SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE
Pour la Reine-Marguerite n° 2, la déperdition, pendant les nuits sans rosée, a été, au minimum, de l s ',8‘ au maximum, de 2 S ',6, ce qui donne 2 sr .2 pour la moyenne. Après la nuit du 29-30 août, elle ne portait qu’une buée très légère; celle-ci comprise, elle avait diminué depuis la veille de 0& r ,8. Je crois être plutôt au-dessus qu’au-dessous de la vérité en évaluant par comparaison à 0 s ',û le poids de cette faible quantité d’humidité que je n’ai pas apprécié directement; cette quantité déduite, on aurait l sr ,2 pour expression de la diminution réelle. La huée que portait ce sujet après la nuit du 28-29 août était assez prononcée, certainement plus forte que dans le cas précédent. Lorsque je l’ai pesé, le 29, a cinq heures et demie du matin, avec cette humidité superficielle, je n’ai constaté en lui qu’une diminution de 0 er ,2sur le poids de la veille (21ôl*',8 à 2141 e *,6). J’ai reconnu que la rosée qu’il portait pesait 06',fi, d'où sa déperdition totale avait été de 0 e ',8.
Le 1" septembre, vers sept heures et demie du soir, cette Reine-Marguerite a pesé 2146®',8. Le lendemain, à six heures du matin, elle portait une rosée assez forte pour la couvrir d’une couche d’eau bien visible; delà, mise ainsi mouillée sur la balance, elle a montré un poids total de 21û7s r ,ô; mais, cette eau déduite, le poids réel est descendu à 21 46 6 *,4, accusant une déperdition réelle de 0 S *',4. Enfin le dernier terme de cette série est formé par les cas dans lesquels la rosée a été très abondante. Dans ces circonstances, lorsque j’ai pesé la plante, le matin, fortement mouillée de rosée, j’ai trouvé, relativement au poids qu’elle avait la veille à l’entrée de la nuit, une augmentation apparente qui a disparu'dès que j'ai enlevé l’eau superficielle, de telle sorte qu’il est resté ensuite un poids réel inférieur à celui de la veille d’une très faible fraction de gramme, plus rarement égal à celui-ci, au moins d’après les appréciations de ma balance dont la sensibilité ne dépassait pas 1/5 de gramme. Je ne crois pas avoir besoin d’insister sur ce dernier point, dont je me suis occupé en détail daus mon mémoire sur les rapports des plantes avec la rosée.
Des faits analogues à ceux que je viens de rapporter m’ont été offerts avec une concordance remarquable par les diverses plantes que j’ai prises pour sujets de mes observations. Je crois donc pouvoir regarder comme suffisamment justifiés les principes que j’ai formulés dans cette note, notamment la persistance de la transpiration malgré le dépôt de la rosée sur les feuilles et sa diminution d’autant plus considérable que celle-ci se dépose en plus grande quantité.
Quant à la suppression totale de la transpiration dans des cas de très forte rosée, sans vouloir la contester de manière absolue, je serais porté à ne pas l’admettre ; 1° parce que, dans la plupart de ces circonstances, j’ai constaté une déperdition appréciable subie par les plantes ; 2“ parce que j’ai reconnu que même l’immersion complète d’un végétal dans l’eau pendant une journée ou une nuit entière, ne l’empêche pas de subir une légère
SÉANCE DU 18 DÉCEMBRE 1857. lOol
perte de poids; et qu’il me semble dès lors difficile que le simple revêtement liquide formé par une forte rosée exerce une influence plus énergique qu’une masse d'eau.
Enfin, relativement à une absorption d’bumidité tant soit peu notable s’opérant en même temps que la transpiration pendant que la rosée se dépose sur les plantes, l’enchaînement des faits que j’ai présentés dans cette note me semble en démontrer l’impossibilité.
M. Weddell est d’avis que les expériences faites par M. Ducharlre ne démontrent pas la justesse de ses conclusions, conclusions d’ailleurs qu’il ne conteste pas en elles-mêmes. Il rappelle que, dans les forêts d’Amérique, certaines Broméliacées (les Vriesia par exemple) vivent suspendues parleurs feuilles aux branches d’arbre, et cependant elles n’ont pas de racines.
M. Duchartre reconnaît que certaines plantes (par exemple plusieurs espèces de Tillandsia ) se développent sans jamais avoir de racines à l’état adulte. Il ne se prononce pas au sujet de l’absorption de l’eau à l’état liquide dans certaines circonstances, mais il nie l’absorption de l’humidité à l’état de vapeur. Quand on plonge ‘dans l’eau un rameau flétri, il y a absorption locale. Chez les Broméliacées dépourvues de racines, l’absorption pourrait avoir lieu par l’aisselle des feuilles et par la tige. Un Tillandsia suspendu a perdu de son poids dans une serre très humide du Muséum. On l’a placé ensuite dans un autre endroit où on l’a seringué, et il a gagné du
poids.
M. Weddell admet que certaines Broméliacées absorbent de l’eau par leurs aisselles, mais il ne saurait en être de même pour le Tillandsia usneoides.
M. Duchartre répond que, dans le Tillandsia usneoides, le revêtement écailleux que présente la plante entière doit nécessairement retenir une grande quantité d humidité qui peut-être est ensuite absorbée. 11 rappelle que, dans une communication précédente, il a fait connaître les résultats d’expériences analogues à celles de Bonnet, et dans lesquelles la balance accusait une absorption d’eau par l’une des deux faces des feuilles détachées de diverses plantes. M. Du-
absorbent
vapeur. D’ailleurs, ajoute-t-il, certains végétaux peuvent s’accroître
tout en perdant de leur poids.
M. Cosson donne lecture de l’extrait suivant d une lettre qu il