ENTREVUE AVEC M. G. A. DROLET
Q. — Vous arrivez de Rome, n'est-ce pas?
R. — Oui. Je suis revenu par le steamer « Ems » de la North German Lloyd. Nous avons quitté Naples le 12 février. Après une relâche de quatre heures à Gibraltar, nous sommes arrivés à New- York le 24.
Q.— Avez-vous objection à dire aux lacteurs de « La Presse » s'il est vrai que vous aviez été chargé d’une mission par le Gouvernement auprès du Saint-Siége, et quel a été le résultat de vos démarches?
Un groupe inconnu.
R.— Je n'ai aucune objection à vous répondre que je n'ai jamais été délégué par le Gouvernement canadien auprès du Saint-Siége; mais un groupe considérable d'hommes politiques, alarmés de la situation dificile, pénible et équi voque, que le clergé de la province de Québec faisait aux sujets catholiques de Sa Majesté au Canada, m'ont prié d'aller porter leurs plaintes devant les Congrégations Romaines, ce que j'ai fait,
Q. — Qu’entendez-vous par situation difficile, pénible, équivoque ?
R.— Votre question demande une réponse complexe, L'Empire Britannique célébrera, dans quelques mois, le soixantième anniversaire du règne de Sa Majesté la Reine Victoria, montée sur le trône en 1857, Cette date suffit pour vous remettre en mémoire les pages sombres de l'histoire des « troubles de 37-33 », et des luttes nationales que soutinrent nos pères pour nous obtenir le Gouvernement responsable, Or, pendant que, dans tout l'Empire, on se réjouira des conquêtes que les libertés constitutionnelles ont faites sous ce règne glorieux, seuls, les catholiques des provinces de Québec et de Manitoba, rétrograderont de soixante ans en se voyant, comme autrefois, contester par le clergé de ces provinces, le droit de jouir paisiblement de ces libertés, d'exprimer librement leurs opinions politiques, de discuter les questions d'ordre publie tout comine leurs concitoyens n'appartenant pas à la religion catholique — ceci semble un paradoxe, d'avancer qu'un catholique peut, à cause de sa foi, se trouver dans une situation d'infériorité dans l'Etat vis-à-vis des protestants, quand l'Eglise nous enseigne qu'au contraire c'est un avantage d'être catholique. Cependant, certains évêques et un grand nombre de curés l'ont déclaré, tant privément que publiquement, tant du haut de la chaire qu'au confessionnal, en enseignant qu'un sujet anglais catholique ne pouvait être loyal au Gouvernement de Sa Majesté Britannique, ayant au Canada pour chef de son Gouvernement l'honorable Wilfred Laurier, sans commettre un péché mortel, sans encourir la privation des sacrements de l'Eglise.
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