un individu; il y dit mém« quelques mots de la nature médieatricê et des lanri ni MiTOMi mais de la nalure des tumtwi ou des maladies, pas un mot ; en sorte que, si quelque chose est manireste en cette affaire, c'est que M. Robin garde pour lui un secret précieux, qui est encore un mystère pour te reste des mortels en général et des médecins en particulier. J'ai voulu m'assurer si M. Robin connaissait aussi maniftttement l'etpiee morbide que la nature de Veapicêt & priori je devais le croire, puisque dans les passages de lui. que j'ai rapportés, il parle i'eipèees d'iléments, d'eip^cu de celtt»*

(1) Contrefaçon D'en pan précisément le mot propre, sdeDtiflqueraeot, ni jaridiquemeot, ni moralement pirlant ; dans rimposElbilIlé où je tais d'en trouver on plut Jutle, )e veux dire an daax nioti, «a quoi coniiite la plaiunteri* te H. Robin [dani ion vocabulaire moral, utls Krte de contrefason t'appelle uns plaisantariei un bon luur}.L« brave D' Nyateu, — dont je suif loin départager lai opinioni philosophiques, mais dont j'honore avec tout te monde le caractire. et dont ja respecte les convictions, — avait laiaié en mourant un livre dont le aaocte avait dté dei plus grandi. Pour continuer ce luiMièi, après la mort da l'autaor, l'âditear crut devoir faire mettre les éditbns nouvelles au niveau de la tcience, et c'est H. Robin qui fut choisi pour r,etle besogne. Que ât H. Robin? Il cbangea radicalement toutea les opinlona philoKopbtquej de l'ouvrage: où l'auteur disait blanc, il lui fit dire noir; en sorte que tous ceux qui avalent counu Nyiten, pe^ Eonnellement ou par son Œuvre, durent croire que cet bommu, qui avait vécu avec lautee les apparences d'un cbrélien fidèle, n'avait Tait que jouer, pendant toute sa vie, une comédie infâme, et qu'il était mort atbde. La ramllle de Njslen dut intervenir judiciairement pour faire ra^er le nom de son' chef d'un livre où on lui faisait jouer un rôle aussi indigne; aile obtint justice ; mais pour na paa perdre le bénéfice de la plaiiantarU lucrative faile sur la mémoire d'un homma de bien, les auteiirt ne pouvant plus, de par la loi et justice, intituler leur livre DleU'onnalre de S'yilen, l'intitulèrent : Ilicttonnaira d'après 1» plan mivi par MVSTEH ; U plan d'un ouvrage ofi tout les sujets sont classés par ordre alptaaliA< tiquel d'un dictionnaire, enfin! Que penser de cette morale elAnmlaJra venant de la part de professeurs d'une morale nouvelle, car les... continuateurs de Nfiten ne préteodeolpas k moiot qu'à instaurer une nouvelle pbilosopbie, par conséquent une nouvelle morale! N'est-ce pas ttnbe«iiiçea4ai\^ii».li«^""-'"-'m«n((ur«.

lêi, à^êêpieeê dé iiêsui, à*$ipices de tumeurs pariimliires (si elles étaient générales, elles seraient bien plus curieuses), et même d'eipicês a part. — (M. Robin en tient sans doute en réserve un certain nombre, qui ne sont pas à part.) — Un homme, me disais-je, qui est si fort sur tant d'espèces plus ou moins pathologiques* doit définir d'une manière bien supérieure et bien claire cette espèce morbide sur laquelle nous avons tant de peine à nous entendre. J'ouvre donc le dictionnaire de Robin-Littré au mot êêpicê, et là je trouve d'abord cette parodie burlesque de la définition des naturalistes : « Ensemble dUndividus qui ont pHii dé rapport entre eux quUls n^en ont avec le rbstb. » — Le reste de quoi? me direz-vous; — le reste de qui? vous répondrai«je.— J*y vois, ensuite, que les corps simples et les composés dUmiquei sont des individus ; que tous les appareils digestifs sont des individus de la même espèce; je vois même qu'on y parle des espèces imolUentes^ amères, etc.; mais d'espèces pathologiques, il n'est question pas plus que du Grand Lama; en sorte que, dans ce gros livre, écrit pour des médecins, il est question de toutes les espèces et de tous les individus, h l'exception des espèces et des individus morbides.

Les autres motifs qu'a M. Robin pour repousser le mot et l'idée du cancer, sont de la même force que celui que nous venons d'examiner, sinon plus forts encore; le lecteur jugera, sans aucun doute, qu'il est inutile de les discuter, et qu'en voilà bien assez de M. Robin, de ses arrangements réciproques, de ses teoctures particulières, de sa nature manifeste, de ses espèces, de ses individus et « du reste! y Ce qu'il faut retenir de ce savant fatras, c'est que, malgré Tobscurcissement de sa vue, M. Robin a beaucoup regardé dans les lentilles, plus que personne au monde, peut-être; qu'il y a regardé de concert avec M. Lebert, son maître et son collaborateur, et que, malgré cela, M. Robin n'a pas trouvé la cellule cancéreuse, et a trouvé, au contraire, que cette cellule n'était qu'une erreur d'appréciation de ses confrères en micrographie, une offense à la lojrt-

que la plus élimintairê. Comme il n'est pas nécessaire de posséder un cerveau d'un grand poids pour constater une cellule microscopique^ et qu'il suffit, pour cela, d'un bon œil, les observations de M. Robin ne sauraient, manifestement, être mises sur la même ligne que sa logique, et jusqu*à plus nombreuses observations contradictoires, on ne peut se dispenser d'en tenir un certain compte.

Que doivent donc penser, dans une telle situation* les médecins cliniciens qui, comme moi, n'ont qu'une expérience très-imparfaite en micrographie? Doivent-ils repousser d'une manière absolue toutes les observations de M. Lebert et de ses disciples fidèles et les considérer comme de pures illusions d'optique ou comme autant d'erreurs d'appréciation? Je dois dire, en toute sincérité, que telle ne saurait être mon opinion. Je n*ai certainement aucun faible pour la philosophie ni pour l'école de M. Lebert; on doit en être convaincu, je crois, si on a lu les pages qui précèdent ; mais quelque disposé qu'on soit à rabattre des prétentions des micrographes spécificistes, on doit reconnaître que M. Lebert est un micrographe habile, un observateur très-attentif et très-consciencieux; or, est-il admissible qu'avec ces qualités, M. Lebert ait pu constater des centaines de fois l'existence d'une cellule spéciale et toujours identique, dans les tumeurs cancéreuses des organes les plus divers; que MM. Broca, Follin et d'autres aient pu faire les mêmes constatations, si, en réalité, cette cellule n'existe pas? J'avoue que ma défiance contre les illusions micrographiques ne sauraient aller jusque-là; il me parait impossible que cette cellule n'existe pas, au moins comme phase, comme déformation, comme ano« malie d'une autre cellule, ce qui, au point de vue pratique, ne lui enlèverait rien de sa signification; qu'elle ait, en effet, une existence propre ou non, du moment qu'on en constaterait la présence dans le cancer seulement, elle n'en deviendrait pas moins un des signes de cette maladie. C'est probablement là le mérite qui restera à M. Lebetl^ celui d'avoir Uouyé un nouveau

caractère du cancer; ce caractère ne sera pas pathognomonique, comme le pensent M. Lebert et ses adeptes ; il ne servira pas de fondement à des espèeei morbides nouvelles, à moins que ce se soit & des espèces de fantaisie, analogues à celles de M. Robin, et dans lesquelles la médecine n*a rien à voir, et le bon sens, pas grand'chose; mais, comme tous les autres caractères, il pourra peut-être servir de signe distinctif à quelque variété, et il contribuera à éclairer et à confirmer le diagnostic, dans les cas où d'autres caractères seraient absents, tandis que le caractère micrographique existerait. Son utilité pratique ne sera pas très-grande t d'abord, parce que Tobservation micrographique ne deviendra probablement jamais universelle, en médecine; ensuite, parce que la recherche de la cellule cancéreuse ne peut se faire, du vivant des malades, que dans des conditions qui se présentent assez rarement (1) ; mais, enfin, cette recherche sera possible dans un certain nombre de cas, et cela suffit pour qu*on reconnaisse à M. Lebert le mérite d'avoir enrichi la séméiotique d*un caractère qui restera, si les illusions de M. Lebert et de ses adeptes ne dépassent pas tout ce qu'il est permis de supposer, à priori.

Voilà, si nous ne faisons erreur, le jugement que tous les cliniciens censés porteront sur les applications du microscope h Tétude du cancer, et nous avons lieu de penser que ce jugement sera définitif.

En résumé, je crois donc que, non-seulement dans les cas types, mais encore dans ceux qui, sans être types, se présentent avec un ensemble suffisant des caractères que nous avons énumérés, les cliniciens pourront porter des diagnostics assu-

(1) Dtns son eoUioasiasme, M. Lebert avait bien prescrit d*ezamiaer an microseope des parcelles de tontes les tumeurs, et il arait même imaginé un petit trocart emporte-pièce pour les larder et en extraire des fragments; mais c^Ue prescription n*a jamais été priM au sérieux par personne, et je ne pense pas que M. Lebert lui-même ait suivi les conseils impérieux qu'il donnait à ses confrèce«)

«f nn*{l • Jkn 1a timihlitmmm ét*tttmmwtlmm »!■■■■■■ MitmUi !■■ ■«■l»Jte— ■» i lu ■ imm^^a^^-

-Tirés, en Tabsence du microscope, et même contre le microscope, si par hasard celui-ci se trouvait en opposition avec les don* nées de la clinique. Ce diagnostic sera surtout possible dans les maladies d'un organe comme la langue, dont toutes les affections organiques, ou à peu près, ont malheureusement eu jusqu'à ce jour une terminaison funeste. Nous reviendroM dans un instant et nous ajouterons quelques détails sur ce point important.

Le développement que nous venons de donner à Texamen de la proposition fondamentale de la micrographie nous permettra d'être bref dans l'examen des suivantes. Nous allons donc les passer sommairement en revue. .

Prop. XIII. — L'examen à Vœil nu permet de reconnaitre dê$ différences extérieures coïncidant avec ces différences (les différences des diverses cellules).

C'est heureux pour les cellules cancéreuses, puisque c'est cette coïncidence seule qui pourra leur donner quelque valeur diagnostique; mais il faut ajouter que si cette coïncidence n*existait pas, le cancer n'en serait pas moins une maladie parfaitement caractérisée, dans beaucoup de cas, et d'un diagnostic à peu près aussi certain qu'un diagnostic puisse être.

Prop. XIY. «- La clinique découvre aussi ds notables diffé^ rences symptomaliques coïncidant avec ces différences anatomiqueê et microscopiques.

C'est encore très-heureux pour la cellule; il est inutile de répéter pourquoi.

Prop. XY. ~ La nouvelle méthode a établi des espèces nou* velles.

Cette prétention est déjà jugée ; nous n'avons pas à y revenir ; mais ceux qui voudront voir de jolies espèces micrographiques n*ont qu'à lire Tarticle tumeur du dictionnaire Robin, contrefaçon Nysten, pour se satisfaire au delà de toute mesure, inutile de répéter que ces espèces out, la ytéVftuUftai — et elles

la justifient, •« de n'avoir rien de commun avec les autres espèces micrographiques deMM. Lebert.Broca et autres micrographes «p^ct/ict^^es» et moins encore avec les espèces morbides,

Peop. XVI. •« Les caractères microscopiques sont paihognomoniques du cancer.

Proposition que je reproduis pour la forme, mais surabondamment jugée et réfutée dans les pages précédentes, comme dans tous les ouvrages récents des cliniciens sérieux.

Paop. XVII. — Cependant ils peuvent manquer quelquefois.

Naïveté ou facécie micrograpbique qu'il est bon de relever, mais qu'on ne discute pas.

Prop. XVIII. *- Dans les mimes maladies les lisions essen*

tiellCi 0OIVERT NÉCESSAlREMIlfT ^(f ICS mimCS.

Je ne voudrais pas rendre la micrographie entière 6oli« daire de cette proposition de pathologie transcendante, et dans l'ignorance où je suis sur la question de savoir si tous les micrographes l'acceptent, je dois dire que, bien qu'elle soit dans l'esprit de la doctrine, elle n'a été aussi nettement formulée, k ma connaissance, que par MM. Lebert et Broca. En estelle plus irréprochable? Pour le décider, sans courir le risque de se tromper, il faudrait au moins savoir :

1^ Ce que MM. Lebert et Broca entendent par les mimée maladies^ c'est-à-dire, en définitive, par espèces morbides, et nous avons vu qu'ils ne paraissen t pas bien fixés à cet égard ;

â^ Ce qu'ils entendent par lésions essentiellesy chose sur laquelle ils s'expliquent encore moins.

Quand j'ai dit et quand je répète que M. Broca ne définit pas assez ce qu'il entend par espèces morbides et par lésions essentielles (voir ci-dessus, p. 40), je me suis peut-être mal exprimé; je devrais dire qu'il les définit trop, ce qui, du reste, revient exactement |au même; car donner des définitions ou des opinions contradictoires, ou n'en pas donner du tout, c'est à peu près la même chose, si ce n'est pis. Cependant, pour être juste, nous devons ajouter qu'il ne faudrait pas trop

presser les contradictions de H. Broca pour en faire sortir cette conclusion, qu'il faut voir le fond de sa pensée dans les propositions comme les suivantes :

« Les lésions fondamentales fournissent seules les caractères de premier ordre; c'est par elles qu*on établit les espèces. > {Trcùlides Tum.^p. v.)

Malgré la subtilité de son esprit, H. Broca n'échappe pas toujours à des apparences de prudhommerie qui touchent de bien près à la réalité; c'est ce qui lui arrive, entre autres fois, quand il dit que ce qui est fondamental est de premier ordre ; mais, prudhommerie à part, il faut encore savoir, pour connaître sa pensée, après cette profession de foi, ce qu'il entend par fondamental ; or, ce qui est fondamental, ou ce qui c occupe l6premterranj)f, » ce sont « les caractères anatomiques^ qtAand ils existent » (même page.)- Enfin, il faut ajouter encore, — car on n'arrive pas du premier coup au fond de la pensée de M. Broca, que parmi les caractères anatomiques, — quand ils existent, — le premier rang appartient k ceux que révèle le microscope.

Ainsi, après bien des détours, on arrive, en définitive» k cette opinion que l'auteur aurait pu, — en laissant de côté le mot essentiel» qui appartient à la métaphysique, — énoncer d'emblée en deux lignes : « les mêmes maladies ont nécessairevert {et mimes lisions ou les mimes caractères microscopiques. »

Ëh bien ! cette proposition est tellement erronée, que nous croyons même inutile de la réfuter, nous nous contenterons de lui opposer une seule objection, entre cent, non moins décisives' les unes que les autres :

MM. Lebert et Broca continuent probablementà admettre avec tout le monde que la syphilis est une mimemaladiCy et que, dans cette maladie, il y a trois, quatre ou cinq ou plus de lésions différentes^ lésions microscopiques, par conséquent lésions fondamentales, essentielles. Quand les savants micrograpbes auront concilié, — car tveu u'esV vm^sombU iikar esprit plein

de ressources, — cette variété de lésions essentielles avec leur proposition « les médecins verront ce qu'il faut penser de la conciliation ; quant à présent, ils ne peuvent s*empécher de croire que la conciliation est impossible aux esprits vulgaires, et que la dix-huitième proposition est un ballon faisant assez bonne figure, tant qu'on se borne à le regarder de loin, mais qui crève au premier coup d'épingle, en exhalant... ce qu'exhalent les ballons.

Les propositions XIX à XXV étant encore plus solidaires entre elles que les précédentes, et se rapportant de plus en plus directement à l'objet spécial de ce travail et à la clinique en général, nous pensons qu'il y aura avantage à les discuter toutes ensemble; nous allons donc les remettre toutes sous les yeux du lecteur :

Prop. XIX. — Le squirrhe et Vencéphaloïde sont des maladies^ ou sont UNE MALADIE obsolument identique.

Prop. XX. — Le squirrhe est Vexpression d'une cause moins SPÉCIFIQUE, d'une diathèse moins franchement cancéreuse que Vencéphaloïde.

Prop. XXI. — le squirrhe lue comme Vencéphaloïde, etc.

Prop. XXII. — Le cancer et le caneroïde sont deux maladies tris-différentes.

Prop. XXIII. — Vune est hétéromorphe, Vautre est homœo* ïïiorphe.

Prop. XXIV. — « I« mot hétéromorphe est Veû^ression exacte Sun fait; il veut dire : forme différente, rien de plus; il ne signifie p(u différence essentielle, nature opposée, contradiction absolue ; t{ n'implique pas Vidée d'un monde à part, souS' trait aux lois ordinaires: il ne désigne que la forme et non l'essence. » (Broca, Traité des 7um., t. I, p. 83.)

Prop. XXV. — Le caneroïde de la langue, des lèvres, de la verge, de Vutérus, etc., est constitué par les mêmes lésions élémentaires que les cornes, les verrues, les durillons et les cors aux pieds.

Gomme la dix-huitième» toutes ces propositions sont h pea près textuellement extraites des ouvrages de M. Broca, je se voudrais donc pas les attribuer, sans réserve* aux autres micrO'graphes spécificistes ; je crois cependant qu'elles traduisent fldèlement leurs opinions. Cette remarque faite, entrons en matière.

Quelque déliées que soient la langue et la plume de M. Broca, elles sont probablement susceptibles de lui four-* cher, parfois, tout comme à un autre ; il faut croire que c'est ce qui leur sera arrivé en écrivant les propositions XIX et XXI. M. Broca ne peut avoir voulu prétendre, en effet, que le squirrhe ait la même marche, la même apparence, etc., que Tencéphaloïde, ni qu'il tue dans le même temps et en présentant les mêmes phénomènes que ce dernier; en sorte qu'en disant que le squirrhe tue comme Tencéphaloîde, M. Broca a sans doute voulu dire qu'il tue aussi sûrement. De même, quand il dit que le squirrhe et Tencéphaloîde sont une maladie absolument identiqw^ le mot absolument est probablement là pour rharmonie de la phrase, M. Broca sachant aussi bien que personne qu'il y a des différences entre le squirrhe et Tencéphaloîde, et que ce qui diffère en quelques points ne saurait être absolument identique, h supposer que cela puisse être ûlantique^ sans absolument. Tout ce que M. Broca a voulu exprimer encore ici, c'est donc que le squirrhe et Tencéphalolde sont dus à une même cause, constituent une même maladie, comme, par exemple, le chancre simple et le chancre phagédénique, comme la syphilide rubéolique et la syphilide pustuleuse ou serpigineuse. Et, pour expliquer cette opinion, que nous allons examiner dans un instant, M. Broca a imaginé une nouvelle doctrine de pathologie générale qui aurait assurément mérité l'honneur de plus grands développements : cette doctrine, c*est que les causes des maladies peuvent être plus ou moins spécifiques, les diathèses plus ou moins franchement diathésiques. Jusqu'à pré^ sent, on croyait que \a diffèiewc^ d'^^^tioa des causes et

notamment des virus, dépendait du terrain où s^exerçait cette action; M. Broca pense que cela dépend de ce que le virus est plus ou moins spécifique. Traduit en d'autres termes, cela veut dire que, si un virus est dû, par exemple, à des microphytes ou hdesmicrozoaires, comme cela parait de plus en plus probable, les microzoaires en question, qui sont nécessairement des ttpiees^ peuvent être plus ou moins de leur espèce, tantôt de leur espèce absolument, tantôt un peu de Tune, un peu de Tautre ; ridée parait assez neuve, et méritait, je me plais à le répéter, d'être développée. L'ancienne opinion trouvait bien quelque appui dans ce fait que l'inoculation du même virus, le contact du même malade donnait à celui-ci une syphilis ou une variole légèroi à celui-là une syphilis très-grave ou une variole confluente et mortelle; mais ce fait n'est peut-être pas décisif, et la théorie pathologique que nous appellerons du pur sang, doit avoir sa raison d'être, puisque M. Broca a pris la peine de l'inventer : il est donc possible que, de même qu'il y a des chevaux pur sang, demi-sang, quart et demi-quart de sang, etc., 11 y ait aussi des purs virus, des demi, des quarts et demiquarts de virus, etc.? Oui, vraiment; qui sait? cela est peut-être possible; mais cela parait peu probable; et puis, le possible If • Broca sait mieux que personne ce qu'il vaut, lui qui l'a s^ malicieusement rappelé à M. Virchow, et cela h propos d'une question de métaphysique (voy. Traité des Tum., p. 76); mais quand on affirme une chose, l'essentiel n'est pas qu'elle soit possible, c'est qu'elle soit démontrée; il est regrettable qu'ici, comme en bien d'autres circonstances, M. Broca se soit contenté de l'autorité de sa parole, qui est grande, assurément, mais pas assez pour faire passer des nouveautés comme les quarts et des demi-quarts de virus ou de spécificité. La démonstration était, absolument, ici, de rigueur, et la question méritait d'exercer à fond la sagacité de M. Broca, non pas tant au point de vue du sang et du demi-sang, qui sent un peu trop le turft mais au point de vue de la pathologie générale, de la

pathologie des maladies cancéreuses, et même de la valeur des révélations de la micrographie. M. Broca a consacré de nombreuses pages à des rêveries de métaphysique médico-physiologique, bien moins dignes d'attention que les questions qui se rapportent à Tidentité et à la non identité des diverses formes du cancer. Il ne peut entrer dans le plan de ce travail, d'examiner à fond cette importante et très-intéressante question ; je me bornerai donc à en dire deux mots, auxquels j'en ajouterai quelques autres, quand je traiterai spécialement du diagnostic des maladies organiques de la langue.

Gomme tous les médecins, je crois, jusqu'à plus ample informé, que tous les cancers appartiennent à la même maladie» k\dL mime espèce morbide, si l'on aime mieux; toutefois, je ne saurais m'empêcher de reconnaître que, dans Tensemble des caractères que j'ai énumérés, deux seuls justifient à peu pris cette opinion, sans cependant en démontrer d'une manière irréfragable la justesse: c'est celui qui est tiré de la succession d'une forme à une autre, chez les individus qui éprouvent des récidives, et celui qui résulte de la coexistence de deux ou plusieurs formes chez le même individu et, qui plus est, dans une même tumeur. Je dis que ces deux caractères, qui n*en font guère qu'un, établissent une très-grande présomption, sans cependant fournir une démonstration irréfragable. En effet, il n'est, d'abord, nullement impossible que deux maladies, même très-étrangères l'une à l'autre, coexistent ou se succèdent sur le même individu; la probabilité de leur analogie ou même de l'identité de leur espèce ne saurait résulter de leur simple coexistence, mais seulement de la très-grande fréquence de cette coexistence ou de cette succession. Quelle est cette fréquence, pour la forme encéphaloîde et la forme squirrheuse, par exemple? Je ne sache pas que les oJ>servations connues permettent de l'établir rigoureusement»

m même assez approximaiivement pour établir des proporlions uu peu concluanles- Il est même assez étonnant que les observateurs qui ont rassemblé ou observé un certain uorabce de faits de cancer, comme MM. Lebert, Broca.Benuet, Pnget et autres, n'aient pas fait porter leurs observations sur ce point, et qu'ils n'en aîenl même compris que très-încomplôtement l'importance. Daus l'élal actuel des choses, c'est donc un peu par ii peu près, que l'importante question de l'idenlité du squirrhe et de l'encéphaloîde est décidée dans le sens alîirmnlif, et non d'après une d-imoiislration scientifique irréprocbable. La simi- ' litude des cVfnients, des cellutes (1) microscopiques, dans les deux formes de cancer, apportera, je le reconnais volontiers. quand elle sera universellement admise comme constante ou à peu près constante, une nouvelle preuve en faveur de l'idenlilii; mais, même alors, la démonstration ne sera pas complète, comme elle leseraits'il y avait, soit coïncidence ou succession constanteouàpeu près constante desdeuxformes,cbezunmâmc malade, soit identité de tous leurs caractères cliniques, soit, enfin et surtout, transmission d'une forme par l'autre, à t'aide de la contagion. On a déjà fait observer aux micrographes que le microscope ne révèle qu'une sorte d'éléments microscopiques dans l'œuf, et qu'il est pourtant bien certain que ces élément» sont assez différents les uns des autres pour devenir, ceux-cidesmuscles.ceus-làdes nerfs, d'autres des glandes, etc.. etc., toutes choses qui se ressemblent aussi peu que les élé-

(I) raini^ mieui dire i:eliulet, ou mi?me, si messiRura les microfrraphes j ticnueut, noyaux qm èlémtnti, quoique les deux premiers muts tie soient que miS dioeremnnt ulitfaisants, ptrcc que éléinent semble indiquer que ladite crllule ou ledit noiau — (ce qui (lourtant n'est pas la ni&me chose, il s'eu laul, géométriqneiIWnl parlant], — est la derniire limite où la matière organi liée prend des ttnom iélcnnlaies, a^ant une sigallicalion, ainii que le prflcad H. Btoca-, ce qoi Kfl, à priori, une erreur trËs- probable, et, à posteriori, une erreur parraitem«nt démontrée, puisque des microphyte» et des microroaires, presque aussi petits que deï ceUules. sont com|Ki3tfs d'oi^anes roulliples, qui doivent avoir eux-m^ines di Dombreosee parties pa rfai te dudI distinctes.

raents se ressemblent beaucoup. Nous avons déjà vu comment la syphilis fournit la preuve inverse, c'est-à-dire comment elle prouve que le microscope trouve des éléments très-différents, où la clinique, ou pour mieux dire la raison médicale démontre l'identité de la maladie. On peut donc affirmer sans crainte, avec M. le professeur Nélaton, que « ce n'est pas exclusivement dans l'élément constitutif des tissus qu'il faut aller chercher les véritables caractères des tumeurs, et en particulier du cancer. » {Êlém, de pathologie chirurg.j t. L, p. 430.) Si donc, le squirrhe et l'encéphaloïde sont une maladie identique et même absolument identique, comme le veut M. Broca, qui ne se contente pas de l'identité pure et simple, mais qui veut dans les deux maladies l'identité absolue, ce n'est point exclusivement, ni même principalement, parce qu'on trouve dans ces deux produits une cellule de même forme, de môme volume et de même apparence, ou à peu près, mais bien parce que ces deux produits ont beaucoup de caractères cliniques communs, qu'ils existent assez souvent simultanément, et succèdent assez fréquemment l'un à l'autre.

Mais si c'est en se fondant sur de pareilles considérations que le médecin doit séparer les maladies ou les réunir, pour en faire des espèces, au moins provisoirement, comment les micrographes, qui prétendent inaugurer la méthode naturelle en médecine, ont-ils pu songer h faire du cancrolde une espèce radicalement distincte du cancer ? C'est ce qu'il s'agît maintenant d'examiner.

Et d'abord, quand je dis une espèce, c'est mal traduire les doctrines de la micrographie, si doctrines il y a : la micrographie parle bien, généralement, du cancroïde comme d'une espèce de maladie, mais elle n'est pas d'une constance inébranlable dans ses déterminations ; et, quand il s'agît d*appliquef sérieusement la méthode naturelle dont ils se disent les inventeurs, quand il s'agit de classer ces espèces nouvelles qu'ils o/Jt faites, les micrographes font des classifications étranges.

pt qui le seraient bien davantage, ai elles n'avaieiU celle de U. Robin pour leur servir de repoussoir.

Par exemple, M. Leberl fait le plus ordinairement une espèce du cancer (squirrheetencéphaloïde), et une autre espèce du eancroîde ; mais quand il s'agil de classer calégoriquement et naturel/emmMes tumeurs de la peau, quelles familles, quels ^enrtic> quelles ejpfces établit-il? La chose esta peine croyable, et pourtant elle n'est que trop réelle, il n'établit aucune famille, aucun genre, aucune espèce! Jl établit six «RunEs dont le premier est formé par le eancroîde, le dernier par le eamcr, cL ■dont le cinquième ne comprend pas moins que le lupus, la télotde, l'éléphantiasis des Arabes et l'éléphanliasis des Grecs ! Voilii donc deux espèces, le cancer et !fi eancroîde qui, sous I caprice irréfléchi de plume, deviennent, non pas même deux familles ni deux genres, mais deux ononEs; et voilà uu trdre correspondant h l'ordre cancer ( lequel se compose du ;»quirrheelderencéplialoïde), qui comprend quatre maladies peu près aussi analogues entre elles que le lipome, la chlorose et lasyphilis! Que direz-vous de celto mélhode naturelle, surtout quand vous saurez qu'elle a été imaginée pour dissiper is erreurs et les confusions des paihologistes passés, et « pour ùsser parler tes faits nombreux et bien observés «i les concluqui en ressorlent tout nalurellemenl, au lieu d'exposer » rwej de l'esprit arec cetfe dialectique creuse et sonore, qui alheurtusement fait ressembler beaucoup de travaux de science ces bulles de savon qui, après avoir brillé un instant des plus îlles couleurs, éclatent et disparaissent presque sans trace las l'espace ! » On volt que les faits et les conclusions, quand g se mettent à parler, ne se privent pas de faire de la rhétoique ; mais nous craignons bien que cette rhétorique ne soit du goût des simples observateurs, et que les modestes ctialdens ne conseillent aux faits el aux conclusions de se taire, ijaand ils seront tentés de parler ainsi ; ou plutôt, ces modestes iHniciens penseront que les faits et les conclusions ne parlent

pas de la sorte, mais que ce langage, tout à fait extra-naturel, ne saurait justifier, en quoi que ce soit, le classement du caa-« crolde et du cancer en deux espèces, encore bien moins en deux ordres. Voyons si ce classement se justifie mieux par d*autres considérations.

Nous avons parlé de la raison tirée de la difi%rence des cellules : nous n*aTons pas à revenir sur la question de la réalité et de la portée générale de ce caractère; mais il nous faut examiner sommairement, à présent, un point qui est un des premiers pivots, M. Broca dirait peut-être un pivot autogène ^1) dt la doctrine ou des doctrines micrographiques. G*est celui qui est relatif à rhomœomorphisme et à Thétéromorphisme.

Le cancer et le cancroîde ne sont pas seulement deux maladies diftereutes comme le lipome et le névrome, par exemple ; elles sont bien plus que cela : « Tune, dit la vingt-troisième proposition, est hétéromorphe. Vautre est homœomorpht! »

Homœomorphisme, hétéromorphisme ! voilà de bien grands, de bien savants mots, pour un simple praticien; cherchons, cependant, à voir ce qu'ils peuvent renfermer sous leur pom*

(1) A propos (Tauto^èrie, quoique nous en ayons beaucoup parlé, nous ne pouvons nous em|)dcher de faire observer que ce savant micrographe, qui a toujours à sa disposition, pour chaque nécessité, une définition toute prête, ne se contente pas de dire que Télément autogène est « celui qui est fondamental, » ou a qui prédomine, » ou qui se conduit d*une certaine façon que la clinique démontre (voy. ci-dessus, p. 42), il dit encore que Téiément autogène « est celui dont les propriétés prédominent, » celui, enfin « qui se forme en vertu de la tendance propre du blastènve !)) (Traité des lum.,p, 127) lesquelles définitions prouvent que M. Broca, qui avoue que les blastèmes sont des êtres de raison, n'en connaît pas moins leurs tendances, propres et impropres ! Oncques œil de métaphysicien ou de casuiste, s'eufonçAt-il plus avant dans la quintessence des choses et, qui plus est, dans la quintessence (( des tendances des choses 1 » confrère Rabelais, que dirais- tu, si tu vivais de notre temps, de ces nouveaux chercheurs de quintessences, qui reprochent très-cavalièrement à leurs contradicteurs de n'être pas des professeurs de physique !

peuse, sinon creuse sonorité, comme dirait notre grave confrère, M. Lebert.Si Ton s'en rapporte à la vingt-quatrième proposition, lasignificationd'homœomorphisme serait, au demeurant, assez simple, et à la portée du plus modeste clinicien.

« Hétéromorpbisme, dit M. Broca, n'implique pas Vidée d'un monde à part y soustrait aux lois ordinaires ! i» Le profond métapLysicien-micrograpbe a bien de la bonté de nous prévenir que la micrograpbie ne nous a pas transportés dans le tourbillon de Sirius, qui est probablement un monde extraordinaire, et que la forme des cellules cancéreuses ne contredit en rien les lois de la gravitation ! Accueillons avec gratitude cette assurance, tout en déclarant au savant cosmologiste, que la découverte de la cellule cancéreuse n'a jamais inspiré au moins philosophe de tous les cliniciens, l'ombre d'une crainte pour la marche des planètes, pour les lois de la lumière, de la chaleur, de l'électricité, ni d'aucune autre loi naturelle, découverte ou à découvrir. Mais, enfin, les intentions du savant oracle, ayant dû être bonnes, les simples cliniciens doivent, nous le répétons, recevoir avec gratitude ses bienveillantes assurances.

Ainsi donc, le mot hét-éromorphe « n'implique pas l'idée d*tin monde à part, soustrait aux lois ordinaires, » — voilà qui est bien entendu.

Le mot hétéromorphe « ne désigne même pas Vessence, » chose non moins familière aux micrographes que les lois ordinaires et extraordinaires; voilà qui rassurera encore beaucoup les modestes cliniciens, lesquels ont fort peu de penchant pour les essences, particulièrement pour les essences des tumeurs ou des maladies.

Que signifie donc ce grand mot hétéromorphe, puisqu'il ne désigne ni essence, ni monde à part, ni lois cosmiques ou extracosmiques extraordinaires.

« n signifie forme différente, rien de plis. »

Forme, à la bonne heure! voilà une qualité à la portée des

plus modestes praticiens, et dont ils pourront apprécier Timportance et les modifications, pourvu, toutefois, que les cliniciens n'y entendent pas malice ; car il y a forme et forme comme il y a fagots et fagots; celle dont l'appréciation est h la portée de tous les praticiens est celle qui est à peu près synonyme de configuration ; c'est bien de celle-là^ je crois^ que les micrographes entendent parler.

Eh bien ! si c'est de celle-là^ les simples cliniciens trouveront probablement avec moi que les micrographes ne sont ni complets, ni exacts, ni logiques, en la présentant comme ils la présentent, en lui donnant le rôle qu'ils lui donnent ; et ces mêmes cliniciens, si peu dialecticiens qu'ils soient, le prouveraient au besoin, sans trop de peine, par les quelques remarques sui* vantes :

1^ Les micrographes ne sont pas complets. — Et, en effet, du moment que hitéromorphe signifie , d'une manière générale, forme différente, tumeur hétéromorphe signifie tumeur d'une forme différente. Différente de quoi ? différente du corps tout entier? différente des tissus dont le corps se compose ? Dans l'un comme dans l'autre cas, cela n*a pas de sens. Différente d'une autre tumeur ? Gela peut n'être pas vrai, car un squirrhe ou un encéphaloîde peut avoir la forme d'une noix ou d'un œuf, tout comme un lipome ou un cancroïde. Ce n'est donc point de la forme générale de la tumeur qu'il se peut agir et qu'il s'agit, dans l'esprit des micrographes ; il s'agit, seulement, de la forme des éléments, c'est-à-dire des cellules microscopiques dont les tumeurs se composent en plus ou moins grande partie. Ainsi, tumeur hétéromorphe veut dire tumeur dont les cellules ou une partie des cellules — (les fameuses cellules autogènes) — ont une forme différente de toutes les autres cellules, normales ou anormales, du corps humain. Eh bien ! ainsi réduite h des termes précis, à sa véritable acception, cette définition prouve que, non-seulement les micrograpbes ne sont pas complets, puisqu'ils ont choisi un mot qui ne '•'^^d que très-

incomplètement leur pensée; mais la pensée ou Taffirmation étant elle-même inexacte, la définition prouve encore que :

2^ Les micrographes ne sont pas exacts. — Nous disons plus, ils ne sont ni exacts dans les faits, ni conséquents dans les raisonnements.

Us ne sont pas exacts dans les faits, car, eux-mêmes, nous le disons avec un certain regret, n'attachent qu'une importance secondaire à la forme des éléments (lisez : cellules), et les faibles efforts que fait M. Lebert pour défendre cette forme contre les doutes et les contestations de MM. Vogel, Virchow et Bennet, prouvent assez le peu de confiance qu'il a en elle : quels sont, en effet, les plus essentiels de ses arguments? A Vogel, M. Lebert dit : Vous n'avez pas regardé avec d'assez forts grossissements, sans quoi vous n'auriez pas confondu la forme des cellules cancéreuses avec celle des cellules primaires. A M. Virchow, qui a bien quelque habitude du microscope et des forts grossissements, et qui affirme qu'il ne trouve, dans les cellules cancéreuses, que la forme des cellules del'épithélium ou du cartilage plus ou moins modifiées,M. Lebert dit : « que parfois, une cellule cancéreuse offre quelque ressemblance avec une cellule d'épithélium ou de cartilage, nous ne le nions pas. Mais en prenant la plus grande partie des cellules, nous sommes persuadé que sur cent préparations, M. Virchow se tromperait à peine une fois dans leur détermination. » {Trait, desmalad. cancer., p. 30.) Ainsi, M. Virchow dit : Je regarde et je ne distingue pas ; M. Lebert lui répond : Regardez mieux et vous distinguerez. M. Lebert ajoute même cet étrange argument, qui prouve combien la micrographie perd facilement le fil de ses idées : « Vhiléromorphisme dans le cancer n'est pas seulement prouvé par la cellule cancéreuse; c'est un argument d'une grande valeur, mats 9tit ne nous mettrait pas en droit de nous prononcer en sa faveur. » — (En faveur de l'hétéromorphisme, je suppose.) — « Cet hétéromorphisme résulte incon-

testablement de Tensemble de tous les caractères anatomiques et pathologiques du cancer, et la spécificité de sa cellule m est plutôt la conséquence que la base. »

Toute notre considération pour M. Lebert ne saurait nous empêcher ou plutôt nous dispenser de dire que Targument est, vraiment, trop fort : ne perdons pas de vue que c'est Vhitéro^ morphisme qui est en question, et ne le confondons pas, comme l'honorable micrographe, avec la spécificité dont nous parlerons dans un instant. Comment ! c'est l'ensemble des carao tëres anatomiques et pathologiques du cancer, et non la foraie des cellules qui prouve l'hétéromorphisme, lequel hétéromorphisme signifie forme différente, rien de plus ! En d'autres termes, c'est parce que le cancer détruit les tissus normaux, se substitue à eux, progresse fatalement et entraine la mort, que la /orme de la cellule dite cancéreuse diffère de celle de la cellule épithéliale, cartilagineuse, ou embryo-plastique ! il ne faudrait pas que les micrographes spécificistes fissent beaucoup de raisonnements pareils à celui-là, pour justifier les terribles sévérités du confrère Robin (1). Mais soyons plus indulgent que ce grand logicien, et reconnaissons que la micrographie spécificiste a probablement péché, ici, plus par inadvertance que par inconséquence radicale : il est bien vrai qu'elle nous assure qu'hétéromorphisme veut dire forme difi'érente et rien déplus; mais elle perd souvent de vue cette définition, et, transformant, alors, une question de forme en une question de

(1) Nous avons noté ailleurs cette sévérité, ainsi que la condamnation formeUe de la micrographie spécificiste, ou tout au moins de celle qui admet rhôtéromorphisme de la cellule cancéreuse. Mais ce qu'il y a d'étrange, c*est que M. Lebert considère M. Robin comme un des adeptes qui lui font le plus d*honnear, et comme une des autorités les plus importantes sur lesquelles peut s*appuyer sa doctrine. M. Robin a-t-il changé d'opinion, depuis la publication du livre de M. Lebert, ou bien a-t-il, à une certaine époque, professé devant son maître le contraire de ce qu'il pensait ? La première alternative est possible; mais un incident récent n'a que trop tristement prouvé que la seconde n'est pas impossible. Quoi qu'il en soit, M. Lebert, qui a cris v^éteUe d^ la f>-A,^-.'c^ adhésion de

food. elle substitue kétéromorphisme â malignité, sans s'apercevoir qu'elle a sligmalisé celle-ci. Nous allons revenir sur ce point; mais il nous faut, auparavant, en terminer avec Théléroinorpliisme non figuré , c'est-ii-dire synonyme de forme différmu, rien dt plus. Eh bien ! dans ce sens, si la micrographie voulait obéir à une bonne inspiration, elle avouerait franchement que l'hétéromorphisme prétendu est une inexplicable illusion : à quelques adversaires de la micrographie spécificiste, lesquels auraient dit, paraît-il, qu'on voit tout ce qu'on veut, à travers les verres du microscope, M. Broca a reproché de « n'être pas, assurément, des prolesseurs de phyeique; » étaient-ils, pourtant, assez coupables pour mériter cette sanglante ironie? Ne faut-il pas le voulair un peu, si ce n'est beaucoup, pour trouver entre les cellules épithéliales et celles dites cancéreuses, des difl'érences de forme assez radicale» pour servir de base ii la doctrine de l'hétéromorphisme ? Deux Itgures répondront pour nous ii cette question. Nous lurïons pu emprunter la première àM. Broca {Dicl. de méd. vélérin., t. m, p. 13); mais, quoique bien suffisante pournolre déiDOnstration, cette figure ne représente pasun assez grand nombre des variétés de forme delà cellule dite cancéreuse; nous avons donc emprunté celle figure à M. Ileurtaux (iVoiJi'. Dict. de méd. et de chir. pratiq., article cancer) ; celle-ci représenie un plus grand nombre de ces variétés, mais non toutes, bien entendu, chose <c impossible, •> dit M. Lebert (Slalad. can-

lDI,Drou,FollmEt Robin, pour brûler un darge en rareui- un a pays qui est, it «icellence. celui de la libre diicutsioD et de l'indt>|icndancc ErientlQque, n irait pa épargner le Uer« de sa cire, ai ce n'est davanuge '■ H. Itroca a ié\i. U *ot bien des points, et ne s'iirrâlera ^as Ifi, H, Lebert en peut ixte cern; la détection de H. Itobin est complète, et la mort Mule a probablement mit Follin i l'abri des retours. En sorte que la micrographie ïpédficiàte, qui s'ap- ^Uodituit hiutcment de l'adb^ion de la France et ï attachait le plus grand est pour le moins au^i compromise chei nons qu'en Allemagne, où elle e*t Cotnpiftement abandonnée, au dire de M. Virchow-

cér., p. 19) (1); la seconde figure est tirée du dictionnaire de H. RobiD, contrefaçon Nysten; elle représente les prio* cipales variétés de forme des cellules épithéliales du cancroïde.

M. Robin ne donne pas le grossissement auquel sont représentés les objets de son dessin; mais d'après leur volume, il nous parait probable que c'est à un grossissement de 400 diamètres; quant aux éléments de la figure première , ils sont représentés, dans le dessin primitif, après un grossissement de 250 diamètres que nous avions voulu ramener aussi à un grossissement de 400, mais qui, par suite d'une erreur, n'ont été ramenés qu'à 330 ; on voit

(I) Aiaii que aoiu l'avons dit précédeirment. H. Lrbert Tait milme de cotte Tariabilité on des caractères de la epéciUcilâ de ta cellule cancéreuse : « Il tuf/U, dit-il, de signalar le fait que cette mulli/ormW de la paroi — (il paraît que le contenu de la paroi ne suit pas la mulurormilâ du contenant, ce qui est d'autant plus étonnant, qu'au dire des pluii habiles micrograpbes, le contenu, dans la cellule cancéreuse, n'est pas distinct du contenant) — ne s'observe il ce degré dans aucune autre espèce de cellules, a (Lac. cit., p. (9.) En sorte que !a epéciflcité de ta forme de la cellule cincéreiise consisterait principalement en ce que cette cellule offre toutes les formes imaginables et même inimaginables, puisqu'elles sont impossibles k décrire ! Quant i ce que celte absence de Terme ne s'observerait que dans la cellule cancéreuse, du moins au même degré, on voit par la Hgurc H, qui représente la cellule épithéliale, que la muUiformité y est di/jA fort raisonnable

quelle ressemblance ils présenteraient avec les premiers, s'ils étaient un peu plus volumineux; mais tels qu'ils ] sont, il ne nous parait pasqu'il soit bien nécessaire d'insister sur les .inalogies extrêmes des éléments de ces dcu\ figures, et de faire ressortir toute la complaisance qu'il faudiait tt des professeurs de physique, pour trouver, dans les diffOrenccs de forme que ces éléments présentent, une base de spécîEcité morbide?

Cela me semble vraiment inutile à discuter pour des lecteurs qui ne sont pas atteints de eéciié; je me plais k espérer que tous ceux entre les mains de qui tombera cet opuscule sont dans ce cas. 11 ne i'cB trouvera certainemcul pas un seul qui ne reste convaincu, à la simple vue de ces deux figures, que tant que la micrographie n'aura pas il nous oITrîr des formes plus dissemblables et plus constantes, dans chaque catégorie de cellules, elle ne parviendra jamais, ies arguments fussent-ils oscorlûs d'un régiment de profes-

Jfa

seurs de physique, à faire admettre au plus naïf des cliniciens la ou les doctrioes de rhétéromorphisme, dans le sens propre de ce mou qui est celui défini assez exactement, par le verset XXIV du Catéchisme micrographique. M. Lebert a donc bien raison, tout en professant la ou les doctrines de rhétéromorphisme, de ne pas attacher trop d'importance à la forme des cellules.

Est-il beaucoup mieux fondé de s'attacher au volume? Je pourrais me dispenser d'examiner cette question , car il s'agit ici d'kétéromorphisme , c'est-à-dire de « différence déforme, riendeplus, » et une différence de volume n*est pas une différence de forme ; un œuf de pigeon difi^re beaucoup» par le volume, d'un œuf d'autruche, et, cependant, je ne crois pas qu'aucun naturaliste, — ni même aucun professeur de physique, — soit tenté de les considérer comme hétéromorphes. Si donc, la spécificité des cellules résultait d'une différence de volume, ce n'est point par le mot d*hétéromorphisme que l'on devrait désigner cette spécificité ; le mot ne serait pas seulement impropre, il serait inexact et induirait en erreur, au moins physiquement parlant ? or, les professeurs de physique, même improvisés, doivent respecter la science qu'ils professent. Maintenant, cette spécificité de volume existe-t-elle? MM. Vogel, Virchowet beaucoup d'autres le nient; M. Lebert la défend avec énergie, et insiste en plusieurs endroits de son ouvrage sur la nécessité de « mesurer constamment et d'avoir un micromètre dans l'oculaire, avec une bonne détermination des unités, selon les divers systèmes des lentilles. « Si l'on mesure beaucoup, ajoute-t-il, avec de bons instruments et impartialement (1), on arrive, au contraire, à la conviction qu'il y

(1) Impartialement veut sans doute dire loyalement, car je n'imagine pas que les millimètres, ni leurs fractions, soient sujets à la partialité; en d'autres termes, M. Lebert soupçonne des contradicteurs comme Vogel, Virchow, etc., de donner ^^ fausses mesures. Cela esl avisai ^evi %xm^v\T, d^ i» "•*-* ''» M. Lebert, que

a des moyennes fort bien établies pour les dimensions de chaque élément microscopique diflférent. C'est ainsi que le corpuscule du tubercule oscille entre B et 7 millièmes 1/2 de millimètre de diamètre. Le globule du pus se trouve en moyenne de 10 millièmes de millimètre» et dans le cancer nous trouvons la paroi cellulaire, en moyenne, de 20 à 25 millièmes, le noyau de 10 à 15, le nucléole de 2 1/2 à 3 1/3. Nous savons fort bien que les maxima et les minima peuvent varier, mais ce sont là des exceptions, tandis que les moyennes sont la règle. » {Malad. cancer.^ p. 30.)

Il y aurait beaucoup à dire sur cette manière de voir et d'argumenter; il y aurait d'abord à demander 4ans quelles proportions se rencontrent ces moyennes, et dans quelles proportions les moyennes du cancroïde que, par une omission assez inexplicable, M. Lebert ne donne pas; il se contente de donner celles des cellules et noyaux épidermiques normaux, lesquelles sont précisément celles des cellules cancéreuses.

« Les cellules épidermiques, dit-il, sont composées d'une paroi cellulaire, » — nous ne savons trop pourquoi M. Lebert veut absolument que la cellule soit composée d'une paroi, laquelle existât-elle, distincte de la ipasse contenue, ne formerait jamais qu'une très-faible partie de la cellule, — « dont le diamètre varie entre 20 et 30 millièmes de millimètre de diamètre; » — (au lieu de 20 à 25 dans la cellule cancéreuse!) — « leur noyau est ordinairement petit, oscillant entre 5 et 7 millièmes 1/2, » — (au lieu de 10 à 15); la dimension des noyaux offrirait donc une différence plus réelle que celle des cellules; mais, chose assez singulière, la dimension des nucléoles épidermiques redevient à peu près celle des nucléoles cancéreux : 2 1/2 à 3 1/3 millièmes de millimètre, pour ceux-ci; 2 millièmes pour ceux-là.

cela est pea probable et serait maladroit, de la part de MM. Vogel, Yircbo^, Bennet et aatres; ooos ne pensons pas que pareille accusation eût la moindre portée mâme contre M. Robin.

Mais, je le répète, je n'ai pas à insister sur ces remarques ni sur plusieurs autres qu'il y aurait h faire. M. Lebert accorde à M. Virchow qu'il est souvent impossible de distinguer une production cancéreuse d'une production épithéliale et de plusieurs autres, quand on n'a à sa disposition qu'une petite portion de production accidentelle ; nous avons accordé, de notre côté, à M. Lebert et à ses rares, très-rares (même en France) partisans, qu'en faisant passer dans le champ du microscope une grande masse de tissu cancéreux, l'ensemble d'un grand nombre d'observations microscopiques permettrait probablement presque toujours de distinguer la variété de cancer dite hétéromorphe de la variété dite épithéliale, et ce n'est pas, comme nous le verrons ultérieurement, beaucoup accorder au microscope, quoique tout le monde ne lui accorde pas même cela. Non, ce n'est point là-dessus que nous avons à insister; nous avons montré qu'en fait d'hétéromorphisme, les micrographes spécificistes ont été inexacts, et que s'ils avaient été exacts, ils auraient encore été incomplets ; il s'agit, maintenant, de montrer le troisième point de notre thèse, à savoir que :

3® Les micrographes ont manqué de logique. — J'ai dit de logique, et j'ajoute de sens médical.

Oui, sans doute, les micrographes, ou plutôt M. Broca, car M. Lebert est loin d'être aussi souple sur les principes, ont écrit qu'hétéromorphisme veut dire forme difTérentej rie:« DE plus; mais ils seraient désolés qu'on les crût sur parole; s'il ne s'était agi que d'une simple question de forme, il n'y aurait eu ni grandes théories physiologiques et pathologiques à proclamer, ni grande révolution h accomplir, et la micrographie, nous Tavons déjà vu maintes fois, tenait h faire et parait croire fermement avoir fait tout cela. Aussi, pense-ton que la micrographie annonce purement et simplement au public scientifique qu'elle a trouvé, dans deux variétés du cancer, une cellule un peu différente par la forme, le volume

elles d'une autre forme de cancer? Bica loin de là : c'est en Doatant sur le Sinaï do la science qu'elle proclamo la doctrine lu les doctrines, voire même les doctrines générales de l'hélérolorphisme :

■ Les lois qui régissent l'organisation de la maliêre, dit-elle,

«r la bouche de M. Broca, sont générales; toute substance

le, qu'elle qu'en soit l'origine, leur obéit; et ce qui

'arie, ce ne sont pas ces lois, mais tes conditions au milieu

lesquelles elles agiaenl

i Les conditions du développement normal sont déjà trop wmplexes, chez les animaux supérieurs, pour qu'on puisse nttacher l'évolution et la nutrition de tous les tissus à une loi unique, régissant un élément primordial, unique aussi. Or, tes conditions du développement pathologique sont bien plus complexes encore. Aux lois générales et multiples de l'organisatioQ viennent se joindre ici des injluences particu!i(;res, plus multiples encore, qui varient suivant la nature des tissus ■naïades, suivant celle des causes morbîliques, locales ou générales et suivant l'idiosyncrasie de l'Individu. "

Nous croyons inutile de rester plus longtemps sur ces fcauteurs, où l'honorable législateur-micrographe n'est monté que pour proclamer cette loi ou ce principe, « qui n'est pas absolu :

Toutes choses égales d'ailleurs (c'est l'auteur qui souligne), l'intensité du troulile nutritif qui donne lieu à une production accidentelle est d'autant plus grande et révèle un étal d'autant plus fâcheux, que la structure do cette production accidentelle s'écarte davantage de celle des parties qui constituent un organisme normal. »

El l'auteur ajoute -. « Nous ne parlons ici qu'au point de rue iina(otnique(l), au point de vue clinique, que nous examinerons

(I) nterait 4iH!i curieux de savoir comment un éLil peut élrc, au;iDin( de vue MsMmif M, plu graie qu'an autre, & moins qu'en auatomie, lu cocrâ ne toit plus M^^wle tosange, oq la cîrwnfirence plus grave que rellîpsel

ultérieuremeot , d'autres conditions très-diverses viennent compliquer Tétude du pronostic. » (Broca, Traité des lum., p. 79 et suiv.). »

Nous croyons parfaitement inutile, nous le répétons, de nous arrêter plus longtemps sur ces hauteurs; mais nous croyons utile de n'en pas descendre sans faire remarquer aux simples cliniciens que, pour avoir trop voulu monter» le savant micrographe-métaphysicien s'est élevé jusque dans la région des nuages. Nous espérons qu*il sentira, lorsqu'on Taura prévenu» que cette région est malsaine pour des physiciens, parce qu'elle se confond avec celles de la métaphysique, et qu'un philosophe assez connu, a dit, depuis longtemps que, lorsqu'on est professeur de physique, fût-ce d'une physique de circonstance, ce dont on doit s'abstenir avant tout, c'est de métaphysique.

Il est d'abord une première remarque que les cliniciens les moins physiciens feront à la micrographie spécificiste, c'est que les lois, — qui ne sont que des abstractions, des vues de l'esprit dont M. Lebert ne veut à aucun prix, mais dont il se sert néanmoins, ainsi que sou docte élève, comme M. Jourdain se servait de la prose, — n'agissent pas et ne peuvent agir. Lors donc que H. Broca parle de leur action (1) et des conditions au milieu desquelles elles agissent, quand il oppose Yaetion des lois normales aux influences pathologiques, il emploie un langage qui n'a pas de sens, et qui semblerait indiquer que celui qui s'en sert n'a jamais réfléchi à ce qu'on entend par loi, dans les sciences mathématiques, physiques ou morales. Ce n est pourtant pas ce que nous voulons inférer de ce langage, que M. Lebert doit trouver légèrement pompeux; mais on nous per-

(1) (( Tandis qoe, (fane part, dit-il aussi, Vaction des lois normales tend à donner à la matière plastique one organisation semblable à ceUe qae cette matière devrait revêtir à Tétat normal dans le même lien; d'une autre part, les m/luemcts pathologiques tendent avec plus ou moins d'énergie à donner une autre à roii^anisme des éléments ucaveaux. » (Xoc. dt.)

meltra d'en induire que M. Broca n'a pas une nolîon bien complète des n loi* de l'organisation de la madère; » qu'il sérail probablement assez embarrassé de les l'ormuler, comme Ki^pler, Newton, Lavolsier, Ampère et autres ont formulé les leurs; ei qu'il y a, par conséquent, un tant soit peu de fatuité — (car toute idûe de charlatanisme, de la part de M. Broca, est Irès-éloignée de notre esprit) — à parler de lois générales et de lois particulières de l'organisation, de lois multiples et de lois plus multiples encore, et qui varient, suivant des causes morbitlques..., etc., quand on ignore absolument toutes ces lois, et qu'on en parle même comme si l'on ignorait ce qu'on entend et ce qu'on doit entendre par vne loi. Et toute celle métapliysique vide et même sonore, pour parler comme M. Letierl. pour arriver à quoi? A des propositions comme celle-ci -.

» D'autres fois, eufîn,et c'est ici au i'oi.nt de vue iHonriioLocrocE le plus grave de tous les écarts, les éléments pathologiques de la production accidentelle ne ressemblent à aucun élément normal en particulier, « proposition qui, abstraction faite de : en particulier, tombant la, à peu près, comme une araignée dans un potage, est rigoureusement l'équivalente de celle-ci :

Au POiST DE ïi^E DE LA FORME, Us éléments pathologiques qui we RCSSEMnLG:<T à aucun élément normal, s'en écartent plus qiie ceux qui leur ressemblent plus ou moins.

Ou, en d'autres termes :

Les ëlEme^ts qui ne nEssEsmuEM pas du to^t a d'autres éléments,

LEUR AESSEXBLBXr MOtlS QUE CEUX QUI LEUR RESSEMBLENT U» PEU I !

Ce n'est vraiment pas la peine de s'ériger en professeur de pbysique, ni de monter sur les sommets de la cosmologie pour proclamer de semblableslois. Nous connaissons tous le nom d'un gentilhomme célèbre, qui vivait encore un quart d'heure avant sa mort, et qui en décrétait de pareilles, du fond de son modeste manoir.

Tassons h des propositions moins évidentes, mais qui appnr-

tiendraient davantage à l'ordre scientifique si elles étaieut démontrées. « Toutes choses égales d'ailleurs y dit M. Broca.... (voir ci-dessus); toutes choses égales ! » G*est bientôt dit! mais quelles sont (ou(e5 ces choses égales, que les cliniciens seraient si heureux de connaître ?

M. Broca les connaît, assurément, puisqu'il en parle avec une si imperturbable assurance : il sait, par exemple, parmi cent autres choses, quelles sont les choses égales et inégales qui font que le cancer de la lèvre inférieure offre unefréquence si différente de celui de la lèvre supérieure, et une gravité si notablement différente aussi, quoique la structure de l'un et de l'autre soient identiques, et s'éloignent, également, par conséquent « de celle des parties qui composent un organisme normal ;» il sait encore quelles sont les choses égales et inégales qui font que la kéloïde (1) et Tépithélioma, dont la structure ressemble également à « celle des parties qui composent un organisme normal, » offrent une différence de gravité bien autrement considérable encore, et pourquoi, malgré cette immense différence, tous deux sont néanmoins rangés dans

Vespèce cancroïde; il sait encore etc. Oh! cent lignes

de etc. (2). Comment se fait-il donc que M. Broca, sachant toutes ces choses, et n'étant pas , suivant les apparences, partisan des mystères ^ n'ait pas déposé dans son ouvrage

(1) M. Broca n'adopte pas, il est vrai, la classification de son maitre, et il range la kélclde, non parmi les affections épithéliales et par conséquent dans le cancroïde. mais bien dans les productions à éléments fibreux et fibro-pltutiques combinés. Ce sont là des combinaisons à débattre entre micrographes ; la kéloïde serait fibreuse ou fibro-plastique, ou Tun et Tautre, que cela ne changerait rien à notre argamentation ; nous irouverions des fibro-plastiques qui ne le cèdent en rien, en gravité, aux épithéliaui et aux hétéromorphes ; la question des choses égales et inégales resterait donc la même.

(2) Ceux qui voudraient voir une assez jolie peUte collection de maladies hété^ rogènes réunies dans Tespéce homœomorphe du fibro^plastique et de l'épitbéliale, n'ont qu'à se reporter au dernier discours de M. Velpeau, dans la grande discus- Rinn ilAih cÀt^p dp. \KM.

Texposition claire et précise,— sans aucun vernis métaphysique , par conséquent, — de toutes ces connaissances précieuses que ses confrères, cliniciens ou théoriciens, auraient apprises avec une profonde gratitude, car ni les uns ni les autres n'en savent le premier mot. M. Broca voudrait-il auivre Teicempledu vieux Ghaussier, qui connaissait parfaitement les fonctions de la rate, mais qui n'a jamais voulu les dire à personne, et qui est mort avec son secret? Nous le regretterions pour lui; il a assez de fond pour ne pas se faire imitateur, fût-ce de Chaussier, et nous ne croyons pas manquer à la sincère considération que nous avons pour lui, en lui conseillant ou de ne pas cacher h ses confrères ce qu'il sait, ou de no pas les entretenir de ce qu'il ignore, ou, et encore moins, de ce qui n'a pas de sens bien positif. Je sais bien qu'en suivant ce conseil, il supprimera pas mal de passages de son Traité des tumeurs f que M. Lebert appelleraient peut-être pompeux et sonores, mais je crois que ce sacrifice sera agréable à ses lecteurs, profitable k la science et h lui-même, et je ne désespère pas que cette considération ne triomphe de son amour-propre d'auteur.

Revenons à l'hétéromorphisme. Nous venons de voir quelle est sa réalité et quelle serait sa portée, au point de vue doctrinal ou théorique ; pour en terminer avec lui, il ne nous reste que quelques mots à dire sur son utilité, sur sa valeur, au point de vue pratique.

Nous avons vu M. Lebert stigmatiser, et, s'il avait été le moins du monde pape, il aurait volontiers excommunié la ftu^lipiiii et la bénignité; M. Broca, toujours plus conciliant et plus disposé à sacrifier aux puissances encore debout, se donne la peine de réfuter à sa manière, la malignité (1); mais après ravoir victorieusement réfutée, il la conserve, néanmoins, et

(^) V. Lebert, nous devons le dire pour être exact, se sert bien aussi, ça et

là, do mt valigoité, qa'il a stigmatisé ; mais c'est qu'alors, il s'oublie, tandis

^■0 M. Broca s'en lert de propos délibéré, et parce que le mot est uUle et a da bon.

reconnaît qu'elle a du bon. Qui donc a raison de ces deux hélé* romorphîstes? Franchement, ni l'un ni l'autre : M. Leberta eu tort de condamner et encore plus, de siigmaiiser la malignité sans l'entendre et sans la comprendre; M. Broca a eu tort de la repousser d'abord, après l'avoir mal entendue et mal comprise, et de l'admettre, ensuite, sans la comprendre beaucoup mieux.

Voici, en effet, ce que dit M. Broca ; la citation sera un peu longue, maison jugera, je l'espère, que la question vaut la peine qu'on ne la tronque pas.

« Il importe peu de savoir d'où vient le mot de malignité.... Aujourd'hui, on donne le nom de tumeurs malignes à celles qui affectent une marche clinique menaçante et qui possèdent quelques-unes des propriétés suivantes :

« 1^ La propriété de s'accroître indéfiniment, en se propageant aux tissus voisins ; 2<> de s'ulcérer lorsqu'elles arrivent au contact des membranes tégumentaires et de donner lieu a des ulcères qui ne peuvent guérir sans opération (Ij; 3^ la propriété de déterminer, dans les ganglions lymphatiques correspondants des engorgements de même nature que la tumeur primitive; 4° celle de récidiver après une ablation incomplète et même après une ablation complète (2); 5° celle de se généraliser, c'est-à-dire de déterminer une affection générale à la suite de laquelle des tumeurs semblables à la première se développent dans divers points de l'économie, et notamment dans les organes internes. En d'autres termes, une tumeur maligne est celle qui devient nuisible autrement que par son volume ou par les troubles fonctionnels qu'elle fait naître dans la régiou malade.

« Cela posé, il y a différents degrés de malignité, car cer-

(1) Ni même et surtout avec opération.

(â) Elles ne guérissent donc pas avec opération. H faut que le penchant à rinconséquence soit bien entraînant, pour que des esprits aussi subtils y cèdent sdûsi à quelques lignes de distance.

taines tumeurs possèdent seulement quelques-uns des caraetëres précédents. Les plus malignes sont celles qui les réunissent tous. La malignité n'est donc pas une chose absolue et invariable , c'est une chose relative et changeante. Telle tumeur qui, comparée au fibrome, parait maligne, parait bénigne au contraire lorsqu'on la compare au cancer. Réunir en un seul groupe, comme quelques-uns voudraient encore le faire , toutes les tumeurs qui présentent quelques-uns des caractères de la malignité, c'est donc additionner des unités d'espèces différentes et faire à plaisir des confusions. Mais cette doctrine soulève une objection bien plus grave, car pour beaucoup de tumeurs, le caractère de la malignité est éventuel et même exceptionnel. Par exemple, le chondrôme a été décrit par beaucoup d'auteurs comme une tumeur entièrement bénigne. Mais depuis quelques années on a recueilli cinq ou six observations h marche excessivement maligne. Il en est de même des fibromes, dont la bénignité est presque proverbiale, et qui peuvent cependant, par exception, s'ulcérer, récidiver, se généraliser, comme le feraient les cancers les plus graves. Placera-t-on, maintenant, les chondrômes et les fibromes dans la classe des tumeurs malignes? Ce serait faire une règle avec des exceptions. Les placera-t-on dans la classe des tumeurs bénignes? Ce serait aller contre des faits incontestables. Il ne reste donc qu'une ressource, c'est de laisser de côté, dans les classifications, un caractère aussi décevant que celui de la malignité, et de grouper les tumeurs en se basant sur les caractères anatomiques, qui, étant l'expression d'un fait, et non d'une théorie, ne peuvent jamais devenir trompeurs.

« Est-ce à dire qu'il ne faille tenir aucun compte delà malignité ? Bien loin de là. L'étude de la malignité fournit au contraire des éléments fort précieux pour la comparaison et la distinction des diverses espèces de productions accidentelles. N'est-il pas utile de savoir que les tumeurs d'une certaine espèce sont très-malignes, que d'autres le sont à un moindre

degré! Que les unes le sont toujours, d'autressouvent, d'autres seulement dans des cas exceptionnels? Quand on songe que ces différences de malignité coïncident avec des différences de structure, et que, grâce à cela, il est devenu possible de faire reposer les probabilités du pronostic sur une base scientifique, on est obligé d'avouer que la classification anatomique des tumeurs est non-seulement la plus positive, mais encore la plus pratique. » (Broca, Traité dt$ tumeurs, p. 124.)

Il faut, en vérité, voir de pareilles choses écrites par un homme instruit et par un esprit distingué, pour les croire. « N'est-il pas utile de savoir que les tumeurs d*une certaine espèce sont très-malignes....? etc. » £h! sans doute, cela est utile, comme il est utile de connaître le degré de gravité de toutes les maladies! Est-ce que, par exemple, la micrographie se flatterait d'avoir découvert cette utilité? Nous serionsobligé alors, de la prévenir que cette découverte est pire que celle de la Méditerranée. Mais glissons sur les puérilités de ce passage, et bornons-nous h en relever les erreurs sérieuses.

Après l'avoir décrite à peu près exactement , M. Broca résume heureusement la malignité des tumeurs par ces mots : « Une tumeur maligne est celle qui devient nuisible autrement que par son volume ou par les troubles fonctionnels dans la région malade. » Voilà qui est bien et qui serait parfait, si l'on ajoutait que ce qui est vrai des tumeurs est vrai de touies Ie5 maladies; une pustule d'ocne sebacea ne produit d'autres troubles que ceux résultant des lésions apparentes de la peau» c'est-à-dire ne produit à peu près aucun trouble ; c'est donc une pustule ou une tumeur bénigne; il en est tout autrement de la pustule maligne, et c'est pour cela qu'on lui a donné et qu'elle mérite son nom. Mais par quel effort d'imagination ou par quel aveuglement M. Broca trouve-t-il une théorie dans renoncé de ce fait, le plus simple, le plus pur de tous les faits? La pustule maligne, le cancer du sein, causent d'autres troubles que ceux résultant des lésions anatomiques visibles; nous

les appelons maladies malignes, c'est-k-dire maladies trèsgraves. Où diable est la théorie^ dans cette dénomination de convention? Il n'y a pas là plus de théorie que dans la convention d*appeler homme certain animal k deux pieds sans plumes, ou d'appeler coq certain animal & deux pieds sans poils.

« Réunir en un seul groupe^ comme quelques-uns voudraient encore le faire^ toutes les tumeurs qui présentent quelques-uns des caractères de la malignité, c'est additionner des unités d'espèces différentes et faire à plaisir des confusions ! » Voyons» tirons un peu à clair cette argumentation, où la confusion \ manque encore moins que dans le prétendu groupe.

D'abord^ qui sont ces quelques-uns qui voudraient réunir dans un seul groupe les tumeurs qui présentent quelques-uns des caractères de la malignité? Il faut le dire, si Ton ne veut pas laisser croire qu'on fait la guerre h des moulins à vent; ce serait, vraiment, trop de réunir sous un seul costume les personnages de deux gentilshommes fameux.

Et puis, qu'entend-on ^ds groupes et par additions d'espèces? Est-ce que, par exemple, réunir dans un groupe des plantes vénéneuses ou des maladies virulentes, c'est additionner des unités d'espèces différentes ? Est-ce que ce groupement empêchera qu'on ne fasse des sous-groupements où Ton placera les plantes narcotiques, les plantes irritantes, les narcotico-âcres? Est-ce que cela empêchera, enfin, qu'on n'arrive à distinguer en dernier lieu, des espèces où figureront la belladone, l'aconit, la ftve de Saint-Ignace, le croton tiglium, etc., etc., ou bien la syphilis, la variole, la morve, etc., suivant qu'il s'agira d'histoire naturelle ou de pathologie? Où voit-on que ce soit là faire de la confusion? S'il y en a là, toute l'histoire naturelle n'est que confusion.

« Mais cette doctrine soulève une objection bien plus grave.. .y ^it H. Broca, car pour beaucoup de tumeurs, le caractère 4e la maliirnité aq* ^vAn^nai - t^ • m ^

une fois encore k l'honorable micrographe que la malignité n'est pas une doctrine, mais un fait; une tumeur est maligne ou elle ne l'est pas, c'est-à-dire qu'elle détruit les tissus, qu'elle les envahit de plus en plus, qu'elle récidive..., etc.; cela est indépendant de toute doctrine, et toute la doctrine consiste à reconnaître, à constater la malignité; que le chondrôme, presque toujours bénin, puisse, dans des cas extraordinairement exceptionnels, revêtir les caractères de la malignité, qu'est-ce que cela peut prouver, sinon qu'il faut apprendre à distinguer ces cbondrômes exceptionnels des autres? car ils sont incontestablement très-différents, et leur malignité ne prouve qu'une chose, c'est que, si Tanatomie et le microscope ne les distinguent pas encore, c'est que Tanatomie et le microscope, que M. Broca dit n'être pas trompeurs, à la page 123, sont réellement trompeurs, comme il le dit à la page 135; ou, pour être plus exact encore, je dirai qu'on les rend trompeurs, parce qu'on veut en faire la base d'une fausse doctrine et leur prêter un langage qui n'est pas le leur. Nous l'avons montré surabondamment, dans tout le cours de la longue discussion qui précède, nous allons le montrer une fois encore, en terminant l'examen du passage que nous venons de citer, examen qui ne finirait pas s'il fallait y relever tout ce qu'on y trouverait à reprendre.

Quel est l'esprit de ce passage, quel en est le but, ainsi que d'une infinité d'autres qu'on pourrait emprunter aux micrographes spécificistes ? Il faut le dire nettement, sans détours métaphysiques, comme le disait M. Lebert dans sa Physiologie pathologique^ le but, c'est de remplacer par la doctrine scien^ lifique de l'hétéromorphisme la prétendue doctrine empirique de la malignité; c'est de faire de l'hétéromorphisme, si l'on nous permet cette locution, une malignité scientifique; ce but éclate h chaque page du Traité des maladies cancéreuses comme du Traité des tumeurs^ et c'est encore celui qui perce dans la conclusion du passage que nous venousde citer : « Quand on

songe, dit M. Broca, que ces différences de malignité coïncident avec des différences de structure, et que, grâce à cela» il est devenu possible de faire reposer les probabilités du ipvonosiic sur une bcue scientifique y on est obligé d'avouer que la classification anatomique des tumeurs est non-seulement la plus positive, mais encore la plus pratique. »

Voilà le grand mot lâché ou plutôt relâché : les micrographes spéciâcistes ont tout simplement la prétention de substituer une pratique éclairée, scientifique, à une pratique empirique, confuse, aveugle. C'est en cela qu'ils manquent à la fois de logique et de sens médical. Nous accordons volontiers que, si la classification microscopique était plus positive, elle serait plus pratique, attendu que pour être pratique, rien, classification ou autre chose, ne doit être chimérique; mais être positif ne suffit pas; il faut que la positivité porte sur les faits utiles, dominants qu'on a en vue. Quelle est la première question qui, en présence d'une maladie, intéresse le médecin et le malade? C'est évidemment la question de gravité ou de pronostic ; le premier caractère qui se présente k l'esprit du médecin, pour établir une classification médicale, c'est donc celui qui est fondé sur la gravité ou la non gravité, la curabilité ou l'incurabilité ; la distinction primordiale des tumeurs en malignes et bénignes, c'est-à-dire en curables et en incurables ou presqu'incurables est donc une distinction essentiellement médicale, et il faut manquer de sens médical autant que de logique pour ne pas en être frappé. Les micrographes partisans de la méthode naturelle appellent cette classification une classification dichotomique ; cela prouve qu'ils ne se font pas une idée plus exacte de la méthode dichotomique que de la méthode naturelle : toute classification .serait dichotomique, s'il lui suffisait, pour cela, de diviser ])rimordialement, et même parfois secondairement ou tertiairement, une classe d'êtres en deux catégories. Est-ce que la méthode de de Jussieu est dichotomique, parce qu'elle

les Totaux eo eryptogames et en phanérogames, et ces derniers en monocotylédonés et en dicotylédones? on éproure rraimeDt qaelque embarras à rappeler de pareils principes. La classification dite clinique des tumeurs, en bénignes et malignes, n'est donc pas plus dichotomique que la classification, dite anatomique, en homo^morphes et hétéromorphes.

Maintenant, y a-t-il une classification anatomique et une classification clinique? J'ai déjà donné à entendre, dans un des paragraphes précédents, que cette distinction est un non-sens, j'aurais pu dire un galimatias.

Sans doute, il serait possible à la rigueur de faire une classification des tumeurs, purement anatomique, c'est-à-dire dans laquelle on ne parlerait ni de leur étiologie, ni de leur symptomatologie, ni de leur marche, ni de leur pronostic; ce serait une sorte de classification pour des artistes en anatomie, mais non pour des médecins; cette classification pourrait se faire, mais il est inutile d'ajouter qu'elle n'a jamais été faite. Quant à imaginer une classification clinique sans anatomie, ce serait un peu plus difficile, et les micrographes qui condamnent les < quelques-uns, » partisans de cette classification, devraient bien nous donner les noms de ces « quelques-uns. » Ils seraient, en efiet, assez curieux à voir les cliniciens qui classeraient des tumeurs, sans parler de leur couleur, de leur forme, de leur consistance, de leur siège, de leur composition (vasculaire, celluleuse, adipeuse, nerveuse, etc., etc.); tous caractères qui font, si je ne me trompe, partie de Tanatomie, et qui constituent même à peu près toute Tanatomie, moins la microscopie; mais je crois que les micrographes auront encore plus de peine à nous montrer ces cliniciens fantastiques que les cellules hétéromorphes ou tout au moins presque bétéromorphes. Mais qu'elles soient quasi-hétéromorphes ou tout à fait hétéromorphes, doivent-elles servit de e^xaetèreijrimordial de pré-

férenceà la malignité ? en d'autres termes, est-il préférable, médicalement parlant, d'inscrire en tête d'une observation, ou d'une pancarte, ou d'une consultation :

Tumeur bénigne^ ou:

Tumeur homœomorphe ?

d'y inscrire :

Tumeur maligne, ou :

Tumeur hitéromorphe ?

Je prétends qu'il ne se trouvera pas un seul vrai médecin qui hésite un instant à préférer le premier diagnostic au second, ou, si Ton veut, la première classification à la seconde. Que veut dire malignité? Tous les médecins le savent, et, dans la citation précédente, M. Broca Ta prcsqu'exactement indiqué. Que veut dire hétéromorphisme? Le lecteur le savait, sans doute, avant d'avoir lu les pages qui précèdent ; peut-être le sait-il un peu mieux maintenant :

Physiquement ou anatomiquement,le mot hétéromorphisme exprime un fait douteux, d'aucuns disent erroné;

Médicalement ou doctrinalement, il affirme une théorie absolument fausse.

G*est bien autre chose du mot homœomorphe, lequel s*applique à des états qui ne méritent pas même le nom de maladie, comme les cors aux pieds et les verrues, et à des maladies terribles et constamment mortelles, comme le cancer épiihélial de la langue ou de l'utérus!

Hais, diront des micrographes entêtés, la bénignité a été attribuée à des tumeurs qui peuvent ofirir les caractères de la malignité, aux chondromes, par exemple? Et qu'en voulez-vous conclure, messieurs les professeurs de physique? Que les

cliniciens sont faillibles et les micrographes infaillibles? La conclusion serait peut-être contestable ; mais celle qui dirait que la malignité et la bénignité, — parce que leur diagnostic n'est pas infaillible, — font commettre des confusions à plaisir, serait absolument ridicule : s'il y a quelques chondrômes malins parmi un grand nombre de chondrômes bénins^ cela prouve tout simplement qu'il faut apprendre à distinguer les uns des autres, et n'attribuer la bénignité ou la malignité qu'à ceux qui la possèdent. Si c'est l'hétéromorphisme qui nous apprend ii faire cette distinction, on lui en saura gré; mais jusqu'à présent, c'est lui surtout qui a confondu les contraires et séparé les semblables; on ne lui doit vraiment pas des couronnes pour cela ; on lui doit seulement un bon conseil, c*est de l'inviter à plus de logique, à moins de prétentions, et à ne pas prêter, en fait de confusion,

Ses qualités aux autres.

C'est par ce conseil que nous en terminerons avec lui, au moins directement; si nous nous en occupons encore^ ce ne sera qu'à propos de ses conséquences.

De ces considérations déjà bien longues, mais que j'ai dû m cependant abréger beaucoup pour ne pas trop dépasser less limites où doit se renfermer un travail aussi spécial que celui-ci,^ il résulte assez clairement, si je ne m'abuse, que s'il n'y avaiir j que l'hétéromorphisme pour faire deux espèces morbides dis- « tinctes du cancroïde et du cancer, jamais espèces n'auraient ét^ . plus mal spécifiées. Mais, pour être justes, il faut reconnattr^r que les micrographes spécificistes, M. Lebert surtout, ontinvo-d que à l'appui de la spécification hétéromorphique des caraco tères cliniques; reste à savoir quel en est le nombre et IM Valeur^ c'est ce que nous aVVoxv^ c\vevclier à éclaircir le pli

brièvement qu'il nous sera possible ; relevons toutefois auparavant un étrange argument de M. Lebert.

Dans une thèse sur le cancroïde de la peau, fort remarquable pour l'époque où elle parut et encore pleine d'intérêt aujourd'hui, M. le docteur Mayor, de Genève, avait rangé dans le cancer les productions épithéliales, de la peau, sans méconnaître certaines différences existant entre ces tumeurs et les productions cancéreuses d'autre^ parties; il avait même pensé et nous aurons à revenir dans un instant sur cette opinion, qu'il n*y avait à la peau d'autre cancer que le cancer épithélial. Que, pour ce motif, M. Lebert ait reproché à M. Mayor de « n'avoir pas su embrasser d'une manière plus philosophique tout l'ensemble de cette grande et belle question du cancer cutané; » qu'il ait voulu lui apprendre « que c'est une étrange exagération tout h fait contraire à l'esprit de la science moderne, de considérer un mal comme cancéreux, parce qu'il peut récidiver sur place; » qu'il ait cru devoir lui rappeler enfin à ce propos, et répéter une fois de plus « qu'en pathologie, aussi bien qu'en zoologie et en botanique, nous tendons de plus en plus à établir la méthode naturelle, » tout cela se conçoit et est acceptable comme forme de discussion, et sous toutes réserves; mais que dire du couronnement de cette argumentation par Tapostrophe suivante : « Nous posons à M. Mayor cette simple question : Deux produits de structure différente peuvent-elles — (iM . Lebert a certainement voulu écrire peuvent-t7s) — être identiques? » (Traité des malad. cancer. y p. 595). A pareille question il n'y avait vraiment, pour M. Mayor, qu'une réponse : c'était de demander à M. Lebert si, un quart d'heure avant sa mort, le gentilhomme dont nous parlions plus haut était bien encore en vie? M. Lebert aurait dû comprendre qu'il n'est pas fait pour recevoir de semblables réponses, et il aurait dû, par conséquent, éviter de faire des questions qui les provoquent inévitablement.

Prenons donc l'esprit plutôt que la lettre de l'argument de

— ilO —

H. Lebert, et répondons-lui : Non, ce qui est difiSreni n'est pas identique; mais ce qui est diflférent peut appartenir à Qoe même catégorie, et s*il s'agit d'histoire naturelle oo même de médecine, à une même espèce. 11 est bien probable, par exemple» que M. Lebert diffère en quelques points de Newtcm, de Linnée et de Bichat, ce qui ne Tempèche pas de leur être identique, zoologiquement parlant; Tencéphaloide différées beaucoup de points du squirrhe» et pourtant leurs différences n'empêchent pas H. Lebert de les considérer comme identiques et peut-être même, avec H. Broca, comme absolumeiU identiques, ce qui est un peu trop. En pathologie comme eo histoire naturelle, il n'y a pas d'autres identités que celle-lfc : Si Ton y exigeait une identité mathématique, il n'y aurait pas une seule espèce, il n'y aurait que des individus; j'ai déjà dit qu'il y a des médecins qui sont allés jusqu'à cette extrémité : de n'admettre pas de maladies, mais seulement des individus malades; je ne pense pas que H. Lebert ni la micrographie veuillent entrer dans cette voie, où l'on peut sans doute mar* cher sans déshonneur, mais où l'on trouverait peu de compagnons de route.

La question n'est donc pas de savoir s'il y a des différences entre le cancer épithélial et le cancer dit hétéromorphe ; elle est de savoir si ces différences doivent l'emporter assez sur les ressemblances, pour faire deux espèces ou une seule des uns et des autres. En se plaçant h ce point de vue, le seul juste, pour tout vrai médecin, et surtout pour tout médecin partisan de la méthode naturelle, la question est si peu douteuse, que nous n'hésitons pas à croire qu'après l'avoir envisagée sous toutes ses faces, M. Lebert lui-même, avec la bonne foi que nous croyons lui connaître, rectifiera ses vues, quelque écartées qu'elles soient de la ligne droite médicale. Et pour le ramener à cette ligne, nous n'abuserons pas de ses inconséquences classificatrices ou classificantes, ou classifiantcs, comme on voudra ; nous ne lui demanderons pas^ entre autres choses,

comment il apu faire deux ordres — (qui ne sont que deux espèces) de l'encéphaloîde et du squirrhe d'une part, et de Tépithélioma de l'autre, tandis qu'il fait un seul ordre — (qui n'est qu'une seule espèce) — du lupus, de la kéloïde.de Véléphanliasis des Arabes et de la lèpre ttiberculeuse ! Non, nous n'insisteronspas sur ce genre d'argumentation, d'abord, pareequesi nous tenons beaucoup à rester dans la vérité scientifique, nous ne tenons nullement à avoir raison co;^(re M. Lebert; ensuite, parce que ce n'est nullement prouver qu'on est conséquent soi-même que de démontrer l'inconséquence des autres. Nous ne puiserons donc pas nos principaux arguments dans les erreurs de M. Lebert, nous les puiserons, surtout, dans les vérités reconnues de tout le monde et de lui-même.

Il est une de ces vérités que personne n'a contestée jusqu'à présent, c*est que le squirrhe et l'encéphaloîde appartiennent à la même espèce morbide. Or, ces deux maladies, quoi qu'en dise M. le professeur de physique — et de métaphysique — Broca, ne sont pas absolument identiques :

Le tissu de Tune a un aspect différent, le plus souvent même très-différent de l'autre ;

Ce tissu est très-dur dans l'une, et ne se ramollit presque jamais ; il est beaucoup plus mou dans l'autre, et se ramoU lit (1) presque toujours, quand il n'est pas mou d*emblée, et il devient même quelquefois difHuent ;

Le microscope lui-même, ce qui doit toucher M. Lebert, trouve des cellules hétéromorphes très-abondantes dans l'encéphaloide, beaucoup moins abondantes, parfois rares ou même très-rares, dans le squirrhe;

(1) Noos vfcm déjjà fait remarquer que M. Lebert repoasse énergiquement le ranK>llis«emeot de TeDcAphaloIde, et professe que, lorsque ce Ussu est diffluent, c*evt qu*il Ta été d*emblée. Au point de vue de notre parallèle, cela nous serait todiflérent; mais la Térité exige que nous admettions, avec tout le monde, du reste, le ramolliiaemeni de Tencéphalolde* M. Lebert est seul de son avis, et son fidèle Acate, M. Ihx>ca, Tabandonne complètement sur ce point* comme il commence à Vabandonner sur quelques antres.

L'encéphaloïde est riche en vaisseaux sanguins, les hémorrhagies y sont fréquentes; les vaisseaux sont si peu apparents dans le squirrhe, qu'on en a longtemps nié TexisteDce; les hémorrhagies y sont, par conséquent, très-rares;

Le squirrhe affecte une marche beaucoup pluslenteque Tencéphaloïde et ne tue pas comme lui, ainsi que nous avons déjà eu l'occasion de le faire observer à M. Broca ;

Enfin, le squirrhe est fréquent dans certains organes, rare dans d'autres ; et il en

dans d'autres ; et il en est de même de Tencéphaloïde, mais en sens inverse.

Ces différences, pour nous en tenir aux principales, sont incontestablement d'une certaine importance, et il ne se trouvera aucun clinicien pour admettre que les maladies oii on les observe soient absolument identiques. Mais, si personne ne les tient pour telles, tout le monde les considère comme appartenant à la même espèce morbide. Pourquoi cela? Évidemment parce que, h côté de ces différences, il y a des ressemblances qu'on juge plus importantes, et que je n'ai pas besoin de rappeler, pas plus que je n'ai besoin de rappeler pourquoi on considère deux hommes ou deux chevaux comme appartenant â la même espèce, quoique l'un soit blond et que l'autre soit brun. Or, il y a aussi des différences et des ressemblances entre le cancroïde d'une part, le squirrhe et l'encéphaloïde de Tautre. Ces différences sont- elles suffisantes et les ressemblances asse faibles pour qu'on fasse deux espèces de ces trois formes de maladies? M. Lebert et ses partisans le pensent. Voyons quelles sont leurs raisons, elles doivent être bonnes, car elles ne sont pas nombreuses ; elles se bornent aux suivantes :

1® Le cancroïde ne se généralise pas. — M. Lebert a des variantes pour exprimer ce caractère différentiel, mais ces variantes se résument toutes dans une même idée.

2^ /( ne produit paSy par conséquent, dHnfection généraHe et n'est pas le résultat d'une diathèse.

3." 'Il ne se propage tiu'aux giandes et aux tissus du voisinage. — C'est encore le même caractère, exprimé en d'autres termes.

4" 5a marche est plus lente.

5" Sa gravité est bien moins prononcée.

6" tt laisse intacte la santé générale. — Ce caracliire (lifiLire peu des trois premiers; voilà donc quatre variantes du même caractère, sans compter celles, plus frappantes, que nous omettons.

7" // diffère de structure auec le squirrhe et l'cneéjikaloïde.

8' // ne cortlicn( pas comme les premiers du suc cancéreux.

9" Enfin, et nous appelons toute l'alleniion des praticiens sur ce caractère, le cancroïde diffère du cancer en ce qu'il y a dans le premier, « possibilité ou plutôl cunnvm de guêrison par une extirpation complète, et même parfois innocuité parfaite,

QDAM) OS îi'ï TOUCHE PAS. » (LEBERT, LoC. Cit., p. 100.)

i" Le cancroïde ne se généralise pas. — il faut constater, d'abord, que le cancroïde se généralise quelquefois, et, qui plus est, se généralise en donnant lieu k des productions secondaires qui peuvent offrir la forme squirrheuse ou cncéphaloîde. Ces généralisations ont été constatées assez de fois pour qu'elles ne soient plus contestables. Entre la forme cancroïdalo el la forme squirrheuse et encéphaloïde, la différence ne peut donc èlre tout au plus qu'une question de proportion, et celle question, nous le répétons, doit être examinée pour chaque organe séparément, et non d'une manière générale.

Cela posé, nous commencerons l'examen de cette première différence, qui est une différence capitale pour les héléromorpbistes, en relevant une faute générale de logique dans laquelle ils sont tombés, et qui sufltrait, h elle seule, pour vicier dans sa base toute la doctrine de l'hétéromorphisme. Cette faute radicale consiste h comparer le squirrhe ou l'encéphaloïde de n'importe quel organe au cancroïde de n'importe quel autre organe.

« Lorsqu'on enlève un sein cancéreux, dit M. Lebcrl, le mal

se reproduit souvent dans l'autre sein^ ou dans les cavités viscérales, ou dans le système osseux ; lorsque vous amputez un membre pour une affection encéphaloîde, vous avez coupé le membre par la racine, mais pas le mal, car il se reproduit dans un point éloigné du siège primitif, il se généralise dans l'économie tout entière. Ce n'est pas ce genre de récidive que nous observons dans le cancrolde de la lèvre inférieure. »

Si ce n'est pas ce genre de récidive que les micrographes observent, ce n'est pas non plus ce genre de raisonnement qu'ils doivent faire : ils doivent comparer Tencéphaloîde et encore mieux le squirrhe de la cuisse au cancrolde de lacuisse, elle squirrhe de la lèvre inférieure au cancrolde de la même lèvre; ce point est capital, et Ton ne s'explique pas que les micrographes spécificistes ne s'en soient point aperçus. 11 est possible que M. Mayor ait exagéré, en professant qu'il n'y a d'autre cancer à la peau que le cancer épithélial ; mais ce qu'il y a de certain, c'est que le squirrhe y est infiniment moins fréquent qu'au sein. M. Lebert n*a-t-il pas dit lui-même que le cancer (lisez squirrhe et encéphaloïde) /"utl les surfaces épidermiques? lia vu, on ne sait trop pourquoi, dans cette antipathie une preuve que le cancroïde n'est pas du cancer; ne seraitil pas plus naturel d'y voir une raison de croire que le cancroïde^ est la forme du cancer des « surfaces épidermiques ? p M. Broca n'a-t-il pas exprimé la même chose en d'autres termes, ea disant que l'influence de la région peut modifier, et même peut-élre neutraliser la tendance ii la formation des éléments hétéromorphes? Ne serait-il pas possible que la même cause qui fait que l'encéphaloïde envahit moins certains organes que d'autres, fasse aussi que le cancer, épithélial ou non» de ces organes, se généralise moins que d'autres ? Quoi qu'il en soit des explications, nous voulons nous en tenir au fait : pour déterminer la tendance h la généralisation de l'encéphaloïde, du squirrhe et de répithélioma, il faut comparer le nombre de généralisations de ces diverses formes, dans le mime organe;

ce point, nous le répétonsi est capital, et si nous voulions suivre les grands exemples de M. Ch. Robin (ce dont Dieu nous garde 1} nous dirions que c'est un point logique élémentaire; or, ni M. Lebert, ni ses co-doctrinaires ne s'en sont préoccupés. Sans me croire ni me donner comme prophète, je ne crains pas de prédire, d'après ce que l'expérience m'a déjà appris, que les recherches faites dans ce sens prouveront que lesgénéralisaiions du squirrhe, de Tencéphaloïde et de Tépithélioma d*un mime organe sont à peu près également fréquentes, et qu'elles diffèrent énormément de fréquence dans des organes différents. Ce dernier fait est, du reste, déjà établi d'une manière générale, et c'est un fait important, dont M. Lebert et ses adeptes semblent à peine s'être aperçus; je dois ajouter même que M. Lebert, à propos de ce fait, combat le sentiment général par des arguments qui doivent diminuer sensiblement la confiance qu'on est disposé à avoir dans ses observations et dans ses statistiques. Par exemple, il annonce, page 621 de son Traité deimaladiei cancer eusesj que « les dépôts secondaires, dans le cancer, varient entre le tiers et les deux tiers des cas, selon les divers organes. » — Nous croyons que, dans un autre passage, M. Lebert dit même les trois quarts, ce qui est assez peu orthodoxe, pour un statisticien. Ainsi, dans les organes où les généralisations sont les moins nombreuses, elles s'élèvent au moins à un tiers, et dans ceux où elles sont les plus nombreuses, à deux tiers (ou à 3/4). Or, tout le monde sait que le cancer de l'utérus se généralise rarement : dans un ouvrage consciencieux, qui vient de paraître, et qui est dû à l'un de nos chirurgiens les plus distingués (1), l'auteur fait remarquer une fois de plus et avec raison, que «le cancer de l'utérus se géné^ ralise peu ou point; il gagne par voisinage le vagin, la vessie, le rectum, les veines et les éléments lymphatiques du bassin,

(1] Pratique journalière de la chirurgie t par A. Bicuard, chirurgien d0 lliOpittl Beaojon, t. 1, page 319.)

rarement l'ovaire et la trompe, et ne s'accompagne de cancers secondaires que irès-exceplionnellemenl. ■

Or, d'après M. Lebert, la généralisa lion du cancer de l'utérus a été d'un tiers, dans les observations qu'il a analysées; mais il faut remarquer que, dans les cas de généralisation, l'auteur fait entrer ceux où la maladie s'est propagée au tagin (lesquels sont déjà au nombre de la sur 50!), & la vessie, aux ganglions pelviens et mésentériques, aux ovaires et au péritoine! Voilti ce que l'auteur appelle des généralisations et non des e\lentions de voisinage. Quaui aux généralisations véritables, elles se sont faites deux fois dans la rate, deux t'ois dans le foie et deux fois dans le poumon, c'est-à-dire six fois en tout, ce qui est loin d'être le tiers de cinquante.

Mais nous avons une remarque bien plus sérieuse à faire sur l'article consacré par M. Lebert au cancer de l'utérus, article capital de son ouvrage, dont il forme plus de la neuvième partie, et cette remarque la voici :

Les observations, au nombre de cinquante, pour la symplo* matologie, réduites à quarante-cinq, pour l'anatomie pathologique, qui servent de base k l'article sur le cancer de l'utérus, ont été fournies h. M. Lebert, pour « un bon tiers, » par M. Louis. Nous reconnaîtrons, certes, avec empressement qu'on ne pouvait recevoir des matériaux de meilleures mains que celles de cet excellent, de ce consciencieux observateur-, mais quelque attentif que soit M. Louis, je ne crains nullement de me tromper, en affirmant qu'il n'avait pas deviné l'épitliélioma, et que du temps où il recueillait ses observations, il ne s'occupait guère à distinguer cette forme pathologique du squirrhe et de l'encéphaloïde. Nous tenons donc pour certain qu'il n'est et ne peut être question de cancroïde, dans aucune des observalions communiquées k M. Lebert par M. Louis. Or, un « b(m tiers ■ — (singulière supputation pour un statisticien) — de quarantecinq est pour ic moins de quinze ; pour peu qu'on fût sévère, on pourrait même dire dix-sept ou dix-liuil; ces quinze ou dix-huit

observations étant mises de côté, il en reste vingt-sept à trente dans lesquelles M. Lebert a pu chercher ii distinguer la forme épithéliale de la forme carcinomateuse. Comment se fait-il donc qu'il nous dise qu'il a trouvé six fois la première forme

, et trente-neuf fois la seconde, sur quarante-cinq observations?

I Ce que nous avons dit de la parfaite loyauté de M. Lebert, nous le maintenons volontiers, et il n'entre aucunement dans notre

! pensée d'accuser sa bonne foi; mais on comprend que de

' pareilles contradictions, qui sont inexplicables, doivent répandre un certain nuage sur la rigueur des analyses et des déduclions de M. Lebert. Toutefois, en prenant ses observations comme exactes et en faisant à ses supputations les corrections rendues nécessaires par sa méprise, il résulterait que sur quaranle-cinq cas de cancer de l'utérus, la généralisation a eu lieu six fois; mais dans ces six fois, il est impossible de savoir combien appartiennent au carcinome et combien au cancroïde. D'après mes observations, non analysées encore il est vrai, je crois que cette proportion de six sur quaranle-cinq est encore exagérée, et mon opinion sur ce point est entièrement conforme à celle de M. A. Richard, conforme elle-même, d'ailleurs, b celle de l'immense majorité, si ce n'est de l'universalité des clinicieus.

En ce qui concerne les affections de la langue, c'est bien une autre chose ; je ne me flatte pas d'avoir fait la distinction du carcinome et du cancroïde, dans les observations qui servent de base h ce travail; mais, au point de vue qui nous occupe, cette distinction est absolument sans intérêt, car ni dans les irente-neuf observations que j'ai rapportées, ni dans les faits presque aussi nombreux que j'ai vus, sans pouvoir les Tecucillir, je n'ai observé pas un seul cas de généralisation du cancer; or, â moins de prétendre que sur près de quatre-vingts cas de cancer de la langue, pris au hasard, il ne s'en est pas rencontré un seul de squirrhe ou d'encéphaloïdc, il faut bien Tcconnallre que ces formes, quand elles existent à la langue,

ne s'accompagaent jamais ou presque jamais de généralisation, pas plus que la forme épitbéliale.

Cette absence de généralisation semble» du reste, appartenir h toutes les affections cancéreuses de la face et de la tête. M. Lebert lui-même dit que la généralisation est rare, dans le cancer du pharynx; il ne parait pas bien certain qu'il Tait jamais observée, et je vois, dans un livre tout récent sur le$ angines, que le docteur Lasègue, — qui, pour le dire en passant, ne fait aucune distinction entre le cancer et le cancroïde, — n*en a pas davantage vu un seul cas, dans les affections cancéreuses de la gorge. (Traité da angines, p. 273.)

2^ Le cancroïde ne s'accompagne pas d'infection générale. — - Cette différence n'est en quelque sorte que la précédente, sous une autre forme. Il y a cependant entre elles une nuance qu'il n'est pas indifférent de signaler. Â quoi reconnait-on Tinfection générale ou du moins croit-on la reconnaître ? Â beaucoup de symptômes, mais qui n*ont rien de pathognomonique, ni ensemble ni séparément. Dans le chapitre qu'il a consacré à l'infection et à la généralisation, chapitre que nous sommes heureux de signaler, parce que sans être, tant s'en faut, irréprochable, il est néanmoins très-remarquable, M. Broca réduit ces symptômes à deux, auxquels il en ajoute un troisième, la fragilité des os, qu'il aurait pu garder pour une meilleure occasion. Des deux autres, qui sont la teinte jaune paille de la peau et la multiplicité des tumeurs à distance, nous croyons qu'on j peut encore retrancher le premier, quoiqu'il soit de traditioa*: classique : s'il n'y avait cancer, que lorsqu'on observe unes teinte vraiment jaune paille, nous n'hésitons pas à affirmer quea le cancer serait aussi rare qu'il est fréquent.

C'est, d'ailleurs, au fond, la pensée de M. Broca aussi, qur ■ dit que « le seul caractère pathognomonique de l'infection esr^ la formation d'une ou de plusieurs tumeurs consécutives, tou k. à fait indépendantes, au point de vue anatomique,delatumeu r.

nrimifîvP- «

Il ne reste donc, en définitive, au point de vue de la doctrine des micrographes, que la multiplicité des productions accidentelles dans des points sans connexions anatomiques directes avec les tissus^ou organes primitivement atteints. Gomme on le voit, le caractère de Tinfection n*est donc, en définitive, que celui de la généralisation.

Il n'en est pas précisément de même, à notre point de vue. Dans Tarticle remarquable que nous avons loué avec d'autant plus de plaisir que nous en avons dû critiquer sévèrement beaucoup d'autres, M. Broca a distingué, sans toutefois faire ressortir assez la portée de cette distinction, la multiplicité de IsL généralisation; mais il n'est pas parvenu, malgré la peine qu'il a prise, dans ce but, h établir une distinction assez nette entre l'infection et la diathèse, et il a souvent pris l'une pour l'autre, ainsi que son maître M. Lebert; ni l'un ni l'autre n'ont même pris le soin d'établir positivement la réalité de la première, ni de la définir catégoriquement. Le sujet est important, on nous pardonnera de citer un exemple.

« L'ordre de succession des symptômes qui suivent l'infection n'est pas invariable, dit M. Broca. La généralisation ne dépend ni de l'anémie ni de la teinte jaune paille de la peau, ni des autres symptômes de Tinfection. Ces divers phénomènes ne sont nullement corrélatifs ; ils ne s'enchainent pas dans un ordre régulier; ils sont simplement les effets d'une même cause, qui est l'infection, et celle-ci peut donner lieu h la formation de tumeurs secondaires, avant de s'être manifestée par des symptômes généraux appréciables. Ces cas sont d'autant plus trompeurs qu'ils sont plus rares. J'ai vu Blandin opérer une ïemme cancéreuse qui ne présentait aucun des signes de l'in- :fèction ; la mort survint au bout de peu de jours, à la suite d'un érysipèle, et à l'autopsie nous trouvâmes dans le foie de petits foyerscancéreux.»M.Brocacroitqu'on«n*auraitpasmêraesongé à l'opération si l'on avait pu soupçonner pendant la vie l'existence de cette complication indiagnosticable et irrémédiable.

€ La généralisation peut donc précéder les autres symptômes de l'infection, et Ton a été tenté d'en conclure que les cancers généralisés n'étaient pas dus àTinfection. Hais on aurait dû songer que les symptômes de l'infection doivent exister quelque temps avant de devenir appréciables. » (Baoa, Traité des tumeurs, p. 287.)

Nous ne croyons pas avec le savant micrographe qu'on symptôme puisse exister avant de devenir appréciable, par la raison, aussi péremptoire que simple, qu^un symptôme n'est symptôme que lorsqu'il est appréciable; il peut y avoir des lésions anatomiques ou troubles fonctionnels inappréciables, mais non pas des symptômes. Ce n'est là, du reste, qu'une erreur sans importance, au point de vue de l'infection, et nous ne Taurious pas même relevée, si les erreurs analogues de pathologie générale n'étaient trop fréquentes chez un grand nombre de chirurgiens, même chez les plus distingués, et n'expliquaient des erreurs beaucoup plus graves, dans la manière dont ils envisagent ou jugent des questions très-importantes de pathologie (1). Dans le cas cité par M. Broca, la question n'est pas même de savoir si les Koubles, qui n'étaient pas encore devenus symptômes, avaient réellement existé; pour nous, il est certain qu'ils avaient existé, du moment qu'il y avait des lésions de produites. Mai^ la vraie question est de savoir si ces troubles et ces lésions étaient le résultat de Vinfectian ou d'un état que, faute de mieux, nous appelons diathèse. M. Broca,

(1) Ces fausj^es notions et, souvent, cette absence de noUons de f»aUiologie générale habituent beaucoup de chirurgiens à une négligence, à une irréflexion de langage, qui fait que, si Ton prenait ce langage à la lettre, on se ferait une idée bien plus fâcheuse encore de leurs connaissances médicales : M. Broca ne peut (évidemment supi>oser qu'il existe un seul médecin qui attribue la généralisation des tumeurs à l'anémie ou à la couleur jaune paille de la peau; c'est cependant ce qn^U donne à entendre positivement, par cet étrange lapsus : que la généralisation ne dépend ni de ran^^mio ni de la teinte jaune paille; mais quoique ce ne soit lÀ qu*on lap.nis, il n'en indique pas moins des dispositions d'esprit peu compatibles avec de saines notions de pathologie générale.

M. Leberl et quelques autres spécificistes se prononcent sans difficulté pour la première alteroaiive, mais sans donner aucune raison péreœploire à l'appui de leur opinion, sans même définir neflemcnt, ainsi que nous l'avons déjU dit, ce qu'ils entendent par infection. Voici comment M. Brocn s'explique sur ce point :

■ D'autres tumeurs, au contraire, exercent au bout d'un

certain temps, sur l'organisme entier, une influence nuisible, qui n'est en rapport ni avec leur siège, ni avec leurs phénomènes locaux. Un trouble général des fonctions nutritives, un dépérissement graduel, un état anémique caractérisé par la pâleur de la peau et des muqueuses et quelquefois par unbruit de souftle, soit au premier temps du cœur, soit dans les vaisseaux du cou, plus tard, la coloration jaune paille de la peau et des sclérotiques, assez souvent l'œdème d'un ou plusieurs membres, ou l'hydropisiede certaines cavîléssplancbniques.plussouvent la petitesse et la rapidité du pouls, la fièvre hectique, enfin, dans beaucoup de cas, l'apparition de tumeurs extérieures ou de signes annonçant la formation de tumeurs intérieures, en général multiples et sans connexion anatomique avec la tumeur primitive; tels sont les principaux symptômes de cet état général que nous désignons sous le nom d'infeclion; état qui va toujours en s'aggravant jusqu'à la mort, et qui, dans la période la plus avancée, porte le nom de cachexie, i- (Bhoca, l,oc. cil., p. 278).

M. Broca, comme on voit, reproduit exactement l'ensemble des phénomènes que la tradition classique attribue à la cachexie cancéreuse, et l'on peut s'étonner môme qu'un novateur, nous ne voulons pas dire un romantique comme lui, sacrifie autant aux classiques, en attribuant à cet ensemble de symptômts une spécificité qu'il est loin d'avoir. A l'exception des tumeurs cancéreuses, qui ne font pas partie de la cachexie et qui sont loin, comme on sait, d'exister toujours, le même ensemble de sympiùmes peut se rencontrer dans d'autres maladies, dans la cachexie paludéenne et la cachexie syphili-

tique, par exemple; c'est une remarque que nous faisons en passant, mais c'est autre chose qui doit nous préoccuper, surtout, ici. M. Broca appelle Tensemble de symptômes dont il a reproduit le tableau infection; mais, toute querelle de mots à part, cette dénomination est absolument illogique, fût-elle exacte, quant à la pensée qu'elle veut traduire. H. Broca veut dire que l'ensemble de symptômes qu'il rappelle est le résultat d'une infection ; ce n'est pas tout à fait la même chose, et il n'aurait pas manqué de le sentir, s'il avait été plus imbu des sains principes de pathologie générale; qu'on appelle infection tel ou tel ensemble de symptômes, c'est une convention qu'on peut faire, comme on a dû en faire une pour attacher un sens déterminé à tous les mots de tous les vocabulaires du monde; mais qu'on attribue l'ensemble en question & une infection qui a son sens parfaitement défini, il est absolument indispensable de prouver que cette infection existe. Or, les micrographes ni M. Broca n'ont pas même établi sur ce point un commencement de preuves; ils n'ont ni démontré que les éléments cancéreux passaient de la tumeur dans le sang et se déposaient dans les organes éloignés, ni même constaté que le sang renfermait ces éléments, quelle qu'en fût l'origine; k peine ont-ils un commencement de preuves pour le transport dans les plus prochains ganglions lymphatiques, commencement de preuve que nous discuterons plus tard. Quant à nous, ce transport, — nous parlons de celui qui s'eflTectuerait à travers le système sanguin et qui seul justifierait le mot infection, — nous paraît peu en harmonie avec les données de la physiologie pathologique, et nous croyons beaucoup plus rationnel d'attribuer l'ensemble des phénomènes généraux à l'aggravation de la disposition générale qui a produit la première et souvent la seule tumeur, et aussi à raction locale de cette tumeur ellemême, c'est-à-dire, en un mot, h l'action combinée des désordres locaux, — autant qu'ils peuvent Têtre, — et de ladiathèse, qui devient cachexie.

Les faits comme celui que M. Broca emprunte à la clinique de Blandin, et qui sont loin d'être aussi rares qu'il le dit, nous paraissent une preuve à peu près péremptoire en faveur de la diathèse, preuve qui acquiert un nouveau poids de ce que les récidives ne sont guère moins certaines après une opération faite au début destumeurs carcinomateuses ou épithéliales, qu'à une époque plus avancée de leur évolution : invoquer, dans ces cas, l'existence, non pas de sympiômes, mais de troubles que rien ne décèle, ou d'une extension du mal à des distances où il est impossible de le constater, c'est prouver une opinion douteuse par des faits non moins douteux.

En résumé, et pour en revenir au but de cette discussion, rien ne prouve que l'infection existe dans la cachexie cancéreuse; quant à la cachexie elle-même et à la diathèse (1) qui la précède, elles sont tout aussi bien prouvées, sinon plus, par la récidive des tumeurs, que par leur généralisation, et cette récidive estcommune aux tumeurs carcinomateuses et cancrotdales; la différence que l'on a voulu établir entre elles, sous ce rapport, est donc, au contraire, une analogie de plus.

3** Le caneroïde ne se propage qu'aux glandes voisines, — Absolument parlant, cette proposition est une erreur, puisque des faits irrécusables ont démontré la généralisation du caneroïde. Quant h la fréquence de cette généralisation, nous n'avons rien à ajouter à ce que nous avons dit sur la première différence.

4^ La marche du caneroïde est plus lente que celle du squirrhe et de renciphaloïde. — Ainsi formulée, la question est encore mal posée; voici comment elle doit l'être :

Quelle est la marche de chaque forme de cancer, et spécialement de /a forme encéphaloïde^ squirrheuse et épithéliale dans chaque

(iy M. Broca, qui avait déjà imaginé les demi, les quarts et les d^mi-quarts de s^P^^^ificilé, a aussi imaginé, en faveur de i'hét<5romorphisme, les demi, quarts et '^*"** i-quartâ de diathèses. Peut-être aurons-nous à revenir sur celte invention, à rc^m^m^M des engorgements ganglionnaires, dans le cancer de la langue.

eu seraohde garitimi, qm est in^lidlaM&t reofermie duis 11 f tresmèn t

r «-1-47 ^fa» éi éifefwmDt, f«BBt m tm émrit Mole, oilrf ta — ri^ éà f — mî i i il «flf èm j f i i i it, fiÊOiÊrt tdU dm sfKtrrtt

La seîe«ï^ &e posei de r^Niadre pérmptoiieaieat Bi l l'une ni à rasirfr de ces qoesaîoss; flttis nous ne croyons pis no&s arentizier m^. en prôdisuit que des statisliqnes plus précises <iDe celles qc'<m a produites, proareroDl ({ne la diffi^reoce entre la dorée d'an squirrlie et celle d*iui épithélioma d*im même organe, est moindre (joe odle qui existe entre la dorée du squirrhe et ceUe de renoêphaloîde. La quatrième diffi^ rence invoquée par les héléromorphistes n'a donc qu'une Taleur encore indéterminée, et probablement très-faîble, sinon nulle.

5^ La gracile du cancroide est frim motiis prononce que cdU du carcinome [l}. — H est incontestable qu'au point de vue de la durée, le cancroîde est moins grave qur rencépbaloîde ; Testai moins que le squirrhe? Cela est moins certain. Quant au résultat définitif, c'est la mort dans tous les cas ou à peu près, quand on se borne aux méthodes thérapeutiques usitées jusqulci. Les exceptions sont si rares, qu'elles ne peuvent évidemment constituer des différences spécifiques ni même contribuer à les établir.

6^ Le cancroîde laisse intacte la santé générale. — Gela peutêtre à peu près vrai de quelques cancroîdes, comme ceux de la joue, du nez, du front chez les vieillards, tant qu'ils restent limités à une petite surface-, mais, pour que M. Lebert aitosé formuler une pareille proposition, il faut qu'il ait absolument* en l'écrivant, perdu le souvenir des cancroïdes de l'utérus, de la verge, de la lèvre inférieure, de la langue, qu'il avait vus. Cette proposition est, en effet, une monstrueuse erreur ; on ne

(1) 1^ lecteur comprend sans peine que nous disons carcinome pour éviter de répéter constamment squirrhe et encépbalolde, dont ce mot devient synonyme.

s'en convaincra que trop en parcourant les observations que nous rapportons à la fin de ce travail.

1^ Le cancrolde diffère de structure avec le squirrhe et Venci' phaUride. — Nous nous sommes suffisamment appesantis» à propes d'hétéromorphisme, sur les différences des éléments de ees diverses productions, pour n'avoir pas à y revenir ici; nous ajouterons seulement quelques mots sur ce que M. Lebert dit à ce sujet, dans le chapitre qu'il a consacré au cancer de rutérus» et sur deux autres points que nous n^avons pas encore abordés.

Dans le cancer, la forme de la cellule est variable, dit M. Lebert, — et cela était inutile à dire, — mais variable au degré le plus hyperbolique, depuis la sphère jusqu'au fuseau « se terminant en un fil mince, » ce sont les termes de M. Lebert. Dans de pareilles formes, il est assez difficile de déterminer un diamètre moyen; M. Lebert donne cependant celui de 20 à 25 millièmes de millimètre, que nous connaissons déjà.

Quant aux cellules du cancroîde, que M. Lebert appelle ici des feuillets ovoïdes (une feuille en forme d'œuf serait, on l'avouera, une singulière feuille !) — lesquelles ne sont pas moins capricieuses dans leur < multiformité, i> leur diamètre moyen est de 20 & 40 millièmes de millimètre, c'est-à-dire exactement le même que celui des cellules cancéreuses. Mais la microscopie peut se rattraper sur les noyaux; ceux de la cellule cancéreuse ont de 10 à 15 millièmes de millimètre; ceux du feuillet avoide n'ont que 5 à 8 millièmes, soit moitié moins. Quant à la forme, les premiers sont quelquefois ronds, le plus souvent ovoïdes, et les seconds semblent être plus rarement ovoïdes que ronds; ce n'est pas là une différence égale à celle qui sépare une grenouille d*un bœuf. Il faut ajouter, cependant, que les noyaux du cancer renferment ordinairement des nucléoles et que ceux du cancroîde n'en renferment ordinairement pas. Il serait fastidieux de répéter combien peu de semblables différences justifient les distinctions radicales et naturelles de la micrographie, je dis de la micrographie, car de Thétéro-

juirpaiâoie. 1 le àaiznÎL ^^jdjsmmenL plos en ètie qnestion.

Xi iirhTLkir^ irt le 'jlicrutfuiEv » ntSKbeat deiadifiëreoces m j. in liac xaeTi m' uns. ii* «acies sonastes : l*le carcindffie dâi in arjiiuic luu^^nu. tonôî» •^œ le csiicroide n^esi qu'une lOtfnuua il» tuski;^ luramini i^ j* ^ardaàmù détnnt la trame its irpmàs. âe sLÙâciae x ëL^^ > oocraie slateipose entre Iiî::^ iit:iiuînt^ îes^ irçtod». {oirenou bMqous reeonoaissabkf.

»^uâ jf nocrjiàe ^aamieixix âooiisu for «ae altéfation des uiiâti:^ lamaiLL luus lis lîaiL» rx:ia2£ noiits. qw nous croyons Svf^iîr TU iâiîi:z ioa^^o^ iéiiucâr liosL à U langue; mais qa*il sOlc iiuiour^ ic 1 :ja:dâ Lg^ pénoiies eue aiiéntioa d*uiiUssn larmiil. •:' f<c :a lae 'oeiamcaie oa mw erreor. En admettant ^id jâ vnncr:râi^ s:u: ine pnôuctioa ie celliiles épidermiques loomLLtf^. rieL eft ii^ac lie u;ksii a«K!nal altéré, quand le dép6t ii :e5 c:^iliues 54Î pciii^iib la cincnï de la langue on d*un os, ce u-^ f<c .oLi 1 ic^ rxre t :lj a-t-îl pas (ine TéritabLe prodoetioa ncav^ilé. s'il ea •e:Li;ïCe.ec nèaie uaTêfîcable héléromorphisme» dLii le 5«fn5 acoçw* ror X. VIrvràow, c'esi-à-dire uoe hétéro* Ci^pk ! Ut: :;;iLLi:^ 'fans 11 jio^v^e. daos les os ou ailleurs, le prcdjiî ac;iTeau se viêco;5e-;-LL e&ire les èléoients du tissu ccruial 5di^ Ics J^innr\t^ sizs se smistUmtr à eux, en les lais* son; DhrodiidLssables : ne U5 aeconioos quH en est souvent ainsi; eu est-il ainsi to'«>icur^! A Texamen microâcopique nous ne le nierosis pas. parce que nos cbsenraiioos sur ce point spécial sont ÎGStiâisantcs. mais cela nous parait peu probable; à Tœil nu. nous Le nions formeUemeat« et nous mettrions volontiers au défi le plus habile des aoatomistes de reconnaître, le scalpel à la main, le tissu de la langue* de la lèvre ou de la verge dans tels cancroîdes que nous pourrions mettre sous ses yeux. Hais, à part ce cas, le caccroîde didere-t-il du carcinome, sous le rapport qui nous occupe, aussi radicalement que veulent bien le dire les micrographes spéciâcistes, qui peuvent, dans ce cas particulier et par exception, s*appuyer de Tautorité de U. Vir* chow? Nous ne saurions l'admettre^ et cela, pour des raisons

qui auraient dû frapper les micrographes comme tout le monde, tant elles sont je dirai volontiers colossales, si Ton voulait me passer ce mot. Loin de moi la pensée de rayer du nombre des caractères du cancer la propriété qu'il a de détruire la trame des tissus, puisque j'ai rappelé ce caractère essentiel, dansle tableau sommaire que j*ai tracé de la maladie, au début de ce travail. Hais, malgré son importance, est-ce là un caractère tellement absolu, que toujours et partout le tissu de l'organe envahi disparaisse sans laisser de traces? il faudrait n'avoir jamais vu • un cancer des os pour le prétendre, ou bien avoir un bandeau, non pas sur les yeux, mais sur le cerveau. Ainsi, les micrographes qui professent la substitution absolue décrivent la raréfaction et Vhyperlrophie du tissu osseux, dans le cancer des os (1) ! M. Lebert a constaté, presque constamment, dans le cancer de Tutérus, des éléments fibro-plastiques au milieu du tissu cancéreux, ce qui l'a étonné pendant un temps, mais ce qui ne l'étonné plus « depuis qu'il sait, par les belles recherches de M. Gh. Robin, que ces éléments entrent à l'état normal dans la composition de la muqueuse utériue.» {Malad» cancer., f. 227.) Franchement, nous ne voyons pas trop qu'il y eût plus lieu de s'étonner avant qu'après les belles recherches de M. Robin, puisqu'on trouve, et queM. Lebert a trouvé des éléments fibroplastiques mêlées aux cellules cancéreuses dans bien d'autres organes que l'utérus ; mais ce qui nous étonne, c'est qu'ayant trouvé les fibres normales de l'utérus « au milieu du tissu can* eireuXt 9 il ait cru pouvoir professer que le tissu cancéreux détruit toujours et remplace les tissus normaux, et qu'il ait fait de cette destruction constante un caractère différentiel entre le carcinome et le cancroïde. Quant à dire que l'une des pro*

(I) Qa*il y aurait à dire, à propos da cancer des os, sur la nécessiU de comparer le cmcrolde d^im organe au carcinome do même organe ! mais les inconséquences de la micrographie nous entraînent toujours k des discussions trop générales, et noQt ne denms pas oublier tout à fait que nous écritons une étude sur les maladies organkiiMW de la langue.

ductions serait le résultat d'une formation de toutes pièces nou- Yelles,et l'autre, le résultat d'une altération des organes, la discussion d'une proposition pareille nous ramènerait à des subtilités métaphysiques sur les blastèmes et sur leur origine, c'e?tii-dire à de vaines discussions sur des mots sans idées, qui ne peuvent mener k rien. Nous avons manifesté plusieurs fois déjà toute notre antipathie pour de semblables parlages; nous espérons que nos confrères les cliniciens nous approuveront.

Nous concluons donc qu'il n'y a encore, dans cette septième prétendue différence, rien qui puisse justifier une séparation du cancroïde et du cancer en deux espèces, et nous passons à l'examen de la huitième.

8° Le cancroïde ne renferme pas de suc cancéreux. — Une première remarque à faire sur ce prétendu caractère différentiel, c'est que M. Cruveilhier, à qui Ton doit la découverte du suc cancéreux, l'a trouvé dans toutes les formes du cancer; or, nous renouvellerons à propos de M. Cruveilhier la remarque que nous avons déjà faite sur M. Louis. Le savant professeur d'anatomie pathologique ne faisait et ne fait probablement pas encore de distinction entre le cancer épithélial et le cancer squirrheux et encéphaloïde ; par conséquent, du moment qu'il a trouvé le suc cancéreux dans tous les cancers, c'est qu'il existait dans la forme épithéliale. Nous n'exagérerons pas la portée de cet argument, parce que, suivant nous, le suc cancéreux est loin d'exister dans tous les cas de cancers dits hétéromorphes, dans le squirrhe surtout. Il est loin d'exister aussi souvent dans le cancer de certains organes que dans celui de certains autres, fait reconnu d'ailleurs de M. Lebert. Mais nous persistons cependant à croire que M. Cruveilhier a eu^c^^ raison de professer que le suc se trouve, sinon constamment, du moins dans toutes les formes de cancer ; c'est-à-dire qu'( pressant fortement la surface d'une section de produit cancé-< reux, on en fait sourdre un liquide non sanguin. Quant à ce quc^^ ce liquide serait lactescent et miscible à l'eau, dans le vr^T*^

'cancer et n'aurait point ces caractères dans le cancroïde, il y a encore là beaucoup d'exagération, et nous avons vu maînles fois M. Cruveilhier, â ses autopsies, extraire à grand'peine des plus vérilables cancers quelques Routteleltes microscopiques d'un liquide dont il était bien difficile de distinguer les caraclèrcs intrinsèques, tant on élait obligé de presser le produit et d'en gratter la surface, pour obtenir ces imperceptibles gouttelettes. Dans tous les cas, si le caractère lirû de Texislence ou de la non existence du suc cancéreux était aussi tranché qu'on 'le dit, ce serait sans doute un moyen de distinguer deux foraies de maladie, mais non deux espèces. Il est vrai que M. Lebert ajoute que c'est dans ce suc que se trouvent les éléments ^éciBques du cancer, mais nous savons maintenant ce qu'il hut penser de la spécificité de ces éléments.

Reste donc le neuvième caractère; l'examen de celui-ci ne lera pas long.

9° Pour le cancer , incurabilité ; pour le cancroïde, it postibilUé ou PLUTÔT cERTiTttDE de guérisonpar une extirpation tomplèle, et même parfois innocuité complèle, quand on n'y touche pas. »

Nous avons eu précédemment le soin de prévenir le lecteur ique certaines propositions micrographiqucs appartenaient, au moins pour la forme, à un micrographe en particulier; Bette précaution nous parait ici de rigueur, car la propolition nous semble dépasser tout ce qu'on peut attendre du plus aveugle esprit de système; nous devons donc déclarer que cotte proposition appartient en propre ii M. Lebert. C'est oot ce que nous en dirons, et nous passerons sans plus de discussion au chapitre des ressemblances.

Après la proposition précédente, il n'aurait été nullement surprenant que M. Leberl eût contesté toute analogie entre le cancer et le cancroïde, bien qu'il ait adopté ce dernier mol,

précisément pour exprimer cette analogie. Mais s'il ne l'e niéfi; peu s'en faut, car voici comment il la formule :

« Le cancroîde a avec le cancer quelque atuLlogie dai MARCHE; comme lui il peut s'ulcérer, s'étendre noiob/en reparaître sur place après une opération, et amener le dépi sèment et la mort, lorsqu'il est abandonné à sa ma naturelle. > (Lebbht, J/al. cancer., p. 207.)

De cette proposition à celle qui nierait toute analogie c le cancer et le cancroîde, la distance n'est vraiment énorme; mais avant do compléter le tableau que H. Le trace de cette analogie, voyons d'abord comment il se mo conséquent avec lui-même. Nous avons déjk parlé du cha] consacré au cancer ou pour parler comme lui, « aux affeei cancéreuses et cancroïdes de l'uiérus. » Ce chapitre, nous l'a dit aussi, est le plus étudié, te plus complet de ceux renferme le Traité des maladies cancéreuses; on doit ( s'attendre à y trouver la description exacte de toutes différences anatomiques et cliniques que présentent ( maladies, qui n'ont que « quelque analogie dans leur mard Les différences anatomiques, on les y trouve, en effet, k l'ari anatomie pathologique, et nous les avons déjk mentionnées les y trouve encore au diagnostic (1), mais pour la forme se ment. Quant aux différences cliniques, — c'est à peine si

(I) Et on les ; retrouve avec des caractères qui doDnentt une foU de plus idée exacte de la valeur du prétendu héléromorpbiame, ea même temps que précision des observations qui lui servi^ni de base. » Que l'on enlève, dit U. Le des fragments d'une production douteuse de la cavité du corps (de l'ulén microscope sera toujours h même de décider si l'on a afTaire à une aSi cancérensd, à un cancroîde épidermoldal ou à de simples productions polype Dans le premier cas, on reconnaîtra l'eiisicoce de cellules cancéreutet, et les autres, celle de papilles ou d'épiibélium paviiaenteui ou cyllndriqi [Mo/, cancer,, p. 377.) C'est toujours, comme on le voit, la même cliOH microscope leconnatt les cellules cancéreuses; mais quanta l'épithélium patù teui ou cylindrique, il est le caractère soit du concrolds, soit de proiac polypeuies! Si la clinique n'avait pas d'autres caraclëreii A ea dispositioi porterait-elle paslbunbe&udiBgooîticI

CD croit ses yeux, — on les y cherche en vain; il n'y en est pas plus question que si le cancer et le cancroïde étaient, pour M. Lebert, deux maladies absolument ideutiques. L'auteur étudie successivement la pathologie « des affections cancéreuses et cancroïdes de l'utérus, » Tétiologie « des affections cancireusts et cancroïdes de Vutirus, » le traitement « des affections cancéreuses et cancroïdes de l'utérus, » et tout, dans ces chapitres, est commun aux deux formes d'affectious; aucune distinction, absolument aucune, n'est faite entre les cancéreuses ex les cancroïdes ; en sorte qu'il résulte clairement de tous les nombreux détails, statistiques et autres, de ce long chapitre, que le cancroïde

Débute comme le cancer, et produit :

Des pertes, comme le cancer,

De la leucorrhée, comme le cancer,

Des douleurs, comme le cancer.

Des troubles dans l'abdomen, comme le cancer,

Des troubles urinaires, comme le car\cer,

Des troubles digestifs et intestinaux, comme le cancer,

Delà pesanteur au fondement, comme le cancer,

Des troubles respiratoires, ni plus ni moins que le cancer.

De la fièvre, autant que le cancer,

Le même état général que le cancer; qu'il a :

La même marche et la même durée que le cancer,

La même gravité que le cancer,

La même étiologie que le cancer; et qu'enfin.

Il réclame le même traitement que le cancer, lequel traitement a la même efficacité contre les deux affections, c'est-à-dire une action à peu près nulle, malgré la certitude de guérison annoncée par M. Lebert! A propos du traitement» et comme pour consacrer l'identité que tout ce

qui précède établit entre les affections cancéreuses et cancroîdiSf M. Lebert les désigne toutes ensemble sous le nom de « la maladiCy » indiquant nettement par ce mot, que toutes ces affections n*en font qu'une (1). Que pourrions-nous ajouter après cet implicite aveu, arraché à la théorie par l'évidence des faits cliniques? Est- il nécessaire d'insister longuement sur les ressemblances du cancroîde et du carcinome? Nous le croyons d'autant moins, que la plupart des différences qu'on a voulu établir entre eux sont plutôt des analogies» ainsi que nous l'avons démontré. 11 nous suffirait donc, à la rigueur, pour achever notre parallèle entre la forme can-

(1) Ce tableau de deux maladies qui ont tant de points commoos, noos rappelle deux opéralioDs citées par un chirurgien plein de sagacité, et qui ont beaucoop d^analogie avec elles. L'histoire assez plaisante de ces opérations est un souTenir d'étudiant, qui éclaire assez la physiologie professorale, pour qa^on noos pardonne de la consigner ici.

Il s'agissait d'un concours pour une chaire de chirurgie. Le docteur Ricbet était un des concurrents, et il soutenait publiquement une thèse dans laquelle il avait rapporté Thistoire de deux opérations qu'on pratique assez rarement. Et le docteur Richet était ravi d'en avoir découvert deux exemples assex complets! Mais, à l'argumentation de la thèse, voici la petite conversation qui s^étahlit, à propos de ces deux observations, entre le docteur Richet et Tun de ses argumentateurs :

Vargumentateur : Monsieur, vous avez rapporté aux pages de votre thèse

deux observations d'opération

Le docteur Richet : Oui, Monsieur.

— Vous avez sans doute remarqué que ces deux opérations ont été faites dans le môme pays?

— Oui, monsieur, aux États-Unis.

— Et dans la même ville?

— Oui, monsieur.

— Et dans le môme hôpital ?

— Parfaitement.

— Et par le même chirurgien?

— Sans doute.

— Et le môme jour ?

— C'est un hasard assez curieux, que je n'avais pas remarqué.

— Et à la même henre?

— C'est possible, mais où voulez- vous en venir ?

A cette réponse, digne d'un roi de BéoUe, un rire homérique de raaditoire

croïdale et les formes squirrheuse et encéplialoïde du cancer, d'appliquer k tous les organes le tableau que nous venons de dresser pour l'utérus, et dont M. Lebert nous a fourni les éléments. Mais nous ne voulons rien exagérer, et comme il nous parait établi, au moins d'une manière générale, siaon avec une parfaite précision, que la forme cancroïdale offre réellement une notable différence déstructure et de marche avec le squirrhe et avec l'cncéphatoïde, nous nous contenterons de constater que l'ensemble des phénomènes que nous avons énuroérés page 8, et que nous pouvons nous dispenser de reproduire ici, phénomènes qui caractérisent les productions cancéreuses, appartiententièrement. sauf des nuances, au cancroïde épithélial, fibro-plasiique, etc.; que, par conséquent, celte production est un véritable cancer.

Si noua voulions nous en tenir à ce que la clinique nous apprend de positif, c'est par celte conclusion que nous terminerions cette discussion, déjà bien longue. Nous ajouterons un mol, cependani, qui ne paraîtra peut-être pas sans importance, quoique nous devions sortir, dans les considérations qui vont suivre, du domaine de la démonstration, pour entrer dan.s celui de l'hypothèse; mais l'hypothèse de la veille est quelquefois la vérité du lendemain, et nous avons la conviction intime que lel sera le sort, et peut-être le sort prochain, de celle que nous allons proposer ou plutôt reproposer (1).

Bl, eofin, comprendra an docteur Ricbet qu'un même cliirurgien, roi-il Hicbet pennniui, ne peut Taire, soh dans un m^me pays, sait dans deux pa^s difTé-

(mtt. deiii grandes opéraiiuus 1b même jour et à la marne heure k moinB

4e tiire l'une de la main droite et Taiilre de In main gauche ! On rit beaucoup an deax opérations du docteur Richei, mais le docteur Richet n'eu est pas moins devenu [iroresieur [ Loin de nous la pensée de mettre U. Lelwrt au nombre des proteueurt qui s'imaginent qu'où peut faire deux opi^rationi à la Tols : mais nous ne pouvons nous dispenser de faire observer qu'il faut être sujet A de grandes distractions, pour ne pas voir que deuï maladies qui ont entre elles autant de points commune que les nlTectioiu cancêrcuDes et cancroldes de l'ulérus, n'en 4oifU)l ri«lleDt«nt faire qu'une.

tl} Sout pourrions même dire. t\ noua avions ua peu de présomption, que

J'ai dit précédemment que les trois formes du cancer dont je me suis plus spécialement occupé devaient être rangées dans une môme espèce morbide, au moins h litre provisoire. {Voy. p. 82.) Ce n'est pas sans molif que j'ai fait celte restriction, car j'ai dit aussi que cette espèce morbide, de même que beaucoup d'autres, repose sur des probabilités, mais non sur une entière certitude, comme l'espèce syphilis ou variole, par exemple, et en général comme toutes les espèces contagieuses. J'ai dit aussi par anticipation que dans m«fUkpimon, le cancer est contagieux; mais les considérations et les faits sur lesquels mon opinion s'appuie n'ont pas une suffisante précision, pour que je puisse affirmer si chaque'forme se transmet avec ses caractères, ou si, au contraire, une l'orme peut en transmettre une autre, ainsi que cela parait acquis pour les productions qui sont le résultat des récidives ou de la généralisation (1).

Or, je l'ai dit aussi avec M. II. Bouley: « Les maladies spé-

fon sort est déjà fitf. car la médication paraBiticidc. dupuis quelques moH «nrtoiit, a faîl ds tels progr£i, que tout ce que nous avion» annoncé dam 1m Noui-elle* AppUcationt de l'aeidt phénique, lur [a cause et le tr<iiteRient d« h

fièvre typhoïde {Nouv.Apptic, p. HO), an croup {Nomv. AppUcp. IM).d«U llévra puerpérale [Ycuti. Applic, p. 3S),et3., etc., se Irouve. aujourd'hui aocepU j fiartoul et appayi par dei laits. 11 est vrai que ceux qui ont obtenu des cas d* i guérison de fièvre lyptiolde, de flèrrR puerpérale, etc., oublient de dira oA iU ont J puise l'idée da ces applications; maia dans une trÉ»-procbBlne édition de notie 4 ouvrage, nous ri^meltrons cbacun et chaque chose en leur place, comme pont 4 commençons déji É le faire, dans le présent travail.

(1) Un a beaucoup cité, ù. propos in contagion, une expérience àe feu H, Pollln«l J de H. Lebcrt, Nous reparlerons ultérieurement de cette expérience, dont 11 n< parait impossible do rien conclure de Tavorable A la contagion.

ciflques résultent de causes spécifiques, c'est-h-dire de causes qui produisent toujours les mêmes effets, à part les différences d'intensité. De sorte qu'en voyant un de ces effets produits, on est autorisé h conclure de l'effet à la cause spécifique. » (Voy. Tfouv. Âpptica(. de Vacide phénique, p. 117.) Les différences de structure, y compris, bien entendu, les différences microscopiques, sont-elles des différences d'intensité seulfiment? Je ne voudrais pas affirmer le contraire, mais je ne veux pas dissimuler que le contraire est mon opinion, opinion que je n'émets, on le comprend bien, que sous toutes réserves, comme on doit le faire de toute présomption, même la plus fondée. Tout en admettant, quant à présent, l'unité de la maladie cancéreuse, je n'en crois donc pas moins qu'elle peut renfermer et qu'elle renferme plusieurs espèces, autant peut-être que de formes anatomiques, et je suis, en définitive, plus bélérologiste ou hétéromorphiste que les hétéromorphistes de profession; seulement, au lieu de donner mon hypothèse comme une vérité démontrée, je no la donne, quoiqu'elle me paraisse infiniment plus fondée que la leur, que pour ce qu'elle est, et je ne stigmatiserai personne pour no pas l'admettre. Une autre différence me sépare des hétéromoi"pbisle3j c'est que je me garderai bien de faire reposer une hypothèse sur une forme et même sur une dimension de cellules et de noyaux, surtout quand cette dimension et cette forme sont aussi variables que celles que les micrographes nous ont montrées. Pour mériter quelque crédit, les hypothèses demandent il être étayées sur des faits plus importants ou sur des considérations plus philosophiques, quoique les micrographes parlent beaucoup de philosophie; mais ils confondent trop souvent la philosophie avec la métaphysique, qui est la négation de toute philosophie, c'est-Ji-dire do toute science, parce qu'elle est le contraire de tout ce qui est démontrable. Voilà pourquoi ils donnent si souvent comme démontré ce qui ne Veat pas, et môme ce qui ne saurait l'éire.

Non-seulement je répète avec M. Bouley que les maladies spécifiques résultent de causes spécifiques, mais j'ajoute que toutes les maladies sont spécifiques, et j'ajoute encore qu*on ne connaît bien ces maladies, assez bien pour en faire des espèces définitives, que lorsqu'on connaît leurs causes. C'est aussi l'opinion que M.Virchow professe, dans sa Pathologie des tumeurs^ mais qu'il expose malheureusement avec cette obscurité germanique de langage dont l'illustre savant n'a pas su se dépouiller, laquelle rend si pénible la lecture de son remarquable ouvrage, et qui, par suite, nuit tant à la propagation de ses idées parmi nous, et nous pouvons dire sans orgueil que parmi nous, c'est un peu parmi tout le monde (1).

« On ne peut poser les bases d'un système d'onkologie, dit M. Virchow, qu'en partant de la genèse des tumeurs et en établissant (2) avec autant de certitude que possible l'histoire anatomique. » Ailleurs, M. Virchow dit encore : « 11 est trèsimportant de se rappeler dès l'abord que les possibilités accidentelles qui peuvent se produire h propos d'une tumeur complexe peuvent entraîner, pour l'observateur, une confusion des plus grandes, et qu'alors précisément la connaissance de la marche génésique du développement, celle de l'essence propre de

(1) Il est d'autant plus regrettable que M. Virchow u*ait pas répanda dans cet important ouvrage la clarté française, que, dans une polémique qu'il soaUent, en ce moment même, contre M. Robin (voir Mouvement mé^al d'octobre et novembre 1868) i il prouve surabondamment qu'il ne possède pas moins Tesprit français que la scleuce allemande : rien do plus gaulois, de plus charmant que l'argumentation à l'aide de laquelle M. Virchow perce à jour et livre au ridicule les éiucubrationsphysiologo-positivo-galimaliasiques de M. Robin : On regretterait seulement, si l'on n'avait tant de plaisir à le lire, que M. Virchow eût dépensé tant de science et d'esprit contre un si mince adversaire : M. Robin, franchement, ne vaut pas cela. Cette brillante polémique nous fait craindre que l'obàcurité de M. Virchow ne soit surtout l'œuvre de ses traducteurs-, nous ne saurions donc trop l'engager à faire revoir ses traductions, dans les éditions prochaines de son Traité des tumeurs et de sa Pathologie Cellulaire.

(2) C'est sans doute li en en établissant, » que dit M. Virchow ; en sorte qu'à Tobscurité de l'original, il faut ajouter tcoç souvent celle de la tradaction.

la tumeur, sera bien plus décisive que la connaissance la plus exquise des formes particulières des produits qui peuvent s*y rencontrer. » (Yirchow, PalhoL des tum., p. 114 et 120.)

Marche ginésiqwy essence, voilà qui sera médiocrement clair pour des lecteurs français, non métaphysiciens; mais on arrive à peu près à s'entendre avec le célèbre auteur de la Pathologie Cellulaire^ en se rappelant qu'histoire anatomique aussi certaine « çue possible^ » marche ginisique et essence y tout cela, ou du moins toute recherche faite dans cette direction <c conduit finalement toujours à Viliologie et à la genèse des tumeurs. » {Lœ. cit.) Nous ajouterons, nous, que, sans dédaigner la connaissance de la genèse des tumeurs, nous croyons que si Ton en connaissait bien Tétiologie, — à supposer que la genèse ne soit pas comprise dans Tétiologie, — on pourrait se consoler de ne pas connaître cette genèse et même cette « marche ginésiquê. » Malheureusement l'étiologie est, en pathologie médicale, ce qu*il y a de moins avancé, et les tumeurs sont loin de faire exception à la règle générale. M. Lebert résume d'un mot nos connaissances sur ce point : c'est que nous ne savons rien ; et M. Broca, après avoir passé en revue et réfuté un petit nombre de prétendues causes, ajoute qu'on a fait bien d'autres hypothèses, qui ne méritent même pas une mention. De ce nombre est celle qui a été émise par des auteurs fort recommandables et que j'ai émise à mon tour, mais en l'envisageant d'un point de vue un peu différent de ceux de mes prédécesseurs (1). J'avoue franchement que je suis moins que jamais disposé à en faire bon marché. Voici dans quels termes je

(I) Virchow est uq de ceux qui croient au parasitbme des tumeurs, mais à un parasitisme que je pourrais qualifier de métaphorique, et aussi, naturellement, un peu mystique. Après avoir rappelé, mais imparfaitement, Topinion des auteurs qui croyaient aussi au parasitisme des tumeurs, il ajoute : « Toutes ces manières de Toir procèdent du point de vue, en lui très-juste, du parasitisme^ dont la démonstration est facile par Tobservation, comme aussi par la théorie, et sur lequel je reviendrai. » (Pathol, d€S tum,, p. 17.) Virchow y revient, en effet, mais c'est pour montrer que certaines tumeurs sont en entier formées par des parasites, et

l'avais formulée dans les ^'ouvelks applications de facidr phinique :

« Les observations déjtt nombreuses que je viens de rapporter m'ont conduit h. penser, je ne saurais trop le redire, que la cause première de ces maladies (affections internes ou externes, contagieuses, cancroïdales, etc.) est dans l'introduction de certains ferments au milieu de nos tissus, ferments qui. parleur présence, altèrent le parenchyme d'une manière spéciale et déterminent les productions diverses qui constituent le plus grand nombre des tumeurs cl ceux des troubles vitaux qui anéantissent l'individu par la modiâcation rapide des éléments analomiques.

« La nature agit de même dans toutes les circonstances analogues. Nous savons, par exemple, qu'il suffit, en certains cas, de la piqûre d'un moucheron sur une feuille de chêne pour que la sève qui devait produire une feuille ou en entretenir les organes se transforme sous l'action de cet insecte, en une production trôs-différeme de la feuille et môme des diverses parties qui constituent le chêne. Or, ce n'est pas l'insecte qui produit lui-même la noix de galle, il est seulement la cause de la modification de la sève du chône. Cette sève modifiée, au Heu de s'organiser en cellules normales, pro. duit sur l'arbre un tissu héléromorpbe. Ce qui arrive dans cette circonstance sur la feuille du chêne peut arriver chez les animaux et che^ l'homme. Si l'observation directe n'a pas permis encore de vériiier cette formation de certaines organisations isomoi'phiques et hétéromorphiques, l'analogie m'autorise h y croire.

a L'analogie, celte arme puissante de l'intelligence humaine,

que d'antres «nnt encore pirasitalreii, en ce qu'elles ont une vie propre qui Imit permet de «'BccroILre, du prospérer, li Ton peut aloEi dire, pendant que la nDtnUoo de tous tes organes normaux EoufTre, et que les organes euT-méaies s'3lro|<hleDt et se détériorent. Cest bien 1A. comme on le Toit, un parasitisme métaphnriqae i co n'est pas celui qne nous avions en vue pn citant In formation de la noii de galle.

nous permet de procéder d'une chose connue fa celle qui ne Test pas encore, et d'ncquérir sans preuve une probabilité pouvant aller jusqu'à la certitude; et s'il n'eal pas déraisonnable do croire que le plus grand iiombre des planètes sont habitées, il n'est pas déraisonnable d'admettre que le plus grand nombre des tumeurs et des maladies organiques est produit par !a présence et par l'action d'un ferment, c'est-à-dire parla pénétration d'un être vivant. » fSouveUts Appliratiom de Vaeide phénii]ue, p. 1S7 et suiv.)

En avançant, dans l'ardeur de mes convictions, que l'enalogie pouvait conduire t une probabilité équivalant à la certitude, je m'avançais peut-être beaucoup; je suis plus persuadé que jamais, cependant, qu'en ce qui concerne le sujet qui nous occupe en ce moment, il n'y aura, dans un temps donné, rien ii retrancher de mes prévisions. A quoique distance que soil l'homme des végétaux, ce que m'a fait voir chez ces derniers mon ami, M. de Gastelnau, a de telles analogies avec ee qu'on observe chez les animaux, qu'il ne me paraît pas possible que cette analogie soit trompeuse, et que je crois plus que jamais h .a nature parasitaire de toutes les tumeurs. J'aurais vivement désiré que M. deCaslelnau me communiquât la description détaillée de ce qu'il m'a fait voir, dans quelques visites champêtres que je lui ai faites; mais, soit qu'en réalité il n'ait pas jugé ses observations sudisantes, soit qu'il n'ait pu consacrer un temps sufilsant à une note que je l'avais prié de rédiger il ce sujet, voici les seuls détails que j'ai pu extraire d'une lettre qu'il a bien voulu m'adresser :

« Quant au résumé de mes observations sur quelques

maladies de végétaux que je vous ai montrées, il me serait assez diflîcile, mon cher ami, de vous le donner, par la raison que, si ces observations sont assez concluantes pour permettre Il celui qui les a vues, et vues très-souvent, de se faire des convictions, elles ne sont nullement assez complètes pour être présentées honorablement au public scientifique. Je ne

connais ni le nom ni les mœurs de tous les insectes qui causent les maladies» ni l'évolution complète de la plupart de ces maladies elles-mêmes, et c'est le moins qu'il faudrait savoir, pour se permettre d'entretenir le public de ce qu'on a tu. Encore moins me permettrai-je de faire des applications de mes observations de pathologie végétale à la pathologie humaine: il faut être fidèle à son éducation, et vous savez à quelle école j'ai été élevé. Mais comme il est dans votre nature d'être plus hardi que moi, rien ne vous empêche de faire vousmême ces applications, si vous les jugez possibles; en vous rappelant ce que je vous ai montré, vous en saurez autant que moi, et vous n'en saurez pas très-long. Ce que je vous ai montré le Voici :

« D'abord, la noix de galle, que vous aviez vue, bien avant que je ne vous l'eusse montrée ; mais, je vous ai montré de plus la larve qui en provoque la formation et le ver qui s'y développe et s'y nourrit, jusqu'à l'âge adulte.

a La noix se développe sur la feuille du chêne; mais ce n'est pas la seule maladie qu'on y observe ; il y en a au moins une autre, qui consiste dans le dessèchement et dédoublement de la feuille en deux lames dont l'une, la supérieure, semble formée par une épiderme très-mince, et l'autre, par le reste de l'épaisseur de la feuille; ce dédoublement est également dû au dépôt d'une larve quasi-microscopique, et il s'observe sous forme de taches blanches, plus ou moins étendues, mais n'occupant jamais qu'une portion plus ou moins centrale de la feuille.

« Enfin, vous avez vu ou plutôt revu, sur les bourgeons du chêne, ces pommes de chêne, si connues de tous les chercheurs de hannetons, et si nombreuses, aux premières pousses du printemps ; on les appelle pommes de chêne, probablement à cause de leur ressemblance avec de véritables pommes ; la ressemblance n'est pas parfaite; mais elle est encore bien supérieure à beaucoup de celles c\ue les botanistes et le

anatomistes ont trouvées dans un grand nombre d'organes ou de parties d*organes. Ces pommes sont produites par le dépôt et Téclosion, non plus sur les feuilles, mais sur les jeunes bourgeons, d'une foule de larves qui, en devenant des vers, se font chacun une loge dans la pomme, ce qui fait ressembler beaucoup celle-ci, après le départ de ses hôtes, à une pierre ponce, même quant à la dureté, caria pomme durcit beaucoup en se desséchant, ou en se gangrenant, si vous aimez mieux.

« Vous avez vu aussi des tumeurs ou des maladies de pommiers, d^aubépine, de rosier sauvage, d'orme, de peuplier suisse, de plusieurs espèces de saule, de lilas {syringa tulgaris)^ de pins, de cèdre et de plusieurs plantes herbacées (chardons, sauge, etc.).

« Il serait fastidieux, je crois, de vous décrire toutes ces maladies; ces descriptions n'auraient un véritable intérêt que si elles étaient complètes, et je ne suis pas en mesure, je le répète, de vous les donner telles. Mais, s'il peut vous être agréable que je vous redise les conséquences qui m'ont paru, quant à présent, découler de mes observations, tout incomplètes qu'elles soient, les voici, formulées le plus sommairement possible.

« Â part le défaut d'air, de lumière, d'eau ou de substance alimentaire, ce qui est, au fond, la même chose, (l'air, la lumière et l'eau étant les véritables aliments), je n'ai jamais vu une maladie de végétal qui n'eût pour cause un parasite animal ou végétal (presque toujours animal, dans les espèces que j'ai vues),

« Tantôt, le parasite se borne a détruire la substance de l'être sur lequel il se développe, et il n*a sur ce dernier aucune autre action nuisible; c'est ce que vous avez vu, notamment, sur un pied de lilas dont la tige se trouvait rongée, dans presque la moitié de son épaisseur, et dans une grande étendue; à un certain endroit, elle était même détruite dans toute son épaisseur; c'est dans ce point qu'un coup de vent rompit l'arbre, qui

ne tenait presque plus que par Técorce, et c'est à la suite de cette rupture que je décrouvris le parasite, au fond d*un canal d'environ 40 centimètres de long; c'était un ver presque de la grosseur et de la longueur du petit doigt; avant sa rupture, l'arbre avait toutes les apparences de la santé.

< Tantôt le parasite détruit encore le végétal; mais sa présence a une influence nuisible soit sur les portions qu^il touche, soit sur le végétal tout entier; c'est cette double influence que tous les jardiniers constatent journellemeot de la part du puceron lanigère, qui produit sur les pommiers de véritables ulcères chancreux, la gangrène del'écorce et même du bois, et, finalement, si Ton n'y porte remède» la mort de l'arbre.

« D'autres membres de l'innombrable tribu des pucerons semblent, au contraire, n'agir que par leur masse, soit en interceptant l'air, soit en absorbant une trop grande quaniité du suc des jeunes bourgeons.

<c Tantôt, et c'est assurément là un des faits les plus curieux d'organogénèse, la seule présence des parasites détermine sur les points où ils se fixent des productions accidentelles, qui affectent toutes les formes et toutes les structures possibles; ce sont de simples développements du tissu normal, d'apparentes hypertrophies, partielles ou générales, soit de l'écorce, soit du bois lui-même; des productions d'une structure absolument distincte de celle du sujet malade, lesquelles peuvent ou faire corps avec le sujet, ou être renfermées dans des kystes parfaitement isolés ; et, dans ces kystes, elles peuvent encore conserver la même structure que l'arbre qui les porte, ou bien, au contraire, revêtir une organisation tout à fait hétérologue la noix de galle, la pomme de chêne, l'étrange végétation qu' observe sur les feuilles des églantiers, les tumeurs enkysté qu'on trouve dans l'écorce de plusieurs conifères, sont di^ exemples remarquables de cette dernière organisation ; ce des productions essenliellement hétérologues. Les tume

enkystées de l'iïcorce des conifêrôs, sortes de kystes folliculaires, parfaite tnenl écuclûables, se trouvent dans un tissu roklivement très-tendre, el elles-mêmes ont la dureté de lu corne, et une structure absolument différente, et du tissu cortical qui les renferme et du tissu ligneux normal lui-même.

« Je vous ai parlé d'byperlrophies partielles, et vous avez pu voir que rien n'est curieux comme les effets de forme qui en résultent ; je vous ai montré, notamment, plusieurs jeunes branches d'aubépine courbées à angle droit par un tissu accidentel, plus développé dans un sens que dans l'autre, qui simulait h merveille un genou affecté d'une énorme tumeur blanche avec aukylose, ou certaines inflexions de l'utérus.

« C'est assurément une chose des plus remarquables que, par la seule présence d'une larve, ou de l'insecte lui-même, toute une production organisée se développe sur un autre être ; que cette production continue à vivre et à grandir tant que l'être parasite y séjourne, et qu'elle meure ou se transforme, — c'est-à-dire que les influences normales de l'être envahi reprennent leur empire, — quand le parasite est mort ou qu'il a disparu. Mais je m'aperçois que j'entre ici dans des considérations que je dois éviter, tant que je ne posséderai que des observations insuffisantes. Contentez-vous de ce qui précède et de ce que vous avez vu, si vous n'êtes pas trop diiTicile; si, au contraire, vous exigez des faits complets et des théories parachevées, supposez que vous n'ayez rien vu cl que je n'aie rien dit; ce que vous avez à écrire n'en vaudra probablement ni plus ni moins.

» H. DE Castelhau. ■

Je ne suis nullement de l'avis de mon honorable ami, tou-

cbttnt l'importance des faits qu'il m'a fait voir; je les crois, au

I contraire, de première importance. J'aime autant que qui que

ce 60il les observations nombreuses et complûtes, mais je pense

que si, en science et en médecine surtout, il fallait toujours attendre des théories scientifiques parachevées, comme il le dit, pour conclure et pour obtenir des résultats pratiques, le traitement des fièvres de marais et même celui de toutes les maladies pourrait bien encore en être où il en était du temps d'Hippocrate. Ainsi, tout en aimant les faits nombreux et complets, je n'en pense pas moins qu'avec un très-petit nombre, pourvu qu'ils soient bien observés, on arrive, grftce à ce précieux instrument de Tanalogie que j'ai invoqué, sinon à démontrer, au moins à entrevoir assez clairement les lois générales auxquelles les faits semblent obéir. Malgré leur innombrable variété, à la superficie, les faits ne s'écartent jamais beaucoup, au fond, de ces lois, et quiconque en a bien vu un petit nombre peut, sans courir grand risque de se tromper, les prévoir à peu près tous.

Déjà, rien qu*en considérant les analogies qui existent entre la noix de galle et les tumeurs cancéreuses, je n'avais pas hésité à attribuer ces dernières à la présence d'un parasite; aujourd'hui, après ce que m'a fait voir M. de Gastelnau, je n'hésite pas à affirmer que toutes les tumeurs, moins, peut-être, et je dis peut-être, celles qui ne sont qu'une accumulation du produit d'une sécrétion normale, sont dues à la présence, dans nos lissus, de parasites divers; je n'hésite pas à prédire, par conséquent, qu'on triomphera de ces tumeurs, le jour où l'on connaîtra les parasiticides de ces parasites, et qu'on trouvera les moyens de les faire arriver jusqu'à eux. Et cette présomption, je commence déjà à la prouver par les résultats que f ai obtenus au moyen de l'application de Pacide phénique et dé quelques adjuvants que j'indiquerai, à la curation du cancer en général, mais surtout à celui de la langue et de l'utérus.

Je ne fais pas un reproche aux micrographes d'avoir cherché des cellules, des noyaux, des nucléoles et même des nucléo* Iules; j'ai déjà dit que nul plus que moi n'était disposé à rendre justice à leur zèle louable et à leur grande patience, pourvu

qu'ils voulussent bien renoncer à enfler outre mesure l'imporlance de leurs recherches. Mais, tout en leur rendant justice, je crois qu'ils avaicnlmieux k faire que de chercher ces cellules, ces noyaux, ces nucléoles et ces nuciéolules ; ce qu'il fallait chercher, c'est la cause productrice de ces cellules, qui, elles-mêmes, ne sont que des effets; il fallait chercher cette cause dans les tumeurs, dans le sang, dans la lymphe, partout eifio, car celui-lii seul qui trouvera la cause ou la devinera, fera une découverte pratique et sera utile aux malades.

Ainsi que l'a dit et répété plusieurs fois, avec une haute raison, H. Virchow : qui ne connaît pas la cause des tumeurs, — et il aurait pu dire des maladies, — ne connaît que bien peu de chose; et j'ajoute bien peu de chose d'utile. Tel est le champ ouvert aux micrographes futurs ; qu'Us l'explorent résolument, et ils ne tarderont probablement pas ii se convaincre qu'il est plus fécond que celui qu'ils ont cultivé jusqu'à ce jour.

Oui. j'ai la conviction que, s'ils se mettent avec ardeur au Iravail, ils trouveront ces parasites, qu'il est essentiel de connaître. Bien plus, je crois même pouvoir prédire que, pour les maladies cancéreuses, ils en trouveront plusieurs. Il est, en effet, une autre remarque qui découle des observations de M. de Castelnau, et qu'il m'a exprimée maintes fois, quoiqu'il no l'ait pas rappelée dans la lettre dont j'ai publié un extrait, c'est la parfaite, je dirai l'étonnante uniformité de toutes les individualités morbides produites par un même parasite : quiconque a vu une galle les a vues toutes; quiconque a vu une pomme de chènc les a vues toutes; et ainsi de même, de la végétation herbacée de l'églantier, des ampoules de feuilles de saule, des fumeurs blanches de l'aubépine, etc., etc. Nonseulement cette uniformité est des plus parfaites, mais le jnéme parasite produit toujours la même maladie 3ur la même plante, sur le même organe, et souvent sur la même partie de l'organe de cette plante! Je ne méconnais pas, je le répète. la distance qu'il y a de l'organisation de l'homme h celle du végétal.

mais^e le percis pas de vue loa piuâ rurriformitii des lois latoreiles, et <^tte joitûnniie ne me permet guère de CEoiie qeTiu ancéphaioide vrai ei on squirrhe type aoieiit pradnits per me même cause, par un même parasite ; ipie U<m se rappelle «a* lemeat la gaie, la lei^me taveuse. et je pois ajouter^ je croîs, la variole, la rouqeole. le croup, etc.. et Toa verra. sH j a de pareilles diderences eatre les diverses onités de cet opèees. n est probable <{ue tous les paraâtes quIprodnneBt les dnctaes formes de cancer appartiennent à des espèces tr è» v o ra e ci les unes des autres, mais à la même espèce, je ae le croîs pas, et e est en me plaçant à ce point de vue* que je ne sois donné précédemment comme plus bêtéromarphiste qoe les kéléromorpbiâtes micrograpbes.

Une bypotbèse n'est pas fausse, eomae le peaw M. Broca, parce qu'elle est contradictoire à nue astre hfpotkèse qu*on aura faite; deux bypotbèses contradictoifcs ne se délniisent pas, aioài qu'il Ta écrit, sans doute par distraction; car supposer que Tune esi détruite, c'est nécessairemait admettre que l'autre est exacte. Hais ce qui est vrai, c'est qo*oBe hypothèse ne peut, sous peine d'être rayée de Tordre des choses possibles, être en contradiction avec des faits avérés. L'hypothèse du parasitisme n'est incompatible avec aucun, et elle les explique même tous d'une manière assez satisfaisante. On pourrait trouver seulement une difficulté dans ce fait, que le cancer récidive b peu près toujours, après les opérations en apparence les plus complètes; si l'on enlevait tous les parasites, on ne comprend guère, en effet, pourquoi la maladie récidiverait. Hais d'abord y a-t-il des opérations compliies? C'est une première question indispensable h résoudre et que pas un chirurgien n*a résolue, pas mémo M. Lcbcrt, qui insiste si souvent et si énergiquement pour ((u'on Tasse des opérations complètes, dans le cancrolde. Qui i»cut avoir celte certitude, de dépasser avec le couteau ou 1o caustique les germes du mal? qui sait oti s'arrêtent cm germcsi dans n'importe quelle tumeur? Évidemment personne; et

l'on ne saurait se défendre d'un mouvement de pilié, quand on voit certains cbirurgiens, qui se croient plus snges que les autres, recommander avec insistance de ne rien épargner pour dépasser les limites du mal : c'est pincer un aveugle ou centre d'un cercle élioit, et lui recommander de marcher une journée sans en sortir! Je laisse de côté la question de diaihëse, sur laquelle je reviendrai plus loin, mais que je puis déclarer d'avance n'être en rien contraire au parasitisme cancéreux, pas plus que la vérole constitutionnelle n'est contraire au parasitisme syphilitique.

La récidive n'a donc rien d'incompatible avec l'iiypotbôse du parasitisme, puisqu'elle n'est que la diathèse en action. Il en CM de même, on le comprendra sans que nous l'expliquions, de la généralisation et même de rinfection, si l'inrection venait il être démontrée. Enfin, l'hérédité et l'influence de l'âge et du sexe, seules circonstances étiologiques positivement démontrées, la seconde surtout, n'ont rien de contraire non plus it l'idée du parasitisme, car on sait très-bien que les parasites ne se développent pas indistinctement sur tous les sujets, mais qu'il y a, nu contraire, des particularités, connues ou inconnues, qui sont nécessaires à leur naissance comme à leur évolution. Il faut bien qu'il en soit ainsi, sans quoi leur propagation serait indétînie, et nul espoir ne resterait au médecin de lea détruire, eux et la maladie qui en est la conséquence.

Toiles sont les considérations générales qui m'ont paru être une inlroduetion indispensable îi l'étude des maladies organiques de la langue, dans laquelle nous pourrons maintenant, ce me semble, entrer d'un pas plus assuré.

ANATOMIE l'AÎIlOLOOlQCli

L'anatomie pathologique ([u'il me sera possible de l'aire no sera guère qu'une partie de la symptomatoloyie, puisqu'tm

sait, par ee que j'ai dit dès les premières pages de ce travail, que je a'ai pas eu le triste aTaatage de compléter par Taatopâe caiiiTéri«:{ae Texamea des parties malades que favais Mi sur Le mirant, et que, d*uae autre part, repoussant de ma praii«:[ue famputatioa de l'organe, je n*ai pas eu, non plus, roocaâoQ de faire la dissection des produits morbides qui coostituent les maladies organiques de la langue. Je regrette d'autant plus de n'avoir pu faire les dissections cadavériques, que les descriptions du cancer de la langue qui ont cours dans les ouvriçes classiques me paraissent renfermer d*assez nombreuses inexactitudes. Ces descriptions semblent avoir été fûtes presque toutes, comme va Tétre la mienne, d*après Texamen des parties sur le vivant, et quand on y trouve des détails de véritable aoatomie pathologique, ils sont presque toujours si sommaires et si légèrement rédigés, qu'ils ne peuvent pas inspirer une très-grande confiance; on se sent d'autant moins dispose à accorder cette confiance, qu'il semble très-probabie que les difierents auteurs se sont plus ou moins copiés les uns les autres. Nous devons faire une exception en faveur de M. Lebert. dont la description indique qu'il a eu sous les yeux les produits anatomiques qu*il décrit ; mais il est probable, d'après les apparences, que les faits observés par M. Lebert ont été trop peu nombreux pour servir de base à une description générale, exacte et complète, car nous allons voir que. sous beaucoup de rapports, sa description laisse à désirer. Nous avons donc lieu d'espérer que, malgré l'absence d*autopsies cadavériques, les faits que nous avons observés et dont nous allons présenter l'analyse ajouteront quelque chose à ce que Ton sait, même sous le rapport anatomo-pathologique.

Quoiqu'il soit habituel, aujourd'hui, de commencer par l'i\natomic pathologique la description de toutes les maladies, il y a pourtant toujours une question qui se pose préalablement ^ toute autre, et qui se pose plus impérieusement encore à

propos du cancer, c'est celle du diagnostic; il est évident que toute description anatomique suppose cette question résolue. La longue discussion dans laquelle nous venons d'entrer, et que nous sommes loin d'avoir épuisée, prouve cependant qu'il n'en est rien; cela n'empêche pas les auteurs classiques de décrire le cancer de la langue, comme si cette question n'existait pas. Faut-il les en blâmer et adopter un autre plan? faut-il, par exemple, commencer par exposer le diagnostic! Mais un diagnostic ne peut être posé que lorsque tous les spnptômes d'une maladie ont été décrits. Faudrait-il donc commencer par la symptomatologie? peut-être; cependant il y aurait bien aussi quelques inconvénients à cette méthode. Ce qu'il y a donc de mieux à faire, c'est de suivre l'usage, en ftisant toutefois des réserves, et en renvoyant au paragraphe do diagnostic la discussion sur ce qu'il pourra y avoir de douteux dans ce que nous serons obligés de considérer provisoirement comme démontré. En faisant ces réserves, je montre un scrupule dont tous les chirurgiens ou à peu près se sont affiranclns; mais je suis de ceux qui, malfamé la fermeté de leurs convictions, ne se croient pas dispensés de toute circonspection, et de tous ^ards pour la science et aussi pour les opinions d*mntnil, même quand ils les combattent le plus vigoureusement posôble.

n faot reconnaitre, d'ailleurs, que la plupart des chirurgiens qui se sont dispensés de poser la question du dia^ostic, avant de décrire o« d^admettre un cancer, ont moins a^ par pré' soBptioii que par habitude, parc^r qu'ils or.t considéré c^ dhgiMWtir comme trop facile po&r être co:^t^t^. C'est ainsi que, sur Tingt-trois obserraiUrCu^ de caû#:er de la Ia:.^^. rapportées daas la thèse, pc.£§ daris U CUmi/im^ ektrwrjû^ de M. llaisomKwe, et apf^rteftant à dii-fe^t ebrr^rz^^u. éevx Cris sedemeM. UtUbiz aentlo^i l-ri tzr-yiXrrrr*^ oy:jsu:^s sor les pièces asatMi^ses: etuo-jT-e: tr^ ^clti^'^:?^! icm-l* aiiw-

timi^'A fi^it ^i«rla- >oa* ^uaJi*^

— ISO —

compnréi;, si l'on nous permet ce mot, ainsi établie, voyons ce qu'il nous a éié permis de constater, jusqu'ft ce jour, sur les cnroclères anatomiques des maladies organiques de la langue.

formes uu variétés. — « Le tissu du cancer de la langue, dit M. Leberl, montre (1) sur une coupe fraîche, bien plut «ouvenf l'aspect du tissu encéphaloîde que celui du squirrhe, ce qui tient probablement à la petite quantité tfu tissu cellulaire que renferme la langue, même à l'état normal, tissu dool l'hypertrophie et le développement exagéré (2) constituent la forme squirrheuse. » (Lebeht, Mal. cancer., p. 430.)

Comment, l'hypertrophie du tissu cellulaire constitue la forme squirrheuse ! Oh ! que cette explication esl grosse de con- S(5quences, que M. Lebert paraît loin, bien loin de soupçonner! Mais nous aurons occasion d'y revenir; renfermons- nous, pour le moment, dans l'objet de ce paragraphe. Combien M. Leberl a-t-il analysé d'observations ou d'alfeclions, comme il le dit (p. 681), pour poser cette loi? Il serait curieux de le savoir; mais, quoiqu'il ait omis de nous l'apprendre, il est assez facile de le deviner, au moins approximativement, en comparant les trente lignes qu'il consacre k l'anatomie pathologique du cancer de lalaiigue, aux vingt-six pages, de quarante lignes chacune, qu'il consacre à celle du cancer de la langue ; en com* parant aussi, et mieux encore, les tableaux, qu'il reproduit, de la fréquence du cancer de la langue et de celle du cancer de l'utérus; dans l'un de ces tableaux (celui de M. Tanchou), le cancer de l'utérus est à celui de la langue comme 2996 est

(1) Ce parait £tre une locutiun convenue entre ccrtaiuG micrographeB que cella qui coneisle ù dire qu'une tumeur, un lissu, un élémenl. eic. montrent ce qo'ua y peut voir. Si co langage peu orlliodune était r^ichclé par la solidité ut la prorondeur de la pensive, on le passerait pucore aux néologUtes; mais, hélas! trop souvent U fond ne vaut pas mieux qm la Tornie.

(i) Eet-ceque, par hnsacd, l'hypertrophie et le déveluppementexagéréiieKnimX pas corame les deui observations du perspicace proleiEeur Itichet? Je le cntliu fort; s'il en est autrement, H. Lebert a bien eu tort de ne pa? dire oi1 et\ la dlfll^ rence ; le lecteur rrançais, quoique né malin, ne la devinera probnblemcnl paa.

ine) comme 72 est " ••■ '"*>m-. . ies cancers « de la

"• ,.^^^ us comme 1 est à 12,

.. ' à 83, d'après Tanchou.

■:os deux rapports, maïs . ^^^ ^ )u. Or, on se rappelle que

ihologîque du cancer de

' - >bservations, dont « un bon

par M. Louis. En usant de

1 de M. Lebert, on peut donc

I re ou cinq « affections » de la

1 qu'on soit, on ne saurait lui

se pour poser des lois, et nous ne

; affirmant qu'il ignore absolument

itive de l'encéphaloïde, du squirrhe

^ae (1). Nous savons, cependant, que

1 te confiance h des chirurgiens émi-

entre eux qui s'est occupé spécialement

onneuve dit bien aussi que « les tumeurs

tlû toutes les productions cancéreuses,

ro le plus souvent h la langue ; » {Cliniq.

I mais il n'apporte aucune preuve à l'appui

l même les vingt-trois observations qu'il

• auteurs ou dont il est l'auteur lui-même,

qu'on en peut juger, plutôt les caractères du

lux de Tencéphalolde ; et dans le très-petit

>s dont les caractères pourraient faire croire le

-|)baloïde, celle, entre autres, dont le sujet est

'""V" ^u,.,^^. ^^ ia langue. Le cancer jn

le docteur James (1} et sur laquelle nous aurons à revemr, M. Maisonneuve dit précisément avoir constaté anatomiqaeineiit les caractères du cancroîde épithélial. 11 parait donc évident, d'après cela, que M. Maisonneuve n'a fait qu'adopter sans contrùle l'opinion de M. Lebert. Il est h craindre qu'il en soit de même de M. le professeur Nélaton. « Les tumeurs encéphaloïdes. dit cet éminent chirurgien, sont les plus fréquentes» — {à la langue); mais il ne donne pas plus que M. Maisoiineuve de relevé à l'appui de son opinion, en sorte qu'il parait l'avoir aussi accepté purement et simplement de M Lebert qui, lui-même, l'a donné sans aucune preuve. Ce n'est pas assez dire, car les observaiions, éparses çà et là dans la science , prouvent bien plutôt la fréquence du cancer dur que du cancer mou. Qu'est-ce, en effet, que l'encéphaloïde, sinon le cancer mou! Après avoir décrit les débuts de l'encéphaloïde, non probablement pour les avoir observés sur la langue, mais en se rappelant ce qu'il avait vu ou lu n'importe oCi, M. Maisonneuve ajoute : i A mesure que la tumeur augmente de volume, son tissu se ramollit et se transforme en une bouillie rosée, quelquefois mélangée de caillots sanguins. L'ulcération ne tarde pas alors à survenir. Dans ce cas, la maladie prend tout à coup une autre physionomie. De !a face ulcérée s'écoule incessamment un ichor fétide auquel se mêlent fréquemment des portions plus ou moins considérables de la tumeur, qui tombent en putrilage et laissent à leur place des excavations profondes. Dans d'autres points, l'ulcère boursoufflé se recouvre de végétations fongueuses, qui tombent en se reproduisant incessamment; en même temps se déclarent des hémorrhagies abondantes qui épuisent le malade. Quand ces accidents ne précipitent pas le terme fatal, la dégénérescence encépbaloïdû envahit toutes les parois buccales, le

{{) Nous ne croyons pas qu'il y ait ie moinilrB inconvénient 1 donner le uom de ce malade, quoique H. Haisanneuve ne le donne pas, H. James, que nousuchloDS, n'ayant Misi que des hi^rlticrs collalérau:( trùa-étoipifs.

pharynx, le larynx même, d'oii la mort par In sutfocaliou. ■ (Haison<(£uve, Cliniq. chir., t. II, p. 323 )

Voilà bien, en effet, les earactères de l'encéphaloïde: mais combien de fois M. Maisonneuve les a-t-il observés? Pas une fois, assurémenl, dans les cas qui servent de base à son travail. De ces cas, sept sur vingt-trois, lui appartiennent, et dans ces sept cas, M. Maisonneuve caractérise ainsi la maladie : 1" cajifer ulcéré; 2" induration; 3° induratioji squirrbeusp ; 4" induration considérable ; 5" vaste ulcération, tangue clouée au plancher; 6" dégénérescence cancéreuse; 7" fumeur du volutne d'unepetile noix. On volt d'autant moins, dans ces désignalions, les caractères de l'encéplialoïde, qu'aucun des autres pbénomënes que M. Maisonneuve attribue avec raison k celle l'orme du cancer n'est mentionné, et que, dans le seul cas oîi le volume de la langue était très-augmenlé, l'examen « anatomique > parait avoir prouvé qu'il s'agissait d'un cancer èpilbélial. Or, la période h laquelle ont élé observés les faits de M. Maisonneuve était précisément celle où le ramollissement et toutes ses conséquences devaient exister à leur sommum. Quant aux seize autres observations qu'il rapporte, et qui appartiennent à seize cbirlirgiens différents, dans une seule, celle qui appartient à M. J. Cloquet, la maladie est qualifiée d'ulcère fongueux, c'est-à-dire d'un nom qui doit faire supposer qu'il s'agissait d'un encépbaloïde ; encore le fait est-il bien iosuflisamment établi. Quant aux quinze autres, elles sont le plus souvent désignées par dureté, dureté squirrheuse, tumeur dure, tumeur carcinomateuse, ou simplement par cancer, tumeur cancéreuse, ulcère cancéreux, désignalions dont la plupart excluent l'idée d'un encéphaloïde, ei dont aucune ne doit la suggérer. C'est donc, on le voit, contre toutes les apparences que l'encépbaloïde est considéré comme la forme la plus fréquente du cancer de la langue: nos propres observations ne confirment pas plus que celles de H. Maisonneuve cette opinion. Vingt-six cas, sur les irente-neuf que nous

rapportons, ovaicnl des cancers graves ou irËs-graves, puisque douze d'enlre eus se sont terminés par la mort, ei que sur les quaione autres, un est encore gravement menacé, et que trois ou quatre autres ne maintiennent leur guérisonque par une continuation persévérante ou des reprises périodiques d'un traitement énergique. Or, sur ces vingt-six cas, quatre fois seulement l'induration a été jugée « assez forte, >> et dans tous les autres forte ou très-forte, souvent analogue h la duretâ du bois ou de la pierre. Et cette induration persistait, même quand le cancer tombait par faibles portions en gangrène, ou était détruit par une sorte de suppuration-, il n'y avait de ramollissement que lorsque la maladie rétrogradait, et que l'organe revenait vers l'état normal. De plus, dans trois, si ce D*6St même dans quatre de ces cas, le caractère épitbélia) a été constaté par le microscope, et quant aux autres, ils ont été quatilîéspar des chirurgiens distingués, ou desquirrhe, ou de carcinome, ou d'épilhélioma, une fois de ■ production bétéromorplie » (Nélaton); mais aucun n'a été nommément désigna par le mot d'encépbaloïde, et il n'en offrait, en effet, ni les caractères auatomiques (du moins ceux constatobles par l'examen clinique), ni les symptômes, ainsi qu'on le verra plus tard. En résumé, le cancer dur est donc la forme habituelle, je dirais volontiers presque exclusive de la tangue, et cette forme ne laisse guère le choix qu'entre le squirrhe et l'épithélioma. Dans quatre des vingt-six cas que je rapporte, et dans lesquels l'examen microscopique a été fait, une fois par M. BrocB, une fois par M. Robin, et deux fois h l'étranger, par des observateurs qui nous sont inconnus, on a cru reconnaître des productions épithéliales; & moins qu'un hasard qui n'est pas Impossible mais qui est peu probable, n'ait favorisé le caii. croide, il en résulterait donc que cette forme séï"ait de beaucoup la plus fréquente du cancer de la langue; et celte fois, du moins, les prévisions suivantes de M. Lebertseraient justifiées par les faits : « Les recherches les plus récentes sur celte

0S^^'âre me font croire que les affections épitbélialescancroïdes d^ l^ langue sont plus fréquentes qu*on ne le croit générale* 02 ^nt. » {Mal caneir.f p. 429.)

yLptès la longue discussion à laquelle nous nous sommes Yi^^MTé sur la valeur des caractères microscopiques en général, no u^ pourrions nous dispenser de parler des constatations que Hf . L«ebert a faites sur la langue en particulier; nous y reviendr^>ns cependant d'une manière très-sommaire, ces constatai l-Oi» devant mettre plus en évidence encore, s'il est possible, la j ustesse de nos appréciations.

;p3'ou8 avons appelé, il n'y a qu'un instant (voyez ci-dessus, p. ^£S0), l'attention du lecteur sur cette assertion doctrinale de M«. I^ebert que « Vhypertrophie du tissu cellulaire normal cons-» îUmm^ la forme squirrheuse » du cancer, et que c'est uniquement p&x*oe que le tissu cellulaire est rare à la langue que la forme eift ^i^éphalolde y est fréquente. Nous savons maintenant que la des^s^ière allégation est inexacte; mais comment concilier la pri^JDAiëre avec cet autre point capital de la doctrine de M«. I^cbert, que le cancer n'est pas une altération des tissus no Y*Txmaux, qu'elle les détruit et se substitue à eux? La concilia. ^J.c>n, on le comprendra, est assez difficile, et le devient eac^ore bien davantage lorsqu'on songe que cette doctrine de M. I.»^bert, sur le squirrhe, est encore compliquée des constatai, ions suivantes :

«K Cette substance n — (celle dont se compose le cancer de

la iGLugue) — « est donc ordinairement d'un jaune pâle, plutôt

bl&rmcsh&tre, assez homogène, formant une surface unie » —

(une substance qui forme une surface unie n'est peut-être pas

très^crthodoxe) — « ou se trouvant plutôt disséminée sous

forixic de tubercules cancéreux qui montrent le même aspect,

lotAC en laissant entre eux un tissu musculaire rouge, h peu près

aormal, eipsu ou point infiltré de suc cancéreux Le tissu

Fi ■ Ml ■ à FoilaB. » OSêL cMnr^^ 490.) AU.

catfe les soajx ciaentsK. se vQîcM letiBBB BBaoBlaire nwge^ àpn fT«s ftoimiL ^DMqae la pes îiCbrè de sue cuieèreiix« eu »i iiHA des aoiaBx Ma ci i fe « oa-Btees. lesibresauealaifH fil» et fliim». Qoe devieai, defvat ces eoBStalations, Il doctriae de b sofastitBtîoB, om do boîbs la partie mêlaphjrsiqve de eeoe dostrioe, car. poar la partie poâtife, il y a km^Bips qu'elle est connue ^ écaUîe inéfocaMement, pour tons eeox qui oni des yen et qni savent s*en swvir? A la langue conune partout aiUeurs, le eaneer, qu*il soit eoe6* phaloide, squirrfaeux on épithëlial, détruit le tiaso normal, en ee sens qu'il est méconnaissable par les sens de la vue et du loucher ; mais le détruil-il dans ses éléments imiimê$f Je dis qu'ainsi posée la question ou est mal posée ou devient une question métaphysique : si par destruction intime, il fiiut entendre la destruction du bUuîenu normal ou même de la tendance du blaslème^ c'est une proposition insoluble que Ton formule, par conséquent, une proposition de métaphysique; si, au contraire, on se borne à prétendre que tout tissu envahi par le cancer ne peut revenir à son état normal, c'est une question de fait, et par conséquent scientifique. Eh bieni le fait donne un démenti à la doctrine, au moins en ce qui concerne le cancer à une certaine période ; c'est ce que les observations que je rapporte établissent irrévocablement, ainâ que nous le verrons plus tard. Concluons donc une fois de plus que, de quelque côté que l'on se retourne, on ne voit qu'inconséquences dans cette prétentieuse doctrine micrographique, et continuons notre exposé (1).

(1 ) Relativement à la cellule cancérease, il n*y a rien à noter, si ce n'est que cellules a peuvent perdre, dit M. Lebert, toute apparence d'individuaUtô, et te montrer, alors, sous forme de lambeaux irréguliers, renfermant un oa deux noyaux, ou sous celle d'expansions membraneuses, contenant tout un groupe 4e cee mémet noyaux, » Des lambeaux et des expansions membraneuses qui renfermeol dès noyaux et des groupes de noyaux, on conviendra que cela est asseï peu clairet asiei peu fait pour satisfaire de Trais professeurs de physique.

M. Maisonneuve parle encore, mais comme de cas rares, de

1^ forme colloïde et de la forme mélaniquedu cancer delà

j^^gue. Ces formes doivent être très-rares, en effet ; nous

^Avons, en ce qui nous concerne, rien vu de semblable, et

^ Lebert ne parait pas en avoir vu davantage.

XjB texture des productions organiques de la langue, telle

q^u'on l'a décrite et telle, malheureusement, qu'on peut la

^j^erire, se rapporte à la maladie arrivée à un état plus ou

^noiiQS avancé, et ordinairement très-avancé de développement,

II, oet état que M. Yirchow appelle assez pittoresquement le

^g4B^^ défloraison {Pathologie des tum., p. 96), comparant, assez

\ust^^^^^ ^ certains égards, les tumeurs arrivées au point où

0lle^ présentent tous leurs caractères, aux plantes arrivées à la

ptmase de floraison. Cet état est, assurément, fort important à

coni^^l^i'^*' ™^is ^ous ceux qui le précèdent le seraient pour le

mc>ins autant, surtout au point de vue pratique, car il est à

su^pposer que l'action des agents thérapeutiques serait plus efïi-

, exercée à cette période, qu'à la période où la production a

tout son développement, et, par conséquent, la cause

q^^l la produit, toute sa puissance. Ce qui est vrai de la texture

esC a plus forte raison vrai des caractères physiques que l'on

p^tit. constater pendant la vie; quand le développement de

rctffection organique n'est pas très-avancé, on n'est jamais

cerLan du diagnostic que l'on porte ou qu'on voudrait porter;

tw\ sorte qu'on ne peut décrire comme appartenant véritable-

"DA^Qt au cancer que des lésions déjà bien éloignées de celles

l^ii constituent le début. Ce n'est pas que nous soyons disposé

k adopter, pour celles-ci, la qualification de stade ou de tissu

^^•«i»/féren(, désignation que le célèbre pathalogiste de Berlin

Aoxine à ces lésions initiales ; non que le savant physiologiste

^^oosidère, comme ou pourrait le croire, ces lésions comme pou-

^^*it devenir indifféremment un cancer, un tubercule ou du

pus ; il les compare, au contraire, aux cellules normales dont les

tixies deviennent des *"" ' ^ *

ISS —

toules 5« res5«mb!eDi, et itoasparaiismi indifférentes; il doQC «Qlre elles quelque chose qui dïfl^re ; mais ce chose. que)]. Yircbow considère Tolofitiers comme ud| comme une irritaiion, c'est-à-dire comme un mol su fication précise, ce quelque chose, ^ nous ne pouvons naître. * Nous trouTons que c'est beaucoup s'avancer. ]ei si nous paniendroos jamais h distinguer, dans les embryonnaires, celles qui deviendroDt des muscles i»A, qui deviendront des vaisseaux et des nerfs, mais j'ai vktioa que nous parviendrons, un jour, à distinguer ïoiiîales qui deviendront un cancer confirmé de deviendront un engorgement chronique. Je ne aucune façon, en effet, admettre avec le célèbre patbl de Berlin, que, dans les points où survient une des ii qui causent les produits morbides, < les choses suivent d' la même marcbe que dans les irrilaiions inflammatoire^^ qu'à un certain stade, « un cancer resi^emble à un tubert {Palhol. da tum., p. 83 et 90.) Nous reconnaissons bien, e) propres obser\-atioas en donneront la preuve, que les rences sont souvent telles, que l'on serait tenié de Ci l'existence d'une simple irritation; mais nous croyons qufl' n'est qu'une apparence; noua n'admettons pas quu les ini tions cancéreuses soient h aucune période semblables irritations simples ou, si l'on veut, mécanico-chlmiquea, supposant que ce mot irriiation, en lui-même vide de désigne les modifîcations primordiales que subissent les sus. En fait, cela n'est pas exact; en théorie, cela répugot la raison, tout comme il lui répugne d'admettre qu'à époque quelconque, un tubercule puisse ressembler complète* ment à un cancer; autant vaudrait admettre, suivant nous, qu'un chêne peut, à une époque quelconque, ressemblera peuplier. Si les différences de l'un et de l'autre ne nom pent pas toujours, il faut bien nous dire que ce ne peut quelafaute de nos sens et des instruments que QOOl lypil

à notre secours; mais au lieu de désespérer ou de conclure à une ressemblance complète, il faut redoubler d'efforts, car les différences existent inévitablement, et nous pouvons espérer de les découvrir. C'est à ce point de vue, nous l'avons déjà dit, que, si nous ne partageons pas les illusions des micrographes et si nous n'approuvons pas leurs prétentions, nous applaudirons toujours sincèrement à leurs efforts» et encouragerons leur zèle.

Lésiam iniliales. — Si les lésions initiales de toutes les maladies sont difficiles à caractériser, il faut reconnaUre qu'elles sont avant tout diiBciles & observer. Quand les malades viennent, pour la première fois, nous demander des conseils, il y a toujours plus ou moins longtemps que leur maladie existe, et elle existe même ordinairement depuis longtemps, quand elle a appelé d'abord leur attention, quoique ce moment soit presque toujours éloigné de celui où ils viennent nous consulter. En décrivant ici les lésions du début, nous n'avons donc, en aucune façon, la prétention de décrire les lésions du début véritable, mais bien celles qui ont pour la première fois attiré l'attention des malades. Nous ne comprendrons d'abord, dans rénumération de ces lésions, que les vingt-six cas dans lesquels il ne nous paraît pas possible de conserver de doute sur le caractère cancéreux de la maladie; nous étudierons ensuite séparément les treize autres, où le diagnostic est plus incertain.

Sur ces vingt-six cas sérieux ou très-graves, la maladie a débuté deux fois par. ce que les malades ont appelé une gène et un simple embarras de la langue, mais gène bientôt suivie d^une gro$$9ur (obs. 17) ou d'un état appelé phlegmasique par les médecins consultés.

Dans deux cas, les malades se sont aperçus seulement d'une augmentation de sensibilité de la langue^ et, autant que nous avons pu nous en assurer, de la superficie de la langue, sensibilité transformée bientôt en une sensation de brûlure, et d'une

ijxb !^. 2 sira^. Tsn& e saemiL cbu fw invdnr, droite »Tuim ii^rmiTig le T^imifts US IL m^BSLCi Af CTPvisBeK (olis.2t).

la&r ms a& àâ» j ni in me éir i» ]veaiefs phéoo-

atsus Kms. mb ins rjmsmnmiaifi avec de petits boatons ÎUBRS -nfes ?r . ^ iim& js ùsasL mets cas. fruaptenent saiis ie vsnaâlɱ^ nnneoB 'in& SI VLit svafeae&i et dlntumuni jâ& ! -

Znvè ÎB& là^ !rL 33 ic JIE. je hnwk} iir anle panltrait rioir lo: -d iriii*ïinmtatf mnar . A «ar ces trois fois, nue fois cecu iuuieur s^iâ^ ssBiinssa^ i^s^-iive dus one oreiUe •lôew JIF' : ian<^ :^ néna sms^ me « KÙe ffaîe » s*est produite 3tiâaîr:ifU!:?!ninic «ur jl .suxscvs^ sùs^ chose àagalièfe* ssns iauieur. r^Ltï^n. tvmL TiSùt^ ^eiiâss assa longtemps loctlisée 1 1' jreù!i;. Daa5 .tt< :aix 3as«^ Les »ihdes ne se sont pas ^SLJrii^ triîâ-tzif canes: sur le 5^ê«. profond on superficiel, de !a ■iiol'îur.

Deus. fi:b. Le na. i >.àu:^ rdr détenions ^obs.4, 14, 16et29) et aiaiTi rcL? rar i-is « iDà;e< > obs. 23 et 35 - Ce début est Lacéreâi^a::; i aoc^r. ponre i^ie Ii?s aphtes étant one lésion gêné* raleoL^at b:«?iL acpnfcice dcs p<r§oaaes étrangères à la science, oa peut co a:<îdêrer . diii5 ce:^ cas. comme exact le renseignement doané par le$ malades, et cela d*autant plus, que ceox-d ont fait uae dlfféreace entre les aphtes et les Mtcémiaiu.

Cette dernière lésion a formé six fois le début de la maladie ^obs. ij 3, 15, 19, â6 et â8 , et parait avoir existé seule dans les cinq premiers cas; dans le dernier, le malade a constaté concurremment l'existence d'une dureté.

Enfin, cette dureté elle-même a été constatée trois fois comme phénomène initial (obs. 8, 20 et 27), dont deux fois seulement accompagnée ou promptement suivie de douleur ; l'induration a été d'abord superficielle une fois (obs. 8), encore pluB ou moins superficielle, une autre fois (obs. 27), et profonde une fois (obs. 20).

Dans un ca^, nous ii'avuiis pris aucun renseigne me ni sur le début de la maladie.

Si nous comparons les renseignements précédents à ceux qu'on trouve dans quelques-unes des observations rasscmbliics par M. Maisonneuve, on voit que les pius grandes analogies existent dans les deux séries. Sur les vingl-lrois cas réunis par M. Maisonneuve, on a pris huit t'ois des renseignements sur les pliéuomûnes initiaux de la maladie ; sur ces huit cas, deux fois (obs- 3 et 12] la maladie a débuté par un simple embarras, promplement suivi de douleurs lancinâmes dans un cas, et d'induration sous le frein, dans l'autre ; trois fois, par des picottemenls (obs. 8), une douleur légère promplement suivie d'une petite dureté (obs. 9) ou une sensation de Lrùlurc (obs. 7), bientôt transformée en élancements; une fois, par une petite dureté, suivie d'une plaque blanche épidermique (obs. 11); une lois, par une ulcération superficielle (obs. 17); et, enfin, une fois par une induration profonde.

Je ne donne pas, tant s'en faut, les renseignements que j'ai recueillis moi-même comme des modules d'exactitude, pas plus que ceux qu'on trouve dans les faits rassemblés par M, Maisonneuve, qui, presque tous, ont été recueillis dans les hôpitaux, et qui présentent, pour ce motif, quelques garanties do moins. Toutefois, il me parait difficile de ne pas tirer de la concordance des uns et des autres, la conséquence qu'ils sont exacts, dans de certaines limites; et, s'ils sont exacts, on en doit tirer au moins cette conclusion générale que, dans l'immense majorité des cas, le début des affections organiques de la langue a lieu dans les parties superficielles de l'organe. C'est une circonstance qui aura son importance quand il s'agira de compléter, par le diagnostic, ce que nous avons dit sur la fréquence relative des diverses formes. Gomme elle a aussi son importance, au point de vue du traitement, il nous suffit pour le moment d'en prendre acte.

Dans les treize cas douteux ou légers, trois fois la maladie a

débuté et a été presque ou tout à fait constituée par un excès de sensibilité, avec plaques blanches dans un cas (obs. 10), et aspect glacé de la muqueuse, dans les deux autres (obs. 11 et 12); une fois la sensation a été celle de piqûre ou de brûlure (obs. 21) ; deux fois, le début a été signalé par des plaques blanches seules (obs. 18 et 34) ; une fois par une simple saillie de la muqueuse (obs. 6) ; deux fois, par un développement papillaire (obs. 30 et 39) auquel se sont joints, dans le dernier de ces deux cas, une érosion très-superficielle, presque imperceptible, et un commencement de ce fendillement que nous allons voir être si remarquable; une fois, les aphtes ont ouvert la scène des altérations (obs. 35); une fois, ça a été un bouton induré, et, enfin, une fois, c'est une ulcération traumatique ou du moins due à un caustique, qui est devenue le point de départ d*une induration très-rebelle, quoique modérée (obs. 32). Cette dernière série de faits, vu leur peu de gravité, pour la plupart, exige quelques remarques spéciales; pour ne pas interrompre ici l'exposé de l'anatomie pathologique^ nous les renvoyons au paragraphe du diagnostic et aussi à la suite de chaque observation en particulier.

Nous pouvons cependant, dès à présent, k propos des cas légers, en mentionner un très-intéressant, qui nous fait connaître une forme que nous n'avons pas eu l'occasion d'observer, et que tout devait faire considérer comme bien légère aussi ; ce fait est raconté parle professeur Gosselin ; de même qu'on peut trouver des bonnes gens, il peujt y avoir aussi de bonnes choses partout :

« Tantôt, dit ce professeur, le cancer de la langue est sous

forme de tumeurs pédiculées, ayant la forme d'une poire ou d'un champignon. Cette dernière forme, qui est la plus rare, s'est rencontrée à l'hôpital des cliniques sur un homme de quarante* huit ans. La tumeur avait un pédicule long d'un centimètre, itroity inséré à la face inférieure de la langue. L'ablation en fut faite aisément avec des ciseaux courbes; mais quelques mois plus tard un cancer volumineux des ganglions ramenait

le malade à l'hâpilal, où il ne tarda pas à succomber, par suite des progrès de celte nouvelle tumeur. •> [Comp. de ckir., t. II!. p. 707.)

Celle forme doit, en effet, être irès-rare, puisque nous no l'avons jamais observiîe et que nous n'eu avons pas trouvii d'exemples dans les observations que nous avons pu lire. Il y avait Men quelque cliose d'analogue à la partie postérieure de la langue du malade de nolnt observation 21; mais les pédicules des végétations n'étaient ni aussi longs, ni aussi minces, ei aurtout, ils étaient loin de constituer toute la maladie ; et ce qu'il y a d'important, dans le Tait du compendium, c'est de voir qu'une production aussi bénigne ou tout au moins aussi peu avancée en développement, ait été si prompleraeiit suivie de mort, après l'opération. Nous aurons occasion de revenir sur ce fait.

Toutes CCS lésions du début, qu'elles soient profondes ou superficielles, restent, en général, peu de temps dans le même Étal, et elles donnent? lieu, en se transformant, k des lésions consécutives diverses que nous allons indiquer le plus brièvement qu'il nous sera possible.

Nous ne nous croyons pas obligé, à l'exemple du profond pathologiste et professeur éraérite Gosselin, de prévenir le lecteur que. ■ à (on débul. le cancer profond n'îsl jamais ulcéré. » (Compend. de dur., 1. 111. p. 707). Nous croyons pouvoir, sans abuser de la générosité, accorder à nos confrères la perspicacité nécessaire pour deviner, sans qu'on la leur apprenne, cette grande vérité; mais nous croyons pouvoir leur dire que, superficiel ou profond, le cancer de la langue, quand il no débute pas d'emblée par un ulcère, finit tùt ou tard par s'ulcérer, et ordinairement après un temps qui dépasse rarement H un an et qui n'est parfois que de quelques semaines. H L'Hlc^ro^i'on revêt à peu près toutes les formes les plus caprl- H cîQuses quo l'on puisse imaginer. Nous nous contenterons donc

Qf stfsiitfr Mute çif id«$ «ttt para ks i4os digiies d^ JMS. iiL mû m ]fc:£a&. sms «at le plss frappé.

I «I ^^ intf çi£ est as dénier poînl remaniuable et qui TtiriLU rriur irvm M. i^ fcvifessevr XéUtoo et le professeur ^isseoii iiL-aufflU. i m^Às ^11 m*ait copié son maître, saos >^i!t jwe&ri iàrz ^^eîc .xtiie ^xe^tfapcès im de nos malades, chinusti âisciiiriif . niQS sweueroais «kétation en cUtegt. « Ma iBi^itf » xdrpf . 3ii«c^ âsiîi4L comme se dirent certains minértoUL. i ^ ÎL v^/dim^nisîMft est Tiaiment des plus justes : une Mircmi lîu^ M. 2iaùfi$^ cMàlmUe de la langue on la langue TCfêiçitt :iAiQ iiicj^. fsc sifiuw eft petits Ilots, par des z^a^^nic 7«M iii rv^î-Mt ;s;Mnettes» ^nand on regarde Torj[?ii» . TUàiiâ^î' ^tf IvTcs^ M ae$ siMide arec on sterlet on avec un ^c^iu. ^a > iKT^^ki; <^>IIe^ cet «n ei même jnsqu^à deux <-«c^«ic:^ ^ 7cxd^i&à»r. ^ ;pL*iinsi les petites masses poly- >!tMtvçijtf<^ {a^Iii:> rîirt^m:sc;^v>n; ûeanent parleur extrémité ;ujaic*jkfu.^. jit: aiw 5C»:^ i«i j^îcixiif bmucoup plus étroit que ^^vu-^;imi;4 ^çg*K«> Cfi:;:f sù^ilièfe forme, qjai parait être 7iU.t;^;i. ijie :^^Jt.!i.^' i.t^^'ti iKf Iji lasbCM qtt*one ulcération, :s^>^?t-*çi]l^<-<* *^ 7*ic ^irfO^x^ iiçcsLiioa anatomique ou appar- *j»,m;>v'i:*.* a 4ii»^ virLii».^ TorôraJbènf de la maladie? Nous ne ^4.^^ *vit> > ir^ ; ho-jî^ i^ ïCui?^ joril: pcv>habte que robservation j^^AMU"*^^ iv: ;xfC^ rcrmf .vaciim à qwlque conséquence intéc'Ocsiiiït^ <W4£> \i i <a: .^xiOî 5^aà^ $i « n'e^t dans les deux,

i iv' ji4.*:^f .hernie, cvotçeasi; ajc$^« au premier abord, est vVv.V <j:'^ w ^ u^cru: i^wC« ?^cm? «a cnmrrr r au sommet d'une v>tt:;ictrvv ,va.AÇW >5? vn.\4:^ xte sJkVmiioa de quelques mîllît^^^r^^s ic Z^vi tt^<r^ ;fC ^xl joi:^ iKsi peu profonde que peu %sv«<^' . «vx^:^ ;cc^x\rtt eîcî^cûc^ ^iiass oHte ukéntion un pinsVs*^. ,M ^^>jvirv Jt. x^ i-etij. e5 c:«> cenùmètres de profon- ÀNir. ^ :\^:x $ JtJ^^rv ^jisf. tiu:s > fa&i de ciHte espèce de crai^\ .Vis\v^;3vxfc tr^ SMï<vvtp piw br^e qu^Torifce, et que

le supposer. J*ûi observé la même disposition dans un cancroîde de la face, chez un contre-amiral. Tels sont les cas des malades des observations 2 et 24.

Tantôt, l'ulcère envahit une surface plus ou moins large et s'avance vers la profondeur de Torgane, en détruisant à peu près également tous les tissus à la fois; tantôt, il détruit les tissus musculaire et cellulaire, tout en respectant plus ou moins intégralement la muqueuse et le derme sous-jacent; cette particularité s'observait à un degré extraordinaire chez le malade de l'observation 26, dont une moitié de la langue ressemblait à une épaisse demi-coquille d'œuf, formée par la muqueuse et le derme, tous les tissus sous-jacents étant détruits. Mais, chose bien digne de remarque, nous n'avons jamais observé el nous n'avons pas vu notée, dans les observations des auteurs, la particularité inverse, c'est-à-dire la destruction de la muqueuse et du derme, avec conservation des tissus sous-jacents. II semblerait pourtant bien naturel, à priori, que la muqueuse qui est presque toujours, ou au moins dans rimmense majorité des cas, la première envahie, qui Test longtemps seule, dont le tissu n'est pas naturellement très-résistant, dût être détruite pendant que les autres tissus résisteraient; mais il n'en est rien. Les explicateurs trouveront sans doute à ce fait quelque explication très-naturelle, comme ils en ont trouvé une à la plus grande fréquence de l'encéphaloïde, dans la langue; mais un des malheurs de ces explications, c'est d'expliquer aussi bien ce qui n'existe pas que ce qui existe.

Les bords de l'ulcère, quelque disposition qu'il affecte, présentent ordinairement les caractères de tous les ulcères cancéreux, c'est-à-dire qu'ils sont déchiquetés et renversés en dehors; quelquefois cependant ils sont renversés en dedans, et plus rarement droits, comme ceux d'un ulcère ordinaire; ils sont toujours plus ou moins indurés, quelquefois presque aussi durs que l'induration primordiale elle-même.

La surface est également celle de tous les ulcères cancéreux,

si ee n'est que la sécrétion ichoreuse offire ici un degré de fttidite que présente très-rarement l'ichor du cancer des autres organes, fétidité qui disparait, du reste, instantanément et comme par enchantement, aux premières applications de notre médication, ainsi que nous Texpliquons au chapitre du traitement.

Inâuraiùm. — L'induration est un caractère commun h tous les cancers, sans en excepter Tencéphalolde, quoi qu*en dise notre savant confrère, H. Lebert; tout ce qu'on peut accorder, c'est qu'elle est moindre dans l'encéphaloîde que dans les autres variétés, sauf le colloïde, qui pourtant est encore souvent très*résistant. A ce compte, nous Favons déjà dit, l'encéphaloîde serait bien rare à la langue ; le squirrhe ou Tépithélioma y acquièrent eux-mêmes une dureté qu*on ne voit guère ailleurs. Cette dureté particulière ne paraît pas, il est vrai, avoir frappé les observateurs qui nous ont précédé, mais elle était telle chez quelques-uns de nos malades, qu'eux-mêmes se plaignaient d'avoir une langue de bois, Tun d'eux disait même une langue de pierre, et la métaphore n'était pas, en vérité, trop exagérée. A moins d'avoir été trompé par une série bien extraordinaire, et partant très-peu probable, nous devons pourtant croire que cette induration exagérée est loin d'être rare, car nous ne l'avons pas constatée moins de douze fois sur nos vingt-six cas graves (obs. 1 , 2, 4, 5, 7, 16, 24, 25, 26, 31, 36, 37), et encore existait-elle à un degré encore trèsprononcé chez plusieurs autres. La langue diflfère donc, sous ce rapport comme sous bien d'autres, de la plupart, sinon de tous les organes.

C'est à cette induration exceptionnelle que la langue doit de paraître assez souvent tellement soudée au plancher de la bouche, qu elle ne peut exécuter spontanément et qu'on ne peut même lui imprimer aucun mouvement, et qu'il semble qu'on la briserait plutôt que de la faire changer de place.

Siège, Résisianct des diverses potUcms dt Vor^atie. — On a vu

que les parties superficielles sont beaucoup plus fréquemment

atteintes que les profondes, au début delà maladie; mais dans

les parties superficielles elles-mêmes, il y a peu de différence;

cependant, le bord libre parait un peu plus souvent atteint

que la face supérieure, et celle-ci beaucoup plus souvent que

Tinférieure, même en tenant compte de la moindre étendue de

cette dernière. Cette circonstance n*est peut-être pas tout k

fait indifférente pour le traitement prophylactique, nous aurons

à y consacrer quelques lignes. Un côté ne parait pas plus souvent

affecté que l'autre; la base parait l'être un peu plus rarement

que le milieu ou que la pointe. La seule immunité bien cens*

tatée est celle de la cloison médiane ; quand la maladie n'atteint

d'abord qu'un côté, ce qui est le cas le plus fréquent, elle

éprouve les plus grandes difficultés à envahir l'autre, à travers

ia cloison, et il arrive, parfois, qu'une des moitiés de la langue

offre un développement exagéré, tandis que l'autre est envahie

par un cancer atrophique (obs. 2).

A part ces différences générales, il y a des parties ou plutôt

des points spéciaux qui, sur Torgane envahi, conservent

longtemps ou même toujours leur structure normale ou à peu

]>rës normale; ces parties, quelquefois très-circonscrites,

forment au milieu d'un vaste champ de destruction comme un

Ilot qu'une heureuse influence a préservé de la contagion;

Toilà encore une particularité que nous ne chercherons pas b

expliquer, mais qui doit presqu'inévitablement, un jour ou

l'autre, jeter une certaine lumière sur l'étiologie et, par suite,

sur la thérapeutique ou la prophjlaxie du cancer.

Volume. — On a déjà fait remarquer que l'encéphaloïde ne prend pas à la langue le développement considérable qu'on observe dans quelques autres organes ou tissus; il y a peutêtre à cela une expliôation trop naturelle, c'est que l'encéphaloïde, au lieu d'être très- fréquent, est rare ou très-rare h la langue; mais cette explication, à la supposer juste, ne serait

serait également vrai dusquirrhe, car on ne voit k la langue rien de comparable comme développement à certains squirrhes du sein et du testicule ; on pourrait objecter, il est vrai, qu'un pareil développement est physiquement impossible à la langue, attendu qu'avant d'être atteint, les malades seraient suffoqués. Mais cette objection ne serait vraie que s'il existait au moins un certain nombre d'exemples de mort par suffocation, dans le cancer de la langue, or, ces exemples n'existent pas; on parle bien, dans quelques cas exceptionnels, de cancers qui produisaient des menaces de suffocation; mais ces menaces, à notre connaissance, ne se sont jamais réalisées, et il est k craindre qu'elles n'aient été vues que parce qu'il fallait un prétexte à des opérations aventureuses. Dans les faits qui nous sont propres, nous avons observé plusieurs cas oii la langue était volumineuse et portait, par suite de son développement exagéré et de son induration, l'empreinte de toutes les dents; mais nous n*avons observé, dans aucun de ces cas, une suffisante gêne de la respiration pour faire craindre le moindrement une asphyxie. Ce qui est vrai, c'est donc que le cancer de la langue prend un développement moindre que celui de la plupart, sinon de tous les autres organes; les lèvres, les joues et le nez se rapprochent, du reste, beaucoup de la langue sous ce rapport. Il y a aussi une autre raison qui fait que le cancer de la langue ne prend pas un développement énorme, et qu'il ne « s'étend pas de plus en plus, « comme le dit M. Lebert (Mal. cancer., p. 429); c'est qu'il n'arrive jamais h un certain développement, sans que l'ulcération apparaisse, et que l'ulcération détruit une partie de la production morbide, k mesure qu'elle se développe, ce qui n'a pas lieu dans beaucoup d'autres organes où la production est bien supérieure à la destruction.

On ajoute une seconde remarque, qui concorde parfaitement avec la première, c'est que c'est à la langue probablement que le cancer affecte le plus souvent la forme atropbique, quoi* qu'elle y soit encore assez rare; c'est ce que l'ingénieux pro-

fesseur Gosselin dit dans ces termes, avec ce bonheur d'expressions qui lui est propre : « Le volume de la tumeur » — de la langue — « est quelquefois considérable, dans d'autres cas il est diminué. » Les esprits difficiles demanderont ce que peut bien être une tumeur dont le volume est diminué, surtout quand ce volume n'a jamais été augmenté. Mais il ne faut pas trop raisonner avec certains professeurs, M. Richet lious en donne une preuve bien convaincante. Il nous faut pourtant faire une remarque sur ce cancer atrophique, c'est ^ue, dans les cas que nous avons vus, et particulièrement chez J^ malade de Tobservation 25, un des plus remarquables sous 4^ rapport, il y a toujours eu une suppuration ou une mortiiioAtion, une sorte de délitescence ichoreuse qui a précédé l'atrophie, c'est-à-dire, en définitive, une véritable destruction p£ir Eielle. Il en était de même chez le malheureux malade de l'^ol^servation 2, qui offrait cette singulière particularité d'avoir uxm^ forme atrophique d'un côté de la langue, et une forme ]ftyi>crtrophique de l'autre ; mais sur la partie atrophique, plus eicmc^ore que sur Tautre, il y avait une ulcération, et l'ulcération ii.*^:3ciste pas, sans détruire des tissus. Nous ne pourrions donc p^ci..^ affirmer, d'après nos propres faits, que le cancer atropl=^l.cf ue existe indépendamment de toute perte de substance ^ ^^ t^^rieure ; ces cas paraissent cependant exister, mais il ne i^o%As a pas été donné de les observer. S'il s'en trouvait ^^^ observations bien détaillées et bien concluantes, elles ^^^acài>leraient démontrer clairement que le tissu cancéreux P^^JLt aussi bien être une transformation d*un tissu normal l^^^'mjne production nouvelle, car il est difficile de comprendre l^-"^ l'arrivée d'un produit nouveau dans un organe en ^^'K^inue le volume, au moins d'emblée. Un des faits les plus ^•-^ ^i^îeux, sous ce rapport, serait celui qui a été communiqué à la c^iété de chirurgie par le docteur Morel Lavallée, et dont "^ ^ Maisonneuve fait mention, p. 322 de sa Clinique; mais nous ^ ^^^rons pas pu l ire ] '

M. Haisonneuvc est tout b fait insuflisant, pour donner la certitude qu'il s'agissait bien d'une atrophie exclusive. Il y a donc là, comme sur d'autre» points, encore quelque chose & voir. Ce qui est bien vu, c'est que le cancer de la langue est parfoii alropliique, au moins consécutivement, si ce n'est pri mit! veinent. Etttmtion. — M. Lebert a dit qu'il mesure que le cancer de la langue augmente de volume, il contracte des - adhérences ■ avec les parties environnâmes. Nous supposons que ce qu'a voulu dire l'ingénieux micrographe vaut mieux que ce qu'il a dit; nous n'avonsiamais constaté el nous ne sachons pas qu'aucun chirurgien ait constaté des adhérences de la langue avec aucun autre organe; dans plusieurs des cas que nous avoni rapportés, ainsi que dans quelques-uns rapportés par d'autrea observateurs, la langue a paru adhérente au plancher de la bouche; mais cette adhérence n'était qu'apparente, et quand nous avons été assen heureux pour améliorer plus ou moins l'état des parties malades, ce qui a eu lieu trôs-souvent, nous avons pu constater que la langue était restée parfaitement isolée dans les points oit elle l'est naturellement. La plupart de nos observations fournissent des preuves irrécusables de ce fait; nous nous bornerons h citer, comme l'une des plus ^em8^ quables sous ce rapport , l'observation 37. Mais si ■ le mal ne contracte pas des adhérences, ■ il s'étend quelquefois aux parties environnantes, beaucoup moins souvent, cependant, qu'on ne serait disposé h le croire, d'aprâs ce qu'écrivent les auteurs, et ce qu'écrit M. Lebert lui-même. Dans nos vingt-six cas graves, nous n'avons vu qu'un petit nombre de fois cette extension, et encore se bornait-elle presque toujours au sillon gengivo-lingual et aux piliers antérieurs du voile. Quelquefois, la propagation s'est faite au voile lui' même et aux amygdales, sur des points qui étaient en face de l'ulcération cancéreuse de la langue, et qui devaient se trouver fréquemment en contact avec elle; il nous a paru que, dans ces cas. la propagation s'était opérée par une véritable

contagion, comme il arrive souvent des ulcérations sypIiilU tiques de la marge do l'anus ou des grandes et petites lèvres : en lace d'un chancre, on voit assez souvent s'en développer un nutre, sur un point de la peau ou de la muqueuse en contact avec lui. En dehors de ces cas de contagion, qui ne sont pas, du reste, euï-mêmes très-nombreux, la propagation est beaucoup moins fréquente que ne le donnent k entendre les auteurs.

En revanche, la propagation aux ganglioni lymphaliqun l'est hien davantape, et nous devons avouer que l'erreur des chirurgions. sous ce rapport, nous a étonné au dernier point. ■ Les friandes lymphatiques du cou sont quelifuefoix affectées dans le cancer de la langue, » dit H. Leboil (Mal. cancer., p. 431), et il site comme une sorte de rareti5 « un cas qu'il a vu dernièremenl. et dans lequel existait une masse ganglionnaire plus volumineuse que le poin<,', » concurremment avec un cancer de la langue; comme une autre rareté, il cite un engorgement analogue observé par M. Bennet; il semblerait que CCS deux cassent les seuls qui existent dnns la science,

M. Maisonneuve partage, du reste, la mémo erreur, qui se trouve, en quelque sorte, justifiée par les faits qu'il rapporte, et dans lesquels on voit seulement quatre cas, sur vingt* trois, où les ganglions soient plus ou moins volumineux. Il est vrai que dans la plupart des autres, on ne dit pas qu'ils le soient ou qu'ils ne le soient pas; mais comme l'engorgement ganglionnaire est presque toujours (1) considéré comme une conlre-indicaiion & l'opération, on peut et l'on doit même ïiupposer que, lorsqu'on ne le mentionne pas, c'est qu'il n'existait pas. Peut-être aussi cette contre-indication explique- 1-elle pourquoi l'engorgement ganglionnaire n'est pas plus

(I) te dis prcique toujaurs. car dans deux des quatre a» où c«t engorgameat Fxi«l*it,unR roiR les ganglions rormaient une tuineiir voImnineufËtcââdp Liirranc), Mut» ■ulrsfciU, ili tuipnt en outrn en siippuraKcn [uns de H. J,Cloiiuet),Ge qui n'a pas empf ;hÉ les chirurgiens d'oiiiirer.

«qui sont

^Èt A

ledit k enteAdre, que de la Ungoe, e*e8l Aolé dans aos obser- (t) ; et sur 5, 7, 19. 27, 28. 31, était considénble ou ua Tolame respectife , die offre parierons dans ttkMuier ici une aaatoauHpalhophjrsiqae entre : par eremple, et 31» le cancer da squinbe ou du de ces deax malades, atn^^Uque (atro- ^;^ chez tous foogaeuxet qockpie sorte

<^j9«^s. 4lr .«iM^iiimàf. L* Aw»%a tiMi 27 est peut-être ^^s^ ^<iMiii?içiiiihir ejoief Siu:> fe riffari. Xoa^elle raison 4r ^tT^M;?^ 4 ; 4fsiîii> âr uoi»^^ fenaes de caacer; noureUe ^*^ «ii»r aii»t%^lc«r ^ imr^, ^^sr «$ fiûis asalogaes à eeox que y i^^^t^vo^iirv ^<;0M4pr ainu^ ^^njonsus peat-^cre, oai déjà été >^Jiçif>^!^^ TVH^r ^'âwrt?^ itcwûH^ pKr M. Vèlpean, dans la dîs- ^v^ss^N-xt ^ >:ss* Cu. :j5iâ* àa: Ms» of7aui> loagteaips, et nous ^ ^\VM«s ^r^M^V 4iiin$> *i^ :f«rfuaM>e$ ?•¥** ^ ** tratail, qu'on

M!U!tiii> X )!s: 0L X X T a nas &

M: >M0!!eai; :ia^K amafiare ^i^kui^Kisr 4(^ .001 unes r^^ws^ aànàs^

iK^

an

peut trouver toutes les formes du cancer réunies dans une même tumeur, et ce qu'il y a de plus étonnant, c'est que M. Lebert signale le même fait qu'il a constaté micrographiquement, sans que cela lui ouvre les yeux sur Tidentité fondamentale de toutes ces formes : « Le plus souvent, dit-il en parlant du can-. cer de la peau, nous avons trouvé des formes intermédiaires entre la forme squirrheuse et la forme encéphaloîde, et dans un dixième des cas, nous avons observé des tumeurs mixtes^ cancéreuses et épidermiques {Mal. cane, p. 603); le tout d'ailleurs « s' expliqtH aisément » parla structure de la peau, comme s*explique aisément, par la structure de la langue, la fréquence de Tencéphaloîde dans cet organe, comme s'explique aisément, en un mot, tout ce que M. Lebert a observé; mais, de loutes les explications, celle qui parait la plus naturelle, c'est-à-dire celle qui attribuerait ces intermédiations et ces mélanges à l'identité de leur cause, cette explication ne vient pas à M. Lebert ni aux micrographes.

En résumé, le cancer de la langue est un de ceux qui s'accompagnent le plus fréquemment d'engorgements ganglionnaires, et celui du sein est le seul qui me paraisse pouvoir lui être comparée sous ce rapport, si même il ne vient après. Que ce fait soit aisément ou malaisément explicable, ce qui est certain, c'est qu'il est, et ce qui est non moins certain, c'est qu'il est un indice de la gravité de toutes les formes du cancer lingual , car toutes s'accompagnent également d'engorgements ganglionnaires.

Mais si la propagation du cancer de la langue aux ganglions est fréquente, il faut reconnaître en revanche que la propagation à d'autres organes, — abstraction faite, bien entendu^ de ceux qui sont en rapport de eontigoité ou de continuité avec la langue, — est des plus rares. Quoique nous n'ayons pas fait Tautopsie de ceux de nos malades qui ont soeeoflibé, l'examen minutieux auquel nous nous sommes livré de leur vivant^ aussi bien que les renseigiiMieDts qui dow sont ptr^

«•«> après leur mort, quand ils ont succombé loin de nous, Bc^ pametteat de croire que, ni chez eux, ni chez ceux que MK ciws été isseï heureux pour ramener h la santé, aucune fvtkdiMtioii ctncéreuse ne s'est développée dans d'autres fÉTiM» ^«e celles que nous venons de mentionner, au moins aocw prtNhidkMi ayant causé un trouble appréciable quelcMfw 4e$ foactîoos^ ayant donné lieu à des « symptôme ^POT nmMij;^ coBuie dirait mon savant et subtil confrère, M. ^va. Tai déjà eu précédemment Toccasion de tirer les MfWi^iiMKK qui ane paraissent découler de ce fait, je n'y j^rcMiàrai |ias kî Jrojnei p. 117), et je me contenterai de coodjm çœ c^es à boa droit, cette fois, que H. Lebert a dooné 4*wiaw nifef ramé le fiûi que lui a communiqué son confrëref îf «Mirar Lxdkrs^ d^va cancer de la langue coexistant avec 4»!^ ;4miMrs^ MJimeues multiples dans le foie.

ttià^ Al: M. L(i«t n a pas eu raison» c'est quand il bit de

A^:c i«h^:t!uv of v^OiKpbmtions lointaines, de généralisation»

«vutu^ At k Ci:. iJt caractère distinctif du cancroîde et du

<,^ui;^ . rc ^l: i X a |u^ M raison non plus, c'est quand il a

nxiATUf ixtif ùl^;trJC s;;xanBée pour expliquer comme quoi

*jii!Év\:««'it ^^i^n^Tvùiij^ <e Kme aux ganglions. Nous ne voulons

Ms^ ju^s$& <atf ii/o;^ >^eifiOffi$ de le dire, répéter ici les considé*

na^^ni^^ <uir ivTu;^ xv«*t73S âcwioppêes ailleurs ; maia il nous faut

àiiv i't^ ^^s^ >'a^* ;;a:«^ j^usùce de ces théories mécaniques

^^» Al .*^ Aiu-UAiir ^ ^^ar MOf lier par des savants qui, comme

>l. ^ <v>v> V >^' sMk ,^r*:< 4 i« ièisdes sérieuses de physiologie.

Page 1