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rait été de citer devant le tribunal de l’officialité diocésaine les membres du clergé dont on croyait devoir se plaindre, pour ne recourir ensuite à Rome que dans le cas où justice n'aurait pas été rendue par le tribunal de premiére instance.
Les exigences politiques ont fait adopter une autre manière de procéder. On s’est adressé à Rome directement, Sans passer par la filière ordinaire, et ce qu’il y a de plus navrant c’est qu’on veut obtenir que le délégué qu'on demande pour règler cette question purement incidente de la conduite du clergé pendant les dernières élections - soit chargé, en même temps, de régler la question principale, celle des écoles séparées.
Qui donc demande un délégué ?
Est-ce l’épiscopat? Non; il est parfaitement uni et, dominant les partis politiques, il marche libre de toutes entraves vers la conquête de nos droits et le triomphe des vrais principes.
Est-ce M. Laurier ? Il s’en défend et ne veut pas même que l’homme qu'il à envoyé à Rome parle en son nom. Et d’ailleurs si M. Laurier désire l'envoi d'un délégué, qu’il ait donc le courage de le demander ouvertement.
Il ne fera pas telle demande parce qu’il sait qu'elle lui imposerait implicitement l'obligation d’accepter la sentence arbitrale du délégué, et M. Laurier ne prendra jamais tel engagement.
Mais une enquête sur, un incident de la cause, sur la conduite du clergé par exemple, procure à M. Laurier tous les avantages sans l’exposer aux inconvenients de la
nomination d’un délégué faite à sa demande.
Le Parlement canadien s’assemble le 25 du présent mois.
Comme le compromis Laurier-Greenway n'est pas satisfaisant et n’est pas accepté par la minorité - l’écrasante défaite du candidat de M. Greenway dans la récente élection de St-Boniface le prouve - une nouvelle loi réparatrice sera présentée par les amis de la minorité.
La majorité du Parlement est favorable À l'adoption d’un telle loi. Le parti conservateur, qui l’a déja présentée, est lié par son passé et par les récentes déclarations de ses chefs, et les partisans, les nombreux partisans de M. Laurier dans la province de Québec, qui ne doivent leur élection qu'aux promesses solennelles qu'ils ont faites de voter en faveur d’une législation réparatrice, ne peuvent maintenant faire autre chose que de voter en faveur de la loi qui sera présentée.
Le succès de la mésure réparatrice est donc en bonne voie.
La nomination d’un délégué avec mission de s'occuper de la question scolaire paralyse tout. Les partisans de M. Laurier ne tiendront plus compte de leurs engagements et, sous le futile prétexte de se montrer pleins de déférence pour l'acte du St-Siège, ils remettront à plus tard ce qu 18 Considérent aujourd’hui comme l’accomplissement d’un devoir sacré.
Nécessairement l'envoi d’un délégué entraine des retards. C’est ce que veut M. Laurier. Mille fois heureux s’il peut obtenir ce resultat sans s'engager à quoi que ce soit, Il a deux élections partielles à faire dans la province de Québec, et la province de Québec elle même, dans quelques Jours, va être le théâtre d'élections générales pour la législature provinciale de Québec. Le retard, les délais provoqués par la nomination d’un délégné, vont admirablement
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servir les intérêts de M. Laurier et lui permettre, après la violation de toutes ses promesses, d’apparaître de nouveau à nos populations comme un homme spécialement protégé par le St-Siège, tenant les évêques en laisse, et voulant, au nom même de la réligion, imposer aux catholiques du Manitoba les écoles que l'Église à condamnées.
Et tout cela M. Laurier espère l'obtenir par un homme qu'il ne veut pas accréditer, sur une question purement incidente, et contre le gré de lEpiscopat tout entier, mais à son détriment et pour son humiliation.
Le parti conservateur qui s’est montré fidèle à la Constitution, qui a réussi à faire accepter par le Parlement le principe de la législation réparatrice, le parti conservateur qui répresente la majorité réelle de l'électorat du pays, le parti conservateur a son mot à dire dans la nomination demandée.
Comme il est évident que cette nomination devra donner à M. Laurier les avantages purement politiques qu'il cherche, le parti conservateur a droit de se plaindre d’un acte qui change la position des combattants dans l'arène politique en donnant au parti libéral des avantages considérables à son propre détriment.
Le parti conservateur ne mérite certainement pas un tel traitement de la part du St-Siège. Que le délégué régle la question incidente, le parti conservateur ne peut s’interposer et ne veut pas empêcher que justice soit rendue; mais si le délégué, qu'on demande d’une manière si irrégulière, adopte une procédure quelconque qui donne au parti libéral, au détriment du parti conservateur, des avantages politiques, c'est une occasion pour le parti conservateur, non seulement de protester contre l'injustice
qui lui sera faite, mais de déclarer en même temps qu'il se désinteresse finalement de la question scolaire et qu'il laisse désormais à d’autres le souci et la responsabilité de combattre pour la minorité et de lui obtenir la restitution de ses droits les plus sacrés.
Si, comme le dit M. Laurier, nous sommes à la veille d'une guerre de réligion, il me semble que l'apparition d'un délégué apostolique ne peut pas être non plus de nature à appaiser le sentiment protestant, surtout si ce délégué évoque à son tribunal une cause qui à un Caractère politique.
Pour ces causes je demande humblement qu'on ne fasse pas, même involontairement, à la cause des écoles le tort dont elle est menacée, à l’épiscopat l’humiliation qui l'attend et à un des grands partis politiques l'injustice que lui a préparée un homme sans mission et sans l'esponsabilité.
Rome, le 12 mars 1897.
P. LANDRY, Sénateur.
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