‹ Observations sur les maladies des armées dans les camps et dans les garnisonsChapitre 20 sur 117 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

OIÎl'Efl'V ATIONS SUR LES FIEVRES QU’OJJ AP- PELLE COMMUNÉMENT BILIEUSES, OU LES FIÈVRES RÉMITTENTES ET INTERMITTEN- TES d’automne DES ARMÉES.

Passons maintenant à ces maladies pu- 1 trides, qu’on appelle communément bilieuses (I), quoique peut-ctre improprement. Comme elles sont fort commu- ; nés et très-funestes à une armée, et que d’ailleurs on les connaît ici fort I peu, j’en parlerai par cette raison d’une 1 manière plus ample et plus regu- , lière que je ne l’ai fait des précédenles. — Ces maladies commencent vers le dé- I clin de l’été, et deviennent épidémiques I en automne. Elles paraissent de meili leure heure, deviennent plus générales i et les symptômes plus fâcheux , à proi portion de la chaleur de la saison et de I l’humidité du terrain et du climat. Quoi- I qu’elles paraissent sous différentes formes, elles proviennent des mêmes cau- I ses, cl Ton peut les ramènera deux points i principaux, savoir : les fièvres et les flux I de ventre. — En commençant par les ; fièvres, je décrirai d’abord celles qui sont I fréquentes dans tous les camps; seconde- ; ment, celles qui paraissent particulières I aux pays marécageux; j’examinerai en 1 troisième lieu la nature et les causes de toutes les deux. Je comparerai ensuite } ces fièvres avec celles des autres en- I droits, les circonstances étant les mêmes ;

, enfin, j’exposerai la méthode que j’ai suivie dans le traitement des fièvres du , camp et de celles des endroits maréca- ! geux des Pays-Bas; et dans le chapitre suivant, j’indiquerai les remèdes qui m’ont le mieux réussi pour emporter les I obstructions qui viennent à la suite de I ces maladies.

I § I". Des symptômes des fièvres rt- I mittenles et intermittentes d'automne dans les camps. — Au mois de juin, les I fièvres sont dans les camps en plus petit I nombre et moins inflammatoires qu’au I commencement de la campagne, età mesure que la saison avance, l’inflammation diminue; mais les intestins et l’estomac sont plus dérangés; on a des dou-

(I) Voyez Part, n, chap. i, et part, iir, chap. IV, §3, où vous trouverez les raisons qui ont déterminé à leur donner ce nom.

leurî de tête, et ces fièvres sont toutes sensiblement rémittentes. On s’aperçoit à peine de ce changement aussitôt après le solstice ; mais il devient très-remarquable vers la fin de l’été ou au commencement de l’automne.

La maladie épidémique diffère suivant la nature du terrain; je la distinguerai par cette raison en deux espèces : l’une qui arrive ordinairement aux armées sur un terrain sec, et l’autre qui se trouve fort commune dans les pays humides et marécageux. Nous commençons par décrire la première. — La fièvre rémittente d’automne du camp commence par un frisson, une lassitude, des douleurs de tête et dans les os et un dérèglement de l’estornac. Le soir, la fièvre devient forte, on se sent une grande chaleur, on est fort altéré, la langue est sèche, et l’on a un violent mal de tête. Le malade ne peut prendre aucun repos ; il tombe souventen délire ; mais communément, dans la matinée, une sueur imparfaite cause une rémission de tous les symptômes. Le paroxysme revient sur le soir, mais sans aucun frisson; il est généralement pire que le premier. Le lendemain matin, il y a rémission comme auparavant. Ces périodes continuent tous les jours, jusqu’à ce que la fièvre, si on vient à la négliger, se change insensiblement en continue. Quelquefois les selles emportent l’accès et tiennent lieu de sueurs. Quoique cette fièvre ressemble en quelque chose à une fièvre intermittente, elle estcependanl d’une nature un peu différente, comme on le fera voir amplement quand on en viendra à la maniéré de la traiter. On rencontre rarement dans les camps une fièvre intermittente régulière, soit tierce, soit quarte, à moins qu’on n’en ait été incommodé l’automne précédent, ou quelque temps avant d’entrer en campagne. — Les rémissions paraissent communément dès les corn * mencements, surtout si le malade a été saigné à la première attaque; mais, quelquefois, elles sont à peine perceptibles les deux ou trois premiers jours. De fréquentes hémorrhagies de nez, dans le fort de l’accès, occasionnent généralement la rémission plus tôt, et la rendent plus complète. Les vomissements et les selles font un pareil effet; mais je ne me rappelle pas d’avoir jamais vu de cure complète opérée par des évacuations naturelles, à moins qu’il ne survînt un choléra morbus ; je veux dire, à moins qu’on ne rendît abondamment par haut et par

bas les humeurs corrompues qui paraissent la cause de la maladie. — Les accès se trouvent rarement, après la première attaque, précédés de frissons et de quelque sensation de froid. Le pouls est plein et vif pendant les paroxysmes, et, dans les rémissions, il indique toujours quelque peu de fièvre. Le sang est vermeil ; la partie rouge est ferme, en grande quantité, et se précipite sous la séro-, site. Il ne paraît pas beaucoup de signes d’inflammation au commencement de la maladie épidémique ; mais, vers la fin de la campagne, il acquiert une croûte inflammatoire; car, en ce temps-là, les points de côté, les douleurs de rhumatisme, ou la toux, se joignent aux autres symptômes.

Tant que le temps continue à cire chaud, les symptômes bilieux sont trèsfréquents ; mais, aussitôt que l’hiver approche, les inflammatoires remportent.

■ — L’urine est haute en couleur et crue, jusqu’à ce qu’on ait fait quelques évacuations ; alors elle commence à devenir chargée. Les évacuations par le haut et par les selles sont généralement d’une nature bilieuse et corrompue. Nonseulement la constipation précède souvent, mais encore elle accompagne la maladie; et, lorsque cela arrive, le ventre est dur et les malades se plaignent de vents. Quoiqu'ils ne vomissent pas tous, il n’y en a cependant aucun qui ne sente un dérangement dans l’estomac, surtout pendant les chaleurs. — Ou évacue souvent des vers ronds par les selles, et quelquefois en vomissant : ceux qui s’en trouvent incommodés ont des maux d’estomac et des tranchées plus opiniâtres.

Les points de côté paraissent très-fréquents dans ces cas; mais, comme ils sont d’une espece venteuse, la saignée ne les soulage pas toujours. — Il y a des malades qui deviennent jaunes comme s’ils avaient la jaunisse ; mais celte couleur fut plus commune la première campagne que les autres: ce signe était défavorable sans être mortel. On ouvrit le cadavre d’une personne morte avec ce symptôme; mais on ne trouva dans la vésicule du fiel et dans les vaisseaux biliaires , ni calcul, ni aucune espèce d’obstruction. — L’infanterie fut plus sujette à la fièvre que la cavalerie ; et, parmi ces derniers, les officiers le furent moins; ce qu’on doit attribuer à la différence des habits, des logements et des autres choses nécessaires à la vie (1). Je

ne remarquai ni jours rriliques, ni aucun période certain de la maladie, qui était ])lus ou moins longue, suivant la manière dont on la traitait. Fdlc ne serait })oint dangereuse si on se servait à propos des remèdes convenables ; mais cette lièvre est souvent funeste à une armée, lorsqu’il y tant de personnes attaquées à la fois, qu’on ne saurait les soigner toutes autant qu’il le faudrait ; ou bien, lorsqu’elle se change en fièvre continue, ] soit parce que, danslcs commencements, j on a négligé les malades, ou parce qu’on les a mis en trop grand nombre dans le meme hôpital.

Celle lièvre rémittente .se fit sentir dans toutes les campagnes. Elle fut plus fréquente et plus funeste après les étés chauds de 1744 et 1747; mais, dans les camiiagnes de 1743 et de 1745, la saison étant tempérée, les fièvres furent en plus petit nombre et d’une espèce plus bénigne.

§11. Des symptômes des fièvres remitt entes et inlermiitcnies d'automne dans les pays bas et marécageux. — On a parlé de cette espèce de fièvre pu- , tride dans la relation des maladies les plus communes aux Pays- Bas (I); on en a pareillement fait mention dans la relation de celles qui se sont rencontrées dans les deux dernières campagnes (2) ; mais on s’est réservé de la décrire plus amplement en cet endroit. — Il faut d’abord observer que, quoique tous les pays humides soient sujets aux lièvres intermittentes , si cependant l’humidité se trouve seule, et que les étés ne soient point excessivement chauds et étoulFants, ces fièvres seront communément des .

tierces régulières et se guériront aisé-ig ment. Mais, si l’humidité provient d’une eau dormante, dans laquelle des plantes, des poissons et des insectes meurent et se corrompent, les vapeurs qui s’en élèvent alors, étant d’une nature putride, occasionnent non-seulement des fièvres plus fréquentes, mais encore plus dangereuses , qui paraissent plus souvent sous la forme d’nne fièvre quotidienne ou d’une double tierce que sous celle d’une simple. Ces fièvres des pays marécageux sont non-seulement sujettes à commencer avec peu de rémission, mais, i après avoir été intermittentes pendant i quelques jours, elles deviennent des fié- i vres continues d’une nature dangereuse. i

(t) Part. I, chap. i.

(2) Part, if chap. vu et vjii.

(1) Voyez Part, i, chap. ni,

|I1 est remarquable combien ces-^ièvres varient avec la saison; car, quelque ifréqijcntes , violentes et dangereuses qu’elles aient été sur le déclin de l’été ou au commencement de rautomne, temps [Oii la putréfaction est à son plus haut période, cependant elles se réduisent avant l’hiver à un fort petit nombre, deviennent douces, et se changent communément en tierce régulière. — On remarqua que les fièvres de la première espèce dominèrent près des inondations du Brabant hollandais (1) ; les plus pernicieuses ensuite furent celles de la Zé- |lande (2) ; celles des lignes de Berg-op- !/jOom (3) vinrent après ; et la moins fâ- .^hcLise, relativement aux autres, fut celle ]ui parut le plus fréquemment dans les quartiers autour d’Eyndoven (4) et dans es villages que les plantations et les eaux liouterraines rendaient humides sculeiienl, et sans aucune putridité, devais lonner la description de la première et lie la pire de toutes; et, par là, il sera Tort aisé déjuger de la nature des autres. — Vers la fin du mois de juillet 1748, les chaleurs étouffantes se firent sentir cjoiir; mais les nuits étaient fraîches, lît il s’élcvaitheaucoup de brouillards(5). ^es troupes furentà peine dans ce tempsà quinze jours ou trois semaines en quartiers, que plusieurs soldats desrégi- :iients qui se trouvaient le plus près des nondalions se sentirent attaqués à la ois d’une chaleur brûlante et d’un violent mal de tête; quelques-uns ressentij ent avant l'attaque un petit frisson de ])eu de durée ; mais les autres n’éprou- ’èrent rien de pareil, ou du moins ils iii!en parlèrent pas. Ils se plaignaient il’ailleurs d’une soif excessive , d’une ■louleur dans les os, dans le dos, d’une irande lassitude et inquiétude, de fréquentes nausées, d’un mal ou douleur ers le creux de l’estomac, accompagné uelquefois des vomissements de bile erte ou jaune, d’une odeur fort désaréahlc. Le pouls était communément lort petit à la première attaque ; mais la laignée lui redonnait de laforce. On vit lusieurs exemples d’un mal de tête si uhit et si violent, que, sans aucune l'iainte antérieure, ceux qui en étaient

(1) Voyez Part, i, chap. viii.

(2) Ibid,, chap, vu.

(5) Ibid.

(4) Ibid.

(5) Ibid.

attaqués couraient de coté et d’autre comme des furieux, jusqu’à ce que la fin de l’accès, occasionnée par une sueur, et ses retours périodiques découvrirent la vraie nature de leur délire.

Quelque temps après, le docteur Stedman, alors chirurgien des dragons de Grey, m’apprit « que deux soldats de ce » corps, les premiers qui se trouvèrent )) mal, eurent tout-à-coiip des symptôS » mes d’une fièvre ardente; et quoiqu’on » les eût saignés promptement et abonw damment, cependant, une heure après, )) ils tombèrent dans un grand délire qui 31 continua pendant quelques heures, et » se dissipa avec une sueur abondante, » ([ui emporta tous les autres symptômes, » ou les diminua du moins de beaucoup. 33 Le paroxysme revint le jour suivant, 33 environ à la même heure, et, en six ou 33 sept heures, il prit le même cours. Plu- 3) sieurs soldats de ce régiment eurent la >3 fièvre sous celte forme ; mais quelques 33 autres n’eurent pas des paroxysmes 33 aussi distincts, le chaud de l’ac- 33 cès durait plus long temps, et était >3 suivi de sueurs imparfaites, qui ap- 33 portaient fort peu de soulagement.

>3 Les rémissions se trouvaient quel- 33 qucfüis tellement imperceptibles, que 33 la fièvre paraissait presque conti- 33 nue. Plus elle approchait de ce dernier 33 état, et plus elle devenait difficile à 33 traiter ; mais, quand les paroxysmes 33 étaient distincts, avec une intermission 33 de quelques heures, la plupart des ma- 33 lades allaient fort bien, quoique le dé- 33 lire fût considérable pendant la fièvre. 33 Quelques retours des paroxysmes ré- 33 duisaient si bas les hommes les plus 33 robustes de ces corps, qu’ils n’étaient 33 point en état de se tenir debout; quel- 33 ques-uns entraient soudain en délire 33 sans avoir auparavant ressenti de dou- 33 leur, et se seraient jetés parles fenêtres 33 ou dans l’eau, si on ne les en eût point 33 empêchés. Cette frénésie continuait 33 pendant quelques heures; après quoi 33 les malades tombaient dans un profond 33 sommeil; à leur réveil, ils avaient 33 toute leur rai.son , mais de violents 33 maux de tête. D’autres, en qui la fièvre 33 paraissait sous une forme continue ou 33 rémittente, eurent des sueurs critiques 33 vers le neuvième jour, et, après cela, 33 des paroxysmes réguliers et des inler- 33 missions. Un petit nombre eut une 33 crise par les selles ou par les urines; 33 et il y en eut qui furent malades près 33 de trois semaines sans aucune rémis-

» sion sensible ; après quoi la fièvre se » termina par quelques accès quotidiens:

» ces hommes avaient pendant leur ma- » ladie des sueurs douces, ou plutôt une 3> moiteur continuelle par tout le corps.

» Plusieurs eurent, au commencement )) qu’ils se trouvaient mal, des vomisse- » ments bilieux, et quelques-uns évacuè- M rent par haut et par bus des vers ronds.

)) Les sueurs abondantes avaient toujours » une odeur putride ; et ce que les vési- » catoirés avaient attiré paraissait si dé- » goûtant, que les gardes refusaient de « les panser. Ce qu’il y eut de plus re- » marquable, c’est qu’un petit nombre de » ceux qui moururent avaient le pouls M régulier, quoiqu’ils fussent près de » leur fin. Tous ceux qui moururent » exhalaient quelques jours auparavant )) une odeur cadavéreuse, et, aussitôt » après leur mort, ils parurent couverts ■» de taches'^livides et d’autres signes de » mortification.' » Le docteur Stedman finit par me faire observer « que la même )> maladie fut aussi très-commune parmi » les paysans des villages où on étaitcan- » tonné, et qu’il en mourut un grand )) nombre. »

Cette description du commencement de la maladie épidémique étant aussi exacte et aussi ample, j’ajouterai seulement qu’elle s’accorde avec les observations de tous les chirurgiens des régiments qui se trouvèrent dans une situation semblable, à quelques variations près, occasionnées parles différentes circonstances où cesrégimentssetrouvaient pour lors. Ainsi, M. Lauder, chirurgien du régiment d’Inskilling, qui était alors le régiment du lord Rothes, m’appritque « la plupart des soldais se trouvèrent >» mal pour la première fois, en revenant )) du fourrage ; car ce régiment étant » cantonné tout près des inondations(l), » à la droite et à la gauche de S. Mi- » chel’s Gestel, et quelques quartiers » étant éioignés de plus de deux lieues » de Bois-le Duc, où l’on avait mis les » magasins , les soldats se trouvaient » obligés de se mettre en marche sur les » quaùe heures du matin, afin d’être de » retour avant la grande chaleur du » jour. A celte heure-là les prairies et )) les marais des deux côtés du chemin » étaient constamment couverts d’un » brouillanl épais et d’une odeur désa- )) gréable, qu’il regarde comme la prin-

» cipale cause de la maladie ; car, quoi- » que les détachements fussent commu- » nément de rçtour avant midi, M. Lau- » der trouvait toujours quelques soldats » qui avaient déjà la fièvre, et d’autres qui » étaient actuellement en délire. Il y en » eut deux qui furent si subitement atta- » qués de la frénésie, qu’ils se jetèrent » dans l’eau de dessus les chariots, s’ima- » ginant qu’ils allaient nager jusqu’à » leurs quartiers. Après la première at- » taque, tous ceux à qui la raison revint » se plaignirent d’un violent mal de tête,

» d’une soif et d’une chaleur brûlante.

» Tous ceux qui voulaient se mettre sur » leur séant étaient prêîs à tomber en » faiblesse, avec des vertiges, un mal » d’estomac et des efforts pour vomir.

») Ces fièvres furent continues pendant 33 quelques jours, ou du moins elles n’eu- 33 rent que de légères rémissions, après 33 quoi elles devinrent plus évidemm'ent 33 rémittentes ou parfaitement intermit- 33 tentes. D’abord le pouls était faible et 33 très-petit, quoique le malade fût alors 33 en délire; mais la saignée lui redon- 33 liait toujours de la force. 33 Le même M. Lauder m’a dit, environ trois ans après celte maladie, que deux de ces hommes, qui,* en revenant du fourrage, ■ avaient été si subitement attaqués de la frénésie, étaient tombés depuis en épilepsie, quoiqu’on les eût guéris depuis de cette fièvre, et que tous les autres qui s’étaient trouvés mal, étaient toujours sujets à des retours de fièvres intermittentes.

L’infanterie se trouva dans un état un peu différent. Comme il n’y en eut, que fort peu en quartiers près des inon-' dations, leurs fièvres, quoique fréepuentes, furent généralement d’une nature plus douce. Quelques-uns de ces corps s’en virent cependant violemment attaqués, à cause -de l’air humide et putride de leurs quartiers. Le village de Diuther (1) est fort bas, et se trouve environné de fossés, d’arbres et de plantations épaisses. M. Tough, chirurgien du bataillon en quartier dans cet endroit m’a dit: « que les prairies paraissaient 33 tous les soirs couvertes d’un brouil 33 lard qui continuaitjusqu’au lendemair 3> matin après le lever du soleil; c(

33 brouillard répandait toujours une puau 33 leur semblable à celle d’un fossé bour- 33 beux et fangeux, qu’on a depuis pei

(1) Voyez Part, i, chap. viii.

(1) Voyez Part, r, chap. viir.

» saigné. Les soldats tombaient commii- |w nément malades pendant la nuit (1), j» avec un frisson, ou une sensation de 1» froid qui était bientôt suivie d’un viojj^ lent mal de tête, d’une chaleur excesj» sive et d’autres symptômes fiévreux, ij) En ce temps-là, le pouls était si petit |w et si faible, que, si l’on ouvrait la vei- » ne, le sang sortait d’abord avec peine ; I» mais, après quelque évacuation, ils’éj:> lançait vivement, et la saignée ranijj) mait toujours le pouls. Une sueur I» abondante succédait à la chaleur, avec I» une rémission ou intermission delafiè- 1 w vre.Les paroxysmes revenaient tous les soirs ; et si l’on n’avait pas soind’arrêj» ter la fièvre de bonne heure, elle était w sujette à se changer en continue, avec » des symptômes alarmants. Il remarqua »> dans trois cas des taches pétéchiales, » et dans un quatrième, une mortificai> tion sous le sein gauche, qui fut ce- » pendant guérie par le quinquina. On » vit un exemple d’un homme qui, ayant » été subitement saisi de ce mal de tête, » et n’ayant point été saigné sur-lew champ, sortit des quartiers, et se mit à » courir à travers les champs comme un I » insensé. »

Dans la plus grande chaleur de la saison,etdans la fureur de la maladie, la plupart de ces fièvres s’accordèrent avec la description du y.uûaoç, ou fièvre ardente des anciens, qu’Iiippocrate ne place jamais parmi les maladies inflammatoires de l’hiver et du printemps, mais toujours parmi les épidémiques de l’été et de l’automne (2), quoique des écrivains posté-

I (1) La paie des dragons étant plus jforle, ils louaient communément des lits ide leurs hôtes, ou du moins leurs manteaux servaient à les tenir chaudement.

Mais les fantassins, manquant de ces avantages , couchaient dans des granges ou autres lieux humides, sans avoir rien pour se couvrir.

(2) Aphor., lib. iir. La fièvre ardente des anciens était continue; ou rémittente. Gorræus donne la description suivante de cette dernière. « Est è xaôcoç lcrtianæ febri o iMoyriùn; ut qui ab iisdem causis, eodem anni tempore , et iisdem corporibus provenit a quibus et terlianæ jfebres excilari soient. In tertiana inlerimittcnte primum rigor, deinde à TTupei^ta lest ; verum ardenlis exacerbationes nullo Icum rigore fiunt, nec unquam intégré jsolvuntur, sed modice tantum remittunlur. (Vid. Défiait, ia voce Keevo-oç.)

rieurs aient appliqué ce terme à toutes les fièvres accompagnées d’une grande inflammation. — Mais on remarqua, dans les endroits même les plus malsains de ce pays, que, sur le déclin de l’automne et dès que le temps vint à se rafraîchir, toutes les fièvres commencèrent à devenir plus bénignes, et, à la fin de la saison,elles différèrent fort peu des intermittentes communes des autres pays. — Il y eut fort peu de fièvres quartes, elles ne parurent même que fort tard, et elles furent fort aisées à guérir, à moins que cette fièvre ne vînt à paraître sous quelque forme qui eût déjà causé des obstructions dans les viscères. — Lorsque la maladie fut au plus haut période, plusieurs rendirent des vers ronds. Ces vers n’étaient point la cause de ces fièvres, comme on l’a observé ci-dessus ; mais ils concouraient, avec d’autres circonstances, à retarder la guérison. — Lorsque l’épidémie fut à son plus haut point, les intermittentes et les rémittentes parurent , en prolongeant et en doublant leurs paroxysmes, se changer fréquemment en fièvre continue, putride et dangereuse : la plupart de ceux que nous perdîmes moururent de celte manière.

Ces hommes avaient, comme on l’a déjà observé , un jour ou deux avant leur mort, une odeur cadavéreuse, et quelque temps après leur corps se putréfia.

Quelques-uns avaient des taches pétéchiales, quoique le lieu où iis étaient ne fût point trop chargé de malades, et que l’air fût assez libre. Il s’y joignit aussi d’autres symptômes qui étaient les mêmes que ceux de la fièvre d’hôpital. — Mais, en général, la mortalité ne fut pas en proportion du nombre des malades et de la nature alarmante des symptômes. Quoique la maladie fût violente, elle cédait aux remèdes; et jamais il ii’y eut de maladie aiguë qui parut les exiger davantage ; car un grand nombre de gens de la campagne périrent faute de ce secours, tandis que la plupart de nos soldats recouvrèrent la santé par les soins qu’en prirent à propos les chirurgiens de leurs régiments. Des dragons de Grey et de Rothes, qui furent des plus maltraités, il n’en mourut que trente et un. Ce nombre paraîtra fort* peu dechose, si l’on fait attention que les malades étaient dans un état fâcheux , en grand nombre, tous dispersés, avec fort pende monde pour les soigner ( I ). — La disposi-

(1) Part, I; çhap, vpi,

tion h une rechute était une circonstance des plus* favorables. On encourait un danger très-grand pendant les chaleurs, moins sur le déclin de l’automne, et fort peu après les premières gelées. Mais, le printemps suivant, les rechutes devinrent si fréquentes , que les régiments qui avaient servi l’automne précédent en Zélande eurent quatre fois plus de malades que tout autre corps des mêmes lignes.

Les rechutes fréquentes causaient des obstructions dans les viscères, ce qui rendait les intermittentes plus opiniâtres et plus irrégulières, et les faisait quelquefois aboutir à l’hydropisie et à la jaunisse. Dans ce mauvais état des viscères, on ressentait communément une tumeur dure au côté gauche du ventre, au-dessous des fausses côtes. Nos soldatslui donnaient le nom de gâteau de fièvre, aguecake.

Mais, comme on n’ouvrit aucun de ceux qui moururent avec cette tumeur, on ne peut assurer quelle partie en était affectée : je conjecture que c’était la rate. Cette tumeur était souvent accompagnée d’une enflure dans les jambes, d’uue distension totale du ventre , et de quelques autres symptômes d’hydropisie ; et, tant que cela continuait, on ne pouvait se servir sans danger du quinquina pour arrêter les accès. Ce signe était mauvais, quoiqu'il ne fut point mortel, puisque plusieurs réchappèrent. — J’ai pareillement rencontré quelques cas de tympanite, maladie que je soupçonnai être causée par un usage prématuré du quinquina, avant les évacuations convenables. Mais, à l’égard des autres obstructions, et de celles en particulier qui produisirent l’ascite, j’ai remarqué qu'elles n’arrivaient pas moins fréquemment quand on ne prenait point le quinquina, que lorsqu’on en faisait usage. Il paraît par là qu’on doit l’attribuer à la continuité et à l’obstination de la fièvre intermittente. — Tandis que la maladie se faisait sentir aux soldats avec tant de violence, elle était communément d’un degré beaucoup plus doux parmi les ofliciers. Ils avaient rarement des fièvres continues ou accompagnées de symptômes dangereux ; elles étaient presque toutes des fièvres simples, des doubles tierces, ou des rémittentes quotidiennes, qui devenaient en peu de temps régulières intermittentes. La raison en est, que leurs quartiers se trouvaient plus secs, qu’ils étaient moins exposés au soleil et aux brouillards, et qu’ils avaient d’ailleurs l’avan-

tage d'une meilleure nourriture et de boire du vin.

§ III. Des causes des fièvres d'auiomne rémittentes et inter mitt ente s des camps, et de celles des pays bas'et ma- \ récageux. — Il paraît que la chaleur et l’humidité de l’air sont la principale cause éloignée et externe de ces fièvres. Cette cause prévaut à proportion de la chaleur et de la quantité de vapeurs dont l’air est chargé pendant les sécheresses de l’été. Les pluies diminuent en général | l’humidité de l’air, en le privant de la quantité d’eau qui tombe. Celte eau, tombant d’une région plus froide, rafraîchit non-seulement l’atmosphère, mais encore la terre, et réprime par là les exhalaisons excessives. Les campagnes les plus salubres ont toujours été celles où les chaleurs et l’humidité de l’air ont été modérées par des pluies fréquentes. Mais si l’air, dans le temps de sa plus grande chaleur, reçoit non-seulement les particules aqueuses, mais encore les émanations putrides des terrains marécageux, ou d’un grand amas d'eau corrompue, la cause éloignée et externe de la maladie sera aggravée, les maladies seront plus nom- i breuses et accompagnées de symptômes plus alarmants. — ■ Le relâchement des fibres, et la grande disposition des humeurs à se putréfier, qui sont une suite de cet état de l'atmosphère, peuvent se considérer comme la cause interne et prédisposante de ces fièvres. Car un air chaud et humide relâche les solides, dissout le sang et met obstacle à la transpiration. Quand l'air est chargé de vapeurs il n’admet que difficilement la matière de la ^ transpiration. Quand il en reste une partie, le sang reçoit par là un levain septique, et il s’échauffe davantage, parce qu’il a moins d’évaporation. Le défaut d’une transpiration libre ne peut être suppléé par les sueurs, parce que les sueurs tendant à affaiblir le corps le rendent plus sujet aux maladies. — Quoique ces deux causes suffisent d’ellesmêmes pour produire celte fièvre, il en I faut cependant, la plupart du temps, une troisième pour amener cette maladie. On l’appelle \dt. cause occasionnelle ow. excitante : elle vient toujours de quelque erreur dans les non naturelles, telle que de s’être échauffé le sang par la fatigue, l’intempérance ou l’exposition au soleil, ou d’avoir arrêté la transpiration peu convenable, des habits mouillés, en se couchant sur la terre mouillée , ou en absorbant des vapçurs nuisibles, etc.

Sanctoriiis fait sans doute allusion à CCS dernières erreurs dans le régime, lorsqu’il attribue les causes des fièvres tierces d’automne à la suppression de la transpiration. Nous pouvons à peine doui ter de la justesse de cette observation, quoiqu’il paraisse, d’après les tables de 1 Keil , qu’on peut non-seulement diminuer cette excrétion, mais encore la supj primer totalement sans aucun inconvé- I nient pour la santé. Mais il ne faut point comparer notre climat avec les climats : étrangers. La suppression de la transpi- I ration qui se fait ordinairement ici n’a {point de suites dangereuses , parce que notre pays est rarement chaud et sans ' vents long-temps de suite. Dans les autres climats, il fait en été et en automne I des chaleurs longues et non interrompues I qui, disposant davantage le sang à la pu- 'tréfaction, exigent une évacuation plus constante du récrément. Sanctorius con- 1 vient lui-même (1) que la suppression 'de la transpiration peut occasionner en !été une fièvre maligne, tandis qu’en hiiverelle affecterait à peine la santé. — jNous avons tâché de suivre jusque là les Icauses éloignées, les prédisposantes et les occasionnelles de ces fièvres, et il serait à souhaiter que nous pussions exipliqucr avec autant de probabilité leur icause immédiate; je veux dire que nous Ipussions faire voir comment ces humeurs [Viciées agissent sur le principe vital, de façon à exciter une fièvre rémittente ou lintermittente, accompagnée des symptôimesdont on a parlé ci-dessus. Gomme ces recherches dépendent à un point considérable de l’action des parties qui ont leurs lois particulières et qui ne sont iconnues qu'assez imparfaitement, il pajraîtplus sûr de ne point établir à présent d’hypothèse, et d’attendre qu'on ait fait ide plus amples découvertes dans l’éconoimie animale.

On a donné long-temps h ces fièvres le nom de putride, et cela non sans fondement, puisqu’il y a en ce temps-là une (grande disposition des humeurs à la pujlréfaclion, comme nous l’avons observé.

Auparavant on les distinguait par le noni le fièvres bilieuses, mais avec bien

(1) Adlapneuslîa quæ æstale maliglam febrem , hieme vix minimam altel’alioncm efficerc potest : corpora enini ncriori perspirabili œstate referla sunt jjuam hieme. (Med. Sial., scQl. U, aphol.’isüi, J.XXY.)

moins déraison, parce que les premiers auteurs ne bornaient pas ce terme aux apparences seulement, mais qu’ils l’étendaient également à la cause de la maladie. Cependant il n’est point étonnant que les anciens crussent que ers fièvres provenaient de la bile, en remarquant qu’elles se guérissaient naturellement par un choiera- morbus, ou une violente évacuation de la bile par haut et par bas, et que les médecins réussissaient aussi de la même manière en donnant un vomitif et en purgeant. Mais, après tout, il paraît que la bile est plutôt l’effet que la cause; car toutes les fois que ces fièvres viennent à une intermission parfaite , elles cèdent au quinquina, remède qui, autant que nous le pouvons savoir, n’influe pas directement sur cette humeur. Quoique la bile ne soit pas la première cause de cette fièvre, cependant sa trop grande abondance et sa dépravation, occasionnées peut-être par la fièvre, deviennent fréquemment une cause secondaire d’irritation et soutiennent la maladie, et c’est là peut-être tout ce qu’on peut dire en faveur de l’ancienne doctrine. — Je devrais procéder maintenant au traitement ; mais comme il est à propos d’examiner ces principes, en considérant la forme que prennent ces maladies dans d’autres pays sous l’influence d’un air chaud, humide et putride, je produirai à ce sujet quelques exemples tirés d’auteurs qui ont fait les observations les plus exactes.

§ IV. Comparaison des fièvres rémiltentes et inlermitienlcs d’automne des camps et des quartiers^ avec les fièvres a’ été et d’automne d’autres endroits. — Je commencerai par le rnorbus hungaricuSj maladie dont les auteurs font souvent mention, mais qui, à ce que je pense, n’est connue que très-imparfaitement. On la décrit comme une fièvre accompagnée d’un mal d’estomac, d’une douleur et d’une dureté autour de la région épigastrique , d’une grande soif , d’une sécheresse de la langue et d’un mal de tête violent qui se termine par le délire. Tels étaient les symptômes ordinaires auxquels il sc joignait presque toujours des taches pétéchiales ou des pustules. Celte maladie élait mortelle et fort contagieuse, quoiqu’elle ne durât pas ordinairement plus de quatorze à vingt jours. On la connut pour la première fois en ISGG, qu’elle se fit sentir dans l’armée impériale en Hongrie, d’où elle sç répandit dans la plus grande partie de

l’Europe. Comme je n’ai trouvé aucun auteur qui en eût été témoin oculaire, je prendrai la liberté de conclure de la relation que nous en a laissée Sennerlus(l), que la maladie de Hongrie était un composé de fièvre d’automne et de celle d’hôpital, tirant d’abord sa source du camp, mais en acquérant cette nature pestilentielle du mauvais air des endroits où l’on mettait en foule les malades. Il paraît par toutes les relations, que ce climat est un des plus malsains qu’il y ait pour une armée en campagne, à cause des nuits froides et humides qui succèdent à des jours étouffants dans un pays marécageux (2). Puisque les fièvres d’au-

(1) De morbo Ilungarîco.

(2) Ce qu’on dit de riiumidité de ce pays ne doit s’entendre que de ses parties basses , qui étant sur les bords des grandes rivières , particulièrement du Danube et de la Dravc , sont exposées à des inondations fréquentes. Ces inondations forment des marais, et venant à se corrompre, elles commencent à infecter l’air vers la fin de l’été. On dit que le reste de la Hongrie est sec et sain; mais comme on campe presque toujours près des rivières, les troupes sont sujettes aux maladies. Le docteur Brady , médecin général de l’armée autrichienne, qui a servi trois campagnes en Hongrie, m’a appris que lorsque ces inondations venaient à se dessécher, il avait vu de grands espaces fourmillant d’insectes aquatiques; il m’a de plus conlirmé ce que je viens d’avancer au sujet de l’humidité de l’air et de la différence remarquable qui se trouve entre la température des jours et celle des nuits. Or les passages subits du chaud au froid ne doivent pas seulement s’attribuer aux vapeurs (l’air étant toujours plus froid après le soleil couché, à proportion de son humidité), mais, suivant le docteur, aux vents qui soufllent dans cette saison des monts Krapachs, qu’on met au nombre des hautes montagnes de l’Europe, et qui sont toujours couvertes de neiges. Comme elles sont fort éloignées, il suppose que le courant de l’air qui en vient a eu pendant le jour le temps de s’échauffer, avant que de parvenir au camp, ce qui ne pouvait arriver après le coucher du soleil. Le docteur Brady m’a pareillement assuré que la description qu’on donne ici des fièvres des pays marécageux s’accordait avec les observations qu’il a faites sur la fièvre d’automne, dont furent attaquées

troupe^ dç la reine de Jllongrie, non-

tomne et les flux de venire sont plus fréquents et plus dangereux dans ces pays que partout ailleurs, on n'a besoin, pour rendre raison de la grande mortalité et de la naluH’e pestilentielle de celle maladie épidémique, que de supposer que le temps fut celle année extraordinairement disposé à la contagion, que les malades étaient en trop grand nombre dans un même endroit, et que les morts restaient souvent sans être enterrés (1). On comprendra encore mieux ces réflexions lorsqu’on aura examiné la nature de la fièvre des hôpitaux et des prisons, qui est la classe où l’on peut rapporter en partie celle maladie. Kous continuerons par conséquent à examiner quelques autres maladies épidémiques d’une nature moins douteuse.

— Il survint à Copeubague, en 1 662, une fièvre en automne après un été extraordinairement chaud et sec (2). Celte ville est située dans un terrain bas et humide. La fièvre était accompagnée de paroxysmes quotidiens ou tierces, de vomissements bilieux, d’une chaleur brûlante, de maux de tete violents, souvent avec délire , et de taches pétéchiales qui paraissaient dans les accès et disparaissaient dans les rémissions. Ges taches, jointes à une faiblesse extraordinaire, indiquaient la nature putride de la fièvre, qtii se manifestait encore davantage par les sueurs abondantes, les abcès, la diarrhée ou la dysenterie , par où elle se terminait.

Thomas Bartholin, auteur de cette relation, ayant trouvé, en disséquant des cadavres, l’estomac et le duodénum toujours enflammés ou mortifiés, regarde ces parties comme le siège de toutes les fièvres malignes. — Une fièvre semblable fit, en IG69, beaucoup de ravages à Leyde :

le fameux Sylvius ( de Le Boe ) , qui (3) vivait en ce temps-là , et qui y exerçai! la médecine , en a donné la description.

seulement par rapport aux symptômes,, mais encore eu égard à la manière de le guérir avec le quinquina , qu’il a donné le premier dans cette maladie. Il ajouta qu’en lisant la première édition de cet observations, il avait remarqué que les maladies militaires de la Hongrie et df la Bohême ressemblaient à celles auxquelles nos troupes furent sujeKes en Ah lemagne et dans les Pays-Bas.

(1) Seimerlus fait mention de cette cir ;

constance. (Vid, loco cilalo.) '

(2) Baiiholin, Histor. anatomie. l’ar.jl ^ cent, ir, liist. i.vi.

(3) Prax. med. append., traçt. x. ^ j }

âüR LËS MALADIËâ ï)ÏS ARMEES.'

La situation de cette ville est pareillement fort basse et très-humide. Le printemps et le commencement de l’été furent froids ; mais il fit excessivement chaud le reste de Télé et de l’automne ; il netombapointde pluie, ou du moins trèspeu, le tout accompagné d’un calme constant et d’une stagnation de l’air. L’eau des canaux et des fossés était fort corrompue, et cela d’autant plus, comme le remarque l’auteur*, que l’eau salée s’éiait mêlée avec l’eau douce (1). L’air, étant devenu par là plus impur, occaiionna une fièvre épidémique rémittente )u intermittente qui fut très-fatale. Oure le mal d’estomac, la grande inquiétule, les vomissements bilieux, les paoxysmes quotidiens ou tierces, et lesaures symptômes qui accompagnent contamment celte maladie, il fait mention de aches, d’écoulements de sang par le nez t par les veines hémorrhoïdales, de selles dysentériques , d’urine putride, de : rande faiblesse , d’aphthes et d’autres ymptômes qui indiquaient une putréiction et une dissolution extraordinaires ,u sang. Ce qu’il y a cependant d’étran- ' le, c'est que Sylvius en attribue la cause ‘ un acide dominant (2), et traita la ma- ' die en conséquence. Nous ne pouvons ‘ bus empêcher de remarquer que la Vraiide mortalité parmi les principaux ^ ibitants de cette ville, dont il y eut, à ce ‘ u’il dit, les deux tiers qui moururent, sut, en quelque sorte, avoir é,té causée ' |ir sa manière de traiter cette maladie f'j/ec des absorbants et d’autres remèdes idatifs à l’idée que cet ingénieux et saint auteur, ainsi que ses sectateurs, s’é- '' lient formée de sa cause. — Ces exem- ® jes, et d’autres de la même espèce, peu- ^limt servir à confirmer des observations l’on a faites auparavant sur le danger ® l’occasionne un été chaud et sec dans ^ 1» pays bas et humide (3).

Mais les maladies putrides sont en- ; re plus fréquentes et plus funestes dans ‘ 5 endroits marécageux des pays méri- '‘' bnaux, oîi lés chaleurs sont plus loiiles et plus violentes. Dans quelques 1^1 ntrées de l’Italie et en d’autres pays ■ J , as la meme latitude, ces fièvres ont

(1) "Voyez les Mémoires sur les sub- ;ii; mees septiques et anti-septiques (mém.

e( IV), où on rend raison de cela, raf, (2) Sylv. Prax. loc. cit. dcxxvji.

:(5) Part, i, chap. i; part, ii, chap. i,

paru quelquefois avec des symptôœjes si dangereux et si putrides, que non-seulement on leur a donné le nom de fièvres pestilentielles, mais encore qu’on les a confondues avec la peste même. C’est en ce sens que nous devons entendre dans Celse (l) ces termes pestilentia et ftbris pestilentialis^ qu’il regarde comme des maladies particulières aux temps chauds et pesants, et aux pays méridionaux. II veut dire que Cette fièvre fâcheuse est la maladie de la fin de l’été et de l’automne, lorsque l’air est le plus épais et le plus chargé de brouillards, et qu’elle est trèsfréquente dans les payfbas et marécageux.

Rome fut toujours sujette à ces fièvres. Galien appelle hemitrVœa l’épidémie de cette ville ; il parle aussi de l’humidité de son air (2). Bien plus, dans les commencements de la république, avant que les Romains semblassent se défier des effets nuisibles de l’eau croupie, ou du moins avant qu’ils connussent les moyens de la faire écouler, cetle ville paraît avoir été si malsaine, que, depuis le commencement de cet état jusqu’à l’année 459 de sa fondation , je ne trouve pas moins de quinze pestes dont Tiie Live fait (3) mention, qui ne paraissent avoir été, comme on le peut conjecturer par d’autres circonstances, qu’autant de maladies épidémiques destructives, occasionnées par les émanations putrides des marais voisins. Mais, lorsqu’on eut pratiqué des écoulements et des égouts, Rome devint alors beaucoup plus saine, et il n’y eut plus que les endroits bas et humides du Latium qui conlinuèrent à être malsains. Lorsque cette ville tomba par la suite entre les mains des Goths, les égouts ayant été bouchés et les aqueducs coupés, le territoire de Rome ne fut plus qu’un vaste marais, ce qui, pendant une longue suite d’années, causa une désolation (4) incroyable. Quoique l’on ait depuis remédié à cet inconvénient, cependant en négligeant de faire écouler les eaux croupies et corrompues qui restent après le débordement du Tybre, les grandes chaleurs qui succèdent occasionnent

(1) Yid. Gels., De medicîna,lib. i, cap*,

X ; lib. III, cap. viii.

(2) De Temporam., lîb. ir.

(3) Lancisi en compte plusieurs autres dans le même aiueur. (Voyez Dissert. dQ Avent. Rom. Cœli Qualitaf. , cap iii.}

(4) Id., loço çitalo, •

Pringle,

SI

des fièvres rémittentes et inlermitlenles qui deviennent générales et funesles. Les dissections faites par Lancisi , ajoutées à l’excellente description qu’il a donnée de ces maladies épidémiques, sont une forte preuve de leur nature putride (l). — Quoiqu'il ne paraisse pas que les pays où Hippocrate a exercé la médecine fussent marécageux ou sujets aux inondations , nous trouvons cependant qu’il fait souvent mention de ces fièvres comme étant fréquentes en été et en automne, et qu’elles dominaient surtout lorsqu’un été chaud et étouffant succédait à un printemps pluvieux etaccompagné de vents du midi. Il y a dans ses Epidémiques une description remarquable (2) de cette espèce; les maladies étaient en ce temps-là des fièvres ardentes, rémittentes et intermittentes de la plus mauvaise espèce, avec des flux de ventre, des parotides et des éruptions d’une nature pestilentielle.

Prosper Alpin observe que les eaux qui croupissent dans les canaux du Grand- Caire causent tous les ans une espèce de petite-vérole maligne, et des fièvres putrides et pestilentielles, qui dominent dan« les mois de mars, d’avril et de mai, saison que les vents qui soufflent alors constamment du sud rendent en ce pays la plus chaude de l’année (3). Il remarque pareillement qu’en automne les fièvres pestilentielles sont épidémiques et fatales à Alexandrie, après que le jN'il s’est retiré. Elles commencent par des nausées, lin grand mal d’estomac, des inquiétudes extraordinaires, et des vomissements de bile âcre (4), et plusieurs ont des selles bilieuses et putrides. Or, comme ces maladies font tous les ans du ravage dans ces deux villes, il n’est point surprenant qu’elles se changent, en véritable peste dans des années extraordinairement chaudes et humides : car , quoique ce savant auteur soutienne que la vraie peste ne lire pas proprement son origine de TÉgypte, mais qu’elle y est apportée de la Grèce, de la Syrie, ou des parties les plus méridionales de l’Afrique, il convient cependant qu’elle y commence quelquefois après des inondations extraordinaires du

(1) De nox. palud. effluv. , lib. ii, epid, I, c. VI.

(2) Lib. III, § 3.

(3) Deniedicin. Ægyptior., lib. i, cap.

{A) Les termes dont se sert l’auteur sont bUis vîrnlenta.

Nil, lorsque l’eau, s’étendant au-delà de ses bornes accoutumées, séjourne sur les terres et y forme des marais putrides (i). — Java, qui est située entre le cinquième et le dixième degré de latitude méridionale, se trouve si près de la ligne, qu’au lieu de diviser les saisons en été et en hiver, on les partage en saison sèche et en pluvieuse. Les pluies commencent au mois de novembreet continuent jusqu’au mois de mai, et il en. tombe pendant ce temps-là une quantité prodigieuse. Il y a pareillement un grand nombre de marais et de canaux d’eaux dormantes à Batavia, dont les exhalaisons rendent l’air humide , chargé de brouillards et fort malsain. Bontius observe que l’humidité est alors considérable, et que même dans les mois où il fait le plus sec, les métaux s’y rouillent (2), et que les habits pourrissent plutôt dans ce pays que dans quel que endroit que ce soit de l’Europe. Lî|l peste est cependant inconnue à Java quoiqu’on dût s’attendre à la voir régner dans cette île, à cause du concours di| toutes ces circonstances. Mais nous de vous considérer que lorsque le soleil es le plus vertical dans ce pays, le ciel su' trouve alors plus couvert de nuages, ; Cette circonstance, et les vents de terr et de mer qui soufflent continuellement) tempèrent considérablement la chaleur et préviennent en grande partie la stag nation de l’air. Les maladies auxquelle ouest sujet en cette île sont : le choléra morhus^ le flux de ventre et une fièvr putride continue. Cette fièvre vient su bilement, avec un délire, et elle est a< compagnée d’une insomnie constante <’ de vomissements de bile de diverses coii leurs, surtout de verte. Les extrémiti deviennent froides, tandis que l’intériei brûle et que la soif est excessive; mais fièvre parvient bientôt à une crise. L’

(1) Ibid., cap. XV. . i

(2) La rouille des métaux est peul-êt \ un signe fort équivoque de riiumidi i d’un endroit sous les tropiques et près ( : la mer. Car une |>ersonne qui en a fij l’expérience à la Jamaïque m’a assu que quoique le fer se rouille fort vite da cette île, cependant le sel de tartre y p raissait attirer l’humidité de l’air pl lentement qu’il ne le fait en Angleten Ce qui me fait croire qu’il faut altribu la formation de la rouille des métau dans les climats près de l’Océan, a grandes exhalaisons d’esprit de sel chaleur attire de l'eau de mer,

que,

SUR LES MÀLACIES DES ARMEES

îuàtion des premières voies est la ncipale partie de la cure; raiiteur renraande ensuite le safran (1), remède ;si remarquable par ses qualités antidiques que par sa vertu cordiale (2).

Les établissements qu’ont les Anglais a Côte-d’Or , dans la Guinée , sont in côté aussi près de la ligne que l’ile Java l’est de l’autre. La saison pluîuse commence , sur cette cote y vers fin d’avril , et continue jusqu’au-delà milieu de juin; le temps ensuite est lid pour le climat, et l’air très-humide, cause de l’évaporation de l’eau de la aie. Pendant cette saison froide, les vres rémittentes et intermittentes , ec des paroxysmes quotidiens , sont lidémiques. Ces fièvres se trouvent touurs accompagnées d’une soif considéble, de nausées, d’inquiétudes et de équentes évacuations par haut et par is d’une bile putride; et ces fièvres ne minuent pas communément , que cette imeur ne soit évacuée. Si l’évacuation ; s’en fait pas à temps , la maladie prend lie forme continue et alarmante, le pouls liffaisse, et il survient un délire la plu- ; rt du temps fatal. Les flux de ventre Int pareillement fréquents dans cette lison , et ces fièvres et ces flux de venjî ne paraissent pas moins communs sur 1; vaisseaux qui se trouvent à la hauiir de la côte que sur le rivage; mais e n’affecte pas ceux qui sont en pleine îr et qui se tiennent éloignés des [ouillards. Les vents de terre et de mer, jle temps de brume, qu’il fait constam- |;nt pendant le temps des chaleurs, pa- ;i ssent y être aussi avantageux pour jSvenir la peste , qu’ils le sont à Ja- 1 (3}‘

iLes fièvres des Indes occidentales , «joique d’une nature très-putride, ne lÎ changent jamais en peste véritable, ji’ce que la même espèce de vent y do- 1 ne et empêche l’air de croupir et de se «•rompre à un point suffisant pour la |tduire. Mais les chaleurs étant granet l’atmosphère chargée de vapeurs , 1, fièvres rémittentes et intermittentes, a|!C des vomissements bilieux , devien-

j(i 11) Bout., Mellïod. medendi, cap. xiv. If ;2) Voyez les Mémoires sur les subsnces septiques et anti-septiques, mém.

iiexpér. xr, mém. iii, expér, xvi.

;3) Je tiens cetle relation de la Guinée V personnes expérimentées, qui ont de- 1 uré plu^içur^ année;} dans çe payÿ.

nent fréquentes en juin, juillet, et épidémiques en août, septembre et octobre, qui y sont , du moins à la Jamaïque, les trois mois les plus pluvieux de l’année. Ces fièvres sont communes aux naturels du pays , aussi bien qu’aux étrangers ; mais les nouveaux venus se trouvent sujets à une espèce différente , ou plutôt à un degré différent de la même maladie, à une fièvre plus rapide , plus putride et plus dangereuse. On la distingue par des vomissements noirs, mais principalement par la couleur jaune de la peau, qui lui fait donner le nom de Jièvre jaune. Le sang est dans un tel état de dissolution, qu’avant la mort, il pénètre dans les plus petits vaisseaux séreux , et teint la salive et la sérosité que les vésicatoires attirent (1), et en coulant dans

(1) Le docteur Huck, qui s'est trouvé aux expéditions aux îles françaises et espagnoles, dans la dernière guerre, a fait la remarque suivante sur le paragraphe ci-dessus. « On observe un paroxysme,

» généralement une fois en vingt-quatre » heures, même dans les espèces les plus » ardentes et les plus fâcheuses de la » fièvre jaune. Car le malade est commu- » nément plus mal vers le soir, ou pen- » dant la nuit. Si l’on pouvait distinguer » la lièvre jaune, dans son commence-

• ment, de la lièvre commune rémittente » ou intermittente, qui fut si funeste à » notre armée, ce ne serait que parce que » tous les symptômes en sont plus vio- » lents, et que la lièvre est plus considé- » rabledans le temps où l'on devrait s’at- » tendre à des rémissions plus libres. Ces » deux fièvres commencent à peu près > avec les mêmes symptômes ; quelque-

• fois, mais rarement, avec un frisson.

» Toutes les fois que la fièvre devenait

• considérable , avec une chaleur brû- » lante , des violents maux de tête et » dans les lombes, des sueurs abondantes » sans aucun soulagement , une rougeur » et une douleur brûlante dans les yeux,

» le visage enflammé, une insomnie, une » anxiété, une oppression et une ardeur » d'entrailles, des vomissements fréquents » de bile verte ou jaune, ou ce que je » crois encore plus fâcheux , des efforts » continuels pour vomir sans rien rendre,

» on pouvait prédire avec beaucoup de » certitude la couleur jaune. Si cette cou- » leur paraissait le second, le troisième » ou le quatrième jour, la maladie était » ordinairement mortelle. J’ai souvent

• vu des malades avec la plupart de ces tsymplOrnèS; immédiatement soulagé»

restomac, il donne celte couleur noire à ce que Ton vomit. Il résulte donc de là que partout où il y a dans l’air les plus grandes causes d’humidité et de putréfaction , on trouve aussi un plus grand nombre de fièvres rémittentes et intermittentes de la plus mauvaise espèce.— Il est à propos de remarquer, avant de conclure, que nous avons aussi en Angleterre la même espèce de fièvre, et que nos fièvres rémittentes et intermittentes, et la dysenterie, paraissent occasionnées par une cause putride, quoique dans un degré inférieur à celles de la plupart des autres pays. Mais il faut ajouter que le sol y est si sec, qu’on y rencontre si peu de marais, que les vents y soufflent si constamment, et que les chaleurs de nos étés sont tellement modérées et interrompues, qu’à moins que les saisons ne deviennent excessivement chaudes et étouffantes, ou bien si l’on excepte quelques endroits marécageux , ces maladies sont toujours bénignes, et ne deviennent jamais, ou du moins fort rarement, épidémiques. Enfin, durant la dernière partie de l’été et pendant tout l’automne , il paraît y avoir presque partout une disposition plus ou moins grande à ces fièvres rémittentes ou intermittentes, ou à quelques dérangements dans les premières voies, joints à une dissolution des fluides et à un relâchement des parties fibreuses du corps , et l’on y est sur-

»par des évacuations faites de bonne » heure, et la fièvre devenait alors inter- » mittenle. Bien plus, j’ai vu plusieurs » fois cette fièvre avec fous ces symptô-

> mes emportés par des saignées, et en

* donnant, quelques heures après sa pre- » mière attaque., une médecine qui opé- » rait avec vivacité par haut et par bas.

> J’ai connu quelques-uns de ces malades ■» qui furent assez bien pour sortir le se- » coud ou le troisième jour, et qui con- » linuèrent à se bien porter pendant quatre » à cinq jours, mais qui en commettant «quelque erreur, par exemple en s’ex- » posant trop au soleil, furent de nouveau » attaqués des mêmes symptômes et mou- » rurent le quatrième ou cinquième jour, «avec la peau d’un jaune foncé, ou cou- « leur de «cuivre. De là, je suis porté à

* croire que ce sont différents degrés de «la même maladie, et que la manière « dont on traite le malade dans le com- « mencement donne la fièvre jaune , .ou » seulement une fièvre rémittente ou in- » termittente, ».

tout sujet dans tous les pays chauds et humides , et dans tous les camps, par les raisons qu’on a apportées plus haut (1), J’ajoute que tout ce que j’ai appris des meilleurs auteurs, que les observations qui m’ont été communiquées par des gens habiles, et ma propre expérience m’engagent à croire que la cure de toutes ces fièvres , en tant de climats si différenls , dépend à peu près de la manière de les traiter, qu’on exposera dans la section suivante.

§ V. De la cure des fièvres d’automne rémitleiiies et intermittentes des camps , et de celles des pays bas et marécageux. — Je viens maintenant au i traitement de cette maladie , et j’observerai la méthode suivante. Je distinguerai d’abord les deux espèces de fièvre, comme je l’ai fait auparavant, et je passerai de là aux remèdes qui m’ont le plus réussi. La saignée étant indispensable dans la cure de ces fièvres , c’est la première chose par où l’on doit commencer, et il faut la réitérer une fois ou plus souvent, suivant que les symptômes paraissent l’exiger. Les fièvres rémittentes du printemps et de la fin de l’automne sont accompagnées de douleurs pleurétiques et de rhumatisme provenant du froid de la saison ; et par cette raison , elles exigent davantage la saignée. Un médecin qui ne connaît point la nature de cette maladie, et qui ne fait principalement attention qu’aux paroxysmes et aux rémissions, est peut-être porté à négligei cette évacuation , et à donner trop tôt h quinquina , qui occasionnera une fièvrt continue inflammatoire. On peut ouvrii ' sans danger la veine pendant la rémission , ou dans la force du paroxysme Car outre que j’ai remarqué que la ré mission vient plus tôt, et qu’elle est plu marquée après une hémorrhagie, j’a réitéré , sans aucun danger, l’expérienc de la saignée dans les accès les plus vio lents, non-seulement dans cette fièvre-ci mais encore dans la fièvre des pays ma récageux , après même être presque de venue régulière intermittente. Pour ac 1 corder donc la maxime de Celse ave t cette pratique (2) , il faut interpréter c !

(1) Part. I, chap. i ; part, ir, chap. i §2.

(2) Quod si veheraens febrls urget , î ipso impetu ejus, sanguinem mitterc hominem jugularo est. (De med,; lib. i ! çap. X.)

SUR LIS MALADIES DES ARMEES. S5

;rme impeiasfebris dans le sens de ce •isson ou froid qui précède Taccès de liaud des fièvres dont il donne la desription, caria saignée , dans ce tempsi, serait hors de saison et très-dange- Buse. Mais comme les paroxysmes de la èvre dont nous parlons sont , commuément après la première attaque , sans ’oid ; on ne doit pas avoir égard à son bservation dans ce cas , ni même à anime autre, si ce n’est celle où l’on avert de ne point saigner pendant les leurs. — Ayant eu, depuis les deux remières éditions de cet ouvrage , plus 'occasions de voir ces fièvres , j’ai jugé propos de purger immédiatement après I saignée, quelque partie de la journée lie ce fut , et cela d’autant plus que le lalade était alors généralement consjpé.

^ R. Infusi senœ communis une. ni , ^lectiiarii lentwi semiunc. , nitri pure \rach.ii tincturæ senœ drach. vi, misce,

j Le malade prenait à la fois la moitié ;b cette purgation , et si , en quatre heu- :s , elle ne procurait pas deux selles , )mme cela arrivait ordinairement , il l 'enait le reste. Cette médecine s’accorî avec l’estomac , purge copieusement , doucement , et par conséquent est lus utile qu’une composée de drogues jus recherchées. Le lendemain malin , ii’il y avait presque toujours une rémis- 011 , je donnais un grain de tartre émé- |:jue réduit en poudre, avec douze grains yeux d’écrevisse Je réitérais la dose au )ut de deux heures , au plus au bout de [latre, si la première ne faisait aucun [fet, ou du moins fort peu. Ce remède ocurait non-seulement une évacuation lir haut , mais communément aussi par jis, et excitait la sueur. Par ces évacuaians , la fièvre devenait communément |us bénigne, et quelquefois elle l’emjirtait. Au lieu de cette poudre , je innais auparavant dans la première rélission , après avoir vu le malade , un jrupule d’ipécacuanha avec deux grains tartre émétique j en une dose. Mais, loiqiie cela m’ait souvent réussi, cemdant en comparant ensemble ces deux éthodes , je préfère la première , c’est- (dire que je purge d’abord, et que je ::barrasse ensuite les premières voies >'ec de petites doses de préparation d’an- .noine. Je réitère ordinairement ce relède le jour d’après ou le suivant, sinon, tiens le ventre libre par quelque mé- ;cine douce ou un lavement. Je conti-

nue celte méthode jusqu’à ce que la fièvre s’en aille par degrés, ou qu’elle devienne intermittente au point d’être guérie par le quinquina.

Je me suis confirmé dans l’opinion favorable que j’avais de cette méthode , par les succès que s’est procurés le docteur Huck, dans l’Amérique septentrionale et aux Indes occidentales, en traitant ces fièvres avec une méthode semblable à la mienne. Au commencement il tirait du sang 5 dans la première rémission , il donnait quatre ou cinq grains d’ipécacuanha , avec du tartre émétique, depuis un demi-grain jusqu’à deux grains. Il faisait prendre de nouveau ce remède en deux heures, ayant soin que le malade ne bût point avant la seconde dose ; car alors le remède passait plus aisément dans les intestins, avant qu il pût opérer par les vomissements. Si , après deux heures de plus, l’opération par bas et par haut était trop petite , il donnait une troisième dose , qui réussissait ordinairement à débarrasser les premières voies ; alors la fièvre cessait tout-à-fait, ou devenait intermittente au point de pouvoir céder au quinquina. Il trouva sur le continent peu de difficulté après l’intermission ; mais aux Indes occidentales, la fièvre était sujette à devenir continue et dangereuse, à moins qu’on ne donnât le quinquina à la première intermission , quand même elle aurait été imparfaite. Le docteur Huch n’a jamais varié dans sa méthode , à moins qu’il n’ait vu des indications qui le portaient plutôt à purgei qu’à donner un vomitif. Dans ce cas-là , il faisait une décoction de huit onces , avec Une demi-once de tamarin , deux onces de manne ®t deux grains de tartre émétique , et partageant cela en quatre, il en donnait une toutes les heures , jusqu’à ce que le remède opérât par les selles (!}.

(1) Depuis la dernière guerre, le docteur Huck m’a dit qu’il préférait ce remède, dans la fièvre jaune des Indes occidentales, dans laquelle on regarde les vomitifs violents comme dangereux si on ne les donne pas de bonne heure, et dans laquelle il est cependant nécessaire de débarrasser les premières voies. En effet, quoique la première ou la seconde dose de ce remède excitât communément quelque peu de vomissements, cependant en trois ou quatre heures il purgeait aussi . Il tâçUait d’entretenir çette dernière opé-

Comme je ne commençai à me servir du tartre émétique , en doses petites et réitérées , que dans la dernière guerre, et cela seulement pendant trois campements en Angleterre, j’eus dans ces campagnes trop peu d’occasions d’essayer cette méthode, pour m’assurer que c’était la meilleure. Mais en partie par ce que j’ai vu moi-même, et en partie par ce que j’ai appris de quelques autres personnes , j’imaginai que c’était le moyen le plus sûr pour réussir , même avant que le docteur Huck m’eût communiqué ses observations. Je suis persuadé qu’après la saignée ,si elle est nécessaire, le tartre émétique est un remède efficace pour emporter entièrement ces fièvres, ou pour les amener promptement à des rémissions , où l’on pourra donner le quinquina. Mais il faut ajouter que la vertu de cette préparation d’antimoine , ne consistant point seulement en sa qualité émétique , mais aussi en sa cathartique , on doit le donner en conséquence. Faites-en dissoudre six grains dans une pinte d'eau chaude , que le malade en prenne de dix minutes en dix minutes, quatre à cinq onces, chaud, jusqu’à ce qu’il commence à vomir, et qu’il aide alors l’opération avec de l’eau chaude ou une infusion de camomille. Il peut continuer ce remède, si cela est nécessaire, avec les mêmes doses , ou de plus petites, ou à de plus longs intervalles. Quand le vomissement s’arrête , il commence ordinairement à opérer par bas. Si cependant il ne le faisait pas , on donne un lavement , et le jour suivant, ou quand il est besoin de réitérer l’évacuation , on fait dissoudre une demi-once, plus ou moins, de quelque sel purgatif neutre, avec le tartre émétique, dans la même quantité d’eau qu’auparavant.

Cette manière de se servir de l’antimoine est facile et sans danger. Les Français l’ont fait connaître les premiers , sous le titre à^emétique en lavage^ et ils en

ration, en en donnant de temps en temps deux ou trois cuillerées de plus, jusqu’à ce que la rémission parût d’une manière sensible; ce qui arrivait ordinairement le quatrième ou le cinquième jour après le commencement de la maladie. Il épiait attentivement cette rémission, et dès qu’elle paraissait, il donnait une décoction de quinquina, en doses aussi grandes et aussi souvent répétées que l’estomac Je pouvait supporter.

font un grand usage dans ces sortes de

fièvres.

On donnait le sel d’absinthe , rassasié de jus de limon ou d’acide vitriolique , dans la vue d’amener plus tôt la fièvre à une crise ou h des intermissions plus régulières. Mais j’avoue qu’excepté le cas où il relâche , et par conséquent rafraîchit, je lui remarquai bien peu de vertu. Je suis persuadé que si j’avais mieux connu les qualités du tartre émétique, je me serais aisément passé, dans ces fièvres , de toutes ces sortes de sels neutres. — Je viens maintenant au quinquina, et j’observe que, quoique ces fièvres aient souvent des rémissions si favorables , avec même les urines chargées , qu’un médecin, peu instruit de leur nature , pourrait se persuader qu’elles céderaient au quinquina sans aucune préparation, ou du moins fort peu; mais il serait souvent trompé , du moins à l’égard de nos soldats, dont le tempérament ou le genre de vie les dispose plus à l’inflammation que les soldats hollandais, comme on le verra par la suite ; car, quoiqu’en faisant usage du quinquina, les paroxysmes aient disparu, cependant, comme j’ai remarqué que la poitrine en^ était souvent affectée , et qu’il subsistai! ! toujours quelque reste de fièvre après l’usage de ce fébrifuge , je commençai enfin à douter s’il n’était pas mieux d’essayer de la guérir sans y avoir recours ou du moins d’en différer l’usage jusqu’à ce que le malade fût convalescent et qu’il n’en eût besoin que pour se fortifier. Le quinquina paraît en effet d’au tant moins nécessaire ici , qu’après uni;saignée ou deux , et après avoir dégagij: les premières voies par une purgation e l’émétique , et en tenant le ventre libre les paroxysmes diminuent ordinairemer de jour en jour, jusqu’à ce qu’ils dispa raissent tout-à-fait. Mais quand je venai à m’apercevoir que la maladie ne tour nait pas de la sorte, et que, malgré h i évacuations, les accès devenaient pli | fâcheux , ce qui arrivait souvent dans i \ fièvre des pays marécageux , j’avais n cours alors au quinquina, et j’avais ord i nairement la satisfaction de le voir réu; sir. Comme il y a peu d’intervalle enti la fin des sueurs et le commenccmei i des paroxysmes suivants , afin d’avo plus de temps pour que ce fébrifuge pi agir , je commençais à le faire prend deux ou trois heures avant la fin de sueur. En général, nous pouvons cons dércr le paroxysme fiévreux comme ces

i|uaDd il n’y a plus ni soif ni chaleur, et jue le malade se trouve lui-même dans me sueur abondante et aisée. Si jamais a fièvre paraissait sous la forme d’une ' ierce ou d’une quarte , le quinquina (ilait , après les évacuations ordinaires, m remède infaillible.

Entre les diverses méthodes de donner e quinquina, je préfère la suivante. J’en lais infuser une once et demie en poudre ine, la nuit, dans une chopine de vin lu Rhin , et , le jour suivant , je donne ;ette mixtion trouble en différentes does. Mais , pour l’usage ordinaire , on en Taisait un élecluaire, et, sur une once de )|uinquina en poudre, on y ajoutait un l}TOs de sel ammoniac , et , les deux ou rois premiers jours, aulant de rhubarbe [u’il en fallait pour tenir le ventre libre, jle donnais ensuite le quinquina seul, iusqu’à ce que le malade en eût pris auant que cela paraissait suffisant pour in-évenir une rechute. — Telle était la manière dont je traitais ces fièvres dans ie commencement et lorsqu’elles develaient rémittentes et intermittentes. Si ’on a négligé la maladie dans son prenier période, ou bien si après les ré- 1 nissions ou les intermissions elle vient I se changer en fièvre continue, on doit Ouvrir la veine si le pouls le peut perinettre. Mais en quelque état qu’il soit, si fa tête est affectée d’un délire ou d’une ilouleur , il faut appliquer les sangsues i ux tempes et un large vésicatoire entre es épaules. Les vomitifs et les purgatifs dolents ne conviennent point en ce emps-là ; il est seulement nécessaire d’él’acuer par des vomitifs doux , des clys- 1ères réitérés et de légères purgations. La principale règle doit être de débarrasser les premières voies ; et, pour y parvenir, le tartre émétique, avec un sel purgatif, ferait probablement le remède le plus fîfficace. — La fièvre se change quelquefois en dysenterie; on doit alors la traiter Ile la manière qu’on l’indique dans le l hapitre suivant. Mais s’il survient une [liarrhée, quoiqu’on ne doive jamais l’arlêter subitement, il est souvent à propos Ile la réprimer peu à peu et d’exciter une lueur abondante (i). Quoiqu’un cours de

I (t) Si dans les commencements on n’a |)as suffisamment débarrassé les preniéres voies, et si pendant le cours de !a fièvre on n'a pas tenu le ventre libre , l'ii ne doit s’attendre à une crise que par |in cours de ventre qu’il ne faut point

ventre ne soit pas la crise ordinaire, cependant , si la nature semble indiquer celte voie par des douleurs de colique ou par une tension du ventre, accompagnée de sécheresse de la peau , il est à propos de procurer les selles par le moyen des clyslères ou de quelque relâchant doux, tel qu’une infusion de rhubarbe avec de la manne, qu’on doit recommencer aussi souvent que le malade peut soutenir l’évacuation.

II. Les fièvres des camps et des pays marécageux se ressemblent autant da,ns les symptômes que dans la cure. Par conséquent, les règles clablies dans les paragraphes précédents pouvant s’appliquer à toutes les deux, je me contenterai seulement de présenter quelques avis sur les points dans lesquels elles paraissent différer davantage. Lorsque la fièvre des lieux marécageux est d’une espèce ardente , elle paraît exiger d’amples saignées ; mais en général , comme les humeurs ont, dans ces pays, beaucoup de disposition à devenir putrides, cette fièvre ne permet pas tant cette évacuation que la fièvre des camps , dans laquelle les froids fréquents et considérables, rendant le sang plus couenneux, fixent l’inflammation. Il est nécessaire, dans la plupart des cas, d’ouvrir la veine au commencement de l’attaque, ou le jour suivant s’il n’y a point eu d’intermiseion.

arrêter tant que le malade a assez de force pour le supporter. Mais s’il a été assez évacué dans les conimencemcnls par l’émétique et les purgatifs, ou que le cours de ventre l’affaiblisse trop, après un peu de rhubarbe, qu’il prenne deux fofs par jour le bol suivant :

Pr. Tlierîacœ Andromachi I scrupulum^ rndicis ipecacuanhœ in pulvcrem conlritœ gr. ij. vel. iij cretœ prœparatœ quantum satïs sit , misce.

Ce remède varie suivant l’occasion , quant à la quantité des ingrédients, arrête d’une manière efficace la diarrhée , et procure une moiteur salutaire. Si ca bol ne modère pas le cours de ventre, j’ordonne la mixture suivante :

Pr. Extracti thebaîci 2 gr. tevantur ex jidepie creta une. IG.

Dentur post alternas se.les liquidas cochlearia 6.

Telle est la mixture astringente dont je fais communément usage, en la composant avec V elecUiarium e Scordio , je la trouve tout aussi efficace, et plus agréable au goût et à l’estomac.

jVIais les saignées réitérées, à moins qu’il 3i’y ait des marques évidentes d’inflammation , se trouvent tellement éloignées de produire cet effet , -qu’elles sont sujettes à rendre la fièvre encore plus opiniâtre. Il faut pareillement faire attention que la règle que nous avons établie au sujet de la saignée ne regarde que l’armée et non point les habitants des Pays- Bas , dont le tempérament est fort différent de celui de nos soldats, qui non-seulement étaient à la fleur de leur âge, mais encore plus robustes et plus sanguins. Quelquefois même la saignée se trouvait rarement nécessaire parmi les soldats dans une rechute , ou lorsque le temps s’était rafraîchi, la fièvre paraissant alors sans inflammation et avec des intermissions régulières. — J’ai observé que les vomitifs étaient encore plus efficaces dans les pays marécageux que dans le camp, et ils le sont à un tel point que, lorsque la bile a été totalement évacuée par un émétique , ce remède emporte souvent la fièvre en même temps. L’ipécacuanha seul ne fait pas cet effet. Bien plus, je lui en ai vu produire un tout contraire (1) en rendant les paroxysmes suivants plus longs et plus violents que le précédent, soit qu’il agisse faiblement et qu’il introduise dans le sang plus d’humeurs putrides qu’il ne peut en évacuer des premières voies , soit que cela provienne d’une autre cause. J’y joins ordinairement, par cette raison, deux grains de tartre émétique.

La fièvre des pays marécageux étant plus sujette , pendant les chaleurs , aux paroxysmes, et à prendre une forme continue qu’à rester intermittente régulière, il faut, après les préparations convenables, l’arrêter dans la première intermission. On n’a pas trouvé le quinquina moins spécifique , en cette occasion , en Flandre qu’en Angleterre. Mais il faut ajouter que , quoiqu’on en donnât de grandes quantités , les rechutes étaient non-seulement fréquentes, mais certaines, si l’on ne réitérait ce remède plus souvent qu’on ne pouvait engager les soldats à le faire. De sorte qu’après tout, le quinquina fut moins utile qu’on ne s’y était attendu. Mais il est à propos d’observer que jamais ce remède , souvent réiléré, n’occasionna dQ suites fâcheuses, car l’on ne doit pas imputer à la quantité

(1) J’ai éprouvé deux fois sur moimçme cet effet do l’ipéçaçuanha.

du quinquina les obstructions des viscères qui succédèrent à ces fièvres , mais à la longue durée de la maladie et aux rechutes fréquentes dont le malade ne pouvait se garantir, à moins qu’il ne continuât à prendre une once de quinquina tous les dix à douze jours pendant l’automne entier. La manière la plus efficace pour engager un soldat à le continuer pour prévenir les rechutes , serait de l’infuser dans une partie égale d’eau commune et d’eau-de-vie (1). — Le meilleur moyen ensuite , pour prévenir ces rechutes , consiste dans le régime. Les convalescents doivent manger avec modération, surtout des herbages et des fruits , et s’abstenir de tout ce qui est venteux et qui tend à relâcher. En général, tout ce qui produit ces effets dispose l’estomac à des indige.slions, et par conséquent à une corruption des humeurs, et, d’un autre côté, tout ce qui fortifie est anti-septique. Les liqueurs prises modérément sont alors nécessaires; mais comme la paie des soldats se trouve insuffisante pour pouvoir se procurer une nourriture saine et une liqueur forte, il serait à propos que le public voulût bien alors en accorder à l’armée comme aux troupes qui servent sur mer, et la moi- | lié de ce qu’on donne à ces derniers pourrait suffire.

A l'égard des vers ronds.qui accompagnent si souvent ces fièvres , je donnais communément un demi-gros de rhubarbe avec douze grains de mercure doux, sans avoir jamais vu qu’une dose aussi forte de mercure produisît aucun inconvénient, parce que. dans notre pays, il est toujours bien préparé. Les anthelmintiques qui agissent lentement et sanî purger sont peu utiles en cette occasion parce que les symptômes causés par ce; vers pressent communément si fort qu'i faut avoir recours aux remèdes les plu; vifs , car , quoique ces reptiles puissen rester long-temps dans les intestins san causer beaucoup d’incommodités à quel qu’un qui, à cela près, se porte bien cependant, s’il lui survient une fièvre

(1) J’ai depuis remarqué que le mcil i leur moyen de prévenir une rechute, chc ceux qui ne reviennent que malgré eu à l’usage du quinquina, est d’en donne quatre ou cinq onces en poudre, aussitc qu'on peut obtenir du malade de 1 prendre. Celte quantité suffit pour six o sept jours.

SUR lES MALADIES DES ARMEES. 89

jsurtout d’une espèce putride, les vers, étant incommodés par l’accroissement de la chaleur et la corruption des humeurs dans les premières voies, qui sont les suites de la fièvre, commencent à faire tous leurs efforts pour sortir. Lancisi, qui fait celte remarque, ajoute qu’ayant ouvert le corps de quelques personnes, qui étaient mortes à Rome des fièvres que nous venons de décrire , on avait trouvé les intestins blessés par la morsure de ces vers; quelques-uns avaient meme percé les tuniques des intestins, et s’étaient retirés dans la cavité de l’abdomen. 11 ne s’est point trouvé , dans nos hôpitaux, de dissections de cette espèce ; mais j’ai été témoin plus d’une fois que des malades ont rendu des vers par la bouche sans avoir senti auparavant au- ,cune envie de vomir. Mais , sans aller si loin, les vers occasionnent des symptômes capables d’alarme. Je me rappelle qu’on amena à l’hôpital , vers la hn de jl’élé, un soldat incommodé d’une de ces ;fièvres avec des douleurs extraordinaires dans l’estomac et les intestins , qui n’avaient point cédé aux évacuations ordiinaires. Les muscles du visag^* étaient convulsifs, et il ne pouvait pas se tenir iune minute dans la même position; je ne jpensai pas d’abord aux vers ; mais un ijour ou deux après , le malade en ayant jévacué un par les selles , je lui fis prendre de la poudre ci-dessus mentionnée , iqui, à la première ou à la seconde prise, !fit sortir plusieurs de ces vers. Les sympjlômes extraordinaires cessèrent alors , et bientôt après il se rétablit, t Je terminerai ce sujet par l’extrait .[d’une lettre du docteur de Monchy, de ‘Rotterdam, qui, pendant que j’étais à l’armée , était médecin des troupes hollandaises qui faisaient alors partie de l’armée des alliés. Ce savant ayant lu les jpremières éditions de cet ouvrage, y fit jquelques remarques, et entre autres celiles qui suivent, sur ces fièvres d’automne rémittentes et intermittentes, qu’il apipelle bilieuses. Elles m’ont été d'autant plus agréables, qu’il a eu non-seulement les mêmes occasions que moi de voir ces maladies dans le camp , mais aussi en pratiquant avant et après la guerre dans !son propre pays, où elles sont plus nombreuses et plus fâcheuses qu’en Angleterre, et dans lesquelles on ne faisait point alors usage du quinquina. Yoici ses paroles :

Si ceierœ observationes meæ à luis parum vel nihil differuntj niü forte

quod venam secandi (raro saliem) non tantani in febribus biliosis necessitalcm invenerim ; inio naiuram imitando , preecedenie emetico, sitbinde vomitum cxcitando {prout. ma^is minusve ad superiora materia tur^eret ) et leveni^ sed p^r dies aliquot protractam diarrhœarn eccoproticis ejficiendo ^ féliciter, sine iilla alia noiahili crilica evacuatione , centenos curavtrim, et adliuc quotannis , tempore autumnali , optimo cum successu et brevi curem. — Quoad icnipus vomitorio ulendi , Boerhaavium aliosque praclicos secuius sum , dando illud tribus vel quatuor horis ante paroxysmum , in ea conlinuo permanens opinione, quod major tune sic matericB morbosœ accumulatio et activitas ; et postea major siibactio, et facilior per urinam evacuatio. Simplex hæc fuit mea semper methodus curandi febres biliosas cum oris amaritie , nauseâ, vomilu , etc. , dum œgri adhuc in primo initio niorbi versabantur. Quantocius in conünuis , vel parum tantum rerniiientibus , œque tempore vespertino quant matutino prœscribcbam vomitorium expulvere ipecacuanhee scrupulis ij et tartari emeiici granis ij. Et slatim hora post hujus remedii finitam operationem, ut purgans, cremorem tartari ad unciamj. Ex lacté ebutyralo assumèrent œgri sedulo curabam. Hæc postera die , si eadem fomitis adessent signa in primis viis , imo et tei tio die interabam. Si verofebrem, ut et pleraque ejus symptomata imminuta videbam, alvum tantum laxam servare C0“ nabar sirnplici decoclo hordei et tamarindorum cum nitro.

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