‹ Observations sur la nature et le traitement de l'hydropisieChapitre 10 sur 23 · ARTICLE VIII · texte numérisé non relu

ARTICLE VIII

De THydropisie compliquée d hystérie ou de

mélancolie.

Rien n'est moin3 rare que de yoir la pneujnatie ^ et les hydropisies les plus graves se réunir ou succéder aux affections hystériques et mélancoliques. Les auteurs en ont consigné dans leurs écrits des exemples divers^ WiUU^ Witkep Pome^ notamment; et nous-mêmes en avons recueilli d'autres.

Je fus appelé , en 1775, à Y abbaye àe Pan^ ihemont , pour une jeune demoiselle de dix*neuf a viogt ans ( mademoiselle de F** ). Elle était maigre , mais bien constituée ; elle éprouvait depuis long-temps des affections hystériques , de^ spasmes I quelquefois un assoupissement près-» que léthargique avec un pouls plein" et serré. Elle était mal réglée^ et elle éprouvait , quand " je U vis, un retard de trois mois. Les extrémités inférieures se tuméfièrent avec une extrême tension de la peau, qui se rétablissait promptement quand on l'avait comprimée avec le doigt. Les urines coulaient encore en assez grande abondance ; mais malgré quelques dia-* phoréiiques et diurétiques , elles se supprimèrent

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|>resque entièrement; la bouffissure élastique aérienne des extrémités inférieures dégénéra en un véritable oedème , bientôt en une leuco^ pblegmatie ^ et ensuite en une anasarque ou en une bydropisie générale^ conservant dans toute Tbabitude extérieure du corps Timprossion du loucher. Cette demoiselle éprouvait des eontcactions des muscles ou des crampes fréquentes, non-seulemeat aux extrémités inférieures , mais encore aux supérieures , & la tête ^ au tronc ; elle ressentait quelquefois un resserrement au gosier^ cle la tension dans la région épigastrique, avec ime grande proéminence de l'estomac^ laquelle se propageait sous les&ufises cotes droites , dans le foie, et du côté gauche, dans la rate ; le ventre était ua jpevL douloureux au toucber et rénitent , surtout dans la région de la vessie«

Persuadé que la pléthore sanguine des vais^ «eaux en était Tune des * principales causes «, soit génér«Je, soit celle des vaisseaux utérins, je conseillai des sangsues au fondement pour extraire une bonne palette de sang; ce qui eut le plus heureux succès, car les règles 'm réta- IiJîrent et les urines devinrent plus abondantes. La jeuBe xnalade usa pendant une douzaine de jours éé l'infusion de cerfeuil et de feuilles de mmthe , dans une chopiuede laquelle on mettait ui) demi-gros d'éiher nitreux , une demi'-oncc

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d'oximelscillitîque et deux onces de sirop de$ chnj racines apéritives. Cette boisson était donnée en trois ou quatre doses dans la journée. L'anasarque se dissipa. Ensuite la malade fit usage j une ou deux fois par jour, des extraits de valériane et, de quinquina , avec quelques grains de safran de mars , à là dose d'un demi*gros de chacun. Elle prit quelques bains tièdes , et ses r^Ies reparurent de- manière que la santé se rétablit com«* plètement; la sensibilité et l'irritabilité de la jeune malade, physique et morale^ diminuèrent en se rapprochant peu h peu de l'état naturel.

Cependant cette demoiselle ayant été mariée six à huit mois après sa maladie , et étant deve** nue grosse bientôt après son mariage^ éprouva une enflure œdémateuse considérable des extrémités inférieures qu'on attribua à quelques embarras des viscères abdominaux. De légers diurétiques et quelques amers la dissipèrent deux <m trois mois avant les couches , qui furent fort heureuses.

Nous avons rapporté cette observation dai»

cet article , quoiqu'elle eût pu trouver place parmi les hydropisies qui proviennent d'obstructions du foie ou de la rate; mais la complication de l'hystérie m'a paru devoir l'en faire distinguer.

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. je rapprocherai de celte observation celle d'ane demoiselle , âgée de quinze a seize ans, mademoiselle de P*"^*, fortement constituée , qui depuis environ deux ans était affectée d'une hystéiie f bien caractérisée par lés spasmes et les contractions involontaires des muscles de la face et des extrémités , par des idées variables, tantôt tristes sans aucun sujet , . jusqu'à verser des larmes , et tantôt gaies avec des éclats de rire sans aucun motif. JEUe: n^élait pas encore réglée, et eDe avait du dégoût pour les alimens, excepté pour ceux qui étaient acides , préférant surtout lt& végéto-acescens aux bouillons et aux nourritures animales. Il survint à cette demoiselle un météorisme d'abord fugace et ensuite constant. Divers miédecins furent appelés avec M. Guin^ dont, son médecin ordinaire (i) , docteur de l'ancienne Faculté de Paris, et mon confrère dans celle de Montpellier. Je fus du nombre

(i) Auteur d'uu petit ouvrage intitulé : la Nature op-piimée par la médecine moderne^ principalement par la saignée. Il est vrai qu'alors les médecins recouraient petit-i^tre trop souvent à la saignée ; mais ne sont-ils pas ensnite tombés dans un excès contraire? Et aujourd'hui n*abuse-t-on pas généralement des sangsues ? Nous nous flattons d'avoir évité ces excès , et à l'avantage de nos malades. Ce n'est cependant pas qu'on n'ait imprimé

des consuhans , avec M. Bdrlhèz , chancelier de l'université de Montpellier , arrivé a Paris depuis peu de temp^^ oii il jouissaii d'une grande renommée. Mon âvis fut que^ tu Tâge de la malade > sa bonne cotistitution et Téfat pito thorique des iraisseatiic ^ il oônvenaît de lui fàvt^ une saignée du pied f du au moine de Jui mettre des sangsues aûi parties ëxcérieurefr d^ là génération on aux ciuisde» ^ pour prescrire ensniie des bdissons rélâchantes et un peu dpéritivos^ telles qu'une tisatie de racine de chiendent et do feuilles de pariétaire , dans laquelle qn ferait io*. fuser une pincée de fieurs de tiU«;ul , dei|X' mm. trois feuilles d'oranger, et qu'on édulcoreraillégèn remettt avec un peu de sirop de menthe« Je eooiH seillai aussi d'ajouter dans cette bottson urw quinEâine de grains de safiran onenlal. J'ajoutai que j'étais persuadé que le retard des r^ks était ]'niie des principales causes de la maladûs^quâ pourrait finir par être funeste, et que le traitement que je proposais, qui n'était pas trop excitant^ serait préférable à tout autre. Un avis conti'aire prévalut ; on craignit que la saigna, par la lancette Ou par les sangsues même ne. débilitai trop la* jeune malade. On établit qu'il y avait dî*

tantôt que nous ne saignions pas assez , et lant&l que nous prescrivions trop souvent la saignée.

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vers maux de nerfs dé ce genre , et contre leâ* quels le musc j la myrrhe , Taloès^ le safran de mars a{Séritif pourt-aieht être prescrits.

On se borna à conseiller d'abord ^ soir et matin, un gros d^extrait de hoilblon , sfvec huit gf àiàs d'étfaiops martial ^ et de faire bôirë imniédîâtement après une petite tasse dlnfusiôn de fédillës dTarmoise et de metithe, ^dùldorée avec du sirop d'écorces d'ot*anges amères; du resté , uil bon régime et des eiercice$ variés et agréables. Ce traitement, continué peridant quelque temps^bien loin d'avoir du succès , fut silivi d'une œdém«ttë AMfàdérable des ettréinites inférieures et d'utïe àbgmentatioti du météori^âie et des douleur^ dâils le bas -ventre ; oh fût fordé dé s(ls-^ pendre le tfàitenient conseillé par la majorité des côlisuYtans , et de récotirir à celui q[ùe j Wâis proposé. On préféra cependant rapplicatioil de^ sangsues âùfotïdement à la saignée du pied, que f avais désiré être faite en prenàier lieu ; on prescrivit un traitement relâchant , tant interne qu^ët^ terne , surtout Aeè bains tiédes jusqu'à h éeinfuré. Le flux ïtieii^truel eut lieu et àâséz àbotidâftnméHt ; le météorisme cessa ; l'œdémalie des éttnémités inférieur es ditninua d^abord et dispafut ; de nouvelles règles eUrént lieu , et létt^ cours îe soutînt ; enfin la j^mtc malad e mm-^cnhfmeni ire périt pas d'faydrofâsie, mais éileeù fut

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guérie; elle se maria, et çoniiaua à jouir d'unef bonne sanié«

Je pourrais^ pour donner du poids à ce que je viens de dire, rapporter l'histoire d'une autre jeune demoiselle appartenant à l'une de no9 plus illustres familles, laquelle, à l'âge d'être réglée, ne l'était pourtant pas encore. Elle était d'une forte constitution , pléthorique , ayant le pouls fort, le teint coloré avec une anasarque des extrémités inférieures. On crut devoir d'abord prescrire des diurétiques chauds. L'anasarque, au lieu de diminuer, augmenta avec tuméfaction dubas-ventre. J'étais médecin du pèpp^ et non de la mère; ce qui fit que je ne fus appelé qu'au moment de la mort de la jeune demoiselle. Son corps fut ouvert par Mar-^ quais , chirurgien, qui trouva une grande quantité d'eau rougeâtre dans la cavité abdominale / la matrice dans un état d'inflammation » et le bas-ventre plein d'une eau bourbeuse et rougeâtre.

Quant à Vhydropisie qui peut survenir aux hommes mélancoliques ^ on peut établir, d'après les résultats de l'observation , qu'elle est ordinairement l'effet des engorgemens abdominaux, et parliciJièrement de ceux du foie et de la rate (i)^

I ■ ■ I ■! I ■ I . I ■ ■ Il ■ ■ I I III II

(i) Nous en avons parlé 1res au long dans l'ouvragé

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d^oÀ résulte quelquefois utie affection du cerveau ou des nerfs qui déiermine l'hydropisie presque toujours précédée, accompagnée ou suivie de pneumatie.

Nous dirons que dans ces cas les sangsues à Tanus sont généralement nécessaires , parce que presque toujours il y a des signes de pléthore , que, de plus, les sucs des plantes chicoracées et fcorraginées , bien dépurés^ ont été utilement éprouvés. On peut aussi prescrii*e la boisson des eaux de Châteldon , de Seltz , de Vichy , les pilules avec le savon médicinal , l'extrait de iUllpaorée sauvage | de saponaire , Tassa-^foetida^ et p 's'iJ est nécessaire, quelques grains de calomel, d'aloès même, pour rétablir l'écoulement des hémorrhoïdes ou des règles chez les femmes.

L'usage de ces apéritifs pourrait alors être réellement très-utile, toutefois s'ils étaient prescrits graduellement et avec ordre, et s'ils étaient surtout secondés par de doux exercises , l'équitation particulièrement, ainsi que par les agréables distractions de l'esprit»

Biais sans doute que tous ces moyens, prescrits d'après la connaissance de la cause du mal , doivent faire place à un traitement plus actif lors-

MÉIIiMiké«i^«^MaMMlM>«AaM«i>B«MiMavi^MaiéàalM.tami*MÉii*l

que nous avons publié sur les maladies du foie, p. 41 B^ Ô02,

566 , et dans notre ^nau méd.y t. IV, p. 3075 t. V,

p3g*3o9,3iO; 337,340.

I^S DK LIIYDKOPISIK EW CENF.RAL.

que l'anasarque est prononcée et que Ton a i craindre qu'il ne Se fasse quelque épanchement dans îçs catilés du corps , s'il n'a déjà lieu . Il ne faut plus s'enquérir de la cause de la mala* die pour la combattre, mais s'occuper à détruire ses dSets delà manière la plus prompte et par les remèdes les mieux éprouvés : d abord par les diurétiques les moins irritans^ et ensuite par quelques purgatifs hydragogues, qui ne isoient pas trop actifs. J'ai plusieurs fois retiré le plus grand avantage de légères vomituritions plus ou mcâns de fois excitées , soit par une infusion taqueuse d'ipécacuanha, soit par un dethi-graMMl un grain de tartre stibié , dans un ou deux verres d'eau tiède. JTen ai surtout obtenu un avantage réel dans les leucophlegmaties et les anasarqués 'provenant dequel que indisposition fébrile. J'en ai cité d'heureux exemples dans mon Mémoire sur les Fièi^res de la Vendée survenues pendant les horribles troubles de la révolution j enfin si, par ce traitement et par d'auiries remèdes indiqués^ on est assez heureux pour guérir l'hydropisie ou au moins la diminuer ^ il faut prescrire ensuite les rehièdes qui peuvent détruire les causes qui donnent lieu à la mélancolie dont l'hydropisie était la suite , en prenant en considération l'état des viscères abdominaux , biliaires surtout^ presque toujours en souffrance.

DE LHYDROPISIE EN GENERAL. lyQ

J'ai vu des femmes déjà hystériques , ou qui Je aont devenues à leur âge critique , éprouver des înlumescences gazeuses^ ou des œdématîesdes extrémités inférieures^ ou en d'autres parties externes du corps, qui ont fini par tomber dans la leucophlegmatie ou dans'l'anasarque, et finalement dans des hydropisies par épancbement d^eau dans les cavités internes. Personne d'ailleurs n'ignore que ces hydropisies n'aient ainsi lieu^ non-seulement dans les femmes qui perdent trop de sang par des hé«* morrhagies considérables, quand elles ont cessé d'être réglées , mais encore dans celles qui ont éprouvé de trop promptes suppressions du flux menstruel. Or, que de maux ne surviennent-ils pas alors !

Nous ne parlons ici que de l'hydropisie ; j'en ai vu de différentes sortes avec des symptômes d'hystérie les plus divers , et quelquefois avec des aliénations mentales d'un genre plus grave. Or, reconnaissant alors un excès de sensibilité dans le système nerveux , j'ai eu le soin de ne prescrire que les diurétiques rafraîchissans ou les moins irritans , et j'ai eu du succès ; quelquefois même, je les réunissais à l'usage du lait d'ânesse , dans l'intention de rafraîchir, adoucir, tempérer la maladie, en même temps que je prescrivais extérieurement la teinture de digitale, ainsi que je la conseillais inté-

]8o DB l'uVDROPISIE en GÉNtRAL*

rieuremenl en lavemens ; j'ai surlout relire d'heureux effets de ce remède lorsqu'il y avait des palpiiations du cœur ou des mouveméns irréguliers dans la circulalion du sang ; j'ai méuie quelquefois conseillé des bains légèrement ticdes jusqu'à la ceinture ^ nonobstant une pneumatie des membres et rpême un commencement d'œ-^ dématie. Un cautère au bras m'a paru quelquefois utile pour détruire une sorte d'âcreté stimulante du système nerveux , non-seulement relâti« vement à la disposition du malade , mais encore à celle du système menstruel disposante l'hydropisic ou à la pneumatie. Je le préférais alors aimt vésicaioires , qui eussent pu augmenter l'irrita* tion déjà trop considérable des organes servant à la sécrétion et à l'excrétion des urines.

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