‹ Observations sur la guerre dans les colonies, organisation, exécution: Conférences faites à lChapitre 13 sur 25 · LE MATÉRIEL · texte numérisé non relu

LE MATÉRIEL

CondilîoDs à remplir. — Matériel de campement et bivouac. — Matériel d'artillerie. — Matériel du génie. — Matériel des subsistances. — Matériel du service de santé. — Epuration des eaux de boisson. — Appareils à glace.

La guerre coloniale se fait dans les condilions les plus diverses.

La nature du pays où l'on peut être appelé à opérer, les ressources qu'il peut fournir par lui-même, l'état des communications, les moyens de transport susceptibles d'être utilisés, lorganisation des troupes adverses, etc., sont autant de lacleurs qui influent sur la nature des divers matériels dont il est nécessaire de pouvoir disposer.

Les quantités doivent d'ailleurs en être prévues très largement à cause du manque, presque toujours complet, de toute ressource locale.

Nous avons vu précédemment que les mulets et les coolies sont seuls susceptibles d'accompagner les colonnes dans tous leurs déplacements en pays accidentés, et qu'en conséquence l'organisation de tous les services de l'avant doit être faite surtout en prévision de l'emploi de ces deux moyens de transport.

Les ressources en animaux de bât qu'il est possible d'utiliser pour le transport du matériel sont essenliellement variables avec les pays où l'on peut être appelé à faire campagne. Ces animaux sont eux-mêmes de natures très diverses et de

rendements 1res différents. Le plus souvent il sera nécessaire d'employer tous ceux qu'on pourra se procurer, de quelque nature qu'ils soient, chevaux, mulets, ânes, bœufs, chameaux et même éléphants.

Ces animaux étant susceptibles de porter des poids très différents, il est indispensable de se baser, pour le lotissement du matériel, sur la charge minima. Or les petits chevaux du Tonkin et de la Chine méridionale, ainsi que les mulets abyssins, utilisés pendant la campagne de Madagascar, et même une bonne partie des mulets d'Algérie ne peuvent pas porter plus de 100 kilos et ne marchent allègrement, dans les mauvais chemins, qu'avec une charge de 80 kilos, bâts compris. Il en résulte que le matériel doit être réparti en colis de 35 à 40 kilos environ destinés à être portés par paires sur un même animal de bât.

D'autre part, la charge moyenne d'un coolie ne peut être évaluée à plus de 20 kilos, d'où il faut encore déduire le bagage personnel de l'homme. Les coolies pouvant, dans la plupart des cas, être groupés par deux, on arrive encore ô cette conclusion que le matériel doit, pour utiliser ce mode de transport, être réparti en colis de 35 à 40 kilos environ, chacun d'eux constituant la charge de deux hommes.

Ainsi donc, tout le matériel destiné à l'avant doit être réparti en colis du poids moyen de 35 à 40 kilos, constituant la charge de deux hommes ou une demi-charge des animaux de bât les moins forts.

Cette divisibilité du matériel en petits colis augmente, il est vrai, le poids mort et devient par conséquent désavantageuse dans le cas où l'on dispose de moyens de transport plus puissants; mais l'inconvénient qui peut en résulter dans certains cas particuliers ne saurait empêcher de reconnaître ([u'elle s'impose pour les raisons indiquées ci-dessus.

Ajoutons que le groupement de ces matériels et de ces approvisionnements doit être fait de telle façon que la perte

d'une charge ne démunisse pas un service des articles qui lui sont strictement indispensables.

Pour les services de Tarrière, au contraire, sur la ligne d'étapes et à la base d'opérations, il est possible d'utiliser les moyeni de transport les plus divers, et, par conséquent, le matériel destiné à celte partie de l'organisation des différents services n'est pas astreint à remplir les mêmes conditions de divisibilité en fractions de poids minnne.

L'élude des campagnes coloniales montre, d'autre part, que la conduite des opérations militaires aux colonies, même lorsqu'elles nécessitent de gros effectifs, aboutit très souvent, dans la seconde partie des opérations, au fractionnement en petites colonnes de 500 à 800 hommes, comprenant une certaine proportion d'infanterie européenne et d'infanterie indigène avec une ou deux sections d'artillerie et les ser\ices indispensables (sections de munitions, convois de vivres, sections d'ambulance, etc.). Avec des effectifs plus importants, la marche devient plus difficile, le ravitaillement se complique, les colonnes s'allongent outre mesure et s'alourdissent, elles n'ont plus la mobilité indispensable pour atteindre un ennemi qui connaît le pays et n'est pas embarrassé par ses bagages. La nécessité de faire entrer dans la composition de ces colonnes légères un nombre d'indigènes deux ou trois fois supérieur à celui des Européens nous amène donc à cette conclusion que, dans les approvisionnements dont sont pourvus chaque corps et service, il faut prévoir un fractionnement suffisant pour permettre de doter les plus petites unités (compagnies et même sections dans certains cas) d'un matériel qui leur donne dans une certaine mesure une autonomie complète.

On peut enfin remarquer que les éventualités d'une guerre

coloniale ne se présenteront pas toujours sous forme d'envoi, de la métropole, d*un corps expéditionnaire complètement organisé, mais souvent sous la forihe d'envoi de renforts destinés à constituer, avec les éléments européens et surtout indigènes déjà sur place, des groupes d'opérations organisés par le commandement local selon la nature des opérations qui doivent être faites.

La solution du problème à résoudre parait donc devoir être plutôt la suivante : doter en permanence les troupes aux colonies d une partie du matériel léger et des moyens de transport dont elles auront besoin en campagne; avoir, dans chaque centre colonial important, une certaine réserve de ces matériels et moyens de transport ainsi que les approvisionnements nécessaires; entretenir en France, à proximité des ports d'embarquement, un dépôt ou seconde réserve de matériel et d'approvisionnements susceptibles d'être expédiées, tout ou partie, au premier ordre sur tel ou tel point du globe.

La constitution de ces réserves de matériel, moyens de transport et approvisionnements, devrait d'ailleurs être prévue assez largement et leur organisation être faite de telle façon qu'elles permissent au commandement local de les répartir à son gré en éléments de compositions excessivement variées, selon les circonstances et les besoins.

Nous ferons enfin remarquer qu'il y a tout intérêt à ce que les matériels pouvant être utilisés par les différents services tels que : moyens de transport, abris portatifs, etc., soient groupés dans la main du commandement, qui les répartit selon les circonstances, plutôt qu'affectés par fractions aux différents services dont les besoins à ce^sujet seront le plus souvent très variables.

Matériel de campement et biYouac.

Aux colonies, les habitations riidimentaires des indigènes n'offrent, en général, aux troupes que des abris insuffisants, toujours malpropres et souvent malsains; en outre, les agglomérations susceptibles de fournir un cantonnement sont très rares et, dans la plupart des cas, les colonnes expéditionnaires sont obligées de bivouaquer dans des régions désertes.

C'est cependant aux colonies que s'impose avec le plus d'évidence la nécessité de soustraire les hommes aux influences pernicieuses du climat, à l'ardeur des rayons du soleil, aux pluies torrentielles des tropiques, et aux émanations dangereuses du sol.

Les statistiques dressées à la suite des expéditions coloniales établissent, en effet, que le chiffre des pertes causées par les maladies est énorme comparé à celui des perles occasionnées par le feu, et que le chiffre des indisponibles par suite de maladies est formidable par rapport à l'effectif.

Quelques exemples permettront de constater le fait.

En 1873, lors de la première expédition des Ashantces, 110 hommes venant d'Angleterre débarquèrent à Cap-Coast le 9 juin. Aucune mesure d'hygiène n'avait été prévue, aussi la petite troupe fut-elle bientôt décimée. En six semaines, 12 hommes moururent de maladies, 77 furent rapatriés et, à la fin d'août, il ne restait plus sur la côte que 21 hommes qui y étaient arrivés moins de deux mois plus tôt.

Pour les opérations ultérieures, lord Wolseley prit de grandes piocautions hygiéniques et les résultats obtenus furent bien affférents. Sur 4.000 hommes, tant noirs que blancs, qu'il employa de janvier 1874 au 23 mars de la même année, 49 seulement moururent de maladies. Une semblable différence est due, non pas seulement à la saison, mais encore

et surtout au soin avec lequel la campagne fut préparée (l'abord et menée ensuite. Jamais les hommes n*ont bivouaqué.

Pendant l'expédition de Madagascar, où il n'a pas été possible de prendre de semblables précautions en raison de l'effectif élevé des colonnes, les pertes ont été considérables: elles se sont élevées à 5.756 hommes, dont 18 seulement sont morts au feu ou des suites de blessures de guerre.

Par contre, lors de l'expédition de Chine où de très grandes mesures hygiéniques avaient pu être prises dès le début par le général Voyron, le nombre des décès n'a été cjue de 433, dont 131 au feu, pour un effectif de plus de 15.000 hommes.

Il est donc de toute nécessité d'adopter toutes les mesures susceptibles de diminuer pour les hommes les causes d'invalidation, et, parmi ces mesures, de prendre en particulier toutes celles pouvant permettre de diminuer le nombre des installations au bivouac, le nombre des journées passées au soleil et des nuits passées à la belle étoile, toujours profondément dangereuses aux colonies.

Au point de débarquement, par exemple, où il sera nécessaire de préparer des abris pour la troupe, des ambulances pour les malades, des magasins pour le matériel et les approvisionnements (vivres et munitions), des écuries pour les chevaux et les mulets, des baraquements rapidement mais confortablement installés rendront d'inappréciables senices.

Les hommes arrivent, en effet, fatigués par un voyage plus ou moins long, au cours duquel ils ont été généralement éprouvés par le mal de mer, par la chaleur, par l'entassement à bord du navire. Il est indispensable de leur fournir, au moment où ils débarquent, des installations suffisamment confortables pour leur permettre de se refaire rapidement des fatigues du voyage, et de résister aux premières atteintes de racclimatement. Il en est de même pour les chevaux et les mulets, toujours très éprouvés par le voyage, et

qui ont besoin de soins spéciaux au moment du débarquement.

L'installation de magasins pour les vivres et le matériel s'impose également afin d'éviter la détérioration de ces approvisionnements par les agents atmosphériques et pour empêcher les vols.

Lors de la dernière expédition de Chine (1900-1901), l'absence de hangars à Tien-Tsin, au moment de l'arrivée des approvisionnements, fut cause de nombreux vols, ainsi que le constate le colonel du génie Legrand dans un rapport publié par la Revue du Génie (tome XXIII).

Des installations durent être improvisées pour mettre les approvisionnements à l'abri des rapines, et le colonel Legrand fait à ce sujet les réflexions suivantes :

a Pour l'ensemble de ces travaux d'installation de hangars, on fera observer qu'il eût été plus économique de disposer immédiatement d'un approvisionnement de hangars démontables que l'industrie française produit maintenant couramment. On aurait dépensé moins d'argent, et on eût été plus vite prôt si on les avait eus sous la main. Comme la capacité de production des usines est limitée, et qu'au moment où l'expédition de Chine fut décidée, les travaux de l'Exposition avaient absorbé tous les stocks existants, on ne put constituer d'approvisionnement dans le court délai dont on disposait. Il serait donc utile de comprendre dans les approvisionnements de l'armée coloniale une quantité importante d'abris de ce genre; on se trouverait ainsi en mesure de parer à tous les besoins d'une expédition survenant brusquement. » (Revue du Génie, tome XXIII, page 138).

Nous venons de voir que l'installation de baraquements et de hangars est indispensable à la base de débarquement; elle s'impose également dans les gîtes d'étapes et pour les mêmes raisons; mais il n'est pas possible de songer à faire suivre

208 LA GUEBBE DANC LES COLONIES

les colonnes d'un matériel de baraquement, et Ton est conduit à doter les troupes en marche d*abris légers, facilement trànsportables, rapidement montables et démontables, ne nécessitant pas la présence d'ouvriers spéciaux, et pouvant s'installer en tous lieux. Ce sont les abris couverts en toile à voile, les tentes, qui répondent le mieux à ces desiderata.

Ainsi nous sommes amenés à admettre pour les troupes opérant aux colonies deux sortes d'abris, les uns destinés à faire face rapidement aux besoins d'installations fixes ou d'une certaine durée, les autres destinés à abriter les troupes en marche.

Des baraques démontables ont été employées dans toutes les expéditions coloniales depuis vingt ans. Les types utilisés, très différents les uns des autres, ont été les suivants :

Au Tonkin, en 1883-1884, des pavillons Moisan et des pavillons Tollet;

Au Dahomey, en 1892-1893, des baraques Espitallier (type, primitif), des baraques Dœcker, Schmid, Tollet, Moisan.

A Madagascar, en 1895, des baraques Espitallier (92), des abris Laillet (48), des hangars Janssens (20);

Au Soudan, vers 1895, des baraques Espitallier;

En Chine, en 1900, quelques hangars Maillard;

Enfin, à Diégo-Suarez, en 1900, des baraques Espitallier. Laillcl, Maillard, Schmid, Bertagnol, etc., ont été édifiées pour le logement de la garnison du point d'appui de la flotte.

Il semble qu'après de telles expériences on devrait être fixé sur la valeur des différents types employés. Il n'en est malheureusement rien. Les rapports officiels sont muets à cet égard; si nous avons quelques renseignements, c'est dans des récits de campagne, faits par des officiers ou des médecins que nous avons pu les trouver. Les plaintes contre les baraquements, quels qu'ils soient, sont unanimes, mais les observations ont été, en général, de trop courte durée pour qu'il

soil possible de s^appuyer sur elles pour exprimer un avis bien fondé sur tel ou tel type de baraquement.

La principale objection formulée contre l'utilisation des baraquements démontables est leur prix élevé et le coût de leur transport, mais cette objection doit être écartée de prime abord, car, dans les expéditions coloniales, la question d'économie ne doit être considérée que comme secondaire et le bien-être des hommes doit passer avant tout.

Ainsi que l'ont écrit le médecin inspecteur des troupes coloniales Kermorgant et le docteur G. Reynaud, dans leur étude sur les précautions hygiéniques à prendre pour les explorations et les expéditions en pays chauds, « les économies faites aux dépens du bien-être des hommes sont désastreuses par leurs conséquences et se traduisent en général par des dépenses plus fortes, résultant d'hospitalisations plus nombreuses, de rapatriements anticipés, de relèves plus fréquentes, de pertes de temps et, par-dessus tout, de sacrifices inutiles d'existences précieuses

» Quand il s'agit d'expéditions coloniales, il est particulièrement juste de dire que toute dépense judicieusement faite en faveur de Thygiènc est une économie réalisée. »

L'expédition de Chine en 1900 vient d'ailleurs de prouver que l'emploi de baraquements démontables, quoique coûteux, est encore plus économique que la construction d'abris avec les matériaux trouvés sur place.

Dans un rapport daté du 25 octobre 1900, sur l'inslallalion des troupes à Tien-Tsin, le lieutenant-colonel Legrand, chef du service du génie du corps expéditionnaire, écrit en effet ceci : « Quant au matériel de baraquement nécessaire, si la véritable situation des ressources à Tien-Tsin avait été connue avant le départ de France, et si les évéucmcnts avaient permis de prévoir que celte ville serait le lieu d'hivernage d'une partie aussi importante du corps français, ce n'est pas 20 baraques qu'on aurait demandé, mais au moins 100,

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et la dépense qui serait résultée de cette commande n'aurait pas dépassé celle qu'il a fallu engager sous peine de voir nos troupes en Chine décimées par les rigueurs du climat. »

Dans un autre rapport daté de février 1902, le lieutenantcolonel Legrand insiste de nouveau sur la nécessité de pourvoir tout corps expéditionnaire d'un matériel de baraquement et signale l'économie qui doit en résulter : <( Lésiner sur sa dotation, ce n'est pas seulement s'exposer à se trouver désemparé devant les événements qui pourraient se produire et à n'accomplir qu'incomplètement sa mission, mais, en se plaçant au point de vue administratif et budgétaire, c'est faire supporter au Trésor une charge plus lourde, attendu que les organisations improvisées coûtent toujours plus cher que celles qu'on a soigneusement préparées à l'avance. »

L'opinion exprimée dans ces différents rapports est d'ailleurs confirmée par le général de division Voyron, commandant en chef le corps expéditionnaire de Chine.

Voici, en effet, comme il conclut dans un rapport sur le service du génie du corps expéditionnaire : « A un autre point de vue, il n'est pas douteux qu'on aurait réalisé de sérieuses économies, si, comme on l'avait demandé, on avait autorisé à emporter de France des baraques et hangars démontables pour abriter les approvisionnements et le matériel; faute d'en être muni, on a dû faire à Tien-Tsin de grosses dépenses pour cet objet

)) Quoi qu'il en soit, et malgré la diversité du matériel, suivant le but poursuivi, on aura toujours à abriter des troupes et du matériel. Il parait donc nécessaire de disposer en tout temps d'un matériel de baraquements démontables. »

Il résulte clairement des citations qui viennent d'être faites que la récente campagne de Chine (1900-1901) a démontré une fois de plus, à tous ceux qui y ont pris part, la nécessité

de doter les corps expéditionnaires d*un matériel de baraquement.

Il serait évidemment avantageux de posséder un modèle unique de construction démontable protégeant suffisamment contre les intempéries et le pillage, répondant à tous les besoins, et pouvant servir, soit de hangar, soit de magasin, soit de baraquement pour le personnel et les ambulances; mais aucun des types construits ne répond à ces conditions. Certains sont trop légers, fragiles et protègent mal contre la pluie et le soleil; d'autres (baraques à doubles parois), sont rapidement envahis par des animaux et des insectes nuisibles, souvent dangereux et toujours incommodes.

Cela tient évidemment à ce que les constructeurs se placent à un faux point de vue et oublient qu'un bâtiment, parce qu'il est démontable, n'est pas forcément destiné à se promener. Au contraire, il doit pouvoir se transformer en bâtiment semi-permanent et, à cet effet, être constitué par une ossature métallique composée de pièces de types peu nombreux, pour être d'un montage facile, et par des parois et cloisons en planches, lesquelles sont destinées à être ultérieurement remplacées par de la maçonnerie.

Les baraques démontables peuvent être classées en trois grandes catégories :

1* Les baraques à ossature métallique et toiture métallique (baraques Espitallier, Wehrlin et Danly); elles sont très chaudes et presque inhabitables quand la température extérieure dépasse 30*. Leur prix revient à environ 140 francs le mètre carré de surface habitée et 70 francs le mètre carré de surface couverte.

2** Les baraques à charpente en bois et à parois en bois (Société française de constructions portatives transformables); elles résistent mal à l'action des agents atmosphériques et aux changements de température, sont rapidement envahies

ii'È LA GUERKË DANS L^ COLONIES

par les insectes et les rongeurs, et présentent de sérieux^ dangers d'inrcndie malgré l'ignifugage des charpentes. Leur prix est encore plus élevé : 200 francs par mètre carré de surface habitée, et 83 francs par mètre carré de surface couverte.

3* Les baraques à charpentes mixtes en bois et fer à toiiures et parois diverses (Laillet,* Janssens, Schmid, Maillard, Bertagnol); elles présentent à des degrés divers, selon la nature des matières employées, les inconvénients des catégories précédentes. Les meilleures paraissent être les baraques Laillet, qui permettent d'avoir rapidement un abri suffisant, et peuvent ensuite être facilement transformées en baraquements demi-permanents; elles ont rendu de bons services pendant la campagne de Madagascar et à Diégo-Suarez. Le prix de l'ossature seule est de 16 francs par mètre carré de surface habitée et 8 francs par mètre carré de surface couverte.

En résumé, aucun des types de baraques démontables expérimentés jusqu'à ce jour ne présente les conditions d'habitabihté, de solidité et de facilité de montage qui sont indispensables pour le service d'un corps expéditionnaire. La plupart n'ont pas été établis pour être employés dîms les pays chauds et n'offrent pas une protection suffisante contre la chaleur.

Le choix se restreint, en somme, entre le matériel Espitallier et le matériel LalUet à charpente mixte, ce dernier étant d'ailleurs plus lourd et de prix moins élevé. Tous deux se sont bien comportés à Madagascar.

Bien que les tentes présentent des inconvénients multiples et qu'elles ne donnent pas aux hommes tout le confort désirable, elles offrent par la rapidité de leur montage, la facilité de leur transport, leur faible volume, la modicité relative de leur prix, de tels avantages pour l'installation rapide d'abris

suffisants, qu'elles doivent être employées aussi souvent que possible par les troupes opérant aux colonies. Elles ont d'ailleurs toujours été utilisées dans les expéditions lointaines (Crimée, Sénégal, Soudan, Tonkin). A Madagascar on en employa un très grand nombre, sans compter la tente-abri dont chaque homme était muni.

Le service de santé fit usage de 10 tentes Tollet, 27 tentes Tortoise, 37 lentes coniques; 80 grandes tentes de modèles différents et 4.000 tentes coniques (le chiffre 500 primitivement fixé avait été rapidement trouvé insuffisant) furent mises à la disposition des autres services.

Aucune de ces tentes ne donna d'ailleurs satisfaction et le commandant Legrand-Girarde, dans son ouvrage sur le génie à Madagascar, les juge de la façon suivante :

« L'hôpital de Majunga se composait, à la date du 3 avril, d'une baraque en charpente construite par Tarlillerie de marine et de tentes abritant, d'une façon très précaire, les malades et le matériel. »

Les défauts de la tente sont en effet nombreux et ils ont été signalés par les médecins, les officiers cl tous ceux qui l'ont utilisée aux colonies.

Employée seule, dit le docteur Reynaud (1), elle protège mal contre le soleil et la chaleur y est étouffante. Le docteur Legrand (2) la trouve insuffisante contre le rayonnement nocturne. D'après les docteurs Kermorganl et Reynaud (3), on a observé, à Madagascar, de 33"* à 12'* sous la tente et au Soudan, sous une tente-abri, on a constaté 00**. Enfin, imperméabilisée ou non, elle offre un abri parfois aléatoire contre les pluies torrentielles des tropiques.

(1) Docteur Reynaud, Archives de Médecine navale (1893).

(2) Docteur Legrand, L*Hygiène des Troupes européennes aux colonies.

(S) Docteurs Kermorgant et Reynaud, Précautions hygiéniques à prendre pour les expéditions aux pays chauds.

214 La guebbe dans les colonies

D autre pari, la lente n'est pas toujours très stable : dans la nuit du 14 novembre 1856, à Inkermann, toutes les tentes de la division Bosquet furent enlevées par la tempête.

Le fait s'est reproduit fréquemment ailleurs, aussi bien en France qu'aux colonies. Cela lient au mode de fixation au sol généralement utilisé.

Dans presque tous les modèles, la stabilité est assurée par des haubans liés au sol à Taide de piquets. Or, les piquets s'enfoncent très difficilement dans les terrains durs ou rocheux el ne tiennent pas dans les sols sablonneux, mous, friables ou humides. D'autre part, les haubans exercent une fraction continue sur la toile qui s'use rapidement et, par réaction, sur les piquets qui tendent à s'arracher. Il en résulte que l'ensemble est d'autant moins stable que cette double action est plus accentuée par l'effet des agents extérieurs. La pluie, l'humidité el le soleil, par les contractions et les dilatations qu'ils font subir à la toile, diminuent ou augmentent en effet sa tension et contribuent ainsi à l'usure de l'étoffe el à l'instabilité du système.

Pour remédier à ces défauts el empêcher le vent de s'engouffrer sous la tente, on a été conduit à rejeter sur les bords, en bourrelet, la terre provenant du fossé qui l'entoure, ce qui a pour résultat de faire pourrir toile et corde et surtout d'empêcher l'aération de la tente. Il serait préférable d'adopter un système de tente dont la stabilité et l'assiette seraient assurées par l'ossature même sans qu'il fut besoin de recourir à des petits piquets. La toile pourrait dès lors être simplement posée sur la carcasse, ne serait pas tendue et une partie des inconvénients signalés disparaîtrait.

Malgré tous les inconvénients qui viennent d'être énumérés et auxquels vient encore s'ajouter celui de la détérioralion rapide des toiles par les rongeurs et les termites, la tente présente, comme nous l'avons dit, de tels avantages par la facilité de son transport et la rapidité de son montage,

qu elle devra être employée partout où, faute de temps, d'argent ou de moyens de transport, on ne pourra pas disposer d'abris plus confortables. Elle est loin d'être parfaite, c'est indiscutable, mais elle offre contre le soleil et la pluie un abri suffisant dans la plupart des cas et son emploi s'impose dans les expéditions coloniales.

Le nombre des modèles de tentes-baraques, tentes-magasins, tentes-abris, etc., est encore plus considérable que celui des modèles de baraques démontables. Aucun ne convient vraiment aux nécessités de la guerre coloniale : la plupart de ces tentes ne sont pas doublées ou sont difficilement transportables, ce qui les rend impropres aux services de Tavant. Les plus facilement utilisables paraissent être Fa tente Tollet, la tente Tortoise, la tente Cauvin, modifiée suivant les propositions des sections techniques de l'intendance et du génie, et enfin la tente d'ambulance adoptée pour le matériel de santé par le ministère des colonies.

Rien ne vaut d'ailleurs les abris improvisés avec les matériaux du pays quand la chose est possible. Les Anglais et nous-mêmes en avons fait un emploi constant dans toutes les circonstances.

Au Dahomey, où Ton ne pouvait emporter de grandes tentes à la suite des colonnes, le général Dodds, trouvant Tabri fourni par la tente-abri trop illusoire, « mit au concours un type d'abri aussi léger que possible permettant aux hommes de s'y tenir debout, en utilisant dans la toiture les toiles de la tente-abri » (1).

L'abri présenté par le lieutenant Gougé de l'artillerie de marine fut adopté.

Cet abri se composait d'une ossature en bambou et en nervures de feuilles de palmier à huile et d'une couverture formée de toiles de tentes et de feuillage. Les bambous.

(1) Commandant Roques^ Le Génie au Dahomey.

216 LA GUEUBIS DANS LES &^tasiïfik^

coupés à la longueur voulue et percés de trous au moyen d*un fer chaud, s'assemblaient à Taide de chevilles en bois de manière à constituer des travées qui s'ajoutaient les unes à la suite des autres. Chaque ferme, constituée par deux montants, deux arbalétriers et un tirant, était reliée à la ferme suivante par cinq pannes creusées à leurs extrémités de trous longitudinaux dans lesquels s'introduisaient les chevilles d'assemblage.

La distance de deux fermes consécutives était égale à la largeur d'une toile de tente, en sorte que deux toiles de tentes boutonnées sur la panne faîtière et maintenues simplement aux coins par des liens couvraient une travée.

Sur ces toiles on jetait des feuillages qui empêchaient la température de s'élever à l'intérieur de l'abri, comme cela serait arrivé si elles avaient reçu directement les rayons du soleil.

Les murailles de l'abri étaient formées de feuilles de palmier disposées horizontalement et attachées aux montants par des boucles en lianes.

Deux hommes pouvaient monter trois travées en huit minutes et les couvrir complètement en im quart d'heure.

Chaque travée pouvait donner un abri à deux hommes et même facilement à trois.

« La légèreté des matériaux employés est telle que le poids de l'ossature d'un abri pour douze hommes (à raison de deux hommes par travée) est de 49 kil. 500 environ, charge de deux porteurs.

» Pour le transport, les bambous sont réunis en faisceaux de 25 kilogrammes environ chacun, que lès autres porteurs mettent sur leur tête (1). »

(1) Commandant Roques, Lf Génie au Dahomey en 1892. (Bévue du Génie, 1894.)

^^^'I^XniBÉE DANS LES COLONIES 217

L'abri Goiigé a reqdu d'excellents services pendant la campagne du Dahomey, où il a heureusement résolu le problème si difficile d'abriter les hommes au bivouac.

Pour la campagne de Madagascar, on avait emporté en grand nombre des grandes tentes conicpies, des bariques Espitallier, des abris volants Laillet, des hangars pour magasins, des tentes Tollet et Tortoise. Tous ces abris furent utilisés à Tarrière; mais, dans la marche en avant, les hommes campèrent toujours sous la petite tente-abri ou sous des gourbis improvisés.

Ifatériel d'artillerie.

Aucun matériel d'artillerie n'a encore été créé spécialement en France, pour les besoins des guerres coloniales; l'artillerie coloniale a jusqu'ici utilisé de son mieux les matériels d^ campagne et de montagne mis à sa disposition.

L'expérience acquise a cependant montré qu'aux nécessités de combat imposées par la nature du pays et la tactique de ladversaire devrait correspondre un matériel d'artillerie spécial caractérisé par les desiderata suivants :

1* Etre efficace contre les effectifs ennemis; 2* Etre suffisamment efficace contre les obstacles; 3* Etre doué d'une grande mobilité au double point de vue de la manœuvre et du transport.

En résumé, le matériel d'une artillerie coloniale doit élio puissant et mobile.

De cette mobilité imposée au matériel découlent des conditions particulières pour son établissement.

Si, dans les divers pays d'Europe, les routes sont nombreuses et tendent à le devenir davantage de jour en jour, et si ce n'est qu'exceptionnellement, pour des marches de courtes durée ou pour les mouvements préparatoires à la

mise en batterie que l'artillerie est appelée à quitter les routes, hors d'Europe ou de quelques colonies très anciennes, au contraire, le système routier n'est encore qu'à ses débuts et, dans la plupart des cas, les seuls moyens de communication sont des sentiers ou même de simples pistes coupant à travers la brousse : dans les pays très accidentés, comme Madagascar et le Tonkin, aux difficultés résultant de Tabsence de route viennent encore se joindre celles qui tiennent à la configuration du terrain.

Dans ces conditions, soit qu'on opère en pays plat dépourvu de voies carrossables, soit qu'on opère en pays montagneux, soit enfin que le terrain des opérations, en le supposant favorable au transport sur roues, se trouve séparé de la base d'opérations par un pays de parcours difficile, Tartil- Icrie attelée ne pourra que rarement trouver son emploi.

Nos campagnes coloniales nous offrent cependant des exemples d'emploi de l'artillerie attelée : le 80 de campagne dans le delta du Tonkin, le 95 dans la colonne du Yen-Té, transporté, il est vrai, presque constamment sur jonques; ce même canon de 95 au Soudan, en particulier à la prise de Sikasso, mais en pays relativement facile, peu accidenté et au prix d'efforts considérables.

Dans la dernière campagne de Chine, les batteries attelées de 80 de campagne et de 75 ont pu circuler assez aisément, mais dans un pays assez plat et non dépourvu de routes.

La première condition imposée au matériel d'artillerie, la mobilité^ exigera donc, eu égard à la nature des pays où il sera utilisé, la possibilité de son transport à dos de mulet conjointement avec son transport sur roues.

Il convient donc d'examiner quels sont, parmi les matériels remplissant cette première condition, ceux qui satisfont à la condition de puissance spécifiée plus haut.

1*" La maison Hotchkiss a construit un matériel de cam-

UL GtlEKRE DANS LES COLONIES 219

pagne léger de 37"*" (modèle 1887) à tir rapide, démontable, composé d'éléments de poids variant entre 20 et 33 kilos (poids du canon), tirant à la vitesse initiale de 435 mètres des projectiles de 455 grammes. Ce canon est facilement transportable soit à dos de mulet, soit par des coolies; il peut également être attelé au moyen d'un avant-train qui pèse 140 kilos; son peu de puissance ne permet pas de l'utiliser autrement qu'à la défense des postes.

2"* Le canon de 65"" (modèle 1881) de débarquement, en acier, du môme modèle, pèse 93 kilos. Bien que plus puissant que le premier, il est encore trop peu efficace pour être employé autrement que comme canon de débarquement; il n'est d'ailleurs pas muni d'affût démontable.

3* Le canon de 80"" de montagne modèle 1878, à affût scindé en deux parties, se transporte facilement à dos de mulet; sa vitesse initiale étant de 249 mètres seulement, sa bonne distance de tir varie de 1.500 à 2.500 mètres. Il a rendu des services signalés et a pu suffire à sa tâche dans la plupart des cas; mais cela tient à des causes indépendantes du matériel lui-môme, qui, créé avec l'obligation primordiale de tirer les mêmes projectiles que le 80 de campagne, est un matériel hybride tenant à la fois du canon et du mortier.

Utilisé comme canon, il s'est montré suffisamment efficace, mais il faut remarquer que nos adversaires coloniaux n'avalent en général pas de matériel d'artillerie à lui opposer; lorsqu'il a dû lutter contre de l'artillerie ennemie, il a bénéficié du mauvais emploi qu'en faisaient nos adversaires ce qui permettait de les attaquer à de faibles distances et de réduire leur artillerie au silence : à l'attaque de Tananarive, par exemple, nos batteries de montagne eussent été en mauvaise posture si les Ilovas avaient su tirer un meilleur parti de leur

artillerie; plus re^cemment, au cours de la campagne de Chine, le 80 de montagne a pu lutler contre une artillerie ennemie plus puissante, maïs il n'esl pas douteux que, dans d'autres mains que celles des Célestes, cette artillerie adverse aurait pu constiuter pour nous un sérieux danger. L'artillerie n'a donc pas été appelée, dans cette dernière campagne, à agir dans les conditions normales de son emploi, et on ne saurait tirer, des bons résultats obtenus avec le 80 de montagne, des conclusions relatives au matériel nécessaire à une troupe coloniale (1).

Utilisé comme mortier, le canon de montagne a également profité de Tabsence d'artillerie adverse, ou de son mauvais emploi : on a pu l'installer à des distances très faibles des objectifs à battre, et les détruire, parce que, la plupart du temps, ils n'ont consisté qu'en obstacles de peu de résistance. La faible capacité des projectiles explosifs du canon de montagne ne permet pas d'espérer qu'on puisse avec succès l'employer contre des fortifications plus sérieuses; lorsque ce cas s'est présenté, on a dû recourir à des matériels plus puissants; au Soudan, par exemple, où l'ouverture des brèches dans les tatas indigènes a nécessité l'emploi du canon de 95.

Dans le tir contre des troupes abritées, la trajectoire du 80 de montagne est également trop tendue pour qu'on puisse toujours obtenir une efficacité suffisante. Dans le haut Tonkin en particulier, pays très accidenté aux multiples vallonnements, on lui a quelquefois préféré le mortier de 15*™ plus efficace contre les bandes ennemies dissimulées dans les plis du terrain.

(1) (( On ne saurait tirer des événements de Texpédition de Chine des conclusions relatives à Torganisation d'un matériel d'artiHerie destiné aux campagnes coloniales, et il faut s'en tenir, à cet égard, à Texpérienoe acquise antérieurement à cette expédition. » (Rapport sur le service de l'artillerie pendant la campagne de Chine do 1900.)

Malgré les services qu'il a rendus et qu'il pourra, à l'occasion, être appelé à rendre encore, le canon de montagne ne parait donc suffisant ni comme mortier, ni comme canon, pour constituer l'armement rationnel d'une armée coloniale.

Hâtons-nous d'ajouter que les matériels de montagne adoptés à l'étranger, ainsi que ceux construits par l'industrie privée, ne paraissent pas avoir sur le nôtre une supériorité marquée; ils sont tous légers, mais de puissance restreinte.

La nécessité d'avoir un matériel puissant en même temps que léger, afin de pouvoir lutter avec avantage contre des adversaires bien organisés et pourvus d'un armement perfectionné, a conduit à rechercher la solution dans le fractionnement de la Louche à feu elle-même en deux ou plusieurs morceaux.

L'idée de construire des canons démontables est très ancienne et remonte, en France, au xvu° siècle, où des canons de ce genre étaient fabriqués à Perpignan. De nombreux essais ont été faits récemment en Angleterre, en Espagne, on Allemagne, en Autriche, en Russie et en France. Les études entreprises n'ont pas donné les résultats espérés, puis- (jue l'Angleterre seule a mis en service un canon de montagne démontable qu'elle a d'ailleurs utilisé en Afghanistan et en Egypte. Les autres puissances paraissent avoir renoncé au fractionnement du matériel-pièce et orienter leurs préférences vers un matériel attelé, à voie réduite, plus puissant que les canons de montagne en service et appelé au besoin à les remplacer en même temps qu'à accompagner la cavalerie.

Aux colonies, un matériel démontable pouvant à volonté t^tre attelé ou porté à dos de mulet serait pourtant incontestablement supérieur. Mais les difficultés possibles de démontage à la suite de réchauffement produit par un tir prolongé constituent un danger sérieux.

Le matériel d'artillerie coloniale devant d'ailleurs avoir une puissance suffisante à la fois contre le personnel et contre les obstacles, il semble qu'il y aurait lieu de le constituer par deux bouches à feu :

1* Un canon à tir accéléré, d'un calibre voisin de 70", d'une portée efficace de 3.500 mètres, tirant un obus à mitraille et une boite à mitraille (1);

2** Un obusier d'un calibre compris entre QO""* et 100", d'une portée efficace de 3.000 mètres, tirant un obus explosif et une boîte à mitraille (2).

Ces deux matériels devraient pouvoir être attelés ou portés à dos de mulet.

L'obusier serait démontable, les raisons de prudence qui peuvent faire rejeter, pour le matériel de campagne, la composition de la pièce en plusieurs éléments n'ayant plus ici la même valeur.

Les deux matériels de campagne de 75 et de 80 sont tous deux utilisables au cours d'une campagne coloniale; tous deux se sont montrés d'une mobilité suffisante pendant la dernière campagne de Chine. Le canon de 80 a comme avan* tages : d'être un peu plus léger, d'avoir une voie plus étroite et de permettre l'enlèvement des coffres à munitions, ce qui est précieux en pays accidenté et de viabilité difficile. Le canon de 75 lui est supérieur par la rapidité de son tir, qui a produit, « dans tous les cas où il a été employé contre les irréguliers chinois, un effet moral énorme, indéniable, qui a brisé instantanément toute résistance » (3).

(1) Le canon do montagne à tir rapide du calibre de 68°*™ expérimenté en 1903 dans la 15" région pourrait convenir çn le munissant d'an dispositif normal d'attelage.

(2) Le canon de 120, système Block pourrait être la pièce lourde coloniale ; il peut se démonter en sept pièces dont la plus lourde (140 kilogr.) peut, à la rigueur, être portée à dos de mulet.

(3) Rapport du général Voyron (§ Artillerie),

Mais, dans les expéditions coloniales, par suite de la difficulté des transports, la question du ravitaillement esl appelée à jouer un rôle prépondérant, et » Ton peut se demander si remploi d'un matériel à tir rapide, susceptible de dépenser beaucoup de munitions, est bien à désirer dans une expédition lointaine ». Il semble qu'il y aura, au contraire, avantage à se contenter d'un matériel à tir accéléré (1).

En résumé, et dans l'état actuel de notre armement, les matériels d'artillerie réglementaires qu'il paraît préférable d'utiliser dans les campagnes coloniales sont :

1** Des batteries de 75 de campagne, qui seront utilisées

partout où les transports par voitures seront possibles ;

2** Des batteries de 80 de montagne indispensables pour

les terrains accidentés ou dépourvus de toute voie de communications (2);

Ajoutons qu'en dehors du matériel d'artillerie proprement dit, il y aura lieu de prévoir également des sections de mitrailleuses, destinées à renforcer le feu de l'infanterie des colonnes légères.

L'emploi des mitrailleuses automatiques pour accompagner les colonnes d'infanterie aux colonies peut en effet rendre des services réels, et elles ont été maintes fois utilisées par les Anglais dans leurs expéditions coloniales (3).

(1) c( En tous cas, si, dans Tavenir, un matériel à tir rapide de campagne et de montagne est attribué aux troupes coloniales ou utilisé dans une expédition outre-mer, son emploi ne sera possible qu'au prix d*une stricte discipline du feu, afin de ne pas être exposé à manquer de munitions au bout de peu de temps. (Rapport du général Voyron, § Artillerie.)

(2) Ou des batteries de 68 à tir rapide et de 120 démontable.

(3) Pendant la campagne d'Ondurman, les troupes anglo-égyptiennes (2.000 hommes) disposaient de 20 mitrailleuses Maxim. Au début de la guerre du Transvaal, Tarmée anglaise avait 10 sections de mitrailleuses pour 50.000 hommes. En avril 1900, pour un effectif de !:00.000 hommes, les troupes britanniques disposaient de 144 mitrailleuses sur un total de 407 bouches à feu.

Une cin([uanlaine de mitrailleuses Hôtchkiss sont actuellement en service aux colonies, dont six à la brigade de Chine. ; La mitrailleuse Hôtchkiss a une très grande précision et une très grande rapidité de tir, ce qui lui permet de donner un effet utile très supérieur à celui des tirs collectifs de l'infanterie. A distance connue, la précision du tir de la mitrailleuse s'e^t montrée au moins quatre fois supérieure à celle (hi tir collectif d'une troupe d'instruction moyenne.

La mitrailleuse est légère et forme un but très peu visible.

En raison des arrêts de tir possibles dus à un enrayage ou à une rupture de pièce, au nettoyage ou au refroidissement, les mitrailleuses doivent être employées par groupes de deux tirant alternativement; aux colonies, ces sections de deux pièces suffisent pour renforcer utilement les troupes d'infanterie dans la majorité des cas.

Les expériences faites jusqu'à ce jour ont établi que cette section de deux pièces a, dans le tir sur hausse unique, un effet comparable à celui d'une compagnie d'infanterie et, dan< le tir échelonné, mode d'emploi normal, les effets d'une troupe d'infanterie d'effectif trois fois plus fort.

Le transport d'une section de mitrailleuses aux colonies avec un approvisionnement de 24.000 cartouches (12.000 à la section de tir et 12.000 à l'échelon de combat, chiffres admis par les commissions de Modane et de Châlons) nécessite 22 mulets (2 mulets de pièce, 20 mulets de munitions) ou 88 coolies portant à deux ou 54 coolies portant individuellement {Afrique occidentale).

Matériel du Oénie.

Pour assurer rexéculion de tous les travaux ressortissant au service du génie et qui peuvent se présenter dans les campagiKv^ outremer, il faut disposer d'un matériel qui peut être classé en quatre catégories distinctes, chacune répon-

dant à des besoins spéciaux et nécessitant une organisation et des moyens de transport particuliers. Ce sont :

Le matériel de sapeurs-mineurs; Le matériel de pont; Le matériel de télégraphie militaire ; Le matériel d'aérostalion.

Il semble que tout l'outillage des sapeurs-mineurs prévu dans l'organisation du parc du génie en Europe est indispensable pour parer à toutes les éventualités d'une expédition coloniale; il serait même nécessaire d'augmenter le nombre d'outils d'ouvriers d'art et d'ajouter une forge de montagne à chaque section de parc de compagnie. Les voitures réglementaires ne pouvant être utihsées, il y a lieu de prévoir, comme pour tous les services, le fractionnement de ce matériel en une série de charges, pouvant être transportées sur voitures légères ou animaux de bât, et permettant en outre de constituer de petits éléments faciles à incorporer dans les colonnes de faible importance.

Il semble indispensable d'organiser dès le temps de paix,

tant en France que dans les principales colonies (Indo-Chine, Madagascar, Afrique occidentale), des parcs de demi-compagnie de sapeurs-mineurs avec leur personnel (européen et indigène), matériel et moyens de transport (animaux ou coolies).

Il ressort clairement des études historiques que l'orgaiiisation du passage des cours d'eau présente de très grandes difficultés aux colonies. Il n'est pas moins évident que les matériels de ponts d'équipages actuellement en service en France et à l'étranger ne satisfont pas aux coiidifLOns de légèreté et de facilité de transport indispensables aux colonies.

Il sera possible, dans quelques-unes de nos colonies, de trouver sur place les matériaux nécessaires à la construction

Guerre col. 15

des ponts militaires. En Chine et en Indo-Chine, par exemple, on pourra, la plupart du temps, soit se procurer sur place, soit faire remonter par les cours d'eau, le matériel fluvial nécessaire au transport des troupes ou à rétablissement d'une passerelle.

En Afrique, dans les régions où la navigation fluviale est peu active, les rives souvent boisées des cours d*eau fourniront les éléments de construction d'un pont sur chevalet, les lianes pouvant suppléer au manque de cordages.

Il importe toutefois, pour toutes ces opérations souvent délicates, d'avoir à sa disposition un personnel instruit et entraîné à ce genre de travaux, de façon à éviter des retards souvent très préjudiciables à la marche des colonnes.

Les sections indigènes du génie devraient être capables de construire passerelles, radeaux, etc., avec les matériaux trouvés sur place.

Mais l'étude s'impose d'un matériel de pont spécial pouvant être facilement fransportable sur voitures et pas trop encombrant pour être facilement arrimé à bord des navires de transport.

Le principe qui paraît devoir dominer l'organisation du service télégraphique dans les campagnes coloniales est l'utilisation Jes appareils optiques à l'avant, électriques à l'arrière.

La liaison aussi élroile que possible qui doit exister entre les différents éléments d'une colonne comprend l'exécution des trois opérations suivantes :

1* Etablissement de communications rapides et provisoires entre les différents groupes de lavant-garde et le gros de la colonne ;

2* Etablissement de communications fixes et perq|anentes

LA GUSRBE DAKS LES COLONIES ZZ7

le long (les lignes d'opt^ralions et jusqu'à la base d'opérations ;

3' Liaison des poslcs mobiles de l'avant avec le réseau fixe de l'arrière, c'est-à-dire des premiers postes avec les seconds.

Pour remplir le premier rôle, il nous faul du matériel léger, peu encombrant, facilement transportable et pouvant être rapidement mis en place : il appartient, par cela même, à la télégraphie optique.

Les communications fixes et permanentes de l'arrière, au contraire, dans la zone où les transports sont plus faciles, seront assurées par l'établissement d'une ligne électrique dans les meilleures conditions possibles de stabilité; cette ligne pourra d'ailleurs être utilement doublée par une ligne optique parallèle, capable de suppléer immédiatement la première en cas d'interruption de celle-ci.

Enfin la liaison des postes essentiellement mobiles de l'avant avec la fête du réseau fixe de l'arrière sera encore demandée à la télégraphie optique seule.

En résumé, toute la partie mobile du réseau ne doit comprendre, en principe, que des postes optiques; on pourra toutefois leur adjoindre quelques ateliers téléphoniques légers destinés à relier entre eux différents postes provisoires; niais, en raison du peu de sécurité de ces lignes et du travail qu'exigent leur pose cl leur repliement, pour un usage souvent 1res court, leur emploi ne saurait être recommandé qu'au cas où la nature du pays s'opposera absolument à l'établissement des communications optiques.

Quant aux fignes électriques faisant partie du réseau fixe, nous ne les emploierons, avons-nous dit, que dans la zone de l'arrière, et nous repoussons d'une façon absolue toute ligne de fortune.

On ne peut songer, en effet, à assurer chaque jour la fi^son élttctrique d'une colonne essentiellement mobile ju^ sa

base d'opérations; il faudrait pour cela embarrasser son train de combat d'un matériel lourd et encombrant et établir une ligne dans des conditions de rapidité telles, qu'elle ne saurait donner ultérieurement que des mécomptes tout en exigeant des travaux de réparation et d'entretien bien plus considérables que ceux qu'eût nécessités un premier établissement solide.

On nous objectera bien qu'en France on résout ce problème pendant les grandes manœuvres; mais on ne saurait oublier qu'on y utilise d'abord, en grande partie, le réseau permanent du temps de paix et que, d'autre part, outre la plus grande facilité qu'on y trouve pour l'exécution, les lignes de campagne ainsi établies ne durent et ne peuvent durer que quelques jours.

Aux colonies, au contraire, il s'agit de tout créer et dans des conditions d'entretien toujours déplorables, d'établir une ligne pouvant durer des semaines et des mois. C'est donc là un travail ayant un caractère permanent, qui ne peut être exécuté qu'à l'abri des fluctuations des luttes de l'avant, un travail auquel on ne saurait consacrer trop de soins, si on veut lui voir produire un effet utile et continu.

En admettant qu'on ait à construire et à exploiter un réseau fixe de 300 kilomètres de ligne double (optique et électrique), et en prenant 25 kilomètres comme distance moyenne des postes électriques et 50 kilomètres comme distance moyenne des postes optiques permanents, la répartition des postes sera la suivante :

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