ARTICLE IL
De VHydropisie pendant ou après diverses
Jîèvres.
Les auteurs sont pleins d'observations qui prouvent que diverses personnes atteintes de* fièvres dont la marche était irrégulière , qui s'étaient trop prolongées ou qui étaient de mauvaise nature , ont été affectées d'iiydropisie , laquelle à été souvent mortelle. Ds ont aussi parlé d'autres hydropisies survenues après des fièvres qui avaient été trop promptemeni arrêtées chez des sujefô souvent atteints d'embarras ou obstructions abdominales , dont la fièvre eût quelquefois pu seule produire la guérison (i).
La pratique démontre souvent la vérité de ces
observations. Il y a cependant des cas où l'hydro-
i' pisie est tellement dépendante dewjlèvre , qu^eil
guérissant celle-ci on guérit aussi 1 hydropisîe. J'en Ai été si convaincu quelquiéfois que nonobstant l'anasari^ue et les obstructions dû foie, même avec jaunisse , qui avaient précédé là fièvre pafidant laquelle l'hydropisie était survétïue^ j'ai cru, vu le danger des redoublemens
(i) Voyez nos Obseryathns sur F Apoplexie , pag. 127 et suîv*
DE l'hYDROPISIE EN GENERAL; 55
DU des accès , devoir prescrire promptement Tusage du quinquina , a très-haute dose , pour en arrêter les progrés. Ce remède a non-seulement répondu à l'idée que j'en avais conçue pour guérir la fièvre^ mais au lieu de nuire aux causes dont je la croyais provenir, tels que les en* gorgemens des viscères abdominaux , du foie ^ de la rate ou autres, il a concouru à leur guérieson , les malades ayant ensuite joui d'une santé parfaite.
-^. On peut voir à ce sujet l'exposé de quelques faits de ce genre que j'ai rapportés dans mon ouvrage sur les maladies du foie (page 499) f particulièrement l'histoire de la maladie de ma* dame la . marquise de VUlette ( i ) , atteinte d'une leucophlegmalie générale , qui pouvait faire craindre une hydropisîe avec épanchement dans quelque cavité , en même temps qu'elle éprouvait des accès de fièvre intermittente trèsirréguliers et fort dangereux. Je crus , nonob-* stant ces circonstances et une tuméfaction réniltente du foie , devoir prescrire le quinquina et à très - haute dose ; ce qui fut fait
<mmmm
(i) Cette observation a étc comprise parmi celles rapportées sur les heureux effets du quinquina en substance dans des maladies contre lesquelles on ne le prescrit pas i>rdinairement» ( Mémoire k à llostitut, 1822.)
54 '*>» l'hydropisik iw général.
avec un tel succès que non-seulement la fiçvre fut guérie y xaais encore que la leucopblegmatîe diminua^ et quelle fut ensuite dissipée par le traiteinenf ordinaire de l'hydropisie.
Voici encore un autre exemple :
B* Madame la générale Clausel avait une intumescence aérienne à chaque accès de fièvre intermittente; cette pneumatie disparaissait complètement après les accès, mais ils se prolongeaient et devenaient plus intenses : les pieds s'œdematièrent , les urines diminuèrent , et tout devait me faire craindre , si la maladie se prolongeait^ une hydropisie funeste* Cette dame, jeune et belle , avait , pendant les accès^ des assoupissemens comateux plus ou moins longs , et une res- - pîration stertoreuse; ce qui me faisait craindre qu'elle ne péril d'apoplexie , ses accès allant toujours en augmentant. Ce fut pour moi -un puissant motif de lui prescrire le quinquina à très** haute dose, et cela fut ùii avec un tel succès que ]e premier accès fut considérablinment diminué, et le dernier qu'elle eut. L'cedématie des pieds disparut , et il n'y eut plus ni assoupissement ni gène dans la respiration. La santé de cette dame se rétablit ensuite très-bien.
Combien les succès de ces traitetuens ne doi-vent-ils pas écre répandus quand on considère qu'il périt un très-grand nombre de personnes
DE l'hYDROPISIE EN GÉNÉRAL, 55
d'hydropisie par suite des fièvres continues , re-# mîttentes et intermittentes , qu'on pourrait quel-^ quefois guérir si Ton en arrêtait le cours par leur spécifique !
C. J'ai fait l'ouverture du corps de plusieurs personnes mortes d'hydropisie survenue après des fièvres y dont les viscères du bas-ventre étaient pleins d'obstructions; la cavité, de l'abdomen contenait beaucoup d'eau. Les auteurs citent de nombreux exemples de ces hydropisies et de pa*^ reils résultats de l'ouverture des corps.
Un malade dont parle Ponet (i) périt d'une hydropisie abdominale après avoir éprouvé une fièvre double -tierce.' On trouva vingt-quatre livres d'eau dans le bas- ventre. Laigneau^ cité par Lieutaud (2) , rapporte l'histoire d'une femme qui hiourut d'hydropisie ascite après a voiréprouvé une fièvre quarte. On fit l'ouverture de son corps, et l'on trouva dans le bas-ventre une grande quantité d'eau. Les intestins étaient noirs et desséchés. Il n'y avait point de sang^ ni dans le cœur ni dans les vaisseaux. La ^éjûcule du fiel était vide de bile , et la rate pesait plus de cinq livres.
On trouve dans les ouvrages de Morgagni > de
(1) LiBUTAUD, Histor, Anat. med, » lib^. 1 1 obs .264* {1) Voy. pIo8 bas l'article Hydropisies causées par rengorgement de la raie.
56 DE t'HVDROPISIE BN G^NERAtr
Senac y àe Lieutaud (i) el d'autres aviteurs fcélèbres y un si grand nombre d'exemples d'hydropisie après des fièvres cbntinues , rémittentes et intermittentes^ et ils sont même si cofnmuns, qu'il doit parahre superflu de les rappeler. Il faut y autant qu'on le peut ^ prévenir ces hy<dropisies f car le succès de leur traitement , quand elles sont confirmées , est toujours bien douteux. On a reconnu, à l'ouverture des corps , des engorgemens , des obstructions , des suppu« .rations même dans les viscères abdominaux «
ARTICLE IIL
DePJï/dropisie par pléthore des vaisseaux san^ gains j par inflammation et par suppuration des di^rses parties du eorps^
Quel est le praticien qui n^a pas remarqué que rhydropisîe était quelquefois la suite d^une pletbore chez les hommes et les femmes d'une forte constitution^ dont le cœur et les vaisseaux contiennent trop de sang ?
(i) LiEiJTAUD^ Histor^ AnaU med,y lib. I. , obs. jog;. Kbk IL y 4^9 > 53S; lib. III , obs. 555. — Voyez aussi les ouvrages de Baader, qui a rapporté plusieurs ohsec-^ valions intéf essantes à ce sujet,.
DE x'hydropisik ÏW cijfitiAL^. Sj
Cette hydrppisie est surtout commune ches les filles pléthoriques (|ui ont peine à être Tëglée», ou qui , après l'avoir été quelque temps^ éprouvent une suppression menstruelle : elle survient aussi ' souvent aux femmes qui , par quelque cause particulière , ont rapidement perdu leurs règles^ surtout avant le temps prescrit par la na« lurCé
Elle a quelquefois lieu dans les jeunes gens qui , habitués à perdre du sang par les hémoF« rhagies du nez ,' en éprouvent une trop prompte suppression ^ sans diminution graduelle antécédente, et surtout lorsqu'il n'y a aucune augmentation des autres excrétions qui puisse prévenir la pléthore et ses fâcheux effets ; ces jeunes gens, dis -je, peuvent alors être atteints d'hydropisie, comme les observations l'ont prouvé.
Les personnes d'un âge avancé n'en sont pas exemptes après la suppression d'un flux hémorrhoïdal considérable ; plusieurs sont aussi devenues hydropiques par une pareille cause , soit que l'eau qui formait l'hydropisie se fût écoulée des vaisseaux sanguins dans le tissu cellulaire ambiant , par la cotnpression que ces mêmes vaisseaux , trop pleins de sang , exercent sur les nerfs et les vaisseaux lymphatiques qui les accompagnent ; soit de toute autre manière qui
6q J^ l'hYDROPISIE en GÉN^RAr».
'Considérable. La respiration était gênée, avec une extrême difficulté d'uriner, et les urines étaient peu abondailtes , rouges, comme sanguinolentes» On craignait une collection d'eau da'US là poitrine. Mon confrère dOrigni, avec Iqui je fus appelé en consultation et qui était le médecin ordinaire du malade, dont îl connaissait le tempérament et les habitudes, proposa une saignée par une forte application de sangsues au fondement, et elle fut faite avec un tel succès que les urines furent rétablies. Une boisson de limonade. trèslégère, une infusion de pariétaire un peu nitrce achevèrent cette guérison.
C. Je pourrais rappeler l'histoire de plusieurs filles , qui , au moment de leurs premières règles , ont été bouffies ou œdématiées , et chez lesquelles la saignée du pied ou les sangsues , que j'ai conseillées , ont opéré les plus heureux effets. D'autres observations, qui me seraient propres, confirmeraient aussi que des œdèmes et des leucophlegmaties par pléthore, chez des femmes dont les règles avaient été promptément supprimées, n'ont été guéries que par la saignée, ainsi que l'hydropisie qui survient aux femmes après la cessation des règles dans leur temps critique^ et d'autres pendant la grossesse, ou même après la suppression des vidanges.
Lorsque la saignée est nécessaire dansFhydrOi-
pisie par pléthore sanguine^ lesdiurëtiques chaudd ne produisent non seulement aucune augmenta* lion d'excrétion dans les urines , mais^ aU con-^ traire , ils la diminuent.
On peut souvent en dire autant des purgatifs drastiques, iiydragogues , qu'on prescrit si fré-. quemment et indistinctement aux hydropiques* Lé docteur Bâcher, notre confrère et iancien ami^ qui a écrit sur Fhydropisie d'après ses'nombreuses observations , a rapporté plusieurs faits sur les abus des traiteiâêiiS échauffans dans cette aorte d'hydropisie , qui viendraient à l'appui des nôtres. Nous pouri:ions encore ciler d'autres cas qui' nous ont 4ii communiqués par de bons médecins , si d'ailleurs la doctrine que nous avons adoptée n'était confirmée pir celle de *$ydenham , Mead ^ Cullen, elMtres grands méde^* cins anglais. «
Les succès de la saignée , en pareil cas/ avaient d'ailleurs été reconnus auparavant par les plus grands médecins defantiquilé, ieh ffvUffifjpocrate, (Je Dietd in acutis).^ Alexandre de Traites , Paul dÉgine f Spon y Lazare -» Rivière > Bo" la/(i), Etmuller , Lister, Liitre , etc. ÇMém.
^-»—fAwdhjt— ^— ■ I I II I .P a I II II ■! I ■ 1 1> I .wk— — • I tm m
(i) De Curatione persan ffuinisMkionem, Lugcliin ; i58o , in-8. ! i
Cet outliipe est remarquable par les observations qu'il
de t Académie des Sciences). Mais il faut toujours apprécier les cas où les saignées couvieiinent et ceux ou elles ne conviennent pas : et ceux-ci sont les plus nombreux.
D. On a vu ^ en lisant no» résultats sur l'ouverture des corps des hydropiques, que fort souvent ou trouvait dans le cœur , dans les vaisseaux sanguins de cet organe et dans ceux du reste du corps^ une plus ou moins grande quantité de sang, plus ou moins concret et noir , excepté chez ceux qui sont devenus hydropiques après d'ex-cessives évacuations sanguines, ou après l'abus des saignées prescrites pendant les traitement, quelquefois par des médecins habiles^ mais qui en abusent. Or, malheureusement ce sont eea abus qui ont fai>quelquefois que d'autres médeôns sont tombés dans «n abus contraire.
Jl^ous dirons encore que les résultats des ou«* vertures des corps ont souvent prouvé qu'il y avait de l'eau dans les organes qui avaient été atteùçLts d'inflammation , ou dlns les cavités qui les contiennent , souvent sans qu'on eût reconnu cette inflammation pendant la vie, les symptômes ■■- ■ ■ Il ■ I I ■ I ■ I ■
contient en-ftrear de la saignée dans les hjdropistes ; mais l'auteur ea dNrop généralise la pratique, ce qui lui a mérite le blâme des médecins. Les vrais praticiens doi^ Tent savoir cm réprimer les abus.
ayant ëtë ^ peu prononcés qae les médecins n'y avaient fait aucune attention.
Les auteurs contiennent plusieurs exemples de celte espèce d'erreur. On peut cependant croire que le fnëdectn . prévenu qu'il peut la commettre ,. se met en' garde pour l'éviter, et qu*2tisatsit lés premières apparences pourpres^ crire le traitement indiqué. Il doit savoir en-^ core que la collection d'eau peut être la suite de» diverses altérations qu'on a trouvées alors dans l'encéphale ou dans le crâne > ainsi que dans là colonne vertébrale et la mœlieépinière; des con<« gestions plus ou moins etidi|rcies do diverse na^ ture ; des suppurations ou de simples ramollis* semens avec des 'engorgemens sanguins plus ou moins considérables dans le^ vaisseaux , les si^
nus, etc.
Quel est le médecin qui n'a ^ pas aussi recoffin des épanchëmens d'eau dans des sujMs morts souvent subitement , qui avaient plus oii moins de temps auparavant é pro u vé une pn e umonity quelquefois cbez des^j^rsonnes qui paraissaient avoir repris la meilleure santé', même après avoiir été saignées plusieurs fois, selon les indications, plus QijL moins de temps après la pneu^nie qu'on croyaîl être guérie?
L'inflammation du modiastia n'a-t^^ieile pas produit Uj9 épauchement d'eau entre ses lames ^
04 BE LHYf>llOPIS)Ë EU GExélUt*
bu dam la poiirine même ? Celle du péricarde n'a-t-elle pas aussi souvent causé l'hydropisie de ce sac membraâeu^? Enfin les observations n'ont* elles pas appris que rinflammation qui avait af* fecté lé cœur avait concoùrii à l'hydropisie du péricarde (i)? Combien de fois l'hydropisie 05'tite n'est-^lle pas survenue après l'inflamnuldoa des viscères abdomintaux en. général Ou en parti-* eulierl On pourrait rapporter plusieurs observa** lions qui le prouveraient^ si les ouvrages de Morgagnif de Li^ikUuid et de tant d'autres^ n'en contenaient un très-grand nombre^ dont nous ne donnerons que les^ résultats cliniques et ansftomiques»
Chez les femmes ^ Thydropisie a été fréquem* ment la suite de l'kiflammiation de la matrice et des ovaires» Nous j|Ous en sommes convaincus iioy*mêmes par l'ouvartur^ deà corps de quelques-un«t d'elles,, que nos. soins n'avaient pu soustraire à la mort (2).
( 1) Voyez aus&i noU;e Anatwnie mçdicale^ aux articles qm conceroent ces divers organes, ainsi que^ dans notre livre sur les Maladies du Pmie, celui qui traite de l'hydropisie.
(a) Les oèvi*ages de' Ya»*Swiéten\ de Mor^agif^ , de Lîeutaud , de Monro^ etc. ^ etc. > sont pleins d'exemples de l'hydÂpisie pendant ou après les maladies inflammatoires.
DE lWdROPISIE en G^N^bUL. 65
L'hydropisie ^r $mtie de rioflammaiion est donc extrêmement commune; sans doute que Tengorgement et Finduration des suCâ albuipi^ neut , qui en sont les effets bieni reconnijis , pro^ duisent uù reflux des humeurs dans les vaisseaux collatéraux ^ d'où il résulte que la circulation y est gênée, ralentie |SÙs|)endue^ que la sérosité du sang qui conserve sa fluidité s'épan-' cbe dans le tissu cellulaire ambiant , et se répand dans les grandes cavités p si elle n'est retenue dans le tissu cellulaire des paiiies mêmes qui ont été .le siège de Tinflammatii^^ ^ ,
Combien cette opiniosL sur la cause de Thy* dropisie n'est-- elle paa éloignée de celle qui ne rêconnatt que le relâchement des vaisseaux qu .que la dissolution de^ humeurs, causes qui peuirent être réelles dans quelques circonstances, comme, par exemple, dans le vice scorbutique, mais qui ne sont pas exclusives de celles que nous reconnaissons.
Le défaut de saignées , si efficaces dans l'iiiâammation, -peut qaelquefms être la seule cause de l'espèce d'bydropisie dont nous parlons ici,, sans doute par rapport à l'engorgement qui sur-vient ou qui reste permanent dans l'orgaqe enflanimé, lors même que la maladie parait avoir reçu ua amendement > ou même qu'on la croit
gnérieè
65 ' t>l L*HYDROPlSIÊ EN GENERAL.
Dans celte espèce d'hydropîsie, après la saignée y il faut prescrire les boissons hameetantes^ les diurétiques les plus doux , car ceux qui auraient uhe certaine activité , qu'on appelle diurétiques chauds , seraient alors plutôt nuisibles que favorables y et malheureusement on n'est que trop dans l'usage de les ordonner , et quelquefois jnême brusquement. J'ai cependant reconnu plusieurs fois leur danger , entr'autres chez M. de la Plane , âgé d'environ çinquantetîinq ans, d'une constitution très-irritable et bilieuse. Ce malade fut atteint d'une infiltration générale après une vive inflammation, du foie; les urines étaient d'une rougeur intense, troubles et peu abondantes. Je prescrivis de simples. boissons rafraîchissantes et rdâéhantes, légèrement nitrées, et les urines en devinrent plus abondantes et plus claires» On en espérait un heureux «ffet, lorsque, pour l'accélérer, un médecin de Paris , bon praticien d'ailleurs , crut devoir preacrire au malade, trois fois dans la journée, une prise de deux onces èhaque fois de suc de cochléaria et de cresson de fontaine, avec une demiKince de vin scillitique pour les trois fois. Mais ce remède produisit un effet bien contraire. Les urines ^ devenues plus épaisses et plus rouges, se supprimè*rent presqu-entièrement ; l'bydropisie augmenta et le malade mourut peu de temps aprc^. ,.
D£ L hYoKOPISIS ËN GENERAL* 67
J'ai eu un auire exemple dû ce genre duns le trallieiiiem^e madame la marquise de Lavilleme^ neuxy d'une Porte constitution et. grasse; elle était très-connue dans Paris par quatre à cinq maris qu'elle avait eus suwessivement et sans être en*core très« vieille» Elle eut un violent catarrhe ave6 une Porte douleur gravative et unie expectora-tion muqueuse et sanguinolente* Je voulus lui Paire Paire une saignée du bras » iHais elle s'y op« posa^ un vésicatoire Put mis sur la poitrine et la malade parut guérie en quinze jours. Quelque temps après elle éprouva un retour d'une co^ lique hépatique , violente^ inflammatoire^ dont je l'avais déjà traitée avec succès quelque temps avant sa dernière maladie. Les urines diminueront en quantité 5 elles étaient rougea, Caisses; Içs extrémités inPérieures s'œdématièrent ;^ et l'ascite parut imminente* Des diurétiques que j'avais prescrits paraissaient la diminuer^ et je n'étais pas sans quelqu'espérance de «uccès. Mais afin d'a^-ii célérer le traitement . une dame de ses amies ré-* clama le remède d!un charlatan qui habitait le Temple pour se soustraire aui^ lois de 1^ police. . <
Le uommé Graille Put appelé; il lui pimcrivit une tisane diurétique légère et up peu laxative. Ce remède lui ayant fait rendre beaucoup d'eau par les urines ;, la mit en état de sortir en voiture
68 DÉ L^IYUROPISIÈ EN ciiviRAt;
dans Paris et sur le boulevard. On cria partout au miracle , d autant plus , disaît-on , qu'un médecin dont on n'avait • garde de taire le nom ' l'avait mal traitée : en effet cette tisane peu stimulante, diurétique lui avait été très -utile. * Mais le succès du nouveau remède fut de courte durée; un purgatif drastique, prescrit par ce même empirique, fut bientôt suivi d'une sup- ^ pression totale des urines. L'bydropysiefît de nouveaui progrès et devint bientôt mortelle. Cet exemple infirme ce ([ViHippocrate nous a dit des charlatans : Qui igiiur nihil prospiciunt , sœpe nihil peccant. Il prouve aussi que les charlatans en agissant sans principe ni méthode peuvent changer la situation d'un malade qui est dans le meilleur état, jen une autre plus fâcheuse et même mortelle*
Une cause très-commune des intumescences aqueuses, souvent précédées de la pneumatie, c'est la suppuration de quelque partie interne. On a observé dans tous les temps que les per*sonnes atteintes de phthisie cérébrale , pulmonaire, hépatique, splénique, mésentérique, ré-*' nale , etc. , enfin que toutes les personnes at« teintes de quelque suppuration ou de quelque foyer purulent, pouvaient dans la dernière pé--' riode de leur maladie surtout , ou même quelque- , fbb plus tôt, être atteintes d œdématie aux pieds^
DK L^HYDROPIftlE Elf ohiinÂïj. 69
auv ihainSy au visage ^ et qu'elle était souvent suivie de la leucophlegmatie générale , laquelle pouvait, dans cetfe hydropisie comme dans celles par d'autres causes, finir très-souvent par un épanchement niort^ d'eau , plus ou moins considérable, dans quelque cavité du corps; épanchement qui est aussi quelquefois survenu sans apparence extérieure d'œdématie»
Combien n'ai-je pas vu de personnes périr d'une hydropi^e du cerveau, des poumons, des cavités pectorales, du bas-ventre, etc. , et chee lesquelles on s'est convaincu par l'ouverture des corps qu'il y avait des foyers de suppuration dans un ou plusieurs de ces organes (i), ou dw^ d'autres plus qu moins éloignés d'eux !
Bien plus, l'bydropisie succède ou se réunit C|iselquefois aux ulcères extérieurs, mais moins viêl sans doute à cause de l'issue du pus hors du corps, ce qui explique pourquoi le& malades atteints de quelque ulcération interne, qui éprôn* vent des évacuations de pus par l'expectoration , par les selles, par les urines, etc., sont bien
— **"'W I 11 I ' I ' T*WsW . U I ■ I n — — w— ^—1 — i>^MPfii»T^i^^
(i) Voyez dans VHistor^ yinat. med. de Lieutaud, les observations nombreases qu'il a rspportëes 9 et que nous avons réunies dans notre table » tom. II, pag. 555. On y trouvera des exemples ^ extraits de divers auteurs , d'hydropisie des cavités du corps par suite de suppurations in-v ternesr
^O DK l'iiVJ>ROPISI« BN OENIRAL*
plus tard que les autres atteints d'bydrofusie ^ s'ils le soni même ; ear phisieurs de ces malades sont morts sans en avoir eu aucune.
Quant au traitement , il ^ y a point de remède contre une telle bydrdpisie; s*il- pouvait y en avoir , ce ne serait que par la guérison même cb l'abcès ou de Fuloè!^, mais comment l'opérer? Le quinquina donné à haute dose n'est pas toujours alors d^une grande utilité ; s'il est quel** guefois arrivé que de pareilles hydropisies aient été guéries par des évacuations purulentes, par lessellesou par le vomissement, c'est parce qu^eiles provenaient du canal alimentaire ou départies qui is^ sont dégorgées (i)du pus qu'elles contenaient^ après avoir contracté des adhér^aces avec ce oa-»iial(i). Si les abcèftdu poumon ou autrç^ ont été guéris par ^expectoration comme dans la vomiiui^ ces cas sont bien^ rares* Cependant les aut wm Gfi ont rapporté divera exemples»* J'ai aussi r6% «aeilfi quelques &its de ce gestre qui m'ont paru assez remarquables <
Un( jeuae ecclésiastique que je triaitais d'un# maladie de poitrine fut atteint d'une leucoh*
(t) Ob trouvent ie$ ex^mpl^«, d^us noire ouvrage sur les maMies 4^ioie« 4'ab<;ès.()e cet qrgaiis gu^rU pi^r réracuaiioD du pu» pur roxpeçtoxatiou j^ le vaau;s««««^ ment ^ les selles.
DB L IIYQROIÎISIE EN C£N£AAL« 71^
phlegmatie telle que le volume de son cOrps était
monstrueux; sa respiration était très-difficile. Je. croyais qu'il allait périr d'une hydropijsie de poitVine. Des quintes de toux survinrent ; \e malade rendit beaucoup de^us par l'expectoration. Soii pouls devint plus libre ; la respiration fut plus facile, ses urines se rétalt^irent, l'enflure diminua, et enfin ce jeune ecclésiastique, que je croyais condamné à une prompte mort, recouvra une parfaite santé.
Un succès aussi heureux a eu lieu à l'égard de M. le comte de Barrai, il y a neuf à dix ans, et ce malade vit encore perclus de goutte dans les extrémités infélieuresi ^ dans les genoux surtout,, ce qnii'empecbe de se mouvoir (i).
Une femmevde-*chaniibre de madame la com-^ le^se de JFeniAnii^iVii/te;?, alors ambassadrice d'Es^ fijgfie en France , mademoiselle Jfâaccarthi , m'^ fourni un autre exemple de leucopblegmatie par une suppuration: dans Ift poitrine. On crogcpit qu'elle allait suffisqiter d^une hydrothorax par rapport à i-extrémie difficulté, de respirer qu'elle, é p roura i t , lorsqtt'ayant rendu, par une expectoration violente en forme de vomissement, une grande . quantité de pus , elle eut la respiralion plus li]l)rc; l'endure du corps disparut en
(1) Ce 0isila4ttt^iitfii#rtfqiiedtoii9 Tannée /i 8a I.
f2 m L^ononsifi EN ùhfiRÂL.
peu de |ours^ tes urines étant devenues ti^r fibondantes ainsi que h transpiralioû ou plutôt les 8r*eurs (i)*
Une jeune filte portait une tumeur au foie depuis long*iemps ; une by<9^pisie générale sur« tint avec tes apprences d'un commencement de fluctuation dans le bas-ventre. On avait décidé ^e la ponction lui serait faite sous peu de )oars ^ lorsque la malade rendit une grande quantité de pus par le fondement; la tumeur du foie dimi« Hua, disparut, et Fhydropisie fut guérie (2)^
On a divers exemples d'une terminaison aussi beureiise de Fhydropisie par suite de l'évacuation dVbcès plus ou moins considérables. ; mais oe sont des cas si heureux que l'on ne peut pas j eompter dans la pratique. Je sais qu'on Si^'est flatté d'av-oir heureusemisnt prescrit des vomitifs pour (^voriset ' la rupture et révacuatipn de pif* ralsaboés; mak comment et d'après quelles Imnai^pes' pourrait-iOQ asseis counatire un pareil tftal pour oser prescrire uu semblable remède? Ne devrait-on pas. craindra que les efforts du va-%
(1) On trouvera des exepgples seuibl^bj^ JAUS (lotrç 00% yrage fuf la PhthU^pulmonaire^^ .
(2) f^oyç:^^ 4ans notre ouvrage sur le? Maladies 4^ Foie, rexemple d'un abcès du foie avec feucbiphlegma-i^ tie gënërajie qui fut gaéjrie pariin vomineinent de pus^ l'abcès ^n ioi^ s*é(«Qt pavert /dhuM restonMlQ . etc^]. eUs
missement, au lieu de procurer une excrétion aussi salutaire, ne fissent p^rir plutôt iemalada de quelque ^paucbenaent intérieur?
ARTOCLE IV.
Des ffjdropisies (juiprécèclent^accomp0gmntîeSi maladies éruptis>es ou qui leur succèdent as^ec Jiès^re , ainsi que de celles sans^fièvre qui sont compliquées de divers vices*
Les bydropisies sont une suite fréquent^ des éruptions cutanées avec fièvre, plus pu moins irragulière ou mal traitée , ainsi que de celles qui sont sans fièvre : parlons d'abord des pre« miéres y nous parlerons ensuite des autres* Les auteurs contiennent une multitude d'exemples de c^ hydropisies. On a plusieurs Ais reconnu, ^près la mort d^e ceux qui en avaient péri , que le$ viscères étaient diverî^ement affeciés , tantèl d'inflammation et tantât de suppuration ou d'ul« cération» quelquefoisde ramoUissemensavec aug« mentation ou (diminution de volume (i); on y a découvert des, efflorescences qu'on a comparées
(i) Notre Taéle synoptique ieV Histoire anàtùmique de Lieutaud contient divers etemplet â« ces hjdrorpisîesi rapporta par divers aàtears.
^6 DE t'iiYBROPISIE EN CEMERÀL;
matin et sok , sur toute rhabitude du corps.
L'emploi de tous ces remèdes^ exige plus .ou moins de temps ; les exercices que prennent tes malades doivent être proportionnes à ' leurs forcés; l'équitatiou y dans les temps seos, peut leur convenir; un bon régime > et surtout un usà^ modéré des boissons est bien nécessaire ; toutes doivent élre plus ou nK>ins toniques dans Ja plupart de ces maladies.
Voyee les arlic!» divers relatifs aux bydro-^ pisiesdans lesquelles il y a- des éruptions à la peau; celfes sartout de nature dartreuse qui ont été signalées comme câuse très-fréquente de rby* dropisie* J'ai plurieurs fois remarqué que leur disparition trop prompte de la peau , soit pâf la nature de la maladie^ soit par de mauvais traitemens^acraiiiiOté suivie d'œdématie^ de leuoo» phlegmàtie 6u d'hydropisie i par épanOhement ^ dans qtœ)que< eavité du cprps. J'ai vu des bydi*opi»es dont - on craignait beaucoup le .dan«^ gecy^imîniier, cesser même, par d'abcxidantes excoétsons d'urine y et^elquefois de sang dés que les dartres reparaissaient à la peau. Qu'on juge dboc'coinbien alors: peut être utile l'application des vésicatoires, Tusa^e des sudorifiques, comme les sulfureux^ et quelquefois aussi jes remèdes contre le née scrophuleux ^ auquel le dartreux tstaouvMt réuni» • .
DE L!aYDROP161£ CM GËlHiaALé ^^
Les * faydropisies par les vioes herpédque # psoriqoe^ érysipélateux et autres ^ par des maladies cutanées , ont été observées et décrites par les auteurs^ qui en ont rapporté des exemples plus où moins détaillés. Nous en avons citéquetques-uns dans notre table noaologique.de XHis-^ toria AnaU med. de Lieutaud ; et en effet combien de fois les praticiens' et nous-mêmes n'avonsnous pas observé de pareilles hydropisies trèssouvent causées par. des tm>iques i*épercussi£s , ou même par des remèdes pris intérieurement qui ont troublé la marche naturelle de ces éruptions I
Nous avons eu sous les yeux divers hydropi** que;â^ qui le sout devenus pendant les troubles révolutionnaires^' après des gales^ très-communes alors I lesquelles avaient disparu par <les renièdes qui^ au lieu de favoriser la transpiration^ l'avaient interceptée, quelquefois non^-seulômént par des topiques ^ mais aussi par de mauvais remèdes internes et surtout par des purgatifs trop violens.
Nous avons aussi vu et plusieurs fois des malades qui étaient devenus hydropiques après avoir pris un trop grande nombre de douches ou des bains sulfureux. Jeu pourrais eu ter des exemples^ enlr autres celui de M. JQiiipuis ^ atteint depuis longues années d'éruptions herpétiques sur diverses pariies du corps ^ ^^'U supportait
^8 DE L IIYDROPISIE £N céjSERAh.
sans aucune lésion des fonctions^ et voulut cepec^nt s'en délivrer* Lea dépuratifs divers, furent pris^ il fit levojTQge des Pyrénées, où il prit les bains de Bagnères de Lmcltan et aussi de Ba^ règes. Il revint en meilleure santé à Paris. Je lui conseillai de ne plus insister sur les bains sulfureux , mais seulement d'user des divers dépuratifs intérieurs à quelques époques de Tannée V^^ de suivre d'ailleurs un régime favorable* Mais mes conseils furent super^us ; la bcnsson^ les douches et les bainsdes eaux sulfureuses les plus fortes furent repris à Paris avec plus d'instance qu'il ne l'avait encore fait ; une diarrhée à laquelle succéda une dysenterie affreuse survint, he corps se tuméfia par une énorme anasarqûe et le malade mtourut. On tixHiva beaucoup d'eau dans le basventre.
Je pourrais rapporter d'autres faits à-peu-près semblables. sur l'abus des rençièdes contre de» vices herpétiques guéris horsf de propos > si je ne voulais me restreindre pour ne pas trop gro»-. sir cet ouvrage , qui ne sera peut-être que trop volumineux.
Souvent des malades atteints d'une éruption érysipélateuse se sont tuméfiés horriblement par quelques emphysèmes dans quelque partie du corps ou dan^ toute son habitude, auxquels l'hy^* xlropisie a succédé» Plusieurs personnes, sont
DE XtBYDtlOPlSlS ttf &£ï<ï:RALIi. yg
mortes d^ua épaBcliemeai ^reux dans les ca viles inieriiesi , quelquefois subitement , leau s etaat pc^rtéd dans le <:erveau ou. dans la poitrine.
Combien n'avons*0ous pas été effrayé en don«nant des soins avec MM. Dupqytren et Jouart à M. le comte de C** Gr*t*>. sur les dangers qu'il courait dans une érvUpticm presque sur toute l'habitude du corps y de nature érysipélato-^artreuse qui lui est survenue à la suite d'une iumé&clion considérable^ jtrès-dura^ de la main Hanche ; qui paraissait arthritique, quoique le malade y tiès'^âgé^ n'eut encore ressenti aucun •accès, de goutte^ La nature f heureusement aidée par l'art , parvint à évacuer uue énorme quantité d'e^u interposée entre Tépiderme et le corps muqueux de la peau , et à détacher heureusement répiderme par de grandes desquamations : •c'est sans aucun doute ce qui a fait que cette -énorme quantité d'eau ne s'est pas épanché» dans le corps. J'aurais désiré que ce malade., moins confiant dans les ressources de la nature ^ se fût laissé mettre des vésicatoires ou un: cautère; mais il ne voulut jamais y consentir. Il est mort trois mois ^après d'apoplexie ipausée par un épanchement aqueux et sanguinolent dans le cerveau»
A l'imériear, il faut prescrire l'oiage des dia-* phorétiques, et quelquefois leSrSudorifjques, mais •toujours en consîdérantrétatdun(]^lftde^qui pourrai
80 DE L'HTtAO^iSllC XH d^NERAiié
être disposé à Finflammatioii , et alors il faut se borner à lui prescrire les boissons adoucissantea. J'ai vu commettre de grandes fautes par la pres« cription de remèdes trop e^citans. Ce n'est que lors-i qu'il y a réellement de l'inertie qu'il faut le^ con* séillefé Lorsque le malade éprouve de la sueur et que les. urines sont abondantes ^ les purgatifs sus* pendent souvent ces excrétions, d où résuUebien plus d'inconvéniens que le purgatif n est profit» table , sans doute parce que rien n'est plus corn* mun en effet que devoir la constipation survenir lorsque la transpiration est augmentée , et cesser d'avoir lieu lorsque .celles est rétablie, sur« tout s'il y a de la sueur : n'est-ce pas ce qu'on observe tous les jours dans ceux qui sont atteints de plithisie pulmonaire ?
• D'autres affections morbides sont survenues par réciprocité des affections cutanées et intestinales. J'ai quelquefois prescrit la poudre de Dawer avec succès , pour faire reparaître les éruptions cutanées, à la dose de quatre à six grains, deux ou trois fois dans la journée*
Pour prévenir les récidives de cette sorte d'éruption , je n'ai pas négligé de conseiller Jes remèdes qui paraissaient appropriés , particulière*^ ment ceux i|ui pouvaient faire couler la bile , laquelle , dans la plupart des maladies cutanées , est plus ou moins stagnante dans le foie et altérée.
J'ai fait, un grand usage des sulfureux et surtout des eaux minérales de celte espèce , sans négliger de faire établir un cautère et de prescrire un bon r^ime»
C'est en suivant Un pareil plan de conduite (iju'on peut prévenir Thydropisie après la trop prompji^ disparition des exanthèmes et autres éruptions cutanées avec fièvre, ou même la guérir lorsqu'elle ne fait que commencer»