PUBLIEE PAR LE GENERAL GOURGAUD
Extrait du [ COURIER MINISTÉRIEL ), Août 1819. nn 2
VARIETES, Observations sur la campagne de 1815 , par le Cr. de Grouchy. :
ms SECERUREES
On a déjà beaucoup écrit sur la campagne de 1815 , ou plutôt sur la journée de Waterloo qui la renferme tout entière. Les grands événemens qui influent sur le sort des nations , deviennent presque toujours , après le résultat, des procès historiques sur lesquels les parties intéressées raisonnent à perte de vue. long-temps encore on cherchera comment Buonaparte pouvait ne pas perdre une dernière bataille , après en avoir gagué tant d’autres ; et quelques personnes croiront de bonnefoi que le succès n’a dépendu que d’une chance, d’un hasard , tandis que le dénoûment qui aeu lieu était amené tôt ou tard
| par lPextrème péril de l’Europe , et par cette nécessité qui est le fatalisme de fa politique. L’honneur de la France n’est pas engagé dans cette discution. Elle ne fut pas vaincue à Waterloo, puisque sa volonté n’y était pas; elle doit des regrets et des larmes aux braves Français qui périrent dans le duel de Buonaparte contre l’Europe ; elle doit porter leur deuil et plaindre leur mort. Quant à Buonaparte , il est naturel que, du fond de l'exil , il ne veuille pas laisser sa renommée en Europe sous le poids d’une défaite. Aux jours mème de sa puissance c’était sa politique d’imputer à ses généraux les revers passagers qu'il éprouvait ; et plus d’une fois il a flétri le courage et le
devoument par d’ingrates et odieuses injures , afin de mettre à couvert son infaillibilité personnelle, Aujourd’hui qu’il ne lui reste que le souvenir de ses batailles, et qu’il n’a plus de reanche à prendre, il est d’autant plus interesse à justifier sa gloire dans le passé, et à conserver cette grande réputation militaire à laquelle il a eu le malheur de borner son ambition ; mais il n’a pu le faire sans rejeter le tort et le reproche sur des hommes devenus malheureux et privés de leur patrie, Peut-on maintenant imaginer une position plus pénible que celle de ces hommes attaques dans leur reputation militaire, par celui pour lequel ils sont bannis , et forcés par Fhonneur de prouver qu’ils ont en effet servi une cause , dont ils sont les victimes. Ces idées se présentent d’abord à l’esprit, en lisant les réponses que le comte de Grouchy oppose à la relation publiée par le général Gourgaud, (Cette réponse prouve, par des raisonnemens et des pièces oflicielles, que les fautes militaires , S'il y en a eu, sont sur le compte de Buenaparte, que le ral Grouchy n’a point omis d’ordre , n’a point fait de faux
mouvemens, ct qu'enfin il n’est point la cause de Ia perte de la bataille. Nous n’examinerons pas les Cétails de strategie qu’il donne à ce sujet. Nous ne discuterons pas les fautes qu’il attribue à Buonaparte. Il y aurait quelque ridicule à chicaner, dans les feuilles d’un journal , le genie d’un conquerant vaincu, C’est aux hommes de guerre à lire cette relation nouvelle, et a chercher si Buonaparte nes en effet une faute décisive , en restant oisif sur le champ de bataille de Ligny pendant la matinée du 17, ou si, ( comme le dit d’un autre côté le comte de Grouchy }, il ne fut vaincu que par un excès de génie, parce qu'il avait supposé à ses adversaires des plans trop vastes et une tactique trop hardie. La mesure plus ou moins étendue des talens de Napoléon, lPinfaillibilité plus ou moins grande de son coup-d’œil guerrier , est une question indifférente. Il n’aurait jamais pris une fausse mesure, ni fait une erreur de tactique, qu’il n’en serait pas plus regrêtables L’écrit du comte de Grouchy est remarquable par un ton de ranchise et de noblesse , par une sincérité sans amertume , qui ménage encore la gloire du célèbre chef dont il est oblige de repousser les reproches, et d’accuser les fautes. Oct écrit, publie
ee d’abord en Amérique, est précédé dans l'édition française, d'une note par le fils du comte de Grouchy. Aussi distingué par sun noble caractère , et la longue patience de sa piété filiale, que par ses talens militaires, M. le colonel Grouchy , uniquement occnpe, depuis trois ans, de l’espérance de ramener son père dans la patrie qu’il a servie long-temps avec gloire, paraît ne ceder qu’à un devoir impérieux en rappelant les souvenirs d’une époque si fatale à sa famille : il s’honore de l'intervention d’un Prince auguste, qui rendra doublement historique le noble courage qu’il a montré dans la crise du 20 mars , en le rattachant au souvenir d’une générosité conciliatrice. C’est un vœu que Fon ne peut entendre sans le partager , et sans l’étendre à d’autres bannis frappés de cette même loi, à laquelle la bonté royale a fait déjà de nombreuses exceptions. Parmi les Français , objets d’une mesure rigoureuse, quelques-uns sont recommañdables par la jeunesse, et les espérances d’une carrière malheureusement interrompue ; d’autres, par la maturité du talent , et par cette préoccupation littéraire qui semblait devoir écarter loin d'eux les fautes et les orages de Ja vie politique.
Plus d’un général exilé a revu sa patrie ! nous désirons qu'il en soit ainsi du général Grouchy ; mais un poëte, un homme de lettres, paraît-il plus dangereux ou moins digne d'intérêt. Un dévoûment inviolable à la monarchie, un zèle éclairé pour sa cause, s’accordent parfaitement avec le désir de voir cesser toute rigueur inutile. EL n°y à point de complaisance pour les partis à leur ôter tout prétexte de plainte. C’est précisément parce que les différences d’opinion sont nettement prononcées, parce que Îles constitutionnels, amis de la royauté , bravent toutes les attaques et rejettent toutes les fausses alliances , qu’ils doivent souhaiter que toutes choses se replacent sur Le terrein légal , qui fait leur force et leur confiance.
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Extrait de LA RENOMMÉE journal rédigé par Mrs.
el Benjamin Constant.
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Aucun événement n’a eu de plus grands résultats que Île désastre de Waterloo ; les conséquences politiques de cette bataille ont éte telles pour la France et l’Europe entière , que ce jour est devenu une des époques les plus remarquables de l’histoire. Apres le naufrage de cette terrible journée , où tout fut perdu pour l’armée française, fors l’honneur, chacun S'CHOrÇA de sauver au moins sa responsabilité : Napoléon lui-même , qui perdit alors son sceptre et son épée, voulut , en abandonnant ses compagnons d'armes , rejeter sur des causes secondaires Ja perte de cette bataille. C’est du moins dans ce sens qu'est écrit l’ouvrage du general Gourgaud ; toutes les relations qui ont paru sur ces événemens ont été rédigées avec plus ou moins de vraisemblance dans le même esprit. Par des raisonnemens plus spécieux dans la forme que dans le fond, puisqu'ils ne sont appuyés d’aucunes pièces officielles , et par des plans de campagne
faits et r'aisonnés après les événeinens, on a cherché à faire tomber particulièrement le blâme sur les deux licutenans de
Napoléon.
IL nous semble d’abord que peu d'écrivains ont fait remarquer Fénorme disproportion qu’il y avait entre l’armée française et l’armée alliée ; l’une forte à peine de 110,000 hommes , tandis que Blucher et Wellington comptaient 222,000 combattans sous leurs ordres. Une telle supériorité numérique ne doit-elle pas entrer pour beaucoup dans la balance des chances hasardeuses de cette campagne ?
M. le comte de Grouchy, après quatre ans d’exil, de rési-
gnation et de silence , vient de publier ses observations sur Fouvrage du général Gourg
gaud, le seul auquel il accorde une certaine authenticité. Il réfute en même temps quelques-unes des assertions contenues dans d’autres écrits. Attaque et critiqué , au
moins avec inconvenance , il répond quelquefois avec une amertume excusable dans sa position : mais il répond par des faits
et par des pièces officielles.
Fssayens de donner en peu de mots l'analyse de cet ouvrage.
la perte de la ba