PREMIÈRE OBSERVATION
« Jaime Ardebal, soldat au bataillon de Soria, âgé de quarante ans, de » stature moyenne, musculeux et bien conformé, fut de service pendant la uuit ii du 8 décembre 1819. Il ne se sentait nullement incommodé. Tout à coup, >1 vers minuit , il fut pris d'un brisement de tout le corps qui rendait très- » pénibles les moindres mouvemens. Relevé du service, il se retira et se mit » au lit; mais bientôt après, tourmenté de plus eu plus d'une inquiétude inex- » plicable, et ne pouvant goûter le sommeil , il se levait et se recouchait « sans cesse. A la pointe du jour, il sentit un froid très-vif, qui dura plus » d’une heure. Il s’y joignit une céphalalgie violente, des douleurs dans la » région lombaire et dans les jambes, et quelques vomissemens.
» Le lendemain, 9 décembre, faiblesse musculaire, douleurs très-fortes à >1 la ceinture et aux lombes, moindres dans les cuisses et les jambes; visage » coloré, cou rouge, injection modérée dans les vaisseaux de la conjonctive; » céphalalgie susorbilaire, soif modérée, bouche très-àmère, langue humide » et d'un blanc jaunâtre, vomissemens répétés de substances alimentaires » mêlées avec un liquide visqueux, jaune, très-amer et sans dépôt ou pré- » cipité; respiration facile, un peu accélérée; pouls fréquent, plein, souple; » chaleur vive de la peau; moiteur très- sensible aux avant-bras. Le soir de » ce second jour (9 décembre) , il entra à 1 hôpital. (Décoction de pulpe de » tamarin avec sulfate de soude , vésicatoires aux jambes , lavemens pur- » gatifs, onctions d’huile d’olive et de vin sur les parties douloureuses, bouillons » gras. ) Pendant la nuit , les vomissemens furent moins répétés : il y eut » un peu de sommeil.
» Le troisième jour (10 décembre), le visage avait repris sa couleur natu- » relie. Les douleurs dans les extrémités étaient moindres; celles des lombes » et de la tête avaient augmenté ainsi que la soif. Les alimens répugnaient au “ malade, et il avait de la sensibité à l'épigastre; mais la langue toujours humide » était moins chargée, la chaleur moins vive, et le pouls moins fréquent. Cepen- 1 dant la peau était sèche, l'urine claire et peu foncée, et pour peu que le n malade prit de bouillon, il le rejetait par le vomissement. Les lavet^Pns » entraînaient des cxcrémens obscurs et liquides. ( Sinapisme sur l'épigastre ,
« suppression des bouillons, diète végétale , boisson mucilagineuse acidulée
ia.
Ifi OBSERVATION»
h avec le suc de limon.) Le soir, les vomissemens continuaient; la faiblesse » croissait, et le malade s’inquiétait sur sa situation. (Vésicatoires sur l’épi- » gastre, liniracnt opiacé sur les liypochondres , potion éthérée.) Le vomisse- » ment diminua pendant la nuit, et il y eut quelques heures de sommeil.
» Le quatrième jour (il décembre), symptômes moins violens ; pouls pres- » que naturel, ainsi que la respiration et la chaleur; vomissemens rares; quel- » ques déjections jaunes , provoquées par les lavemens ; et le malade se sentant » mieux , continuation des mêmes remèdes. Le soir, le vomissement avait » cessé. A l'heure de la visite , le malade conversait tranquillement avec les » infirmiers, et répondait juste aux questions qu’on lui faisait. Pendant la » nuit, malaise, inquiétude, trouble , peu de sommeil, et changement fré- » quent de position.
u Le lendemain, cinquième jour de la maladie ( la décembre), toujours » réponses justes, et suppression des vomissemens; mais mouvemens lents, » pâleur du visage, légère altération dans les traits, langue blanchâtre, un » peu sèche vers la pointe , pouls un peu fréquent et faible , urine plus colorée. » Le soir, yeux jaunes, couleur terreuse de la peau, face hippocratique , » léthargie, insensibilité presque totale, aphonie, quelques mouvemens auto- » matiques; élévation, dureté, sensibilité de l’abdomen; respiration fréquente, » froid des extrémités; pouls intermittent, irrégulier, filiforme; vomissement a après de grands efforts , et expulsion de quelques caillots de sang. ( Lave- « mens toniques et stimulans; vésicatoires aux jambes; friction avec l’alcohol.) » Le lendemain ( i3 décembre ), sixième jour de la maladie, au lever a du soleil, mort. »
Autopsie, huit heures après,
« Cadavre de stature moyeune, bien conformé, avec saillies musculaires » bien prononcées. Les tégumens étaient parsemés de larges plaques, les unes «d’un rouge livide, et comme violacé; les autres d’un jaune ictérique. La » face était tuméfiée et violette; les paupières entrouvertes laissaient aper- » cevoir le globe de l’œil brillant et comme scintillant. Le bord libre des pau- » mères était sali par des matières noirâtres et croûteuses; les commissures » TOient sensiblement rétractées en arrière ; les parois de l’abdomen étaient » fortement refoulées vers la colonne vertébrale , et les membres abdominaux » et thorachiques dans un état moyen de roideur et de souplesse.
» La dure-mère, teinte en jaune, adhérait comme È l'ordinaire avec la n voûte du crâne. Sur le côté gauche du milieu de la faui , on apercevait du » sang extravasé, lequel était sorti du sinus longitudinal supérieur par une peu- » foration. Ce siuus contenait beaucoup de sang coagulé et noir. Les vaisseaux » sanguins <fe la surface du cerveau étaient également gorgés de sang. Les Jt espaces entre les circonvolutions cérébrales étaieul comme lustrés par une » quantité notable de sérosité épanchée. Une sérosité citrine et claire était » déposée en assez petite quantité dans les deux ventricules latéraux. Tout n le reste de l'encéphale étoit sain , soit pour la consistance , soit pour la » couleur.
» Les poumons étaient sans adhérence, volumineux, et gorgés d’un sang » noir- violet, comme après une asphyxie par l’inspiration du gaz acide car- » bonique. Ces organes étaient d’ailleurs parfaitement sains, ainsi que la tra- » chée artère et ses dépendances.
« Le péricarde contenait plusieurs onces d'une sérosité citrine et transpa- » rente. Le cceur, plus volumineux que ne le comportait la stature du sujet, u flottait librement dans la cavité du péricarde. Les parois du ventricule et a de l oreilletle du côté droit étaient distendues «t flasques ; celles de l'oreil- » lette et du. ventricule gauches, dures, épaisses et contractées. A l'intérieur, « les cavités droites contenaient beaucoup de sang uoir, demi-fluide et cail- » lebolté; le ventricule gauche était occupé par un gros caillot exempt de « toute adhérence, d'un jaune citrin et transparent comme de l'ambre ou une u gelée faite avec soin. L'oreillette gauche et l'ouverture des gros troncs arté- » riels contenaient quelques concrétions (ibrineuses.
u Le péritoine, parfaitement sain, avait partout sa couleur naturelle. L’esto- » mac, assez volumineux et distendu par des gaz, sans altération à l'extérieur, » contenait dans le tiers de sa capacité un liquide couleur de lie de vin , homon gène et assez consistant. La membrane muqueuse de cet organe, repliée en » rides transversales et obliques, avait conservé sa couleur, si ce n’est peut- » être vers le pylore , où cette couleur était un peu plus foncée. Le duodén num, un peu livide à l’extérieur, l’était beaucoup plus à l'intérieur, où sa a membrane muqueuse présentait, dans quelques endroits, de petites ecchy- » inoses arrondies , et de la largeur d'une ligne à peu près. 11 contenait une » matière homogène et diflluente, attachée sensiblement à la membrane mu- « queuse, et de couleur de châtaigne, ou vert-foncé. La même matière se
/j H OBSERVATIONS
h rencontrait dans tout le reste du tube intestinal ; mais elle était plus ahon- » dante et plus consistante à l'extrémité duodénale , et dans l’étendue d'envi- » ron deux pieds. Dans cette étendue, la membrane muqueuse était légère- » ment tuméfiée et pldogosée : partout ailleurs elle était saine. L’intérieur » des gros intestins ne présentait rien de remarquable : on n’y voyait point <1 d’excrémens, au moins sous la forme ordinaire: ils étaient peu dilatés par « la matière difiluente dont il a été question tout à l'heure.
u Le foie avait la couleur , la consistance et le volume ordinaires. La vési- » cule du fiel contenait en assez grande quantité une bile filante et d’un vert- » foncé. La rate et le pancréas étaient sains.
« Tout était également sain dans le système urinaire et dans l'appareil de » la génération.
» J’ajoute une dernière remarque; c’est que les muscles étaient très-rouges, n plus qu'ils ne le sont après une mort violente et récente. »