‹ Observations sur les maladies des armées dans les camps et dans les garnisonsChapitre 12 sur 117 · DES CAUSES DES MALADIES LES PLUS ORDI- NAIRES A UNE ARMEE · texte numérisé non relu

DES CAUSES DES MALADIES LES PLUS ORDI- NAIRES A UNE ARMEE

Il paraît par la première partie que les maladies les plus fréquentes d’une armée étant occasionnées par les changements sensibles qui arrivent dans l’air, elles doivent par conséquent avoir leurs révolutions et leurs périodes, comme les saisons dont elles dépendent; ou bien elles sont produites par les accidents presque inséparables delà vie militaire.

Il est donc fort à propos d’avoir une connaissance parfaite de ces deux causes,

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afin de trouver les moyens de diminuer leur influence.

§ le'. Des maladies occasionnées par le chaud et par le froid. — Les grandes chaleurs auxquelles les soldats (1) sont exposés tout le jour, en relâchant les fibres et en disposant les humeurs à la putréfaction , sont la cause éloignée plutôt qu’immédiate d’une maladie générale.

C’est ce qui arrive dans toutes les campagnes, où l’on a observé que jamais on n’a vu de maladies épidémiques à la suite des grandes chaleurs , à moins #que la transpiration n’eût été arrêtée par des habits ou des lits mouillés, ou par des rosées et des brouillards; et, en ce cas, des fièvres ou des dysenteries ne manquaient pas de s’ensuivre. Quoique les chaleurs eussent continué long-temps pendant la campagne de 1743 , cependant nous n’eûmes de grandes maladies qu’après la bataille de Dettingen ; nos soldats s'étant couchés mouillés la nuit qui la suivit, la dysenterie parut immédiatement (2). L’été de 1747 fut pareillement très- chaud, mais sans aucun mauvais etfet, jusque vers la fin du mois d’août. Les nuits devenant alors froides, et les rosées et les brouillards de la nuit arrêtant la transpiration , amenèrent visiblement la même maladie (3). Quoique les chaleurs fussent grandes dans la dernière cajupagne, elles causèrent peu de jna ladies, jusqu’à ce qu’on eût mis les troupes en quartier au milieu des marais. L’humidité et la putréfaction s’y trouvant réunies et portées à un degré considérable, les fièvres ardentes, rémittentes et intermittentes, et le flux de ventre ne furent que les effets éloignés de la chaleur (4).

(1) Les soldats, dans le camp, souffrent beaucoup de la chaleur, parce qu’ils sont continuellement exposés à l’ardeur du soleil , sans avoir rien pour s’en défendre que des lentes assez minces, où l’air se trouve tellement resserré que la chaleur y est quelquefois plus insupportable qu’au soleil. Cette circonstance, jointe aux exhalaisons d’un camp, cause, même dans le Nord, une très-grande ressemblance entre les maladies épidémiques d’été et d’automne qui arrivent «tans les armées et celles des pays méridionaux, de ceux surtout où l’air est humide.

. (2) Part. I, chap. ni.

(5) Part. I, chap. vir.

(4) Part. I; chap. viii.

On doit cependant convenir que les chaleurs se sont trouvées quelquefois si i grandes , qu’elles sont devenues la cause la plus immédiate de quelques maladies particulières. Par exemple, lorsque, dans des chaleurs brûlantes , les sentinelles n’ont rien pour se mettre à couvert, ou qu’on ne les relève pas souvent, lorsque les troupes sont en marche, qu’on leur fait faire l’exercice pendant la chaleur du jour, ou bien , lorsque par imprudence les soldats se couchent et s’endorment au soleil ; toutes ces circonstances peuvent produire des maladies qui varient suivant les saisons. Au commencement de l’été , elles occasionnent des fièvres inflammatoires; sur la fin de cette même saison , ou au commencement de l’automne , des fièvres rémittentes ou des dysenteries. — Mais le froid est le plus souvent la cause la plus immédiate des maladies. Il est nuisible de deux manières , seul ou accompagné d’humidité. Le dernier cas paraît le pire de tous. Les maladies qui proviennent du froid sont toutes d’une espèce inflammatoire , savoir des rhumes, des pleurésies, despéripneumonies, des douleurs de rhumatisme et autres semblables , et des consomptions que dans une armée on doit presque toujours attribuer h un rhume négligé. Nos troupes se trouvent en temps de paix beaucoup moins exposées au froid, à cause de la douceur de nos hivers , et<lu peu de fatigue qu’elles ont à essuyer. Mais qu’on se rappelle e© qu’un soldat doit souffrir en. temps de guerre, lorsque, sans être plus vêtu qu’à l’ordinaire, il quitte, en sortant d’Angleterre , un lit chaud et le feu de son hôte, pour des easernes froides , un feu modique , et les hivers rigoureux des i Pays-Bas. Or, on a vu dans la relation de la première maladie des garnisons, ei dans eelles des maladies du commencement et de la fin de chaque campagne, f combien nos troupes étaient sensiblesaux i impressions du froid. i

§ II. Des maladies occasionnées par <1 l'humidité. — L’humidité est une cause f des plus fréquentes du dérangement de ^ la santé. Dans le compte que nous ren- j* dîmes des maladies du premier hiver, ' nous observâmes combien les troupes ^1 souffrirent , surtout à Bruges , de Phu- ^ midité de leurs casernes. On fit la môme i remarque l’hiver suivant et dans la eain- I pagne de 1746. Mais les soldats se trou- | j vent pareillement exposés à l’humidité j dans leurs tentes , où la terre ne peut ja« p

I mais être parfaitement sèche, à cause des exhalaisons continüelles et de la pluie dont elle est souvent abreuvée. Ces exi halaisonssontcommiinesà tous les caftips, et particulièrement à ceux des contrées I basses et humides des Pays-Bas. Mais ni les canaux, ni les grandes inondations , lorsque Peau est profonde, ne se trou- ‘ vent pas à beaucoup près si dangereux, et n’exhalent pas des vapeurs aussi per- I nlcieuses que des terrains marécageux,

! des prairies qui, après avoir été couvertes d’eau, ont depuis peu été saignées, ou des champs qui, quoique secs en apparence,

I ne laissent pas d’être humides par la tran- ; spiration des eaux souterraines. On évalue communémenlPhumidité d’une saison par la quantité d’eau qui tombe, au lieu qu’on doit plutôt le faire par la continuité , des vents humides , soit qu’ils amènent ; des pluies (l) ou non , mais surlout par un temps chaud et sans air, principalement dans les lieux bas et couverts de i bois. Si, après une inondation, l’eau crou- I pitet se corrompt sur un terrain bas, les pluies produisent alors dans l’air une humidité fort dangereuse; mais si les pays i les plus unis ont des écoulements, les i pluies fréquentes deviennent salutaires en été, parce qu’elles tempèrent la chai, Jeur, qu'elles rafraîchissent l’eau croupie, i et qu’elles précipitent toutes les exlialai- I sons putrides (2). On peut remarquer : que des maladies pestilentielles ont souvent paru dans des étés secs et chauds i (3) ; j’ai pareillement observé que les saij sons les plus malsaines, dans une campagne, se trouvent toujours accompagnées des plus grandes chaleurs avec très-peu de pluie. Mais il faut aussi [ ajouter que, quoique les pluies soient I communément salutaires en été, elles ont

(1) Je n’ai fait en particulier aucune ! expérience sur la sécheresse et sur l'hui midité des différents vents des Pays-Bas;

mais je m’en suis rapporté à l’estimation I des autres. Le savant Musschenbroek I pense que tous les vents du nord des- I sèchent en ce pays, que ceux d’est et de nord-est y sont les plus secs de tous, et I les vents d’ouest et du sud-ouest les plus I Jiumides. (Vid. Instif. Physic., cap. xliii.

! Comparez aussi lord Bacon, Hist. nat.

I cent, vni, exp. 786.)

' (2) Voy. part, i, chap. i.

(3) Yoyez lord Bacon, Hist. nat.

I cent. IV. Exp. 383. (Diemerbr. de pest., j lib. I, cap. vm, et la troisième partie de i çet ouvrage, chap. iv, § 4.)

cependant des suites fâcheuses, si les soldats sont obligés de se coucher sur la terre mouillée , ou bien de marcher pendant qu’elles tombent. — Le froid et l’humidité , affectant le corps pendant l’hiver, produisirent plusieurs maladies inflammatoires, et occasionnèrent des rechutes parmi ceux qui ne s’étaient pas bien portés l’automne précédent. Cet effet parut encore d’une manière plus sensible au printemps et au commencement de l’été , lorsque les troupes quittèrent leurs quartiers et se mirent en campagne. — Les suites de l’humidité de l’air sont plus à craindre après de grandes chaleurs, et lorsque le sang se trouve raréfié , car l’humidité non-seulement relâche les fibres , mais elle arrête encore la transpiration et affaiblit la force vitale. Ainsi, les humeurs étant beaucoup disposées à la corruption par la chaleur, il n’est pas étonnant qu’il en résulte des maladies d’une nature putride, telles que des fièvres d’automne et des dysenteries. — Plusieurs auteurs regardent la trop grande sécheresse de l’air comme une cause ordinaire des maladies épidémiques , mais je pense que c’est sans raison, puisque, dans les camps et dans les quartiers d’hiver, les soldats se trouvent toujours exposés à une trop grande humidité. Quelque grandes que paraissent les sécheresses de l’été, on ne peut en conclure une aridité excessive de l’air, mais plutôt le contraire. En effet, plus l’air est chaud , et plus il dissout d’eau, cl les pluies le débarrassent d’une grande partie de son humidité. Ainsi ce n’est peutêtre que parmi des sables arides qu’on peut apprendre à quelles maladies les hommes sont sujets dans une atmosphère trop sèche.

§ III. Des maladies qui proviennent d'un air putride. — Je vais maintenant examiner la putréfaction de l’air, qui, de toutes les causes des maladies, est la plus funeste, et celle qu’on comprend le moins. Ce mauvais air, si pernicieux aux armées , peut se diviser en quatre espèces. La première vient de l’eau corrompue des marais; la seconde, des excréments qui sont autour du camp pendant les chaleurs , et lorsque la dysenterie est fréquente ; la troisième espèce tire son origine de la paille qui sepourrit dans les tentes, et la quatrième provient de l’air qu’on respire dans les hôpitaux pleins de gens incommodés de maladies putrides. On doit aussi rapporter à un degré inférieur de cette dernière espèce l’air des caser-

nés, quand elles sont trop pleines, et qu’on n’a pas le soin de les entretenir proprement; et celui des vaisseaux de transport , lorsqu'on se trouve fort serré et qu’on reste long temps en mer.

On peut observer, à l’égard de la première espèce de mauvais air, que pendant la dernière guerre l’armée entière n’a jamais campé assez près des marais , pour qu'elle en fût sensiblement incommodée, mais quelques détachements souffrirent de cette cause , un en Zélande , et un autre dans les lignes de Bergop-Zoom (1) ; et la dernière année de la guerre , une grande partie des troupes ayant été mise en quartier près des inondations de Bois-le-Duc, elles devinrent extrêmement malades (2). Or, comme les exhalaisons qui s'élèvent des marais sont composées non-seulement de particules aqueuses, mais encore d’émanations putrides produites par une innombrable multitude de plantes et d’insectes qui y meurent et y pourrissent , il ne paraît pas surprenant que les maladies dont se trouvent affectés ceux qui respirent cet air soient d’une nature putride et maligne , et que les fièvres d'automne et les flux de ventre soient dans ce pays si fréquents , si infects et si dangereux (3).

Après les marais, les endroits les plus mauvais pour camper sont les terrains bas et trop chargés d’arbres. L'air se trouve alors non-seulement humide et malsain en lui-même, mais en croupissant, il devient encore plus susceptible de corruption à cause des ordures du camp. — La seconde et la troisième espèce de mauvais air viennent des privés du camp et de la paille pourrie. Ces deux choses sont toujours nuisibles; mais elles deviennent d’aulant plus infectes et dangereuses qu’elles renferment les émanations et les excréments putrides des malades, dans le temps que les flux desang dominent. Ilyades saisons où les personnes les plus robustes et qui se portent le mieuxse sentent quelques disposilionsà la dysenterie. Ces dispositions pourraient se dissiper d’elles-rnêmes sans ces vapeurs pernicieuses qui agissent comme un ferment, et développent la maladie. — La dernière espèce tire son origine des hôpitaux, des casernes , des vaisseaux de transport ; en un mot , de tout endroit

(t) Part. I, chap. vu.

(2) Part. I, chap. viii.

(3) Part. I; chap. vu et viir.

plein de monde, où l’aîr sc trouve tellement renfermé , qu’il perd, par la fréquente respiration, non- seulement une partie de son principe vital, mais encore qu’il se corrompt par la matière de la transpiration, qui, étant la partie la plus volatile des humeurs, est aussi la plus sujelle h la putréfaction. Il s’ensuit de là que la fièvre contagieuse devient fréquente et mortelle à proportion de la malpropreté de ces endroits, du nombre de dysenteries, d’ulcères, et surtout de mortifications qui s’y trouvent (i).

§ IV. Des maladies qui proviennent de defauts dans le régime. — On sup- j pose communément, quoique injuste- | ment, que les maladies militaires pro- ‘ viennent en grande partie de l’irrégularité du régime. Si cela se trouvait fondé, les vicissitudes du temps et des saisons n’affecteraient pas si visiblement la santé des soldats ; les corps les plus sobres et les plus réguliers ne seraient pas si maladifs; des nations différentes qui demeurent dans le meme camp et qui vivent chacune à leur manière ne se verraient pas sujettes aux mêmes maladies,., et l’on n’apercevrait pas , en différentes années, une si grande inégalité dans le nombre des malades, si lu plupart des maladies provenaient de quelques autres causes que celles qu’on a déjà rapportées. Je conviens qu’il peut y avoir certains régimes qui rendent les soldats un peu moins sujets à la maladie, mais je n’en connais point qui puisse les conserver en santé, si le temps, le terrain sur lequel on campe, et mille autres circonstances ne contribuent pas à l’entretenir (2). — Un soldat ne peut, à n cause de la modicité de sa paye, donner en temps de guerre dans des excès du côté de la nourriture, défaut le plus ordinaire dans le régime. Il y a plutôt à craindre qu’il ne se nourisse pas suffisamment; car lorsqu’on ne le met pas dans la nécessité de manger à un plat commun, il s’en trouve quelques-uns qui dépensent leur paye en liqueurs fortes.

(1) On traitera plus amplement dans la troisième partie, chap. vj, § 6, des maladies occasionnées par un air putride.

(2) Ce qu'on dit ici du régime ne doit

s’entendre que des soldais qui sont en bonne santé, et non pas des malades aux- | quels on fait observer le régime le plus exact, sans s’en rapporter ni à eux-rnê-'Æ mes, ni à leurs gardes, ’

et qui dissipent en un jour ce qui suffirait sans peine pour les faire vivre pendant une semaine. Mais quand on oblige il le soldat à fournir son contingent pour ! vivre en commun, on peut être sûr que jl la paye se trouvant presque toute em- || ployée à une nourriture commune, il ne I peut y avoir dans le régime de défaut I qui soit de quelque conséquence. On accuse, il est vrai, assez ordinairement I les soldats de faire des excès de fruits et ] de liqueurs, et l’on prétend qu’ils sont i fort sujels à boire de la mauvaise eau ;

• mais je ne balance point à soutenir que ^ ces trois causes, combinées ensemble,

1 n’ont jamais occasionné la dixième par- 1 tie des maladies de l’armée dans aucune ' de nos campagnes.

Premièrement, il faut observer que les I liqueurs prises même avec excès , teni dent plutôt à affaiblir le tempérament qu’à produire aucune des maladies communes au camp ; ou s’il arrive à quel- I ques soldats de tomber malades après en avoir bu, il n’en est pas moins certain qu’il s’en trouve un beaucoup plus grand nombre qui ne se conservent en santé qu’en prenant de ces liqueurs avec modération. Ke confondons donc point l’usage nécessaire des liqueurs dans un camp, avec les excès où les soldats tombent chez nous en temps de paix. Faisons attention qu’ils ont souvent à lutter contre les deux extrêmes, le chaud et le froid, un air humide et mauvais, de longues marches, des habits mouillés et ; des provisions assez minces. Or, pour I pouvoir soutenir toutes ces fatigues, il est nécessaire que leur boisson soit plus forte que l’eau, et même que la petite bière qui, dans les camps, se trouve communément nouvelle et mauvaise, et même trop chère pour en faire un usage constant. — Passons maintenant aux fruits, ün les regarde ordinairement comme une des causes de la fièvre d’automne et de la dysenterie. Mais ces maladies étant de leur nature ou inflammatoires ou putrides, on ne peut par conséquent les attribuer à des substances si acides. Si la dysenterie provenait d’avoir mangé trop de fruit, cette maladie ne serait- elle pas plus commune parmi les enfants? Les soldats ne les aiment pas avec tant de passion : d’ailleurs ils n’ont pas le moyen d’en acheter. 11 n’est pas concevable qu’après ce qu’on ' retient de la paye journalière, le reste ’ suffisant à peine pour acheter une livre de bonne viande un soldat en veuille

mettre une partie en fruit, ün petit nombre de maraudeurs en volent , il est vrai, dans les jardins ; mais les plus rangés d’entre les soldats se trouvent également sujels à la dysenterie et à la fièvre des camps. On peut encore remarquer que le plus dangereux flux de ventre que nous ayons éprouvé commença vers la fin de juin (1) , dans le temps qu’on ne voyait à la campagne d’autres fruits que des fraises dont les soldats cependant ne goûtèrent point ; et que la même maladie cessa entièrement avant le premier d’octobre, lorsque le raisin était mûr, et en si grande abondance que, les vignobles étant ouverts de tous les côtés, les soldats en mangèrent autant que bon leur sembla. Ajoutons à ces raisonnements l’autorité de Sydenham, qui ne met jamais les fruits au nombre des causes des dysenteries épidémiques qui parurent de son temps à Londres (2). — Degnerus, autre observateur exact, qui a fait sur celte maladie un excellent traité, déclare expressément que les fruits ne furent nullement la cause de la dysenterie, qui fit, il y a quelques années, tant de ravages à JMmègue ('3j.

Ce point étant aussi évident, il semble étonnant que l’opinion contraire ait été si généralement admise. Mais voici les raisons qui ont pu servir à établir ce préjugé. Le flux de sang arrive communément dans la saison des fruits ; comme ils lâchent le ventre, et qu’ils causent ordinairement des tranchées, il était naturel de n’attribuer la dysenterie qu’à un excès en ce genre, d’autant plus que la véritable cause paraissait moins remarquable. Mais indépendamment que les fruits occasionnent rarement un cours de ventre aux personnes robustes, on doit faire attention que la dysenterie des camps diffère beaucoup de la diarrhée ordinaire par les symptômes, le danger et le traitement. Je conviens que les fruits, pris avec excès, surtout dans un pays humide, peuvent disposer le corps à des fièvres intermittentes; mais la fièvre rémittente du camp est non- seulement d’une nature plus putride , mais encore la plupart du temps accompagnée d’une inflammation sensible. Quand même les fruits seraient capables de j)roduire ces fièvres et ces flux de ventre qui dominent

(1) Part. I, chap. in.

(2) Yid. Op., §4, cap. iii.

(3) Yid^ Ilist. dysent., cap. ii, § 30.

dans une armée, cependant comme chez plusieurs centaines de personnes attaquées de ces maladies, dont j’ai pris soin, je n’ai jamais remarqué, après les recherches les plus exactes, que les fruits en aient été la cause, je conclus que c'est un cas si rare qu’on peut l’omettre dans la relation qu’on donne de la dysenterie. Il est en même temps à propos d’observer que quiconque a un flux de ventre, ou qui, peu de temps auparavant en a été incommodé, doit s’abstenir de manger du fruit. Car, quoique les acides soient bons pour corriger la disposition à la putréfaction, cependant les intestins peuvent être trop relâchés et trop délicats pour souffrir un aliment acide, froid et venteux. Par la même raison, ceux qui relèvent depuis peu de fièvres intermittentes doivent s’abstenir de fruits, ou en manger modérément.

Les personnes qui se portent le mieux ne doivent pas non plus en faire des excès dans les pays marécageux et où Pair n’est pas renouvelé; parce que tout ce qui est froid et relâchant de sa nature affaiblit trop le tempérament et l’estomac en particulier; au moyen de quoi, le fruit, quoiqu’il soit en lui-même antiseptique, peut servir de fondement à quelque maladie putride.

Enfin, on prétend que la mauvaise eau occasionne un grand nombre de maladies, et c’est une opinion généralement reçue et très-ancienne. Hippocrate luimême attribue beaucoup d’incommodités à celte cause. Mais sans vouloir approfondir la justesse de ces idées , je remarquerai seulement qu’il ne faut pas appliquer ce que ces auteurs ont écrit de l’eau des pays où ils vivaient, à celle dont notre armée faisait usage communément, et qui était abondante et bonne. J’en excepte l’eau qu’on but en Zélande, qui, étant moins pure , put concourir avec d’autres causes à rendre la maladie si générale dans ce pays (1). Mais tout le reste du temps et partout ailleurs, l’eau était bonne, et particulièrement dans les deux saisons où le flux de sang parut le plus épidémique (2^. — Enfin, si l’on veut se donner la peine de lire la relation que nous avons donnée des differentes campagnes, on y verra une si grande conformité dans la naissance et les

(1) Voyez part, i, chap. i et vu.

(2) .Savoir au camp de Hanau, en 1743, et â xHaestricht en 1747. (Voyez qart. i, çhap. ni et vt.

périodes des maladies, avec la salubrité ou l’insalubrité de l’air, qn’on doit être convaincu que ni l’abus des liqueurs et des fruits , ni les mauvaises eaux ne peuvent beaucoup contribuer à les produire.

§ V. Oes maladies occasioimèes par Vexcès du repos et du mouvement y du sommeil et des veilles y et par la malpropreté. — La vie d’un fantassin se trouve communément sujette aux deux extrêmes, le travail et l’inaction. Quelquefois il est prêt à succomber sous la fatigue, lorsque avec ses armes, son havre-sac et le reste de l’attirail qu'il lui faut porter , il se voit encore obligé de faire de longues marches, surtout par des temps chauds et pluvieux ; mais il lui arrive plus souvent de croupir dans le repos. Les cavaliers mènent an genre de vie plus uniforme, et les marches ne leur sont pas fort pénibles ; soit en campagne, soit en quartier, le soin de leurs chevaux leur donne un exercice continuel, mais modéré et facile ; raison de pluspour se conserver en bonne santé.' — Le service devient quelquefois si fréquent et si pressé que les troupes n’ont pas le temps de dormir ; mais cela ne se rencontre qu’assez rarement et communément, lorsque les soldats ne sont plus eu faction, ils dorment trop ; ce qui énerve le corps et le rend sujet aux maladies. — Personne n’ignore la nécessité d’entretenir la transpiration, et que la malpropreté concourt avec d’autres causes à la supprimer. J’ai rcmai*qué dans les hôpitaux que lorsqu’on y apportait du camp des gens qui avaient la fièvre, rien ne provoquait tant les sueurs que de leur laver les pieds, les mains et quelquefois le corps entier avec du vinaigre et de l’eau chaude, et de leur donner du linge blanc. Aussi les officiers ont-ils raison, soit pour la montre, soit pour lai santé des soldats, d’exiger avec tant de rigueur la propreté de leurs personnes et de leur habits. — Il est à propos de parler ici de la gale, maladie si commune parmi les soldats. Elle se répand si aisément par le contact de la personne incommodée ou de ses habits , qu’un seul homme la communiquera bientôt à tous les autres sous la même tente, dans la. même caserne. Cette circonstance, jointe au peu d’attention pour la propreté qu’ont les personnes de cet état, fait qu’il est presque impossible d’extirper cette maladie, quoique la guérison de chacun en particulier soit fort aisée.

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