‹ Observations sur les maladies des armées dans les camps et dans les garnisonsChapitre 23 sur 117 · XXXI · texte numérisé non relu

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ulcérés dans celte maladie, et que d’autres fois ils ne le sont pas; et dans un autre (1) endroit, il remarque que l’exulcération n’arrive que dans l’état plus avancé de cette maladie. Bien plus, en comparant les dissections de cet habile anatomiste avec celles qu’a rassemblées Bonnet, celles du docteur Cleghorn (2), et les miennes, on trouvera plus d’exemples où les intestins étaient sains à cet égard, que de ceux où ils ne l’étaient pas. — L’opinion, touchant l’ulcération constante des intestins, continua jusqu’à ce que Sydenham et Willis eussent con- , sidéré la dysenterie comme une maladie indépendante d’aucun ulcère; et il paraît que c’est d’après leur autorité que les médecins ont abandonne l’ancien système. La relation de Sydenham est en tout si juste que, croyant inutile une énumération plus ample des symptômes, , je renverrai le lecteur à cet habile médecin, me bornant à un petit nombre d’observations, qui prouvent quelques points qu’il a laissés douteux, et en ajoutant I quelques autres, qui rendent plus complète l’histoire de cette maladie. — • Sydenham a fait si peu de recherches sur la nature d’aucune espèce de dysenterie,si l’on excepte celle dont il donne luimême la description, qu’il doute s’il ne peut pas y avoir autant d’espèces de celte maladie que de la petite vérole et des autres épidémies qui , suivant lui, varient au point d’exiger un traitement i différent en quelques points particuliers (3).

Sydenham, persuadé que la nature ma- nifestait le plus sa sagesse par sa variété, j s’est vu amené par là à celte opinion de la vérité des maladies épidémiques, quoiqu’elles parussent sous une même forme.

« Nous ne devons point être surpris, dit- » il, de ces jeuxdelanature, puisqu’il est » universellement reconnu que plus nous » pénétrons dans ses ouvrages, et plus )) nous y remarquons l’immense diver- » sité de ses opérations et de son méca-

(1) Quelque part dans la même lettre.

(2) Observations on llie epidemical 1 diseases of Minorca, cli. v.

(3) Ciini (ieri quidem possit, ut variœ nascantur dysenteriarum species, ut sunt variolarum , et epidemicorum aliorum, diversis constitnlionibus propriæ, et quæ proinde medendi methodum in aliquibus diversam sibi suo jure vindicant. (De morb. açut., geçt. IV; cap. iii.)

SüR LÏS MALADIES DES ARMEES.

! » tiisme presque divin, qui surpassent » de beaucoup notre intelligence. Ainsi, )) tous ceux qui entreprennent de com- 3) prendre toutes ces matières, et de sui- 33 vre à la piste la nature dans la multi- )) tude immense de ses opérations, ne ' 33 peuvent manquer d’échouer (1). » — Mais la nature manifesle-t-elle plus sa sagesse par la perplexité où elle jette les hommes en variant toutes les saisons, les maladies, qu’en nous les présentant de nouveau, afin de nous instruire de leur nature et de leur traitement? Nous trouvons, il est vrai, au commencement de I nos recherches, beaucoup de variété et d’obscurité ; mais à mesure que nous pénétrons plus avant dans la nature, nous trouvons tant d’analogie dans ses ouvrages, que nous sommes forcés de reconî naître et de respecter sa simplicité. — i Pour ne point m'écarter de mon objet, j’ose assurer que 'toutes les dysenteries épidémiques que j’ai vues à l’armée , étaient de la même nature. Le docteur ,Hucket d’autres médecins, employés depuis la première guerr^ non-seulement en AUemagne, mais à Minorque, en Améirique et aux Indes occidentales , m’ont i assuré que cette maladie paraissait dans des pays et des climats si différents, avec les mêmes symptômes, quoique plus ou moins violents, suivant la chaleur, et que dans tous ces pays elle cédait aux mêmes remèdes dont on avait remarqué auparavant le plus de succès dans les I hôpitaux militaires. J’ajoute qu’en Ecosse et ici, toutes les fois que j’ai euocca- ’sion de traiter ces flux, je ne me suis jamais aperçu qu’ils exigeassent une méîthode différente. Je ne vois pas non plus i que Degner ait eu raison de considérer le flux qu’il décrit, comme d'une autre espèce, qui peut se distinguer parsa nature contagieuse et bilieuse (2). En effet, je n’ai

(1) Neque est, cur hos naturæ lusus bac in re tantopere demiremur, cum in confesso apud omnes sit, quod quo profundius in quæcumque naturæ opéra penetremus , eo luculentius affulgeat iiigens ilia varietas, et divinum pene arlificium operationum ejus, quæ captuni nostrum longissime superant. Adeo quisquis ille fuerit , qui in se receperit hæc omnia mente adsequi, et multifarias naluræ operationes xara’ y.oâcc'ç indagare, causis excidet.

(2) Ilist. mediç. de dysent.; çap, i,

jamais vu de dysenterie épidémique en été ou en automne, saisons où les premières voies sont très-sujçttes à se déranger, et je n’ai jamais vu un certain nombre de personnes attaquées de cette maladie, sans apprendre que plusieurs se plaignaient de mal d’estomac et de vomissements de bile. A l’égard de la violence des symptômes rapportés par cet auteur, j’avoue qu'elle l’emporte sur tout ce que j’en ai jamais vu au commencement de l’attaque. Mais lorsqu’un grand nombre de nos soldats, avec des cas même très-favorables, se sont trouvés, pour ainsi dire, entassés dans les hôpitaux d’armée, la dysenterie parut alors avec la même virulence qu’à Nimègue.

Sydenham observe « qu’il en est de 3) la dysenterie comme de toutes les raa- 33 ladies épidémiques qui paraissent dans 33 le commencemeut d’une nature plus 33 subtile que dans leur état avancé. En 33 effet, plus elle continue, et plus elle 33 devient humorale. Par exemple , le 33 premier automne, plusieurs n’avaient >3 point du tout de selles \ mais à l’égard 33 de la vivacité des tranchées, de la vio- 33 lence de la fièvre, de l’abattement su- 33 bit des forces et des autres symptômes, >3 elle surpassait de beaucoup les dysen- 33 teries des années suivantes (l). 33 Nous avons ici, à ce qu’il paraît, une espèce de dysenterie bien différente de la commune. Aucun auteur n’a fait, autant que je le puis savoir, avant et après Sydenham, une pareille observation. Mais indépendamment de cela, il faut remarquer que, quoique nous approuvions qu’il considère la dysenterie comme une maladie où les selles peuvent être sanglantes ou non, cependant nous ne pouvons le justifier, lorsqu’il donne le nom de dysenterie à une maladie ou il n’y a point du tout de selles.

S’il y a ici quelque méprise , elle est de peu de conséquence , quoique je n’en puisse dire autant de l’observation par où Sydenham termine son sujet. Il prétend « que, quoiqu’on ne puisse se dis- 33 penser de saigner et de purger avant » de donner le laudanum , dans les an- 33 nées où la dysenterie était épidémique, 33 que cependant dans tout autre état de 33 l’air, où il y avait moins de disposition 33 à produire cette maladie, on pouvait 33 omettre avec sûreté ces évacuations,

(1) Yid. loço cit.

î) et compléter la cure par une méthotle )> plus courte , c’est-à-dire par le lauda- )) num seul (1) ». — Je ne puis m’empecher d’être ici d’un avis contraire; car, quoiqu’on ne puisse douter, d’après l’autorité de Sydenham, qu’on n’ait guéri de cette manière quelques dysenteries légères, cependant j’ai vu cette méthode suivie de si mauvais effets, à l’armée et ailleurs, que j’ose dire qu’on ne doit jamais traiter aucun cas de la dysenterie avec le laudanum, avant que d’avoir parfaitement dégagé les premières voies.

— La dysenterie commence quelquefois, suivant l’observation de Sydenham, par un froid suivi de chaleur, mais plus souvent par des tranchées, sans aucune sensation de fièvre. Celte dernière partie n’est peut-être pas vraie à la rigueur ; car, quoique le malade ne fasse aucune mention des symptômes fiévreux, cependant, en examinant les choses de près, on trouvera que les vicissitudes de chaud et de froid, la lassitude, la perle de l’appétit et autres affections fiévreuses, ont précédé plus ou moins cette maladie. La dysenterie paraît souvent dans le commencement une fièvre d’automne. En effet , le malade a de la fièvre , avec un dérangement d’estomac et d’intestins , deux ou trois jours avant la diarrhée ; mais ensuite les symptômes fiévreux cèdent d’une manière sensible. D’autres fois la fatigue et le froid , dans la saison de la dysenterie, donnent soudain le flux, mais rarement sans peu de fièvre. La diminution sensible de la fièvre , lorsque le flux commence à paraître, paraît justifier l’expression de Sydenham, qui appelle la dysenterie « la fièvre de la saison » qui se jette sur les intestins (2) ». — Le malade est sujet à une fièvre lente et plus dangereuse , indépendamment de celle qui précède. J’ai remarqué, la plupart du temps, qu’elle était causée parce qu’on avait négligé cette maladie dans les commencement, et parce qu’on avait donné des opiats , ou d’autres astrin-

(1) .... Quùd tametsi in bis annis, quibus dysenleriæ adeo epidemicc grassarentur , evacuationcs prius memoratæ prorsus necessariæ eranl, antequain ad usum laudani deventum fuisset, altamen in constitulione quavis huic morbo minus favenii, istæ lulo omiui possunt , ac curalio compendiosori via, solo nempe usu laudani, absolvi eo, quem diximus, modo. Loc. cit.

(2) Loç. çit.

gents, avant les évacuations convenables.' J’ai vu quelquefois , quoique rarement, la même espèce de fièvre accompagner le flux depuis le commenement, et aboutir à la mort, sans avoir pu découvrir qu’on se fut trompé dans le régime ou dans les remèdes.

Quoique la fièvre d’hôpital ou de prison ne soit pas essentielle à la dysenterie des armées, cependant elle l’accompagne souvent et elle est très -funeste. Celte fièvre infecte en tout temps les salies des hôpitaux, oïl beaucoup de personnes sont pressées les unes sur les autres dans un air mal sain , mais jamais tant que lorsque ces personnes sont attaquées d’une maladie putride. Cette fièvre combinée avec le flux de sang est communément mortelle. — Les selles sont ordinairement d’abord copieuses , et les excréments formés ; mais le jour suivant , ou bientôt après, elles deviennent petites , aqueuses et visqueuse.s, et sont accompagnées de tranchées et de ténesme. Depuis ce temps, jusqu’à ce que la maladie prenne une tournai^ favorable , rarement voit -on la matière fécale dans son état naturel , à moins qu’une purgation, venant à opérer avec vivacité, ne l’emporte; les tranchées sont alors moins vives, le malade va moins souvent à la selle, et il a moins de ténesme. — Sydenham aurait bien dû parler d’une humeur aqueuse qui, indépendamment de la mucosité dans les selles , est toujours mêlée avec l’humeur visqueuse. Cette sérosité est peut-être une cause de l’irritation, et vient de quelqu’une des parties plus élevées des intestins, au lieu que la mucosité est la plupart du temps exprimée du rectum. — Des raies de sang indiquent l’ouverture de quelques petits vaisseaux à l’extrémité du rectum; mais un mélange plus intime prouve que le sang vient d’une source plus élevée.

Celte hémorrhagie qui alarme le plus est cependant le symptôme le moins à craindre. Car, quand même cette évacuation serait constante, la quantité de sang qu’on perd dans le cours de la maladie, excepté dans un petit nombre de cas, est de peu de conséquence. Morgagni observe que la plus grande partie du sang vient des intestins, sans aucune rupture des vaisseaux sanguins, et seulement par leur grande dilatation. Ce sentiment s’accorde très -bien avec ce que j’ai remarqué dans les intestins à l’ouverture des corps. — Il ne faut pas s’alarmer non plus de la perte d’une aussi

grande quantité d’humeur 'séreuse , qui n’est pas à beaucoup près si grande que dans une diarrhée ordinaire. La fréquence des mouvements a donné une fausse indication pour l’usage prématuré des astringents , tandis que, dans le fait, le passage des intestins est déjà si fort bouché, que la partie la plus essentielle et la plus difficile de la cure est de le rétablir et de le conserver.

On remarque moins communément dans les selles quelques autres substances, dont ne parle point Sydenham ; sa- , voir : des vers ronds , de petites boules d’excréments durcis et quelques corps encore plus petits, de la couleur et de la consistance du suif. — On ne doit jamais regarder les vers comme la cause du I flux , mais ils concourent , avec d'autres causes, à le rendre plus dangereux. Les : efforts qu’ils font pour sortir , dans cet état des intestins, augmentent l’irrita- I lion. Je les ai vus quelquefois s’ouvrir I un passage par la bouche. — Les petites 1 boules de matière fécale durcies sortent en quelque temps que ce soit de la maladie ; mais je les ai remarquées princi- ! paiement dans son état avance , et lorsque je soupçonnais qu’on avait trop-longj temps négligé les purgations. Une pur- I gation forte les emporte,etcominunément ! le ténesme et tous les autres symptômes ts’en vont. Ces scyhala sont si ronds et d’un tissu si ferme, qu’ils ont été formés, à ce qu’il paraît, dans les cellules du j colon, et qu’ils y ont séjourné depuis le I commencement de la maladie. On ne (peut guère supposer en effet que ces boules aient acquis depuis cette figure et cette consistance, pendant une irritation ! continuelle des intestins et la diète rigoureuse à laquelle on assujettit les malades. — A l'égard des substances blanches que j’ai comparées à du suif, je ne jsais point si elles ne sont pas les mêmes i qu'Hippocrate appelle Zapxsç, des chairs',

\ mais Arétée et Cœlius Aurelianus en font juue description claire, et des écrivains postérieurs en ont parlé sous le nom de corpora pi/iguia, quoiqu’ils ne soient pas d’accord ensemble. Quoique je les eusse vus souvent, j’avais cependant toujours luégligé de les examiner, jusqu’en 1762. Le docteur Hucket moi, visitant pendant l’automne de cette année un marchand de celte ville attaqué de la idysenterie, qui rendait de telles subslanices, nous en conservâmes une que nous I considérâmes à loisir, Nous trouvâmes quç ce n’élàit qu’un morceau de fromagej

quoique le malade nous assurât dans la suite qu’il n’en avait pas mangé depuis le commencement de sa maladie, c’est-àdire depuis quinze jours. Soit que ce fromage fût un composé de particules plus petites, qui avaient passé de l’estomac dans le colon avant sa maladie, ou soit qu’il fût formé par le lait dont il avait toujours fait usage, et qui pouvait s’être caillé dans son estomac , c’est ce que nous ne pûmes déterminer; mais nous fûmes pleinement convaincus tous les deux, que, de quelque manière que fût produite cette substance, elle devait être de la même nature que tous ces corpora pinguia que nous avions vus si souvent dans la dysenterie.

A l’égard de l’abrasion de la membrane villeuse , et des autres substances qu’on dit avoir remarquées dans les selles, je ifen puis rien dire, ne les ayant jamais vues. Je ne les révoque pas cependant en doute, puisque d’autres auteurs (1) en font si souvent mention.

Une recherche aussi dégoûtante, et même aussi dangereuse, me paraît une excuse suffisante pour ne l'avoir pas poussée plus loin. — ^"Les selles ont pendant toute la maladie une certaine odeur différente de celle des excréments ordinaires. Elle est faible dans les commencements et peu désagréable ; mais vers la lin, quand les intestins commencent à se mortifier , la puanteur devient cadavéreuse et insupportable. C’est le temps où elles sont probablement le plus infectes. J’ai remarqué autre part que dans l’état naturel l’odeur fétide de la matière fécale vient d’un mélange de matière putride avec un acide, et que celte combinaison donne à la matière fécale une odeur particulière, plus forte qu'elle ne l’aurait sans cela , et la rend moins sujette à répandre l’infection (2). Mais, dans cette maladie, on dirait que les spasmes empêchent l’acide, qui s’engendre dans restomac et les intestins

(1) Hœc sunt ramenla dicta

Hippocrali, quæ merilo damnavit. .. Teslalur Galenus se multos vidisse, et sæpe, quibus, cum morbisgravibus et diuturnis confliclatis , maxima intestinorum pars sic corrumpebatur , ut cumpleribus in locis Iota inlerior tuiiica essel desirucla, imprimis in morbis dysenlericis. (Van Swiet., Comm. in aplior. Boer. , § 721.)

(2) Mémoires sur les substances septiques et anti-septiques. (Mém. vjj, expér.XLiii.)

grêles, de passer dans les gros intestins, et que la matière fécale est par là privée de ce qui peut la corriger. — Les vents sont un autre symptôme qu’omet Sydenham. Ils proviennent en partie des aliments, qui, dans ce dérangement de l’estomac, fermentent trop fort et engendrent cet air et un acide, comme il paraît par les expériences jointes à cet ouvrage (1). Ils peuvent venir aussi du sang et des autres humeurs qui croupissent et se putréfient dans les gros intestins ; car toutes les substances animales et végétales donnent, comme on le sait, beaucoup d’air, quand elles se putréfient. D’ailleurs la masse du sang ayant acquis une disposition plus que naturelle à la putréfaction, eu absorbant la matière corrompue des intestins, peut être plus disposée par cette cause à se séparer de l’air qu’elle contient , et à le jeter sur les premières voies. Quoi qu’il en soit, il est clair que l’air, qui abonde en ce tempslà dans les premières voies, occasionne souvent un sentiment d’oppression , ou augmente les tranchées suivant le lieu où il est rassemblé, soit que ce soit l’estomac, les intestins grêles ou les gros, et à proportion des spasmes qui le tiennent emprisonné. J’ai vu plus d’une tympanite ou distension immodérée du colon par l’air, occasionnée par l'usage prématuré des opiats et des astringents dans la dysenterie. Les selles sont de bonne heure éciimeuses comme l’écume de bière ; mais ce n’est que de la mucosité dans son état naturel mêlée avec de l’air, au sortir des glandes. Car en piquant la tunique interne des intestins d’un animal vivant , comme Ta éprouvé M. de Haller , cette sorte de matière écumeuse s’exprime des orifices de tous les vaisseaux excrétoires qui environnent la partie irritée (2).

Il serait utile de savoir quel intestin est en particulier affecté, lorsque les tranchées se font sentir avec plus de vivacité : mais on ne peut rien assurer quand on vient à considérer combien le mouvement péristaltique peut faire changer de place aux intestins (3), combien leur situation peut varier chez différentes personnes, et combien il est aisé de confondre la douleur du colon avec celle des intestins grêles qui l’environnent. En

(1) Mém, sur les subst., etc., v et vi,

(2) Opéra minora, pag. 394 et seq.

(5) Ibid., page 301 et suiv.

général , rîrrîtatîon de l’estomac et des intestins plus élevés, est moins accompagnée de tranchées que d’indisposition.

Aussi quand les tranchées sont les plus aiguës, il est probable que le spasme est dans les intestins intérieurs. Lorsque la douleur se fait sentir vers le milieu du i ventre, nous pouvons présumer que le | spasme est dans les intestins grêles, mais î nous ne pouvons rien assurer, puisqu’on a trouvé chez quelques sujets le pli supérieur du colon aussi bas que la région ombilicale. On peut attribuer au colon les douleurs aux côtés , dans le dos et la région des reins ; mais si les douleurs se font sentir vers l’o5 sacrum , nous pouvons alors soupçonner que la partie supérieure du rectum est affectée. Car, la douleur provenant de l’irritation de cet intestin peut se rapporter également au dos et à la partie inférieure du ventre , comme une pierre qui descend de l’urètre se fait sentir derrière aussi bien que devant. Quand l’extrémité inférieure du rectum est irritée , il paraît que le : spasme produit alors moins de douleur qu’un violent effort , qui tire et réunit les muscles de celte partie, aussi bien que les autres dont l’action est d’évacuer la matière fécale. — Les selles sont toujours précédées par des tranchées vives, et suivies d’un peu de répit j mais i les mouvements étant si fréquents , le malade n’a pas de soulagement considérable , à moins qu’on ne détourne les spasmes par des opiats, en fomentant le ventre, en excitant une sueur, en évacuant par une purgation la matière âcre et irritante. Quand les intestins commencent à se mortifier, quoique le ma-jj lade ne puisse reposer, il sent peu de douleur ou de ténesme ; j’en ai meme connu qui n’éprouvèrent point ces dernier.s symptômes , non- seulement quelques heures , mais quelques jours avant leur mort. Ils avaient alors quelque peu de délire; j’en ai cependant vu plusieurs qui conservèrent leur raison jusqu’au dernier moment.

On peut remarquer que Sydenham ne parle du ténesme que lorsque le malade est en convalescence, quoique ce soit un des premiers symptômes qui carac^.érise la dysenterie. Ce n’est cependant point une omission de cet excellent auteur.

Car ce que d’autres entendent par ténesme, et ce que j’ai voulu dire par ce terme, en traitant des symptômes pathognomoniques, Sydenham l’exprime par ces mots ; inUstinorum depressio cum dolo-

f/’e ; et par ceux ci : jnolestisshnus viscerum omnium quasi descensus. A strictement parler, on ne peut admettre l’observation qu’il fait, que les intestins sont aft’cctés successivement de haut en bas, ijusqu’à ce qu’à la fin la maladie soit portée au rectum , où elle aboutit à un ténesme. En effet, quoique le rectum soit en général la dernière partie qui se rétablit, et que le colon soit plus long-temps iffecté que les intestins grêles, cependant je n’ai point remarqué la progresîion décrite par Sydenham. Dès le commencement de la maladie, le corps entier des intestins est affecté à la fois , et le ■énesme est de très -bonne heure aussi violent que dans tout autre temps de la maladie. Il paraît que le ténesme canse , quelquefois la mort par son obstination; dar l’irritation constante mortifie à la dn le rectum. Dans les corps que j’ai disséqués , j’ai remarqué que les apparences ,1e la gangrène étaient toujours plus grandes, à mesure qu’elle approchait de l’exrémité du réctum.

Sydenham observe que le ténesme qui jubsiste à la fin du flux ne doit point l’attribuer à une ulcération du rectum, luiivant lui, « à mesure que les intestins : recouvrent leur ton, ils déposent le I reste de la matière morbifique dans ' { cet intestin, qui, étant continuellement ' I irrité par celte matière, vide à chaque ' selle une partie de la mucosité qui cou- ^ i vre naturellement les intestins. » Mais

• jie paraît-il pas plus naturel d’attribuer ce [este de ténesme à l’ulcération d’une par-

^ lie qui a été fort enflammée et excoriée

• ans le cours de la maladie, et dont l’ir- ‘ ilation constante l’empêche de se rétaf I lir? Ajoutez à cela l’observation si sout ent faite, que le ténesme disparaît lors- [ ue le malade vient à évacuer des excré- ' lenls durcis, tels que ceux dont on a

arlé plus haut, qui sont la principale 5 ause de l’irritation. Morg.agni soutient

• ue le ténesme qui succède à la dysen-

• erie est quelquefois occasionné par un Icère ; mais il n’en rapporte qu'un seul

: xemple qu’il a vu à l’ouverture des iorps. — Sydenham ne fait menlion ni : e la chute du fondement, ni de la supf ression de l’urine, que j’ai vues arriver s; ans les cas fâcheux delà dysenterie. Le if remier symptôme vient de la violence ^ es épreintes, et l’autre de l’inflamma- ; on qui s’étend depuis le rectum jusu’au col de la ve>sie. — Sydenham ne 'i lit aucune attention à la contagion de } ’elte maladie. Willis dit expressément

Pringle^

que celle dont il donne la description, et qui était la même que celle de Sydenham, n’était point contagieuse. Tout ce qu’on peut inférer, c’est que la dysenterie qu’ils ont examinée était d’une nature plus douce qu’on ne le voit communément quand elle devient générale, oa que celle circonstance leur a échappé.

11 est vrai que ce mal ne se communique pas aussi aisément que la plupart des autres maladies contagieuses. Mais, quand elle a été épidémique , je l’ai toujours vue quelque peu contagieuse, surtout dans les hôpitaux militaires et dans les maisons des pauvres , qui n’ont pas les moyens de se tenir propres. — La durée et l’issue de la dysenterie sont incertaines. Elles dépendent beaucoup des remèdes, du bon air, des soins qu’oii prend du malade et de ceux qu’il prend lui-même. S’il ne manque de rien et que ce flux soit récent, on le guérit en général. Mais ces circonstances favorables ne se rencontrent que parmi les officiers.

Ce cas se trouve bien différent parmi les simples soldats ; ils n’ont recours au médecin que fort tard. Dans le camp, ils sont exposés au froid ; à l’hôpitai, à un air infect, ce qui est encore plus fâcheux.

Les signes d’une dysenterie dangegereuse sont, lorsque la première purgation et le premier vomitif n’apportent aucun soulagement, lorsque la fièvre hectique commence, lorsque le dérangement d’estomac est opiniâtre, quand la contenance s’altère considérablement, quand le pouls s’abat et devient intermittent, enfin quand le malade sent des inquiétudes sans éprouver des tranchées. Dans les commencements, le hoquet est peu dangereux; mais, lorsque la maladie se trouve avancée et le malade fort bas . s’il est obstiné , c’est ordinairement un signe de mortification. La maladie, quand elle est mortelle, finit par un abattement total des forces, un ulcère à la gorge, ou des aphthes et des selles involontaires et cadavéreuses. Quelquefois avant la mort, lorsqu’une dissolution putride fiiit cesser les spasmes, les aliments passent, comme dans une lienterie, dans les intestins, sans être beaucoup altérés. — Dans les cas les plus favorables, les hommes qu’on a envoyés à l’hôpital ne peuvent rendre que peu de service le reste de la campagne, parce qu’il n’y a point de maladie si sujette à retour, si on manque à un certain régime, ou si on s’expose au froid. Ce n’est point que CCS retours s.oient autant de rechutes et

de vraies dysenteries ; mais ce sont des diarrhées avec un plus grand nombre de symptômes dysentériques, qu’on n’en voit communément dans le cours de ventre ordinaire. Celte maladie a beau prendre une tournure favorable, cependant la disposition au flux continue, parce que les intestins sont trop délicats pour soutenir le stimulus naturel de la bile et des autres sécrétions, sans en être irrités. — Telles sont les observations que les oecasions fréquentes que j’ai eues de voir cette maladie sous toutes ses formes m’ont mis à portée d’ajouter à celles de Sydenham.

§ II. Des dissections. — Après avoir fait une description de la dysenterie, je vais rapporter les changements que je remarquai dans les corps de ceux qui en moururent, et qui furent ouverts. Cela fait une partie de l’histoire de cette maladie, qu’ont omise Sydenham etDegner.

I. Pendant l’automne de 1744, un soldat, qui avait été incommodé environ trois semaines d’un flux de sang, fut envoyé de Tournay, avec d’autres malades, à l’hôpital de Bruxelles. Il avait un pouls faible, les forces abattues, des tranchées et un ténesme continuel , les selles de couleur ichorcuse : changement qui vient souvent de la corruption du sang. Le troisième jour après son arrivée, les douleurs diminuèrent, son pouls tomba, les extrémités devinrent froides, un délire léger succéda , et le quatrième jour il mourut. — Je trouvai à l’ouverture du corps les gros intestins noirs et putrides , les membranes prodigieusement épaisses (marque d’une inflammation précédente ) et fort ulcérées en dedans, surtout dans le rectum et à la partie inférieure du colon, où la membrane villeuse était tout-k-fait emportée, ou changée en une substance gluante et putride, d’une couleur verdâtre. Le cæcum et son appendice se trouvaient moins corrompus ; les intestins grêles eU’estomac n’étaient ni mortifiés ni décolorés, mais seulement tendus et enflés par l’air qui y était renfermé. La graisse de l’épiploon était pareillement verdâtre. Mais ni le foie, ni la rate ne paraissaient gâtés ; la bile seulement se trouvait épaisse, visqueuse et d’une couleur brune. La partie de la veine cave qui est sur les vertèbres des lombes était extrêmement tendre. Les poumons adhéraient un peu au côté gauche, mais étaient d’ailleurs fort sains. On trouva le sang caillé dans le ventricule droit ; mais, dans les vaisseaux plus grands , le sang

était plus fluide et d’une couleur noirâtre.

II. Environ dans le même temps, un soldat d’artillerie, après avoir été guéri d’un cours de ventre ordinaire, fut attaqué de la dysenterie pour avoir bu, étant en marche et ayant fort chaud, une grande quantité d’eau. Trois jours après, on l’amena à l’hôpital fort malade, et, outre les symptômes ordinaires, il se plaignai des hémorrhoïdes et de la gravelle. Ce'; homme ne pouvait point se tenircouché mais il se soutenait continuellement sui ses genoux et sur ses mains , appuyan sa tête sur le traversin, jusqu’à ce qu’i mourut, ce qui arriva trois ou quatn jours après qu’il eut été admis à l’hôpital — Je remarquai, à l’ouverture de l’ab domen, que la plus grande partie de l’é piploon se trouvait du côté gauche, des sous les intestins grêles, et qu’il étai grand et plein de graisse. Le foie étai petit et sain; mais la vésicule du fie était d’une grandeur extraordinaire € pleine de bile de couleur brune, parti fluide, partie caillée. Je n’aperçus au cune obstruction dans les vaisseaux bi liaircs ; le pancréas se trouvait dans so état naturel. La rate, quoique d’une fi gure ordinaire, était’ d’un volume pro digieux et guère moins grosse que le foi< Elle pesait trois livres onze onces; ell se trouva d’ailleurs saine , sans aucun dentelure, et ayant seulement du côtédi vaisseaux sanguins une petite protubé rance semblable aux portes du fou Les reins étaient petits et flasques, < leurs bassinets, surtout celui du côi gauche, étaient plus grands qu’à l’ord naire. Ils contenaient aussi bien que vessie, qui était dans un état de putré faction, un peu d'urine, mais ni pier ni gravelle. Le rectum se trouva exce sivement putride ; et, de là, la gangrèi paraissait avoir gagné jusqu’au coloi qui était évidemment mortifié, surto vers l'extrémité. La membrane villeu était en partie consumée ; et ce qui < restait paraissait noirâtre, mou, etse s parait aisément. La membrane vasculai ressemblait à une préparation bien ii jectée avec de la cire rouge. Les lig ments qui resserrent le colon et qui fo ment les cellules étaient à moitié co rompus, et ne tenaient que faiblemen la tunique extérieure. On trouva pare, lement une partie du cæcum mortifij mais le reste, aussi bien que les intestf grêles, étaient d’une contexture plus fif me et seulement enflammés : ces parti!

se trouvèrent pleines d’air, ainsi que W

tomac. Il est étonnant que , malgré ce mauvais état des intestins, il ne s’en ;rouvât aucune partie d’ulcérée. La cavité de la poitrine était extraordinaire lient petite; car la partie convexe du diaphragme s’étendait jusqu’à l’endroit i)ti la troisième côte s’insère dans le iternura. Les poumons se trouvèrent néanmoins sains. Le cœur était grand, et •enfermait dans le ventricule droit du ang caillé, d’une consistance très-ferme, jui n’était pas adhérent aux côtés, mais nêlé parmi les fibres tendineuses des 7alvules semi-lunaires. Les sinus étaient ileins de sang, partie dans un état de i;ongéiation, partie fluide et très-noir.

111. On envoya à l’hôpital, dans la nême saison, un fantassin qu’on croyait ncommodé d’une hydropisie. Son ventre paraissait fort tendu ; mais la tumeur 1 lait plus considérable au - dessus du mmbril. Il se plaignait d’une difficulté le respirer. Il avait les chevilles des lieds un peu enflées ; mais il urinait isément. Il avait les joues vermeilles, t le reste du visage fort pâle. Suivant on rapport, il s’était trouvé incommodé,

; nviron trois semaines auparavant, d’un H ux de sang, qui, ayant été arrêté subii'ement par quelque drogue qu’on lui i vait donnée dans le camp ( je présume lie c’était de l’opium}, son ventre comi nença alors à s’enfler. — Cet homme fut ) iltaqué, bientôt après qu’on l’eut reçu à

I hôpital , d’une fièvre inflammatoire iont il guérit. On lui fit ensuite pren-

Hre de la squille avec les aromatiques pour le guérir de la tympanite ;

{ liais, tandis qu’il usait de ces remèdes, ipin cours de ventre étant survenu tout- 'I t-coup, son ventre s’affaissa tout-à-fait j tn même temps, et il mourut avant la r( liatinée. — On ouvrit le corps environ /ente heures après sa mort; mais, penrliiant cet intervalle, il s’y était engendré ptie nouveau tant d’air, ^ue le ventre

II i était renflé, quoique pas aussi considéi{! iblement qu’auparavant. Il ne se trouva ili joint d’air, et à peine deux cuillerées DI l’eau dans la cavité de l’abdomen ; mais ir ous les intestins étaient fort gonflés, ift xcepté le colon, qui, quoique flasque (i dors, était cependant assez grand pour

nfermer tout l’air qui avait causé la laU (remière tumeur. Les ligaments de cet rtll destin se trouvèrent détruits, ou telle- I lent relâchés, que les divisions des ellules étaient effacées ; mais les intes- ;ns ne parurent nulle part mortifiés ou je iQÛam’més. Le foie était d’une grosseur

extraordinaire ; il s’étendait presque jusqu’au nombril et à la rate, et pesait environ dix livres. Sa substance était molle, et, dans la partie postérieure, près du diaphragme, on trouva un grand abcès. La vésicule du fiel était d une grandeur médiocre et pleine d’une bile fluide et brune. Les poumons étaient sains.

Nous ne trouvâmes point d’eau , ou du moins très-peu dans la poitrine ; mais plus de sérosité qu’à l’ordinaire dans le péricarpe.Le cœur était petit, sans aucun grumeau de sang, ou même sans qu’il y en eût presque une goutte dans les ventricules.

IV. Quelque temps plus tard, dans la même saison, on reçut un soldat dans l’hôpital, environ le vingtième jour d’une fièvre hectique qui vint à la suite d’une dysenterie. Il avait alors le pouls faible, la langue desséchée et les joues vermeilles, quoique fort maigre. Il se plaignait d’une grande faiblesse, de douleurs dans les intestins, d'un cours de ventre et d’efforts pour vomir. Quelques jours après il fut attaqué d’un hoquet et mourut. — Quoiqu’on ouvrît le corps le jour suivant, il exhalait une odeur insupportable. Les intestins paraissaient mortifiés. La membrane extérieure du foie se trouva pareillement putride; dans la substance de ce viscère, on aperçut plusieurs abcès d’une matière purulente et ichoreuse. La rate était aussi corrompue ; mais les reins, le cœur et les poumons parurent sains. — Je fis ces dissections durant la première guerre, et, depuis, il ne s’est présenté aucune occasion de faire des recherches plus amples que dans l’automne’ de l’année 17G2, où la dysenterie fut fréquente à Londres, après un été extraordinairement chaud et sec.

V. Une jeune femme, de 17 ans, tomba malade au commencement d’octobre, avec quelques-uns des symptômes les plus fâcheux de cette maladie. Le pouls était abattu , les forces manquèrent de bonne heure ; les selles étaient continuelles, visqueuses, aqueuses et sanglantes ; toutes les fois que les tranchées lui donnaient du relâche, elle se plaignait de mal d’estomac ; rien ne put la soulager, et elle mourut le onzième jour. Environ quinze jours après, le père, qui avait été fort affecté de la mort de sa fille, et qui, depuis avait eu quelque indisposition , fut attaqué de la même maladie. 11 était dans sa quarante-sixième année, d’un tempérament sanguin et avait aimé les plaisirs. Il avait été sujet à de fréquents retours

de fièvre, excepté depuis trois ou quatre ans avant cette maladie ; mais, depuis ce temps , une dartre ayant paru sur plusieurs parties du corps, il fut délivré de tous ses maux, excepté les boutons elles croûtes occasionnés par cette éruption.

La dysenterie commença par une chaleur et un mal d’estomac, avec des tranchées, un ténesme et un cours de ventre. En un ou deux jours, les selles devinrent fréquentes, visqueuses et sanglantes. Je fus appelé de bonne heure dans celte analadie, et, croyant qu’à l’égard de sa fille on n’avait pas fait les évacuations assez à temps, je commençai par faire tirer une quantité considérable de sang; mais, comme le malade n'en fut point soulagé, que le sang n’était point couenneux , et que son pouls ne fut jamais ni dur ni plein, je ne fis pas recommencer la saignée. — Je ne m’étendrai pas sur un plus grand nombre de particularités ; j’observerai seulement que, quoiqu’on eût essayé différents remèdes, tels que les évacuants, les anti-septiques et les anodins, il n’y en eut aucun qui apportât un soulagement sensible, si l’on en excepte une décoction de serpentaire avec de la thériaque, que je lui fis donner lorsque le pouls commença à s’affaisser et à devenir intermittent. Il mourut vingt jours après qu’on m’eut appelé.

Quelques jours avant sa mort , sa physionomie s’altéra, la fièvre hectique augmenta, et, quoique les tranchées et le ténesme eussent cessé, cependant les selles étaient plus fréquentes, plus aqueuses et plus sanglantes que jamais. Dès le commencement, il eut de la fièvre, des inquiétudes, un mal d’estomac, que tout ce qu’il mangeait ou buvait ne faisait qu’augmenter. Vers la fin de la maladie, il eut le hoquet , il ne put retenir de clystères, et ses selles étaient infectes. Il eut quelquefois un léger délire ; mais on ne peut assurer si ce, symptôme provenait de la fièvre ou des opiats. Le jour après sa mort, M.Hewson, chirurgien et anatomiste, l’ouvrit, le D. Huck et moi présents.

A l’ouverture de l’abdomen, nous trouvâmes la tunique adipeuse d’une épaisseur considérable , malgré la longueur de la maladie. L’estomac et les intestins grêles étaient enflés, d’ailleurs dans un état naturel , excepté à l’extrémité où l’iléon se joint au cæcum. En cet endroit, les tuniques de cet intestin étaient plus épaisses et plus molles qu’elles ne l’auraient dû être ; et, dans l’intérieur, nous remarquâmes cette couleur

luisante, qu'on a regardée comme un signe d’inflammation. — Les gros intestins, depuis le cæcum jusqu’à l’extrémité du rectum, n’étaient point tendus ; le rectum était même plus resserré que dans son état naturel. La couleur à l’extérieur était noir-pourpre, et cette apparence de gangrène allait peu à peu en augmentant depuis le cæcum jusqu’à l’extrémité du rectum. En les ouvrant, ou trouva les tuniques épaisses, le dedans aussi noir que la partie qui est sous le coagulum du sang, et toute la surface plus ou moins couverte de mucosité sanglante et de couleur brune. Le rectum était dans un état plus fâcheux. Il ne paraissait pas que le sang fût venu de la rupture de quelque vaisseau, il y en avait trop peu pour le penser ; mais il était sorti peu à peu par une multitude de petits pores, et avait pénétré dans la>* cavité des intestins. L’odeur de ces parties était extrêmement désagtéable. — A la première vue, la membrane villeusi* paraissait dissoute, et n'être plus que h mucosité dont on vient de parler. Ce pendant, en l’examinant de plus près nous jugeâmes qu’il était plus probablt que celle membrane, quoique endomma :

gée, n’était point séparée dans le cæcun et le colon, quel que fût l’état où elle pu être dans le rectum, qui était trop putri de pour être examiné de près. — M. Hev son ayant nettoyé le sang et la mucosit de l’intérieur du cæcum et du colon < de la partie supérieure du rectum, nous fit remarquer de certaines protubi rances d’une couleur plus légère que reste de la surface. Elles étaient d’m figure tirant sur le rond, à peu près égales en hauteur, qui pouvait être d’env ron une ligne, mais d’une largeur in gale. Nous convînmes tous que nous n’ vions jamais rien vu qui ressemblât d.

vantage à une petite vérole d’une espè ] plate, quand elle est à son plus haut p riode. Ces éruptions étaient en au; I grande quantité sur cette partie des i testinsque les pustules varioleuses sur I peau, lorsqu’elles sont nombreuses. Eli ! en différaient cependant, en ce qu’ell étaient, autant que nous pûmes l’exan ner, d’une consistance ferme et sans a cane cavité. M. Hewson nous dit qi croyait qu’elles liraient leur origine la membrane cellulaire qui est imii diatement au-dessus de la tunique v leuse. Quelques jours auparavant, ayi.

ouvert une personne morte de la mêi:

maladie, il avait trouvé les apparence i

SUR LES MALADIES DES ARMEES. lOl

ipeu près les memes que dans ce sujet, et particulièrement à l’egard de ces lubericules, qu’il avait examinés plus à loisir. Il ajouta qu’il avait conservé une partie du , colon dans de l’esprit-dc-vin, qu’il nous ;la ferait voir une autre fois. On ne trouva Ices tubercules que dans les gros intestins , et nous ne remarquâmes rien de semblable à l’ouverture des intestinsgrêles. JNous tie vîmes nulle part dans les intestins, ni vers, ni scybala, ni matière fécale formée, quoique la garde nous dit qu’un jour avant sa mort il avait évacué quelques îultstances dures et tirant sur le rond. — |Le mésentère était chargé de graisse d’ii- |îe couleur et d’une consistance natureli C3, de même que le mésocolon, jusqu’au brocès appartenant au rectum, qui, de t ous les intestins, se trouva le plus pu- |,ride. La vessie était entièrement resserl'éc ; la partie près de la cavité de l’abilomen se trouva saine; l’autre ne fut pas ixaminée. J’aurais dû faire observer que je malade pouvait retenir son urine jusjju’aii dernier moment , quoiqu’au comnencement de la maladie il se fût plaint tl’une strangurie. On n’examina pas les jeins.

Le foie était sain , non-seulement à l’extérieur, mais encore dans l’intérieur le sa substance. On ne trouva point de |)ile dans la vésicule du fiel, seulement im peu d’air. La rate parut à l’ordinaire. Le pancréas était petit, un peu dur, sans dre squirrlienx ; et M. Hewson douta si |iii ne pouvait pas le regarder comme ijuelque peu gaugréné. Les cartilages des l;ôtos se trouvèrent entièrement ossifiés, pu ne put ouvrir la poitrine qu’avec une 'Cie ; mais, comme nous n’en avions point, nous coupâmes, et nous remanjuâines que les poumous étaient sains. Nous lie trouvâmes point d’eau, ni dans cette iiavité, ni dans l’abdomen, et nous n’aperj i'imes point d’ulcère ou de matière purulente ni dans l’un ni dans l’autre.— Quell|ue temps après, M. Hewson me fit voir :elte partie du colon qu’il avait coupée le l’autre corps', et qu’il avait conservée ilans de l’esprit-de-vin. Il me dit, qu’aulant qu’il pouvait se le rappeler, il l’avait arise de l'extrémité inférieure de l’intes- ,in. Je remarquai aisément la ressemblance de celte préparation avec ce que l’avais vu dans le sujet récent, quoique jcs tubercules fussent dans la prépaiaion en plus grand nombre et plus élel'ées que dans l’autre. Le docteur Hunier, qui était présent, ne se rappela point |V avoir rien vu de pareil ; mais il fut

pleinement assure que la membrane villeuse n’était point séparée, quoiqu’on eût pu remarquer, en ouvrant l’intestin, qu’elle ^vait été emportée en quelques endroits. — Ce sont là les seules dissections que j’ai vues de personnes mortes de la dysenterie. Quoiqu’il se présentât quelque variété dans chaque cas particulier, cependant ils s’accordèrent tous dans l’élat fâcheux des gros intestins. La couleur et l’odeur étaient une preuve de la putréfaction du sang dans ces parties , et les tuniques, qui étaient molles, faisaient voir qu’elles tendaient toutes à la mortification. Dans une gangrène extérieure, nous remarquons ordinairement des vésicules d’air dans la membrane cellulaire. Comme on ne les vit point ici, on peut douter que la mortification des intestins ait été complète sans celte circonstance.

On aurait pu regarder comme une singularité les tubercules qu’on aperçut dans les gros intestins du dernier corps, si l’anatomiste n’en eût point observé de pareils dans celui qu’il avait disséqué auparavant. Je puis supposer avec raison que je les aurais remarqués dans les autres sujets , si je les eus.se examinés plus attentivement. Je penche d’autant plus volontiers pour celle opinion , que je trouve dans deux auteurs des remarques qui tendent à cet objet. Linnæus, en parlant du flux de sang, dit (1) : Dysenteria epidemica scahie.s est intestinoîiim in-ierna , ut palet ex dissectionibiis cadaveruni dysenteria def anctorum. Ce savant auteur ne nous apprend pas suc quel fondement il se sert du mot scabies ; mais j’en conclus qu’il avait vu lui-même ces éruptions, ou que des personnes, sur le témoignage de qui il pouvait compter , lui en avaient parlé. M.

Cleghorn , qui eut à Minorque de fré-^ queutes occasions de voir la dysenterie* épidémique, observe (2) : « qu’à l’ouver- » turc des corps, il trouva les gros intes- » tins ou entièrement mortifiés, ou parw tie enflammés et partie mortifiés ; le w rectum principalement affecté; et en » beaucoup de personnes des tubercules )) squirheux rétrécissant en plusieurs en- » droits la cavité du colon. » Quoique les tubercules que j’ai décrits fussent trop plats pour remarquer qu’ils rétré-

(1) Amœnit. Academ., vol. V, disserl, Lxxxv, pag. 97.

(2) Observations on tbe épidémie, diseases of Minorca.

cissaient la cavité, cependant, dans la partie du colon préparé par M. Hewson, ils étaient peut-être assez considérables pour faire cet effet. — On doit remarquer d’un autre côté que (1) Bonet et (2) Morgagni en font à peine mention. Le silence de ces deux auteurs ne prouve peut-êire pas que ces tubercules n’existcnt pas fréquemment. Dans Bonet, il n’y a que peu de cas de personnes mortes d’une dysenterie épidémique, encore n’tn donne-t-il qu’une description imparfaite , et dans Morgagni il n’y en a aucun de cette espèce. Quoique cet habile anatomiste ait fait, suivant sa manière ordinaire, d’excellentes remarques sur cette maladie , et qu’il ait ajouté quelques dissections qu’il a faites, cependant, comme il paraît que les cas dont il parle sont tous d’une espèce sporadique, il faut les considérer comme quelque peu différents de ceux dont je parle ici. Morgagni nous apprend (3), il est vrai, qu’en général il n’a point ouvert les corps de ceux qui étaient morts de quelque maladie contagieuse.

J’ai dit, dans la description des premières dissections, que la membrane villeuse avait été emportée , et peut-être auraisje fait la même observation dans les dernières, si M. Hewson et le docteur Hunier n’eussent été portés à penser différemment. Ce dernier , à la vue de la préparation ci-dessus, fut d’avis que la membrane villeuse n’avait point été séparée dans cette portion de l’intestin , quoiqu’elle fût peut-être fendue et un peu emportée vers le sommet de quelques-uns des tubercules. Il pensa aussi , d’après la description que nous lui fîmes, M. Hewson et moi , du dernier sujet , que l’abrasion n’avait pas été plus considérable dans ces intestins , que dans la portion de l’intestin qu’il avait sous les yeux.

§ III. Des causes de la dysenterie. — Il paraît que la chaleur et l’humidité de l’air ne sont pas moins les principales causes éloignées et externes de la dysenterie, que des fièvres rémittentes et intermittentes de l’automne (4). Aussi toutes autres circonstances d’ailleurs égales ,

(1) Sepulcrelum, lib. iii, sect. n, Additam, observ. v.

(2) De sed. et causis morb., epist.

;cxxi. Supplem.

(3) Ibid., epist. 49, § 32.

(4} Part. III, çliap, iv, §3.

elle prévaut généralement dans le camp vers la fin de l’été ou en automne, après de grandes chaleurs continuelles (1), qui sont toujours accompagnées , comme on j l’a fait voir ci-dessus , d’une atmosphère chargée de vapeurs. On trouvera ce principe suffisamment vérifié, si l’on compare la relation de la dysenterie qui parut à chaque campagne, avec la description que d’autres auteurs ont faite de la même maladie. Sydenham ne parle point , il est vrai, de la saison, dans l’histoire de la dysenterie épidémique de son temps, parce qu’il part d’un principe faux; savoir : que la constitution morbifique d’une saison n’a aucune sorte de connexion avec les qualités sensibles de l’air. Willis supplée à ce défaut. Il observe qu’il fil extraordinairement chaud pendant l’été de 1G70, qui précéda l’automne oîi celte maladie fut à son plus haut période (2). En 1762, les ehaleurs et la sécheresse de l’été durèrent plus long-temps que je ne me rappelle de les avoir vues en ce pays. Aussi la dysenterie fut-elle si fréquente à Londres , que , quoiqu’à proprement parler on ne pût pas lui don ner le nom d’épidémique, cependant je crois qu’il s’est trouvé en cette saisor plus de personnes attaquées de celle ma ladie que je n’en avais vu pendant le; seize années précédentes. Je ne regarde pas cela cependant comme une règle san; exception. Car la dysenterie épidémique qui fit tant de ravages à IXimègue dan: l’automne de 1736 , vint après un éh dont les chaleurs n’eurent rien d’extraor dinaire ; et les villes voisines n’en furen attaquées qu’en communiquant avec 1;‘<1 place infectée. Quand il est question di la cause éloignée , on entend toujour j que, quelque dominante qu’elle puisst I être, elle ne suffit pas pour produire ui : effet sans la concurrence des causes le i plus immédiates, et que, lorsque cel!es-c \ sont fortes, elles produiront l’effet, indé I pendamment des autres.

Après la cause éloignée externe, vieil ‘ la cause interne prédisposante, je veu dire une disposition du sang à la putré faction plus grande qu’à l’ordinaire, pre venant d’une exposition continuelle a soleil , dans la saison la plus chaude. 1

(1) Part, i, chap. ni et vu; part, ii chap. Il, § 1.

(2) Post æstateni impense calidara c siccam. (Willis, Pharniat. rat., sect m cap. lit.

I SCR LES MALADIES DÉS ARMÉES. 103

aut pareîllenieîit observer que nos sollats mangent peu de végétaux, et que le pouvant acheter des liqueurs lermenées, ils seraient prives dans ces circon- „lances de deux anli-sepliques considéra- )les. On peut en eflet remarquer, en géléral, que cette maladie, toutes choses railleurs égales , se luit surtout sentir iiix personnes d’un tempérament scorbuique, c’est-à-dire putride; ou au bas )euplc qui , à cause de l’air malsain , de a mauvaise nourriture et de la malpropreté , se trouve très-sujet aux maladies putrides. C’est aussi une ancienne observation que les saisons où l’on voit plus le mouches, de chenilles et d’autres inectes, sont pareillement plus abondantes *n dysenteries, parce que l’accroissement le ces animaux dépend beaucoup de la !;haleur, de rinimidilé, et par conséquent le la corruption. — Nous avons vu jus- [u’ici combien ont de ressemblance les pauses des fièvres rémiltenfes et înter- Iniltentes et celles des flux de sang. Cette Iffinité va plus loin, elle s’étend aux cau- ;cs même occasionnelles ou excitantes.

Cn effet ,‘\ers la fin de l’été , ou en au- I omne, lorsqu’un certain nombre d’homj nés est exposé à l’humidité et aux brouillards de la nuit , surtout après un jour jhaud ; lorsqu’ils se couchent sur la terre jnouillée ou avec des habits mouillés, ils ieront attaqués, une partie de cette espè- ,e de fièvre , et une partie de ce flux, et jieut-être quelques-uns auront-ils une naladic composée des deux. Ajoutez à |ela que ces fièvres commencent à être ort fréquentes dans les camps, tandis ue la dysenterie y subsiste encore ; que es premiers symptômes se ressemblent jOuvent, tels que les frissons, le mal d’esomac; que les fièvres rémittentes et inermittenles d’une mauvaise espèce finissent quelquefois par un flux de sang (l ); ||uc les pays les plus sujets à ces fièvres jl’automne le sont pareillement à la dyenterie; enfin, que l’analogie continue nême à l’égard du traitement, au point jue la principale partie de la curation, jlans l’une et dans l’autre, consiste à netoyerles premières voies. Après tout, ces jeux maladies se ressemblent tellement !»ar leur nattirc , qu’au premier coup Ü’œil il paraît que Sydenham s’est ex- ^ irimé avec justesse , en appelant ce flux, la fièvre de la saison , qui s'est jetée

1 (1) Th. Barthol., Hist. aoatom.» Cent. il, biSt, LYI.

» sur les intestins. » Mais en examinant ce sentiment de plus près, nous le trouverons plus ingénieux que solitle , puisque sa qualité contagieuse prouve que la dysenterie est essentiellement différente de ces fièvres. Degner présente de bonnes raisons de croire que la dysenterie si funeste à Nimègue fut occasionnée par l’infection que communiqua une personne attaquée de ce mal (1); si les étrangers et les juifs (2) en particulier en souffrirent peu, nous pouvons l’attribuer au peu de communication qu’ils eurent avec les habitants de celte place. — Dans les camps, la contagion passe du malade à ses camarades sous la même tente, et de là peut-être à la tente suivante. — La paille pourrie devient infecte; mais la grande source de l’infection vient des privés , après qu’ils ont reçu les excréments dysentériques de ceux qui tombent malades les premiers. Les hôpitaux la répandent pareillement; ceux qu’on y admet avec la dysenterie la communiquent non seulement au reste des malades, mais encore aux gardes et aux autres personnes qui en prennent soin.

En général, la contagion ne se répand pas tout-à-coup; car des camps et des villes ne sont pas entièrement saisis à la fois par l’infection de l’atmosphère. Elle se communique de l’un à l’autre par les émanations, les habits et les couvertures du lit de la personne attaquée, comme cela se voit dans la peste, la petite-vérole et la rougeole. Les miasmes de la dysenterie sont d’une nature moins contagieuse que ceux de ces maladies. Aussi la contagion est -elle peu de chose , et ou n’y fait aucune attention lorsque celle épidémie est plus bénigne, comme celle dont Sydenham et Willis nous ont donné la description dont j’ai parlé cidessus (3). — Mais de quelle nature est cette infection ? Dans les premières éditions de cet ouvrage, je regardai les exhalaisons putrides des humeurs de ceux qui sont d’abord attaqués de ce mal, comme la cause de sa communication ; je conrevois que ces miasmes, venant à être admis dans le sang, agissaient comme un ferment sur la masse entière , et la disposaient à la putréfaction. Je suis actuellement persuadé de l’insuflisance

(1) Hist. dysenl. bilioso-contag., cap.

Il, secl. xLVi et seq.

(2) Ibid., cap. I; seçl, XXXV.

(5) Page 97.

loi

de celte l^ypoluèse, h moins qu’on ne jmisse faire voir en même temps la loi de réconomie animale par laquelle la partie viciée du sang se jelte particulièrement sur les inlestins lorsqu’il vient à se corrompre. Je me confirmai dans celte idée d’un ferment putride par l’événement suivant. Une personne fut attaquée d’une véritable dysenterie, quoique légère, accompagnée de selles sanguinolentes, en faisant des expériences sur du sang humain , devenu putride pour être rcslé quelques mois dans une fiole bouchée. Cet exemple me parut d’autant ])lus décisif, qu’il arriva dans un temps où l’on n’enlendait point parler de celte maladie, et que la personne atteinte de ce mal était en parfaite Santé, et avait eu soin précédemment de beaucoup de gens malades de la dysenterie , sans prendre l’infection.

Ces raisons me déterminèrent à attribuer la principale cause interne de la maladie à ce ferment putiitle ; mais ayant lu dej)uis c« temps-là une dissertation curieuse de Linnæus , en faveur du système de Kircher sur la contagion par le moyen des animalcules, je crois raisonnable de suspendre toutes sortes d’hypothèses, jusqu’à ce qu’on ait fait de plus amples recherches sur ce sujet (Ij. — On

(t) Amœnit. Acad. , vol. v, disert, txxxü. Cette dissertation; intitulée Exan~ themala vita, est, aussi bien que le reste de cet ouvrage , une thèse académique proposée par un étudiant; mais le tout ayant été publié par Linnæus, on peut la regarder comme son sentiment. Comme cot ouvrage peut fort bien ne pas être entre les mains de tous ceux qui me liront, je vais transcrire ce que dit cet ingénieux auteur sur la contagion de la dysenterie.

« Hanc (scilicel dysenleriam) per secessiis et cloacas communes propagari , ne ullus quidem medicinæ peritiis ambigit. Medicum Danum, priori scculo IIcHingburgi , dysenteria sæpius correplum, excreta sua alvina observasse vivis refcria, vix observabili moiu se agitantibus, insectis lîartholinus narrai. Quo loco non nobis est prætereunda observatio rem maxi.me illustrans. Quatuor abliinc annis Dom. Rolander, in ædibus N. Bom. Præsidiis eiuitritus, dysenteria infestabatur; rhabarbarinis et paregoricis, more rccepto curabatur. Octiduo adhinc in eundem incidit morbum, simililerque sanatur; octo vero aliis diebus præleritis dysenteria teriium corripiiur : in causam

peut remarquer que dans le compte que je ronds delà dysenterie, je ne l’allribue ni aux fruits , ni à la bile, quoique presque tous les auteurs en accusent ou l’un ou l’autre, quelquefois tous les deux. Il faut cependant en excepter Sydenham.

Comme j’ai présenté en d’autres parties de cet ouvrage plusieurs raisons de croire | que les fruits ne contribuaient en aucune | manière à produire la dysenterie, et mê* | me aucune des maladies militaires , il

Omni studio inquisitur, non vero invenitur, quum æger eadem niensa, vilæque genere cum cohabilanlibus sanis frueretur. Itaque Nost. Dom. Præses ægro, Entomologiæ præcipue studioso, excreta suaclei scrulari, quo certius adpareret, iitrurn allala Bartiiolini observalio oblineret, nec ne. lïoc facto, in hisce myriades animalculorum se vidisse, quæque accurale descripta, esseacaros, et acaris quidem farinæ similes, æger dixit. Causam vero non nemo in potum noefurnum conjiciebat; sednequehæc aliis videbalur sufliciens. Inter edendiiin bibere insueluü erat : noctu igitur siti pressus e pocalo, ex ligno juniperino confecto, potum sæpc bauriebat tenuissimum. Vas hocce introspiciens , lineolam quasi albicantem ,] oculis midis vix conspicuam, inter costarum rimas reperiebat ; armatis vero ohservavit, omne hoc albidum non aliud esse quam innumeros acaros, ci ejusdem quidem speciei cum illis quos in excreti; observaverat. Pofu iu vas infuso, noi mutabantur; eos vero relictis sedibus media nocte , polus superliciem petere ubi ad boram usque decimam ante me ridiem pasluni quærebant , dum prior; loca reperebant, crebra tandem Invcsliga , lione invenit. Exemplis acaris orbiculi bumectato impositis, quam parum, varii adfusis liquoribus, irritarentur, et quo( per oleum ipsum salvi transirent, ani niadvertit. A spiritu vini lædebanlur maxime vero a tinclura rbabarbari, que imprimis nolatu dignum; cum auler rliabarbarum dysenieriæ sit specificuni lapatimmque acutum ei valde cognalum et quotidiana scabiei mcdiciua , affinils tem invenimus et analogiam. Vasi , te licct aqua calida ablulo, adbærebani lllos in aliis etiam locis quœrebat , inqu vasis potus acidi , et sub dolioruin obti ramentis sæpius reperiebat. Dysenteria quæ Scaniæ, lcrriiorium Gyinge qiiotai nis fere , tempore messis , vexât , æqu ac ea, quæ in castris est vulgaris, ex ii dem acaris, in potu acido latentibus, qi inde per secessus propaganfur, et cont; gium générant, originein suani forlass traxerit , eic.

SUÎi LES MALADIES DES ARMEES.

lest inullle de les rt^péler ioi. Mais à l’cjf^ard de labile, plusieurs pcrsonncsayaiit rcganlé la dysenterie comme une des maladies bilieuses, on doit s’attendre que j’ai eu quelque raison pour ne point parier de cette humeur en celte occasion.

On peut se rappeler que je me suis toujours servi du terme bilieux, plus par complaisance pour les anciens, alin de distinguer une certaine classe de maladies , que parce que je les croyais réellement occasionnés par la bile. C’est sous ce point de vue que je considère les fièvres rémittentes et intermittentes d’automne, qu’on a si souvent appelées fièvres bilieuses. J'observerai, à l’égard de la dysenterie, que si dans les commencements les maux d’estomac et les vomissements peuvent faire conjecturer que la ibile y a quelque part , cependant dans Ison état avancé on ne doit en aucune manière la lui attribuer. En effet, à l’ouverture des corps, on a généralement itrouvé le foie et les intestins grêles dans |un état naturel, quoique ces parties Isoient les plus sujettes à être affectées par les maladies de la bile. A l’égard de lia bile elle-même , quelquefois elle est jabondante, quelquefois elle^ne l’est pas, (quelquefois d’une couleur et quelquefois d’une autre ; tantôt elle est fluide, et id’autrcs fois dans son état naturel. Si i celte humeur causait cette maladie , ou servait à la maintenir, ne paraîtrait-elle pas d’une manière plus uniforme? Bien plus, j’ai imaginé que les remèdes qui jprocurent une sécrétion plus abondante Ide la bile peuvent souvent être très-utillcs, ayant remarqué en général que le praalade était la plupart du temps soulagé, quand un évacuant agissait de I manière à emporter beaucoup de cette humeur.

§ IV. Du irailement de la dysenterie.

— Il y a peu de maladies aiguës moins I redevables à la nature, quanta la gué- I risjn , et qui soient accompagnées d’indications plus trompeuses. L’hémorrha- ; gie paraît exiger des saignées réitérées ; le flux tlu ventre des astringents violents,

' et les douleurs des intestins des opials ' continuels. Cependant, si l’on ne se sert de ces remèdes avec la dernière précaution, ils tendent plutôt à maintenir la maladie qu’à la guérir. D’un autre côté, on condamnait tout-ii-fuit les émétiques et les purgatiojlip, ou bien on s’en servit , trop peu; cependant les dernières expé- . riences font voir qu’ils composent la principale partie du traitement de cette

maladie. Mais mettant à part toutes les indications que notre connaissance imparfaite de l’économie animale nous met rarement à portée de former, je*vais continuer à présenter le résultat de mon expérience , et j’ajouterai quelques observations faites par des personnes sur qui je puis compter, et qui se sont rendu la dysenterie très-familière. Celte lumière répandra un plus grand jour sur la nature de cette maladie , éclairera les lecteurs, et les conduira peut être à quelque méthode plus simple et plus sûre pour la traiter.

Pour procéder avec plus de clarté , je distinguerai la dysenterie en trois états : le premier , quand elle est récente , ou tandis que le malade peut aisément supporter les évacuations ; le second, quand la maladie est d’une espèce fâcheuse, ou qu’elle a continué long-temj's et qu’elle a beaucoup diminué les forces, qu’elle a enflammé les intestins et causé une fièvre hectique; le troisième enfin, lorsque le malade , quoique se rétablissant, est toujours bas, à cause du ténesme ou de quelques autres restes de la maladie , ou qu’il est sujet à des cours de ventre fréquents, provenant de la faiblesse des intestins.

Dans le premier état , je commence par une saignée modérée, (jiioiqu’il puisse être vrai que la dysenterie n’exige pas d’elle-même cette évacuation (l). Mais comme cette maladie est en partie inflammatoire , et souvent accompagnée d’une pléthore, la saignée devient quelquefois indispensable, et en général elle contribue à la guérison. Cependant , à moins que la fièvre ne soit entretenue par quelque inflammation qui n’appartient point à cette maladie, comme cela arrive souvent en hiver ou au printemps, il est inutile et même dangereux de la réitérer, comme on peut l’observer dans la plupart des maladies qui viennent d’une cause putride. J’omets entièrement cette évacuation dans les tempéraments faibles, et quand il y a peu de symptômes de fièvre.

Le soir du môme jour je donne un émétique. Au commencement que j’étais ^ l’armée, je faisais usage du verre ciré d’antimoine, vitruni ciratiim anlimonii.

J’avais remarqué précédemment que c’était le meilleur remède qu’on pût donner

(I) Dysenteria qua dysenterla venæ sectionem nunquam indicat. (Barbette, Prax.; lib. iv , çap. y.)

dans ce cas pour soulager l’eslomac et les intestins. Mais, comme on a fait connaître amplement (1) les vertus de cette préparation antimoniale, je n’en dirai rien ici. Je me contenterai seulement d’observer que, quoique je sois convaincu de l’efficacité de ce remède, en le voyant souvent réussir où d’autres n’avaient rien fait, cependant la violence avec laquelle il opère, et les préjugés contre le verre d’antimoine considéré comme remède , ayant détourné quelques médecins de l’armée et quelques chirurgiens des régiments de s’en servir, je m’en désistai pa • reniement, et je cherchai à m’assurer de quelque méthode efficace qui fut moins sujette à des reproches. Au lieu donc de cette préparation , j’ordonnais un scrupule d’ipécacuanha , et j’ajoutais ordi nairement un grain ou deux de tartre émétique. Soit que je donnasse le premier de ces émétiques ou le plus fort, je remarquais qu’il réussissait mieux quand il opérait par les selles. Cet effet était plus certain , quand, au lieu de la dose ordinaire d’ipécacuanha, on donnait seulement cinq grains à la fois, et qu’on répétait la meme dose deux ou trois fois à une heure de distance l’une de l’autre , jusqu’à ce qu’on vînt à être purgé, ce qui arrivait communément bientôt après la troisième dose. Quinze grains donnés de cette manière suffisaient communément.

Pison , qui le premier a décrit cette

(1) Essais et observations de médecine delà société d’Edimbourg, tome v, page 241 . Mémoires de l’Académie des sciences, année 1745.

(2) Cette racine est peut-être plus cathartique lorsqu’elle est fraîche que lorsqu’on l’a conservée long-temps , et en décoction ou en infusion qu’en substance. Nous pouvons pareillement observer que Pison recommande la seconde et la troisième décoction pour les malades faibles, comme étant moins cathartiques et plus astringentes. J’ajouterai seulement ici un des principaux passages de cet auteur, qui a rapport à l’usage de ce spécifique. — « Dehinc ad radicem ipccacuanha tanquam ad sacram anchorani confugiendum , qua nullum præstantius aut tutius, cum in hoc, tum in plerisque aliis, cum, vel sine sanguine , fluxibus compescendis, natura excogitavit remedium. Quippe præterquam quod luto , et efficaciter tenacissimos quosque humores per ipsam alvurn, sæpissime aulem per vomituna ejicial, et a parle affecta derivet, vim quoque astriclivam post se relinquit... Illud \ero hoc modo perfiçitur.

racine , et l’a recommandée dans la dysenterie, paraît compter principalement sur sa vertu purgative , quoiqu’il ajoute que son effet est meilleur lorsqu’elle évacue aussi par le haut. Quand l’estomac était principalement affecté , je donnais vingt grains d’ipécacuanha , ou seul , ou joint au tartre émétique; mais, lorsque le ' malade avait plus de tranchées que de mal d’estomac, je partageais cette racine | comme ci-dessus, dans la vue de diriger plus sûrement son opération sur les intestins. Le premier jour que je vois le malade, je lui fais prendre l’émétique sous l’une ou l’autre de ces formes, soit qu’il eût été saigné ou non. Si on donnait la dose entière, ou en aidait l’effet de la manière ordinaire , en prenant de temps en temps une infusion de fleurs de camomille. Mais si on se servait de petites doses, on ne buvait point que la médecine n’eût commencé à opérer par bas, et alors on pouvait prendre de l’eau de gruau pour aider son effet.

— Quand les selles étaient abondantes , et le malade fatigué de l’opération , je ne lui donnais pas de médecine le jour suivant. Mais s’il avait pris l’émétique i tout à la fois , de façon que l’estomac seul j était nettoyé, ou si la poudre partagée en i différentes doses n’avait opéré que fai- j blement par les selles , j’ordonnais une i purgation la matinée suivante ; savoir : j cinq grains de mercure doux avec vingt- j cinq ou trente grains de rhubarbe; ce ' qui, dans les tempéraments ordinaires, j est une dose modérée, ou plutôt petite. , | Je donnais ordinairement, dans les comracncemenls , environ un demi-gros de , rhubarbe sans mercure doux; mais en-®' suite je trouvai nécessaire de doubler cette dose ou de joindre le mercure doux à trente grains de rhubarbe, afin de se procurer une évacuation plus abondante.

J’ai remarqué dans les premières éditions de cet ouvrage « que nous devions )) faire moins attention à la dose qu’aux w effets, dont on ne devait jamais juger « par le nombre des selles; mais par l’a-

Drachinæ duæ radicis ipecacuanha in une. IV liquoris appropriati cociæ, vel per nocteni raaceratæ, cujusinfusum cum, vel sine oxymellis une. i exhibeiur. Pos- Iridie semel atque ilerum pro re nala, secunda imo tertia ejus decoctio repetenda ; tam quod ægri d>ebiliores eam facilius ferant, quam quod astricloria ejus vis lune magis effîcax apparent. » (Gui. Pison, llist. nat. etmed. Indiœ Occident., lib. II, cap. IX.)

I») bondance des malières, et par le soui» lagement des tranchées et du ténesme

0 après l’opération ; et que si d’un côté ) le médecin doit éviter les remèdes forts ■> et irritants , il ne doit pas d’un autre II) épargner les purgatifs doux, et surtout I) la rhubarbe, dont on donne communé- 1» ment des doses trop faibles. » Je suis ioujours de ce sentiment, excepté dans i3e qui regarde la rhubarbe , que je n’ai amais vu mieux réussir dans cette malalie que lorsqu’elle est combinée avec du mercure doux bien préparé, au moyen le quoi elle devient plus douce, et son opération plus aisée. — Le soir, après la lurgation , je donne ordinairement pour a première fois un opiat , c’est-à-dire lix grains de pilules saponacées , avec leux ou quelquefois trois grains d’ipél^acuanlia, soit en bol ou en potion. Car lepuis que je me fus aperçu que queljues-unes des pilules ordinaires de savon avaient passé sans se dissoudre, j’abanlonnai cette forme dans toutes les faiblesses des intestins. Je joignais autrefois

1 l’opiat une petite dose de verre ciré {l’antimoine , afin d’exciter la transpirajion ; mais quand j'abandonnai ce remèile , comme émétique , pour les raisons l’apportées ci-dessus, je le discontinuai pareillement ici, et j’y substituai la raiMne indienne.

A l’égard de l’usage des opials dans |a dysenterie, il est bon d’observer qu’il j/audrait mieux peut-être ne s’en point iervir du tout, que de les donner avant |jue les premières voies soient débarrasses.Car, quoique dès les commencements *Jles donnent immédiatement quelque îeu de soulagement, cependant en tenant •enfermés les vents et les humeurs corompues, elles fixent la cause, et rendent a maladie plus obstinée sur la fin. Tel ,ist le résultat de mon expérience; je suis lâché de ne la point trouver exactement ll’accord avec celle de Sydenham. En j2ffet, quoique cet habile médecin n’omît point les purgations lorsque la dysenterie lut très-épidémique , cependant il paraît que d’autres fois il mettait sa confiance ' ilaus le seul laudanum. Mais, quelle que ut la nature des dysenteries qu’il a eu « traiter, je suis assuré que celles qui ar- ‘•ivent dans les armées sont d’une nature noins traitable, et ne peuvent en général ie guérir sans des évacuations réitérées, le n’ai point fait d’observation particulière à l’égard de la meilleure espèce d’obiat, et par conséquent si j’ai spécifié îici les pilules saponacées , c’est qu’avec

cette composition on court moins de risque de se tromper pour le poids qu’en prenant le simple extrait Ihébaïque. Tout le monde sait que dix grains de ces pilules équivalent à un grain d’opium pur.

— Si on l’a employé les deux premiers jours de la manière que je viens de décrire , je n’ordonnais point de médecine le .troisième, à moins que le malade ne sentît toujours des tranchées; en ce caslà , je réitérais l’opiat le soir. Mais le quatrième jour, s’il restait quelque symptôme fâcheux , je faisais prendre de nouveau l’ipécacuanha , partagé en plusieurs doses. Si le malade témoignait beaucoup de répugnance pour un remède qui l’avait rendu malade auparavant, je réitérais la purgation , et je la rendais plus forte en augmentant la dose, si la première n’avait pas opéré suffisamment.

La plus forte dose dont je me suis servi en pareil cas consistait en trente grains de rhubarbe avec huit grains de mercure doux.

La plupart des symptômes dysentériques disparaissaient alors , ou même plus tôt. Mais s’il restait encore quelque chose qui fomentât le mal, ou si le malade avait commis quelque faute dans le régime, ou s’il s’était exposé au froid de manière à avoir une rechute , j’avais recours aux mêmes remèdes, c’est-à-dire ou à la purgation ou à l’ipécacuanha , suivant qu’il s’était bien trouvé auparavant ou de l’un ou de l’autre. Enfin ces évacuants étaient les principaux remèdes auxquelsj’avais confiance dans ce période de la maladie. — Les autres médecins de l’armée ont suivi à peu près cette méthode dans la dernière guerre, et le docteur Hucken particulier, qui, ayant toujours été employé dans l’Amérique septentrionale, ou aux Indes occidentales, a eu les occasions les plus favorables de voir la dysenterie sous toutes ses formes. Il m’a appris que, malgré la différence des climats, lorsque la maladie était épidémique dans l’armée, elle paraissait partout avec les mêmes symptômes (avec cette différence seulement quelle était plus violente à proportion que la chaleur du pays était plus forte) , et que lorsqu’elle pouvait guérir , la cure se faisait par les mêmes remèdes. Je joins ici un abrégé de la méthode de ce savant , tel qu’il me l’a donnée lui-même, me flattant qu’il ferait plaisir à mes lecteurs.

« Si le malade a de la fièvre , ou s’il » est pléthorique, je commcace toujours

» par la saignée. Si les douleurs fixes et » la fièvre paraissent indiquer une in- » flaiîimation considérable, je la réitère.

» J’ai pensé que la meilleure méthode w pour nettoyer les premières voies était » de prendre quatre ou cinq grains d’i- }> pécacuanha avec un grain de tartre )) émétique, sans boire après ceite dose ,

» et de la laisser travailler. On la réitère » en deux heures, et le malide prend }> alors une infusion de fleurs de camo- » mille pour laver l’eslomac. Le mal » d’estomac, la bouche mauvaise, les » étourdissements, les chaleurs d’entrail- » les et les tranchées , sont des raisons » pour réitérer le vomitif quelqu'un des M jours suivants. Si après cela l’estomac » ne paraissait pas beaucoup dérangé,

» j’avais coutume de purger avec deux » onces de manne et une once de sel de » Glauber, dissous dans une pinte d’eau,

» dont on boit un poisson de demi-heure » en demi-heure, jusqu’à ce que cela ait )> procuré deux ou trois selles abonclan- « tes. Je préférais cette purgation à la w rhubarbe ou à tout autre cathartique,

» surtout dans le commencement, la rci- » térant tous les trois ou quatre jours ,

» jusqu’à ce que les tranchées fussent » dissipées ; et je donne un opiat tous )> les soirs , après la première ou la sc- )) conde dose de la médecine. Mais je w n’ai jamais vu résulter aucub bien des » opiats, tandis que la fièvre, la soif,

» les tranchées et le ténesme étaient con- » sidérables. Les astringents ne peuvent » être utiles que dans le cas où les intes- » tins n’ont point encore repris leur an- » cien Ion. » l\ous voyons par ce récit que le docteur Huck partageait non-seulement l’i pécacuanha, mais qu’à chaque dose il ajoutait du tartre émétique. En comparant ses effets , je trouve que cela donne à ce remède un degré de perfection de plus. Je préférai dorénavant celte méthode , parce que j’ai raison de croire, d’après mes propres observations sur les fièvres d'automne, que celte préparation antimoniale peut être utile pour écarter quelques spasmes fiévreux , qui ne sont point, il est vrai, la cause primitive de la maladie, mais qui concourent avec cette cause à l’entretenir, — Je remarque pareillement que le docteur Huck regardait les sels et la manne comme une meilleure purgation que la rhubarbe au commencement de la dysenterie; mais en m’entretenant avec lui sur ce sujet, je trouvai que, quoiqu’il eut souvent donné la rhubarbe à part , il n’y

avait jamais joint le mercure doux, et par couséquent il ne pouvait point décider i lequel de son remède ou du mien était le meilleur dans ce période de la maladie. — J’ai appris pareillement que la plupart des médecins employés en Allemagne pendant la dernière guerre préféraient à la rhubarbe seule les sels et la manne, à quoi ils ajoutaient souvent quelque huile ; et qu’après la saignée et un vomitif ils purgeaient , du moins dans les commencements, avec ce remède (1). — Il peut se faire qu’il y ait une meilleure méthode de donner la rhubarbe qu’avec le mercure doux. Degner fait l’éloge d'une teinture de rhubarbe dans un menstruc aqueux, dont il donnait de petites doses, mais souvent réitérées; mais, comme je n’ai vu sou ouvrage qu’après la première guerre , j’ai trouvé depuis ce temps-là trop peu de cas rebelles pour m’engager à comparersa préparation avec les remèdes dont je faisais auparavant usqge avec assez de succès (2), • — 'Après

(1) Le docteur Monro, un des médecins employés en Allemagne, me dit que dans la dysenterie il donnait communément le remède suivant :

Pr. Mannœ semi une. Vitelli ovi drach. i contritis simul, in mortario lapîdeo, admîsce panlatirn olci olivamm drach. vi, salis cathartici anviri {aqnœ purœ. une. iij so- i In(i) une. i.

Cette dose était pour les tempéraments robustes; mais il en donnait une plus petite aux personnes faibles. Le docteur Armstrong et le docteur Turner m’ont aussi appris qu’ils faisaient usage de ce remède à peu près de la même man-ère,

(2) Il peut paraître étonnant que les ' auteurs ne conviennent point encore sur la purgation conven.able dans la dysenterie; mais il faut considérer que la diversité des tempéraments exige des remèdes différents. Un médecin qui commence à exercer, s’il ne fait pas attention à cela, et qu’il trouve un homme attaqué de la dysenterie, à qui la rhubarbe, par exemple, convient, et qui ne saurait souffrir les sels et le séné, sera porté à approuver le premier de ces remèdes et à condamner l’autre, et vice versa.

Mais comme sur l’usage des remèdes convenables à cette maladie, et la manière de les employer dans l’ocoasion suivant la différence des tempéraments , nous avons les réflexions judicieuses du docteur Young, dans son Traité sur l’opiurn (section de la Dysenterie), je n'insisterai pas davantage sur ce sujet, et je me contenterai d’y renvoyer les lecteurs.

Iivoir débarrassé les premières voies de ,a manière dont on Ta dit , je tache en général d’achever la guérison en combinant les purgations avec les opials, de (manière à tenir le ventre libre et à apaiser en même temps les tranchées. Mais Ije n’ai pas toujours réussi. En 1760, la brigade des gardes arrivant en Allemagne vers la fin de juillet, dans une saison pluvieuse, et dans un temps où il y lavait disette de paille pour les tentes, il y eut un si grand nombre de malades, et la plupart de la dysenterie, que lorsqu’on entra en quartier d’hiver au mois de décembre , plus de la moitié de ce (corps n’était point propre pour le serivice. M. Paterson, un des maîtres chirurgiens de rhôpilal , alors chirurgien dans les gardes, à qui je suis redevable :de cette information , m’a dit qu’en géinéral il avait réussi en traitant de la manière suivante ceux de ce bataillon qui avaient été attaqués de la dysenterie, i « Si le malade était d’un tempérament I» sanguin , et qu’il eut la fièvre, il com- M mençait parla saignée ; il donnait en- M suite ripécacuanha, et outre cela, s’il i» avait vu le malade de bonne heure dans i» le jour, il lui faisait prendre un gros » de rhubarbe le soir ou le lendemain » matin. Le soir du second jour, après 1» l’opération de la médecine, il donnait ’w environ vingt gouttes de la teinture «thébaïque, ou environ dix grains de » pilules saponacées. Si la maladie conti- I» nuait encore après cela , il faisait une I J) masse de thériaque et de rhubarbe ,

' « dont il donnait un demi-gros le malin » et le soir, et quelquefois trois fois par » jour. M. Paterson m’ajouta qu’ayant ; » été lui-même attaqué l’année suivante » du flux de sang , il avait suivi la même » méthode, qu’il fut près de trois semai- » nés avant de se rétablir, étant campé «continuellement, marchant souvent, « et étant exposé au froid, à l’humidité » et aux autres incommodités insépara- » blés de son devoir ; mais que , durant » tout ce temps , il avait éprouvé le plus » grand avantage du remède ci-dessus.

« Une demi-heure ou environ après cha- » que dose , le ténesme diminuait , les , )> selles devenaient plus abondantes et 1 » moins fréquentes les trois ou quatre » heures suivantes. Les sept ou huit der- » niers jours, il prit par cette raison un » demi-gros de la composition ci dessus, « trois fois par jour, ce qui montait à en- » viron un gros de thériaque, et un de- > mi-gros de rhubarbe eu 24 heures. »

Si ce remède ou toute autre méthode ne change la maladie au point que le malade se plaigne moins de tranchées et de ténesme, et que les selles, quoique fluides, commencent à être d’une couleur naturelle, avec moins de mucosité et plus de matière fécale, comme il est alors dans une situation favorable et en passe de se rétablir, je parlerai plus amplement de la manière dont il faudra alors se gouverner, lorsque je viendrai à traiter du troisième état de celte maladie. A présent je dois parler de ceux qui ont passé par le premier période, et à qui on n’a point donné de remède, ou qui n’en ont retiré que peu d’avantage, et dont les selles sont toujours aussi petites, aussi fréquentes , aussi visqueuses et aussi douloureuses qu’auparavant.

IL Quoique, dans le second période, il y ait souvent plus de fièvre hétique que dans les commencements, et quoique la continuation de l’inflammation, et la matière putride en restant, menace d’une mortification , cependant, autant que j’ai pu le remarquer, la saignée n’est pas un remède convenable. Il faut donner des laxatifs, tels que ceux qui irritent peu, et qui suffisent cependant pour empêcher les humeurs aiguës de s’accumuler, et les remèdes qui préservent les intestins de l’acrimonie, et qui soulagent les douleurs et les spasmes, jusqu’à ce que la nature ait acquis assez de force pour guérir. C'est en celle occasion que je me sers pour la première fois du sel cathartique amer seul, quoique probablement il aurait pu être plus efficace avec de l’huile ou de la manne, ou pris en doses petites et réitérées , comme dans la passion iliaque (1), et non tout à la fois. Dans ce période , je donnai une fois à une jeune femme cinq grains d’ipécacuanha avec douze de rhubarbe. Ce remède la rendit d’abord malade; ensuite il opéra par bas, fit sortir de la matière fécale d’une couleur naturelle, elfit prendre à la maladie une tournure favorable.

Mais, comme elle fut un des derniers malades delà dysenterie que j’ai vu, je n’ai point eu occasion de donner une autre fois ce remède.

Ayant remarqué que dans ce période les clyslères émollienls'et anodins étaient très-avantageux, je me servais d’une décoction de graine de lin ou d’amidon, ou de bouillon de mou ten bien gras , depuis quatre onces jusqu’à huit, suivant la

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quantité plus ou moins grande que le malade pouvait retenir. Quand il ne pouvait les garder, à cause de la fréquence des mouvements, i’ajoutais à chacun depuis vingt gouttes jusqu’à soixante de teinture thébaïque, ou autant qu’il était nécessaire pour diminuer l’irritation , sans trop affecter la tête. Comme il faut que le malade fasse usage d’opiats, c’est peut-être la meilleure méthode de les lui donner. De cette manière, ils vont directement au rectum , où l’irritation est la plus grande. Mais, dans les cas fâcheux, les mouvements sont généralement si fréquents, que, malgré le laudanum, un clystère donné le soir ne suffit pas pour tranquilliser le malade pendant toute la nuit. En ce cas , il faut ou lui en donner un autre, ou qu’il prenne l’opiat à la manière ordinaire. Malgré l’avantage des clystères , nous ne pouvons pas nous en servir dans les hôpitaux aussi souvent qu’il serait à désirer, par la négligence des gardes, et parla répugnance des malades, et souvent même nous sommes obligés de nous en désister, à cause de la délicatesse de ces parties. — Il ne faut point user des carrainalifs chauds, pour adoucir les tranchées et pour chasser les vents, du moins je ne les ai jamais vus réussir. Les opiats procurent sur-lechamp du soulagement, mais ils ne font que pallier le mal , et souvent ils en augmentent la cause. Je n’ai point trouvé de remède qui répondît à ce but d’une manière sensible. Le meilleur est de fomenter le ventre, et de boire une infusion de camomille. La vertu fortifiante et anti-spasmodique de ces fleurs me fit d’abord penser à en donner une infusion ; mais, ayant reconnu depuis que la camomille était un anti-septique des plus efficaces , je suis porté à croire que c’est à ce principe qu’il faut attribuer quelques-uns de ces effets. On fait les fomentations avec des herbes communes, en y ajoutant un peu de liqueurs spiritueuses ; mais, comme elles exigent d’être souvent réitérées , les officiers en font plus d’usage que les soldats , étant mieux soignés que ces derniers. Les douleurs occasionnées par les vents affectent quelquefois le côté , de même que dans la pleurésie ; mais une médecine laxative, ou les fomentations dont on vient de parler, les dissipent, sans être obligé d’u voir recours à la saignée.

Quand le malade se plaint d’ardeur d’entrailles, et que tout s’aigrit dans son estomac , je lui fais prendre de temps en

temps quatre cuillerées de julep decraie; et, quand en même temps les tranchées et les mouvements fréquents exigent quelque palliatif, je fais dissoudre deux grains d’extrait thébaïque dans une cho- ' pine de ce julep, et je le donne de la manière qu’on a vu plus haut.(j). D’autres fois, lorsque le malade ne se plaiut point d’aigreur, mais de tranchées et de mouvements fréquents, je tâche d’en émousser l’acrimonie et de préserver les intes- i tins de l’irritation par des aliments d’une qualité mucilagineuse , dont on parlera dans la suite, et en donnant pour boisson une décoction d’amidon avec de la gomme arabique, assaisonnée avec du sucre et de l’eau de cinnamome simple.

On met ordinairement trois gros d’amidon avec une demi-once de cette gomme, i ^ dans une chopine de cette liqueur. On 1 1 employait pour le même but une disso- i lution (2) de cire dans les hôpitaux de f l’Amérique septentrionale, et souvent i avec succès, comme me l’a assuré le doc- = teur Huck. Les préparations de cire ont i été long temps estimées pour leurs ver- : tus dans cette maladie. Bâtes en recom- i mande une dissolution dans une liqueur spirilueuse (3), et Diemerbroeck rapporte des exemples de ses efl'ets extraordinaires, quand elle est dissoute dans du lait, et il fait mention de quelques autres auteurs qui font l’éloge de cere- i mède dans la dysenterie (4). — Quand j le flux de ventre continue jusqu’à ce que 1 les forces soient beaucoup diminuées, et I que le pouls s’abatte , tandis que la fié- i vre hectique subsiste, le cas devient très-dangereux, quoiqu’il y ait encore de ,• l’espérance tant que les selles ne sont 5 point involontaires , qu’il ne paraît ni "

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(2) Pr. Cerœ flavœ sesquidrach. , sapo~ nis Hispani duri rasi 1 scrup., aquœ puræ 1 druch., liquescant leniigne, et assidue agitenlur donec in nnum cocant; dein effunde muteriam in rnortarium lapidetim , eique paulatirn admisce aquœ puræ 8 une. , aquœ nucis rnoschatœ 1 une., et sacchari albi qiiod satis sit ad gratum saporem.

Cette mixture n’a point de goût désagréable; le malade prend cette dose entière en un jour, en des intervalles convenables. On n’emploie le savon que pour dissoudre la cire.

(3) Pharmacop. Balean. in formula Butyrum Ceræ.

(4) Observât, et curât, niedic. , obs»

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