ARTICLE VIL
De VHjdropisie qui précède, accompagne les, affections convulsives y soporeuses o^ para* fyUques , ou qui leur succède*
Un très-grand nombre d'bydropiques meurent d'un assoupissement léthargique, quelqueFoii» après avoir éprouvé des mouvenaens convukifJl ou une affection somnolente.
M. de Beanniont, archevêque de Paris, qiiô Bouvart et Bâcher traitaient d'une hydrOpisie anasarque , périt tout d'un coup d'un âssou' pissementde nature apoplectique. On parla t>eaa« coup de cet événement, à Paris, après s'être bien entretenu de l'hydropisie qui l'avait pré-* cédé. Il n'avait cependant rien d'extraordinaire.
plusieurs de ce genre étant consignée dans les auCeurSé
J'en ai vu un autre avec M. Detnangeori.
M. Duntzfeld ^ négociant danois , auquel je don^^ nais des soins avec ce confrère estimable > était atteint d'une anasarque considérable. Oli se flat-^ tait de quelque succès dans le traitement^ lesre^ mèdes ayant déjà produit d'heureux effets, lorsque ce malade mourut subitement d^une affection comateuse. A l'ouverture du corps, qui fut faite par M. j. P. Martin , en présence de M. t)emangeon et de moi, on trouva beaucoup d'eaffdans le bas- ventre et dans la poitrine^ mais non dans le crâne , du moins d'une mânièi'e bien remarquable^ ni dans le cerveau, oU je croyais que Ton en trouverait une grande quantité. Les vais-> seaux sanguins et les sinus étaient pleins de sang , ce qui sans doute avait fait périr le malade si promptement d'une espèce d'apoplexie sanguine (i)é
On trouvera dans les auteurs (2) d'autres obseryations sur la . mort des hydi^iques , aurvevei^ue de la même manière , et lorsqu'on s*y at-*
(1) Celte observation se trouve détaiUëe daiis mon ou*> Vrage %\xx.V Apoplexie), page 127, un vol. in-8>, 181 1*
(a) Particulièrement dans la quatrième épîlrc de Mor* gagni y de Apoplexid serosd,
tt
iGa DE l'hydropisie en cenkral.
teùdait le moins j je veux dire par une congestion de sang dans les sinus et autres vaisseaux du cerveau^ ou dans ses ventricules , ainsi que dans les artères et veines des membranes de cet organe ; car toute compression du cervèâu peut causer prompiemeiit la mort , maïs ceïle par le sang agit en général plus promptement que celle que Teau occasions. 11 serait facile de prouver cette assertion sur le genre de mort cfes bydropiqued par d'autres observations recueillies des auteurs. Quant à Thydropisie qui est au contraire précédée par des affections somnolentes convulûves, ainsi que par les paralysies des membres ^^ elle est aussi reconnue de tôtis les patriciens. En effet , quel est t^elui qui h'eh a pas observé de semblables? Combien d^efnfansontété affectés d'empbysème ou même de leucopblegmatie sans épaiicliement ou avec épancbement cfèàu datis le crâne ou le cerveau , dans la poitrine ù\i lé péricarde , dans le bas -ventre et quelqtiefbîâi même dans plusieurs autres cavités, après des convulsions tàétks par les dôuléûris de la dentition , ou même par des vers , après des ptaiés quetqaéfbïS irès-l^res , de simples pi^^ qiires , et .mênbie après des contusions plus ou moins fortes , qui ont produit d'abord l'arna*' sarque et enstdte dds épandhemens dans les cavités du corps. Senac en a cité des exemples
Dtt l'hYDROPISIK en aÉNÉRAL, |63
ilans son Traité sur les Maladies di^ contr, et il en est d'autres qui sont consignés dans les auteurs de chirurgie surtout. Quel est le médecin qui n'a pas observé des apoplexies et des paralysies qui se sont précédées, accompagnées ou suivies?
J'ai vu un 'malade devenu paralytique de la moitié droite du corps , après une apoplexie dont il fat atrophié dans les membres paralysés. Une espèce d^ pmeumalie survint ensuite du même côté; celle-oi fut rençi placée par une véritable ansH safq[ue^ laquelle diminua à son tour par un épan* chemeiif d'eau dans k tète qui causa une apoplexie mortelle.
Ces faits avaient sans doute frappé WilUs et d^autres anatomistes anglais , surtout Mayou et Glisson y lorsquHb ont soutenu que le cerveau et les ner^ servent nourseulement à la sensibilité et au mouvement des parties, maisimcore à leur nutriiion, en entreienant^^incipalement en elles une libre et convenable cireulatioi!!^ àw humeurs , ainsi qu'une bonné^ distribution de )a n^àtière nutritive dans toutea les parties du corps (i). En effet , comm^it peut^ou mécoih* ^
<* li— i»i»
(i) On pourrait voir, en lisant \ti extraits que j'ai donii& de ces honorables n^ëdecins anglais dans mon HiS'» toîrc de rAnatomi^j conbiea j'ai été frappé de leurs
«64 Ï>E l'hYDROPISIE E!V GÉnÉRAL.
naître ce dernier usage du système encéphalique.: et nerveux? et une fois admis ^ ne s'ensuit-il pas^ que lorsque les parties sont privées du sentiment et du mouvement , ia circulation des humeurs, est. ralentie ou suspendue en elles ^ .que la; nature des fluides est changée, d'où résulte leurstagnation dans les vaisseaux , dans le tissu cellulaire , et enfin leur épanchement dans lès cavités ? Cette théorie ne serait-elle pas mieux fondée que celle sur la nutrition . des parties , adoptée par. Boerhaave et ses sectateurs , qui font jouer le plus grand rôle au cœur et aux vaisseaux, etlnou^i^u cerveau et aux nerfs, quoiqu'ils concourent puis*samment à Ja nutrition , ainsi que le prouvent taUt de faits pathologiques ?
On trouvera parmi mes observations sur l'apoplexie déjà publiées, et parmi celles sur. les pa-ralysiès et les convulsions que j'ai recueillies , divers faits relatifs à . l'intumescence du corps en général ou des membres en particulier , pair des gaz^ ou par de l'eaii , après les maladies du cerveau et des nerfs/
'On y verra que dans cette sorte d'bydropisie consécutive, j'ai heureusement conseillé les re-> mèdes toniques stimulans à l'intérieur , tirés
opîtiions véritablement médicales* Glisson, t. III9P.46; WjjuLi^ , ibid. , p. 88; Mayou , ibid, , p. 397. .
de la classe des sudorifiques et des diuréti-iques ; et que j'ai quelquefois recouru à l'ap-*plication des vesicaloires avec les cantharîdes^ lesquels , dans d'autres cas, eussent pu nuire à l'excrétion des urines , et qui ont cependant l>ien réussi dans celtii-ci, en excitaut l'encéphale et les nerfs,, dont le sentiment élait à uA degré bien inférieur à celui q^u'ils devaient avoir na:iurellement.
Une marchande de volaille de la petite rue dé
Nevers, d'une fbrte constitution , dont le pouls.
était pleii> et le visage rouge , âgce d'en**
viron cinquante ^ cinq ans , avait été réglée
jusqu'à cette époque > lorsqu'elle fiit atteinte
d'une apoplexie avec hémipl^ie du côté droit».
Je fus appelé auprès d'elle par M. Tîîg-a?, dû-
rupgieu du quartier. Je prescrivis d'abord deux
saignées, l'une du pied et l'autre du bras, à
qtielques heures de distance , ainsi que des si**
napismes sur le coude-pied et des vésicatoires;aul[
jambes. Je conseillai aussi un julep avec les eaux
de menthe et de fleurs d'œangep, deux onces de
chaque, demi-once d'oximel scillitîquè et uneonce
de sirop d'écorces d^oranges amères , pour être
donné par cuillerées ; toute autre boisson plus
copieuse n'ayant pu être prescrite, la malade ayant
beaucoup de peine à avaler..
C'est pendant l'administration d'un pareil trai-
i66 DE l'hydropisié iEri génehal.
tement que les fonctions du cervieau se rétabli-^ rent« et que rhémipl^e éprouva une diminution réelle ; mais en même temps cette moitié droite du corps paralysée se tuméfia par une véritable leucophlegmatie. Je fis entretenir les vésicaioires des jambes , et , bien plus , j'en fis établir lut troisième bien saupoudré de cantbarides, «ntre les épaules. Le cours des urines , loin d'être diminué , augmenta. La malade but pendant plusieurs jours deux à trois verres de l'eau minérale de Bourbonne , avec addition d'un ^ros de sel de Glauber dans chaque verre , à Téxception d'une ou deux fois par semaine , que l'on rendait ces eaux purgatives moyehnanl une dose plus forte du même sel.
C'est avec ce traitement que là tuméfaction «quei:fôe ou la leucophlegmatie se dissipa^ et que ]a sensibilité et le mouvement furent rétablis dans le coté gauche du corps de cette femnie p «u point qu'elle put continuer ensuite son état.
Je pourrais rapporter plusieurs faits à«-peuprès semblables d'bydropisie , suite des convullÂons ou des maladies soporeuses ou paralytoïdes^ tuais je n'en rappellerai qu'un autre à-peu-près semblable au précédent^ parce quHl m'a paru intéressant.
Madame la marquise de Louvois, de retour en France après une émigration de quelques an-
DE L*1IYDR0P1S1K EN GÉNÉràI». 167
Méea , dont j'avais été le médecin , m'appela d'a^ bord pour des douleurs de lêle très- violentes , auxquelles elle était très-sujette. Cea douleurs, avaient une espèce de périodicité y et n'ipccu^paient que la partie supérieure de la tête ;: elles n'étAieni pas toujours les mémeS) soit pour leur siége^ soit pour leur intensité* Elles éiaicui souvent précédées de nausées et accouipaguées* ou suivies de voniissemens.
Cette malade fit usage , sous ma direction ^ de divers remèdes* Comme elle était à- peu-prés dans le temps appelé critique, souffrante et peu réglée, je conseillai la saignée du braSj, son pouls étaui d'aile leurs plçin çt la maladç étam d'ujaefprtecenstitution; des boissons apéritives çt Ia$ative$ furent prcs-^ crites, ainsi qt^ quelques dou^^ vomiûCs ^ mais sans, succès. Les douleurs.de tête deviiirent pi ujs intenses , gravatives et occupani loute la tête ; un assoupissement profond survint. On saigna la ma-f>^ lade par des sangsues au cou, et des sinapismes. aux pieds furent apposés. Lespiedsse tuméSent,^ et Ton se flatte d^un comm^encemept de succès^ Mais cette intumescence augmente ; elle ne oon-^ serve pa^ d'abord l'impression du doigt ; on peut la croire emphysémateuse : cependant elle fait des progrès et s'étend non-seulement dans Içs pmbes^ mais encore dans les cuisses , en conservant alqrs plus ou moins de temps l'impression du doigt;
i68 DE l'hvdropisie en général,
une véritable leucophiegmalie desextrëmités inférieures est confirmée. Cette hydropîsie fit encore des progrès ; les extrémités supérieures s'œdématièrent^ enfin le bas-ventre paraît extérieurement ^'infiltrer ; l'anasarque existe, en même temps que la respiration devient difficile et si pénible qiie la Tualade ne peut respirer dans son lit qu'en ayant la poitrine et la lêle élevées et soutenues par des oreillers , ou même le plus de temps dans un fauteuil. L'hydropisie de poitrine était imminente, et d'autant plus que les urines étaient très* peu abondantes et rouges, épaisses et comme sanguinolentes. Cependant la tête était tou-^ jours dans une sorte de stupeur qui pouvait foire craindre un épanchement. he pouls était développé, dur et plein. Je fis réitérer l'application des sangsues aux cuisses , et ensuite des vésicatoires furent mis aux jambes , en même temps que je prescrivais les tisanes légères avec les racines de chiendent et les feuilles de pariétaire , dans lesquelles on faisait infuser du cerfeuil ^ avec addition de quelques grains de nitre. Oi^ édulcorait cette boisson avec du sirop des cinq racines apéritives. La malade usait en même lernp^ d'un julep fait avec l'oximel scillitique, demi-once ; l'éiher nilreux , un gros, dans quatre qnces d'infusion de cerfeuil.
Qo tiVUçwent , continiié troib ou quatre jours j^
D£ l'hydropisis en général. 169
rappela le cours des urines, qui devinrent de plus en plus copieuses, La tuméfaction aqueuse diminua ainsi que l'assoupissement ; la respiralion fut plus libre, et Ton remarqua que l'a malade se plaignait davantage des douleurs de tête , sans doute parce qu'elle avait recouvré la faculté de les sentir. Quoi qufil en soit , elle finit par se rétablir , quoiqu'elle éprouvât trèssouvent des maux de lête violens , des nausées , même des vomissemens , avec plus où moins de disposition à l'assoupissement et à l'engourdissement des membres , avec une tendance permanente à l'œdématié ; ce qui me détermina à lui faire prendre en divers temps des pilules toniques de Bachèr , les sucs des plantes apéritives et anti - scorbutiques , et de lui faire mettre un cautère , qu'on entretiendrait soigneusement , enfin de lui faire faire un voyage aux eaux de Bourbonne , dont elle retira en efiet les plus heureux effets. Madame de Louvois a ainsi vécu plus de vingt-cinq ans , éprouvant divers maux qui n'eurent pas de suite fâcheuses ; elle a fini par mourir à un âge avancé, dans sa terre d'Ancy-le-Franc, près de Tonnerre, d'une fièvre bilieuse compliquée. M. Salmade a partagé avec moi à Parb les soins de celte intéressante malade,