SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE
•nent A.-L. de Jussieu, et même Tournefort, ont tous reconnu que les placentas sont fixés au milieu des trois valves larges qui se détachent, et non aux nervures qui demeurent au sommet du pédicelle; aussi ai-je été fort étonné de voir, dans les ouvrages élémentaires si estimés d’Adr. de Jussieu et d’Ach. Richard, une assertion contraire. Ces deux illustres botanistesont positivement affirmé que les arceaux qui persistent après la chute des panneaux sont formés par les placentas et sont couverts de graines. Je ne puis comprendre quelle cause a pu entraîner dans une même et si singulière erreur deux hommes aussi distingués, et dont l’un surtout a fait durant toute sa vie une étude spéciale de la famille des Orchidées.
Le mode de déhiscence que je viens de rappeler est très commun chez les Orchidées. On peut toutefois en observer de différents dans certaines plantes exotiques. Je puis citer plus d’un exemple.
Le fruit du Leptotes bicolor ne s’ouvre pas comme celui des Orchis, etc., par des fentes longitudinales qui le divisent en plusieurs valves soudées ensemble par le sommet; on aura une juste idée de son mode de déhiscence si, en se reportant au type normal, on suppose que les six pièces du fruit se séparent complètement au lieu de rester jointes par leur extrémité supérieure. On 11 e peut plus dire par conséquent que le fruit s’ouvre par six fentes' puisque les panneaux et les nervures ne se joignent pas au haut du fruit La capsule se divise, à partir de son sommet, eu six pièces libres, dont t rots sont très étroites (nervures) et trois larges et couvertes de graines.
J’ai trouvé une disposition toute pareille dans le fruit du Maxillaria punctulata et dans celui de l 'Eulcphia guianensis. Dans cette espèce, le
fruit diffère un peu des précédents, tout en se rapportant exactement au
même type ; les valves et les nervures restent soudées ensemble dans la partie inférieure du fruit. La capsule ne se divise pas tout à fait jusqu’à sa base.
Le fruit du Cattleya Mossiœ présente une autre disposition ; son mode de déhiscence se rapproche plus de celui des Orchidées de nos pays. Il se sépare de même en plusieurs valves qui demeurent soudées au sommet; mais il s’en distingue en ce que les fentes qui divisent la capsule, au lieu d’être au nombre de six, sont moitié moins nombreuses. La capsule du Cattleya, par conséquent, au lieu de se diviser en six pièces, se partage en trois pièces seulement. Chacune de ces trois pièces porte en son milieu les placentas couverts de graines. On se rendra bien compte de la disposition de ce fruit en considérant chacune de scs trois valves comme formée par un panneau et une nervure soudés ensemble. On pourra donc dire que la déhiscence du fruit du Cattleya diffère de la déhiscence normale, en ce que chaque panneau demeure soudé dans toute sa longueur avec l’une des nervures voisines, de façon à ne foi mer avec elle qu’une seulè valve, et que, par suite, la capsule se divise en trois valves cohérentes au sommet.
Le fruit du Phajus albus présente la même disposition. Il diffère en cola du Phajus Wallichii, dont la déhiscence est pareille à celle de nos Ophrydées. On a, du reste, retiré le Phajus albus du genre Phajus, c’est aujourd’hui le Thunia alba Rchb. (il.
Le Fernandezia acuta nous montre un fruit qui, par son mode de déhiscence, diffère de celui du Cattleya à peu près comme celui du Leptotcs diffère de celui que nous avons regardé comme normal. C’est une capsule qui se divise, à partir du sommet, en trois valves portant chacune les graines sur la ligne médiane. Dans le Fernandezia acuta , comme dans I ’Eulophia guianensis, le fruit ne se divise pas jusqu’il la base; les valves restent soudées dans une longueur qui est à peu près le tiers de la longueur
totale du fruit. Le Fernandezia pulchella m’a montré un fruit pareil à celui de F. acuta.
Les fruits de plusieurs espèces de Pleurothallis m’ont offert un mode de déhiscence différent de tous les précédents et fort singulier. La capsule se partage, lors de la maturité, en deux pièces d’inégale largeur, qui demeurent fixées l’une à l’autre par le sommet. Si on examine la plus étroite de ces valves, on reconnaît qu’elle porte en son milieu les graines disposées sur une seule ligne; qu elle offre ainsi la disposition ordinaire des valves du fruit des Orchidées. Quant à l’autre, qui est deux fois plus large, elle porte deux rangées de graines. Chaque rangée étant placée à égale distance du milieu de la valve et de son bord, il est bien évident qu’elle est formée de deux valves pareilles à la plus étroite, mais qui sont demeurées soudées ensemble dans toute leur longueur. La grande valve est séparée de la petite par deux fentes longitudinales; elles sont jointes l’une à l’autre par le haut.
Si l’on compare la déhiscence des Pleurothallis à celle du Cattleya Mossiœ e t du Phajus albus, on verra qu’elle en diffère en ce que deux des valves Estent confondues, au lieu de se détacher l’une de l’autre comme dans ces
Plantes.
J ai observé le mode de déhiscence que je viens de décrire, sur les P leur o- Ihalltg obtusifolia, clausa et racemiflora, qui ont fructifié dans les serres de ' a faculté de médecine, sur un petit Pleurothallis de la Guyane, et sur une plante portant le nom de Stelis dans l’herbier de M. Delessert.
Je I ai retrouvé encore dans des espèces appartenant à d’autres genres : le Bolbophyllum occultum F. Th., VEpidendrum macrochilum, ïAngrœ-
cutn eburneum.
•le suis fort porté à croire que les fruits des autres Angrœcum s’ouvrent comme ceux de VAngrœcum eburneum et ceux des Pleurothallis (1). Avant
(*) A. l’exception toutefois de l’ancien Angrœcum maculatum , qui n’est pas un
11 Mculala
OEcroclades