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OBSERVATIONS SUR LA DYSENTERIE DES CAMPS

J’ai divisé les maladies d’automne des camps, en fièvres et en flux de ventre (3). Ayant traité amplement des fièvres, je passe maintenant aux flux de

(1) Part. III, cbap. iv, § 2.

(2) Depuis ce lempsi, quand j’ai soupçonné qu’il y avait des obstructions dan» les viscères, j’ai donné, dans les fiévre£ inlermiUentes irrégulières , la mixture suivanle, pendant quelque temps , et je lui ai toujours vu faire un bon effet. Elle diffère fort peu de celle qu'on a rapportée plus haut.

Pr. Floriim Chamœmelî une. sem. aqna pnræ bnllientis une. vîij. macéra per horo dimidinm et colatnrœ adrnisce spiritns vin Gallici nnc îj. soL abs'mthii draeh. i. Ven tnr (fuater, quotidie, cochlearia iv.

(5) Part. Il, çliap. i.

SUR LES MÂLABIES DES ARMEES

ventre; mais je me bornerai à l’espèce qu’on appelle dysenterie, parce qu’elle est moins hors des camps, et qu’elle y devient souvent générale et très-funeste.

Je commencerai par en faire une description ; je rapporterai en suite ce qu’on a observé en disséquant des personnes mortes de cette maladie; après quoi j’en rechercherai la nature et la cause, et enfin, je proposerai la méthode qui m’a le mieux réussi en la traitant.

§ !*''■. Description de la dysenterie des camps. — Il paraît au commencement d’une campagne quelques dy- .scnleries ; mais elles ne sont ni si dan- ! gereuses , ni à beaucoup près aussi fréquentes que vers la^bn de l’été, ou au commencement de l’automne. En ce temps-là, elles deviennent épidémiques et contagieuses, dominent environ pendant six semaines ou deux mois, et cessent ensuite. Elles sont toujours trèsnombreuses et plus dangereuses après des , étés excessivement chauds et étouffants, surtout dans les camps fixes, ou lorsque les soldats se couchent tout mouillés après une marche par des temps chauds.

I ■ — Les diagnostiques sûrs et certains de la dysenterie sont, indépendamment des I symptômes fiévreux, un mal d’estomac,

, des vents dans les intestins, des selles pe- I tites, mais fréquentes, d’une matière ; gluante et écumeuse, accompagnées de ténesme et de tranchées. Du sang mêlé avec la matière fécale est un symptôme I ordinaire, mais qui n’est pas inséparable; car plusieurs personnes ont, du moins dans les commencements, toutes les autres marques de la dysenterie, excepté celle-là ; et d’autres ont des selles fî sanguinolentes, sans dysenterie, occa- 1 I sionnées par d’autres causes. Mais coin- : me cette maladie paraît la plupart du It temps accompagnée de sang, on lui a donné, par cette raison, le nom de flux de sang. — On peut regarder ces symptômes comme des signes pathognomoni- ■ ques, et comme tels ils peuvent suffire à ' distinguer cette maladie d’une diarrhée, f 1 d’un flux hémorrhoïdal, ou de tout autre.

' I Sydenham et Willis se servent du terme , dysenterie conformément à cette description , et l’appliquent à tous les cas de ce flux de ventre qui fit beaucoup de ravage à Londres, en 1670, quoique Sydenham dise que quelques-uns de ses malades ne rendirent point de sang (l), et que Wil-

(1) Morb. acut,, sect. zv, cap, m.

lis observe que la plupart des siens n’eurent que des selles aqueuses (I). Ces deux auteurs célèbres ne s’accordent guère dans la description de cette maladie, que sur le nom qu’ils lui donnent. Le savant Morgagni remarque, à propos de ce mal, la propriété de l’application que fait Willis, du mot dysenterie à un flux accompagné des symptômes dont on vient de parler, quoiqu’il n’y eût point de sang; mais il voudrait qu’on l’appelât, pour plus grande clarté , dysente^ ria incruenta (2).

On peut remarquer qu’en bornant ce nom à ces. symptômes, je me suis écarté des anciens. On me trouvera peut-être en cela d’autant plus blâmable qu’en une autre occasion j’ai reproché à quelques auteurs la même liberté (3).

Mais dans le cas de la passion iliaque, à quoi je fais allusion, Sydenham avait fait des changements sans aucune sorte de nécessité, et donné des noms différents à deux périodes de la même maladie ; au lieu qu’ici les anciens se sont servi d’un terme, ou dans un sens si étendu, qu’il renferme plusieurs maladies d’une espèce différente , ou dans une acception si bornée qu'il ne peut comprendre toutes les variétés de la même maladie. Ces raisons m'ont forcé à les abandonner, et à suivre la définition de ceux qui ont traité avec plus d’exactitude de cette maladie des intestins. — Aussi le terme dysenterie signifiant, en grec, une affection des intestins en général, Hippocrate s’en sert-il non-seulement pour signifier toutes les exulcérations des intestins, mais encore toutes les hémorrhagies de ces parties, celles même qui sont critiques et salutaires, et pareillement toute espèce de flux sans sang ou avec du sang (4). Il paraît cependant qu’après lui

(1) Pbarm. rat-, sect. ni, cap. iii.

(2) De sedib. et caus. morb., ep. xxxi, § 11 cl 15.

(5) Part. III, cbap. ii, § G.

(4) Dysenteria est exulceratio intestînorum... alii vero , inter quos ipse Hippocrates est, dysenleriam inlcrdum appellant non ipsam modo exulcerationem inteslinorum, verum omnem etiam cruoris, per intestina vacuationem Gorrœus in voce (^vosvrsple. f’jus etiam dysenleriæ quæ plerumque morbos plurimos salufariter ac judicatorie solvit, meminisse videtur Hippocrates (Prorrb. 2.) ^vasvrspïrjv etiam pro quavis alvi pro flu-

il y eut -quelques auteurs grecs, dont nous avons perdu les ouvrages, qui, s’apercevant de ce défaut de précision, bornèrent la signification de ce terme à une ulcération des intestins, accompagnée de tranchées , de ténesme et de selles sanguinolentes avec des mucosités. Cclse donne le nom de Tormina à cette maladie, et dit que c’est la dysenterie des Grecs (1), et Cœlius Aurelianus (2) retient le nom grec, et décrit la dysenterie à peu près de la même manière queCelse. — Cependant Galien revient à l’acception étendue de ce mot, en définissant la dysenterie une exulcération des intestins, et en faisant mention d’autres fois de quatre espèces de cette maladie, toutes avec des selles sanguinolentes, dont une seule s’accorde avec les Tormina de Celse ou la dysenterie des modernes (3). Supposant que les autres Grecs suivaient Galien sur cet article, je n’ai consulté qu’Aretæus, qui, bornant d’après Archigènes ce terme à une ulcération des intestins, rend raison de tous les symptômes suivant la manière dont est affecté tel intestin particulier, et les circonstances de l’ulcère, qui peut occasionner une hémorrhagie funeste (4), s’il est profond et qu’il corrode quelque gros vaisseau sanguin.

Il paraît par là que ce terme dysenterie ne présente, dans Hippocrate et Galien, aucune notion précise d’une maladie, et qu’à moins que les symptômes que j’ai appelés pathognomoniques ne soient toujours joints à une ulcération des intestins, ce qui n’arrive pas toujours, on doit regarder la dysenterie de Celse, d’Aretæus et de Cœlius Aurelianus, comme une maladie différente de celle dont je traite actuellement. Ce n’est pas que les intestins ne soient sujets à s’ulcérer dans la vraie dysenterie , mais celle exulcéralion est accidentelle et nullement essentielle à la maladie. Morgagni observe (5) que les intestins sont quelquefois

vio capere videtur. Ilippocratis (Lib. ir, epidem.) Fœsii œconom. Ilippocr. in voce ^vucvrôpiYi.

(1) De med., lib. iv, cap. xv.

(2) De morb. chron. , lib. iv, cap. vi. (5) De causis symptom., lib. iii... De

Loc. affect., lib. ii.

(4) De causis et sign. Di ut. morb., lib. Il, cap. IX.

(5) De sedib. et çaus, morb.; epist.

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