‹ Observations sur la guerre dans les colonies, organisation, exécution: Conférences faites à lChapitre 7 sur 25 · COMORES · texte numérisé non relu

COMORES

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d'une ceFtaine volonté; ils ont un certain goût pour le métier militaire, mais sont un peu rebelles à la discipline*

Les Tanâla peuplent toute la région forestière qui s'étend au sud-est de l'île; ce sont des marcheurs infatigables, les meilleurs peut-être de toule Tîle. Au moral, le Tanala est méfiant, fourbe et vaniteux; habitué à vivre en pleine forêt, il n*a pas la franchise et la hardiesse qui pourraient l'entrai» ner sur son ennemi en rase campagne; il préfère se tapir en embuscade et lâcher son coup de feu à bon escient et à bout portant.

On entend par Makoas les descendants des esclaves africains transportés sur la côte ouest de Madagascar par les Arabes; ils vivent au milieu des Sakalaves. Ils sont de taille moyenne, trapus et bien musclés. Très endurants, ils sont braves et acceptent parfaitement notre discipline; ils fournissent un excellent recrutement à nos régiments de Madagascar.

Les Comoriens et Zanzibarisles, originaires des îles Comores, sont des musulmans convaincus; intelligents, sobres, ils ont le tempérament militaire et le sentiment guerrier. Robustes, endurants, courageux, ils montrent au feu un eiàrain comparable à celui de nos Sénégalais. 11 y a dans ces deux races une source d'excellents tirailleurs et de très bons gradés.

Les Antsihanaka habitent le bassin du lac Alaotra. D'un naturel peu guerrier, ils sont dociles, travailleurs et suffisamment intelligents; ils fournissent d'assez bons tirailleurs.

Les Tsimihety, voisins des Antankares, habitent le Nord de l'île; de taille moyenne, ils sont vigoureux et énergiques; leur physionomie est intelligente et très correcte; c'est, de tous les types de Madagascar, celui qui se rapproche le plus de FEuropéen. Certaine légende prétend qu'ils descendent d'un groupe de colons auvergnats ou languedociens qui, se rendant à Bourbon, auraient été jetés par la tempête

Guerre col. 4

sur la côlc de Maroanlsetra. Sobres, dociles, ils sont cependant méfiants et paresseux. On les dit résistants et braves; jusqu'ici ils n'ont encore fourni aucune recrue à nos régiments.

Les Antambahoaka habitent le pays compris entre Mahanoro au nord et Marohita au sud; d'origine arabe, ils ont bien conservé l'écriture de leurs pères, mais n'ont gardé que quelques mots de leur langue; ils sont doux, hospitaliers et paresseux.

Les Antanosy peuplent le Sud de Madagascar; ils sont inférieurs à leurs voisins, les Baras, comme vigueur physique et résistance à la fatigue, mais sont par contre plus intelligents qu'eux. Ils ont, jusqu'ici, montré assez peu de dispositions pour le métier militaire et semblent plutôt disposés à commander qu'a obéir.

Les Antandroy occupent l'extrémité sud de l'île; ils sont aussi intelligents que les Antanosy, mais sont d'une méfiance, d'une fourberie et d'une paresse qui dépassent tout ce que l'on peut imaginer. Très sauvage, cette population se rapproche presque plus de la bête que de l'homme. Ce sont des Antandroy qui, en 1898, appelés à visiter la résidence de Fort*-Dauphin, montèrent les escaliers à quatre pattes. Ils n'ont pas pour le moment de grandes dispositions pour le métier militaire.

L'Antatsimo est vraisemblablement un mélange d'Anlanosy et d' Antandroy. Assez courageux, il a des instincts belliqueux et pillards.

Les Mahafaly habitent l'extrémité sud-ouest de Madagascar. Ils sont de taille moyenne avec des membres généralement grêles. Très pillards, ils sont d'un tempérament assez guerrier. Leur pays a été occupé récen^ment.

« La formation des premières compagnies de tirailleurs malgaches remonte à une quinzaine d'années; on sait le parti remarquable que sut en tirer le capitaine Pennequin, ^n

1885, dans le nord-ouest de la Grande Ile. On sait également les services hors de pair rendus par le bataillon malgache du commandant Ganncval pendant l'expédition de 1895; toujours à l'avant-garde et aux avant-postes, ce bataillon, qui n'a eu de perles que par le feu de l'ennemi, a fait l'admiration des autres troupes du corps expéditionnaire. 11 a été le noyau qui a permis de former les deux régiments de tirailleurs malgaches actuels.

» L'expérience a prouvé que les populations de la Grande Ile renferment les éléments nécessaires pour la constitution d'excellentes troupes indigènes. Les races du plateau central, à part quelques exceptions, redoutent le climat de la côte, mais elles fournissent des sujets intelligents, instruits, aptes à faire de bons gradés.

» Les races du littoral sont robustes, plusieurs d'entre elles ont le tempérament guerrier.

» Notre pénétration chez les Sakalaves ainsi que chez les Baras et les Anlandroy a donné lieu à des combats partiels où nos tirailleurs malgaches ont fait généralement bonne figure; quelques-uns (des Comoriens, Antaimoros) ont môme montré un courage et un entrain comparables à ceux de nos Sénégalais. Tous ont fait preuve d'une extraordinaire aptitude à la marche.

» L'exemple suivant est concluant à ce sujet : la 4* coinpagnie du 1*' régiment de tirailleurs malgache:s^i(12 gradés européens et 120 indigènes) a quitté Tananarive le 25 avril 1902, est arrivée à Ankavandra le 7 mai, parcourant ainsi 350 kilomètres en douze jours; après quinze jours d'opérations dans le secteur d'Ankavandra, cette compagnie est allée s'embarquer à Maintirano, à 250 kilomètres plus loin, sans avoir perdu un seul homme.

» On ne peut s'empêcher de songer aux résultats qu'eût obtenus le général Duchesne, s'il avait disposé, en 1895, de

troupes aussi manœuvrières et aussi endurantes pour effectuer la marche sur Tananarive.

» Ceci fait ressortir la valeur que peut acquérir une troupe indigène dont l'instruction et l'éducation militaire ont été menées avec méthode (1). »

Aptitudes des races de l'Afrique occidentale.

L'Afrique occidentale française possède d'excellentes ressources pour le recrutement des troupes noires. Les Bambaras et les Toucouleurs, qui habitent les hautes vallées du Sénégal et du Niger, fournissent depuis longtemps les meilleurs éléments de nos beaux régiments de tirailleurs sénégalais et soudanais qui, partout où ils ont été employés, au Sénégal, au Soudan, au Dahomey, à Madagascar, au Congo et au Tchad, ont toujours conquis par leur courage, leur endurance et leur fidélité inébranlable, l'estime et l'affection de tous ceux qui les ont vus à l'œuvre.

Les Ouolofs occupent exclusivement le bas Sénégal; ils sont de haute faille, d'allure dégagée quoique parfois un peu grêle, et, bien que musulmans, n'observent que très superficiellement les pratiques du Coran. Docile, intelligent, brave et discipliné, le Ouolof est un très bon soldat, malgré une tendance à se considérer comme supérieur aux noirs d'autres races.

Les Bambaras occupent la région comprise entre les cours supérieurs du Niger et du Sénégal; ils constituent le rameau le plus important de la grande race malinké ou mandingue et forment la grande majorité de nos régiments sénégalais. De taille moyenne, parfois assez grand, le Bambara est trapu, très fortement musclé et possède une vigueur remarquable;

(1) Général Gallieni.

ce qui caractérise le tirailleur bambara, c'est une confiance absolue, sans limites, dans ses chefs européens et un dévouement qui ne recule devant rien. Toutes ses autres qualités, son endurance, son courage tranquille et obstiné découlent de celles-là.

Les Toucouleurs, issus du mélange peulh et ouolof, ont fait souche dans les pays du haut Niger et du moyen Sénégal. Ils sont de taille moyenne, maigres et nerveux plutôt que musclés, et tous, sans exception, sont musulmans, et musulmans fanatiques; c'est contre eux que nous avons soutenu au Sénégal et au Soudafti nos luttes les plus acharnées. Dans leur fanatisme religieux et dans le souvenir de leur puissance déchue ils ont puisé un immense orgueil et une rancune instinctive contre notre autorité. D'une intelligence supérieure à celle des autres noirs, ils ont, en général, le caractère sournois et rebelle à la discipline; passionnés pour la guerre et fiers du prestige que confère le métier des armes, ardents cavaliers, ils s'engagent très nombreux dans nos régiments de tirailleurs et dans nos escadrons de spahis sénégalais.

Les Sarracolels, qui peuplent les rives du moyen Sénégal, sont de taille moyenne et très endurants. Intelligents, ils fournissent surtout d'excellents laptots aux flottilles fluviales et aiment à servir dans les corps montés.

Les Peulhs sont essentiellement nomades et pasteurs; ils ne sont pas autochtones et paraissent venus de l'Est; quelques démographes leur attribuent comme origine la haute Egypte. En tout cas ils n'appartiennent pas à la race nègre. Leur stature est fine et élégante, leur caractère est doux, quoique fier; intelligents, mais peu vigoureux, ils n'ont que peu de dispositions pour le métier des armes.

Les Maures, qui appartiennent à la famille berbère, sont relégués sur la rive droite du Sénégal. Musulman farouche, bavard, batailleur, querelleur, fourbe, malpropre et ennemi

5î XA GUEBBE DANS LES COLONIES

de toute contrainte, le Maure est éminemment impropre au métier militaire.

Les tirailleurs dits haoussas ne sont pas de véritables Dahoméens; ils sont recrutés parmi les Nagos de la côte. Ces indigènes sont de taille plutôt petite, mais trapus et vigoureux. Comme soldats, ils sont loin de valoir les Soudanais au combat, mais, s'ils n'ont pas une bravoure aussi brillante, ils sont néanmoins fidèles et courageux; leur caractère est doux, souple et docile; ils sont en général peu intelligents,, mais pleins de bonne volonté et très sobres.

Les Songhay, qui peuplent l'a vallée du moyen Niger, et les Mossi, qui peuplent le centre de la boucle, sont utilisés depuis peu de temps pour le recrutement de nos troupes indigènes, auxquelles ils fournissent d'assez bons éléments.

Les Touaregs, originaires des environs de Tombouctou et du centre de l'Afrique, sont fiers, orgueilleux, braves et intelligents; ce sont d'excellents cavaliers, mais absolument réfractaires à tout service militaire organisé.

Les Agnis, qui forment la population de la Côte d'Ivoire^ sont de taille moyenne mais bien musclés; intelligents, menteurs, fourbes, rebelles à toute autorité, ils sont pour le moment réfractaires à toute discipline militaire.

Les races que nous venons de passer en revue sont celles qui peuplent les territoires dépendant du gouvernement général de l'Afrique occidentale française, c'est-à-dire le Sénégal, l'ancien Soudan, la Guinée, la Côte d'Ivoire et le Dahomey; ce sont elles qui fournissent des éléments aux quatre régiments de tirailleurs sénégalais et aux bataillons de Zinder et de Diégo-Suarez.

Le régiment indigène du Congo, qui occupe les territoires du Congo et du Tchad, n'est pas encore arrivé à trouver sur place les éléments de son recrutement; le Sénégal et le Soudan lui fournissent encore un appoint considérable. Les dif-

férentes races qui peuplent ces territoires sont énumérées ci-après :

Les Batékés, les Bondjis et les Bacongos, qui habitent la région voisine de Brazzaville, ne présentent en ce moment aucune des garanties et des qualités requises pour servir comme tirailleurs. On ne doit même pas compter sur eux pour en faire des auxiliaires. Ces races, en partie insoumises, ne seront pas suffisamment assouplies avant longtemps.

La région de l'Ogoué est habitée par les Pahouins, les Gallois et les Bakélés.

Les Pahouins sont excellents pour la guerre d'embuscade, résultat dû plus au pays qu'au tempérament des individus; mais, toujours sauvages et surtout très craintifs, ils n'en sont pas encore arrivés au point de pouvoir être enrôlés dans nos unités. Le Pahouin assez combatif est incapable d'un travail assidu; pour lui le temps et la distance ne comptent pas; il est peu sédentaire et, par suite, n'a aucune attache avec le sol, qu'il quitte dès qu'il l'a, en partie, épuisé.

Du Bakélé nous pouvons dire ce que nous avons dit du Pahouin. Quant aux Gallois, on ne peut compter sur eux. Pacifiques et, pour la plupart, alcooliques, ils forment une race qui est en voie de disparition.

Les indigènes de la Sangha sont absolument rebelles à toute espèce d'autorité; ils sont peu endurants et, pourtant, leur pusillanimité n'a d'égale que leur férocité; tous, sans exception, sont cannibales.

Les Yacomas, qui habitent la région de l'Oubanghi, ont pu être appréciés comme auxiliaires; cette région pourra fournir quelques éléments au régiment indigène du Congo.

Les N'Sakaras et les Zandés sont d'excellents guerriers. Pendant longtemps encore il leur déplaira de servir dans nos rangs; mais, en cas de conflit, conduits par leurs chefs indigènes, ils pourraient être de précieux auxiliaires.

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LA GUEimE DANS lES COLONIES 57

Les Alangbas, les Bougbous, les Palri, les Gabons, les Carreys, les Kreichs, les Biris, sont considérés comme des races inférieures. Victimes de l'invasion des N'Sakaras et des Zandés, ils sont souverainement méprisés par ces derniers; aussi, bien que quelques-uns d'entre eux soient susceptibles de fournir de bons auxiliaires, le moment n'est pas encore venu de les incorporer dans nos unités.

Les Vidris, nomades indépendants, ne reconnaissent même pas Taulorité de leurs chefs indigènes, et a lorliori la nôtre.

Les Bandas, Saras et Baghirmiens, qui habitent la région du Chari et celle du Tchad, n'ont pas des qualités combatives bien marquées; ils se rangent cependant volontiers sous notre égide.

Dans la région de Bédanga, partie sud du territoire du Tchad, se trouvent des Sokoros, des Arabes et des Peulhs.

Les Sokoros sont plus agriculteurs que guerriers.

Le cercle de Kanem est peuplé par les Toubbous pillards, indépendants et hardis, qui, sans doute, feront plus tard, non des tirailleurs, mais de bons auxiliaires, aussi longtemps que nous serons les plus forts.

Les Kanembous, indigènes sédentaires, inintelligents ou plutôt abêtis par les meurtres et les pillages nombreux dont ils ont été victimes, n'ont aucune aptitude au service militaire.

Les Miainos, venus de la Tripolilaine, sont de race blanche. Endurants, sobres, hardis, pillards, menteurs et voleurs, il sera toujours de bonne politique de ne pas ajouter foi à leurs protestations de dévouement. Nous ne devons pas compter sur eux pour augmenter nos effectifs.

Il résulte de ce qui précède, que le régiment indigène du Congo ne doit compter, pour assurer en partie son recrutement local, et pendant longtemps encore, cîue sur les Yacomas, les Bandas, les Saras et les Baghirmiens.

Nous pouvons également conclure des considérations pré-

céclentes qu'il faut savoir choisir avec discernement les indigènes dont on veut faire des troupes régulières et auxquels, par conséquent, on peut avoir à confier un jour la garde du drapeau national (1).

La création de la première compagnie de tirailleurs sénégalais date de 1853.

La conquête de notre vaste domaine de l'Afrique occidentale et celle de Madagascar fourmillent des hauts faits de ces excellentes troupes.

« C'est grâce aux aptitudes spéciales des Sénégalais que nous avons pu assurer la pénétration chez les tribus sakalavcs, haras, mahafalys, antandroys, dont la soumission est d'hier et parmi lesquelles surgissent fréquemment des incidents. C'est grâce à la valeur des Sénégalais et au prestige qu'ils ont acquis sur les tribus sauvages du sud et de roue->l de la Grande Ile que nous pouvons consolider les résultats obtenus aujourd'hui dans la pacification de ces territoires. Aucune troupe européenne ou malgache n'est susceptible de les remplacer parce qu'aucune ne possède au môme degré qu'eux les aptitudes indispensables pour vivre et combattre dans ces régions (2). »

Tandis que le tirailleur algérien n'a pu affronter que «nomentanément le climat de l'Indo-Chine et celui de Madagascar, que le soldat tonkinois du delta est malade dans les hautes régions du ïonkin, que le Hova supporte mal le climat de la côte malgache, le soldat sénégalais, au contraire, résiste parfaitement bien sous n'importe quel climat tropical; toujours gai, il n'est pas enclin à la nostalgie qui sévit sou-

(1) Dans Tarmée anglaise des Indes, les meilleurs éléments sont fournis par les Pathaus (musulmans trans-Indus), les Punjanbees, les Sicks, les Dogras, les Hindoustanis et les Gorkas (montagnards du Népaul), c'est-àdire en majorité par les races du nord de l'Inde.

(2) Général Gallieni.

LA GUEBBE DANS LES COLONIES 'i9

vent sur les autres indigènes et se fait remarquer par son endurance, son amour-propre professionnel et sa bravoure devenue presque légendaire. Dans les circonstances les plus critiques, malgré les perles par le feu qui ont atteint souvent la moitié de l'effectif, le moral de ce soldat n'a jamais été ébranlé, sa confiance dans ses chefs jamais affaiblie.

Brave, ardent, vigoureux, discipliné, habitué à la guerre et à ses aventures, amoureux du panache, le tirailleur sénégalais réalise au plus haut point le type du soldat indigène.

Aussi, en présence de ces belles qualités militaires et dans le but de nous épargner les hécatombes et les désastres sanitaires qui ont eu un si douloureux retentissement dans le pays, à l'occasion des dernières campagnes coloniales, le comité consultatif de défense des colonies vient-il de proposer la constitution au Sénégal d'une réserve expéditionnaire indigène, tenue toujours prêle à marcher et à être transportée partout où besoin sera.

Recrutement des soldats indigènes.

Il faut apporter le plus grand soin au recrutement et à l'organisation des soldats indigènes.

Au début d'une occupation militaire, le recrutement se fait inévitablement par engagements volontaires, avec primes aux individus ou aux chefs; ce système donne le plus souvent d'assez bons résultats, car il fournit des éléments vigoureux et de bonne volonté.

11 subsiste toujours en Afrique occidentale, où les indigènes peuvent contracter des engagements de deux, quatre et six ans et de» rengagements de même durée avec prime aux intéressés. Dans cette partie de notre domaine colonial, on n'a pas été amené à modifier le mode de recrutement du début, car les Sénégalais acceptent de très bonne grâce

le principe de l'impôt du sang, et jusqu'ici il n'a pas encore été nécessaire d'exercer la moindre contrainte pour recruter tous les éléments dont nos régiments sénégalais oïit besoin.

Dans certains pays déjà en partie organisés, on a appliqué le mode de recrutement par appel et tirage au sort, tempéré par certaines dispositions, telles que désignation annuelle du nombre d'hommes incorporés, exonération au moyen d'un versement fait au profit du budget local, exemption d'impôts pour les familles, facilités données aux femmes pour accompagner leurs maris, etc. Ce procédé n'a pas donné de bons résultats à Madagascar. Depuis un an, dans cette colonie, on a commencé à recruter des volontaires parmi les Baras, les Sakalaves, etc.

Un troisième système, enfin, consiste à appeler chaque année, un certain nombre d'hommes fixé par province, avec examen des individus par une commission composée d'administrateurs, d'officiers et de médecins; c'est le système appliqué en Indo-Chine et c'est le meilleur dans des pays où l'état civil fait complètement défaut.

Les villages sont rendus responsables du recrutement et de la présence sous les drapeaux du contingent qu'ils doivent fournir. Les avantages indiqués ci-dessus sont faits aux hommes incorporés; on facilite également par tous les moyens les rengagements des bons éléments.

Ce dernier système a dû être mis en application dans les pays où le mode de recrutement par voie d'engagements volontaires ne rend pas suffisamment.

L'armée indigène des Indes est recrutée par engagements au moyen de dépôts de recrutement établis dans certaines stations, centres d'un district de recrutement pour une classe spéciale d'individus. L'officier placé à la tôle» de chaque dépôt encourage les recrues, leur vient en aide et les dirige, tous frais payés, sur les régiments qu'elles ont choisis.

Il peut être avantageux, comme garantie de fidélité, de

mélanger les divers éléments indigènes dans la composition des unités, en donnant la prépondérance numérique au contingent recruté parmi les populations les plus fidèles. Au moment de la grande révolte de l'Inde, en 1857, les événements prouvèrent à quels dangers on s'exposait en prenant la majorité des soldats dans une seule et même classe de la population, dirigée par les mêmes influences et ayant des intérêts identiques : depuis cette époque, les recrues de races et de religion différentes sont mélangées dans une même compagnie pour les armées de Madras et de Bombay; dans celles du Bengale et du Pemdjab, les hommes de chaque classe sont groupés dans une même compagnie, mais les compagnies d'un même régiment sont composées d'hommes d'origines diverses.

» Cette manière de procéder n'est pas toujours possible, au Tonkin, par exemple, où les Annamites des différentes provinces du Delta ont tous mêmes goûts, mêmes mœurs, mêmes habitudes et mêmes besoins; ils subissent même pendant leur service, l'influence des mandarins, ce qui pourrait devenir un véritable danger le jour où un vent de révolte soufflerait sur le pays (1).

Dans ce dernier cas, il convient non pas de mélanger dans les mêmes unités les indigènes de races différentes, mais il est bon de créer des unités distinctes composées d'indigènes de même race afin de pouvoir, en cas de besoin, exploiter à notre profit l'antipathie des races entre elles sans que ces unités soient désorganisées. C'est une des raisons qui ont motivé, en Indo-Chine, la création des tirailleurs chinois et cambodgiens, qui tous méprisent souverainement les tirailleurs tonkinois et annamites, tout en étant payés de retour par ces derniers.

(1) Général Famin.

Les indigènes ont le sentiment de la famille très développé. Aussi a-t-il été nécessaire, dans l'organisation de nos régiments indigènes, de prévoir pour ainsi dire l'existence de la femme. C'est ainsi qu'il convient de ménager des logements pour les tirailleurs mariés à proximité des postes et qu'il appartient à tout chef de poste, en cas de trouble, de veiller sur la sécurité des femmes. Loin d'être une cause de gêne, les femmes sont généralement d'une très grande utilité : en station, elles préparent les repas des tirailleurs et entretiennent leurs effets; en route, dans les déplacements pour changement de garnison, elles portent le bagage de leur mari et s'occupent de la cuisine à l'arrivée à l'étape. L'indigène méprise souverainement les soins du ménage et dédaigne de s'occuper de la préparation des aliments; aussi arrive-t-il souvent qu'aux colonies certains officiers autorisent quelques femmes à suivre les reconnaissances faites dans les environs des postes; ces femmes ne gênent nullement la marche de la colonne et sont très utiles à l'arrivée à l'étape. On évite toutefois de les emmener à la suite des colonnes chaque fois qu'il n'y a pas changement de garnison et quand il y a des engagements à redouter.

L'armement des troupes indigènes françaises se compose du fusil modèle 1886 ou du mousqueton modèle 1892 (tirailleurs tonkinois), selon que leur taille permet l'emploi de Tune ou l'autre de ces armes. On vient aussi d'introduire en service au Tonkin une carabine de modèle spécial qui serait mieux adaptée au service de l'infanterie indigène. Il y a lieu d'attendre les résultats de l'expérience tentée à ce sujet.

Les effets d'habillement dont sont pourvus les soldats indigènes dans chacune de nos colonies se rapprochent autant que possible, quand ce n'est pas une cause de gêne dans le service, de ceux en usage dans la population : ils comprennent, comme pour les soldats européens, des effets de toile

blanche ou kaki et des effets de flanelle de couleur bleu foncé; comme coiffure, la chéchia chez les noirs et le salako chez les jaunes; comme chaussures, des sandales ou des brodequins et des jambières de toile ou de flanelle.

Les soldats indigènes portent leurs effets dans la toile de tente ou la couverture roulées et leurs vivres dans des musettes.

Emploi des troupes indigènes seules.

Quelles que soient les qualités des éléments indigènes, il est préférable, pour les utiliser, qu'ils aient été organisés longtemps à Tavance et soigneusement encadrés. Les troupes de cette nature levées au moment du besoin peuvent donner de mauvais résultats.

Pendant la première guerre contre les Ashanlees (1873- 1874), le gouvernement anglais accepta l'offre du capitaine Glover, ancien administrateur du Lagos, de soulever les tribus des districts orientaux du protectorat et de faire une diversion sur les derrières de l'armée ashantee.

Le capitaine Glover possédait la confiance de ces tribus, connaissait leur caractère et leurs habitudes; bien des personnes en Angleterre espéraient qu'il conduirait une force indigène au cœur du royaume ashantee avant que Sir Carnet Wolseley pût intervenir.

Arrivé à Cap-Coast le 11 septembre, le capitaine Glover avait réuni environ 1.000 hommes armés le 22 novembre; ce chiffre s'éleva à 3.004 quelques jours après et atteignit 19.000 hommes le 13 décembre; mais tous ses efforts furent impuissants à les mettre en mouvement. « Lui et ses officiers, écrivait lord Wolseley, ont fait preuve d'énergie et de capacité, mais ils se sont appuyés sur un faible roseau qui s'est rompu entre leurs mains. »

Le 10 février seulement, le capitaine Glover put arriver à 30 kilomètres de Coomassie avec 700 Haoussas; il y apprit la nouvelle de la signature de la paix. Sir Wolseley se félici* tait, à ce sujet, de ce que ce gros contingent indigène n'ail pu être amené plus tôt au nord du Prah, les alliés inutilisables étant une source d'embarras.

Au moment de la guerre du Zululand, lord Chelmsford avait décidé d'utiliser 6.000 indigènes du Natal qui, rapide* ment organisés à la veille d'entrer en opérations, furent répartis en sept bataillons.

Après Je désastre d'Isandlana, une grosse partie du contingent indigène ayant déserté, le général en chef écrivait au War Office « qu'il était établi qu'on ne pouvait plus compter sur les alliés indigènes du Natal et qu'il fallait envoyer des renforts anglais pour terminer avec succès les opérations contre les Zulus... ».

L'organisation des forces indigènes du Natal à ce momentlà ne pouvait être utile que pour repousser des incursions de pillards et ne pouvait en aucune façon permettre de résister à une attaque exécutée par une fraction de l'armée zulu.

Peu avant la chute de Kartoum, Gordon avait réussi à faire passer un message dans lequel il se plaignait « de la couardise de ces pachas, boys ou simples soldats égyptiens et demandait avec instance que ces poules fussent remplacées par des Anglais ».

Pour ne pas être trop absolu, nous devons rappeler cependant qu'il existe des exemples de troupes indigènes qui, levées quelques mois et même quelques semaines avant l'entrée en campagne, ont fait preuve d'un courage et d'une endurance remarquables. Signalons notamment le bataillon haoussa du corps expéditionnaire de Madagascar et les auxiliaires soudanais ayant pris part aux opérations contre Sikasso en

Sur 1.400 combattants, la colonne de Sikasso comprenait

KS LES COLONIES 6j

près de 1.000 auxiliaires à peine insiruils levés moins de deux mob fivant le commencemenl des opùralions et n'ayant jamais vu le feu.

• La colonne eut à livrer, du lu au 30 avril 1898, quatorze comblUs de jour et de nuit, soit qu'elle eût à résister à des aUaqaes d'ennemis résolus et intrépides, soit qu'elle eût à conquérir des positions nécessaires à t'attaque définitive. Le ,1* mai, l'assaut fut donné. Malgré la puissance sans égale au Soudan des fortifications de Sikasso, ville de 30 à 40.00() habitants, entourée d'un mur de 9 kilomètres de longueur et de 7 mèlres d'épaisseur à ta base, doublé intérieurement d'une autre enceinte presque aussi importante, et après une préparation d'artillerie ayant duré de 4 heures du soir à 5 heures du matin, les colonnes d'assaut, grAce à l'entrain et à la bravoure remarquable de tous, furent maîtresses de la ville vers 3 heures de l'après-midi.

» L'armée de Ba-Bemba, évaluée à 2.000 cavaliers et 10.000 fantassins dont beaucoup armés de fusils à tir rapide, était détruite ou en fuite (1). »

Le rôle du bataillon haoussa dans la marche sur Tananarive est connu; ce qui l'est moins, c'est que ce bataillon tut formé en moins de deux mois avec des hommes de différentes races de l'Afrique parlant plusieurs idiomes, et qui débarquèrent à Madagascar sans seulement avoir terminé leurs tirs réglementaires.

Ces « sauvages », comme les appelaient avec ou sourire quelque peu méprisant ceux qui se trouyjijent pour la première fois en contact avec des troupes noires, se révélèrent comme une troupe hors ligne.

En ce qui concerne les guerriers indigènes non encadrés

<1) Extrait de l'ordre géaéral n" 44, du SI mai 1898, du colonel Au- Gitetr» eM. E

d'Européens, il faut remarquer que, dans nos différentes expéditions coloniales, nous nous sommes bornés à les utiliser comme partisans ou auxiliaires, sans trop spéculer sur les services que nous pouvions en attendre.

Au Tonkin, les partisans mans ou méos laissés à la disposition entière de leurs chcifs, nous ont été d*un précieux concours dans la répression de la piraterie.

Au Soudan, dans nos guerres avec Ahmadou, Tiéba et Samory, les guerriers indigènes ont souvent prêté une aide des plus efficaces à nos compagnies de tirailleurs.

En Afrique occidentale, au moment de certaines expéditions, les unités de tirailleurs réguliers faisant défaut, on a été amené à utiliser les services de compagnies d'auxiliaires levées au moment du besoin et encadrées par des Européens; ces unités, sous la réserve d'entrer en minorité dans la composition des colonnes d'opération, ont rendu, en maintes circonstances, de signalés services. C'est ainsi qu'au moment de la campagne du Dahomey, le colonel Dodds réussit à recruter, à armer et à instruire, en moins d'un mois, trois compagnies dites de volontaires sénégalais qui, durant toute l'expédition, montrèrent un entrain à peu de chose près comparable à celui des compagnies régulières.

Mais, en principe, il est bon de ne pas compter sur la valeur militaire des unités formées aussi hâtivement; car, si la valeur individuelle constitue un des facteurs de la qualité d'une troupe, la cohésion, Vespril de corps^ les traditions en sont les cléments essentiels.

Il faut donc organiser à Tavance les troupes indigènes sans perdre de vue toutefois que cette organisation peut, si on n'y prend garde, devenir, dans l'occupation d'un pays nouveau, une cause de faiblesse. Si on ne retient pas les tirailleurs sous les armes par des avantages suffisamment grands, ils se font libérer en grand nombre au lieu de rengager. On affaiblit ainsi les régiments qui comprennent trop de jeunes

soldats et on verse dans le pays une quanlité considérable d'hommes instruits, connaissant nos procédés et notre manière de combattre, ce qui peut devenir un danger pour Tavenir. Ce danger existe particulièrement en Indo-Chine. Pour remédier à cet inconvénient, il semble qu'il faudrait chercher à maintenir un assez grand nombre d'hommes sous les drapeaux pendant quinze ou vingt ans en leur faisant des avantages suffisants et les libérer ensuite avec une petite pension de retraite. La dépense qui en résulterait serait assez faible étant donnée la modicité de la somme (environ 100 francs) nécessaire pour assurer Texistence d*un indigène, el ces hommes retraités, outre qu'ils fourniraient de précieuses réserves, deviendraient les plus fermes appuis de notre domination puisque notre départ éventuel entraînerait fatalement la suppression de leurs pensions de retraite (1).

Mais cette manière de faire ne peut être généralisée, car les résenes ainsi fournies seraient composées d'hommes de 40 ans et au delà n'ayant plus grande valeur militaire.

La nécessité existe donc, quels que soient les inconvénients qui peuvent en résulter, d'entretenir en temps de paix, à côté du noyau indispensable de cadres el soldats accomplissant un service à long terme, des contingents ne faisant qu'un temps de sei*vice réduit et destinés à fournir le principal élément des réserves.

S'il est indispensable d'avoir recours aux troupes indigènes pour faire la guerre aux colonies, il faut reconnaître aussi que leur emploi exclusif ne donnerait pas, en général, de bons résultats.

II est arrivé maintes fois, sans doute, que des officiers européens ont dû marcher avec des troupes indigènes non soutenues par des unités européennes; mais il s'agissait alors.

(1/ Général Famin.

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la plupart du temps, de colonnes à faibles effectifs opérant pendant un temps relativement court.

Une des rares expéditions un peu longues effectuées sans troupes européennes est celle que le commandant de Tarmée des Indes, lord Napier of Magdala, le vainqueur du Négus d'Abyssinie, organisa en mai 1871 contre les Lushais. L'effectif était de 1.835 indigènes commandés par 37 officiers anglais et 51 officiers indigènes. La campagne dura quatre mois dans un pays difficile, il est vrai, mais contre un ennemi peu redoutable, qui se contentait de s'arrêter au sommet des pentes, de faire une décharge contre la tête de la colonne et qui disparaissait ensuite dans la jungle épaisse.

On peut également citer la fameuse marche de la colonne Kelly, de Gilgit à Chitral (350 kilomètres), qui, exécutée par une poignée d'officiers anglais sans un seul soldat européen, à travers un pays de montagnes couvert de neige et en pleine révolte, reste comme le plus bel exploit de l'armée indienne. Cet exploit, dit l'anglais Tomson, peut être comparé au passage des Balkans par Gourko.

L'histoire de nos campagnes coloniales présente également d'assez nombreux exemples de ce genre, notamment en Afrique occidentale, où, grâce à la valeur du soldat sénégalais, il a été possible, depuis quelques années, de supprimer toute réserve européenne à la suite de nos colonnes d'opérations.

Mais s'il s'agit d'opérations de longue haleine, contre un ennemi à demi-organisé, la présence des troupes européennes est indispensable.

Pendant la première expédition contre les Ashanlees, les Anglais furent réduits à l'impuissance d'avril à août 1873, tant qu'ils n'eurent à leur disposition que les contingents des tribus Fantee et les Haoussas, et ce n'est qu en octobre, lorsque les contingents européens furent arrivés, qu'on put organiser la marche sur Coomassie. Il est vrai qu'à cette date les

LA GUEREE DANS LB8 GOLONIES 69

groupes d'indigènes dont disposaient les Anglais n'étaient à peu près pas organisés.

Dans certains cas même, si les unités indigènes n'offrent pas de bonnes garanties militaires, il sera bon de les éliminer à peu près complètement.

C'est ainsi qu'en 1884, lors de la campagne du Soudan égyptien, Wolseley proposait de n'employer qu'une colonne exclusivement anglaise : « Il est très douteux que même le meilleur de nos régiments indiens, disait-il dans un mémorandum, puisse soutenir les charges des Arabes comme celles que nos troupes viennent de soutenir récemment près de Souakim. En outre, les régiments indiens sont suivis en campagne par de nombreux domestiques, et, dans les opérations dans le désert, il faut tenir compte de chaque bouche à nourrir, surtout quand cette bouche n'est pas celle d'un combattant (1). »

II faut reconnaître que les Indiens ne constituent pas une troupe d'une solidité à toute épreuve. S'ils ont été pour les Anglais d'un précieux concours dans toutes les expéditions coloniales entreprises contre un ennemi manquant d'organisation, par contre la conduite de ces régiments a été parfois assez durement appréciée lorsqu'ils se sont trouvés en présence d'un ennemi d'une certaine valeur. A Tien-Tsin notamment, lors de la récente campagne de Chine, les officiers de toutes les nations furent unanimes à constater le peu d'ardeur des sipoys (cipays).

En résumé, on utilisera les troupes indigènes seules pour des coups de main ou reconnaissances de courte durée lorsqu'on aura affaire à un ennemi peu ou mal organisé et surtout quand on pourra compter d'une façon absolue sur la solidité et la fidélité de ces troupes.

(1) Lieutenant-colonel Septans.

Proportion des éléments européen et indigène.

Dans cette coopération nécessaire des deux éléments européen et indigène, les proportions de chacun d'eux ont été longtemps très. variables. Cependant l'élément indigène est généralement le plus nombreux.

« La proportion à adopter dans chaque colonie dépend de deux facteurs :

)) V Degré d'aptitude militaire de l'indigène; » 2* Degré de solidité de notre domination;

» Nous pouvons risquer, en armant les sujets conquis, de voir cette force armée se retourner contre nous, comme l'a fait en 1857 une partie de î'armée hindoue contre la domination anglaise... (1) »

La commission royale chargée en 1858 de réorganiser l'armée des Indes a émis l'avis que, dans la cavalerie et dans rinfanleric, la proportion des Européens par rapport aux indigènes (levait être de un pour deux dans la « Bengal Army » et de un pour trois dans les « Bombay and Madras armies » l'artillerie étant presque exclusivement composée d'Européens (2).

Pendant la première guerre contre les Ashantees, les troupes à la disposition de Sir Carnet Wolseley à la date du 20 novembre comprenaient 550 Européens et 2.000 indigènes.

Au moment de la deuxième guerre contre les Ashantees, en 1895-1890, le corps expéditionnaire fut composé de 670 Européens et 1.0(X) indigènes.

(1) Général Pennequin.

(2) Les effectifs actuels de cette armée sont d'environ 73.000 Européens pour 150.000 indigènes régulièrement organisés.

Dans rexpédilion contre les Zulus en 1878, le total des trois colonnes de lord Chelmsford, en janvier 1879, comprenait environ 4.300 Européens et 7.000 indigènes.

En Afghanistan, la colonne du major général Roberts (Kurram field force) réunie à Kohat, en octobre 1878, était composée de 88 officiers, 980 Européens, 2.936 indigènes.

L'effectif de celle organisée en 1879 à Kurram était de 224 officiers, 3.611 Européens, 9.439 indigènes.

Enfin, pendant les opérations contre Caboul, en 1879, la colonne Roberts, concentrée à Kutschi, comprenait 192 officiers, 2.558 Européens, 3.867 indigènes, et l'effectif de la « Caboul Candaliar field force », en août 1880, fut de 2.836 combattants européens pour 7.312 indigènes.

Au Tonkin, l'expérience de nombreuses colonnes a établi que la présence de soldats européens auprès des troupes indigènes est nécessaire non seulement pour pouvoir, par leur intervention opportune, agir efficacement sur l'issue du combat, mais aussi pour produire constamment sur les tirailleurs l'effet moral qui double leur valeur; elle a montré également que l'effectif de ces soldats européens doit être réduit au strict nécessaire pour éviter l'alourdissement des colonnes.

La comparaison des deux rations européenne (1) et indigène (2) suffit pour montrer que, en ce qui concerne l'alimentation seulement, la substitution d'une troupe à l'autre permet de réaliser une économie de poids de près de 1 kilogramme par jour et par homme.

Au début de notre intervention au Tonkin, l'élément indigène n'était admis dans les colonnes qu'en proportion minime : trois compagnies européennes pour une compagnie

(1) Pain, k. 700 ; vin, 1. 460 ; tafia, 1. 090 ; riz, k. 180 ; sel, k. 024 ; ■uore, k. 040; café, k. 084; thé, k. 009; viande de conserve, Ok. 200.

(2) Ri«, k. 800; sel, k. 024.

indigène généralement. Puis, les tirailleurs étant devenus plus nombreux et aussi plus solides, on vit la proportion type se modifier successivement en faveur de Télément indigène.

Dans les colonnes de Thanh-Mai en 1885, elle était encore de trois Européens pour un Tonkinois; à Ba-Dinh et Ma- Cao, en 1886 et 1887, elle descend à 3/2; à Cho-Moï en 1889 et Hu-Thué en 1890, elle n'esl plus que de 1/1 ; elle devient enfin 1/2 à partir de 1891 (1).

Au Dahomey, la composition du corps expéditionnaire était de 113 officiers, 1.373 Européens et 1.747 indigènes combattants; mais, pour la marche sur l'Ouémé, leffectif de la colonne ne comprenait que 370 Européens pour 950 indigènes.

Au début de la campagne de Madagascar, la composition du corps expéditionnaire était de : 658 officiers, 10.773 Européens et 1.000 indigènes (2), soit près de 3 Européens pour

1 indigène; on sait combien fut fatale cette expérience.

La proportion de 1 Européen pour 2 indigènes est celle que les officiers expérimentés admettent aujourd'hui, et* elle a été sanctionnée par l'instruction du 10 avril 1895, sur l'organisation des troupes opérant contre les pirates au Tonkin; il demeure entendu, toutefois, ainsi que le fait justement observer l'instruction, que les circonstances de la guerre coloniale sont tellement multiples et imprévues, qu'il ne peut être question d'établir à cet égard de règles invariables.

« Dans les effectifs réclamés par le général Borgnis-De<5bordes pour la défense de l'Indo-Chine, la proportion atteint

2 Européens pour 3 indigènes (3); mais, pour les corps mobiles appelés à combattre en rase campagne contre des troupes organisées, le général estime qu'ils doivent avoir un nombre égal d'Européens et d'indigènes; pourtant, par raison

(1) Commandant Chabrol.

(2) Dont 1.600 tirailleurs algériens et 800 volontaires de la Rëonion,

(3) Y compris les réservistes.

d'économie, il admet qu'on peut aller jusqu'à 2/3 d'Européens et 3/5 d'indigènes.

» Au Sénégal, on peut dire que, grftce à la valeur militaire du soldat sénégalais, la question de la proportion à admettre entre Européens et indigènes n'existe pas. Il n'y aura d'Européens que pour le point d'appui de Dakar, le service des batteries et la constitution d'une résen^e.

>* A Madagascar, la proportion qui ressort des chiffres demandés par le général Gallieni pour la défense de l'île est d'à peu près 1 Européen pour 1 malgache (le Sénégalais étant généralement considéré comme valant presque l'Européen) (1). »

En résumé, dans les expéditions coloniales entreprises contre des peuplades indigènes plus ou moins bien organisées, il sera bon d'avoir recours surtout aux troupes indigènes régulières et de réduire au minimum 1 effectif de la troupe blanche destinée à leur servir de réserve. Il sera de même très avantageux d'employer tous les moyens permettant de réduire au minimum les fatigues préalables (jue doivent supporter les Européens avant d'intervenir efficacement sur le lieu du combat afin de pouvoir retirer tout l'effet voulu de cette réserve d'élite.

Il semble que ce résultat pourrait être obtenu, quand le pays s'y prête, par l'organisation de pelotons d'infanterie montée.

La guerre du Transvaal a consacré les nombreux avantages de corps analogues. Les chevaux d'armes des tirailleurs boers leur permettaient de franchir en peu de temps des distances considérables, d'intervenir à brûle-pourpoint là où on ne les attendait pas et de disparaître avec la môme rapidité;

(1) Général Pennequîn.

li LA GUEBKE DANS LES COLOXIES

c'est à celle organisation qu'ils ont dû une grande partie de leurs succès.

L'infanterie montée n'est pas une nouveauté pour les corps coloniaux français; au début de notre pénétration au Soudan, des sections montées de soldats d'infanterie de marine ou de légion étrangère ont été employées pour servir de réserve à nos tirailleurs sénégalais, qui n'avaient pas encore acquis, à cette époque, la confiance et la solidité que le prestige de nos succès sur les hordes soudanaises leur a données depuis.

Quand il s'agira de faire face à l'élranger sur quelque point de noire domaine colonial, la proportion des troupes blanches à employer augmentant considérablement et l'influence néfaste du climat se faisant sentir aussi bien pour les troupes blanches ennemies que pour les nôtres, il ne paraît pas nécessaire et il serait d'ailleurs impossible d'organiser en troupes montées une partie importante de nos effectifs européens; mais il serait néanmoins très utile de tenir prêts quelques pelotons montés susceptibles de pouvoir se déplacer rapidement et sans grandes fatigues.

Dans le même ordre d'idées il y a lieu de signaler les avantages qu'on pourrait retirer du fait de monter les gradés européens des troupes indigènes : la mobilité de ces derniers s'en trouverait augmentée et leur valeur aussi, car les .gradés risqueraient moins, ainsi, de se voir enlever par la fatigue et la fièvre une partie de leur énergie. En Afrique occidentale il est prévu un cheval ou un mulet pour deux Européens; cette mesure a toujours donné d'excellents résullats. Il conviendrait de l'étendre à tous nos corps indigènes et, quand les montures font défaut, de les remplacer par des porteurs. II ne faut pas oublier, en effet, que si le rôle de gradé européen dans une troupe indigène exige une grande vigueur, il ne consiste pas uniquement cependant à faire des prouesses physiques.

Amalgame des deux éléments.

Il reste à examiner comment se fera dans les unités combattantes l'amalgame des deux éléments européen et indigène.

Jusqu'à présent Torganisalion régimentaire a été appliquée, aux colonies, à nos corps indigènes comme à nos corps européens, et la compagnie est demeurée la plus petite unité administrative des uns et des autres.

Tant que l'effectif des colonnes est suffisant pour qu'on puisse les former de plusieurs de ces unités, rien ne s'oppose à ce que l'on fasse entrer dans leur constitution un certain nombre de compagnies de chacune des deux catégories, le commandement en tirant le meilleur parti selon les circonstances.

Mais le maintien des compagnies constituées comme unités de combat est le plus souvent impossible à cause de la nécessité où l'on est souvent amené de former des groupes de combat de 150 à 200 hommes seulement.

Dans ce cas, le chef responsable se verra obligé de rompre les compagnies et de réunir des fractions de ces unités, ce qui ne va pas sans quelques inconvénients. Si, en- effet, cette formation n'est prise qu'au moment du combat, elle manque de cohésion, et, si on la rend constante pendant toute la durée d'une même opération pour augmenter cette cohésion, on désorganise le commandement normal, pour créer un commandement de circonstance, au grand détriment de la valeur des troupes, indigènes surtout, qui ne donnent tout leur rendement que dans la main des chefs qui les ont dressées.

De là est venue l'idée de chercher à tout concilier en organisant des compagnies mixtes comprenant en permanence

76 L V GUERHK DANC LES COLONIES

les deux éléments. On reviendrait ainsi, au moins pour les compagnies, à ridenlificalion si désirable entre l'organisation du temps de paix et celle du temps de guerre (1).

Cette solution rencontre surtout de chauds partisans parmi les officiers qui ont longtemps servi dans les territoires militaires où la plus petite unité administrative territoriale est le secteur, commandé par un capitaine qui ne peut vraiment mener à bien les multiples obligations civiles et militaires qui lui incombent que s'il dispose, outre sa compagnie de tirailleurs, d'un certain nombre d'Européens aptes aux fonctions de comptables, de maçons, d'ouvriers à bois et à fer, de gérants de magasin, elc.

Puisqu'on est obligé, dit-on, de détacher un certain nombre d'Européens dans chaque secteur et de placer ainsi ces hommes dans une situation défectueuse au point de vue de leur commandement et de leur administration, mieux vaut régulariser le fait en créant des compagnies mixtes.

« Le nombre des gradés européens des corps indigènes, tel qu'il a été fixé par le décret du 19 septembre 1903, paraît avoir été déterminé seulement par l'obligation d'assurer le commandement des sections, pelotons et compagnies supposés réunis.

» Or, les nécessités du service colonial imposent surtout une très grande dispersion : il arrive qu'une compagnie occupe six postes différents.

» En outre, des troupes ainsi dispersées n'ont pas à compter sur les services auxiliaires, artillerie, génie, conunissariat, santé, qui ne sont représentés que dans les garnisons importantes. Nos troupes indigènes doivent, par suite, pourvoir elles-mêmes aux besoins journaliers de l'existence : construction de logements, ravitaillement en vivres (fabrication de pain, jardinage, etc.), transports par mulets, voitures, etc.

(1) Commandant Uhabrol.

» Les soldats indigènes ne sont pas, en général, préparés à remplir ces besognes variées; mais ils peuvent acquérir les aptitudes nécessaires si des Européens possédant les comnaissances professionnelles leur servent d'instructeurs.

» A Madagascar, on a résolu la question en prélevant sur les corps européens des ouvriers spécialistes (ouvriers à bois, à fer, à cuir, maçons, jardiniers, maréchaux ferrants, elc.) qui ont été attachés aux compagnies indigènes stationnées dans les cercles militaires.

» En outre, des sous-officiers prélevés également sur les corps européens ont renforcé les unités afin d'assurer, dans de bonnes conditions, le commandement des nombreux postes détachés. Chaque poste militaire doit, en effet, étendre son action dans un certain rayon et a toujours sa garnison divisée en deux fractions : une partiç fixe destinée à garder le poste, l'autre mobile dont le rôle est de visiter le sous-secteur ou le district, selon les nécessités politiques ou militaires. Il est indispensable que chacune de ces deux fractions soit commandée par un gradé européen.

» Cet aperçu fait ressortir les vices de l'organisation régimentaire actuelle :

» Une compagnie européenne est incapable, avec ses propres moyens, de remplir un rôle colonial complet; elle aurait besoin que des soldats indigènes lui fussent adjoints, pour les corvées pénibles, les veilles de jour au soleil, les marches rapides, etc.

» Une compagnie indigène est encadrée d'un nombre insuffisant d'Européens, pour faire face à tous les besoins de l'existence coloniale en campagne.

)) La solution sera donc dans la fusion des éléments européens et mdigènes, que l'organisation régimentaire a pour effet de séparer actuellement :

» Un régiment sénégalais ou malgache sera apte à tout, s'il est doté normalement :

» 1* D'un nombre de sous-officiers supérieur au ouarl environ du cadre réglementaire actuel;

» 2^ De quelques soldats européens, ouvriers de diverses spécialités, destinés à servir d'instructeurs aux indigènes.

» Cette organisation ne devrait pas conduire à des unités mixtes d'un type uniforme. Les exigences de l'occupation normale d'une colonie font varier surtout le rôle d'une compagnie.

» Celle qui est réunie à la portion centrale a moins besoin d'ouvriers spéciaux que celle qui est détachée et peut se passer d'un supplément de cadres de sous-officiers. Il semblerait donc préférable de doter chaque régiment indigène d'une réserve de cadres et d'ouvriers spéciaux que le chef de corps affecterait aux unités suivant leurs besoins dans la proportion ci-après : par compagnie, un adjudant, deux sergents, un soldat maçon, un ou\Tier à bois, un ouvrier à fer, un ouvrier à cuir, un tailleur, un infirmier, un secrétaire, un cuisinier, un muletier.

» Un régiment indigène composé comme il vient d'être indiqué ci-dessus réalise le type de la formation coloniale apte à remplir les rôles les plus variés, qui peuvent lui incomber (1). »

Ces considérations font ressortir les avantages qu'on obtiendrait en complétant nos régiments indigènes actuels par une réserve de cadres et d'ouvriers européens.

Les chiffres qui sont indiqués par le général Gallieni intéressent particulièrement les Malgaches et les Sénégalais ; dans les régiments indigènes d'Indo-Chine, on trouvera souvent et l'on formera facilement les ouvriers spéciaux dont le besoin s'imposera et la réserve d'ouvriers à y introduire peut être moins considérable que dans les régiments malgaches et sénégalais.

(1) Général Gallieni.

Mais il ne faut pas conclure de ce qui précède à la nécessité de prévoir d'une façon ferme, dans l'organisation des troupes coloniales, la formation de compagnies mixtes d'un type invariable, contre lesquelles le général Gallieni s'élève d'ailleurs et qui ont toujours été répudiées par le haut commandement. Les groupements d'indigènes et d'Européens dont l'organisation peut être nécessaire ont des effectifs et des compositions essentiellement variables, et des unités mixtes organisées à l'avance sur un type uniforme ne répondraient pas, la plupart du temps, aux nécessités du moment.

D'ailleurs les troupes aux colonies n'ont pas pour unique mission d'administrer le pays conquis. Dans les principaux rôles qu'elles peuvent avoir à jouer : conquête du pays, occupation et pacification, défense contre l'étranger, il en est deux au moins, le premier et le dernier, pour lesquels l'organisation en compagnies mixtes serait plus nuisible qu'utile; même dans l'occupation du pays, la séparation des deux éléments est souvent préférable parce qu'elle permet de placer les indigènes seuls dans les petits postes sans installation et difficiles à ravitailler en laissant les Européens dans les centre importants où ils ont plus de confort, où ils sont en contact avec leur médecin et où leur ravitaillement complique est plus facile et moins coûleux.

Dans le môme ordre d'idées, on a émis l'opinion que, puisque la conduite des opérations aux colonies obligeait presque toujours à constituer des groupes mixtes ayant comme noyau un bataillon d'infanterie appuyé par une ou deux sections d'artillerie, il y aurait tout intérêt à adopter celle organisation en permanence et à grouper nos troupes aux colonies en « brigades mixtes coloniales » comprenant chacune :

Un élat-major.

Un régiment d'infanlerie,

Un escadron de cavalerie,

Un groupe d'artillerie (batteries et parc), Une ambulance médicale, Une ambulance vétérinaire, Un service administratif.

Des détachements de télégraphistes, prévôté, Trésor et postes.

Ces brigades pourraient se fractionner en trois légions comprenant chacune les mêmes éléments.

Il y aurait des brigades européennes et des brigades indigènes, des brigades de campagne et des brigades de côlc pour la défense des points d'appui de la flotte (1).

Nous ne ferons à ce projet qu'une seule objection. Une organisation de ce genre, en admettant qu'elle puisse convenir à un cas particulier, répondrait moins bien que l'organisation actuelle aux besoins généraux. Nous avons déjà eu l'occasion de remaniuer qu'on est souvent conduit à fractionner même la compagnie, a forliori sera-t-on obligé de fractionner les légions pour en constituer, selon les besoins du moment, des groupes différemment composés.

La conclusion de tout ce qui précède est que, dans l'impossibilité où Ton se trouve de créer une organisation répondant à tous les cas qui peuvent se présenter, le mieux est d'en adopter une assez simple et assez souple pour en permettre sans difficultés la dislocation en vue des groupements nouveaux que les nécessités du moment imposent au commandement.

A ce dernier point de vue, notre organisation actuelle en régiments paraît être celle qui répond le mieux à ce desideratum, quitte à en modifier la composition dans le sens indiqué par le général Gallieni.

(1) Journal des srienres militaires^ janvier 1904. Organisation- de Farmée colonude, du licutenaut-colonel Bouliol.

LA GUËIIKE DAXS LES COLONIES 81

Encadrement des troupes indigènes.

Les troupes indigènes ne s'improvisent pas. Pour en obtenir un rendement maximum à notre profit, il est nécessaire de les dresser patiemment, avec des cadres européens nombreux et bien choisis.

Bien instruites, bien assouplies, pleines de confiance et de dévouement pour le chef européen qui les commande, certaines de ces troupes deviennent bientôt, entre ses mains, une masse aveugle qu'il manie à son gré.

Certaines races indigènes dont le degré d'intelligence est suffisamment élevé, les Annamites par exemple, à l'instar des Japonais et des Siamois, seraient susceptibles de pourvoir le cadre d'une troupe moderne. On a hésité à s'engager dans une telle voie qui serait un acheminement vers la création d'armées indigènes autonomes dont on favoriserait ainsi l'émancipation. On a préféré enrayer le développement du haut commandement indigène en laissant en tutelle toutes les troupes indigènes et en les encadrant au moyen de gradés européens; ceux-ci, se trouvant en rapport plus direct avec leurs tirailleurs, peuvent les surveiller de près et les instruire aussi complètement que possible tout en nous ménageant le maximum de garanties de fidélité.

Les Européens appelés à encadrer les troupes indigènes doivent être l'objet d'une complète sélection.

Le maintien d'une discipline exacte dans une troupe quelconque suppose de la part du chef, et indépendamment de ses qualités personnelles, la connaissance du caractère, des aptitudes et des défauts de ses subordonnés; cette notion hii permet ainsi d'utiliser judicieusement les éléments dont il dispose et d'en obtenir le meilleur rendement. Il y a là une nécessité qui, déjà évidente dans une troupe européenne, est plus impérieuse encore dans une troupe indigène.

Guerre col. G

La confiance el l'eslime réciproques du chef européen el du tirailleur indigène doivent être complètes et se manifester non seulement dans toutes les circonstances du service, mais aussi dans les actes de la vie privée. L'existence dans les postes coloniaux comporte une part de promiscuité qui soumet la conduite du chef au contrôle et à l'appréciation de ses subordonnés; par conséquent celte supériorité morale que l'indigène reconnaît instinctivement à TEuropéen, celui-ci doit s'attacher à la maintenir intacte et en donner des preuves aussi bien par la dignité de sa tenue et de sa vie, que par un exercice exact de son autorité. C'est à ce prix qu'il conservera le prestige du chef et pourra compter dans son entier sur le dévouement de ses hommes.

11 les respectera en se respectant lui-même et il évitera toute compromission qui pourrait le diminuer à leurs yeux.

Le gradé européen devra .donc s'efforcer de conserver en loutes circonstances la réserve et la dignité qui sont la condition de son prestige.

Par cette recherche, il s'élèvera lui-même et remplira, par l'exemple, le rôle d'éducateur moral qui est une des plus belles attributions du chef militaire.

Enfin, il n'oubhera pas que, quand ses tirailleurs le servent avec abnégation et confiance, c'est à plus haut que lui que vont leur affection et leur dévouement, au drapeau, à la France, qui doit au sang versé par ces braves gens une partie de son rayonnement de gloire (1).

Afin de pouvoir mieux comprendre le caractère de ses subordonnés, le chef européen devra étudier leurs mœurs et leur langue. La connaissance des dialectes parlés lui sera même parfois de la plus grande utihté dans la pratique, car les services militaires aux colonies manquent à peu près lota-

(1) Capitaine Obissier.

lement d'interprètes vraiment dignes de ce nom, lacune dont les inconvénients ont été souvent bien grands.

Au combat de Majias-Hill, pendant la guerre du Zululand, le colonel Pearson éprouva de très grandes difficultés à communiquer ses ordres au Natal Native Contingent, car les interprètes faisaient défaut et les officiers et sous-officiers pouvant parler cafre étaient très rares.

Les cadres européens d'une compagnie indigène comprennent 3 officiers, 1 adjudant, 1 sergent-major, 1 sergent et 1 caporal fourrier et de 6 à 8 sergents.

Entre le gradé européen et le tirailleur, il y a un intermédiaire précieux qui est le gradé indigène.

Le choix des candidats aux galons de caporal et de sergent a une importance capitale qui rend indispensable la connaissance des caractères, car l'aptitude au commandement est une qualité morale souvent difficile à discerner.

Les cadres indigènes comprennent des sergents et des caporaux. Dans les régiments sénégalais, il existe en plus des officiers indigènes.

Au début, les cadres des régiments de tirailleurs annamites comportaient également des officiers indigènes, mais on ne tarda pas à constater les inconvénients de cette création. C'était, en effet, porter atteinte au prestige de l'Européen que de faire du sous-officier européen le subordonné de l'officier indigène; avec les Annamites, cette conception pouvait être dangereuse, aussi l'existence des officiers annamites ne fut-elle qu'éphémère.

Ces inconvénients n'ont pas été mis aussi nettement en évidence dans les régiments sénégalais à cause du caractère particulier du noir, qui, beaucoup plus facilement que le jaune, s'incline devant la supériorité intellectuelle de l'Européen; mais l'erreur n'en subsiste pas moins et, à notre avis, il ne devrait pas y avoir d'officiers indigènes. Cet exclusivisme qui interdit l'accès du grade d'officier à tout ce qui

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n*esl pas européen peut sembler contraire au principe d'une saine équité. Et cependant, à moins d'assimiler en tous points l'indigène au Français, nous devons bien nous persuader que ce sera simplement grâce à notre prestige que nous pourrons nous maintenir dans toutes nos possessions d'outremer; nous devons donc tout faire pour éviter de mettre en échec ce prestige. Il convient pour cela de ne créer aucune situation où l'Européen soit le subordonné de l'indigène. C'est ce qui existe, d'ailleurs, dans toutes les administrations coloniales.

Mais, dira-t-on, comment récompenser les mérites des gradés indigènes qui se font remarquer par leurs excellents services? Simplement par des distinctions honorifiques, des gratifications pécuniaires ou des dotations; ce sera suffisant.

Les officiers coloniaux sont d'un avis à peu près unanime à déclarer que le gradé indigène apprécie surtout les récompenses en espèces; c'est d'ailleurs ce qu'il voit souvent de plus clair dans son désir d'arriver officier.

Qu'on laisse donc simplement subsister le côté matériel de l'avantage tout en supprimant les prérogatives du grade. Le problème se trouvera de là sorte avantageusement résolu, surtout si l'on tient compte de ce que le gradé indigène, une lois nommé officier, est en général bien inférieur à ce qu'il était comme sergent.

La question des relations et attributions respectives des sergents européens et indigènes donne lieu également à de fréquentes erreurs. Les sergents européens, même expérimentés, ont une tendance à considérer les sergents indigènes comme leurs suppléants, ce qui amène les uns et les autres à se désintéresser du service, chacun abandonnant à l'autre l'initiative et la responsabilité qui, dès lors, disparaissent. Le sergent indigène n'est pas le suppléant du sergent européen; il est son auxiliaire, un auxiliaire qui doit être guidé, soutenu et n'être livré à lui-môme que dans des cas excep-

LA O^IIKàQ', Dim U8 MLONIE& 80

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lionnels et pour l'exécution d'ordres simples, clairement donnés et parfaitement compris.

Des gradés indigènes commettent parfois des fautes graves, parce qu'on leur a donné des consignes qui dépassaient leur compréhension, ou imposé des responsabilités dont ils ne discernaient pas l'importance.

II faut donc savoir se servir du gradé indigène dans la limite de ses facultés intellectuelles et, tout en lui donnant une situation matérielle en rapport avec les seiTiccs qu'on en doit attendre, il convient de ne pas en faire l'objet d'une assimilation trop souvent maladroite avec les cadres européens.

Le gradé indigène, est un auxiliaire et un intermédiaire des plus précieux mais à la condition d'être sagement utilisé.

Utilisation des indigènes dans les différents services.

Si l'élément indigène doit nécessairement former une forte partie des unités combattantes de l'infanterie aux colonies, il n'est pas moins indispensable qu'il entre pour une grosse part dans la constitution des autres armes et des différents services.

Nous avons vu que la commission de 1858 a exclu les indigènes des formations de l'artillerie de l'armée des Indes; il en a été ainsi longtemps dans nos troupes coloniales, mais on est revenu à de meilleurs errements et on se contente seulement de ne pas instruire ces auxiliaires dans les fonctions de pointeur en leur réservant les manœuvres de force. Pendant la campagne de Madagascar le groupe d'artillerie qui a fait partie de la colonne volante n'a pu être constitué qu'au moyen de nombreux auxiliaires, fournis par le bataillon de tirailleurs haoussas.

Le général Borgnis-Desbordes a, le premier, en 1899, alors qu'il était commandant en chef des troupes de l'Indo-

Chine, organisé Tartillerie du corps d'occupation en batteries mixtes, et le décret du 28 décembre 1900 a, depuis, consacré ce principe en l'étendant à nos trois grandes colonies et en donnant la composition de trois types différents de batteries mixtes dans lesquelles une grosse partie des serv^ants et la presque totalité des conducteurs sont indigènes.

Les batteries mixtes qui participèrent aux affaires de Tien- Tsin, au début de la campagne de Chine, eurent au feu une attitude des plus remarquées; les sentants indigènes furent d'un calme comparable à celui des Européens et firent l'admiration des troupes internationales.

Les travaux du génie aux colonies, la fabrication du pain, les manutentions des subsistances, etc., doivent être également faits par la main-d'œuvre indigène, les Européens ne fournissant qu'un cadre de direction el de surveillance. A Majunga, en 1895, tous les ouvriers boulangers européens devenaient indisponibles après quelques jours de travail, et les compagnies du génie, à l'effectif de 200 Européens, ont été décimées en quelques semaines. Il faut donc prévoir les formations du génie et du commissariat aux colonies avec un nombreux personnel indigène.

De même il faut régulariser la situation des infirmiers indigènes là où ils ont été créés (Indo-Chine, Afrique occidentale) et les constituer dans les colonies où ils font défaut.

Partout ces éléments peuvent et doivent rendre d'excellents services, à la condition d'être bien encadrés et militairement organisés.

Quand on emploiera les indigènes comme coolies ou porteurs, il conviendra de les organiser de la même façon. Ils seront répartis par escouades ou sections ayant à leur tête un chef et chaque fraction devra comprendre un certain pourcent de porteurs haut-le-pied. Chaque chef d'escouade ou de section aura le livret de sa fraction, document sur lequel se-

ront portés tous les renseignements relatifs aux hommes, à la solde, aux distributions de vivres, etc.

Les coolies recevront un numéro matricule qu'ils porteront d'une manière bien ostensible soit imprime en gros caractères sur une bande de toile entourant le bras, soit, mieux encore, marqué à froid sur une plaque de fer-blanc suspendue au cou.

Sauf à Madagascar, où quelques indigènes font volontiers le méfier de bourjanes, on peut poser en principe que, dans toutes nos autres colonies, le portage constitue la plus vexai'oire des charges auxquelles sont astreints nos administrés. Ce mal, obligatoire pendant de longues années encore, doit être pallié le plus possible. Aussi l'organisation de tout convoi de porteurs doit-elle être de la part de l'autorité supérieure l'objet de la plus grande sollicitude.

Les instructions du général Dodds, au cours de la campagne du Dahomey, en 1892, du général Duchemin, en 1895, sur l'organisation des colonnes au Tonkin, du général Houry, en 1902, sur la formation des compagnies de porteurs pour le ravitaillement du Baoulé constituent à ce sujet de précieux guides pour tout chef appelé à exercer le commandement d'une colonne expéditionnaire.

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