‹ Observations sur la curation des maladies organiques de la langueChapitre 7 sur 40 · X.^vM^ 4VUC <>N)t xiievrir de rinfection gan^onnaire, telle · texte numérisé non relu

X.^vM^ 4VUC <>N)t xiievrir de rinfection gan^onnaire, telle

^^^ . VK'îj^' H^ l.fàt*r^ « î^jf qne Font adoptée les micro*

V V\â<s y ^cin^ ^ «hs^fn^ rvcs fois une iniection épidermiqoe ji^ ^^t^tl%^r;^ >q»^r»hiâ:i{iiir& vdtsà» du cancroîde : une fins, , Vuvvav v^ v^i^i^M» :inpiaftua duB u cancroîdo de la w^v^"^ ^^ ^^'V .^hcs ^âift^ ^sdirâM^ i« cou daw lecancrtrikle de i% V^«^ ^«itiNi Yv H^ IftwMt ai» éepisa. signalé une infeetion

— in -

épidermique des glandes lymphatiques à la suite d'un cancrolde de la langue. Les partisans de l'identité entre le cancroîde et le cancer pourraient voir dans ce fait que nous êommes le premier à signaler (1), une raison en faveur de leurs doctrines. Un examen bien superficiel seul permet d'arriver à cette conclusion. Qu'y a-t-il d'exceptionnel dans cette propagation aux ganglions? ne les voyons-nous pas s'engorger à 11 suite des affections de la peau les plus simples et les plus bénignes? Nous savons^ de plus, par les beaux travaux de M. Ricord, que le virus syphilitique d'un chancre peut se propager directement aux ganglions lymphatiques voisins de raine et rendre le pus de ces bubons inoculable, tandis que celiiiH^i ne Test plus en aucune façon dans les glandes circon* vokines lorsque l'inflammation s'en est emparée par simple propagation. Nous observons quelque chose d'analogue dans le cancroîde; car, à parties glandes lymphatiques, en rapport anatomique direct avec le cancroîde, on ne trouve plus trace d*infection ni dans les ganglions éloignés, ni dans les autres parties du corps. On est tout naturellement porté à se demander de quelle façon Tépiderme arrive dans ces glandes, et ici deux manières de Texpliquer se présentent : par absorption du blastème épidermique qui, pris par les vaisseaux lymphatiques, est déposé dans les glandes, où, alors, des cellules d'épiderme se forment, ou par transport direct de l'épiderme par des lymphatiques érodés qui le charrient dans les glandes voisines. Ce transport n'a rien qui répugne à l'esprit lorsqu'on tient surtout compte du transport des matériaux solides d'un

(I) Notre savant confrère s*abuse on peu, ce noos semble ; il peut avoir signalé le premier rtnfbction des ganglions, dins le cancrcUde, parce qoMl a le premier Mfloyéle mol de cancroîde; mais quant & la choee, elle est signalée, je diraia iwloalien de toute éternité, car U n'est pas un chirurgien qui n*ait observé TlntetkNi ganglionnaire dans le cancer de la verge, lequel comprenait le cancroîde, poor toQs les anteurs qui ont écrit avant H. Lebert, comme il le comprend encore potf M», et I pea prto pouf toDl le mondei

point de l*écoQoaie à uo autre, h travers les lymphatiqQes» oonstalé déjà par Oesterlen, et tout réceounent catégoriqueineut démontré par M. Follin, qui, chez des individus dont les avant-bras étaient tatoués en rouge, a trouvé des molécules de vermillon dans les ganglions de Faisselle, et du bleu de Prusse cbez des individus tatoués en bleu. Nous trouvons une différence incontestable entre cette propagation du cancroîde aux ganglions voisins avec leur délimitation constante dans ces oi^anes, et Tinfection du vrai cancer qui» ayant lieu par toutes les voies circulatoires, ne reconnaît, par cela même» point de limites, et se propage ainsi aux points les plas éloignés de Téconomie tout entière. Loin donc de voir dans Taffection ganglionnaire, et surtout dans le mode particulier de ces ganglions dans le cancroîde, une raison dldentité, nous y voyons au contraire une preuve de diflTérence. »

c Un des points les plus importants pour l'appréciation de la nature du cancroîde, c'est le mode de participation de réconomie tout entière à la maladie locale. Nous pouvons dire d'une manière nette et positive que jamais nous n'avons observé de caacroîdes secondaires en dehoi^ de la zone de propagation directe du mal local primitif. Nous avons bien vu les malades succomber à la suite des atteintes profondes de l'économie qu'avaient occasionnées de vastes ulcères cancroîdes, ces foyers d'infection putride. Nous avons même vu cette terminaison fatale être accélérée, dans l'ulcère cancroîde étendu de la lèvre inférieure, par la déperdition continuelle de salive, et par les troubles apportés à la nutrition. Hais eu analysant dix -huit autopsies, nous trouvons, dans fonfet, l'absence totale de dépôts secondaires, semblables au mal primitif, que nous avons si fréquemment observés, au contraire, dans le véritable cancer, dans lequel cette infection générale varie entre un tiers et les deux tiers des cas, selon les divers organes. Sur nos dix-huit observations, il n'y en a que douze où la maladie est arrivée à sa terminaison natu-

relie, les six autres ayant succombé k la suite des opérations. Mais Tabsence de généralisation dans les uns comme dans les autres n'en est pas moins un fait de la plus haute valeur pathologique. » (Lebert, jfalod. cancer, y i^. 620.)

Laissons de côté la question de généralisation suffisamment débattue dans les pages précédentes, et venons aux explications. Il y a bon nombre de pathologistes, — et ce ne sontpas ordinairement les moins forts, — qui se donnent infiniment de peine pour trouver une explication à certains faits pathologiques, et qui n'en trouvent pas. M. Lebert est plus heureux : sans chercher beaucoup, il en trouve deux, également bonnes, ce qui est pour le moins une de trop. Laissons de côté celle par les blastèmes, — qui serait pourtant assez curieuse à discuter, — puisque M. Lebert la laisse au second plan, et attachons-nous seulement à Texplication mécanique du transport direct de la substance cancroidale dans les plus prochains ganglions, et seulement dans ces plus prochains, jamais dans les autres. Pour considérer ce transport comme absolument certain, — à moins pourtant que le transport des bUutème* ne soit plus certain encore, — M. Lebert a deux motifs : le premier, c'est que Oesterlen, d'abord, et M. FoUin ensuite, ont constaté le transport, dans les plus prochains ganglions, de matériaux solides, tels que le vermillon et le bleu de Prusse. A ce premier motif, on pourrait objecter que le vermillon et le bleu de Prusse ne sont pas précisément dea eellules épithéliales, et qu'ils sont encore moins la cayse en vertu de laquelle lesdites cellules se déposent ou plutôt se forment, une première fois, dans la langue ou ailleurs; il est évident, en effet, que lorsque les premiers éléments du cancer ou même du cancroïde se développent, ils ne sont transportés de nulle part, à moins qu'ils ne le soient de la peau ou des muqueuses saines, et, alors, on ne Toit pas pourquoi tous les organes et tous les tissus ne sont pas infectés d'épiderme ou d'épithélium, et réciproquement,

c'est-à-dire qu'on ne voit pas pourquoi le corps humain ou non humain, n'est pas une masse polypeuse, homogène» composée de tous les éléments organiques, disposés péle-méle, formant une sorte de chaos, au lieu d'être un admirable assemblage d'organes et de tissus .divers, tous composés d'oxygène, d'hydrogène, d'azote et de carbone, pour neiger les éléments moins importants ; tous vivant des mêmes aliments, se nourrissant du même sang et, cependant, aussi différents les uns des autres, organiquement, que le sont chimiquement le soufre et le platine, le carbone et le diamant. MM. Lebert, Oesterlen et FoUin n'avaient probablement pas songé à cela 1 J'ai dit ailleurs, et je suis bien loin de m*en dédire, que l'analogie est un des plus précieux instruments de l'esprit, pour arriver à des vérités nouvelles; mais je n'ai pas ajouté, et j'ai eu tort, puisque je vois que cela était utile, je n'ai pas ajouté que c'est un instrument qui demande à être manié avec délicatesse, et qui se brise facilement entre des mains pesantes ou inhabiles. Or, induire, rigoureusement, de ce que produit dans l'organisme une substance étrangère inorganique, & ce que doit produire uac substance organique, probablement même vivante, se formaati ou tout au moins se développant au sein de nos tissus, c'a^V

vraiment avoir la main un peu trop lourde ; ce n*est pas que Tanalogie demande à être maniée, pour conduire à inductions justes; il faut la manier plus délicatement enco que le microscope, et les micrographes trouvent poartaji non s;uis raison, que le microscope est déjà très*difficile nuHnier. Si MM. Lebert, Oesterlen et Follin n'avaient pas son à tout ccla« il est sans doute bien inutile d'ajouter que M. Rico Y avait son^^ moins encore, et, à vrai dire, on ne s'expliq gui^iv le motif qui a pu porter M. Lebert à s'appuyer sur oet autorité» aujourirhui bien déchue.

Nous poumons d'al>ord faire remarquer à H. Lebert qu^ U\H tt^xAux do M. Kicord, quoiqu oflSrant un certain intérêt—*

n'oQl jamais été considérés, à aucune époque» comme étant de ceux que l'on peut classer parmi les « beaux travaux; » mais au point où nous en sommes arrivés maintenant, la faiblesse de ces travaux et les erreurs de M. Ricord sont trop universellement reconnues, pour que nous ayons à nous y appesantir. Gela est en dehors de notre sujet» comme c'était en dehors du sujet de M. Lebert, qui a invoqué assez inopportunément l'autorité de M. Ricord, là où elle n'avait que faire. Il est bien vrai que le spirituel syphiliographe a cru que le virus syphilitique était absorbable, d'abord , seulement par un taiaeau lymphatique allant de la plaie chancreuse au premier ganglion^ et n'allant jamais plus loin ; que ce virus était soumis exclusivement à l'absorption lymphatique et nullement à l'absorption veineuse ; mais c'est là une déplorable physiologie, démontrée fausse, aussi bien par les principes généraux de la science que par les observations particulières des faits syphilitiques ; les travaux de M. de Gasteinau ont fait, depuis bientôt trente ans, justice des théories antiphysiologiques de H. Ricord ; elles sont aujourd'hui condamnées par l'universalité des médecins qui ont quelques notions de physiologie, et notamment par tous les spécialistes, voire même par les spécialistes élèves de M. Ricord; il nous suffira de citer Vidal (de Cassis), Gullerier, Rassereau, Langlebert, etc., etc. Et pourquoi, d'ailleurs, supposer à moitié ce transport méca- Jiiqae que personne n'a jamais vu ? Si le transport a lieu au ^éhui, il doit avoir lieu pendant tout le cours de la maladie, micrographes mécaniciens prétendraient-ils que toutes js masses ganglionnaires, à les supposer épithéliales, ce qui idemment n'est pas, dans bon nombre de cas^ soient entièent formées par des substances transportées par un vaisu lymphatique? Ce serait monstrueux ; mais il faut pourtant <r jusque-là, pour soutenir la doctrine du transport direct; du moment qu'il se produit une partie de la subslauce

s> produirait pas tout entiëre» et qnd besoin il y aurait, pour en expliquer la production, de recourir k une hypothèse que rien ne justifie. Cétait donc une bien malheureuse inspiratioa que d*applîquer ces théories au coneer et au cancroidê^ où elles ne sont pas meUieures que dans la syphilis. Le cancroîde« à le supposer aussi distinct du cancer que le pense M. Lebert, n*est pas, — parce qu*il ne peut pas être, — moins absorbable que lui par « foules les voies ctroclalotres, » et, si M. Lebert n*avait d*autres caractères distinctife entre ces deui productions que cette prétendue diSërence d'absoflHMHti^ il peut être absolument certain qu*il ne pourrait exister de maladies plus identiques. Où M. Lebert, d'ailleurs, veut-il en venir, en faisant remarquer que les ganglions peuvent s'en* goi^er dans les maladies de la peau les plus simples ei les plut bénignes f Yeut-il prétendre que le cancroîde soit une maladie des plus simples, telle, par exemple, que Tinflammation qui se développe autour d*une épine enfoncée dans les chairs? Ëvidemmeut, non, puisqu'il dit, en toutes lettres, le contraire, et que le contraire n'en serait pas moins incontestable, s'il ne le disait pas. A quoi donc aboutissent sa comparaison et surtout son évocation intempestive des travaux de M. Ricord !

Sunt verba et voces Puisque M. Lebert avait du temps à

perdre, et qu'il a tant de facilité à trouver des explications, en voici quelques-unes qu'il aurait bien fait de chercher, et qui auraient plus éclairé, s'il les avaient trouvées, la question de rinfection ganglionnaire, que les théories antiphysiologi* ques et surannées de M. Ricord.

Si rinfection ganglionnaire n'est pas aussi rare, dans le cancer de la langue, que le suppose M. Lebert, elle pourrait l'être, et elle Test, dans le cancer de certains organes, tel que celui de l'utérus, où M. Lebert la signale dans un sixième des cas, ce qui est, à notre sens, une proportion encore trop forte ; tandis qu'elle est très-fréquente dans d'autres cancers^

tek que celui du sein, où M. Lebert la note dans près de la moitié des cas ?

Pourquoi cette différence? Est-ce qu'il n*y a pas des vaisseaux lymphatiques dans Tutérus? y en a-t-il davantage dans la langue? y en a-t-il plus même que dans le sein, puisqu*au lieu de 9 infections ganglionnaires sur 23 cas^ nous en avons constaté 21 sur 26 ?

Voilà une explication qui serait d'une haute importance, et qu'il est étonnant que M. Lebert n'ait pas trouvée ou donnée.

En voici une autre qui ne le serait pas moins.

L'engorgement des ganglions n'apparaît qu'à une certaine période du cancer; pourquoi cela? est-ce parce que le cancer est bénin jusqu'à une certaine période? Non, puisque M. Lebert, et il a bien raison, n'admet pas la théorie de la dégénérescence. Il est vrai qu'en revanche, il croit à la théorie de l'infection, et cette théorie explique tout, pour les mécanistes ou mécaniciens : les ganglions restent intacts aussi longtemps que l'économie tout entière ne s'infecte pas; ils se prennent dès qu'elle s'infecte. Mais les mécanistes s'abusent; cette explication n'est pas complète : si Tengorgement des ganglions est le signe de l'infection, comment peut-il se manifester dans le cancroïde où il n'y a pas d'infection? Faut-il donc admettre que le virus cancéreux, — car M. Lebert admet un virus, en toutes lettres, — que le virus cancéreux, qu'il compare cependant au virus syphilitique, a l'étonnante propriété d'être réfractaire à l'absorption lymphatique, et absorbable seulement par les voies de la grande circulation? Ce serait curieux, extraordinaire, phénoménal, mais non pas suffisant encore pour tout expliquer; car les cancers de la langue, qu'ils soient encéphaloïdes, squirrheux ou épithéliaux, produisent également des engorgements ganglionnaires et également aussi, c'est-à-dire aucunement ou à peu près, d'autres engorgements. Voilà donc une hypothèse des plus improbables, celle de l'infection, des théories physiologiques

impossibles, imaginées pour donner des explications qoi n'expliquent pas ce simple fait : pourquoi le cancer de la langue, h cellule hciiromorphe, ne produit-il pas plus de cancers secondaires que le cancroïde à cellules homœomorphes? et pourquoi produit-il autant de cancers ganglionnaires?

Voilà Texplication que les micrograpbes spécificistes auraient dû chercher et trouver, au lieu d'inventer des théories physio* logiques fabuleuses et des infections chimériques.

Jusqu'à ce que cette explication et bien d'autres aient été trouvées, tout ce que nous pouvons dire, c'est que les cancers ganglionnaires sont très-fréquents, dans le cancer de la langue, plus fréquents peut-être que dans le cancer d'aucun autre organe; tandis que les cancers secondaires des autres parties y sont, au contraire, très-rares, plus rares peut-être, que dans le cancer d'aucun autre organe; et que, pour le moment, cela est parce que cela est.

SYMPTOMATOLOGIE

En décrivant les diverses lésions qui constituent Tanatomie ^ pathologique du cancer de la langue, nous avons nécessaire — ment décrit une partie de sa symptomatologie ; il s'agit dono maintenant de la compléter.

Les dlilicultés qu'on rencontre à constater les premier»-] indices anatomiques de la maladie existent nécessairement <^ . quand il s'agit de constater les premiers troubles fonctionnels^ Avec M. Lebert et moins que lui encore, nous sommes, cepen- n dant, loin de partager Topinion du grave Boyer, — quoiqu'elle fj semble être aussi celle de M. Maisonneuve, — * qui dit que U I cancer de la langue peut rester pendant des années à l'él latent. Quoi qu'U eu ao\\,\eç» ^\m\^t^ ^Vfe^^\^^vv^^ q^ue le

malades accusent ne sont pas toujours les mêmes : ce sont, tantôt des modifications de la sensibilité, tantôt des modifications physiques de la langue» tantôt une réunion des unes et des autres.

MoDinCATions locales de la setisibilité. — Démangeaison; — exagiralion de la iensibiliti; — picotements; — sentiment de brûlure; — ilaneementi; — otalgie.

Le degré le plus léger d'altération qu'éprouve la langue serait une simple démangeaison, signalée par M. Lebert; mais nous ignorons si le savant observateur mentionne ce symptôme pour l'avoir observé lui-même, ou par réminisoence de ce qu'il a lu ou entendu dire ; pour notre compte, nous ne l'avons jamais constaté, et il ne nous a jamais été signalé par aucun malade.

La modification la plus légère de la sensibilité que nous ayons constatée est une exagération au contact des corps étrangers, et parfois de certains de ces corps. Chez le malade de l'observation 38, cet excès de sensibilité se dévoilait, quand il mangeait du fromage. C'est, du reste, là un phénomène qu'on observe chez des personnes qui jouissent d'une excellente santé : les noix, les noisettes, même les épinards et plusieurs autres substances, n'ont pas seulement la propriété de produire des aphtes, quelque temps ou presqu'immédiatement après qu*on les a mastiquées; il arrive parfois que, pendant la mastication même, certaines personnes éprouvent une sensation désagréable, qui peut aller jusqu'à une véritable douleur. Je ne pense pas que le renouvellement de cette douleur puisse entraîner par elle-même des conséquences graves ; cependant, j'ai vu assez souvent le cancer être attribué à des irritations physico- chimiques, et je conseillerai toujours, pour des motifs que j'exposerai en parlant de l'étiologie, aux personnes sujettes à cet excès de sensibilité, de s'abstenir des substances qui les impressionnent péniblement. S'il n'y a pas, ici, danger réel h braver les avertissements de la nature, il me paraît plus

certain encore qu'il n*y a pas d'inconvénients & en tenir compte.

Certains malades n'ont pas éprouvé, au début, une exagération de sensibilité, mais seulement une certaine gênê^ un embarras de la langue, dont ils s'apercevaient dans les mouvements de la parole, de la mastication ou de la déglutition ; à cet embarras, à cette gêne, s'ajoutait, dans certains cas, un sentiment de lourdeur de l'organe.

Il est probable que si le médecin avait pu, à cette époque, observer l'état des parties, il aurait déjà constaté, soit quelque induration légère, soit une augmentation du volume de l'organe; mais ces modifications anatomiques, si elles ont existé, n'ont pas été, en tous cas, assez prononcées pour appeler l'attention des malades.

Douleur, — M. Lebert pense que les douleurs manquent « presque toujours au début et quelquefois pendant tout le cours de la maladie, et que lorsqu'elles surviennent plus tard, elles ne se montrent qu'après que la tumeur a déjà pris un certain accroissement et surtout lorsque la période de l'ulcération s'est établie. » {Mal. cancer., p. 431.) Nos observations per- *sonneUes ne nous permettent pas de partager entièrement cette manière de voir. A supposer même qu'on ne comprenne pas dans la douleur les picotements qui ont marqué le début d*un certain nombre d'affections, il est au moins cinq de nos malades chez lesquels une douleur véritable a ouvert la scène des désordres pathologiques, et des désordres les plus gravea (obs. 13, 20, 31, 33, 36). Dans l'un de ces cas, la douleur s*est même fait sentir d'une manière très-vive dès le début, dan& l'oreille, où elle se fait du reste sentir assez souvent, plus tard, de la façon la plus pénible. Dans plusieurs cas où la douleur n'a pas été le phénomène initial, elle s'est souvent développée, très-promptement après l'apparition des autres lésions.

Les mêmes particularités se trouvent constatées dans les observations rassemblées car M, Maisouneuve : sur vingt-trois

malades, il en est huit seulement chez lesquels les débuts de

la maladie ont été mentionnés, et sur ces huit, il s'en trouve

trois (obs. 7, 8 et 9) chez lesquels la douleur est notée comme le phénomène initial, et un autre chez lequel la douleur a suivi promptement un simple embarras de la langue.

CSette douleur, du reste, est rarement aussi vive dès le début qu'elle Ta été chez notre malade de robser\'aiion 36 ; elle se développe seulement au fur et à mesure des progrès de la maladie; mais elle arrive souvent à un degré d'acuité prononeé, beaucoup plus promptement que ne le dit H. Lebert; cette acuité elle-même est aussi bien plus fréquente que ne le eroit notre savant confrère. Dans les vingt-trois cas rassemblés par M. Maisonneuve, neuf fois seulement les douleurs ont été notées, et sur ces neuf fois, elles ont été cinq fois vives ou très-vives (obs. 6, 7, 8, 11, 12); sur nos vingt-six cas graves, les douleurs ont été, dans vingt cas, très-vives et parfois atroces, au point de porter les malades au suicide; et, dans deux cas, elles ont été incessantes, quoique M. Lebert dise qu*elles ne sont jamais continues.

Le phénomène de la douleur, dans le cancer de la langue, n'a pas, du reste, appelé l'attention des pathologistes autant qu'il le mérite, à beaucoup près; il a, k nos yeux, une importance capitale, et doit appeler toute l'attention des praticiens. Sur les vingt de nos malades où la douleur a été très-vive, quatorze ont succombé, quatre ont été guéris, un est en voie de gttérison, et un, quoique très-amélioré, est encore dans une situation qui doit inspirer de vives inquiétudes. Il est vrai que, parmi les quatorze malades qui ont succombé, plusieurs, ainsi que nous le dirons ultérieurement, ont abandonné trèsprématurément le traitement, entre autres celui de l'observation 24, dont nous apprenons la mort, par hasard, au moment même où nous écrivons ces lignes; mais, enfin, leur état était assez grave pour que nous n'eussions pas osé promettre une guérison, lors même qu'ils auraient suivi notre

traitement avec une parfaite régularité. Nous appelons donc ^

une fois encore Tattention des praticiens sur le symptôme douleur, et nous le leur signalons comme d'une extrême gravité, quand il se présente à un haut degré d*acuité.

La douleur reste ordinairement bornée à la langue t mais elle s'irradie assez souvent, et parfois avec intensité vers Toreille du côté malade ou du côté le plus malade; parfois,^ outre la douleur de la langue, il y a une céphalalgie plus oiatjr moins forte, quelquefois atroce et continue, comme chex 1^ malade de robser\'ation 2, et aussi, quoique pas tout à fait ai» même degré, chez celui de l'observation 31. Rarement la dou leur est notable dans les ganglions envahis. Le caractèr-:^ lancinant est assez fréquent, mais ne parait avoir aucu gravité particulière; plusieurs malades qui ont guéri Toi présenté h un degré très- caractérisé ; c'est donc plutôt Taoui et la permanence des douleurs que leur caractère spécial en font la gravité. Ceux qui attachent une grande vale diagnostique au caractère lancinant, trouveront, dans existence chez des malades atteints de cancroïde, une rai de plus de croire h l'identité de cette forme et de la for encéphaloïde ; pour nous, qui n'attachons qu'une importai très-secondaire au caractère lancinant, nous n'en tirerons { de grandes conséquences en faveur de l'unité des formes cancéreuses; cependant, nous ne devons point p ce caractère sous silence, parce que, s'il n'a pas la valeur quelques-uns lui ont donnée, il serait exagéré aussi de ne reconnaître aucune valeur.

Modifications locales physiques. — La plupart de ces fications ayant été décrites, dans le paragraphe consacr l'anatomie pathologique, nous n'aurons guère qu'à les

u le

BU

are

ur

1er ici, et h signaler quelques particularités qui appartienn -^mat plus spécialement ii la symptomatologie.

Au nombre des modifications anatomiques qui ont marc^vrf

' ^•'^ o.Hei (vdelc^vica-uns de nos malades, et

a «cd lecrudescences qui interrompent presque tou-

. lit plus ou moins longtemps, la marche vers la

. .>us avons signalé un enduit blanchâtre de la

l'ost pas sans analogie avec un très-léger muguet,

urtout une ressemblance frappante avec le blanc

(le rosier. Nous insistons ici sur cette modification

' nrce qu'il nous semble qu*à son aspect, l'idée du

"nr" slmpose à tout esprit sensible aux analogies,

"^ 'Yî<< h dessein sensible aux analogies, parce qu'on sait

'' Mnn que» si certains esprits sont très-aptes 2i saisir les

' 'MnkianceB, d'autres sont surtout frappés des différences,

nii«^ iô plus difficile, en cela comme en toutes choses, est

M»piccicr chaque fait, chaque signe, chaque caractère, dans

juâic mesure, de lui accorder sa juste valeur. Gomme c'est

ic (lioprc des esprits complets, nous sommes loin de nous

i-.i J'uvoir eu ce mérite, même dans l'étroite sphère que

i^icuJ l'étude du cancer; mais nous avons regardé avec

: 'llo attention ce qui est passé sous nos yeux, que ce n'est

Lins une certaine confiance, que nous livrons nos observa*

'^nu contrôle de tous les cliniciens.

. -alques observateurs ont nié> ou tout au moins méconnu,

fif^celoppement papiUaire, comme symptôme initial du cancer

l:i langue; il n'y a à cela rien de bien extraordinaire; ce

ractèrc, ne se voit guère qu'à une période très-peu avancée

lu maladie, période à laquelle, d'un côté, le médecin est

»ez rarement consulté, et h laquelle, d'un autre côté, il est h

u près impossible, dans l'état actuel de la science, de porter

diagnostic assuré; nous osons néanmoins insister sur ce

LMCtère dont nous avons vu un remarquable exemple, sur le

ûiide de l'observation 39. Nous avons la conviction que

*sque l'attention des médecins et du public lui-même aura

) appelée sur l'importance des moindres altérations de la

iguc, comme de beaucoup d'autres organes, ils s'en préoccu-

ront davantage; qu'un plus grand nombre de maladies h

leurdëbut seront soumises h l'examen des médecins, et que le diagnostic fera des progrès dont il est impossible de prévoir les limites. C'est alors, seulement, qu'on saura l'importance que peut avoir le développement papîllaire. dans la maladie qui fait l'objet de ce travail ; mais, eu attendant, nous croyons devoir atlacber uue valeur sérieuse Ii cette modification. surtout quand elle est persistante, et qu'elle est accompagnée de quelques-uns ou de plusieurs des autres phénomènes que nous avons mentionnés. Lorsque la maladie a fait des progrès, le simple développement des papilles disparaît dans des désordres plus graves-, raison déplus pour l'étudier attentivement, quand il se présente à notre observation.

Cette sorte de glaçage qui donne a. la langue l'ospect d'une surface polie, quoiqu'on le rencontre dans d'autres cas que les affections organiques de la langue, nous paraît cependant mériter une certaine attention, et doit marquer assez souvent le début de la maladie. Nous ne l'avons pas. il est vrai, fréquemment observé à ce début; mais nous l'avons constaté très-souvent dans des tentatives de récidive que nous avons ù peu près toujours observées, chez les malades que nous avons fini par conduire â la guérison. Ce glaçage, comme le développement papîllaire, disparaît du reste assez promplement ou plutôt se transforme en des lésions plus graves.

Le fendillement de la muqueuse linguale est encore un symptôme du début; seulement ce fendillement persiste souvent; il devient crevasse, et la crevasse se transforme en ces scissures profondes, quoique à peine visibles, qui divisent la langue en une foule d'ilôts, fixés seulement par un pédicule au centre de l'organe.

Nous n'avons qu'une remarque à ajouter h ce que nous avons dit précédemment sur l'induration. Suivant certains chirurgiens, les indurations eiicéphaloïdes seraient souveol a constituées par des noyaux arrondis, isolés par une membrine ou kyste dont l'épaisseur a quelquefois près d'un millimèlre

(Nélaton); > dans les Taits réunis par M. Haisonneuvc, on en trouve un, et qui est emprunté, par parenthèse, à la clinique de Dupuytren, dans lequel une tumeur € careinomatmse > de kl langue, du volume d*un petit œuf de poule, parfaitement éracléable était renfermée dans un kyste dont les parois avaient $ix millinùtres d^épaisseur. Nous n'avons jamais renecmtré des tumeurs de ce volume, ainsi isolées au centre de Torgane, et sans nier précisément ni le fait de Dupuytren ni ^ttx auxquels d'autres chirurgiens font allusion, nous croyons i|o'il8 doivent être tenus en suspicion, jusqu'à nouvelles iufonaations, en tant qu'appartenant aux affections cancéreuses.

Sur Tétat des ganglions, nous n'avons rien à ajouter à ce qa'oQ trouvedansl'anatomie pathologique, si ce n'est quelques l^rticularités qui trouveront mieux leur place, quand nous étudierons la marche de la maladie. Nous allons donc, maintenant, après avoir parlé des modifications anatomiques, fevenir à certaines modifications physiologiques.

SaUwUian^ iicritiom morbides. — Tous les auteurs ont insisté

sur la fétidité des sécrétions fournies par les ulcères cancéreux

de la langue, et Ton a vu que, dans un des faits réunis par

M. Maisonneuve, celui qui appartient à M. J. Cloquet, l'émi-

mai professeur a attribué la mort du malade, à l'asphyxie

lente et à un véritable empoisonnement. Je n'oserais pas

affirmer qu'il n'y ait pas quelque exagération dans cette expli-

eatioa d'une mort qui a suivi, à la distance de trois jours et

demi» une opération grave ; nous croyons que l'opération y a

ea sa bonne part, et qu'elle est venue mettre le comble à un

état grave, à un véritable empoisonnement peut-être, mais

à an empoisonnement qui s'opérait lentement, et qui seul

a*aarait pas entraîné une mort aussi prompte. Mais il résulte

loojoars de ce fait l'importance extrême que peut avoir, chez

certains malades, la fétidité des sécrétions buccales; à notre

9mBf cette importance est même plus grande que ne l'ont dit

tous les observateurs ; elle ne provient pas seulement de la

."'idfaDCHiinE e ol cnnèvr ùt la idm qs^'on B*a |flis aoex «unmicN. Cntir BiMmàenot èiaix leUe. fiME le miHif d» FokscfTHiiiir n. nuf i& saim fipniiril jont tt mit, néoM pan Ctem If sonmeil ffi ol'ol êxsàt ob^pé de cooirir le lit d*Qiie laîif jammiaiùe. jMnp oc il ne fis pK iBeoAé ; k maiMét, f^vr nf lOf fârr înmiQé Im-^ftteeu élût cfcBgé de poser sa i^e àfiis XI» fikoctiia: KtlkL mie k nBi«, ea und»aM Sir U tiêjt mspmutàiù^^ «'«MnalÉX bon ds Et. dans m usedi^NKé à opc fdirt. Mb^ or x*{^ pK smkawot for si quutité qae h fiftËTLiks est rwiîLr g mM e «s ramafale; efie atqviert qsdçc«4œ cw ifO râocisxiê, ^^ esi ihaoloBent iaponble «vx Mli5e« de s^esi détemascr par TeipiiiCkMi. et qolb le p r uKat k kIw. i Ttide de pinocux. WÊtmt des doigts oa de toot axire oKptç «^nsnr : qvuid k viseosiié coteide avec soe sriAde aboird&Mtf . omum orii STaît lieo ehea notre malade de rokserrmtîoB 31 « le ailbeonnix patient est assez occupé à se débarrasser de cette sé<rètMMi pèniMe^qni meoice de le suffoquer, dés qaH se sent disposé, d^aiHeors, h prendre oD peu de repos. Les menaces de suffocation Tiennent bien plus de cette saliration visqueuse et abondante que du Tolane de la langue. On comprend à quel point une telle sécréUoii épuise, de toutes les façons, un organisme qui a déjh tant de peine h s'alimenter et h se reposer.

Mais ce qu'il j a d'étrange, c'est qu*au lieu de cette exagération, on peut observer, parfois, une absence h peu près oooplète de sécrétion salivaire, circonstance moins nuisible, atais guère moins pénible que la circonstance opposée. Cette absence de sécrétion est néanmoins beaucoup plus rare que la salivation ; elle s'est présentée à un degré très-prononcé chei notre malade de l'observation 37 ; mais elle n'a persisté qu'on certain temps, et a fait place, chose assez inattendue, h usa véritable salivation, qui n'a pourtant pas atteint les limites ob elle est arrivée chez plusieurs autres malades.

Hémorrhagies. — Si l'on a accordii trop peu d'imporlancc 4UX sâcrétions buccales et surtout k la salivation, on en a, «uivanl noua, accordé plus qu'il ne conviciu aux horaorrliogies, U. Lebcrt dit, cependant, qu'elles sont peu considérables, ■ lorsque ce sont les vaisseaux de l'ulctire même qui Iburnis- Bent le sang, mais bien plus copieuses, lorsque quelque artère volumineuse a été lîrodée par l'ulcère. » Et comme il n'y a guère dans îa langue d'arléres un peu volumineuses il éroder, que celte érosion est d'ailleurs a peu près sans exemple, il s'ensuit que les hémorrhagies copieuses doivent être iufiiiiiinenl rares. U n'en serait pas ainsi, à en croire M. Maisonneuve «t même M. Nélaton ; « Quand les hémorrhagies répétées n'ont |Kis amené la mort de très-Oonne heure, dit ce dernier, la dégé- Hércaconce gagne les parties voisines, le pharynx, le larynx néme. et détermine la suffocation. » fPalkol. chir., t. U, p. it.} Nous savons déjà à quoi nous en tenir, sur la sufTocation. Quant à l'hémorrhagie, il résulterait de la manière de s'expriner du savant professeur que les cas où les hémorrhagies fépéléca n'amènent pas la mort prématurée sont des cas excepilionnels; or, les faits que nous avons observés, de même que

:ux qui ont été observés par d'autres, prouvent que ce sont les cas contraires qui sont exceptionnels et trés-exceptionnels. iDaas les vin^t-trois cas consignés dans la clinique de M. Maisonneuve, il n'y en a qu'un où il soit fait mention d'hémorrhai abondantes; et dans ceux qui nous sont propres, nous en trouvons sept exemples sur nos vingt-six cas graves-, mais il fcut ajouter que, dans aucun de ces sejU cas, les hémorrhagies

'ont été ni très-fréquentes ni très-abondantes, et qu'elles n'ont eonoouru que faiblement ii amener le terme fatal. C'est chez le nalbeureux Michel (obs. 15) qu'elles se sont renouvelées le plus Iréquemment, et encore ne survenaienUclIcs que pendant ta naslicalion, jamais spontanément. Loin que les hémorrhagies Boienl fréquentes et abondantes, on peut s'étonner qu'elles le soient si peu, quand on voit de vastes ulcères dont la surface

est sans cesse irritée par le contact des aliments et par des mouvements incessants, lorsque la langue n'est pas immobilisée par rinduration. Il est donc fort à craindre que la théorie n*ait dicté à quelques chirurgiens ce qu'ils auraient dû copier sur la pratique; on est parti de cette erreur, que Tencéphaloîde est la forme habituelle du cancer de la langue, et comme les hémorrhagies sont fréquentes dans l'ancéphaloîde* on se sera dit qu'elles doivent être fréquentes & la langue. Les esprits les plus positifs n'échappent pas toujours à l'influeQce des préjugés.

Quelque rares qu'elles soient, les hémorrhagies ne sont pourtant pas tout à fait k dédaigner, ni même ces petits saignements, qui ne méritent pas le nom d'hémorrhagies, qui se produisent assez souvent, quand les malades mangent, et qui, malgré leur faible abondance, n'en contribuent pas moins à épuiser l'organisme, dans une certaine mesure; on comprend que, dans des cas où Talimentation est si difficile, et où se trouvent réunies tant de causes d'affaiblissement, il n'en faut négliger aucune, et que ce qui serait indififérent ailleurs, ait ici sa gravité.

Il est naturel qu'avec des désordres comme ceux que nous venons de décrire, la mastication soit difficile, parfois absolument impossible, et que la déglutition elle-même ne s'accomplisse souvent qu'avec beaucoup de difficultés; ce sont là des conséquences trop nécessaires des altérations anatomiques, pour que nous ayons à y insister. Chacun peut les deviner sans peine, et en trouvera des exemples variés, dansles observations consignées à la fm de ce travail. Il y a toutefois un fait assez curieux, c'est qu'au milieu des désordres terribles dont la langue est le siège, la gustation se conserve ordinairement à peu près intacte. Nous savons bien que le sens du goût n'est pas exclusivement localisé dans la langue, mais il y est localisé en assez grande partie, pour que l'on dût prévoir, à priori, au moins sa grande altération , sinon son abolition

complète. Il n'en est rien, et il est évident que les nerfs de la

nguc la plus cancéreuse continuent à fûnctionner jusqu'aux derniers moments de la vie, ou peu s'en faut.

Un symptôme qui n'est pas une conséquence aussi nécessaire des lésions buccales, c'est une toux sèche ou avec expectoration, accompagnée d'une altération de la voix, que M. Lebert signale comme une suite ordinaire du cancer de la langue. {Malacl. cancer., p. 432.) Comme un pareil symptôme n'est pas un phénomène qui paraisse, à priori, très-naturel, et dont la théorie puisse, par conséquent, suggérer l'idée, il est probable que M. Lebert l'a bien réellement observé, puisqu'il en parle; quanti nous, nous ne l'avons observé chez aucun de nos malades, et tout nous porte à croire qu'il en est de même de tous ou presque tous les autres observateurs.

TiioDBLEs FoscTiosi'Ei.s ^;É^ÉRALx, — Insomnic. — Tant que les lésions de la langue ne sont pas très-considérables, le sommeil des malades est peu ou point troublé ; ces lésions peuvent même être portées très-loin, sans qu'il existe une îosomnie notable, surtout quand aux altérations anatomiqucs ne s'ajoute pas une salivation abondante ou dts douleurs trop fréquentes. Mais il arrive pourtant quelquefois que, sans sali- Talion exagérée, sans douleurs vives, les malades ne peuvent dormir ; rien ne les en empêche, mais ils n'en sentent pas le besoin. Cette insomnie, sans raison apparente, doit appeler toute l'atlenlion du praticien, car nous ne l'avons observée que dans quelques cas très-graves, et dans lesquels une Issue fatale que rien ne faisait prévoir comme aussi prochaine, est venue surprendre le médecin aussi bien que les personnes qui entouraient le malade. Tel est le cas, notamment, du malade de l'observation 19, et peut-être celui de l'observation 24, dont la mort inattendue nous a causé tant d'élonnemcnt.

Appétit, nutrition, teinte jaune de la peau, cachexie. — Aussi ongtemps que tes fonctions de la mastication et de la dégtuilion ont pu s'exécuter h peu près normalement, l'appétit s'est

conservé chez nos malades, et la nutrition n'a pas éprouvé de troubles sensibles; mais il est facile de comprendre qu'un tel état ne saurait se maintenir, quand la mastication est trèsdifficile, partant, imparfaite, à plus forte raison quand elle est h peu près impossible, et que les malades sont obligés de se nourrir d'aliments liquides, qui ne sauraient remplacer complètement une alimentation normale, et qui, eux-mêmes, da reste, ne peuvent souvent être pris en quantité suffisante, pour réparerles pertes deladécompositionphysiologique« Cependant, dans ces cas même, Tappétit persiste le plus souvent, elles malades sont obligés d'ajouter k leurs autres soufiFrances Timpossibilité de le satisfaire. Dans tout cancer de la langue, parvenu k un certain degré, il y a donc insuffisance d'alimentation et, comme conséquence nécessaire, insuffisance de nutrition. A son tour l'insuffisance de nutrition a pour conséquence non moins nécessaire l'amaigrissement.

Pendant la déglutition, une partie des sécrétions pathologiques de la bouche passent nécessairement dans l'estomac. Quelle part cette ingestion de matières putrides ou d'apparence putride prend-elle dans les troubles qu'éprouve la nutrition, nous ne saurions le dire exactement; mais cette part est, suivant nous, moins grande qu'on ne semble le croire généralement, etnousnepensonspas, par exemple, qu'elle soit suffisante pour qu'on puisse admettre avec le savant et ordinairement si préjudicieux professeur Gloquet, que le malade auquel nous avons déjà fait allusion (p. 153 et 189} et dont M. Maisonneuve rapporte l'observation succincte, ait succombé à un empoisonnement putride. Nul doute que si les sécrétions ou plutôt les détritus cancéreuxpassaient dans le sang par les voiescircnlatoires directes, ils ne produisissent des accidents sérieux, peutêtre formidables; mais on sait que les substances organiques subissent de profondes modifications dans le canal gastrointestinal, et surtout dans la portion ventriculaire de ce canal> et nous ne savons nullement ce qu'il peut rester de nuisible

^ juis les liquides buccaux, quand une fois ils ont subi Taclion

^^s sécrétions gastriques, et qu'ils sont soumis à l'absorption.

^ qui nous porterait à croire que leur nocuité n'est pas trës-

^^nde, c'est que chez les malades dont la mastication et la

^glutition sont restées faciles, malgré des sécrétions buccales

sez abondantes et fétides, la nutrition n'est pas sensiblc-

^Qt plus sérieusement troublée, que chez des malades qui

rteraient les mêmes lésions dans quelqu'autre organe aussi

^sible et à peu près de même importance que la langue. Nous

^ons faire remarquer, toutefois, que nous nous trouvons

MJS des conditions qui ne sont pas très-favorables k l'étude

^^ cette question, attendu que notre traitement détruisant la

^i^-Cridité des sécrétions, nous ne pouvons en observer que

2^1^ n incomplètement les effets sur nos malades. Aussi ne j^ré-

teMKl<^ns-nous en aucune façon que ces effets n'existent pas;

nous admettons même qu'ils existent dans une certaine mesure,

qu'ils sont moins graves qu'on ne le dit dans la plupart

uvragesplus ou moins classiques.

. — C'est une remarque qui a déjà été faite, que le arrive, dans la grande majorité des cas, jusqu'à la derpériode sans que les malades éprouvent de la fièvre, malgré leurs souffrances si grandes. Cette observation ne &* applique à aucun organe mieux qu'à la langue. Â moins de complication d'une maladie plus ou moins aiguë do Tappa* ri lion de quelque épiphénomène sérieux, nous n'avons jamais observé de fièvre chez nos malades, même chez ceux que nous avons pu suivre ou sur lesquels nous avons pu avoir des renseignements, jusqu'à leurs derniers moments. Nous n'avons pas vu la fièvre survenir, sauf une fois (obs. 24), dans ces d'explosions aiguës de la maladie, que nous étudierons dans un instant; et encore, dans ce cas unique, y avait-il une <H>iisiipation opiniâtre qui coïncidait avec la fièvre. Non-

mènes qui constituent la fièvre, mais pas même un des éléments de fièvre, soit chaleur de la peau, soit fréquence du pouls; on constate quelquefois des bouffées de chaleur et de la coloration h la face, mais c*est seulement quand la maladie s*accompagne de céphalalgie générale intense, ce qui a lieu quelquefois, ainsi que nous l'avons dit précédemment.

Coloration de la peau. — Cachexie. — Nous réunissons sous un même chef ces deux signes, quoique le premier soit très-simple relativement au second, dont il n'est qu'un élément. Mais cet élément, quoique sans importance en lui-même, n'en joue pas moins un grand rôle dans l'histoire de la cachexie, tellement grand, que c'est principalement, sinon exclusivement, l'existence ou l'absence de la coloration classique, dite jaune paille, qui fait qu'on admet ou qu'on n'admet pas l'existence de la cachexie. Nous avons déjà donné à entendre que nous considérions la teinte jaune paille beaucoup moins fréquente que ne le dit la tradition classique ; nous ajoutons ici qu'elle est extrêmement rare dans le cancer de la langue, ou, pour parler plus exactement, nous ne l'y avons jamais observée. Est-ce à dire, pour cela, qu'il n'existe pas de cachexie dans le cancer de la langue? Pour répondre à cette question, on comprend que la première condition est de bien s'entendre sur le mot cachexie.

Nous nous sommes conformé à une opinion assez généralement adoptée en considérant provisoirement, ci-dessus, la cachexie comme la plus haute expression de la diathèse, nous réservant d'examiner plus à fond la question. Le moment est maintenant venu.

Si la cachexie était l'exagération de la diathèse, il en résulterait que l'organisme du cachectique cancéreux, syphilitique, etc., renfermerait en plus grande proportion le principe morbide qui cause la maladie, ou que la modification des tissus en vertu de laquelle la maladie se développe, serait^ chez lui, plus complète, plus avancée. J'ai à peine besoin d^

dire que ce sont là deux hypothèses que rien ne justifie, ou plutôt que tout condamne. Entre la diathèse et la cachexie, il y a tout un abime : la diathèse est une, comme Ta justement dit M. Lebert de la maladie cancéreuse : quand on enlève un cancer de la langue, il ne se reproduit ni un lipome, ni une gomme syphilitique, ni un engorgement scrofuleux; il se reproduit un cancer; la disposition ou le principe, — jo ne saurais exactement dire lequel, — en vertu duquel ou de laquelle le cancer se développe, est donc une disposition spéciale ou un principe spécifique. La cachexie, au contraire, est un état commun, c'est-à-dire que tous les phénomènes qui la constituent appartiennent à une foule de maladies, on peut même dire à toutes celles qui altèrent lentement la nutrition. Celui qui voudrait distinguer la teinte jaune paille d'un cancéreux d'avec celle d'un impaludé, d'un syphilitique, d'un dysentérique chronique même, serait souvent bien embarrassé; à plus forte raison ne saurait-il distinguer à quelle maladie sont dus un amaigrissement, une anémie et une prostration cachectiques. Nous sommes donc heureux de nous trouver en complet accord avec M. Lebert, quand il dit : « Malgré l'extrême fréquence du dépérissement comme période terminale des affections cancéreuses, il n'y a cependant rien de spécial dans cet état, et nous ne voyons, » — c'est sans doute nous n*y voyons qu'il faut lire, — « que l'effet d'une nutrition profondément troublée sans pouvoir signaler des symptômes patho' gnomoniques propres à ce mode de dépérissement en luimême. » {ilal. cancer., p. 119.) Nous nous étonnons seulement qu'après cette appréciation si juste, notre savant confrère rapporte comme une rareté une observation de bruit de souffle qu'aurait observé M. le docteur Leudet, dans un cas de ^ncer; nous croyions M. Lebert plus médecin que cela, car /iiil médecin ne doit ignorer aujourd'hui que, dans toutes les ^chexies, le sang est considérablement apauvri, c'est-à-dire ^^e le nombre de ses globpl^° -*«♦ ^i:^.-^ ^ «* - - »-

sait également que la diminution des globules du sang a pour conséquence des bruits de souffle dans la région des carotides et, en général, de tous les gros vaisseaux.

Comme toutes les maladies chroniques qui occasionnent des désordres graves et entravent la nutrition, le cancer de la langue se caractérise donc, à sa période ultime, par un état cachectique; mais il est remarquable que cet état cachectique est, en général, bien moins prononcé que dans certains autres cancers, celui de l'estomac, notamment.

Page 1