‹ Observations sur les maladies des armées dans les camps et dans les garnisonsChapitre 10 sur 117 · EN · texte numérisé non relu

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Cette campagne , qui fut la dernière , commença de très-bonne heure , car le 8 avril l’armée campa à Hillenraet, près de Ruremonde, avec quinze bataillons et quatorze escadrons. Depuis l’ouverture de la campagne jusqu’au commencement de mai, il fit très-froid, il tomba de la neige, et il y eut des vents violents accompagnés de pluie; mais le service ne fut pas rude, et le terrain était sec. — Le 12 mai, l’armée quitta Hillenraet, et en peu de jours elle vint à Nisleiroy, où

nous campâmes pour la dernière fois , laissant dans l’iiopital de Cuick environ cinq cents hommes, qui, pour la plupart, avaient des maladies inflammatoires. Il parut un nombre extraordinaire de fièvres intermittentes; elles n’étaient communément que des rechutes de ceux qui en avaient été attaqués en Zélande cl dans les lignes de Berg-op-Zoom, dans la campagne précédente. Elles furent aussi accompagnées d’«m peu d’inflammation, qu’on doit attribuer au froid de la saison. — On nous envoya d’Angleterre en ce camp un renfort de sept bataillons. La chaleur commençait alors à se faire sentir , et souvent elle était considérable ; mais quelques orages, accompagnés de tonnerre et d’éclairs, survenant à propos, détournèrent les chaleurs étouffantes et purifièrent l’air en le dégageant de ses particules les plus malsaines ; car on a remarqué que le tonnerre étant plus fréquent dans les pays couverts et marécageux, il peut avoir pour cause finale de rafraîchir l’air et d’en corriger la putréfaction lorsque les chaleurs sont le plus excessives (!). Le terrain était pareillement sec, et le camp aéré, de sorte que, tant que les troupes restèrent en campagne , la maladie fut très-peu considérable. — J’excepte toutefois les quatre bataillons qui avaient été la campagne précédente en Zélande; car ils furent sujets à retomber dans des fièvres intermittentes irrégulières qui se terminaient souvent en hydropisies. Leurs malades étant en grand nombre et les hôpitaux des régiments, qu’on avait placés dans des cabanes près des lignes , se trouvant remplis , il s’y engendra bientôt la fièvre d’hôpital, qui, de là, se communiqua à l’hôpilal général établi alors à Ravenstein. Mais les quartiers de cet hôpital étant spacieux et bien aérés , la contagion ne fit pas plus de progrès , quoique plusieurs des soldats qu'on y amena fussent couverts de taches pétéchiales. — L’armée décampa le 9 juillet, et s’en alla en quartiers. On établit à Eyndhoven le quartier principal avec les trois bataillons de gardes. On plaça le reste de l’infanterie dans les villages des environs, et la cavalerie près de Boisle-Duc. — Il n’y avait en ce temps-là que mille malades dans les hôpitaux, en comptant ceux qui y étaient restés de

(1) Musschenbroek, Instit. pbys., cap,

l’hiver dernier et de la campagne précédeiRc ; mais, quelques jours après qu’on eut cessé la campagne , il parut une fièvre qui devint en peu de temps aussi fréquente qu’aucune de celles qui avaient jusqu’alors affligé l’armée. Voici les raisons qu’on en donna. — Celte partie du Brabant est presque aussi unie qu’aucun autre endroit des Pays-Bas; ses seules inégalités sont quelques montagnes sablonneuses et quelques élévations presque insensibles qui donnent à quelques villages l’avantage de quelques pieds audessus du niveau du reste du pays. Le terroir est sablonneux et stérile; l’on y aperçoit si peu d’eau , qu’au premier coup d’œil on s’imagine qu’il est aride et fort sain. Les apparences sont trompeuses ; on trouve partout l’eau à deux ou trois pieds de la surface, et à proportion qu’elle est plus ou moins avant en terre, les habitants se trouvent plus ou moins sujets aux maladies. Le pays étant situé le long des bords de la partie inférieure de la Meuse , est non-seulement très-malsain à cet égard; mais, à cause des inondations des petites rivières qui l’arrosent , il reste sous l’eau l’hiver entier, et, pendant l’été, il continue d’être humide. Les inondations qu’on a faites depuis le commencement de la guerre, autour des villes fortifiées, n’ont pas peu contribué à augmenter l’humidité et la corruption de l’air. Ces inondations devinrent surtout nuisibles au commencement de l'été , qu’on fit ren- | trer une partie de ces eaux dans leur lit,; | après qu’on eut signé les articles préli- i minaircs de la paix ; car ce terrain , quilj avait été entièrement couvert d’eau , n’ayant été saigné qu’à demi , et devenant par là marécageux , chargea l’ait de vapeurs humides et putrides. Les, états-généraux, s’eu étant aperçusà la con tagion qui se fit sentir avec violence à Bréda et dans les villages voisins, donnèrent ordre de remettre l’inondalior dans son premier état, et de l’y contenir jusqu’à l’hiver.

La maladie fut incomparablement plui | grande près de Breda et de Bois-le- Duc qu’a Eyndhoven, qui était à um j(.

beaucoup plus grande distance des inon jj. dations et des antres terrains marécai jj,! geux. C’est pourquoi l’humidité de 1^ ij plupart des quartiers provenait princil . paiement des eaux souterraines qui s’éi y, vaporaient à travers le sable (1). 11 |

(1) Vid. çhap. i.

lavait, près d’Eyncîhoven, deux villages ,

I Lind et Zclsl , l’iin élevé de dix pieds ! au-dessus de la surface de l’eau, et l’autre 'de quatorze, hauteur prodigieuse pour lie pays; on remarqua que les soldats j qu’on y avait envoyés en quartiers se j portèrent mieux que partout ailleurs. —

; On mit en quartier à Eyndlioven deux !| bataillons des gardes, et le troisième à I la campagne dans les maisons des payisans, de manière qu’ils ne formaient en- ! semble que l’enceinte d’un mille. Ce qu’il y eut de surprenant fut que le bai|taillon logé hors de la ville eut toiiijours trois fois plus de malades que chajeun des deux autres, quoique l’un d’eux eut été très-incommodé en Zélande l’an- Inée précédente. Or, la hauteur du terjrain étant partout la même , on ne peut lattribuer cette différence qu’à la grande ' humidité des cabanes (I); car ces corps ‘ ,se ressemblaient à tous autres égards : 'ilmême nourriture, même service et même •ijexercice. Il arriva un cas semblable à un ;l|régiment d’infanterie. Une de ses com- ‘ijpagnies ayant été mise en quartiers dans • des maisons situées parmi des bruyères, i' jellc y jouit d’une santé passable : mais le 1* reste étant dans un bois s’y trouva fort 1 incommodé. Le camp des Hollandais éta- ^ bli à Gilsen , tout près de nos quartiers, mais situé sur une bruyère ouverte li' de tous côtés , se conserva en bonne iJsanté , taudis que nous étions fort mal , >Uce qui sert encore à prouver qu’il est “Tltrès-préjudiciable d’empêcher dans un liyjpays humide , par des plantations serili jrées , l’air de circuler. — > Telle fut la situation oii nous nous trouvâmes. Nous Haillons voir maintenant jusqu’à quel point veie temps concourut à causer cette malalij lie épidémique. — Il avait fait très- Ltlphaud jusqu’alors; mais pendant les mois ;)rtle juillet et d’août , que la maladie se ce4rouvait la plus violente, il n’y eut point lonlie pluie, et le temps fut étouffant et liûthans air. Près des inondations, les brouille-’ards de la nuit étaient épais et fétides;

Les chaleurs diminuèrent au commenceplhinent de septembre , et la maladie à pro~ 5-le')ortion ; mais le froid ne se fit sentir ujli|ue vers le 20 d’octobre. Nous eûmes, inoitians ce temps-là, quelques jours de réctiduie et des vents considérables. Yersla ie in du mois, il y eut pendant la nuit „.c [uelques gelées un peu fortes. Le temps iî'i ’adoucit ensuite, et continua de la sorte

I (1) Ibidem.

tant que les troupes restèrent dans le pays.

La maladie épidémique parut d abord sous la forme d’une fièvre ardente , et ce fut la pire de toutes. Ceux qui en étaient attaqués ressentaient tout-à-coup de violents maux de tête, et tombaient souvent en délire. S’ils avaient l’usage de la raison, ils se plaignaient de douleurs dans le dos et dans les reins , d’une soif excessive, d'une chaleur brûlante, accompagnées d’un grand mal et d’une grande oppression d’estomac , ou bien ils vomissaient de la bile avec beaucoup d’efforts; d’autres l’évacuaient par des selles , avec un ténesme et des douleurs dans les intestins. Cette fièvre devenait généralement rémittente dès les commencements , surtout en tirant du sang et en évacuant les premières voies. Mais, si l’on venait à négliger ces précautions, la maladie devenait presque continue.

La tendance à la putréfaction était telle, que plusieurs avaient des taches, des pustules , et même des mortifications presque toujours funestes.

Dans les quartiers voisins des inondations, la plupart des malades éprouvèrent ces symptômes et autres semblables, pendant la première fureur de la maladie. Mais les quartiers plus éloignés de l’eau, qui ne se trouvaient exposés qu'à l’humidité naturelle au pays, et à la chaleur de la saison, eurent des fièvres plus bénignes et en plus petit nombre. — Ainsi , quoique la maladie fût générale , les troupes qui étaient près des marais souffrirent davantage, soit par le nombre des maladies qu’elles eurent, soit par la violence des symptômes. Le régiment de Gray, en quartier à Vucht , village k une lieue de Bois-le-Duc, et environné de prairies alors couvertes d’eau, ou qui avaient été saignées peu de temps auparavant , se trouva le plus incommodé.

Les quinze premiers jours, ce régiment n’eut aucun malade ; mais cinq semaines après , il y en eut à la fois sur les listes cent cinquante; deux mois ensuite, il y en eut deux cent soixante, ce qui était plus de la moitié du régiment , et à la fin de la campagne , il n’y avait en tout que trente hommes qui se fussent toujours bien portés. Les dragons de Rhotes et de Rich , qui étaient près des inondations , furent aussi extrêmement malades.

Le régiment de Johnson, à Nieuland, où.

les prairies avaient été couvertes d’eau pendant tout l’hiver , et qui venaient d’être saignées , eut quelquefois plus dç

la moitié de malades. Les fusiliers écossais qui se trouvaient à Dinther , quoi- «ju’ils fussent à quelque distance des inondations , eurent plus de trois cents malades à la fois, parce que leurs quartieTs étaient dans un village bas et humide.

Ce qui parut surprenant, c’est qu’un régiment de dragons en quartier à Helvoirt , village situé seulement à une demi-lieue sud-ouest de Yucht , fut en grande partie exempt du malheur de ses voisins, les fièvres rémittentes et intermittentes n’y étant pas aussi nombreuses et d’une aussi mauvaise espèce ; tant il était avantageux d’être éloigné des marais , d’avoir des vents qui soufflassent surtout d’un endroit sec , et d’être placé sur un terrain un peu plus élevé , sur des bruyères ouvertes de tout côté. — Ainsi les troupes furent à peine un mois en quartier , que les listes des malades furent en tout augmentées de deux mille, et qu’elles montèrent dans la suite beaucoup plus haut. Car la maladie continua pendant tout le mois d’août , et ne diminua qu’avec les chaleurs , vers le milieu de septembre. Les fièvres alors commencèrent , il est vrai , à n’être plus si nombreuses , ni si violentes ; les rémissions furent aussi plus libres ; de sorte qu’insensiblement , avec la fraîcheur du temps , cette fièvre devint régulière intermittente , et cessa totalement aux approches de l’hiver. Il était assez curieux de remarquer que ces fièvres intermittentes baissaient proportionnellement au dessèchement et à la chute des feuilles. Il s’élève en ce temps-là beaucoup moins de vapeurs, et par la chute des feuilles les villages sont exposés davantage au vent, l’air circule plus librement , et ils deviennent , par conséquent , plus secs et plus sains. — Les officiers furent partout moins incommodés que les simples soldats ; avantage qu’on peut attribuer aux bons lits , aux chambres sèches et à une meilleure nourriture. — Les paysans souffrirent beaucoup , surtout ceux qui demeuraient près de Breda et de Boisle-Duc ; mais dans les villes il y eut moins de malades et moins de morts à proportion (1). Là maladie fut en général plus fréquente parmi les pauvres qui couchaient dans des rez-de-chaussée, se pourrissaient mal et manquaient de remèdes. Car , sans les évacuations arlifi-

(1) On en donne h raiçpn plu$ haut,

cielles, la nature n’était pas capable de guérir, ou bien elle ne le faisait que lentement et imparfaitement. Ce pays n’avait pas éprouvé de tels malheurs depuis un grand nombre d’années, parce que leurs deux grandes causes n’y avaient pas concouru ; je veux dire les inondations accompagnées d’un été et d’un automne excessivement chauds et sans air,

La dysenterie se trouva peu fréquente pendant tout ce temps, circonstance qui, si l’on considère la corruption des humeurs, et combien elles étaient portées à affecter les intestins , mérite qu’on y fasse quelque attention. On peut se ressouvenir qu’on a dit que la dysenterie paraissait lorsque, après de grandes chaleurs , la transpiration était subitement arrêtée, soit par les habits mouillés , le terrain mouillé , ou bien par les brouillards de la nuit et les rosées. Mais, quoique cCiS inconvénients se présentent communément dans un camp , ils sont cependant fort rares dans les quartiers.

Ajoutez à cela que la cause de la communication de la dysenterie est moins due à la saison , aux habits mouillés , ou à d’autres accidents, qu'à la contagion provenant des excréments putrides de > ceux qui sont d’abord attaqués de cette ! maladie. Or, dans les quartiers, les soldats étaient non-seulement moins exposés à avoir leurs habits mouillés ; mais si quelques-uns se trouvaient affectés de ce mal , ils étaient tellement dispersés, que les privés ne pouvaient occasionner de contagion. — La paix ayant été conclue vers le milieu de novembre , les troupes sortirent de leurs quartiers pour aller à YVillemstad, où elles s’embarquèrent sur-le-champ. Mais les vents contraires ayant forcé plusieurs vaisseaux à rester à , l’ancre plus d’un mois , et les troupes j ayant eu apres cela un passage ennuyeux j et orageux, pendant lequel la plupart f des soldats restèrent enfermés, l’air se corrompit et produisit la fièvre de prison ou d’hôpital.

Ce fut encore pis sur les vaisseaux qui transportèrent à Ipswich les malades d( ji rhôpital-général d’Oosterhout. Car, soil qu’il y eût déjà parmi eux quelqueî germes de maladie , soit qu’ils fussen trop serrés à fond de cale , où ils resté- ^ rent trois semaines, plusieurs se viren attaqués de cette fièvre à bord , ou bien , tôt après leur débarquement. On remar , qua que le plus grand nombre de maladies , et celles où il parut plus de malignité , se trouvèrent sur un vuisseàu dan

SUR LES MALAMES DES ARMEES. 37

I lequel il y avait deux hommes dont les ! membres étaient gangrenés. Cet accident I fut non-seulement cause que l’infection 1 se répandit davantage sur mer, mais aussi dans les salles de rtiôpital où on I les mit, après qu’on eut abordé. — L’hôij pilai préparé à Ipswicli, qui n’était desli tiné qu’aux malades d’Oosterhout , se ' vit forcé d’en admettre d’autres , que le mauvais temps obligea de relâcher à celte I côte : de sorte qu’il y avait en tout qua- I tre cents personnes , la plupart ma- I lades de cette fièvre contagieuse. Il y en eut un si grand nombre à la dernière I extrémité , parmi ceux qui venaient de

dessus les vaisseaux destinés a trânsporter les malades, que l’infection et la mortalité furent d’abord considérables.

Mais, comme les salles étaient spacieuses, et qu’on logeait en ville les malades à mesure qu’ils se rétablissaient, on les éloignait par là d’une nouvelle contagion ; et, comme l’on gagnait plus d’espace pour ceux qui continuaient toujours h ne se pas bien porter , l’air se purifia de jour en jour, et la maladie baissa plus tôt qu’on ne s’y était attendu. Ainsi on supprima l’hôpital , qui avait duré près de trois mois en Angleterre.

SECONDE PARTIE

J’ai donné dans la première partie une relation générale des maladies les plus fréquentes à l’armée, dans l’ordre qu’elles se présentent pendant le cours de la guerre ; mais j’ai réservé pour différentes parties de cet ouvrage les descriptions particulières , les causes , les préservatifs et les traitements , parce que cedétail aurait trop interrompu la suite des faits, qu’on devait présenter sous un seul point de vue; c’est pourquoi je vais procéder comme il suit ; 1® Je rangerai ces maladies suivant leurs classes différentes. — 2® Je rechercherai leurs causes en tant qu’elles dépendent de l’air, de la nourriture et du reste des choses non naturelles. — 3° Je proposerai quelques* moyens pour les prévenir. — 4® Je comparerai les saisons par rapport à la santé et à la maladie, afin de calculer le nombre d’hommes sur lequel on peut compter pour le service , en différents temps de l’année.

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