SOCIÉTÉ BOTANIQUE UE FRANCE
d’avoir observé les fruits de YAngrœcum eburneum, qui ont mûri dans les serres du Muséum, j'avais eru que les capsules des Angrœcum s’ouvraient d’une autre façon. Mes observations n’avaient porté que sur des plantes conservées en herbier. Sur des échantillons d ’Angrœcum pusillum Lindl., rapportés du Cap par Drège et conservés dans l’herbier Delessert, j’avais eru reconnaître que la capsule s'ouvre par une seule feute qui la partage d’un seul côté dans toute sa longueur ; la fente s’élargissant de plus en plus par le milieu , les deux bords s’éloignent l’un de l’autre et la paroi se déroule ainsi tout d’une pièce, de façon à former une seule valve concave. Il est certain que la plus grande partie des fruits de YAngr. pusillum que j’ai observés, présentaient ce mode de déhiscence. Quelques-uns seulement paraissaient s’ouvrir comme ceux des Pleurothallis. Il était naturel d’attribuer alors la deuxième fente à la compression qu’avaient subie les capsules, et de penser que les fruits des Angrœcum ont un mode de déhiscence spécial.
J'étais d’autant plus disposé à admettre cette interprétation des faits que j’avais trouvé dans l’ouvrage de Du Petit-Thouars sur les Orchidées des îles de l’Afrique australe, une figure représentant un fruit d 'Angrœcum recurvum P. Th., ouvert ainsi en une seule pièce. Mais, dépuis que j’ai vu les capsules ouvertes de Y Angrœcum eburneum , je n’ose affirmer, d’après mes propres observations, que le mode de déhiscence des autres Angrœcum soit différent. Dans les fruits de Pleurothallis que j’ai vus s’ouvrir, il arrive souvent que l’une des deux fentes se montre avant l’autre ; que la capsule s’ouvre d’abord ainsi en une seule pièce, qui ensuite se partage en deux à la complète maturité. IS’est-il pas possible que les fruits de l’échantillon à'Angrœcum pusillum de l’herbier Delessert soient précisément dans cet état. Les fruits des Angrœcum fragrans , triquetrum et pectinatum, que j’ai observés aussi en herbier, étaient incomplètement murs et commençaient seulement a s’ouvrir. Je n’ose donc point affirmer que, dans différents Angrœcum , le fruit s’ouvre, comme je l’avais cru d’abord, par une fente longitudinale, en une seule grande valve portant trois rangées de graines, Le seul Angrœcum dont j’aie observé des fruits mûrs produits dans les serres, s’ouvre en deux pièces inégales, à la façon des Pleurothallis. Les autres espèces ont-elles la même déhiscence? D’une part, l’analogie doit le faire supposer; mais, d’autre part, la figure donnée par Du Petit-Thouars doit faire admettre le contraire. L’observation directe des fruits conservés
en herbier ne peut permettre de trancher la question, puisque les fentes que l’on observe peuvent être attribuées à la compression, et l’absence de fentes a une maturité incomplète. Il me paraît donc prudent, avant, de rien décider touchant la déhiscence des Angrœcum fragrans, pusillum , triquetrum et pectinalum, d’attendre que la culture nous ait fourni des fruits mûrs de ces differentes espèces, ou que les voyageurs les aient observés dans leur patrie.
Le fruit de la Vanille, qui a été à tort considéré par plus d’un auteur comme indéhiscent, offre dans sa façon de s’ouvrir une assez grande analogie avec celui du Fernandezia, dont il diffère comme le fruit des Pleurothallis de celui du Cattleya Mossiœ.
Le fruit de la Vanille, bien connu par son parfum exquis, est fort long et cylindrique. On lui donne dans le commerce le nom de gousse ; ses parois sont épaisses et charnues. Lorsqu’il est mûr, il se fend à partir du sommet et se partage en deux valves de largeur inégale. De même que dans les Pieurothallis , la valve la plus étroite porte une seule rangée de graines, la plus large en porte deux ; mais dans la Vanille ces deux valves ne restent pas jointes l’une à l’autre par le sommet.
Dans les fruits de Vanilla planifolia ?quej’ai vus mûrir dans nos serres, les valves ne se séparent pas jusqu’à la base ; elles restent soudées ensemble dans une longueur égale à la moitié environ de la longueur du fruit.
C’est un fait tout à fait comparable à celui que j’ai indiqué précédemment
dans le Fernandezia.
Dans une autre espèce de Vanille ( Vanilla guianensis?), dont les fruits sont conservés dans les collections du Muséum, les deux valves se séparent jusqu’à la base; du reste, toujours l’une des valves est double.
Lu résumé, la déhiscence de la Vanille diffère de celle du Fernandezia ,
en ce que le fruit se divise, non en trois, mais en deux valves-, de celle des Pleurot/iallis, en ce que ces valves se séparent à partir du sommet et ne sont pas soudées l’une à l’autre par leur extrémité supérieure.
Il résulte de ce qui précède que les fruits d’Orchidées que nous connais¬
sons peuvent, au point de vue de leur déhiscence, être rapportés à six types différents (peut-être sept), que l’on peut caractériser et classer comme il
l'fiUIT S’OUVRANT PAU DES FENTES EN I FRUIT S’OUVRANT A PARTIR DU SOMMET VALVES COHÉRENTES AU SOMMET. EN VALVES LIBRES.
fruit s’ouvrant par G fentes en G pièces (3 valves placentifères et 3 nervures) cohérentes au sommet.
Orchidées indigènes, Cypripedium barbatum , P ha jus Wallichii, Cycnocàcs, Odontoglossum, Dendrobium rnon diforme, Ansellia africana, etc.
s’ouvrant
en 3 valves placentifères
cohérentes au sommet.
1 uttleya Mossiœ, Phajus albus (Tliun,a albu Itchb. lit.)
Fruit s’ouvrant ù partir du sommet en 6 pièces (3 valves placentifères et 3 nervures).
Leptotes bicolor , Maxillaria punctulata, Eulophia guianensis.
Fruit s'ouvrant à partir du sommet en
il valves placentifères.
Fernandezia acuta , F. pulchella.