‹ Observations sur la nature et le traitement de l'épilepsieChapitre 13 sur 37 · DU CARACTÈRE DE L^^PILEPSIE · texte numérisé non relu

DU CARACTÈRE DE L^^PILEPSIE

convulsions plus ou moins prononcées (i). Les accès d'épi«lepsie sont toujours suivis ; quand ils cessent , d'une perte de mémoire plus ou moins prolongée ; quelquefois pendant leur durée il y a une salivation éciimeuse. Nous disons quelquefois, car cela n'est pas constant.

On ne peut confondre Tépilepsie avec Y apoplexie , celleci étant absolument sans convulsion tonique , ni doniqué , et encore parce que rarement elle a de vrais accès comme Tépilepsie ; si elle en a quelquefois, c'est qu'elle est alors réunie à des fièvres intermittentes ou rémittentes , au lieu que Fépilepsie a ^ par elle-même , de fréquens accès périodiques ou non périodiques , quoiqu'elle soit aussi quelquefois réunie à de vrais accès d'une fièvre intermittente ou rémittente.

On ne peut non plus confondre l'épilepsie avec Vhys'» térie dans laquelle , quoiqu'il y ait des convulsions et quelquefois privation de sentiment comme dans l'épilepsie , la malade conserve une certaine sensibilité dans les organes^ des sens au point de sentir les fortes irritations et même de se ressouvenir, après l'accès, de diverses circonstances qui ont eu lieu pendant sa durée (2).

On ne peut confondre l'épilepsie avec Véclampsie (ma* ladie qui n'est pas rare chez les enfans), quoiqu'elle ait beaucoup de rapports avec cette dernière , qui n'est pas chronique et qui n'a souvent que quelques accès , quelquefois en un seul jour ou en peu de jours (3).

L'épilepsie diffère da tétanos dans lequel la convulsion

(i) Odier(Man. de rnéd. pratique, pag. 179) .a cru, dans ces derniers temps , devoir considérer l'épilepsie comme une maladie como' teuse à laquelle se joignent les convulsions, si elles ne la procèdent même; mais peut-on la [considérer seulement comme comateuse, les convulsions ne cessant pas dans le profond sommeil , comme cela a lien dans la vëritahle apoplexie ?

Toutes ces différences dans les opinions n'existeraient pas parmi les auteurs s'ils s'étaient contentés de donner la définition de l'épilepsie d'après les. symptômes , comme on doit le faire à l'égard de toutes les maladies.

(a) Lieutaud, Sjrnops, med., t. i , p. 5o4.

(3) lYosoL de Saunages , class, ly, art. xiii.

ET D£ SES IKfFÉKmCES AVEC D* AUTRES MALADIES. I 1 3

est constamment tonique, générale dans le tronc et dans les, membres ;*la respiration est laborieuse et ordinairement âyec la jouissance du sentiment , plutôt augmenté que dininué.

Elle ne peut être prise pour le catochus, la convulsion des muscles dans l'épilepsie n*étant jamais aussi générale ni «ttistamment tonique , et de plus , le catochus est aigu ; elle ne peut non plus être prise pour le cauchemar (ephial tes), la respiration étant dans celui-ci très-laborieuse et n'ayant d'ailleurs aucune convulsion. De plus, ceux qui ont un cauchemar disent que pendant leur accès ils ont éprouvé la sensation d'un poids considérable qui serait appliqué sur la poi- Crioe.

L'épilepsie est malheureusement une maladie très-fré- ^pente , l'une, des plus dangereuses que l'on connaisse et celle que l'on traite généralement le moins bien , d'abord parce que sa nature et ses causes nous sont rarement connueS| ensuite parce qu'elle est susceptible d'un grand nombre de complications et qu'on peut rarement eu découvrir le caractère et en prescrire le traitement.

Enfin , le préjugé superstitieux que l'on a eu dans les temps les plus reculés , que répilepsie n était pas une maladie comme les autres , n'a pas sans doute peu concouru à en retarder l'étude. J'ajouterai que cette maladie étant du nombre de celles qui se propagent dans les familles ( i ) , on a souvent cru devoir la cacher pour en soustraire la connaissance au public et en confier le soin à des charlatans aussi ignorans qu'imposteurs ; d'où il est résulté que les médecins n'ont souvent eu à traiter que des épileptiques dont la maladie était dénaturée , par suite des remèdes qu'ils «▼aient déjà faits.

(i ) On verra plus bas . à l'article EpUepsie héréditaire par le vice •crophuieux , que cette maladie, produife par cette cause, est celle qm se trausmet dans les familles le plus fréquemment, ce quia sans joute pu faire croire aux. anciens quelle était contagieuse; aussi renvoyait* on ceux qui en étaient atteints à la campagne pour les isoler davaiitage. Soja, Boretius , disp, inaugur*^ de Epileps. ex depresso cranio , xii.

I l4 '^V CARACTÈRE DE L ÉPILEPSIE

Article H. Dénominations de VÈpilepsie.

On a donné à cette maladie divers ûoms : celui ^épilepsiey qui signifie en gi'ec surprendre , parce qu'èai -effet ses accès surviennent très-souvent subitement sans être annoncés par aucuns symptômes précurseurs, lors même que le malade paraît jouir de la meilleure santé. On l'a aussi appelée ma^ ht die sacrée ( fnorbus sacer) (i) , soit parce qu'on l'a con* sidérée comme une des plus grandes maladies que Ton connût , soit qu'elle fdt tellement différente des autres , par ses causes , ses symptômes et son traitement , qu'elle était audessus de toute intelligence humaine y d'où on a cru qu'elle provenait des démons plus particulièrement que les autres (2), leslnalades d'ailleurs paraissant possédés du démon. Platon l'appelait morbus dwinus parce qu'elle attaquait , disait-il , la partie divine de l'âme ; mais Hippocrate s'est récrié contre ce nom. On l'a aussi quelquefois appelée morbus CO'^ . mitialis (3) ou des comices. Le peuple la nomme quelquefois parmi nous , le mal de Saint-Jean , peut-être parce que le jour où l'Église fête ce saint est ordinairement l'un des plus chauds de l'année , vers le temps des moissons et où les accès d'épilepsie sont très-communs. On pourrait de

(i) Uippocrates , de morbo sacro. Ce père de la médecine Ta nommée ainsi, ob.morhi magnitudinem ; et il Va considérée comme une vraie maladie dont le traitement est très - obscur et qui devrait être traitée par les plus habiles médecins. Ou peut voir ce que Baillou a dit à ce sujet après Chartier f commentateur iV Hippocrate , t. i, chap. 3, p. ,

(1) Arétée disait que pendant leurs accès les épîleptiques paraissent

être tourmentés par le démon, Quoniam demone , correptus esse vidoatur

( Epilepticus ) j ( de EpUepsia , id est de morbo comitiali ) ( de morhiê

diuturnis , lib» , i , caput iv, pag. a8j et dans son Traité de Morho

sacro,

(3) Morbus comitialis. Cette maladie étant d^un mauvais présage,

es assemblées étaient rompues et renvoyées k un autre jour lorsque

Iquelqu^un de ses membres était atteint d'un accès d'épilepsie. ( Baillou ,

t. I, pag. 29, d'après Pline et autres auteurs qu'il avait bien lus et

médités. )

ET DE SES DIFFÉRENCES AVEC d' AUTRES MALADIES. Il5

même Tappeler la Maladie de Mahomet , car ce prétendu prophète y était sujet (i).

Les médecins grecs ont quelquefois appelé l'épilepsie la maladie d'Hercule ( morbus Herculeus ) , soit qu'ils fussent dans l'opinion c^ Hercule y était sujets soit qu'ils crussent qu'elle survenait fréquemment aux personnes de la plus forte constitution , comme cela a lieu en effet \. ou encore parce que dans cette maladie let^convulsions sont si violentes^ quelquefois même , chez les personnes les plus faibles , et les enfans (2) , que les sujets les plus forts ne peuvent les contenir ; et qu'on ne peut non plus suspendre leurs accès , ni les tempérer par aucun remède interne , ni externe , ce qui n'est malheureusement que trop vrai. Aulu^Gele a appelé l'épilepsie morbus sonticus , par rapport à son atrocité. ( yartr-Swiéten y dL^hor, i07i.)(3)i

L'épilepsie a reçu le nom d^j4nalepsia par les Arabes,

- par Jean de Gaddesden (4) , et par Lazare-Rivière (5). On

l'a aussi nommée la maladie des enfans , morbus puerilisy

JEclampsia (6) , ou bien encore mater puerorum (Schnei-

(i) On a dit aussi que /. César y Charles- Quinte et en dernier lieu Suonaparte et autres grands guerriers avaient eu des accès d^épilepsie.

(^) Kidicertèy dit f^an-Swiéten f comment, in Boerh. aph. 1071 ) , quatuor viros rohustissimos vix continere potuisse teneram virginetu^ tentpore irtsulttU epilepticim «

(3) Idem quod verus magnus dicitur de morbo qui > quid agendum^

agere non permittit, (Castelli Lexic.) Cependant > selon P^anr

Swiéten , un épileptique peut nuire, vim grai^iter nocendi habens , ( Vam- Swi^TBN , aph. 1071* J

(^) EpUepsia quq? provenit a stomacho , par Jean de Gaddesden , dans MO ouvrage De Rosa Anglica. Cet auteur était médecin du fils d'Edouard II, roi d'Angleterre^ qui vivait vers le milieu du douzième siècle. Il est ordinairement cité comme Puu de ceux qui a tiré le plus grand parti du charlatam'sme pour faire fortune. Voyez notre Histoire de VA^ natomie f tom. i , pag. a 16.

(5) Je ne suis pas étonné que Lazare-Rivière ait adopté la dénomination ^Analepsia , d'après les Arabes , qui avaient ainsi appelé celte maladie, provenant souvent de l'estomac. La plupart des plus anciens médecins de la Faculté de Montpellier ont suivi pendant long-temps la médecine des Arabes , qui avaient fondé celle Faculté en laao, avant celle de Pkris. Voyez Astruc, Histoire delà Faculté de Montpellier , p. 20. Note.

(6; JYec iterato reuertens, Burserius, de Epileps. , cap. viii , pars al"

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