‹ Observations sur la nature et le traitement de l'épilepsieChapitre 20 sur 37 · SECTION V · texte numérisé non relu

SECTION V

Causes 4^ VÉpilepsie*

U y a longtemps qu'on a dit , et nous l'avons répété nousmême (i) y que pour connaître les causes du délire il faudrait cv&naltre celles de la raison ; que pour connaître les causes de l'oubli il fendrait connaître celW de la mémoire ; enfiii que pour connaître celles des convulsions il faudrait connaitre celles aussi qui donnent la sensibilité aux nerfs et rir^^ ritabilité et la contractilité aux muscles, ûr , comme' nous n'avons pas de telles connaissances et que nous ne les aurons probablement jamais , nous ne pourrons non plus, en aucune manière, expliquer la cause immédiate ou prochaine des Isymptomes qui constituent l'épilepsie , tels que le délire , la perte de connaissance etlesconifulsions»

Nous nous contenterons de dire sur ce sujet qu'ainsi qu'on a admis deux sortes de siège de l'épilepsie , l'un idiopa^ Hdque ou dans le cerveau, et l'autre sympathique ou dans la plupart des autres parties du corps douées de sensibilité, abâl'on a admis deux genres de causes, dont les unes affectent immédiatement le cerveau , qu'on a appelées idiopathiques QVi prochaines, et les autres , très-nombreuses , qui ne l'affectent que médiatement par le moyen des nerfs , et qu'on a nommées sympathiques, médiates , secondaires.

çûent par des douleurs au pouce de la main droite et étaient causés par undorilioa dont M. Leduc, Pun de mes disciples fit Pcxtraction avec un tel succès que la malade guérit* (i) PrécU de Chirurgie , a vol. in-8, 1778.

l86 DU CARACTERE D£ L KPiLEPStE

AiiT^ç^3E.I'''j J)^ laçaifjif.Mnmédii^ pu ptvchain^.

La cause immédiate ou iiiiopâthiqu^ dç l!épUep6Îe c[u'oa a aussi appelée " efficiente ou prochaine ( i ) ^ . réside toujours dans le cerveau, avec lequel on comprend le cervelet , la moelle allongée , la moelle ^^pipière , . et les nerfs qui n'en sont qu'une continuation daiisle plus grand nombre des parties du corps. Tout paraît prouver que cette cause affecte la substance méduUaire^^ )lu cerveau /> et particulièrement celle de la moelle-allongée (2) , laquelle , comme on sait , est preaqu'eçûèreifient iqr^^fi ^e.ceixe ^wi»^s«t4id>ML|ice et G^ilp. dé toutes Içs pa^j^ fiu> /corps. U fk^»\ sn^^^fiiA^y . : : m

Quant au, mode d'agir de la.cau£;e «iq^imédiA^ qw.pr€4iiit l'épilepsie, on l'ignore plefQ^nent fpioi^fs .9I1 figti0V0 ceite d'autrçjs malcLdies : çaum,4qn^am.4[uiuê^fiPQ^im^^:punPr gyi^n^cadit in permis i c'^^t c^ ,qufa<i^dit kspatliplpgîffBefi^ ^auyçffç^. ^Mftovi^ d^jçts,^ No^logip, ëa effip^ Vépileprfjs pe*t i^^l(]^uefoi$.pxister 39.US apparence d'une ouide plufieui» aV j^^afums fnorbide^ dans le cerveau (3-) difm qucdanslei parr tii^s ^vep lesquelles cet qrgaae est en oi^tx^9f0^à§j^ d'sLOtion i^oyçwMUiit les nerfs (4). - . ï .

On peut en dire autant.de l'^pUçpsie bépéditidre idooi

■ liiili l'M I 1 II liif 1 I

' '{'i)''Ckusa f/rod:irHa^ pafôxtstiu tëmpore, in encephato hœret; causa nkr^ biccitant ^èpf^à^diàtcMèain viiis: muitîs éorfforts jfakibu£. Vàil- Sin^Ufi , afthor^; 1x174 » «I0 Biterhaave,

i%\ FAnrSwi^éUM VkHM a-t-il pasArop f^at^eifil te ^îé^edaiis U ombEb alloD^^e celte maladif consistant dans les CQnvMlsioue , U délire et lapeite de connaissance ? Je ser^fe tenté de croire que trois dififérentcs |>artie8 du cerveau, peut être, dans lé' reste dé la substance médi^llaire plus 6u 'moiqs •approckées, sont'blorsr nworbtdement aiTectées. Mâts font-eUés portion de la moelle allongée ?

(3) On ne peut pas toujours la reGonuaitre dsyasle cerveau j. cet .gr|^e étant quelquefois sans aucune lésion apparente. WiLLis^/^ati^o/. cerehriy eap. iT. '

(4) ThAfnas faillis est un des premiers qui ait ^ dyprèsdeâ reçfaerdies anatomiques , admis celte doctrine {patfioi. cerebrij fcâp. «v), qtiî a été depuis confirmée par d^antrcfs autopsies. Ployez ci-dessus^ lasecf. iv, des ouvertures des corps.

ET UE SES DIEl'KIlENf.ES AVEC d'aDTIïES *I\1,AD[ES. 187

DOUsparleTci>ispli]sbas,etdaDS \a.que\[e la dialkhe morhiAe existe curtaiuemeii t , quoique cependant on n'ait pu en reconnailre , je ne dis pas seulement la natui'u, inaisiiième ]'exislenre . par attcune alt^i'atioii du cerveau, ni dans d'autres parties du corps, iionobslitnl les l'c cherches des anatomistes qui Mit eu reours aux moyens les plus industrieux pour la découvrir, sans cependant pouvoir y i-dussir.

Toutefois ies médecins n'eu sont pas restés moins eonvaincus que i'^pilcpiie résidait toujours dans le- cerveau, UMtsid(!rant d'une part que , chei le plu» grand nombre d!^pi|cplk|ues , 011 avait recotinii dans cet organe des désorgftmsatioQH nombreuses, et que s'il arrivait quelquefois qu'on ne les reconnût pas, c'était par rappoit à lerir ténuité et trilte de Moyens de pouvoir les distinguer ; nu a dû croire ^'Me maladie dont les synipt6m«a sont le délire , la perte ÎSsentimem et àa cnnuaiRsance, ne pouvait résider end'autre hm^a'dftni le cerwau, mënie lorsqu'on ne pouvait re- (MmtAtre dans cet organe aucune désorg^inisatioir. ' •> Ob "peut cependant, dit Ttssçl, pressentir l'exrstenee de fat iispDàtion à l'épilepsie ;'['. d^iprèsiesinoladies des pères H nijnres ^ili se transoiettent atix éïtfans ; car il en est dont la UHmnktiion n'est pas douteuse ;

a'. Si le père et la mère , ou l'un d'eux , ont été affectés du rice gcrophuleux , dartreux ou autres réputés héréditaires et capdiles de produire l'épilepsie ;

3% Si,ie père 041 la.rttèi*^ ont lépiiQ^vé tais événeiiMits qui ponrrftient causer l'^pilepïie *! ceuï même diez lesquels la di^sition à l'épilepsie n'aurait pas été reconnue ; car il n'est pas douteux q\ie cette maladie ne survienne par l'iatensité de telle ou telle cause à ceux j^émç qi^i ne seraiefit jdUWS attelaU d'épilepsiç s'il» en eussent été à l'aln'i ;

4'- On jiDurrait craindre qu'il n'y eût une disposition à l'épUepsîe des enfans s'ils avaient le crinc généraleruent mal conliormé ou dans quelqu'une de ses parties-, -

5". Si ces enfans avaient extérieurement d'autres vices qui pussent, en affectant le cerveau ou les nerfs, troubler leurs fonctions au point de causer l'épilepsie;

6". Enfin si la mère et l'enfant avaient éprouvé les mala-

l88 DU CARACTÈRE DE l'^UEPSIS

dies qui peuvent être conâdérées comme les causes déiermt' nantes de l'ëpilepsie. »

Voilà ce qu'on peut dire de moins éloigné de la vraissem:* klance sur la cause immédiate de Tépilepsie. En effet , si de telles circonstances se réunissaient chez un individu qui r^ (damerait mes conseils pour une épilepsie qu'il craindrait d'éprouver plus ou moins vite , surtout s'il existait en lui qaet que conformation vicieuse et quelque maladie cérébrale ou nerveuse , ne devrais-je pas le considérer comme menacé d'une épilepsie plus ou moins imminente et lui prescrire nn traitement relatif à la cause immédiate ou médiate que je croirais dominer en lui ? Je ne balancerais pas à lui conseiller quelque traitement préservatif approprié ; je puis même dire que je me suis plus d'une fois déterminé à le prescrire et qu'il a eu des succès , surtout chez des enfans issus de parens épilep* tiqu^^ par v^çe scropbuleux. J'ai combattu par des remèdes appippriésla cause imn^édiate prochaine que je croyais exister en eux sans toutefois me dissimuler que l'on voit Créquemmient des pères et mères épilisptiqu^s qui engendrent des enCams qui ne çont jamais affectés de cette maladie; mais s'il n'y a au* Clin danger pour Tenfant de faire le traitement préservatif d'une si affreuse maladie , pourquoi ne pas le conseiller ?

Article. II. Causes médiates»

Nous connaissons mieux les causes médiates de Fépilepsie ou celles qui sont éloignées , occasionelles, déterminantes (i) ,

(i) Causes déterminantes de Pépilepsîe reconnues cliez des femmes , à rhospîce de la Salpétrière , par MM. Bouchet et CazautneUhy ëlèyes de M. Esquirol (de V Épilepsie et de VAUénadon menude , peg. 76 ).

Frayeur 21 Dentition. i

Chagrins 10 Contiariëté* • • • i

Onanisme 3 Coupsàlatcte *••• i

Menstruation difficiles» • 3 Insolation artificielle- • • • i

Suite des couches* i Causes inconnues 26

Âge critique 2

On a observé que , parmi les épilepsîes dont les causes déterminantes

ET DE SES DIFF]£rENCE8 AVEC d'aVTBES MALADIES. tSiQ

sympathiques, que celles qui sont immédiates ou idiopathiques;

J'ai réduit les causes médiates aux suivantes :

i*'. L'excès de sensibilité et d'irritabilité ; (A) sans indice ap^ parent d'aucune lésion organique ; (B) les vives douleurs, les crampes; (G) les piqûres, les plaies , les ulcères, les divers corps étrangers introduits en différentes parties du corps; (D) les altérations douloureuses des organes des sens.

ft**. La pléthore sanguine ; Tinflammation du cerveau et des autres organes; les pléthores différentes de celle du sang;' les gaz ; la sérosité; Feau ; la corpulence ; l'obésité; Tingur- ^tation , ou excès d'alimens ; les corps étrangers avalés ; les vomitifs et purgatifs trop violens ; quelques poisons irritans.

3*. L'excès ou le défaut d'évacuations.

4*. L'extrême amaigrissement survenu après un embonpoint remarquable et une physconie ; des maladies du systëme biliaire.

5*. Les fièvres continues, rémittentes et intermittentes.

G*. Les fièvres exa^nthématiques ou celles avec des éruptions à la peau.

7^. Les cachexies ou les vices divers; les intumescences gazeuses; les infiltrations séreuses; le vice catarrhal , bilieux ; l'infiltration de l'urine ; les vices vénérien , scrofuleux , herpétique^ psorique, rachitique, rhumatismal, arthritique, scorbutique.

8®. Les affections mélancoliques et hystériques ainsi que les diverses maladies mentales.

9*. L'hydrophobie et la rage.

Tel est l'exposé des principales différences de l'épilepsie d'après les causes médiates qu'on connaît le mieux et que nous avons cru pour cette raison devoir admettre pour nous guider dans notre clinique , comme Font fait de grands me-

étaient incoiinaes, il y eu avait dans lesquelles on reconnaissait des caases prëdii^santes on héréditaires.

igO DU V.ABA'CT^.RE de L'iÉPltEPStE

decin^praiUieaii ( i ) , eu ka eomûdérant en «ulant d'avtk^kis^ tant pour en faciliter le diagnostic et le pronostic , que' pour pouvoir Odieux prescrire les remèdes convenables.

Nous lie l'épondons pas.toatèfbis que ces séries d'épUepsi^ soient, dans cet exposé, à leur vér^ble place, ^uelquef unes pouvant être avant ou après telles ou telles autres^ dupfH»* vant être rapprochées ou éloignées, quelquefois biîânie' iiÈ^ confondues avec quelqu'une d'elles que nous amioxis ]^u distinguer; mais un tel travail demandait des Inmièret tfat nous n'avons pas. Toutefois nous le donnons tel qu^il nourâ conduit dans notre pratique (2).

I. De VÉpilepsie par eôticès de sensibilité et d*iiy ritabilité ^ ,

(A) Sans indice apparent (i) d* aucune lésion or^ ganique ni vice des humeurs.

(6) De celle qui se réunit ou qui succède à de vives douleurs •

(C) Par V effet des piqûres, des plaies , des ulcères^

ou par div^ers corps étrangers.

(D) Par des altérations douloureuses dans les or» ganes des sens,

On ne peut pas mieux déterminer les divers degrés de sensibilité du cerveau , de la moelle-épinière et des nerfs , que ceux de l'irritabilité des muscles qui lui e^t subot'dQnné««On sait seulement que toutes les parties du corp$ sont plw3 ou

(1) ladicationem Curatoriam dehere erui ex causa morbi cognilione» (Van-Swiéten, inBoerli. aphor., 1079.)

(2) J^aî craint , en le restreignant , de confondre des espèces d^épilepsies qui devaient être distinguées par le traitement.

(3) Nous disons sans indice apparent d'aucuno lésion organitfum ni vice

ET DE SES DIFTÉRENCES AVEC b*AUTRE$ MALADIES. îgi

iDoîiis sensible»» selon le nombre et la nature des beorfs «{U'elles reçoivent , et que parmi les muscles , l^s uns sont ptus irri«^ tables q«^ ks autres^ le ccenr, l'estomac, les inté^inSi là tuatrice Tétant en général bien {dus que les autres organes mttSf cnlairas.

Tant que la sensibilité des ner6 et l'irritabilité des ttiuScles sont dans l'état naturel, les organes qui en sont pèùrviur jouissent de touts la {dénitiide de leurs fonctions ; mais ^i'éllès eiLoèdent, si eUesdé&illent ou si elles sont viciées, les fonctions des parties dans lesquelles les nerft se répandent sont trop ac-» tivesou trop affaiblies, ou même aussi elles peuvent être détélîprées dans la nature«de leurs fonctions. Il est certain y quant à répilepsie» qu'elle a existé chex des individus ou Ton né pou^ Tait reeôimaitre qu'un excès de sensibilité dans l'encéphale et dans le système nerveux , sans aucune lésion organique pro** noacée» souvent avec surcroît d'irtitabililé dans lés muscles en général y à l'exception de quelques-uns qui -étaient quelqaefoi$ dant on véritable état de paralysie , tandis que les autres muscles étaient affectés de convulsions où en étaient sosoeptibles (i).

Quoiqu'il en soit, il est certain que de vraies épilepsies existent sans autre cause apparente qu'un excès de sensibilité. Elles ont été observées par d'habiles médecins , d'abord dics des enfans pins ou moins jeunes, même en naissant ( £/727ep. neophitorum y Sauvages); chez ceux qui sont doués d'une constitution grêle , délicate, le plus souvent maigres ; ceux enfin dont la sensibilité est extrême , et qui ont Fesprit vif, comme Baillou l'a d'abord remarqué, et après lui TVillis , JVhj-tt ^ et autres grands médecins. Ils ont aussi compris dans ce genre d'épilepsie celle qu'éprouvent souvent les hommes mélancoliques^ les femmes hystériques

.[■I II 1 1 1 ■ Il II II--- --, -.- — - - - - ■ ^

deihumeurs sans cependant cr(âre que la diversité des tempéramensoVs prorienoe quelquefois sans en pouvoir reconnaître la cause , quoiqu'il ne soit pas douteux qu'il y en a une réelle , et que si Ton ne la conuaitfNis , e'*cst parce que souvent éXe n'est pas assez bien caractérisée pour que le médecin paisse la prendre ea considération en traitant son malade, (i) Voyez à ce sujet VAnat, med, ,t. iv j p. i34>

10^ I>n CARACTèRE DC t'jÊPaSPSIB

et aatr68 personnes dont le cerveau et les ner£i sont trop sensibles et les muscles trop irritables (i).

Cest parmi ces épilepsies que doivent être comprises celles qui surviennent aux personnes qui éprouvent ^ avant Tac^ cèS| de très -vives douleiprs, quelle qu'en soit la cause; car la plus légère peut produire Fépilepsie chez de sujets : tels sont le froid et le chaud qui se su( ment ,ou avec plus ou moins de violence (2).

Ceux donc qui sont atteints de cette espèce d'épileprie sont généralement très-sensibles et très-irritables ^ même hors le temps des accès ; la moindre stimulation les affecte grièvement ; tandis que d'autres personnes d'une constitution ordinaire et dans l'état de santé, la supporteraient facilement sans être malades d'une manière notable , phynquement ou moralement.

Quant aux causes secondaires de cet excès de sensAiliié et d'irritabilité j elles sont très-nombreuses ; on peut y oonifprendre presque toutes celles qui produisent les diverses épilepsies et autres xnaladies convulnves.

Le siège immédiat de cette espèce d'épilepsie nous parak résider dans la substance médullaire de l'encéphale et des nerb dont la sensibilité excède Tétat ordinaire (3).

La nature a donné aux honmies une portion de sensibilité et d'irritabilité suffisante et convenable pour leurs fonctions.

(i) On distÎDgae communément , dit Odier ( Man» de tned» prat. » p. 184 ) 9 les épilepsies qui ne proYÎennent que d'un encès d^irriiabUUé de celles qui dépendent de quelque affection organique.

(3) Exfrigore et humiditate sœpè morbuê ortum duciu Bnnerios , de nen*, dut. et rigore^ cap. tiii, p. 5a.

(3) Selon Saxonia^ Tépilepsie est une suite fréquente de irritation de la membrane de Tintérieur des ventricules du cerroau^ étant souvent stimulée par Teau chargée de la bile qu'elle contient, Nous ne pouvons garantir une pareille assertion, étant trop générale. Selon* Sennert et tons les nombreux médecins qui ont suivi sa doctrine, la cause de Tépilepsie est une irritation de la faculté motrice qui , quoique libre à d'autres égards , force cependant , par son excès , le malade d'agir dans un sens contraire à sa volonté: contra nutum agere eogitur. Sauvages, 2Yos, meth,^ t. 11, p. 58o; mais n eelte volonté existe, elle doit être bien mobile et troublée.

ET DE SES DIFFÉBENCPS AVEC d'auTHES MALADIES, Ig'î

Est-«Ile trop augmentée par quelques causes souvent iacoonnes, les sensations s'pxaltcnt, d«s convulsious toniques ou doniques avec perte de connaissance surviennent , et souvent l'^pilepsîe a lieu ; c'est ce qui est positif. Or, comme ces deux propriétés del'encéphale et desnerfssout plus grandes cbezles jeunes sujets que chei ceux qui sont plus âgés , les épilepsies par excès de seusibdité et celles par excès d'irritabilité sont plus communes clicz les énfans que chez les adultes , et chez ceux-ci plus que chez les vieilles personnes , cliez les femmes plus que chei les lioinmes , comme Haller et autres grands phyûologistes l'ont souvent dit , et comme uous-mème l'a-

ITOos répété, b Jeue suis pas étonné, d'après cela , que les médecins aient ■n on plus grand nombre d'enfans épîleptlques que de per- ■Éimes plus âgées, de feuunes plus que d'hommes; on eu •ara nue preuve particulière en lisant l'intéressant ouvrage tar l'épilepsie de M. Maisonneuve (i).

Les résultats des observations rapportées par ce médecin et par d'autres auteurs encore , qui confirment l'exbtence des ^pilepsies par excès de sensibilité, sont connus. Nous pourrions dire avoir vu aussi des personnes de tout âge, des Jetnmesplus que d'hommes, affectées d'une épilepsie que l'on ne pouvait rapporter qu'à cette seule cause , sans toutefois souvent en connaiti'e la raison , quelquefois même chez des hommes dont les apparences d'une forte constitution paraissaient en éloigner toute idée (?,).

lùûs ne suflil-il pas que son existence soit démontrée pai des lignes non équivoques, d'après ses effets bien reconnus , pour la soumettre au traitement le mieux éprouvé, afin , du

(i) ■ Le Itmiiéraracat et le seso , dit TUiot , varieut aussi beaacoup

aptitude à l'épiCepsie. Ily a,(liC-it encore , iJei petsaunes robuste s dont

^^gfiure aerltax n'a aucune mobililé et ne s'ullère poiat par lea impres-

^Doa, dont les muscles, furaies et deusea , no ïonb presque pas conïuîsifs

d! MiUeptible) de cette cruelle maladie , i moins que quelqnea causes mi-

4anTiTif* n« fassent une irritation sur leur cerveau mérae , comme dans les

où une plaie i la lêle jette dans les accès d'épilepaie le grenadiei' lo

linlrjpido Tuiot, de rËpUepiie , art. ii.

(4) Quoiqui Quarin uîl dit l« contraire , I. 3, p. i5.

|g.| * ' DU CARACTÈRE DE l'i'.PILEPSIE

moins , d'en prévenir les suites , en atténuant ou méiae en détruisant^ autant que possible , l'excès de sensibilité <pû existe par les moyens que la médecine peut fournir , et cela n'a pas toujours été sans succès. J'en pourrais citer d'J^eureux exemples chez des en fans y et encore chez des personnes |ifais âgées , des femmes particulièrement d'un tempérament excessivement sensible , d'une constitution grêle , dormant pc9U et avec des rêves, des agitations spasmodiques, sujettes à des éternuemens fréqnens , douées d'une vivacité extrême, tant pour le physique que pour le moral, quelque»»unes étant ' issues de parens épileptiques , et ne Tétant elles-mêmes pas ■ devenues par un bon traitement et un bon régime.

Mais s'il y a des malades atteints d'une vraie épilepôe avec des accès réguliers ou irréguliers , par un excès de sensibilité dans le système nerveux et d'irritabilité dans les muscles-, il y en a d'autres chez lesquels cet excès paraît exister plus particulièrement dans telle ou telle partie du corps, le plus souvent dans le cerveau et le« perfs, et par suite dans les organes de nos sensations , quelquefois dans l'un d'eux particuHèorement , avec prédominance sur les autres. Les auteurs en cmt rapporté des exemples divers, concernant l'excès de sensibilité et d'irritabilité des yeux , des oreilles, du système dentemne , du cœur , de l'estomac , des intestins , des reins , de la vessie , de la matrice surtout, etc.

C'est par une espèce à' irradiation^ pour me. servir de l'expression de M. Maisonneuve {\) , de toutes ces parties sur le cerveau , que Tépilepsie est alors produite , sans toutefois nier que très-souvent l'origine de cet excès de sensibilité d'un organe sur les autres ne puissie provenir elle-même .du cerveau , de Ja moelle épinière , ou dej> nerfs eux-mêmes qui se rendent à l'organe dont la sensibilité paraît dominer (2). Nous avouons que la connaissance, de toutes, cps causer

(i) Voyez son ouvrage intitulé : MechercJuss et Obsert*atiôns sur l'Épi" lepsie^ pfig. 106 £t siiiv. .

{1) CVst ce ^ui a pu quelquefois ÎDcluire ep erreur sur le si^ge prîlîlif do l'êpilepsie clans les parties extérieures du corpS', quoiqu^ii .existât

miti

prioiâhvement dans le cerveau.

ET DE SES DIFFÉRENCES AVEC D* AUTRES MALADIES. ï'ûS

partieutières de l'épilepsie sont si obscures, qu'il est plus frùy dent de se contenter d'en admettre les principes généraux et Lien reconnus, que de vouloir lesexpliquer , surtout pour eh dér duire quelques conséquences utiles à laxrlinique , ou du moins •d'agir après les résultats de cette théoriie. Bornons-nous aux «x{4ication$ les plus immédiates^ et^Acoiie le moins possible ^ de -peur de nous égaler : il faut toujours craindre de Iss émettre et savoir que , plus d'une fois ,. on a rectifié la pJby* sîplogie. par les résultats de la. pratique médicale. .

Traitement. i

. Il' faut .d'abord cbnsidérer si l'état du pouls chez répilep* Cique pour lequel on est consulté, et autres circonstance}^ i D*indlqueraient pas la nécessité d'une saignée par la lancettç OH pài* les saingsues. C'est ce qui a souvent lieu chez les jeunes individus, surtout ceux qui étaient sujets à des béraorrhagieg 4n âez , et qui ne les éprouvent plus ; les filles déjà réglées , qui ne le sont que peu ou point du tout, ainsi que les femmes qui ont cessé t:rop tàt de l'être. La saignée peut ^uh corecon venir aux personnes de l'up pu.'de Vautre sexe qui élAÎent' jettes i' un flux hémorrhoidal qui A'exi^ phia u e)t qui- éprouvent des^ céphalalgies , deis spf^sip^ i'ou da légèines coi^vt^a^ns avec d'au très syiaptômes d'affe/eVon spasmpdique. Ces causes et autres qu'on ne peut énumérer peuvent donner lieu à la pléthore sanguine , qui dçit être prise en consi- ' dération pour se décider à prescrire la saignée avant de ooi^r seiller aucun remède. Quielquefois même elle peut suffit)^ seule pouT diminuer l'excès de sensibilité, et d'irritabilité qui existe, et ei^pècher un accès épileptique de: Survenir.

Après la saignée on prescrit , pendant plus ou moins de temps , lea boissons relâchantes et anodines le matin à jeun,, telles qu'une ou doux tasses de bouillon de veau avec qiuelrques herbes potagères, ou de petit^lait bien clarifié ,5cul ou édnlcoré avec du sirop de violettes, de chèvre -^feuiUie', de pivoine , etc. , sans négUger de tenir le ventre libre par des lavemcns éniolliens, surtout s'il y a de la constipation , conune cela a Ueu . alors fréquemment^ et aussi lorsque

ig6 DT7 CARACTÈRE DE l'iSpILEPSIE

chez de pareils malades te bas^ventre est plus ou moins don-» ïoureusement tuméfié avec des borborygmes, ou même tenda et disposé à une inflammation obscure, si elle n'est déjà comrmencée*

On prescrit un bain tiède presque tous les jours , ou , dans l'intervalle , des pédiluves le matin et quelquefois le soir ; le grand bain même, préférablement avant de se coucher, peut disposer au sommeil. J'ai utilement conseillé de faire usage, dans la journée , des infusions anti -^ spasmodiques théiformes de fleurs de tilleul , de muguet , de primevère , de pensée sauvage, de caille -lait jaune , de pivoine mâle, de coquelicot, de feuilles d'oranger, édulcorées avec du sirop de chèvre-feuille , de stœchas , ou autre analogue. J'ai aussi £ait prendre, dans ces infusions ou dans quelques juleps anti-spa^ modiques , ou séparément , des poudres ou des extraits de valériane sauvage , de la poudre tempérante de Stahl , du quinquina , etc.

Après un pareil traitement plus ou moins prolongé , je mettais ces malades à l'usage des bouillons de grenouille ou à celui du lait d'ânesse, et, pour le seconder , je conseillais un régime analogue, adoucissant et anodin. J'appelle anodin tout ce qui calme et diminue la sensibilité et l'irritation ^ et par suite l'insonmie , ce q]ae l'opium ne fait pas toujours^ surtout en pareil cas. Quelques auteurs n'en onlr-ilspas abusé, sans en exempter Bursenus ( i ) ?

Cependant si les caïmans non opiacés ne réussissaient pas ^ il faudrait bien recourir à l'opium , pour le soir surtout, si des insomnies se manifestaient avec des accès épileptiques plus ou moins forts , ce qui n'est pas rare ; il faudrait aupara^* vant prescrire les plus doux parégoriques ^ d'abord sans opium , tels que les émulsions et les eaux de laitue, de cerises noires ; une ou deux pilules de deux ou trois grains de camphre , d'assa-fœtida et de nitre ; ou une autre pilule «vec deux ou trois grains d'extrait de jusquiame. Je préfère , en général , la jusquiame à l'opium lorsque je reconnais plus ou moins de pléthore sanguine ; mais il faut la prescrire à plus

(i) DeEpilepsiaf cap. yiix^ p. i56, 167.

^M £T DE SES DIFFÉREKCES AVEC d'aUTHRS MALADIES. IQJ

^B^Ute dose que l'opium pour en retiicr le incinesvantaKe. ^HSuu) une pamlle raison, je donne la préférence à l'opium (i). ^ J'ai encore quelquefois prescrit, pour la journée , l'assafœtida. jusqu'à la dose d'un demi-gros , d'un gros même par jour, seul, ou pris sous forme de petites pilules ou même téuni au cainplire. J'ai aussi fait pi-endre le musc à la dose de deux Âijix grains, uoe ou deux fois dans la journée, mais seulement lorsqu'il n'y avait pas des signes de plétlioi-e , ce médicament m'ayant paru alors plutôt nuisible qu'utile.

C'est après un pareil traitement, plus ou moins de temps tontinué et soutenu d'un régime convenable , que les malades usaient, aux repas, d'une teinture aqueuse de bon quin-i ioa , avec très-peu de vin de Bordeaux ou autre vin rouga is trop écbauil'ant. Cesmoyens étaient secondés par de doux Hercices à pied ou en voiture , relatifs aux forces phy^ques K morales ; c'est enfin après un pareil traitement que nous u de violées accès d'épdepsie par excès de sensibilité , 1 autre cause apparente, diminuer d'intensité, de iré- , de longueur, et enfin qu'ils ont fini par disparaître ; taudis que cher d'autres épilepliques du même genre , qu'on voulu traiter par des écbauffans réputés anti-spasmodiques, ■•n par d'autres remèdes plus ou moins excitans , par les ~ttti-épileptiques ainsi nommés , on a plus fait de mal que de

Qu'on juge après cela de ce qu'on peut attendre des vomifeet des purgatifs violensprescrits en pareille occurrence (5).

(l) H. Maiioaaeui'e rapporte quelques faita Tavorables à l'action <le IVqHuntdBDsI't'pilqisieBpasiiioiliquc (p3g> SG, note) , entr'aulrca uns obr •tmlion ial^roHsaatE de M. Frcteau, liabilc m^deciD de Nanles, sur •uw £pi1epiie connèe guérie par l'opium , ilélermiii^c peut-f Cre par l'âgç de poberlë ( p. G5 ). Noua pourrions citer d'aulres faits cd faveur de l'o- ^QlB dans PépiUpEtc apasmodique , nuiB tonjoura eu prcnsut lei prétMttioiu requises pour lu prescrire.

(a) IVoauo prajudicio epUeplicis indUcrimùmlim remédia roborantta, txtUtaitia propinantur ; lentibiliorei h motcha camphora athere viîriob el o/li* nervinU lapi in deteriits muni imo in languineU, et Utit qui tub

Ï-^ytmolividumfaàiiicolorembabBniciuiuapopUctieui intullut imjui net. Qniiin, t. ii.p. a?- [3} Tti vu lie trcs-facbcux effets dci vomilid eu Général «inii que du

198 DU CARACTÈRE DE l'iiPILEPSIE

J'ajouterai seulement à cet article, que j'ai soutekiu la doctriue que je viens d'admettre dans une consultation où je me suis trouvé avec quelques médecins de Pans , parmi lesquels était Desessarts ^smsujet à' nue jeune demoiselle âgée de douze ans, extrêmement maigre, et d'une sensibilité et im* tabilité extrêmes. Elle avait eu plusieurs accès d'épilepàe bien caractérisa, sans aucune autre cause .reconnue qu'une extrême sensibilité. Je lui avais faut suivre opiniâtrement, pendant plusieurs mois , le traitement adoucissant , humeotajit et anodin dont je viens de piarler , surtout beaucoup de bains tièdes. Les accès étant devenus j^us rares, plus courts et moins violens , je fus d'avis que Ton continuât encore ce traitement avant d'en prescrire un autre d'après des indications plutôt supposées que bien réelles. Mon confrèie Desessarts proposa un cautère au bras , en ajoutant , d'un ton ironique : « J'espère que ce remède, qui n'est pas excitant , V pourra, par l'évacuation qu'il procurera , diminuer Vdcre' *» qui domine chez notre jeune malade , et peut-être la guérir 9 ainsi de sa maladie , car j'ai obtenu plusieurs bons effets » des cautères en pareils cas. » Je fus de son avis ; le cautère fut étabU , en même temps que l'on continua le traitement que j'avais prescrit environ deux mois, après lesquels les accès diminuèrent et s'éloignèrent de plus en plus , de telle sorte , qu'au lieu de survenir toutes les semaines et plusieurs fais, ils ne se noanifestèrent que tous les mois , et furent même très-légers. Le cours des règles se rétablit , et les accès d'épilepsie disparurent complètement.

J'ai depuis cette époque , plus que je ne l'avais fait auparavant , utilement conseillé , dans les affections convulsives^ d'étaBlir un cautère au bras ou ailleurs , en même temps que l'on continuait l'usage des anti - spasmodiques plutôt rafraîchissant qu'échaufians , et j'en ai obtenu d'heureux effets.

nitrate d'argent , ordonné par un médeoin de Genève à un malade trèsirritable* Morgagni a £ait remarquer , après Cadiu$'Aurelianu9 ( de morb» chron. ), que les vomitifs étaient dangereux dans la plupart des épilepsies, surtout lorsqu'il y avait une irritation dominante (Morgagni, dç lepileptia , epist. iz , art. 7 }.

ET DE SES DIFFÉRENCES AVEC d'aUTRES MALADIES. igi).

J'ai été consulté , pour un enfant âgé de quatre ans, appartenant à. une dame des environs de Gaen , âgée de vingt-trois ajis, d'une constitution trè^nlélicate et très-sensihle ^ dont le maii, âgé de vingt-cinq ans, était aussi d'une constitution ùéle et très - sensible. Cet enfant avait éprouvé de fortes convulsions pendant sa première dentition , plusieurs fois rapprochées, avec perte de connaissance. Il parut s'être rétabli après la dentition , lorsqu'on observa qu'après la plus légère agitation^ physique ou morale, il éprouvait, pendant plus ou moins. de temps, une très-fadble convulsion clonique vers les ifuiscles de la face , d'abord avec un léger trouble dans les i^ees , et bientôt avec perte de connaissance totale , mais instantanée. La mère crut devoir m'envoyer, à cet effet, un exposé de la maladie de son enfant , rédigé par M. Chibourgj babile médecin , qui l'avait soigné , et lui avait fait prendre divers anti-spasmodiques éprouvés contre l'épilepsie. Je conseillai un cautère au bras , et un fréquent usage des bains dolaestiques seulement tièdcs; l'usage des boissons humectantes et rafraîchissantes ; ime cuillerée de sirop de quinquina à prendre une ou deux fois par jour ,, avec cinq à six gouttes de teinture de valériane sauvage. Ce traitement fut suivi d'un bon régime, eteutdes succès. J'appris dans la suite que l'enfant avait supporté la seconde dentition sans aucun accident,, et qu'il avait joui d'une bonne santé, sans éprouver aucun symptôme d'épUepsie.

Le fils d'un négociant de la rue aux Ours , dont la mère ti' était âgée que de dix-huit ans, très-fluette, et excessivement irritable , vint au monde au terme de sept mois de grossesse. Cet enfant fut élevé ave<^une peine extrême , '^nt il était délicat. Cependant à force de bons soins et avec ^ne bonne nourrice il vécut , malgré sa constitution grêle , sensible et trhs^irritable» Il éprouva plusieurs mouvemens convulsifs que des bains et des boissons rafraîchissantes et relâchantes un peu anodines modérèrent d'abord et apaisèrent eniin ; l'enfant se rétablit. Sa vivacité était extrême , sa dentition fut orageuse , quelquefois avec des mouvemens convulsifs ; son intelligence parut précoce j il apprenait tout ce qu'on lui enseignait avec la plus grande facilité; son som-^

200 ' DIT CARACréRE DE L^ÉKLEPSIK ,

meil était entrecoupé par des rêves. On lui entendait «m*» vent répéter ce qu'il avait appris dans la journée ; parfois il mouvait violemment la mâchoire inférieure contre la • supérieure par la convulsion de ses muscles^ ce qui faisait qu'on entendait un grincement causé par le frottement des dents. On observa cliez ce jeune malade, vers Tàge de treize à quatorze ans , qu'il fronçait fréquemment et irrégu-r liëremeni la peau du front et celle des paupières, surtoutdàns ^ la supérieure gauche qu'il tenait parfois long-temps relevée s il avait aussi quelquefois une légère rétraction de la commi»> sure gauche des lèvres. On voulut le corriger de ces prétendues grimaces par de simples remontrances ; mais les monvemens véritablement convulsifs continuèrent ; faien plus , ils devinrent plus fréquens en même temps que le bras àa même côté éprouvait des convulsions involontaires. Bientôt à ces convulsions se joignirent la perte de connaissance ttè9<^ . subite et une chute précipitée ; enfin , cet enfant éprouva de vrais accès d^épilepsie ; d'abord légers et éloignés , mav qui devinrent plus intenses et plus fréquens. Ce jeune malade était très -maigre et très-sujet à une petite toux qui faisait craindre une phthisie pulmonaire. Le chirurgien i{(7ic— land y qui lui donnait des soins lui fit apposer des sangsues aux tempes deux ou trois fois à quelques distances ; il lui conseilla de fréquens pédiluves avec de la poudre de moutarde , et le purgea plusieurs fois ; des vésicatoires volans furent mis sur diverses parties du corps ; les anti-spasmodiques ordinaires furent prescrits , teLs que la valériane sauvage , le quinquina , le musc , le camphre , l'assa-fœtida ; mais ils ne produisirent aucun amendement dans les accès èpileptiquesi

Instruit de tous ces faits par l'exposé d'une consultation rédigée par M. Roulandy je crus, considérant l'âge du jeune liomme qui était celui de la puberté , i®. devoir encore conseiller l'application de quelques sangsues au cou , si les plus légers signes de pléthore existaient ; de continuer fréquemment les pédiluves simples ou avec addition de la poudre de moutarde , surtout après l'application des sangsues ; mais je m^opposai à l'usage des remèdes réputés anti-épileptiques ,

^r ET DE SES DTFrKflEKCES AVEC D'itTRES flrAlAOlES. 201

me paraissant trop echaull'ans. Je conseillai au contraire de faire boire nu jeune malade, tous les malins, un ou deux Terres de Louillon de grenouilles , ou celui de poulet avec de l'orge uiondé et quelques feuilles de poirée et de laitue j de prendre , dans la journée, deux ou trois tasses d'une infasion ttéiformc de Seurs de violette et de gallium luteuni , «dulcoree avec du sirop de chèvre— feuille ou de nymphœa.

• 3", Après ce traitement , prolongé pendant trois semaines â un mois , je conseillai de prendre , soir et matin , le lait

I d'ànesse , et dans la journée du lait de vache avec atjdition d'un peu de pain ou de riz , de vermicelle , de gruau , s'il «mil toutefois nécessaire pour soutenir les forces.

3°. En même temps je prescrivis , pour la journée , trois à quatre cuillerées à café de sirop de chèvre-feuille avec une pilule , d'abord de deux grains , composée d'extrait de laitue Tireuse , ensuite avec addition d'un ou deux grains d'extrait ii jusquiame , surtout si les accîdens spasmodiques conti-

4°> Je conseillai aussi l'usage de quelques demi - bains à peine tiède s.

5". Des lavemens avec une décoction de feuilles de mauve , âc laitue et de morelle , avec du beurre ou deux onces de miel violât , étaient quelquefois donnés pour tenir le ventre libre.

Ce traitement fut suivi pendant les quatre mois de l'été i8i 7 avec de si grands avantages , que les accidens épi- Kpiiqnes et cCux qui indiquaient un commencement de pUlhisie pulmonaire furent détruits , enfin que te jeune ma— 'ade fut rendu à la santé.

Nous pourrions citer d'autres exemples d'épilepsies par ficès de sensibilité et d'irritabilité , ou du moins dont nous n'avons connu d'autre cause chez ces malades et qui ont cependant été heureusement traitées par les mêmes remèdes, .Te doute pas que la clinique ne fournisse plus soiîvent qu'on croit des guérisons de convulsions souventépileptiques. Je ivoie l'article épilepsie par diverses acrimonies, reconnues ses de celle maladie , devant être quelquefois itée de la môme niauiùrt'.

libi

r pu

aoa DU CARACTÈHE DK i/kPIL£PSIF

No09 venons de dire que Vépilepsie était une suite fréquente de l'excès de sensibilité nerveuse et de l'm ilabilélé musculairei sansapparence d'aucune lésion morbide . Nous dirons à présent que des accès d'épilepsie sont sui*\eaus avec des douleurs (i) dans difiéientes | arties du corps , sans appa-> irenoe d'aucune lésion externe ou interne. Les auteurs en ont rapporté beaucoup d'exemples. Les douleurs à la tête , fréquentes , intenses et plus ou moins durables., paraissent être celles qui ont le plus souvent annoncé les accès d'épiiepsie ou du moins qui les ont précédés, et souvent accompagnés oa suivis.

En effet*, combien de foisn'a-t-ou pas vu les convulsiena, Fépilepsie eniin iHirvenir cbez des malades qui avaient éprouvé '. de vives et longues céphalalgies , ou autres douleurs en divers lieux du corps, plus ou moins intenses y quelquefois après des plaies ou même après leur avoir pratiqué quelque opé-« zation chirurgicale (2) ; chez les femmes , pendant les coib* ches ou à leur suite , après des luxations avec des douleurs extrêmes , ou lorsque le chirurgien se livrait à leur réduction , ainsi qu'à la suite ou pendant le traitement des frao* tures avec esquilles , etc

L'épilepsie est une suite fréquente , non-seulemont des céphalalgies violentes, mais encore des gastralgies , des coliques diverses, hépatiques, saturnines, etc. et d'autres douleurs résidant dans la substance du foie ou dans les canaux biliaires , pancréatiques, néphrétiques ; dans les uretères, dan» la ves" sie : enfin les douleurs peuvent exister dans toutes les- fibres du corps, nerveuses, musculaires, membraneuses et ligamenteuses ; elles peuvent aussi survenir dans les affections vhu^ matismales et goutteuses (3).

(i) EpUepsia à dalore, Delii,ame/iit. dec, 5. Sauvages, Nosol,^ das. v. Spasm, uiùt^er. clon'ic, de EpUepsia, 10 : h Jentitione. Ibid.

(a) Traumaiica, Sauvages. Ihitl. sj)ec. , i3 , après Bonct et Haller. Il y a peu de chirurgieus qui ne puissent en citer des exemples plos ou moins intëresssans.

(3) On trouvera dans lus ouvrages do SaUuages , de Tissai y et dans CjbIuî de Desporlcs , r-lc, plusieurs observations sur dos accès d'épilepûc survenus après de vives douleurs dans les diverses parties du corps.

ET DE ses .DIFFÉRENCES AVEC d'aUTRES .MALADTES. 2o5

Tom^.çiBê douleurs , trop vives et trop longues» peuvent e»fiii.ca«ser l'tfpilepsie, surtout s'il existe dans le cerveau quelque florte de diaihèse ou disposition à cette maladie. . On a cependant plusieurs fois observé que lorsque la douleur étai^ produite par quelque vice en diverses parties du corp9 , r«pilepsie cessait ou dioûnuait beaucoup ; sans doute parce qu'alors le vice affectait d'autant moins le cerveau y qa^ portait plus vivement son impression sur le lieu douloureux dans d'autres parties ;. d'où renaissait le calme dans le système cérébral; aussi a->t-on vu des accès formidables d'épîlepsie cesser alors. Et n'est-ce pas d'après un pareil résultat qufon a cru devoir exciter de la douleur en des parties diffélenies et éloignées du cerveau, par des vésicatoires, des synafètaneêf desmoxa, des sétons, etc.? Cependant, avant d'y avoir recours^ il faut bien considérer si la prescription des cabuans> mr le lieu où l'on croit que réside la cause de l'épilepsie , ne serait pas préférable aux violens irritans , ou si l'existence de la pléthore sanguine n'indiquerait pas la nécessité d'une lugnée préalable , laquelle pourrait être alors le remède le plus calmant ou du moins celui qui disposerait au succès des remèdes stimulans, s'il fallait ensuite les prescrire.

hkcrampe d'un ou de plusieurs muscles , subite , douloureuse I et plus ou moins durable , précède souvent les accès d'épilepsie , et elle peut résider dans toutes les parties muscolairei, de la tête , du tronc et des extrémités , de manière que le malade peut quelquefois les reconnaître et s'en ^aindre avant que l'accès survienne. Le médecin peut même l'eu convaincre à la vue , ou par le toucher ; les douleurs de crampes étant accompagnées de convulsions toniques ou doniques , pendant lesquelles ces muscles sont violemment contractés , tuméfiés , durcis ; les dpuleurs cessent ou reprennent quelquefois subitement. Toutefois les crampes i^'ont pas toujours lieu dans les mêmes muscles , changeant 'Apidement de siège , soit en montant , soit en descendant delà tête , et d'autres fois dans un sens contraire.

Il ne faut pas ignorer que les crampes des extrémités supérieures ont souvent leur cause dans la tête , le cou, la poitrine, tandis que celles des extrémités inférieures proviennent

204 OU CARACTÈRE DE l'ÉPILEPSIX

fréquemment des embarras ou de quelques congestioii» dam le bas-ventre. Les femmes grosses y sont très-sujettes. Les bydropisies ascites en sont aussi souvent précédées ou acoomp pagnées ; et quant aux accès épileptiqUes^ les crampes en sont souvent les avant-coureurs.

On en a quelquefois suspendu les suites ou les accès épikptiques même , par des onctions anodines huileuses et opiacées faites sur les muscles en convulsion , comme j'en ai va des exemples après Morgagnù

D'autres fois on y parvient aussi , suivant Burserius^ftathi lotion de la partie douloureuse , avec l'esprit de baies do genièvre , de l'eau thériacale , celle de la reine de Hongrie. ' On pourrait encore y réussir par la compression des nerfs ifoà vont se répandre dans les muscles dont la convulsion produit la crampe.

Mais si les crampes provenaient d'une lympbe acre , te» nace , irritant les muscles , les nerfs ou leurs enveloppes y vti non raro vidimus ^ dit le même auteur, alors il fisiiit.' prescrire les bains , les fomentations et les décoctions dei bois quT augmentent légèrement les excrétions , surtout les ' sueurs. Si la douleur provenait de quelque esquille OU de quelque balle que l'on pourrait extraire y alors sans doute il ne faudrait pas négliger de le faire au plus tôt , et toujours avec les précautions convenables. On a vu des épileptiquiBS , ainsi que nous le dirons plus bas , guérir par cette aeulé opération artificielle , ou même quelquefois ces corps étraiHgers qui s'étaient introduits dans le corps s'en sont praticfué une issue par quelque abcès qui s'est ouvert extérieurement par le seul travail de la nature , ou par le chirurgien qui a . pu en favoriser la sortie en pratiquant une ouverture avec un bistouri ou autrement, (i).

C'est ainsi que des épllepsies occasionées par des corps étrangers ont été radicalement guéries. L'on en a cité des exemples et les uns plus remarquables que les autres. M. iLomorier^ célèbre chirurgien de Montpellier , fut consulté par un militaire qui éprouvait des accès d'épilepsie depuis long-

(') Voyez précédeiament , p. i57 et suiv.

I ET DE SES DirrzEESCES AVEC d'atitres maladies. 2oS

temps ; il avait reçu nn coup de fusil à la cuisse. Ces accès éiaient précédés d'uue vive douleur dans cette partie. Cet habile praticien , en ayant fait l'exploration , y fit une iocision et en retira deux ou trois grains de plomb , et le malade fut guéri deTépilepsie (i).

fan-Swiéten (a) rapporte l'histoire d'une épilepsie qui fut guérie par l'extraction d'un corps dur qui irritait les nerfs, Ea voici une autre d'un genre différent, mais qui nous parait mériter d'être rapportée. Une dame âgée d'environ trente- Bois ans , et d'une forte constitution , avait eu deux enfaas qui jonîssaientd'unebonnesanté.Elle vient àParis.jT/nZoe/ et moi fûmes appelés en coosultalion. Cette daine se plaignait d'une douleur de tête très-violente presque habituelle , mais surtout les deux ou trois premiers jours qui précédaient et commençaient les époques de ses règles. Ces douleurs, qui furent d'abord négligées, devinrent si fortes qu'elles furent quelquefois suivies de mou veniens convulsifs, de plus en plus violens; la malade perdait quelquefois subitement connaissance , éprouvant plus ou moins de salivation pendant l'accès avec des mouvemens convulsifs de la langue. Nous fîmes toutes les demandes nécessaires , comme on doit bien le croire , pour parvenir à la connaissance de la cause d'une épilepsie semblable ; ses accès survenant aux époques des règles , nous crûmes d'abord devoir porter notre attention vers les organes utérins, d'autant plus qne cette dame avait été très- SQJettc à l'hystérie. Mais comme elle était assez bien réglée , que son pouls n'était pas plus plein qu'il ne le fallait et qu'il

Ia'y avait non plus aucunes excrétions , ni éruptions suppri- (l) On trouvera , ilana les auteurs île chliurgie, de npmbrcusvs obi MrvatioDS de corps étrangets introduits dans L'ïnléricur du corps par des plsieBd'armesï lïu ou auliea, aÏQsi que par la voie de la déglutition, par le rondemcut et par les voies génitales , etc. , et qui ont donné lieu \ des ^pilepsies , mais dont les uos sont sortis après quelque ulcération surveoua «la peau, et dont d'autres ODt été eitruila par l'art; et aouvcnl ces corpa étraugurs avaient parcouru de très-grands espaces. Ou [feut coniult«r à ca sujet les Mémoires de l'Académie roj-ale de Chirurgie et autres boni oavrages, o£l de pareils faita soat eipoiés.

(3] Comn^nt. in Boerhaai', , aphor. 1804 , t. m , p. ffSa. Ou en trouvera eneore d'autres exemplesdansdivers ouvrages, parlicalifrenient dans celui (le TYiiotsur l'Épilepiie.

2o6 DU cabActère de l'epilepsie

mées , aucun vice ne pouvait être idgnalé. Nous portâmes notre attention vers la boiiche pour examiner Tétàt des ge»civesetdes dents. Nous apprîmes que la malade avait eu vue dentition laborieuse, et nous vîmes qu'il lui manquait èoeore les deux dernières dents de sagesse à chaque mâchoire ; d'Ulleurs les dents en général paraissaient très^reàsevrées^ avec un gonflement des gencives qui étaient très-routes ainsi que ks parties voisines de la bouche. Maloèt lai d'avis de faire e:&traire une des secondes petites molaires de l'arcade sapéricfnre à lacpielle la malade rapportait quelquefois un peu de doidëuri pour diminuer la compression que les autres dents pouvaient faire sur leurs nerfs et pour faciliter l'issue des dernières auvlaires qui paraissaient disposées à sortir de leurs alvéoles, a l'on en jugeait par le gonflement et la dureté des gencives, surtout dans la région des dernières dents molaires. Noos e»- ' périons d'ailleurs que les douleurs de tête seredent mouM violentes après l'extraction de la dent. Nous voulûmes laire précéder cette extraction par Tapplication de quelques sangsues aux tempes, afin de bien dégorger les vaiisseaux san^ guins. Le surlendemain , Bourdei , dentiste du Roi , fut appelé pour extt-aire la petite molaire déjà signalée. Cette, oipértttion eut un si heureux effet , que les maux de tète habtfends diminuèrent et finirent bientôt , ainsi que les vnànréÈBteB» convulsifs et la salivation. On prescrivit, après cette opé«ration chirurgicale , les anti^épileptiques usueU , sbiU diverse forme et pendant long-temps , et la malade' fit' lin IréquJsnt usage de bains tièdes. 11 n'y eut que trois ou quatre aecis qui diminuèrent après que la dent' fut ôtée et finirent peu à

peu par- disparaître entièrement.

Nous parlerons , dans un autre article , des épîlepsies'qui ont été ôccasionécs par le travail de la dentition chez les enfans , etc.

J'ai connu une dame (la comtesse de M**J ,. qu,i éprouva , vers Vâge de trente-trois ans, de» maux de tête affreux, ayee'^ de temps en temps , de vraies mais courtes aliénations mentales , suivies de quelques légères et cgurtes convulsions dans les muscles de la face et avec perte de connaissance^ ce qui simulait autant de petits accès d'épilepsie. Des saignées ^ des

ET DE SES DIFFÉRENCES A,VEC d' AUTRES MALADIES. ^207

boissons relâchantes , des bains, divers anti-spaimôdiques , fàorent inutilement prescrits. Tous les accidens ne cessèrent que lorsque la. dernike dent molaire du câté gauche fut sortie naturellement de son alvéole. Je ne sais si cette dame aura éprouvé une pareille rechute d'accidens lors de Vérup* tion de la dernière molaire du ^ôté droit qui n'était pas encore sortie : je crois devoir aveitir que cette malade était d'une constitution très-irritable et sensible , et qu'elle avait en plusieurs affections hystériques.

On pourrait peut«^tre comprendre 9 parmi les ^épilepsies causées par de viv€S douleurs , celles qui sont survenues par des altérations dans les organes des sens , de la vue ^ de Todorât, de l'oule, du goût, ou autres douleurs «néme obscuves dans d'autres parties du corps. Bvchan (î) a cité l'histoire f mt^ifent-qui éprouvait un accès d'ép^psie toutes les fois ^*a& objet rouge frappait sôs regai'ds*.

Afi rapport de Boerkaai^s , des' esclaves ont été exposés à , la vapeur du jqyét pour reconnaître s'ils n'étaient pa$ siijéts àPépilepsie (&). Leclerc assure qu'un de ses parens en éprour vait un accès toutes les fois^u'il percevait l'odeur du chanvre. Seux-eûfans cités per cet auteur et par laissât (3) ont éprouvé des Bocès épileptiques après avoir couché et derniif daos un champ de navette en 41eurs.

On pourrait rapprocher de cet article un grand nombre d'antres épîlepsies qui ont commencé par des douleurs ou de légères molestations des organes de la respiration et dé la drcttlationdu sang, ou dans la région de l'estomac, des intestins, du foie , de la rate, du pancréas, dans les voies uri* naires, dans les parties de la génération fréquemment^ enfin dans toutes les parties internes du corps, la plus légère excita-r don dans des sujets sensibles et irritables pouvant occasioner en eux des douleurs et produire des accès d'épilepsie , sans doute parce qu'alors elles causent s^r le cerveau et les nerfs une iiiipreSsion dont la nature nous est inconnue ,- mais qui les dispose cependant aux accès épileptiques.

(i) De rachitide perfect, Argentor , !7i5 , cité par Tissot,]^, 16^, (a) Ibid.

(3; Ibid.

2o8 DU CARACTÈRE DE L ÉPaEFSlE

Schubart, cité par Ldeutaud, dit qu'un jeune homme diQ dix-sept ans fit une chute sur Thypochondre droite q[ui fut suivie d'un vomissement de sang et de convulsions dont les accès étaient renouvelés par toutes les odeurs , agréables ou fétides ; les alimens même dont le malade était forcé d'user les causaient ; la mie de pain fermentée , seulement sentie , les bouillons de viande à très-petite quantité, pris par la déglutition f renouvelaient les accès. Enfin | ce jeune honmie n'en était exempt qu'autant qu'il vivait de pain sans levain , du miel , du lait cru , du raisin. Il vécut ainsi un an sans éprouver aucun accès par pareilles causes <

Enfin les accès épileptiques peuvent être précédés de seifrsations plus ou moins douloureuses , si nombreuses et quet* quefois si bizarres et si cachées, que divers épileptiqUes n'ont pu en donner une idée au médecin , ou qu'ils s'en fesaient de si fausses sur leur nature ou sur leur siège, qu'on n'en pouvait avoir aucune notion , je ne dis pas certaine , mais probable. Je sais , disait un épileptique, que je vais avoir un accès d'épilepsie et malheureusement sans me tromper , par une certaine sensation de froid ou de chaud plus ou moins durable, quelquefois alternativement , commençant tantôt par on seul pied, tanjtôt par les deux; quelquefois l'accès paraissait prendre son origine dans le fond du ventre , avec des contractions spasmodiques plus ou moins étendues des extrémités inférieures ) dont on ne connaissait ni le siège, ni la vraie nature*

Des accès d'épilepsie ont souvent été précédés par 4^ douleurs aux articulations des mains , des pieds ou ailleurs ^ et dont la guérison a été opérée par l'extraction d'un ou de plusieurs durillons. Le docteur Carron rapporte un exemple d'épilepsie sympathique de ce genre , par une tumeur in-^ dolente au gros orteil. « Enhardi par celui de Storn, il » pratiqua, sur la tumeur , une incision , et il en retira de » petits corps durs de la grosseur chacun d'un grain de » millet , de nature sébacée ; il fit suppurer la plaie , et » ti*ente jours suffirent poux^ la cicatrisation. L'enfant fut » guéri. » (Dict. des Se* méd. , t. xïi, p. 624 1 article de M, Esqwrol),

Boerhaave (i) nous à rapporté Thistoire d'un adolescent studieux y phlegmatique , d'un esprit mobile auquel le froid causait des spasmes et des douleurs aux pieds et aux tëhdons à'jichillej qui montaient peu à peu aux jambes et aux cuisses. Ces douleurs furent périodiques pendant deux ans et avaient lieu deux à trois fois chaque année ; elles duraient deux ou trois heures; ensuite d'autres spasmes dans le dos étant survenus, les douleurs se firent ressentir du côté droit, en montant vers la tête et furent le prélude des accès épileptiques les mieux caractérisés. On remarqua qu'ils étaient plus violens pendant l'hiver que pendant l'été. Le malade pouvait les isinnoucer plusieurs heures^ même un jour auparavant , par un changement presque inexplicable de sensation qu'il éprouvait sur le do9 du métatarse et par une couleur livide qui y survenait sans aucun sentiment, en froid , d^aura epiîeptica, La compression de la jambe par la ligature retardait les accès. Boerhaave conseilla avec succès un traitement qui consistait, I*. tons les soirs, en un bain de jambes jusqu'au genou, qu'on frottait ensuite avec une étoffe de laine ; on recouvrait le dos du pied pendant la nuit et pendant le jour , jusqu'au bain du lendemain , avec un emplâtre de gomme ammoniac et autres {(ommeux ; 2®. le matin et le soir on fesait quelques fortes extensions du tarse , comme pour réduire une luxation. Une promenade modérée étaitpermise pendant le jour. 3^. Le malade était purgé deux fois le mois , trois jours avant la nouvelle et la pleine lune , avec une potion dans laquelle il entrait dix grains de cinnabre , cinq grains de résine de guayac , huit gnins de scammonée , et quinze grains d'antimoine diaphorétique , dans six gros de sirop de chicorée composé et deux onces d'eau de chicorée. Le jour de la purgation , on frottait les jÂeds avec de l'huile d'aspic (spicac). 4^. Le malade buvait, tous les matins , une infusion théiformc de racines de gérofle , de pivoine et de valériane sauvage , un scrupule de chaque ; derhue fraîche, deiix gros : chaque fois qu'il prenait la potion purgative^ il fesait usage, à six heures du soir , d'un

(1) EpUepsia pedis symptomatica Boerhcuiyii. Gonsult. a. P. C. Saa« Tagçt, rfoêtd. 1. 1 , p. 583.

210 I>U CARACTÈRE DE l'jëPILEFSIE

parégorique , composé avec six gros de sirop diacode , huit gouttes de teinture d'opium, dans de Feau distillée de coqiielicot (i). Ce traitement eut unjbeureux succès.

Des piqûres de nerfs par une épingle , par un clou , par la pointe d'un couteau, d'une épée , d'une lancette^ des esquilles d'os, ont donné lieu à des douleurs qui survenaientou redourblaient avant les accès épileptiques. Que de faits de ce genre ne pourrait-on pas citer! Il en est qui prouveraient que la section incomplète des ner& a donné lieu à des accès d'épi* lepsie; or, alors il h'y a pas de meilleur moyen, si on le peut, que d'en achever la section par une incision complète, en débridant la plaie , et si l'on ne le peut , en y versant quelques gouttes d'huile de térébenthine éthérée ou autre léger escarotique ; on a fait ainsi cesser des convulsions atroces et notamment celles occasionées par la piqûre des nerfii (2).

M. Griois fils , rue Dauphine , fut ainsi piqué à l'un des nerfs du bras , par un chirurgien , élève de Lafite , en lui faisant une saignée que j'avais conseillée. Des convulsions survinrent plusieurs fois avec perte de connaissance comme dans les vrais accès d'épilepsie; je les fis cesser* en faisant agrandir la plaie par une plus grande incision. On recourut ensuite aux bains tièdes et à quelques fomentations émoLlientes et opiacées qui firent cesser tous les accidens. La plaie fut bientôt guérie sans aucune suite fâcheuse.

Mais toutes les piqûres de nerfs ne sont pas aussi heureusement traitées, puisque plusieurs ont donné Ueu à des épilepsies qui ont été incurables. Telle est celle dont George Abraham Merclin , médecin de Nuremberg , a rapporté l'histoire. Un jeune malade de dix-huit ans^ d'un bon tempérament, éprouve une douleur au gros orteil du pied gauche , par l'ongle qui

(i) Extrait de la IVosol, de SauTages , class. iv, 1. 1 , pag. 58a.

(a) Ce moyen fut heureusemeut employé sur Charles IX, roi de Praoœ, après une piqûre des nerfs du bras , suivie d^accidens graves survenus à la suite d^une saignée qu^ Antoine Portail, son chirurgien ordinaire^ lui avait faite ( sans doute à la veine médiane-hasiiique , eu piquant le nerf médian ou les filets nerveux de ^aponévrose brachiale ). Aml^oise Paré , son pretnier chirurgien , calma promptement ces accidens en iRûsant verser sur la plaie quelques gouttes d^huiie de térébenthine bico chaude avec on pea d'ean-de-vie rectifiée.

ET DE SES DIFFÉRENCES AVEC D'AUTRES MALADIES. âtll

^Cait rentré dans la chair. II s'y forma une tumeur. Un chirurgien rouvrit par une incision , et il survint des convulsions, enfin des accès d'épikpsie qui furent incurables. On remarqua qu'il coulait de la plaie une humeur sanieuse(i). Pourquoi donc n'a-t-on pas porté le feu sur cette partie , ou pourquoi n'a--t*on pas fait la résection d'une phalange ou même du pouce, pour guérir le malade dont nous parlons? II y a toute apparence qu'il l'eût été par ce seul traitement. ' Noos ne finirions pas si nous rapportions les nombreuses observations consignées dans les auteurs , sur des épilepsies qui ont été annoncées par des douleurs plus ou moins vives , produites par de nombreuses causes en diverses parties in-ternes ou externes de la tête , de la poitrine , du bas-ventre , on des extrémités.

L'on a quelquefois appliqué sur ces parties avec succès^ an premier instant où les douleurs commençaient à se faire ressentir , ou mêmç pour les prévenir , des tojHqucs anodynS) des emplâtres d'opium gommeux avec du camphre , et des fomentations avec du quinquina , réunis aux caïmans. On les a aussi quelquefois arrêtées' avec du baume tranquille , de l'huile animale de Dippel , avec addition d'opium gommeux , et avec un tel succès , que de vives douleurs ont été calmées , et que des accès d'épilcpsie sont devenus plus doux ou même qu'ils ont été guéris. J'en ai précédemment (p. i6i et scÛT.) rapporté deux exem^fles heureux. Yoy. aussi mes Mémoires 9 1. ii , p. 229.

Quelquefois on a eu recours à des moyenspluspuissans et qui ont été curatifs ; ainsi Ton a apposé sur lesUeux du corps où les douleurs se faisaient ressentir , ou dans d'autres parties correspondantes, pendant les intervalles des accès d'épilepsie, pour en prévenir le retour, des vésicatoires (2) , des ventouses que Ton a scarifiées ; des sétons, desmoxa, ont été mis sur ces parties, et ont plus ou moins de temps été maintenus en suppura-

(i) Coîiect, anat, , t. m , p. 270.

(a) Le D'- Serrw, célèbre médecin praticien de Naplcs , guérit un enfoiit decînqanfl, épilcptiquc, en appliquant un vésicatoire sur le cuir-cbefdu, aprc» avoir bien fait raser la tête. Cette observation a été rapportée par Morgagm ( de sed, et caus, morb* , epist. x , art. 5 )•

Page 1