‹ Observations sur la nature et le traitement de l'hydropisieChapitre 14 sur 23 · ARTICLE XII · texte numérisé non relu

ARTICLE XII

De VHydropisie qui survient pendant ou après de longues maladies , et par quelques autres causes d épuisement.

Pendant ou après beaucoup de maladies ^ et surtout les fièvres d'un long cours, il survient fréquemment de l'œdématie aux extrémités inférieures, quelquefois une leucophlegmatieou une anasarquede^ toute l'habitude du corps, laquelle a plusieurs fois fini par un épanchement d'eau plus ou moins altérée dans une ou plusieurs cavités.

Cette œdéoiatîe se manifeste quelquefois à la fin des maladies longues, plus ou moins de temps après qu'elles ont. paru finir, mais plus

hofi DC L^HYDROPISIÉ tS GKNEKAL*

ft-équemment lorsque leur guérison apparente n'a pas élé suivie d'une franche et bonne convalescence. 'Alors survient d'abord une œdématie des coudes-pied , bientôt des poignets , si celle^ ci n'est précédée par, une bouffissure ;<lu visage p plus apparente le matin au sortir du lit que le soir, où FiBdématie des pieds est plus pro-

noncée*

Cependant cette hydropisie, qui ne fait que commencer^ peut faire des progrès; une leucophlegmatie ou une anasarque même peuvent lui succéder, et l'on n'a vu que trop souvent que celle-ci avait précédé les hydropisies par épanchement dans la tête , dans la poitrine ou dans Tabdomen.

Sans doute que pendant les grandes et longues maladies , le cœur et les vaisseaux sanguins, les vaisseaux lymphatiques ^ le cerveau et les nerfs ayant perdu de leur énergie natu-* relie , il en résulte une espèce de cachexie, d'où provient un défaut d'assimilation des sérosités avec le sang et la lymphe même , et une inertie dans la faculté absorbante, tandis que celle qui détermine l'excrélion de ces mêmes sérosit<à est plutôt augmentée que débilitée, comme cela arrive dans les maladies syncopales , et même après la mort; car Icsanatomistessavent qu'on trouvegénéralement moins d'eau dans les cavités des corps

DE L^aYDROPiSlE EN GÉWERÀL. àÔ^

qu'on ouvre peu de temps après la mort que lorsqu'on attend plus long-temps.

Ces sortes d'hydropîsies , quand les rhaladies auxquelles elles succèdent sont biien terminées ^ se dissipent souvent d'elles-mêmes , surtout chez les jeunes-gens , car elles sont plus opiniâtres chez les vieillards. Mais elles ne font qu'augmenter lorsque la maladie ou sa (^aUse même ne sont pas entièrement détruites ; et combien dé i^ersonnes n'en sont-elles pas mortes, après avoii* éprouvé des maladies qu'on avait cru parfaite"* ment guéries!

L'expérieticea appris que, pbuf prévenir ces hydropîsîfes, il fallait prescrire aux malades un loiig usage des diurétiques, tels que les tisaîies avec les racines de chiendent et les feuilles dé pariétaire > légèrement ïiitrées , réutties à l'usage des amers ; des àUli-scorbutiqUes , des martiaux. Quelquefois ïnême il faut mettre des vésicatoires si l'ori craint qu'il n'y ait quelque disposition àrcedéma- -tîe. On doit Conseiller un exercice modéré relativement aux forces, et une nourriture convenable^ tant pour la quantité que pour la qualité des alimens, avec quelque bon vin généreux si 1 etat d'irritation du malade ne s'y oppose pas j enfin il serait essentiel de quitter un séjour qui serait humide ,v pour aller habiter un lieu saiû et un peu chaud»

2IO DK l'hYDROPISIE EN GENERAL.

II faul savoir que la guérUon de certaines maladies ne s'opère souvent , par la nature et par l'art , qu'à diverses reprises , comme par fractions , et en plusieurs temps ; ce qui fait qu'on attribue souvent , sans raison , la cause de la rechute aux fautes que les malades peuvent avoir commises dans leur régime ou autrement, lorsque la maladie qu'on croyait guérie ne l'était pas.

Souvent même , malgré toutes les précautions et les meilleurs traitemens , surtout dans les maladies chroniques , on ne voit que trop les œdémaiics survenir dans les automnes et faire des progrès pendant Thiver: alors les forces des malades diminuent , la diffîculté de respirer augmente^ les urines deviennent plus rares et troubles, et riiydropisie se (brme daiis quelque cavité du corps. Ce qu'il y a de plus fâcheux , non-seulement pour le ipalade ., mais encore pour le médecin même , elle a lieu quelquefois , sans avoir été annoncée par des symptômes aotécédens ou précurseurs de ce funeste accident.

Ncms avons déjà dit ^ article m , qu'il est des hydropisies qui surviennent après des maladies inflamdxuitoires : c'es^ ce que nous avons vu sur des malades auxquels nous avions annoncé leur ^uérisou d'après notre propre persuasion.

ttt LIIYDROPÎSIÊ EN GÉNÉRAt. 21 t

Je me souviens qu'un jeune ecckViasiique qui avall éprouvé une m^il^die inflaîpmaloir.e (Je I9 poitrine, "Ji l'hotiel de Filz-r James, rue Sx.-Flpre^lin , fut rép^t^ jBU état de gqéri^on, et qu'il périt 8ubileqi,ent deux jpws après. Je ds f^ire To^lverturç du corps , jet on reconnut q}ie liçç poumons élaien;t rouges , durcis , çonime |^épatisé$ , et qvi'iJ y avait beaucoup d'eau dan^ la poitrine et dajqs le péricarde. D'autres fait? de ce genrp spnt rapporlés par les auteurs concernant les hydrocéphalies , les hydrppi^ies de pipilrinje , l'a^cite après dps n^^ladiesinflamujiatolres , et einQo^:e p\)fs souyei;i,t ^pv^s ^t^ ui^ladie? ciguës ou cjjirpniqu^ a viec de;5 éruptions. jEn eflfei , çornbjlen de pe^-çpnqes , sjJirtput dç? çnf9,ns,^'pntrelle$ p^ péri d'|iyijropi^ie ^pr.ès 4es fièyr|25 érupjLive^^ 1^ roji^gpple pprticuliérçini^t ! Je n'ai p^s oub|ié .<jue M. je due de Cbaro^t est ainsi f^ort subite^ient^ pprés u^p petite-véroje en appçirençe très-discrète , saiis ^jgicttn sy^iptôoie darmam, le di^ièjggie jpiir, lorsqu'on le croyait hors de danger. On trouva l>eauco.up d'eau dans 1^ poitrine et dapsle péricarde ; il est vrai que la ppitrit^ était mal çqnfpriuée.chez ce malade ; ce qui pouvait ayoir concouru à l'épaachement^ o})s^ryatioii qj^'il n''e3t p^s inuûl^ de faire pour lie prognqstiç et le traitement d'une maladie^ surtout d'une d^ c^lle» qui peuvent finir par l'hydropisie.

ai2 DE l'hydropisie en général.

Je ne parlerai pas Ici de celle qui peut survenir après des fièvres continues ^ rémittentes ou intermittentes, les quartes surtout , parce que j'en ai traité ci -dessus (article iv) , ni de quelques autres hydropisies dont il a été question dans des articles précédensj j'ajouterai seulement que rien n'est plus fâcheux, soit dans les maisons particulières , soit dans les hôpitaux et hospices , que de laisser les convalescens, après des maladies aiguës^ et encore plus après des maladies chroniques , dans des lieux humides et froids^ et de leur donner de mauvaises nourritures , solides ou liquides , ou en trop grande quantité, les meilleures pouvant ainsi devenir funestes en surchargeant les voies digestives et en troublant leurs fonctions; la débilité qui en est la suite i«flue nécessairement ensuite sur le système absorbant , et l'hydropisie en est une suite si fâcheuse que le malade peut en périr , lors même qu'il paraît bien guéri.

Mais si , malgré toutes les précautions qu'on a prises, l'hycîrôpisie survient, il faut prescrire au malade l'usage des diurétiques un peu actifs , en aider même souvent l'eflet par l'application de quelque vésicatoire volant , non-seulement pour produire l'évacuation des eaux en soulevant et en détruisant l'épiderme , mais encore pour

DE l'hYDROHISIE en GENERAL^ ^21 3

donner quelque acûvité au (issu celtufaire f, aux voies urinaires et aux-iraisseaux absorbanSj, alors plus que jamais dans un étatd'inerûe.

Les eaux formant l'hydropisie étant ainsi évacuées ou considérablement diminuées^ on pres-^ crit les remèdes toniques^ les amers^ le quassia^ le quinquina , l'absinthe ^ les racines de poly gala , de serpentaire de Virginie^ les bois sudorifiques sous diverse forme ; les martiaux surtout sont alors bien indiqués, et, parmi tous ces remèdes plus particulièrement encore les anti-scorbutîques ont été éminemment éprouvés, ainsi que les sucs de cresson, de cochléaria, de beccabunga, etc. J'ai vu le docteur Boui^art faire uu grand usage des anti-scorbutiques dans les. convalescences, surtout après des maladies mal terminées ou dans des sujets en état à! épuisement. Je pourrais rapporter divers, faits parvenus à ma connaissance qui confirmeraient ce que je vien& d'avancer i.

ARTICLE Xin.

De THjrdropisie des femmes pendanLla grossesse

et après les couches.

Nous avons déjà traité de cet important sujet en parlant des hydropisies qui proviennent

!ir4 DE l'hydrôpisie en obnébal.

des altérations de divers organes ^ dé celtes du bas-vejfiire partîcuKélreïnerit , de la rtàtrice et de sds diverses parties. Nous y avons rappùrié un gi'ând nombre d'observations dont il esC résahé qu'ôtl a plusieurs fois crû que deal fènlTùés? étaient gro^ses> quoiqu'elles nele fussent pas, inais qu'elles àvai^tit été réellement alieiàtes d'hydropisie dâiïs fa matrice, dans l'es ovaires, âûns les trompes, etc. , rfau(!rés fois cependant en tnême temps qu'elles étaietït grosses; ce qui n'a pas toujours été facile à distinguer , ainsi que hotrs l'avons prouvé par qu'efqties faits que nous aTons rapportés.

J'ajouterai seulement ici qu'on voit fréquemment des femmes atteintes^ d'œdématie aux pieds et àti bas de^ jambes, à la finr de leur grossesse surtout , et que la leucophlegmatie de leurs êitréïnilés îftf(^rîétires jusqu'aux hanches n'est pas hoiï plus très - rare ; inais l'anasarque ou î'dydi'Oiiisfie géhéfale ëlterhé n'est pas si fréquente. Quant à riiydropisie par épanéhement dans le bas-ventre à la suite de l'anasarque , on la constate bieù moiDS souvent par l'ouverture du corps des femmes mortes pendant leur grossei^se , qu'on ne trouve de l'eati dans la ca\âté du bas-ventre des femmes mortes après leurs couches , et qui n'avaient même pendant leur grossesse éprouvé aucutic intumescence aqueuse externe*

DB i/hYDROPISIE EN GENEf^AL. 3l5

Cependant nous avons reçu clans Jes amphiihéâtres ou dans les salies de dissection , des femmes mortes pendant leur grossesse et à des époques différentes, dont nous ne connaissions pas les causes de la mort, qui avaient de Teau épanchée dans le bas-ventre, avec infiltration dans les ligamens larges et ronds , et entre le , péritoine et le corps de la matrice. Nous avons aussi reconnu des épanchemens d'une eau assez abondante ,, rougeâtre et chargée de con-^ cf étions glutineuses dans deux dames qui étaient mortes un ou deux jours après leurs couches, au grand étonnement du public (madame la comlesse de Damas -Crux et madame la corn* tesse de Graves), que Baudelocque, aloi-s le plus savant et le plus célèbre accoudieur de Paris^, avait accouchées à deux ou trois jours de distance , et auxquelles je donnai des sains ( car alors rarement raccoucheur était chargé seul de& femmes en couches)*

Ces deux dames, dont les grossesses n'avaient annoncé rien de fâcheux , moururent peu de j;Ours après leurs couches, qu'on avait crues heureuses ; et , comme ces deux événemens eurent lieu à peu de jours d'intervalle , on en parla dans tout Paris. On ne manqua pas de blâmer d'abord l'accoucheur ; mais quelques personnes ayant observé ^u'il devait dans peu accoucher

21 6 DE l'iIYDROPISIE EN CÉnÉrAï^.

d'autres dames irès-inléressantes qui étaient dans une grande inquiétude et dans une sorte de dé» liance sur Baudehcque^ crurent, pour les rassurer, devoir jeter tous les torts de ces deux fâcheuiç événemens sur le médecin qui avait été appelé, et par conséquent sur moi , qui débutais > pour ^insi dire, dans la carrière médicale. L'ouverture du corps de ces deux dames fut faite en présence de Baudelocque et de moi , de Marchais , accoucheur célèbre , et de quelques autres gens de l'art. 11 fut reconnu que dans l'une et l'autre dame la matrice était dans l'état ordinaire où on la trouve après des couches heureuses; mais il y avait dans le bas- ventre beaucoup d'eau rougeâtre et chargée de quelques flocons blanchâtres qu'on jugea être lymphatiques. 11 y avait aussi une pareille eau dans les cavités pectorales et dans le crâne , et les organes qui y sont contenus n'étaient pas sans infiltration. La réputation de Baudelocque ne fut pas évincée , et ma pratique n'en fut pas inculpée. En réfléchissant sur cet événement et sur d'autres de ce genre qui me sont connus, je les ai attribués à une disposition inflammatoire ; et , soit d'après ces faits , soit par d'autres dont jo ne puis rendre compte ici , voulant et devant me restreindre, j'ai eu, ensuite, dans ma pratique auprès dçs femmes grosses ^ un grand

DE LllYDROPISlE EN GENERAL. 217

ipoin de les faire saij^ner du bras lorsque je leur reconnaissais les moindres signes de plélhore sanguine , surlout à la fin des grossesses, et je ne me suis pas mal trouvé de celle mélhode , qui a cependant éprouvé de grandes variétés dans la clinique générale des médecins et des accoucheurs même, le plus grand nombre vou*lani se conformer à l'opinion du public qui redoute la saignée. Sans doute il n'en faut pas abuser ; toutefois persuadons-nous que c'esl peut-être de lous les remèdes le plus efficace en pareil cas; mais, comme les autres remèdes, il n'est utile que dans les cas que l'expérience a signalés. Ma mélhode sur la saignée n'a été d'abord fondée que sur celle des plus grands médecins que je suivais dans ma pratique commençante , et ensuite sur la mienne , et elle n'a point soufiert de variation dans ma propre clinique ; mais il n'en a pas été de même lorsque j'ai élé réuni à d'autres médecins : ceux-ci n'étant pas de la même opinion , j'ai élé rarement d'accord avec eux , et ils m'ont reproché , dans plusieurs de leuis écrits , tantôt de ne pas saigner assez , et tantôt de trop saigner. Aujourd'hui que la saignée par de très-nombreuses sangsues est fort à la mode y on m'accuse de la négliger dans des cas oit elle conviendrait; je crois, au contraire, que les pariisans de celte mélhode en abusent eux*

2l8 DE LIIVDROPISIE EN GENERAL.

mêmes, el qu'ils ont souvent ion de préférer la Saignée par les sangsues à celle par la lancette.

Lorsque les circonstances ne sont pas impé-s^ rieuses , c'est-à-dire lorsqu'il n'y a aucun trouble inquiétant dans les fonctions et surtout point^de grande difficulté de respirer , ni une très-grande propension à l'assoupissement, le pouls n'étant pas bien plein ni dur , et n'y ayant ni chaleur ^permanente ou fugace dans Thabitude du corps, s'il y a une grossesse bien déclarée , avec leucophlegmatie des extrémités , il faut s'abstenir de la saignée et prescrire des boissons apéritives ^ soit en tisanes , soit en bouillons , pour augmenter la sécrétion et l'excrétion des urines. Ou purge aussi quelquefois à des distances plus ou moins rapprochées, mais avec des eccoproliques seulement; l'estomac et les intestins étant souvent dans une disposition plus ou moins inflammatoire chez les femmes grosses , il faut craindre de les stimuler par des remèdes trop actifs. Mais si l'anasarque succédait à la leucopblegmatie , it faudrait , si les doux diurétiques et purgatifs de même nature ne la diminuaient pas, et surtout s'il y avait de la gêne dans la respiration , de la propension au sommeil , etc. , il faudrait, dis-je» diminuer d'abord la quantité d'eau contenue dans le tissu cellulaire du tronc et des extrémités par l'application d'un ou deuc vésicatoires aux

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extrémités inférieures pour soulever et enlever une portion de l'épiderme , et obtenir ainsi un écoulement plus ou moin« considérable de liquide. J'en ai quelquefois extrait et fait couler plusieurs pintes par celte seule méthode, comme ' .aussi j'en ai vu sortir beaucoup par des mouchetures très-superficifeUes de la peau : elles me paraissent bien préférables aux incisiotis profondes qu'on a plusieurs fois pratiquées et qu'on pratique encore au détriment des malades. J'en ai vu ainsi périr plusieurs de gangrène, entr'autres madame de Jànsorty dame respectable qui éprouvait depuis quelque temps une leucopblegmatie des extrémités inférieures. Je lui avais prescrit divers diurétiques sahs obtenir aucune diminution dé celle hydropisie; je m'étais même abstenu du vésicaioire, parce que je reconnaissais en elle un vice scorbutique , lorsque son chirurgien , trop empressé de la délivrer de sa maladie, lui conseilla et lui pratiqua des scarifications profondes au-dessus des malléoles intérieurement et extérieurement des deux côtés. La gangrène survint en quatre jours , et fit périr cette inléres* 5dTitë malade. Combien de faits semblables ne pourrais-je pas rapporter î Les auteurs en ont cité plusieurs, ei cependant on n'a pas généralement abandonné la méihode de pratiquer de preill^s scarificaiions aux hydropiques. On

220 DE l'hYDROPISIE EN GENERAL. \

a cru prévenir tout accident en sub&tituaul le moxa aux scarifications. 11 y a peu de jours que je voyais un malade très - connu , atteint d'une leucophlegmalie qui faisait des progrès ; on pouvait craindre non - seulement une anasarque , mais même un ëpanchement d'eau dans la cavité abdominale. Il était atteint d'un commencement d'ictère, et. on reconnaissait au toucher que le foie était très-proéminent audessous des fausses côtes et dans la région épi* gastrique ; il y avait des hémorrhoïdes ; son pouls était plein et dur. Je prescrivis des sangsues au fondement et quelques pilules savonneuses , rendues plus apéritives avec des extraits de plantes , quelques grains de calomel et d'aloès , ainsi que l'usage d'une boisson diurétique , avec addition de la terre foliée de tartre et de Toxymel scillltique, à des doses convenables. Les urines devinrent plus abondantes et toujours moins sédimenteuses et moins foncées ; la leucophlegmatie diminua considéra^ blcment ; le malade sortit plusieurs fois , il put même monter les escaliers glus facilement ; enfin il paraissait être en beaucoup meilleur état, lorsque, pour abréger cette cure, un médecin lui proposa d'établir un moxa sur la région du foie , à quatre ou cinq travers de doigt de l'ombilic, du côté droit, et à deux ou trois de

DE LHYDROPISIE EN GENERAL. 22 f

la ligne blanche. Ce moxa produisit une évacuation de pus considérable ; mais les urines dimi-* nuèrent en quantité et en limpidité ; Thydropisie augmenta de plu^ eâ plus , et le malade cessa de vivre en peu de jours.

On trouvera dans les ouvrages de Mauriceau , Pujos y Smellie, Lamotte ^ Baudelocquè et autres accoucheurs , ainsi que dans ceux de Morgagni , ZieufauJ, etc. y plusieurs observations et remarques surleshydropisies des femmes grosses. On y joindra celles que nous avons exposées précédemment dans ce même ouvrage, série xiii et page 2i.3.

La sortie de Tenfant et de Tarrière-faix ayant eu lieu , il faut que la mère se délivre graduellement et en un temps convenable du sang surabondant dans la matrice , ainsi que de l'humeur lymphatique laiteuse ou d'autre nature qui abonde en elle , et dont encore toutes les parties du corps sont , pour ainsi dire , imprégnées.

L'évacuation de cette humeur plus ou moins mêlée à du sang , se fait non-seulement par les voies de la génération sous le nom de lochies , mais .encore par les seins , surtout chez les femmes qui nourrissent , et encore par les urines et par la transpiration , en d'autant plus grande quantité généralement que la mère ne nourrit pas.

^22 DE L*1IYDK0PISIF. EN GÉnFRAL. •

C'est par toutes ces voies , quelquefois réunies p que s'éviicuent ces humeurs devenues excrémentiûelles , travail admirable d^ la nature. Sans cela ce résidu produit mille maux et à des époques souvent très-éloignjées de l'accoucbemeot.

L'anasarxji^e et les diverses hydropisies internes , avec ou s;^ns épanchemeni, en sont une suite malheureusement trop fréqueixte.

Il ne faut pas croire qu'il ny ait que les accouchemens lon^s et doiilourfeux qui p4jiissea|t par (défaut de ces excrétions avoir des ^uile^ fâ* cbeiises. Quelquefois l«s f^us heuneux deviennent funestes aux enfans et surtout à la mère^ parce que le dégorgement des voies utérines et autres ne s'est pas fsdt aussi complètement ni aussi régu« lièrement qu'il eût fallu. A'q^s le lait^ ou une bumeur qui en participa plus ou moins, sé^ journe dans l'intérieur de la matrice, des ov^r* res, des ligamens, des mamelles et dans tQi|.ile tissu cellulaire du corps en général ; car quelle partie en est eiiempte ?

Cette bumeur délétère donne lieu h div.ei:9 m^ux , très-souvent à l'^nasarque ou à des hjr.f» dropisies internes dans qvielqt^e organe , d^n^ quelque cavité , ou du moins les hydropisies sont->elles une suite fréqu^nt^ du trouble qui a ejx lieu dans l'excrétion des lochies. Aussitôt donc

DE L UYDROPISIE EN GINÏRAL. 223

que Ton voit que les femmes , après leurs couches y ont de la disposition à Fempliysèmc et encore plu$ à un commencement d'œdématie aux malléoles , au visage , etc. , il faut leur prescrire les boissons légèrement sudorifîques et apéritives , la tisane de racines de chiendent , de feuilles de scolopendre , de cerfeuil , qu'on aiguise avec le sel de duobus , ou le sel végétal ^ ou la terre foliée de tartre à des doses inférieures d^abord, surtout s'il y a de la tension , de la dureté dans le pouls , ou même on s'en abstient si la tension et l'irritation dominent pour se borner aux simples boissons relâchantes et légèrement diaphorétiques.

Il faudrait même , si les évacuations des lochies n'avaient pas été suffisantes , s'il y avait de ]'irritaiion dans le bas-ventre et quelques signes de pléthore, faire poser des sangsues au fondetiienl ou aux parties extérieures de la génération. Nous avons aussi plusieurs fois fait saigner du pied des femmes en pareil cas , et qui avaient même après les couches un commencement d'enflure des extrémités. Ces saignées ont eu les plus heureux effets, tels quelquefois que peu de temps a|>rèsy les malades ont éprouvé des évacuations de sang et d'humeurs séreuses par les voies génitales, par les seins et par la peau , qui Jeur ont été trèsfavorables. Quelquefois encore il y 9 en elles ^

*i24 DÉ l'hydrôpisie en GEJSrÉâAt.

après la saignée, une augmentation bien remar* qUable des urines et des sellés , ce qiii prouve que la plélhore était la seule cause qui s'opposait à leur excrétion.

Datis radministratioh dés diurétiques^ des diaphoréliques et des purgatifs , il faut avoir lou-' jours pour guide le degré d'intensité de là maladie; car, quels maux n'occasionent pas ceiix qui prescrivent les diurétiques et les purgatifs actifs avant qu'if y ait une certaine détente ! Ils déterminent bientôt l'irritation des organes , d'où il résulte que, loin d'opérer l'évacuation des humeurs comme on se l'était proposé, ils les ixj* tiennent dans le corps et y déterminent l'inflammation et même la gangrène.

Souvent les seules boissons aqueuses , le petitlait, l'eau de potilet suffisent pour déterminer'' l'écoulement des lochies et l'excrétion des sUeurs> âes urines, des évacuations alvines. Or, de pa-* reilles évacuations préviennent quelquefois Thydropisie après les couches , et elles peuvent suffire pour la guérir quand elle a lieu. Mai» Comment faire entendre à de jeunes médecins ce qui n'est qu'une affaire du tact, du coup-d'œil^ du discernement du praticien le plus et le mieux exercé ?

Cependant totrt le succès du traitement dépend de cette manière de procéder*

Madame Duùhilleàu éprouva , au quatriéuie jour d'une cpuche assez J;ieureu9e ^ une suppression complète des Ipûhies. II survint , peu de jours après , un gonflement considérable dans les extrémités inférieures^- avec suppression près* que totale des sueurs* et des urines ; une fièvre continue s'alluma , et divers redoublemens eurent lieu pefi^ant lesquels la chaleur était vive , avec une ektréme agitation des membres ; le pouls était plein, et il y avait un peu de tên« sion et de gonflement dans la région utérine^ en même temp» que la leucbphlegmatie des extrémités inférieures faisait des progrès vers le bas-ve;i|tre , le tronc ^ et vers les parties supérieures; enfin Tanasarque était imminente. Je crus devpi^ conseiller la saignée du pied, no«nobstant de fortes réclamations des assistans ^ de la garde et du chirurgien ordinaire de la maison : cependant la saignée fut faite ^ et si heureusement que les lodiies se rétablirent , ec que bientôt apnès les sueurs et les urines furent copieuses. Les :6eius se gonflèrent , le lait eu coula avec assez d'abondance ; Ténflure des extrémités inférieures disparut , ainsi que tous lea autres symptômes qui en présageaient d'autres plus graves. La malade guérit, quoiqu'on eût déjà répandu le bruit dans.iparb que je l'avais tuée.

520 X>K, L H^DKOPISIE EN OÉjXtHAt./

Les yésicatoires , à moins qu'il n'y i^it un degré. d'irritation trop coi^idérable^ peuvent être promptement poses aux ouïsses^ sinon immédia» tement, du moins après la saignée. Ils produisent souvent alors les plus utiles effets^ lors même qu'on n'entretient pas la suppui^^tion. Quelquefois cependant il est nécessaire de la solliciter et delà maintenir quelquetemps à la faveu^'un onguent exutoire. Il n'est pas indifférent pour le succès du traitement de bien distinguer ces deux cas. Autrefois on faisait moins d'usage qu'aujourd'hui des vésicatoires volans> non-seulenient dans cette circonstance , maïs encore dans d'aiitres. Je les ai prises en considération pour ma cond^itef

Si les boissons légèrement diaplionéiiques et diurétiques^ les infusions d^ cerfefliil, les tisanes de feuilles de chicorée > de pariétaire^ de scolopendre y de racines de chiendent , de canne ^ etc. , ne suffisaient pas. pour faciliter l'excrétion des humeurs réputées laiteuses^ par là transpiration et par les tiriiies, il faudrait preSfcrire des remèdes plus puissaî)s?, tels que les apozèmes avec les plantes apéritives^ les racines de chicorée sauvage, <de patience , une once de diaque ; d'éclairé, de garance, deux -gros *de chaque; les feuilles de Scolopendre, de pariétaire , les fleurs de gallium biteum, de souei^ à-peu-près une pincée de chaque.

DE L^HYDaOPISIB EN Gi£nÉRAL« :t2J

Ces pknies entrent dans le fametix apozème anii-Iaheui de Wemftf médecin des Ganfles- Suisses^ qui en faisait un secret.

Ce remède â «a une grande vogue , et avec quelque fondement^ ayant eu de nombreux suc* ces lorsqu'il était bien administré. Ce médecin empirique l'aiguisait plus ou moins avec le sel végétal et les^ follicules de séné à plus ou moins grande dose^ selon qu'il voulait que ce remède portât àla transpiralion, aux urines ou aux selles; ci réellement ôli Ta vu à Paris opérer des ctires étonnantes et pr^feerver plusieurs femmes dé rhydropisie parépaiidleniem'i en guérissant des anasàrques. réelles^ quelqueTois après que de grands médecins avaient traité les malades sans succès.- ^ •■ '. ■ .•• •• *

Au lieu de ces apozèmes apéritifs, diaphoréliques , emménagoguès ^ diurétiques , on.' prescrit dans des cws^ moins graves des bouillons avec lin peu de veau et les plàflïe^ aperiiives. L'expérience a en effet prouvé que , par l'usage de ces remèdes méthodiquement prescrits, la transpiration, les sueurs ujéme survenaient^ et que les urines se rétablissaient et déposaient une grande quantité d'une humeur blanche lactiforme, que des selles convenables avaient aussi lieu, ehfini que de» cachexies , des infiltrations, des œdématiés très<H!Onsidérables ; qui auVaient fini par pro-

^28 P£ l'hVDROPISIE £N GENÊftALk

duire une byclropisie mortelle , avaient été ainsi trè%»heiireilsenient guérîe%JËt de combien d'héu>* reux exemples de ce genrç notre pratique n'a*!'elle pas été couronnée , . dans uq temps où de grandes dames étaieqt mortes , à la suite des ooucbes/d'hydropisies diverses, plus ou moins prononcées , entre les mains d'aulres médecins > qui s'obstinaient à ne prescrire qUe.4e violens bydra^ gogues I ■ . ' '

Nous ferons cependant remarquer que lortque nous avons été appelé peu après les coucbes de quelques femmes dont noixs: avons été le mf> decin^' et que nous avons pu leur prescrire de doux vomitifs par Téiat de relâcbie •qui «existait , nous n'avons pas eu besoin 4^ recourir au traitement dont je viens de parler ^ tant les vomitifs ont été utilqi.

Nous avon3 aussi plusieurs fois reconnu les avantages des doux purgatifs profijorits daps cette circonstance avec moins de reiard que dans d'autres^ où le plus Jé^er météorismé du. -bas« ventrf et un peti de pléibore eussent pu nous en empêcher.

Les topiques peuvent, aussi être^ utiles dans^ ces espèces d'itiSltrations. On s'est utilemeni servi^ lorsqu'il y avait une trop forte tension et irritation des parties tuméfiées par les âiifiltrations^ des cataplasmes émolUensayec les fariiloa

DE L^HYDROPISIB EN. GE^iRAL. aag

cesolalives et apériiives, des bains tîédés même , mais avec une grandie, circonspection. On a fait dèsL fomentations ave^ les infusions de sureau, de cerfeuil, de pariétaire, ou avec la décoction des ognons. de scille quelquefois. On a vu aussi souvent avoir recours à des linimens dans lesquels entrait )a teinture de scille et de digitale pourprée. Enfin on a recouvert avec succès les membres tuméfiés de fe,uille$ d'byèble sèches et bien chaudes , ou d'autres moyens propres à faciliterla. transpiration*

Consultez Les bons livres sur les suites des couches , parmi lesquelles Thydropisie doit être comr prise. .

Observations diverses ^ avec ouverture des corps, extraites des auteut^s selon Pordre des séries y sur les causes éloignées ^ mais

reconnues , de thjrdvopîsie que nous venons d admettre.

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