‹ Observations sur la nomination d'un délégué apostolique au Canada [microforme]Chapitre 5 sur 7 · WILFRID LAURIER · texte numérisé non relu

WILFRID LAURIER

J'ai lu cette lettre à dix cardinaux et à plusieurs prélats romains. Un de ces derniers me dit un jour, après en avoir entendu la lecture: « Mais, il n’y a donc plus que M. Laurier qui prêche l'Evangile en Canada? »

Comment procèdent certaines Congrégations romaines.

Q.— Parlez-nous done de la condamnation du livre de M. David: Le clergé canadien, sa mission, son œuvre. Vous devez savoir quelque chose de la procédure suivie pour l'obtention de cette condamnation ?

R. — J'aimerais mieux m'abstenir de parler de cette affaire. J'ai obtenu beaucoup d’approbations de cet ouvrage à Rome par

des personnages appartenant « même » à Ja Congrégation du Saint- Office, avant que cette condamnation ne fût promulouée; il ne reste plus qu'à s'incliner maintenant devant le décret, Je suis allé au Saint-Ofice, depuis, m'enquerir des raisons qui avaient motivé cette mesure. J'y ai vu Mgr Gennard, l'assesseur. J'y ai aussi vu des consulteurs Dominicains, car la sainte Inquisition romaine est entièrement entre les mains des fils de Saint Dominique, depuis des siècles. Les délibérations sont absolument secrètes, cependant ma religion à été suffisamment éclairée quand J'ai appris que l’on mettait souvent à «l'index » des livres qui, tout en ne contenant pas ure ligne contre la foi, contre la doctrine, contre les dogmes, avaient cependant été dénoncés par des évêques, qui, à cause de l'apparition inopportune de ces livres de polemique, croyaient avoir trop besoin de leur autorité, pour permettre de discuter leurs actes.

Le cardinal Ledochowski fait partie de la Congrécation du Saint-Office. Son Éminence m'apprit elle-même la promulgation de ce décret, avec un tel air de satisfaction personnelle, que je ne pus retenir une réponse, qu'en autre temps, j'aurais certainement trouvée impertinente, « Je m'incline, Eminence, devant le décret de la sainte Inquisition Romaine: fasse Dieu que le Saint-Office en obéissant ainsi aux dénonciations de certains évêques de Québec, n'aft pas enfoncé un nouveau elou dans le cercueil de l'influence religieuse en Canada ». Son Éminence ne répondit rien à cette boutade, mais comme les cinq évêques de la province ecclésiastique de Québec sont encore en instance devant ce redontable tribunal, pour atteindre de nouveau des amis de la cause libérale canadienne, j'aime mieux ne plus rien dire sur ce sujet, pour le moment,

Q. — Combien avez-vous été de temps dans la ville éternelle ? Avez-vous vu le Pape ?

R. — J'ai vu quatre fois Léon XIIL J'ai assisté à sa messe. J'ai été reçu une fois en audience, J'ai assisté au consistoire du mois de décembre. J'ai enfin vu le Saint-Père à la chapelle Sixtine à l'anniversaire de la mort de Pie IX. J'ai passé quatre mois à Rome,

Q. — Vous devez bien connaître le fonctionnement des Congrégations alors ?

R. — Je crois ne pas avoir perdu mon temps. Naturellement, Rome étant la ville éternelle, les questions y deviennent souvent

PT De

éternelles, plus ou moins, surtout quand de pauvres laïques se plaignent d'un clergé qui s’y rend en masse et présente un front compact? J'y ai fait des études fort intéressantes et si mon ordinaire ne me le défend pas, je ferai probablement, avant peu, une conférence publique sur les « Congrégations romaines ».

La nomination d'un délégué résultat des demarch:s de M. Drolet !

Q. — Mais vous ne nous avez pas encore dit quel résultat vous attendez de vos démarches !

R. — L'envoi d'un délégué apostolique en Canada, qui, faisant une enquête sur place, fera la part de chacun, selon ses œuvres et rendra enfin «à Dieu ce qui est à Dien et à César ce qui est à « César », la paix aux hommes de bonne volonté, et ramènera le calme dans les âmes contristées.

Q. — Savez-vous comment l'honorable M. Fitzpatrick a été reeu à Rome ?

KR. — M. Fitzpatrick à été reçu princièrement. Le cardinal Rampolla lui ménagea une audience privée avec Léon XII, qui accueillit le solliciteur général avec une bienveillance toute particulière, Le Saint-Père promit à M. Fitzpatrick d'étudier les questions canadiennes « Lui-même ». M. Fitzpatrick est revenu convaïneu, comme moi, qu'avant peu Sa Sainteté déléguera en Canada un des prélats de la Curie Romaine, avec pleins pouvoirs: nos amis ne doivent done pas s'alarmer des lenteurs apparentes de certaines congrégations romaines. [ls peuvent avoir confiance. L'heure de la rétribution est proche et sous peu, les sujets catholiques de Sa Majesté n'auront plus à redouter l’état d'infériorité dans lequel on paraît vouloir les tenir, dans les provinces de Québec et du Manitoba, à cause de leur foi religieuse ».

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