‹ Observations sur la guerre dans les colonies, organisation, exécution: Conférences faites à lChapitre 16 sur 25 · C. — Troupes d'ailaque décisive · texte numérisé non relu

C. — Troupes d'ailaque décisive

(Rive gauche du Song-Soi.) Lieutenant-colonel Geil, commandant la colonne. Groupe du commandant Beaujeux : 2 compagnies d'infan-

266 LA GUEBBE DANS LES œLONIES

teric de marine, 1 peloton de tirailleurs tonkinois (400 fusils).

Groupe du commandant Guyonnet : 1 compagnie de légion, 1 compagnie de tirailleurs tonkinois (330 fusils).

(Ultérieuremenl) Groupe Courot, 175 fusils.

4 pièces de 80 de montagne.

4 pièces de 80 de campagne.

2 pièces de 95"°*.

2 mortiers de 15^.

1 section du génie (1 officier, 32 hommes).

1 ambulance volante.

Ces troupes se concentrèrent à Bo-Ha, qui demeura leur centre de ravitaillement et d évacuation.

D. — Services divers.

P Un détachement de pontonniers.

2** Une section du train.

3* Service des vivres.

4* Service médical.

5"* Service télégraphique.

6* Service du parc.

La liaison des colonnes entre elles, condition essentielle du succès final et en outre précaution indispensable pour éviter les méprises dans les fourrés où les troupes ne devaient se reconnaître (ju'en arrivant face à face, fut une des principales préoccupations du général Voyron.

Bo-Ha et Nha-Nam étaient reliés électriquement entre eux. Bo-Ha était, par Kcp, en communication électrique avec le Delta. Une ligne de postes optiques relia tous les points de la base d'opéialions (Bo-Ha, Luoc-Ha, Nha-Nam) avec Quinh- Laii et Thai-Xguycn. Le service de la télégraphie reçut l'ordre de prendre ses dispositions pour relier le point A à Bo-Ha élechi(|iiement à l'aide du câble de campagne. En outre, ce service pourvut les divers groupes du matériel opti-

que et du personnel nécessaires pour relier les colonnes avec le point A, dominant toute la vallée et où devait se tenir le général Voyron.

Des flambeaux Lamarre, des feux Colston, des fusées de signaux furent prévus dans les approvisionnements afin de permettre à chaque tête de colonne d'indiquer chaque soir, dans la forêt, sa position exacte. Des mongolfières devaient être utilisées le jour.

Enfin, pour permettre aux colonnes de se reconnaître entre elles et pour éviter toute ruse des rebelles parmi lesquels se trouvaient d'anciens clairons de tirailleurs libérés, le général Voyron décida que seules les sonneries suivantes seraient employées « Cessez le feu, la charge et des coups de langue répétés ». Le signal de reconnaissance entre les colonnes voisines et ne se voyant pas devait être « la Casquette, suivie, de deux coups de langue allongés ».

En raison de la nature spéciale du terrain, le général Voyron fit pourvoir d'un coupe-coupe tous les hommes des colonnes. Européens et indigènes. Cet instrument est, en effet, indispensable pour s'ouvrir un passage à travers les fourrés. En outre, une série de petites opérations de siège, dans la forêt, étant possible, un matériel approprié fut constitué (haches, scies, serpettes, faulx, pelles de parc, pioches de parc, pare-balles en tôle, sacs à terre, échelles en bambou pour escalader des parapets ou servir de miradors élevés pour observer au-dessus des arbres).

Du 12 au 20 mars, les divers groupes d'observation prirent leurs positions de surveillance : à Mo-Sat, à l'est (groupe Courot); à Quinh-Lau, à l'ouest (groupe Rongel); à Trai- Song, au nord (groupe Bérard). Des fortins furent construits à Quinh-Lau, Mo-Na-Luong, Trai-Song; Mo-Sal fut mis en état de défense.

Les groupes Bérard et Courot eurent quelques petits

engagements avec des détachements rebelles. Pertes : 5 blessés.

Le 20 mars, la concentration des colonnes Geil et Bouguié était également effectuée et le général Voyron put commencer les opérations.

Afin d'attirer l'attention de Tennemi vers le sud, de l'obliger, par une marche d'ensemble, à faire face partout à la fois, et de le tromper le plus longtemps possible sur le point d'attaque choisi, le général fit faire par les troupes d'observation d'activés reconnaissances; dès le 20 mars, les troupes d'attaque démonstrative s'avançaient au nord.

Le 21 mars au matin, le groupe Bouguié se mit en marche en trois colonnes parallèles fortes chacune d'un détachement d'infanterie et de deux pièces d'artillerie. Le soir, elle occupait la ligne Dinh-Thep (groupe Bertin), Am-Dong (groupe Henry), L*-ïuong (groupe Vandenbrock). Ce mouvement en avant était appuyé, à droite par le groupe Beaujeux, de la colonne Geil, qui s'était porté sur Lang-Nua, et à gauche par un détachement de 95 fusils de la garnison de Nha-Nam, qui flanquait le groupe Berlin par la route de Hong-Linh. L'ennemi ne se montra nulle part. Le général qui avait accompagné le groupe Berlin à Dinh-Thep prescrivit à la colonne Bouguié de se retrancher sur les positions, de se relier de groupe à groupe, et de sa personne il revint à Bo-Ha.

Pendant cette marche, le restant de la colonne Geil avait achevé de s'organiser à Bo-Ha.

Le 22, nouvelles reconnaissances des troupes d'obserx^ation. Le groupe Bérard est renforcé par une partie du groupe Ronge t. La colonne Bouguié achève ses retranchements et complète la liaison entre ses groupes; la colonne Geil reste à Bo-Ha, travaille à la roule Bo-Ha, Na-Sa, qui doit être rendue carrossable. L'ennemi lire quelques coups de feu sur le groupe Vandenbrock.

Les divers groupes sont reliés avec le quartier général à Bo-Ha, soit par courriers rapides jusqu'à Nha-Nam, puis par le télégraphe électrique de Nha-Nam à Bo-Ha, soit par l'optique (Quinh-Lau, Nha-Nam, Bo-Ha); chacun d'eux reçoit dans la soirée les ordres pour la journée du lendemain.

Le 23, a lieu l'occupation du point A par la colonne Geil. Le mouvement est facilité par une offensive vigoureuse du groupe Bérard de Trai-Song sur Mo-Trang. Pour tromper d'ailleurs l'ennemi le plus longtemps possible, une partie de la colonne Geil dépasse le point A, va jusqu'à Mo-Trang, où elle se relie au groupe Bérard, et rentre au point A le soir même.

L'offensive du groupe Bérard amène un engagement à Mo-Trang. Pertes : 3 tués, 1 blessé.

Le groupe s empare des hauteurs de la rive droite du Song- Mo-Trang, mais ne peut que canonner les hauteurs de la rive gauche .

Pour détourner encore davantage l'attention de l'ennemi des mouvements de la colonne Geil, la colonne Bouguié avait poussé vers le nord le même jour. Le groupe Henry s'était porté à Yen-Thé, le groupe Vandenbrock s'était rapproché d'un fort que des renseignements lui avaient signalé devant lui, le groupe Bertin, après une pointe vers le nord, était rentré à Dinh-Thep.

Le soir même, le point A, où fut installé le quartier général, était relié électriquement à Bo-Ha et optiquement avec Dinh-Thep (colonne Bouguié), Quinh-Lau (groupe Ronget) et Mo-Trang (groupe Bérard).

Le 24 mars, le groupe Bérard, qui se fortifie à Mo-Trang, et tous les autres reçoivent l'ordre de sonder le terrain en avant d'eux et entre eux par des reconnaissances. Le groupe de droite de la colonne Bouguié essaye de se relier à la colonne Geil, mais la tentative à travers bois échoue. Une reconnaissance partie du point A dans la direction de l'ouest dé-

270 LA GUE&BE DANS LES œLONIES

couvre, du haut d'un mamelon, les parapets d'un fortin et, en arrière, un groupe de cases.

On active les travaux de la route Bo-Ha, point A, et on prépare des emplacements de batteries au point A.

Des coups de feu sont échangés la nuit aux avant-postes.

Le 25 mars, un convoi part du point A pour ravitailler le groupe Bérard, et le groupe Beaujeux, qui Tescorte, a Tordre de se joindre au groupe Bérard pour attaquer avec lui, le lendemain, les positions de la rive gauche du Song-Mo- Trang. La colonne Bouguié s'avance prudemment vers le nord. L'artillerie de campagne peut être conduite attelée de Bo-Ha au point A; deux pièces de 95™ hissées à bras, peuvent être mises en batterie le soir même en haut de la montagne. Le groupe Courot, envoyé vers l'ouest pour observer le fortin découvert la veille, cherche une position d'artillerie d'où on pourra le battre. Il échange quelques coups de feu avec la garnison du fortin.

Un détachement envoyé par le groupe Bérard au-devant du groupe Beaujeux rencontre sous bois un parti rebelle et le bouscule.

Pertes : 3 blessés.

Le groupe Henry, de la colonne Bouguié, aperçoit des cases dans la forêt, à 700 mètres en avant, les canonne et les incendie. Une compagnie d'infanterie de marine envoyée pour reconnaître ce point se laisse attirer par quelques rebelles et débouche sous bois contre les parapets du fort de De-Dzuong. Un violent combat s'ensuit auquel prend part une reconnaissance du groupe Bertin accourue à la fusillade. Une retraite difficile dans les fourrés devient nécessaire.

Pertes : 22 tués ou morts de leurs blessures, dont i officiers; 30^ blessés, dont 1 officier.

Le groupe Vandenbrock envoie quelques obus dans la forêt dans la direction du fort qui est signalé devant lui (nord).

Le 26 mars, les groupes Bérard et Beaujeux occupent sans combat les retranchements de la rive gauche du Song-Mo- Trang évacués par Tennemi. Du point A on commence à bombarder le fort de De-Nam (60 obus) pendant qu'une nouvelle reconnaissance cherche inutilement dans la forêt, à l'ouest, des positions d'artillerie permettant de battre le fort du De-Nam. Le groupe Vandenbrock avance vers le nord et tire un peu au hasard dans la direction du nord, croisant son feu avec celui des pièces établies au point A. Les autres groupes restent en place.

On hisse encore au sommet A quatre pièces de 80 de campagne et on les met en batterie.

Le 27 mars, a lieu l'attaque décisive. La colonne Bouguié fait des démonstrations vers le nord, son groupe de droite continue à canonner le fort qui est devant lui. L'artillerie de gros calibre du point A bombarde le fortin découvert le 24 puis allonge son tir sur le fort du De-Nam. Le groupe Courot, renforcé et accompagné de deux pièces de montagne, reçoit l'ordre d'enlever le fortin bombardé.

Ce fortin, avant-poste du grand fort du De-Nam, est évacué après un tir d'artillerie en brèche à 500 mètres. Le détachement qui devait assaillir le fortin par la droite chasse les rebelles de trois tranchées successives et s'arrête à 80 mètres des parapets du grand fort, visibles par une large coulée dans la forêt. Le groupe attaquant de front, trouvant le fortin vide, le traverse, franchit le Song-Soi et débouche du fourré dans un village entre le grand fort à droite et le fort n* 4 en face (ce fort n** 4 était celui qui était signalé devant le groupe Vendenbrockj. Assailli de feux violents de face et d'écharpe, le détachement bat en retraite et rentre dans le fortin précédemment conquis.

Le point où s'était arrêté le détachement de droite, à 80 mètres des parapets du grand fort, avait une importance

capitale en raison de sa situation dans un secteur privé de feux. Le commandant Courot y fait amener les deux pièces de montagne et commence le tir en brèche. Le général, qui avait fait renforcer ce groupe de trois sections de tirailleurs et d'un peloton d'Européens, envoie de ce côté la section du génie, le matériel de siège, deux nouvelles pièces de montagne et deux mortiers de Ib""^. Mais la nuit survient et se passe au contact de Tennemi, les troupes retranchées sur place.

Pertes de la journée : 3 tués, 11 blessés.

Le 28 mars au matin, les six pièces de la position avancée ouvrent le feu. Celles du point A couvrent également le grand fort de projectiles. Enfin, les deux pièces du groupe Vandenbrock, tirant du sud au nord, prennent part au bombardement. Le génie fait des travaux d'approche et arrive à 20 mètres du fort.

A 1 heure, la brèche faite est suffisante et le fort du De- Nam est évacué par Tennemi. Tous les autres ouvrages du groupe, fort de Ba-Phuc, etc., furent occupés les jours suivants. Les rebelles s'étaient enfuis sous bois par des sentiers connus d'eux seuls.

Les groupes Courot et Bérard furent lancés vers le nord à leur poursuite et les bousculèrent à plusieurs reprises. Le reste des troupes dut explorer le pays, l'occuper et détruire les fortifications.

Le succès complet des opérations était dû surtout aux précautions prises. La mafche méthodique et prudente des divers groupes, reliés entre eux avec le plus grand soin, en communication constante avec le quartier général, recevant chaque soir des ordres précis pour leur rôle du lendemain, avait permis de surmonter heureusement les difficultés énormes, de ces opérations en forêt. Du haut du point A, le général Voyron, grâce aux liaisons télégraphiques établies, put coor-

LA GUEERE DANS LES CX>LONIES 273

donner les efforts, diriger les mouvements des groupes perdus dans les fourrés, guider leur marche vers Tennemi, resserrer le cercle d'investissement et concentrer les efforts au mome.it voulu sur le point décisif.

Colonne unique.

Lorsqu on ne possède qu'une seule base de peu d'étendue, il est nécessaire de se mouvoir sur une ligne d'opérations unique. Tel a été le cas dans les expéditions contre les Ashantees, dans la guerre du Dahomey; cela n'empêche pas d'ailleurs de faire des diversions avec des colonnes secondaires peu éloignées comme cela a eu lieu dans la première guerre contre les Ashantees.

. La marche ne peut, dans ce cas, être exécutée que par bonds successifs et avec lenteur, de nombreux retards étant dus à la nécessité d'assurer le ravitaillement et d'installer la ligne d'étapes. Cette manière de procéder méthodique procure plus sûrement le succès peut-être, mais au prix de pertes considérables résultant de la longueur des opérations. La garde de la ligne de communications absorbe chaque jour de nouveaux éléments et l'objectif, s'il est éloigné, n'est souvent atteint qu'au prix des plus grosses difficultés et de grands sacrifices; les effectifs qui arrivent au but sont très réduits et souvent à. bout de forces et de ressources.

Dans les campagnes d'Afghanistan, en 1880, les troupes employées sur la ligne de communications entre Caboul et Pesliawar comprenaient plus de 15.000 hommes, alors qu au même moment la colonne d'opérations contre Caboul n'en comptait que 12.000.

A Madagascar, en 1895, 4.000 hommes à peine sur 15.000 prirent part aux dernières opérations. Le reste était sur la ligne d'étapes ou malade.

Cjucrre col. 18

27i LA 6UEBBE 1)ANS LES COLONIES

Aussi arrive-t-il assez fréquemment qu'on est obligé d'adopter pour «une grosse expédition, même d'assez longue durée, le système des colonnes volantes ou raids si souvent employé dans les guerres coloniales par les petites colonnes de faible effectif, n'ayant qu'une mission de quelques jours.

Les troupes qui abandonnent ainsi leurs communications avec l'arrière jouissent d'une grande liberté d'action; elles peuvent se porter indifféremment dans toutes les directions et l'ennemi ne peut s'opposer à leur action qu'en les combattant. Mais cette indépendance, si elle est avantageuse à bien des points de vue, n'est obtenue qu'avec de gros convois qui alourdissent singulièrement la colonne; il faut, en effet, transporter avec soi des approvisionnements suffisants pour satisfaire à tous les besoins pendant que l'armée est coupée de sa base.

En outre, en cas de difficultés imprévues ou de revers en pays hostile, l'abandon de la ligne de communications oblige la colonne à s'ouvrir un chemin au milieu de forces supérieures qui augmentent sans cesse et peut conduire à un désastre.

En 1842, l'armée du général Elphinstone, obligée de quitter Caboul au milieu des neiges de l'hiver et des bandes afghanes, dut effectuer une retraite désastreuse. Le froid et les couteaux afghans opérèrent de telle façon qu'il ne resta rien des 4.500 combattants et des L200 followers qui avaient quitté Caboul.

Au Soudan égyptien, en 1883, l'armée de Hicks-Pacha, forte de 7.000 hommes d'infanterie régulière, 400 bachi-bouzoucks montés, 100 cuirassiers avec 20 canons, 500 chevaux, 5.500 chameaux et 2.000 domestiques, ayant été attaquée par les Madhistes aux environs de Kashgill, fut complètement massacrée. La colonne, égarée par ses. guides, errait depuis trois jours à la recherche de points d'eau et les hommes, mourant de soif, ne purent offrir aucune résistance.

Le général Hicks-Pacha et les officiers de son état-major tombèrent bravement en chargeant Tennemi. Il est probable que, même si Tissue du combat avait été moins désastreuse, la malheureuse armée, isolée dans le désert, ne serait jamais parvenue à regagner le Nil (1).

L'opération n'est toutefois ni dangereuse ni même difficile quand la préparation a été judicieusement faite et quand la colonne, convenablement approvisionnée et équipée, est capable de lutter efficacement contre toute résistance susceptible d'être rencontrée.

Nous citerons deux exemples où la formation de colonnes volantes opérant sans ligne de communications a donné d'excellents résultats.

Marche de Caboul sur Candahar.

On avait appris, en juillet 1880, la marche de l'émir Ayoob- Khan de Hérat sur Candahar avec une armée de 4 à 5.000 fantassins, 2.500 chevaux et batteries. Le général Primrose fut envoyé sur la route de Hérat au secours de Shere- Ali, l'émir de Candahar; mais les troupes de ce dernier ayant fait défection, l'armée anglaise fut battue à Maiwan, perdit un millier d'hommes et le général Primrosc se réfugia dans la citadelle de Candahar. La situation était grave; les secours ne pouvaient être envoyés de Bombay, faute de moyens de transport. Des mesures furent prises pour envoyer de Caboul une colonne de 10.000 hommes dont le commandement fut donné au général Roberts. Cette division devait marcher à travers l'Afghanistan sans base d'opérations et sans ligne d'étapes, mais avec cette particularité cependant qu'en arrivant à son objectif elle y trouverait une nouvelle ligne de communications. L'opération était donc simple en elle-même

(1) Colonel Sept ans.

276 • ' LA GXTEREE DANS LES œLONIES

et ^ force de la colonne épiait telle, qu'elle ne courait aucun rîâqiie sérieux; '" \

cc'QuandJte télégraphe annonça en Angleterre que Sir Roberls se proposait de marcher à travers T Afghanistan sans base d'opérations et sans ligne de communications d'aucune sorte, comme c'est l'habitude, une armée de critiques militaires dans le Parlement et les club-gentlemen, qui sont plus familiers avec les frais ombrages de Pall-Mall qu'avec les déserts et les montagnes de l'Afghanistan et les particularités de la guerre contre les races orientales, alléguèrent d'innombrables raisons, tirées de traités théoriques antérieurs, démontrant d'une façon satisfaisante que, d'après les règles de la guerre. Sir F. Roberls courait à un désastre; ils soutenaient que la mesure prise devait être contraire aux bons avis de lui, Roberts, et du général Stewart, et était sans doute duc à la résolution du Gouvernement de procéder à l'évacuation du pays d'après les arrangements antérieurs, sans tenir compte de la sûreté de la colonne Roberts. .

» Mais ces critiques militaires se trouvèrent en défaut et dans leurs prévisions relatives à la prudence d'une telle marche, comme le prouva l'inexorable logique des événements, et dans leurs appréciations sur les intentions des deux généraux expérimentés en Afghanistan, qui n'avaient jamais douté qu'une division de troupes anglaises de 10.000 hommes, convenablement équipés et commandés pouvait traverser l'Afghanistan en sûreté.

» Cette marche de la colonne de Candahar est un exemple frappant d'une armée abandonnant complètement pour quelque temps sa ligne de communications. Cette armée s'enfonça pendant un certain temps, écrit le capitaine Cahvel, dans le cœur du pays ennemi; et pour le monde extérieur sa position et ses progrès demeurèrent complètement inconnus jusqu'à ce qu'elle apparût de nouveau près de son objectif. Ces faits se présentent très rarement dans la guerre régu-

•■ ■ •♦ . • LA GUE&EE DANS LES COLONIES 277 v-

lière Mais, tant qu'une armée est bien équipée el bien

préparée, tant qu'elle est complètement en mesure de renverser tous les obstacles qu'elle peut rencontrer, l'entreprise n'est nécessairement pas dangereuse ni même difficile. Et quand, en outre, la colonne se dirige vers quelque point certain, sur lequel elle peut compter pour rétablir ses communications, l'opération peut ôtre d'une très grande simplicité (1). »

La colonne devait comprendre quatre régiments de cavalerie dont un anglais et trois indigènes, et trois brigades d'infanterie composées chacune d'un bataillon européen, de trois bataillons indigènes et d'une batterie. Les canons étaient portés à dos de mulets et l'une des trois batteries était composée de canons démontables. La quantité d'artillerie n'était pas proportionnelle à l'effectif des autres armes; mais la nature du pays était telle qu'il était impossible d'avoir autre chose que des canons de montagne et on savait devoir trouver à Candahar deux batteries de campagne et quatre pièces d'artillerie à cheval.

L'effectif total élait de 10.148 combattants dont 2.836 Européens et 8.134 foUovvers dont 2.192 porteurs de doolies (brancards) avec 223 médecins.

Le nombre des animaux était le suivait :

198 chevaux de l'état-major, 1.779 chevaux de cavalerie,

450 mulets d'artillerie, 1.589 poneys afghans \ 4.510 mulets, / pour le service des

Page 1