ARTICLE IV
Des Hjçîropisies par des engorgemens (i) ou obstructions des organes^ et par suite dautrçf altérations. . r**
Les obstructions des divers organes , qui sont si frJquenies ^ sont une cause réelle et trèscommune d'hydropisie (2). Ce n'est pas seulement , comme plusieurs auteurs Font dit , parce qu'elles compriment les vaisseaux sanguins et lymphatiques qu'elles s'opposent à la libre circulation des fluides ; mais encore parce qu'en troublant l'action des organes , elles altèrent leurs fonctions et la matière même des liquides sécrétés ^ d'où résulte la diminution et même la suppression de la sécrétion des urines , ainsi que de la transpiration, sans toutefois toujours diminuer la faculté absorbante des vaisseaux destinés à l'absorption dans la peau
(i) Ab Opllaiione vîscerum. Sauvages, Nosologie mêthod, , t. ÎI , pag, 5oo.
(2) On trouvera des exemples de ces hydropisîes dan» la plupart des auteurs qui ont écrit sur ranalomie médicale , ainsi que dans l'extrait de ceux que nous ra['porterons plus bas.
DE LHYÔROPISIE KN CENÉrvAL. î ig
^t jdans les membranes internes , ou autres organes absorbans (i); car rbj^dropisie pourrait être l'eiFet d'une disposiiion morbide de ces vaisseaux , telle que la taculté qu'ils ont d'absorber les liquides fut beaucoup plus ae« fivé , plus considérable en proporlion que celte des organes excréteurs ; d'où résiiherail alors nécessaifemetit une collection dé lîquidè^^dâns le corps , et bientôt une véritable hyarôpi*sie.
En effet , les observations ont prouvé que la faculté absorbante de la peau pouvait tellement augmenter que l'eau contenue dans ràtisiosphè'rc la pénétrât outre mesure , et qu'elle s'accumulât dans le corps , si lès urines et les autres excrétions n'étaient pas proporliohheîlèment augmentées (3). =^
Les bydropisiés né sotx pas seulement occasionées par Ifes obstructions des organes internes de la tête, de la poitrine, dU bas-ventre, mais aussi par celles du tronc et des membres , eri
(1) J^ojrez ce qui d été dit dans notre Anal, méd: au sujet de l'opinion de ceux qui croient que les veiuet peuvent aussi jouir de la faculté absorbante.
(2) Ployez Tes Observations curieuses rapportées par Mead^ qui prouvent ce point de doctrine. Monila ci Pnceplade H) drop, j lora. VIII, pag. 27.
quelques parlies du corps qu'elles soient placées.
La tête et le cou, par exemple , se tuméfieut; s'enflent par diverses causes, comme par les érysipèles, la petite-vérole, la rougeole et autre» maladies éruplives , par les onctions oléagineuies ou graisseuses, ou autres applications extérieure». C'est par ces causes que l'air ou l'eau se ramassent quelquefois en plus ou moins grande quantité dans le tissu cellulaire. Nous avons vu succéder à l'emphysème l'œdématie du bras droit dans un homme dont la parotide et la glande maxillaire lymphatiques du cou du même côté s'étaient gonflées et durcies.
On sait que les bras sont quelquefois enflés par suite de pareils engorgemens dans les glandes axillaires; que les extrémités inférieures éprouvent des gonflemens aériens ou aqueux lorsqu'il y a de pareils engorgemens dans les glandes ia«* guinales, poplilées, etc.
On n'en est pas surpris quand on considère que les glandes trop gonfléesiOu endurcies, en arrêtant le cours du sang et de la lymphe , donnent lieu à l'épànchement de la sérosité dans le tissu cellulaire , et qu'ainsi se forment les intumescences aériennes ou aqueuses qui peuvent se borner k un seul membre ou gagner tout le corps.
DE L'fiYDBQf'ISlE EN çitiiRAh. 12 1
J'ai VU à la suite d'un gtTDflemeAt inflàmn matoire de là parotide droite^ la téjie s'enflèr ainsi que le cou jusqu'à l'épaûIe, d'abord du seul côié de la parotide tuinç£[ée> et ensuke de Fautrecôté du cou • Le gonflement qui a vait ëté^ au commencement j emphysémateux, ne conservait pas l'impression du doigt , maïs ensuite il devint pâteux et paraissait formé d'un liquide glutineux. L'œdème s'étendit dans la partie supérieure de la poitrine et même jusqu'au bas-ventre ; mais la glande parotide s'étant ramollie et ayant laissé couler une grande quantité de matière purulente, l'enflure œdémateuse fut bieniôt^dissipée.
Le malade dont je vais parler ne fut pas si heureux. Je fus appelé, en 1804, pour donner des soins à M. *** , rue Bassc'^it'Rempart , par M. Coad, sm médecin ordinaire. Ce malade^ âgé de trente-cinq- ans, était d'une forte constitution ; il se plaignait de douleurs atroces dans les extrémités inférieures et dans le tronc , quelquefois avccdes convulsions et perte de connaissance. On croyait que les douleurs étaient de nature rhumatismale ; et comme elles étaient extrêmes et que le pouls était plein et dur , des saignées furent pratiquées; on prescrivit l'usage des boissonsrafraîchissantes, adoucissantes , diurétique» , des bains, des fumigations et des calmans-à l'intérieur. Les douleurs diminuèrent et cessèrent pendant
122 DE l'hYOROPISIE EN GENERAL.
quelque t^tùpÈ ; lii^is elles se firent ensuite hor* ï'iblement réssetitîf ^ surtout dans la soirée et dkns k nuit: il s^mb^tqn^elled avaient quelque périodicité^ que fOu)s les dent jdurs elles étaient plus violentes^ tellement que le nialade voulait se jeter par la fenêtre. On îe saigna malgfré lui ; après les saignées et lés bains, etc., on reco^urut au quinquina à haute dofiie et en poudre, sans Sruspendre l'usage dés caïmans , qu'on crut au contraire devoir augtneûter. Vains secours ! lesdouleurs devinrent de plus en plus insupportables.
Eu etaminsmtce nialade, nous aperçûmes , M. Coad et moi, une tumeur de la grosseur d- une noix à la partie latérale droite et un peu antérieure du cou , à trois travers de doigt ati-dessus de l'extrémité humérale de la clavicule. Gçite tumeur était dure, inégale , un peu douloureuse ; nous la i^mes couvrir d-un cataplasme émollieiît et anodyn. Cependant elle augmenta de volume ; elle devint de plus en plus douloureuse , et se durcit considérablement , ainsi que les glandes de l'aisselle. La^ moin s'enfla , et Feuflure gagna l'avant-bras, le bras, l'aisselle, en même temps que le cou ,* surtout du coté de la tumeur quï faisait elle-même des «progrès. Le visage se bouffit généralement , mais plus du côté gauche que du côté droit. Il survint un emphysème de
DE l'hYDROPISIE EN GÉnÉKAL. 125
la poiuiuc. Cependant lès douleurs se calmèrent; mais les faiblesses, succédèrent ; le pouls s'affaiblit et devint d'une extrême lenteur et très^ inégal; la respiration fut laborieuse^ et le malade mourut avec tous le$ symptômes de l'hydropisi^ de poitrine. On fit FouVerlure du corps, et Ton trouva en effet, beaucoup d'eau dans les deux cavités pectorales , le cœur très--ample et d'uii tis$u très-r^cbé, avec augmentation de. volum,e dans ses parois, surtout dans celles dii ventricule gaucbe. 11 y avait des engorgemens lymphatiques dans le mésentère ; les glandes axillaires du côté, droit étaient très-du^es , icu^ales , rouges et disposées au cancer. Le cerYeau était endurci.
L'emphysème et l'oèdématie , tant extérieurement qu'ii^rieurement, peuvent survenir dans toutes les parties et occuper un plus ou moins grand espace, Souvent selonJa pi us libre commu^ nication du tissu cellulaii^ 1*161 le trajet dçs nerfs ou des vaisseaux.; ils peuvent finif par une léucophlegmaiie générale qui se termine elle-mèrbe trop souvent par un épanehement d'eau dana quelque cavité. Souvent l'emphysème dispatraît alors , se réunit à l'hydropisie ou lui succède ; car il n'y a rien de constant à cet égard.
Mais pourquoi ces emphysèmes et ces hy-
Ï24 DE l'hYDROPÏSîE en CÉiNTERAll;
dropisîes , d^èxiernes qu^ielles sont d^abora p deviennent- elles internes ? Cest v^s -souvent parce que lo tissu cellulaire externe a une plus libre communication avec celui de quelque cavité. Par exemple , celui du cou communique avec celui de l'intérieur de la tête ; le tissu cellulaire des extrémités supérieures communique ou plutôt est continu avec celui des poumons, tandis que ce dernier communique avec celui du bas-ventre. Or, celte réciprocité de communication de l'extérieur à l'intérieur, existant également de l'intérieur à l'extérieur , il en résulte souvent que les emphysèmes et les hydropîsies de la tête se manifestent par la tuméfaction de ces parties externes, de même que l'emphysème- et Fhydropisie de la poitrine se prononcent par la tuméfaction des aisselles , des bras et du thorax du côté du poumon malade. La même chose peut avoir lieu dans léis extrémités inférieures lorsque le siège de la maladie est dans le bas>vcntre. On a vu plus d'une fois un côté du corps entièrement emphysémateux ou cedématié, tandis que l'autre côté était dans l'état naturel (i).
(i) On peut voir a ce sujet nos Observations sur cet objet , article Tissu cellulaire , tome II , pages 6 et soiv.
DE L^HYDROinSlE EN GENl^RAL. 1^5
Quant aux causes locales situées dans la tête, ^les peuvent résider dans le crâne^ dans les membranes du cerveau , dans le cerveau lui-même et^ dans les nerfs ; elles sont très - nombreuses , comme on peut s'en convaincre par le résultat des autopsies cadavériques.
Les bydropisies de la .«poitrine sont une^ suite fréquente des tumeurs^ obstructions ou congestions diverses des parties contenues dans cette cavité, telles que les poumons , les plévres> le médiastin , le cœur ; il suffit d'y réfléchir, pour être convaincu que ces lésions empêchent les poumons de se développer convenablement dans l'inspiration ainsi que ferait la mauvaise configuration de celte cavité, avec rétrécissement de ses parois; d'où il arrive que l'iiydrothorax ne tarde pas souvent à survenir soit parépanchement d'eau dans les cavités pectorales , soit
par infiltration dans les poumons. En effet , la plupart des congestions qui se font dans les pou* mons sont, les résultats tantôt des pneumonies mal terminées , tantôt des congestions scro* phuleuses , vénériennes , scorbutiques : aussi l'hydropisie de poitrine en est - elle souvent la suite médiatement, et quelquefois aussi immé^diatement.
On ne peut espérer une heureuse terminaison
I2G niE l'iiVdropisie en généhal.
de celte hydropîsîe qu'en en détruisant la cause; et comment y parvenir avant cjue lliydropîsie soit prononcée? Il faut varier le traitement: on emploie les mercurlaux réunis aux amers et aux: anti- scorbutiques lorsqu'on la croit scrophuleuse> les mercuriaux lorsqu'on la croit vénérienne , les anti-scorbutiques si l'on soupçonne qu'elle provient du vice de ce nom. Celte pratique est autorisée par la guérison qu'on a obtenue par ces moyens de quelques hydropisies , avec intumescence du foie , des ovaires, et autres qui n'ont été en effet guéries qu'après la disparition ou même la dimiriullon de volume des în-
tumescences abdominales dont l'hydropisiè provenait.
La dilatation des ventricules et des oreillettes du cœur ou des gros vaisseaux est aussi une cause fréiquente des hydropisies de poitrine; et comme elles ne peuvent être guéries qu'autant que l'on en détruit la cause, ces hydropisies sont ordinairement incurables. Quelquefois cependant on obtient quelques amendemens momentanés en prescrivant la saignée ^. même dans les anévrysmes du cœur. On passe ensuite utilement aux légers diurétiques pour augmenter l'excrétion des urines , ainsi que je l'ai
DE LllYDROPISlE EN GENERAL. 127
expose à l'article des dilatations du cœur (i). Cependant les hydropisies , qui «ont un effet delà dilatation du cœur, reviennent lorsque cet Organe est derechef dilaté comme il 1 était pré*cédemment , et c'est ce qui ne manque pas d'arriver dans plus ou moins de temps. Jen ai cité quelques .exemples dans mon traité sur le^ Maladies du Foie y entr'autres celui de Joseph Chénier , poëte. J'ai fait observer dans cet ouvrage que les maladies du cœur produisaient souvent un reflux de sang dans les veines hépa* tiques qui communiquent avec la veine cave inférieure près de l'oreillette gauche , alors plus ou moins dilatée ; d'où il résuhe une tumélactxon du foie, et par suite une hydrppisie générale ou seulement abdominale. Pour dii^iinuer cette hydropisie, il suffit quelquefois d-évacuer du sang par la saignée et de prescrire ensuite les bons diurétiques. J'ai retiré plusieurs fois d'heureux effets de cette pratique ; j'ai surtout (ait un usage bien utile de la teinture de digtiale dans les hydropisies par des vices du cœur. Ceux qui désirent de plus grands détails n'ont qu'à con-^ sulter mes Mémoires sur les Maladies du cœur»
(i) Volume de HlnstUul ^ 1820; et nos Mémoifes\^ toai. ÎY.
128 DE L'nYDROWSlE EN CENCRAt.
On ponrraii çîter des exemples dliydropU sies survenues à la suite de dépôts situés entre les lames du médiastin, entre la plèvre et les muscles intercostaux^ ou dans ces parties elles^ mêmes', et encore à la suite de congestions audessus du diaphragme, ou même dans ce grand muscle, qui ont doqné Heu d abord à l'^nasarque et finalement à Thydropisie de la poitrine , du bas- ventre, et même de la tête, soit simultanément , £|oit isolément.
Il n'est pas rare sans doute que les causes de l'bydropisie qui existent dans une des cavités^ après avoir produit l'hydropisle externe ou l'anasarque , finissent par occasioner celle de la cavité dans laquelle ces causes résident; mais elles peuvent finir aussi par des épanchemens dans quelque autre cavité, sans aucun épan* chement d'eau dans celle ou il semblerait qu'elle devait d'abord survenir ; c'est ce qui arrive surtout à l'égard de Thydropisie de poitrine , dont la cause première a souvent son siège dans le bas- ventre ou dans la tête, comme on l'a plusieurs fois observé, sans doute parce qu'il y avait quelquedisposilion particulièredans le poumon ou le cœur. On peut en dire autant à l'égard de la leucophlegmatie générale, qui finit quelquefois, sans qu'on en connaisse la cause , par une hydrocéphale, par une Ijydrolhorax ou par une ascite;
M L^lYDROPlSlfe EN GLNéRAf:.. J^âQ
^^ïifindans Tune des cavités , où Ton eût pu croire ^ue répanchemeiu d'eau n'eût pu se faire.
Parlons maintenant plus particulièrement des hydropi^ies du bas-ventre > par épanchement , Ou de Yascite, dont la cause provient souvent des eûgorgenxens des viscères contenus dans cette cavité ; car il n'en est aùcdn qui n^en puisse être latteim, el dont cette hydropisie ne puisse être la suite (i). Nous ne dirons qu'un mot de <juelques-up«sdeces liydropisies, seulement pour servir d'exemple , et , autant que nous le pourtons , en les tirant de nos propres observailions.; car les faits de cette espèce sont extrémerment nombreux dans les auteurs, particulièrement dans les ouvrages de Bonet , de Morgagni tel de Lieuïaudf etc.
Les maladies du péritoine , membrane qui |0(re naturellement un si grand rôle dans la sécrétion , l'excrétion et l'absorption de la sérosité abdominale, sont la <;ause la plus fréquente des bydropisies du bas-ventre ; ce qui le prouve , c'est ^u on la trouve souvent altérée dans ceux qui sont morts d'une ascite.
(i) Ployez- en la preuve dans les observations rapportées par Morgagni ^ Lieutaud, dans VAnatom. méd, y tom. iV, et dans celles dont je donne plus bas une longue série«
i3o DÉ l'hydropisie en général.
Celte membrane «icquiert fréquemment, dans les hydropîsies abdominales , un degré d'épaisseur plus ou moins considérable, et dans une étendue plus ou moins grande, avec des engorgemens divers, stéatomateux ou squirrheux, dès excroissances nombreuses , souvent de forme polypeuse , et qui sont plus ou moins adhérentes au péritoine, par divers pédicules, ou qui en sont détachées et flottantes dans la cavité du basventre.
Le péritoine est aussi le siège fréquent d'Ayxlatidesy plus ou moins grosses et nombreuses, inhérentes au péritoine i^éme, ou détachées de "Cette membrane , dans laquelle on a quelquefois reconnu des traces d'inflammation, de suppuration, d'ulcération et de gangrène. Or, toutes ces altérations sont fréquemment observées dans le péritoine des hydropiquês. On a trouvé d'immenses collections d'eau dans le tissu même du péritoine , comme s'il était divisé en deux lames , non toujours minces , mais ayant chacune beaucoup plus d'épaisseur et de .dureté que le péritoine n^en a dans son état naturel. On a trouvé encore beaucoup d'eau entre cette membrane et les muscles abdominaux , tellement qu'on aurait •pu croire qu'elle était épanchée dans la cavité du bas-ventre ou dans le tissu même du péritoine. Mais ordinairement l'eau est contenue dans la ca-
DE LIIYDROPISIE EN XiKNERAL, l3l
vue de rabdomen , et forme la véritable ascite.
Nous nous abstenons de rapporter des exemples de toutes ces espèces d'hydropisies du péritoine , en ayant plus amplement traite dans notre jinau méd. y tom . v > page 1 09 et suiv . , et particulièrement encore dans la série des observations extraites des auteurs auxquelles les nôtres sont réunies , et qui seront exposées plus bas.
De nombreux exemples d'hydropisie en général, ou d'hydropisie ascite en particulier, provenant des engorgemens graisseux ou stéalomateux qui se forment dans Tépiploon, ont été recueillis par les. auteurs et par nous-même.
Quelquefois cette hydropisie a d'abord été locale , l'eau étant renfermée dans quelque partie du tissu cellulaire de l'abdomen ou dans la cavité de l'épiploon même (i) considérablement agrandie; d'autres fois elle a fini par s'épancher dans la cavité du péritoine après avoir rompu les parois de la cïivilé épîploïque, d'où il est résulté, au lieu d'une espèce d'hydropisie enkystée dans l'épiploon , une véritable hydropisie ascite* Nous avons cité quelques-uns de ces faits dans notre Mémoire sur les Maladies de VEpiploon , Acad, des Sciences y 1771-
(t) On eu trouvera plus bas des exemples bien remarquables.
l32 DE LHYDROPISIE EN GENERAL.
Des hydropîsies ascîtes ont encore tUé pliiii d'une fois la suite de la ruplure des kystes et des hydalid^s qui avaient leur siëge dans l'épiploon , ou qui s'étaient formées dans des parties différentes du grand sac du péritoine ^ dans celles qui revêlent le foie, l'estomac, la raie, les reins, les intestins ; des kystes nombreux se sont particulièrement développés dans fes ovaires et dans tontes les parties du bas*ventre. Ces kystes, après avoir pris quelquefois une énorme ampliation , avaient leurs parois plus ou moins dures ou épaisses , et étaient pourvues intérieurement d'une membrane analogue à celles qu'on a appelées séreuses. Quoi qu'il en soit , les kystes élant remplis d'eau , se rompent quelquefois dans la cavité abdominale, et produisent des asciles mortelles. Qui ne sait qu'on a prévenu celte funeste terminaison par les ponctions du basventre , sagement ménagées , sur les kystes mêmes ? Elles sont quelquefois les vrais remèdes de ces Iiydropisies(i).
Un excès de graisse dans toute l'babitude du corps est souvent la première cause de l'hydro-
(i) Indépendamment de Teau que les kystes contiennent, s'ils ne se rompent pas et s'ils prennent un grand volume , ils occasionent souvent utie hydropisie dans le tissu cellulaire ambiant , ou même dans les dîflërens
DE LHYDROPISIE EN GÉN£fiAt>. lS3
pîsie en général ; une collection plus particulière de graisse , trop concrétée ou diversement allé-^ rée, peut , en quelque endroit du bas-ventre qu'elle ait lieu , produire également Fascite : or, répiploon , par exemple, est Tor^gane quien est natureUement le plus surchargé. En efrfet , nous avons vu des personnes mourir d'une ascite par l'excès de graisse de cet organe , ou du moins chez lesquelles on n'a reconnu auicune autre cause qui eût pu produi^^e celte ma-^ ladie.
Nous ajouterons qu'on? peut généralemcnx craindre que les pepsonnes très-grasses finissent par mourir d'apopJexie ou d'bydropisije; car tel' a été le sort de plusieurs individus qui ont fait l'objet des obsenv^tions rapportées par les auteurs, et dont nou3 ayons vu. nous-méme des exemples (i). Nous pourrions cependant dire ici que des hydropisies. proyenamt d'un excès de
organes abdominaux , d'oii il résulte qu'il y a de ces bydropisies qui peuvent exiger plusieurs ponctions en divers endroits de rabdomen.
(f) J'ai rapporte, dians mes Observations sur tApo-. plexie , plusieurs eitemples de cette maladie causée par un excès de graisse, pag^ 1^7, i38 , il\o. On trouvera encore dans cet ouvrage plusieurs observations sur des apoplexies survenues à des hj'dropiqucs , pag. 124 >
i34 DE l'hydropisie en géweral.
graisse généralement dans toute l'habitude d« corps, ou partiellement dans quelque organe, ont été guéries par l'usage des remèdes apéritifs , diaphorétiques , diurétiques, purgatifs , et en si^ite par des toniques, secondés toutefois par un régime réglé et un peu sévère, par Tabstinence d'alimens irès-nourrissans, et même par la diminution dans le manger portée à un certain degré. Lieutaud , Saus^ages et autres médecins ont parlé de cette sorte d'hydropisie , heureusement prévenue ou même guérie par une grande et longue privation d'alimens.
L'hydropisie peut avoir son siège dans la cavité de Yestomac même ; car on y a trouvé quelquefois plusieurs pintes d'eau , entr'autres dans une femme qu'on croyait être grosse par rapport à la gi-ande intumescence du bas-ven- Ire (i). Or, une pareille collection* d'eau n'a pu provenir que de quelque resserrement ou angustition de l'estomac, près du pylore ou de celte ouverture même, ou du duodénum, qui
(i) Observation citée parSanvages, NosoL ntélhod., classe X. Cachexiœ. , Hjdrop, partiaiîs 16. j4sciies Siomachi, Lazare -Rivière cite quatre observations qui lui avaient ëlë communiquées par Ant. Jodon. Voy. aussi les obseryalions anatomico - nicdfcales rapportés plus bas.
DE L tlYDROPlSlB EN GENERAL. l^'j
ein()ec!bait les liquides avalés ou les remèdes de couler librement dans tout le canal in(esti«nal , et d'y être absorbés par les vaisseaux destinés à cet usage- Les auteurs contiennent desexemples -d'une grande collection d^eau et d'autres^ liquides dans l'estomac ; on^ en trouvera plusieurs parmi les faits que bous rapporterons plus bas.
Mais il est aisé de se faire illusion et de croire qu'une hydropisie a sa Cause dans l'estomac lorsqu'elle est ailleurs. Une dame des environs d'Orléans m'avait plitôieurs fois consulté , pom- divers, maux qui paraissaient avoir leur siège dans la rér gion de l'estomac, par rapport aux cruelles douleurs qu'elle y ressentail, et aussi par rapport aux vomissemens de diverse nature qui lui étaient survenus. Elle fit un voyage .à Paris pour que je prisse une connaissance plus parfaite de son élat. Elle était alors âgée d'environ cinquante ans, ayant fini d'être réglée depuis peu, mais presque subiiement. Je reconnus au U>ucher divers engorgemens abdominaux, et particulièrement une intumescence dure au-dessous du cartilage xiphoïde , contre' laquelle je prescrivis des remèdes apéritifs et particulièrement les pilules savoneuses avec les extraits amers et quelques grains de calomélas, les sucs des plantes boriaginées , cbicoracees et anii-scorbu tiques , les eaux
i56 DE lWdhopisik en céjvfrae..
tle Vichy , etc. Ces remèdes furent suceessî-* veinent pris pendant l'espace d'environ trois mois. La malade s'en retourna à la campagne dans un état si diflférent de celui où elle était en arrivant à Paris , qu'on la croyait guérie ; elle y Jouii^ en eflfet , d^une meilleure santé pendant sept à huit ans; maïs étant retombée dans un état d'amaigrissement considérable avec des coliques el une légère jaunisse , elle crut devoir faire un second voyage à Paris, pour me consulter. Je reconnus au toucher, ainsi que M. Salmade , qui voyait cette malade avec moi, une tumeul* considérable dans la région épigastrique , que nous jugeâmes avoir son siège dans le lobe horizontal du foie j qui revêt la paroi antérieure et supérieure de l'estomac ; cette tumeur se prolongeait dans le foie. La malade avait une teinte jaune et rendait fréquemment , par des vomissemens plus ou moins éloignés de ses repas , les alîmens qu'elle avait pris; des remèdes nombreux furent long-temps inutilement prescrits /et malgré leur usage, les extrémités inférieures s'ccdémalièrent et se tuméfièrent tellement que la tumeur épigastrique , qui pi^cédemment était saillante^ était plongée dans l'enflure ; on la sentait cependant toujours au toucher , et la malade y éprouvait de la douleur. Tout le corps se tuméfia tellemem que i'anasarque fut complète. Nousi crûmeSs
DE l'uYDROPISIE EN GÉNÉRAL. iSj
que bientôt il surviendrait un épancheineHt d'eau dans quelque cavité du corps ^ particulièrement dans celle du bas-ventre ; mais la nature en décida autrement : la malade , après une fièvre qui dura deux à trois jours , éprouva parfois des frissons^ et rendit par des vomissemens une abondante quantité de matières purulentes mêlées de sang. La tumeur se désenfla; les urines, dont le cours était très-ralenti^ devinrent plus abondantes; l'enflure diminua bientôt. La malade continua encore de rendre par quelques vomissemens éloignés des matières purulentes, et elle en évacua aussi par les selles ; mais peu à peu cette excrétion diminua , finit par cesser entièrement , et la santé de la malade se rétaj^lit. Elle a encore vécu quelques années à Paris ou aux environs.
L'iiydropisie par des engorgemens ou 06stractions du foie est peut-être l'une des plus communes. Les grands répertoires des observations anatomico-médicales en sont pleins; j'en ai rapporté moi-même quelques-unes qui m'ont paru intéressantes dans mon livre sur les maladies du foie, et en divers articles, particulièrement dans celui de la jaunisse. En effet, combien d'hydropisies n'ai-je pas vu survenir dans des sujets qui avaient élé atteints de celte maladie ou qui l'avaient encore ! Les chagrins de la révo-
3 58 DE r/llYDKOPlSlE EN GENERAL.
lulion-n'en ont que trop fourni d'exemples (ï). On ne peut dans ces cas méconnaître raffection morbide du foie, avec plus ou moins d'engorgement de cet organe , qui est d'ailleurs souvent manifeste au toucher. Cependant ce viscère est quelquefois obstrué sans qu'il y ait jaunisse (2) ; mais l'hydropisie peut alors survenir réelle?ment , comme les observations l'ont si souvent prouvé/
M* le comte de Buneau ^ ministre de Saxe^ fut assez heureux pour éviter un coup de pistolet qu'un assassin lui tira, en même temps qu'il s'en tira un autre sur lui-même, dont il périt promptement. M. le comte de Buneau , revenu de sa frayeur ( et l'on juge bien qu'elle dut être grande), parut pendant quelque temps jouir de sa santé ordinaire. Cependant il y avait des insomnies et une extrême lenteur dans ses digestions, lesquelles se troublèrent déplus enpluF. Le malade eut du dégoût pour toute espèce d'à-
(1) Voyez ceux que j'ai rapportés sur des hydropisies survenues après de vives afTeclions de l'âme ^ le foie élant plus ou moins malade. Malad, du Foie , pag. 418.
(2) Ibid.^ article Jaunisse , dans lequel nous sommes entrés dans quelques détails sur Fhydropisie qui en est souvent la suite.
DE l'hYDROPISIE EN GENERAL. iSq
limens ; ses urines devinrent ronges et briquelées ; les extrémités inférieures s'enflèrent; le basventre se durcit et se tuméfia. Les extrémités supérieures n'étaient pas sans enflure ^ et le visage sans bouffissure^ surtout le matin ; la difficulté de respirer était grande, principalement quand le malade voulait prendre une situation horizontale; le pouls était petite faible et inégal; rhydropisie de poitrine paraissait enfin immi*nènte lorsque je fus appelé en consultation avec mon confrère Jeanroy le jeune. Cet habile médecin avait déjà prescrit au malade divers remèdes apéritifs indiqués , des remède toniques , soit sous forme liquide ou solide.
Mon avis fut que le malade ayant le pouls plein y il fallait lui faire mettre des sangsues aux veines hémorrhoïdales , établir un vésicatoire au bras et un second à la jambe du côté opposé, prescrire les sucs dépurés de cerfeuil, de cresson de fontaine, de trèfle d'eau , par parties égales , de les passer sur un grand nombre de cloportes écrasées en vie , et d'y ajouter un gros d'éther nitreux, et une once de vin scillilique, de diviser le tout en trois doses , pour être prises dans la journée à trois ou quatre heures de distance.
Ce traitement eut le plus heureux succès. Le cours des urines fut rétabli et abondant. L'en-
l4o DE l/llYDUOPISlE EN GENERAL.
flure diminua ,• la respiration devînt plus facile, le pouls plus développé, moins inégal.
Après ce traitement, auquel succéda l'administration des pilules toniques de Bâcher ^ longtemps piôses comme apéritives , et quelque^ ,fois comme purgatives et par conséquent à plus haute dose , ainsi que Fusage d'une boisson avec les plantes apéritives et amères et une bonne nourriture , ce malade, dont on désespérait, fut ramené à la meilleure santé. Mais il était naturellement très -impatient, peu susceptible de constance dans son traitement , dans son régime , dans ses exercices* Il oublia bientôt qu'il avait été malade , et se livra à divers excès.
Environ un an après, il éprouva un dérangement dans les digestions. Sa peau prit une légère teinte jaune, qui devint de plus en plus intense. La jaunisse fut très-prononcée; le foie faisait une saillie si considérable qu'on le sentait facilement au toucher. Les urines diminuèrent en quantité et redevinrent briqueiées ; les extrémités inférieures s'enflèrent ; enfin tous les symptômes de l'ancienne bydropisie se renouvelèrent avec la jaunisse la plus intense ; symptôme qui justifia mon opinion sur le siège de la maladie dans le foie. Le traitement qui avait si bien réussi fut de nouveau mis en usage , avec quelques modi--
VT. l'hyuropisie EW général. ti^t
ficalions : son siicccs fui encore complet. Ce toiinUlre étranger, qu'on croyait devoir monrîr bientôt , reparut dans la société dans un état de ^nté Irés-saliiifiiïsaat.
Cependant quelque temps après il fit uil ijoyage en Saxe, où il demeura trois mois en-, jkoune santé. Habitué à faire des remèdes et trcs- $0uvcnt, d'après son idée seule, il se rendit aux lïaus d'Aix-la-CliapcIlc , dont il but une excessive li|uantilé. Il revîulà Paris , où, quinze joursaprèS| hon arrivée, la jaunisse , avec endure des extrémités f survint de nouveau : Thydropisie i'ul générale ; une orlhopnée violente se déclara , et le lôalade pérît.
On reconnut par l'ouverture du corps qu'il y brait une énorme quantité d'eau dans le bascentre et dans le tissu cellulaire du tronc et des Extrémités; que le Toie était très-volumineux ^ femplî de congestions stéatumaieuses , et qu'îL eDntenait dans l'intérieur des foyers de suppu-<'
raiion.
1 M. de PU***, âgé d'environ soixante ans, £une taille ordinaire, mais extrèmeiuent gros, :t surtout un ventre énorme , avec deux lier-; a inguinales qu'il soutenait par un bandage , et 1 commencement de hernie ombilicale , éprout depuis long-temps une difficulté babilnelle ! respirer, et de l'enflure aux extrémiiés in-
l/^2 DE l'iiYDROPISIE EN oisinAt,
férieures qui avaient plusieurs fois cessé par un flux hémorrhoïdal. Ses joues étaient d'un rouge sanguinolent; il était gros mangeur , et buvait beaucoup de vin , de liqueurs et de café. Ses digestions se dérangèrent; il maigrit et s'affaiblit ; sa peau prit généralement un teinte légèrement jaune, et en quelques endroits il survint des éruptions farineuses d'abord , et ensuite rouges avec de la démangeaison. Ces éruptions parcoururent diverses parties du corps ; mais elles se fixèrent plus particulièrement aux tempes. Les urines étaient un peu rouges , peu abondantes ; il y avait de l'enflure aux malléoles.
Appelé pour lui donner des soins, je crus devoir m'assurer de l'état du bas-ventre relativement aux hernies , que les bandages soutenaient fort bien. La partie du foie qui réside dans la région épigastrique me parut tuméfiée ; je découvris aussi, au toucher, que le lobe droit faisait une grande saillie au-dessous des côtes. Je ne doutai pas, d'après les symptômes , le flux hémorrhoïdal et la teinte jaune avec les éruptions , que ce viscère ne fût principalem^M engorgé. Je prescrivis au malade un caulèrtf MF bras, des bouillons avec les plantes amères et à ritives, la terre foliée de tartre, les pilules savonneuses avec les extraits amers et quelques grains d'àloès ; les tisanes apéritives légères eC
Dï l'hYDROPISIE en CrNFF.AL. 1^5
nitrées. Il y eut quelque amendement dans les syiupiômes. Le mabde fit un voyage au corn- Bieacement du printemps à sa campagne, où il fit usage des sucs des plantes que je lui avais conseillés , entr'antres cens des feuilles de chicorée sauvage , de cerfeuil , de trèfle d'eau et de cresson de fontaine , à la dose de douze onces , en deiis doses, passés sur des cloportes écrasées en vie , et avec addition d'un demi-gi-os déterre foliée détartre. Le même traitement fut réitéré à l'automne.
Il revint à Paris l'hiver suivant dans un meilleur état , mais qui ne fut pas durable. Vers le commencement du printemps suivant, l'enflure des extrémités et des bourses eut lieu, et fit des progrés; la peau redevint jaune dans l'habitude générale du corps, mais sans éruptions. Le malade étiiit d'une faiblesse extrême; le cauière fournissait peu, les urines étaient presque nulles. Par un conseil mal entendu, le malade np prenait presque plus de boisson , quoiqu'il éprouvât <Ie la soir.
Appelé de nouveau pour lui donner des secours avec mon confrère Boc^jer, nous lui conseillâmes de boire selon sa soif, et tous les jours uue pinte de petit -lait clarifié, de reprendre loïkffucs des plantes, dont il avait déjà usé avec , «gnintage. Ce traitement eut d'utiles effets, car
l46 DE l'iIYUROPISIE EN GENÉRAhi
après des éruptions cutanées ^ sont si nombreuse^ qu'on pourrait, si on les réunissait^ en faire un volume. On n'aurait presque qu'à rapporlei* celles qui sont consignées dans les ouvrages de Bianclii y de Morgagni, de Lieutaud et autres auteurs. Mais que le seul exemple que j'ai cite suffise. Nous en supprimons un grand nombre d'autres non moins remarquables , que la pra-^ tique nous a fournis.
On peut voir sur ce sujet notre Traité des Maladies du foie, soit pour diverses observations rapportées par les auteurs , soit pour celles qui nous sont propres, et que nous y avons insérées pages 5i8 et 5o2 , etc..
Les obstructions de la rate (i) donnent aussi
(i) On trouve dans \e Sepulchrelum de Bonet VhÀB^ toire inteVessanle d*une hydropisîe ascite survenue à un mélancolique après une longue fièvre tierce qui finit* par des douleurs de tête violentes, avec délire et des convulûons. On reconnut à l'ouverture du corps que la ca-* vile du bas-ventre contenait environ vingt-cinq livlres â'un« eau limpide et Sfins odeur; que la rate était très* volumineuse et pesait cinq livres ) qu'il y avait des con« crétions pierreuses dans le pancréas ; et que la vésicult du fiel contenait beaucoup de bile. Les poumons étaient à demi putréfiés. (Lieutaud, UisL anat. , lib. i, obs. i64» citée par Sauvages, t. II, p. So i .) Foyez dans VÀnat, méd, le résultat d'un grand nombre d*autopsies sur des alté-
DÉ L'HYtlAOPJSlË EN GElN'ÉttAL« t^^
s6 rétablit avec une telle abondance que Fenflure se dissipa et que le malade parut encore une fois guéri , excepté aux seuls médecins (i)* Quelque temps après y l'enflure seforma.de nouveau dans toute l'habitude extérieure du corps ^ mais sans devenir aussi considérable qu'elle l'avait été ; la respiration redevint trés-laborieùse et le ma-' lade périt.
A l'ouverture du corps, qui fut faite par le chirurgien ordinaire du malade, qn trouva une énorme quantité d'eau dans les cavités pectorales, ainsi que dans celles du bas-ventre; le foie étafit d'un très«gros volume et plein -de tumeurs squirrheuses ; les autres viscères étaient dains.
Les observations qu'on a recueillies sur les hydropisies par suite des obstructions du foie , -*--*'^ — • - -
(i) L^expérience m'a plusieurs fois dëtnotitré Theureus
éikt de rapplicatioo des vésicatoires en pareil cas , applî-'
tetioû qui serait funeste en d'autres : les cdntharideâ
^tftant f même appliquées exlërieurement j exciter
Pîrrhation des voies urinaires ^ diminuer f écoulement
*0tÉ tirines , et même produire leur suppression com->
NMIIV* Dans le cas oii se trouvait le malade, les urines
^'^rétaîeùt supprimées que parce qu'il y avait une inertie
dans les voies urinaires ^ et alors l'application des vé<^
iicâtoires ne pouvait être que trëé-favorable; ce qui eut
14^ PE l'mydhopisie en cénfral.
engorgemens et obstructions du mésentère (i) ; elle succède ordinairement à ramaigrissement du malade^ d'une manière peut-être plus remarquable que toute autre espèce d'hydropis^ie,
Ce ne sont pas les enfans seulement qui y sont sujets ; les personnel- de tout âge peuvent en être atteintes : cependant comme les enfans sont le plus souvent affectés d'engorgemens et obstructions du mésentère, il n'est pas étonnant que l'hydropisic soit en eux plus commune, surtout par cette cause, que chez ceux qui sont d'un âge plus avancé. Tantôt elle leur provient du vice scrophuleux, dont ils héritent si souvent de leurs parens , et tantôt de leurs mauvaises nourrices, qui les ont plutôt gorgés de bouillies que de bon lait. Nous disons de bofi lait; car il est un grand nombrede nourrices, surtout aux environs de Paris et dans cette grande ville même , dont le lait n'étant nulfement propi'e à la nourriture des enfans , leur transmet la disposition aux maux les plus fâcheux, et notamment aux hydropîsies.
Ces hydropisies sont ordinairement précédées d'une intumescence avec dureté du bas-ventre , de borborygmes et de météorismes fréquens ; la
(i) Voyez l'arlicle Engorgemens et Obstructions du mésentère j Anat, médicale , tom. V, pag. 261.
DE L^llYDaOPISIE EN GENERAL. 1^9
;peau devient d'un blanc pâle; les exlrcxiiitës ^ surtout les inférieures ^ s'œdématient ; le visage se bouffir; ces enfans sont tristes^ hargneux ; leurs «xçredons ^ont grisâtres, de mauvaise nature; lejur peau devient sèche, rude et flétrie }usi|ua ce que laieucophlegmatie soif bien for-^ luée; une fébricule survient,, ou auguienle si elle ex^istail déjà; les urines diminuent de pl^us en plus; l'ascite se manifeste , et ces petits enfans périssent de quelque épanchement deau. dans le bas-ventre^ dans la poitrine, et même souvent dans la tête.
Il ne &ul pas altei^re ^ pour prescrire les remèdes indiqués, contre les .engoi*gemens ou obstructions du meseiwère , que l'hydropisie existe; car ce u'est qu'avant sa formation qu'ils peuvent être efficaces. Tels sont les auti-scorlntUiques réunis aux amers , Teau de rhubarbe . ferriigiaeuse , les savouneux , les antimoniaux ^ les boissons apéritives , les vésicaioires tant6t volans et tantôt permanens, quelquefois un cautère, que l'enfant conserve ' plus ou moiris de letups , etc.
Mais si l'infiltration est déjà commencée il faut alors insister davantage sur l'usage des diurétiques. 11^ est bien rare qu'un pareil traitement ail un heureux succès quand la maladie est avancée.. S'il réussit quelquefois alors , ce n'est
tSo DE L^MYDROPISIE Erf GENERAL^
que mGfmentanémenl; car si la tuméfaction et rinduration du mésentère existent, il faxit toujours craindre le retour de cette bydropi-» sie, peut-être encore plus souvent que lors-* qu'il subsiste quelque autre engorgement d© même nature dans les autres viscèresabdominaux; car qui ignore que des inalades opt porté pen^ dant beaucoup d'années des tumeurs dures> rénitentes, dans le bas-ventre, de la r^te surtout, non-seulement sans être atteints d'hydropisie , mais même d'aucun des maux qui abi*ègent }a vie?
Les enfans nés de parens scrophuleux ou atteints d'im vice vénérien, apparent ou même obscur , sont souvent affectés d'obstructions aux glandes du mésentère. L'œdème qui sui^ vient aux pieds annonce en eux la leucopMegmatie générale qui ne manque pas de sur* venir, et enfin répanchement d'eau dans la caviiç du bas-ventre ' en est une suite fréquente. Combien d'enfans ne périssent-ils pas ainsi malheureusement de cette maladie î
Quelquefois cependant ces sortes d'hydropisies, quoique très-considérables à l'extérieur, ont heureusement cédé à un bon traitement; mais avant que répanchement dans quelque cavité intérieur se fût fait , car alors la maladie est presque toujours incurable. En effet, on ne peut compter
BE l'^IIYDROPISIE EN GÉNÉRAL. l5l
sur Tabsorplion des liquides épanchés dans quelque cavité que lorsque ïa cause morbifique est délruilé : c'est ce qui rend les hydropisies avec épanchement si funestes, nonobstant l'adunnis- Iration des meilleurs diurétiques*
Aux engorgemens du mésentère on doit ajou*.
1er ceux des glandes conglobéesL ou lyraphatiques des autres parties du corps , fréquem-^ meni réunis à ceux du mésentère.. Les vais-»
seaux lymphatiques en général, ainsi que ceux du même genre qu'on appelle lactés, sont quelquefois pleins d'une substance blanche, concrélée comme le blanc d'œuf. Le canal thora-* cique en a été trouvé plein (i). Or> quand ces. vaisseaux sont ainsi oblitérés, comment peuvent^ ils opérer l'absorption des matières séreuses? Celta cause seule ne doit-elle pas donner lieu à une hydropisie incurable ?
Mais de toutes les altérations morbides abdominales , il n'en est point qui donne plus souvent Heu à l'hydropisie que celles des voies urinaires qui, de nature scrophuhuse ou autre, tendent plus ou B[K)ins à troubler ï excrétion des urines. En effet, si celle excrétion. n*est pas proportionnée
— — ^^i^— — — ^— »—— ^w^T— i^»*^— wyr ■ « I II ■ Il » w ] m ■» I n — ^»»^<^N»»»T ■ . I
(i) V(yyez Taulapsie dont j*^ai donné Fexposé dans YUisior, AnaL méd. de Lieutaud, (om. Il, P^g«9^*. Itbs. 771 , ainsi que celle qui la précède.
l5a DE t'HYpROPISlP EN CÉir£|lAL.
par §a quanûté à la séçvéxîoTX opérée par les reins , il en résulte néce3sai^eme^t wwe accumuldlion de fluide urineux qui s'épanpbe d'^ibord d^ns le tissu cellulaire de diverses parties du cprps, et ensuite conséq^tiveqipnt plus ou supins vite d^^s 2$es cavités ^ au point que quelquefois on reopupait dans Je^ liquides épanchés la véri^ t^blfs odeur de l'uripe (î),
Jje même effet pourrait aypirlieu si^par quelque affection piorbide particulière , les reins ne sécrétaient pas uue assez grande quantité d'urine, puisqu'alors il en résulterait une surabpndance de liquides aqueux qui flairaient plu^ pu mpins prpmplement par produire J'tydropisie,
Eu effet 9 combien cette cause ue serait-elle pas efficace pour opérer un pareil effet , l'exçrétipn de l'urine ét^Pt celle , après 1^ transpiration, qui est généralement la pluç copieuse et quel<^ quefpis mérne qui est la plus abondante ^ cpmme dans les teuips froids et humides !
Les altérations mprbides qui peuvent dimi-^- «uer l'excrétion des urines ^ont très-nonçibreuses, quelquefois pouvant exister dans les reins mêmes et très-souvent dans l^s uretères , la ve$sie et le
(i) Mor^agni en a fait la remarqqedans la lettre IVêur l'apoplexie séreuse et ailleurs.. Nous l'avons également faite dans notre ouvrage sur Tapopleskie,
PE l'hy»rop^siis }en cktfiiiAhé 'i55
canal de l'urètre : tels «ont les engorgem^ns de l^ur$ parois ^ leurs yaisseauis: étant Cr op pleins de sang, ou étant gonflés par une infiltration séreuse, ou contenant dans leur cavûé des matières plus ou moins concrétée^^ scrophuleuses ou autres* U y a quelquefois dans les parois des voies urînaires des e&croissances div&rses par leur nature et par leur volume; tanlqt leur cavité est pleine de matières phosphatiques ou pierreuseis , tantôt de substances lymphatiques y albumineuses , gélatineuse^^ mu«queuses; en^n elles contiennent dans quelques cas 4es caillots de sang pu autres concrétions : or. Ton comprend que toutes ces causes, pouvant s'oppo^ ser à Texcrélion des urines , doivent finir par produire rbydropisie, si le malade évite ou résiste d'ailleurs à d'autres maladies qui peuvent queU quefois le faire périr plu^ tôt.
On peut ajouter à ces causes locales , nées dans its voies urinaires, et démontrées par l'anatomie , comme on le verra plus bas par des exemples, celles qui peuvent généralement occasioner Thydropisie dont nous avons esquissé le tableau en une suite d'articles.
' Les engorg^mens, les obstructions et les tumeurs de la matrice peuvent être si considérables qu'ils donnent à cet organe un très - grand volume 9 soit q^ils aient leur siégfe dans la partie du péritoine qui le revêt , soit qu'ils exis-
i54 DE L*IiYDROPISlE EFf CENERAt.
tent enlre cette membrane et la matrice, soîl clans sa cavité , soit enfin dans sa propre sub-» stance.
Personne n'ignore qu'on a trouvé dans ces di* verses parties des squirrliosités , des fongosilés , des polypes ^ ou môles charnues , ou encore uno collection d'eau, oud'hydatides; on sait enfin que le volume de la matrice peut être plus ou moins augmenté par un ou plusieurs enfans^^ vivans ou morts ; nous dirons encore quet les congestions peuvent avoir leur siège entreles paroi* membraneuses des ligamens larges , dans les ovaires^ dans les trompes ^ etc. , ou dans ces organes» mêmes (i). .
Combien d'hydropisies de la matrice et du bas -ventre n'ont - elles pas été l'effet de pa-* reilles désorganisations ! Ouvrez^ les livres de l'art , et vous y en trouverez de nombreux exem* pies : un récit ultérieur serait donc ici su^ perflu.
Les hydfopîsies qui surviennent aux femmes, grosses doivent fixer notre attention , d'autant plus qu'elles peuvent donner lieu à de& erreurs funestes pour la malade^ et déshono--
(0 Voyez \^% ouvrages de Morgagni > de Lien^ iaudj et notre Anat. méd, , art. Maladies de la matrice^ (tes trompes f des ovaires , loni. V , p. 5^6, ^7,^x0..
DE l'iiYPROPISIE EN C£iN£RAZi« l55
rantes pour l'art, ou plutôt pour ceux qui l'exercent.
Je ne chercherai pas dans les auteurs, ni dans la pratique des autres médecins , des exemples de ces méprises : cet article serait immense; je rapporterai seulement deux faits qui me concernent. Je fus appelé en consultation au commencement de ma pratique, avec MM. jànt. Petit , Geoffroi, Thés^enot et quelques autres gens de l'art trèscélèbres, poup madame D'***, qui était réputée liydropique par son médecin ordinaire ; ses extrémités inférieures étaient affectées de leucophlegmatie, et cette maladie faisait de graves progrès vers le bas-ventre. La malade se' croyait grosse de cinq à six mois, et disait même ressentir le mouvement de l'enfant* Elle fut touchée par MM. Petit et Théy^enat, qui crurent qu'elle était réellement grosse; l'ayant ensuite touchée moimême, je, dis que je ne pouvais m'empêcher de douter de l'existence de la grossesse : jeune praticien , je donnai mon avis avec beaucoup de circonspection et d'égards pour les deux grands maîtres de l'art dont je différais d'opinion. £n effet, madame D''^*'^ ne fut point grosse; elle 6t un long usage des diurétiques et des anli« scorbutiques, et guérit. Madame D'*** a fait en-» auite plusieurs enfans.
Je reçus de nombreux compliraens pour avoir
l56 DE L^HYDROPISIE EN OÉNEUAL.
âii$8Îbiefl jiiigé; taon amour<^opre en futâaue ; mais une méprise dans une autre consultation non tnx^im imporliante, doxxt je vais i^ndre compte j. dut bke^ le corriger.
Mad^taia Morand, épouse d<e moni^ieur Mo^ rai3Ld p docueur-régenA de la Faculté de miSdeciiie dePms, fiUdu céièbre chirurgien, tousdeux mes confrères à l'A cadéoaie des Sciences, M"*® Morand^ mariée depuis beaucoup d'années sans avoir eu d'enfans, ^l âgée d^environ quarante-:deu3i: ans, éprouva du retard dans les régies , et hiemoi une suppression. Son teint devint très-jaunejeUeseplai- .^nitd'undérangementdanslesdigestipnis^detiraillemen5 dans le bas-ventre ; les malléoles s'oedé*matièrent, et en peu de temps les extrémités inférieures furent enflées dans toute leur étendue d'une manière considérable. L'habitude extérieure du corps fut généralement tuméfiée et dans Tétat d'une véritable anasarque.
Appelé à consulter avec le mari de cette malade pour lui prescrire un traitement > nous ne doutâmes pas de l'existence de cette hydropisït ; et , comme les urines étaient rares , nous crûmes devoir d'abord conseiller , pour en augmenter l'excrétion , les diurétiques sous diverses formes , ainsi que quelques purgatifs hydragogués. Ce traitement fut fait , mais sans aucune apparence de succès : le bas-ventre, au contraire^
iDK l'hYPROPISIÈ en GENERAL. 1 5^
s'enfla de plus en plus^ et un épaûchement d'eau dans sa cavité nous parut s'y former. Le célèbre Bouvart fut consulté : après diverses questions et un assez long examen de la malade , il ne douta pas, ainsi que nous^ que kt suppression des rè-^ gles et quelque engorgement de la matrice ou des ovaires 9 n'eàl donné Heu à Tanasarque^ et enfin à Tascite qu'il croyait reconnaître. Il fut décidé qu'il (allait pratiquer la ponction , pour pouvoir ensuite traiter la malade par les remèdes qui seraient indiqués.
On se disposait à faire cette opération dan»
peu de fours, lorsque madame Morand ressentit des douleurs violentes dans la région hypo-« gastrique, qui furent bientôt suivies de l'accpa-" chement d^un en&nt mort^ qui paraissait avoir six mois et demi. L'écoulement des urines fut abondant ; il y eut aussi de copieuses sueurs , et la malade fut ainsi , en peu de jours , guérie de son hyd'ropisie.
Si l'existence de la grossesse était bien recon-* nue dans une femme qui serait en même temps atteinte d'une hydropisie anasarque , sans épanchement d'eau dans aucune cavité, il faudrait d'abord ne pas négliger de procurer l'écoulé^ ment des urines par les diurétiques les mieux éprouvés et par qu^^ue dou3^ purgatif ,^ par la saignée même si le pouls était plein. Mais cm com-
\H8 DE l'hYDROPISIE EN GlENKRAt.
prend bien que ces remèdes ne sont que pallia** itfe, et que raccoucbement seul peut être le vriii remède de l'hydropisie.
Cependant > comme en pareil cas Fhydropîsie peut faire des progrès et finir malheureusemenl par un épatichement mortel dans quelque cavité , soit dans la tête , la poitrine ou le basventre , ou par une apoplexie ou une orthop-^ née> il faut s'occuper de donner issue à la collection d'eau, par des scarifications aux malléoles, ainsi que je l'ai vu faire utilement. Je vais en citer deux lieuretix exemples.
Une femme-de-cbambre de madame la du-»
chesse de Caylus , grosse de près de neuf mois ^ était atteinte d'une anasarque si considérable, qu'on-pouvait craindre qu'un épanchement n'eût bientôt lieu dans quelque cavité du corps, surtout dans le crâne , par rapport à l'assoupissement qui existait. Une saignée du bras et de légers diurétiques, un ou deux purgatifs eccoprotiques, la désenflèrent presqu entièrement. Elle parvint à l'époque de son accouchement , qui fut heureusement terminé par le célèbre Baudelocque , tant poijr elle que pour son enfant.
Dans une autre circonstance dont je vais rendre compte , je pensai avec M. Evrat , célèbre accoucheur, qu'il fallait promptement recourir
toÊ L'ilYriROPlSlK EN GENIIrAL. i5()
aux légères scarificalions des malléoles. Madame de Clioiseul , grosse de huit mois , était généralement œdémaliée ; elle avait la respiration très-gênée et un commencement d^assoupissement. Le danger nous paraissant imminent , nous fûmes d'avis, de faire promptement quel^ ques légères mouchetures aux malléoles pour donner lieu à révacuation de l'eau qui formait l'anasarque ^ afin d'attendre ensuite s'il était possible le terme de l'accouchement ; ce qui fut fait j et si heureusement que quelques pintes d'eau s'écoulèrent. La respiration devint plus libre; la malade n'eut plus de somnolence; son corps se désenfla^ et elle accoucha peu de temps après très- heureusement.
Une dame que j'ai vue , ru^ du faubourg St.- Honoré y éprouva vers la fipi du huitième mois de sa première grossesse une enflure œdémateuse des extrémités inférieures. Qin craignit que l'accouchement ne fût pas heureux , ni pour l'enfant ni pour la mère. Une saignée du bras ^ que je conseillai , nonobstant beaucoup d'opposilion , parut avoir retardé les progrès dé la maladie* L'accoucliement ^ qui eu^ lieu quelques jours avant le terme naturel , fut heureux; l'enfant vécut, et la mère guérit de son hydropisie. Ou eut le soin de faire saigner celle dame, vers le quatrième et sixième mois, dans trois ou quatre
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grossesses qaî succédèrent à celle dont je vienâ de parler ; et, non-seulement il n'y eut point d'enflure, mais les grossesses et les accoucbemens lurent heureux. C'est ce qui m'a depuis plusieurs fois déterminé , les symptômes de pléthore existant, de conseiller la saignée aux femmes grosses dès qu'elles commençaient à éprouver la plus légère œdématie , et qudquefois même pour la prévenir : cette «méthode m'a très-bien réussi.