CHAPITRE PREMIER
il RE LA RiviSlON DES MALADIES LES FI.US OR- )tl DINAIRES A UNE ARMÉE.
Les soldats se trouvent en temps de ^ \ guerre dans des circonstances bien ^ : différentes de celles des autres person- *1 nés, en ce qu’ils sont exposés davan- ' tage aux injures de l’air , et en ce qu’ils • sont pressés les uns sur les autres dans i ' les camps , dans les casernes et dans les
hôpitaux. C’est pourquoi la division la plus générale de ces maladies est en celles qui proviennent de l’intempérie de la saison , du mauvais air et de la contagion. — On peut réduire à deux sortes les maladies militaires qui dépendent de la saison , savoir : à celles d’été et à celles d’hiver , ou , ce qui est la même chose , aux maladies des camps et à ^celles des garnisons. Gomme on ne peut éviter d’être exposé au froid au commencement d’une campagne , et quelque temps avant qu’on la quitte, les maladies d’hiver se font sentir vers la fin de l’automne, et ne cessent entièrement que vers le milieu de l’été. D’un autre côté , comme les chaleurs de l’été et les vapeurs humides de l’automne disposent le corps à la maladie , celles qui régnent dans le camp ne finissent jamais entièrement avec la campagne ; mais elles continuent encore quelque temps après que les troupes se sont retirées dans leurs quartiers d’hiver. De sorte que partout où nous ferons mention des maladies d’été ou d’hiver , des camps ou des garnisons, on doit supposer qu’elles se prolongent ainsi. — Si, au lieu de déterminer par les saisons les maladies les plus générales d'une armée , on veut le faire par l’état où se trouve alors le corps , on peut les diviser en inflammatoires et en putrides; les maladies inflammatoires se trouvant les mêmes que celles d’hiver et du commencement de la campagne; et les putrides n’étant autres que celles d’été , d’automue , et partie de celles qui sont
portées du camp dans les garnisons.
Les maladies inflammatoires, ou d’hiver, les plus fréquentes sont des toux, des pleurésies , des péripneumonics, des rhumatismes aigus, des inflammations du cerveau , des intestins et d’autres parties, accompagnées de fièvre. Il se trouve des inflammations plus légères avec peu de fièvre , et des fièvres d’une espèce inflammatoire, où il n’y a point de partie assez particulièrement affectée pour pou-, voir donner un nom à la maladie. On peut aussi rapporter à la même classe ces maladies chroniques qui doivent leur origine à des inflammations ; les principales sont des rhumes anciens, des consomptions et des rhumatismes sans fièvre. Or, toutes ces maladies viennent originairement fl’une suppression de la transpiration, dans le temps que les fibres sont très-tendues, et que les pores de la peau et le poumon se trouvent plus resserrés. Mais la cause ne dépend-elle pas plutôt de quelque chose qui est dans l'air, et qu’on a pris avec la respiration? c’est ce qui n’est pas encore clair. — La nature des maladies d’été et d’automne est tout à-fait différente. Dans ces saisons les fibres sont relâchées, les fluides plus raréfiés et plus disposés à la putréfaction. Si dans cet état il arrive que la transpiration ou quelque autre excrétion, destinée à évacuer les parties les plus volatiles* ou putrides du sang, soit arrêtée, il s’ensuivra une fièvre rémittente ou intermittente, un choléra-morbus ou une dysenterie, suivant l’acrimonie des humeurs , le lieu qu’elles occupent et le cours qu’elles auront pris. Hippocrate attribue les maladies de celte nature à la trop grande abondance de la bile, et la plupart des autres auteurs à sa corruption ; de sorte qu’il est fort ancien et fort général de leur donner le nom de bilieuses, quoique peut-être le nom de putrides leur convînt davantage. En effet, dans tous les pays chauds et dans les camps où les soldats sont exposés au soleil , si la bile n’est pas plus abondante, elle est du moins plus disposée à la corruption qu’à l’ordinaire, et, quoique cette circonstance ne soit pas probablement la première cause de la fièvre, cependant elle l’accompagne fréquemment, et les maladies d’été et d’automne , et concourt peut-être à les rendre plus dangereuses.
Mais quand les choses opèrent plus lentement, ou que les maladies dont je viens de faire mention ne sont guéries qu’imparfaitement, il se forme des obstructions
dans les viscères, ou ils sont affectés de manière à donner lieu à diverses maladies chroniques. Ainsi, en observant la variété et la fréquence des maladies qui paraissent en ce temps , on trouvera l’ancienne maxime, qui veut que l’été et l’automne soient les plus malsaines de toutes les saisons (l), non-seulement vérifiée par rapport aux climats plus chauds, mais encore par rapport à un camp, où les hommes sont si fort exposés à la chaleur et à l’humidité, causes des maladies putrides et contagieuses. — • Après avoir établi cette distinction générale entre les maladies d’été et d’hiver, il est à propos de considérer les parties de cesdeux saisons, pour voir leurs effets sur la santé des troupes dans les camps et en garnison. Lorsque l’hiver commence, les soldais, étanttrès-peu couverts, se trouvent particulièrement sujets à des rhumes , des pleurésies, des péripneumonics et autres maladies inflammatoires qui proviennent du froid. Les mêmes continuent pendant tout le printemps; mais, comme le temps devient alors plus doux , elles diminuent considérablement; ainsi celte saison est la plus salubre pour une armée. Mais aussitôt que les troupes entrent en campagne, quand môme ce ne serait pas avant le commencement ou le milieu de mai, ce changement occasionne de nouveau toutes les maladies d’hiver, avec quelques fièvres intermittentes et des flux de ventre d’une espèce inflammatoire. Au commencement de juin, la plupart des maladies inflammatoires ou d’hiver disparaissent, et ce qui en reste s’adoucit. C’est par cette raison que ce mois est communément le plus salubre de la campagne , et parce que les fièvres épidémiques d’automne n’ont fait encore aucun progrès. Le mois de juillet se trouve pareillement favorable si jusqu’alors l’été n’a point été trop chaud, et si les soldats ne se sont point couchés sur un terrain mouillé ou avec des babils mouillés , accidents qui donnent la plupart du temps naissance à la dysenterie.
Mais les maladies n’ayant pas tant de violence lorsque les chaleurs sont douces et qu’on campe sur un terrain sec , les fièvres rémittentes et les flux de ventre ne commencent que vers le milieu ou la
(t) Saluberrimum ver est; proxime deindc ab hoc biems ; periculosior æstas ; autumnus longe periculosissimus. Gels.
(Ex Ilipp. Aphor.) lib. u, cap. i.
n fin d’août, temps ou les jours sont encore ! fort chaïuls , mais où la fraîcheur des ij nuits occasi ntie des rosées abondantes U et des brouillards. La dysenterie baisse ^ avec l’automne, mais les fièvres rémittentes continuent tant qu’on reste cam- >]pé, et ne cessent jamais entièrement il qu’avec les premières gelées. Enfin, vers la fin de la campagne, le froid renou- I velle une grande partie des symptômes M inflammatoires. Ces inflammations sont ; souvent seules les premières maladies de i riiiver, mais communément elles se trou- ' vent jointes à la fièvre rémittente. — Tel I est le cours ordinaire de ces fièvres. On i peut cependant remarquer que ni les ! maladies inflammatoires ni celles d’au- ■ tomne ne sont pas tellement bornées à leurs saisons, que divers accidents n’y/ apportent quelquefois du changement.
Quoiqu’il ne puisse y avoir de précision I à cet égard , il n’en est pas moins important de connaître ce qui se présente le ; plus souvent. En 1746, que les troupes i campèrent dans le nord de l’Ecosse , les maladies inflammatoires continuèrent pendant tout l’été, à cause de la froii deur du climat ; et l’on ne vit aucune fièvre d’automne, ou, s’il y en eut, elle fut accompagnée de tant d’inflammation, que la saignée opéra la plus grande partie de la guérison.
On doit de plus observer que , comme ; le passage d'une saison à l’autre se fait ' par degrés insensibles, il se^ trouve à ileur jonction un mélange de ces deux I espèces de maladies. Ainsi, sur la fin du I mois de juin ou au commencement de juillet, les symptômes inflammatoires I diminuent ou se retirent, et ceux qu’on lappelle bilieux ou putrides avancent jde leur côté , de sorte que, quelles que soient les causes qui occasionnent une maladie, elle vient d’inflammation ou de jla corruption des humeurs, ou d’un mélange des deux. De même, vers le déclin de l’automne, les toux, les points de côté , les douleurs de rhumatisme et autres symptômes des inflammations d’hi- 1 ver, se joignent aux fièvres d’automne.
(1) J’avertis encore une fois le lecteur ' que, par ce terme bilieux, je distingue quelques maladies, plutôt par complai- , sauce pour les opinions communes, que suivant la pathologie; puisqu’on n’a jae mais prouvé que les lièvres d’automne, ; ou les dysenteries, fussent causées par la I trop grande abondance de bile ou par sa corruption.
— Enfin , il est h propos de remarquer que les maladies d’hiver et d’été diffèrent beaucoup par rapport à leur traitement. Ainsi, dat\s toutes les maladies inflammatoires ou d’hiver, la première attention est de diminuer la force du sang, de relâcher les fibres, et de faire une révul.sion des parties enflammées. Les prin« cipaux remèdes pour y réussir sont la saignée et les vésicatoires. Mais en été et dans l’automne, les humeurs se trouvant dans un état de putréfaction et les solides trop relâchés , on aura surtout besoin de remèdes qui débarrassent les premières voies, qui corrigent ou expul- .sent les parties les plus corrompues des fluides, et qui fortifient les fibres. De là vient qu’on se sert généralement des vomitifs , des purgations, des acides et du quinquina. — Tel est l’ordre dans lequel nous pouvons ranger les maladies qui dépendent des saisons ou du temps, fl nous reste à considérer celles qui proviennent du mauvais air et de la contagion. Les plus fatales sont la dysenterie et la fièvre d’hôpital , qui se répandent le plus souvent par infection , quoiqu’elles soient produites par d’autres causes. La petite vérole et la rougeole sont aussi d’une nature contagieuse, mais comme elles n’ont jamais été générales , je ne les mettrai point au nombre des épidémiques d’une armée. — Les maladies vénériennes et la gale sont des infections d’une espèce différente. La première n’étant pas plus ordinaire aux soldats qu’aux autres hommes, je la passerai pareillement sous silence; mais comme la dernière arrive si fréquemment dans les camps, dans les casernes et dans les hôpitaux , on peut la mettre au nombre des maladies militaires, et par cette raison, j’en parlerai dans la suite.