CHAPITRE VIT
1 RELATION GÉNÉRALE DES MALADIES DES I * CAMPAGNES DE J 746 ET 1747, DANS LE BRABANT HOLLANDAIS.
Tel fut l’état de la santé des troupes,
I dans la Grande-Bretagne. 11 n’y avait leu dans les Pays-Bas, depuis le commencement de cette campagne, que trois ba- I taillons et neuf escadrons de troupes 1 anglaises. Au mois d’août, on envoya I d’Ecosse quatre bataillons pour joindi*e
l’armée. Etant abordés a Willemstad, et ayant séjourné quelque temps dans ce terrain bas et marécageux , pendant la plus mauvaise saison, ils gagnèrent bientôtles fièvres intermittentes et rémittentes du pays, et se virent obligés, avant de se mettre en marche, d’envoyer un grand nombre de malades à l’bôpital d’Ooster-Hout. — Les troupes ayant essuyé dans cette campagne, qui finit tard, des marches fatigantes par des pluies considérables en automne, après un été fort chaud, elles s’en trouvèrent très-incommodées ; car, à la fin de la campagne, sans y comprendre ceux qui furent blessés à la bataille de Raiicoux, il y avait environ quinze cents de nos soldats dans les hôpitaux : ce qui faisait presque le quart de nos troupes. Mais on ne remarqua rien d'extraordinaire dans les maladies; et elles furent les mêmes que celles qu’on voit communément dans toutes les campagnes (1).
Le printemps suivant, l’armée entra en campagne le 23 avril 1747, et campa d’abord à Gilsen près de Breda. L’armée anglaise était, au commencement, composée de quinze bataillons et de quatorze escadrons, et, quelque temps après, il vint d’Angleterre un renfort de sept bataillons; mais, comme on en envoya quatre en Zélande, et les trois autres aux lignes de Berg-Opzoom, ils ne joignirent point l’armée. — Les premiers jours qu’on fut campé, il fit froid, le temps se radoucit ensuite, et il conlinua de la sorte jusqu’au coninienceraent de juin qu’il devint très-chaud. Depuis qu’on fut entré en campagne, jusque vers la fin de juin , il tomba fort peu de pluie, et tous les endroits où on campa étaient secs.
— Les six premières semaines on envoya dans les hôpitaux environ deux cent cinquante malades, nombre fort modéré, si l’on considère que les troupes sortirent de fort bonne heure de leurs quartiers. Les maladies prirent leur cours ordinaire , c’est-à-dire qu’elles se trouvèrent pour la plupart inflammatoires. — La b.ilailledc Lafî’eld se donna le 2 jiiilb t, et environ depuis ce temps-!à il tomba beaucoup de pluie qui rafraîchit l’air, ün conduisit à Maëstricht autour de huit
(1) L’auteur suivit pendant celle campagne l’armée eu Ecosse; il n’a pu, par celte raison, donner une relation jjIus détaillée des maladies des troupes employées dans les Pays-Bas.
cents blessés , et Ton choisit , entre autres bâtiments, pour servir d’hôpital, une grande église qui non-seulement contint beaucoup de malades, mais qui encore, par sa grandeur, prévint la fièvre d’hôpital, quoiqu’un grand nombre de personnes attaquées de la dysenterie et d’autres maladies putrides y fussent renfermées pendant le reste de la campagne. — L’armée traversa la Meuse après la bataille, et campa à Richolt. . Quelque temps après , elle alla à Bichel et ensuite à Argenteau , sans quitter le voisinage de Maëstricht. Tous ces camps, par leur situation, étaient secs et aérés ; et, dans les commencements, n’y ayant pas de service extraordinaire pendant la nuit, les maladies se trouvèrent peu nombreuses et très-peu inflammatoires. La dysenterie ne se fit point sentir, si ce n’est aux gardes qui étaient à Richolt sur un terrain bas et alors un peu mouillé , mais 1e nombre des malades ne fut point considérable, et les symptômes furent favorables.
Depuis le 20 juillet jusqu’au 10 septembre, il fit une chaleur étouffante, et, jusqu’au milieu d’août, les nuits furent presque aussi chaudes que le jour. Le camp jouit d’une parfaite santé pendant tout ce temps; mais les blessés souffrirent beaucoup, car l’extrême chaleur occasionna des fièvres lentes , ou bien, en relâchant les fibres et en rendant âcres les humeurs , tantôt elle empêchait les plaies de se cicatriser, et tantôt elle les disposait à se rouvrir après avoir été guéries. Vers le milieu d’août, malgré la chaleur des jours, les nuits ne laissèrent pas de devenir fraîches, et il commença à tomber d’abondantes rosées. C’est à ces variations de temps, auxquelles les troupes du camp étaient continuellement exposées , qu’on doit attribuer l’origine de la dysenterie, puisqu’elle arrive communément lorsque la transpiration est arrêtée par le froid et les vapeurs humides, après que le sang a éprouvé quelque altération par les chaleurs continuelles. — Plus de la moitié des soldats gagnèrent la maladie à différents degrés ; elle fut aussi plus fréquente parmi les officiers qu’elle ne l’avait été jusqu’alors. La contagion se communiqua aux villages voisins, et fit de grands ravages parmi les paysans, soit qu’ils manquassent toutà-fait de remèdes , ou qu’ils en employassent dont ils auraient dû plutôt se passer. Mais Maëstrich souffrit peu, malgré cQmraevce jourpuliei: avec le
camp; car cette ville, étant bâtie sur une fort grande rivière , dans un pays ouvert , est bien aérée et salubre. — Nonobstant le grand nombre de dysenteries , peu de nos soldats en moururent , car les malades étaient plus dispersés, les hôpitaux mieux aérés qu’à l’ordinaire, et les chirurgiens de l’armée , instruits par l’expérience , guérissaient ceux qui étaient dans les hôpitaux du camp , ou bien , après quelques évacuations nécessaires , ils les envoyaient à Maëstricht.
— Au commencement d’octobre, il tomba beaucoup de pluie, et les soldats qui s’y trouvèrent exposés furent attaqués de la dysenterie ; mais cette pluie devint en général fort favorable à l’armée, à cause qu’elle rafraîchit l’air, et que par là elle mit plus tôt fin à la maladie. — Les fièvres rémittentes d’automne, qui avaient paru vers la fin du mois d’août , devinrent alors fréquentes , mais il n’y eut rien de nouveau ni dans les symptômes ni dans la cure.
Quelques jours après les pluies, l’armée se mit en marche du côté de Breda , et , comme le temps commençait alors à être froid , les toux , les points de côté pleurétiques , les douleurs de rhumatisme furent communs , et parurent seuls ou se joignirent à la fièvre rémittente.— Le 12 novembre, les troupes entrèrent en quartiers d’hiver. — Quoiqu’il y eût eu dans le grand camp beaucoup de maladies pendant la campagne , la mortalité ne fut pas cependant considérable , et le nombre de ceux qu’on envoya aux hôpitaux à la fin de cette même campagne doit paraître fort modéré si l’on considère qu’elle finit fort tard. — Mais, en Zélande, la maladie fut considérable dans les quatre bataillons qui,, depuis le commencement de la campagne, y avaient été en partie campés , et en partie dans des quartiers, les uns dans le Zuit-Beveland (1) , et les autres dans l’île de Walcheren, deux petits pays du département de cette province. Ces troupes furent tellement incommodées , soit dans le camp , soit dans les quartiers , que, lorsque la maladie parvint à son plus haut période, quelques-uns de ces corps avaient au plus cent hommes en état de faire le service , ce qui faisait seulement
(1) Beveland, île de la Zélande, partagée par l’Escaut en Zuil -Beveland et Nort-Beveland , Beveland méridional et Beveland septentrional.
environ la septième partie d’un bataillon complet. Le Royal, en particulier, n'eut, à la fin de la campagne, que quatre hommes qui se fussent toujours bien portés. Or , comme nous avons déjà traité suffisamment de la nature de l’air de la Zélande, et que nous avons prouvé que les fièvres rémittentes et intermittentes , et les dysenteries , en sont les effets et la suite (l) , il suffit de ren-
Îvoyer nos lecteurs à cette prtie de noire ouvrage , afin qu’ils puissent se for-
Îmer une idée générale de ces maladies. Pour ceux qui veulent les connaître plus particulièrement, ils peuvent avoir recours à la troisième partie de cet ouvra- !ge (2). Je me contenterai de remarquer iici que ces fièvres épidémiques, non- I seulement commencèrent en Zélande 1 beaucoup plus tôt qu’à l’ordinaire, à cause ides grandes chaleurs, mais encore se firent sentir plus violemment , et devinjrent aussi funestes aux habitants qu’à I nous-mêmes. Les officiers ne furent pas iplus épargnés ; mais comme on prit plus de soin d’eux , et plus à temps , leurs fièjvres se trouvèrent accompagnées de [symptômes moins violents et moins fâcheux que celles des soldats. Mais l'escadre commandée par M. Mirchell , qui [pendant tout ce temps-là était à l’ancre idans le canal , entre le Zuit-Beveland et îl’îlc de Walcheren, où la maladie parut avec tant de violence, ne se trouva attaquée ni de fièvres ni de dysenteries, et, au milieu de cette contagion , elle jouit Id'une santé parfaite, preuve que l’air Ihumide et putride des marais était dissijpé, ou du moins corrigé, avant que de parvenir à l’escadre , et qu’une situation en plein air est un des meilleurs préservatifs contre les maladies d’un pays bas et marécageux, dans le voisinage duquel 3n se trouve.
A proportion que l’automne devint Iplus frais , ces fièvres diminuèrent de jieur ardeur, et se changèrent plus aiséifuent en intermittentes , quoique touiours irrégulières et d’une mauvaise espèce. La dysenterie ne fut pas générale, quoique assez commune , et l’on remarqua que ceux qui en étaient attaqués [ivitaient ordinairement la fièvre, ou que [li quelqu’un les avait toutes les deux, iî’était alternativement, de sorte que, orsque la dysenterie paraissait, la fièvre
(1) Cliap. r.
(2) Chap. IV, § 2.
Pringle^
cessait, et, lorsque la dysenterie était arrêtée, l’autre revenait. Il s’ensuit que, quoique ces maladies fussent bien différentes, elles provenaient cependant d’une même cause. — A l’égard des trois autres bataillons qu’on envoya à Berg-op- Zoom, ils campèrent dans les lignes de cette place , et ils y restèrent pendant la campagne. Cette ville se trouve située sur une petite hauteur; mais, le pays qui l’environne étant en quelques endroits marécageux, l’air y est moins sec qu'aux environs de Maëstricht, quoiqu’il n’y soit pas aussi humide qu’en Zélande. La maladie fut dans la même proportion , soit pour l’espèce, soit pour la violence , et garda un milieu entre celles qui dominèrent dans ces deux endroits , c’est-àdire que les fièvres furent autant audessous de la violence de celles de la Zélande, qu’elles étaient au-dessus des fièvres douces rémittentes du grand camp. Si les dysenteries parurent plus fréquemment dans les lignes de Berg-op- Zoom qu’en Zélande , cela vient de ce que les soldats étaient plus exposés à la pluie , et qu’étant dans un camp fixe, la mahdie se communiquait plus aisément.
•—A la fin de la campagne, il se trouva dans les hôpitaux, sans compter les blessés , plus de quatre mille hommes , tant du gros de l’armée anglaise que des détachements , ce qui faisait un peu plus du cinquième du total. Mais on doit observer que les quatre bataillons qui étaient en Zélande en fournirent eux seuls près de la moitié ; de sorte que, lorsqu'ils entrèrent dans leurs quartiers d’hiver, les malades étaient , à ceux qui se portaient bien , à peu près comme quatre à un.