II. Je fis aussi une forte décoction de
Pringle,
quinquina, et je mis tremper un morceau de viande dans deux onces de celle décoction après l’avoir passée. Cette viande ne se corrompit point , quoiqu’elle eût resté deux ou trois jours au fourneau après que celle de l’étalon fut putride. La décoction devint pendant ce tempslà limpide par degrés, tandis que les parties les plus grossières tombèrent au fond. Il paraît par là qu’une très-petite quantité de quinquina, moindre peutêtre que celle de la serpentaire ou des fleurs de camomille intimement unie avec l’eau, est douée d’une vertu antiseptique considérable.
III. Le poivre, le gingembre , le safran, la racine de contrayerva et les noix de galle , de chacun cinq grains, de même que dix grains de sauge sèche, de rhubarbe et de racine de valériane sauvage (1), infusés séparément, surpassèrent soixante grains de sel. La menthe, l’angélique , le lierre terrestre , le séné, le thé vert (2), les roses rouges, l’absinthe commune , la moutarde et le raifort, étant pareillement infusés séparément , mais en plus grande quantité, se trouvèrent plus anti-septiques que l’étalon. Et comme on ne saurait supposer qu’ils donnent dans l’eau plus d’un grain ou deux du principe balsamique, nous pouvons les regarder comme doués d’une vertu très-forte, pour résister à la putréfaction. J’ai fait de plus un essai d’une décoction de têtes de pavots blancs , et une autre avec du suc de laitue tiré par expression , et je les ai trouvés tous les deux au-dessus de l’étalon. — Il est aisé de voir par ces essais combien les antiseptiques sont étendus ; puisque, outre les sels et les esprits fermentés, les épices et les acides, que tout le monde sait avoir cette propriété , il y a beaucoup do résines, d’astringents et de rafraîchis sants qui se trouvent de ce nombre ; et même de ces plantes qu’on appelle alcalescentes, et qui sont supposées hâter la putréfaction. Le raifort, qui est de cette classe , se trouve particulièrement antiseptique. Pour dire le vrai, après ces es-
(1) Quoiqu’on ail fait celle expérience avec dix grains seulement de celte racine réduite en poudre, si l’on considère cependant le temps que cette dose résista à la putréfaction, on doit compter la racine de valériane au nombre des anli* septiques les plus forts.
(2) On n’essaya point le thé bou.
TRAITÉ
sais, je me suis altemlu à trouver presque toutes les substances doutes de quelques degrés de celte vertu; mais je m’aperçus, avec le secours de l’expérience, que quelques substances ne résistaient point à la putrél'aclion, et que d’autres la produisaient. Mais, avant que de traiter cette partie de mon sujet, il ne sera pas hors de propos de rapporter quelques autres expériences qui ont une connexion plus intime avec les précédentes.
EXPÉRIENCE Xll.
Après avoir vu combien ces infusions étaient plus anti septiques que la dissolution de sel marin , je voulus savoir si ces plantes manifesteraient aussi cette vertu sans être infusées. A cet effet, je saupoudrai trois petites tranches de bœuf maigre très-minces , l’une avec du quinquina en poudre, une autre avec de la serpentaire , et la troisième avec des fleurs de camomille pareillement en poudre. On était alors au fort de l’été , et cependant, après avoir gardé cette viande plusieurs jours , je trouvai que celle où l’on avait mis le quinquina commençait seulement à sentir ; les deux autres n’avaient aucune odeur désagréable. La substance de ces trois tranches était ferme, et particulièrement celle de la camomille, qui se trouva si dure et si sèche qu’elle paraissait incorruptible. Si le quinquina n’a pas eu le même effet, je crois qu’il faut l’attribuer à sa contexture qui est plus serrée.
EXPÉRIENCE Xill.
Je fis quelques essais pour rétablir dans son premier état de la chair putréfiée , par le moyen des substances douces, parce que les es^irits distillés et les acides violents, les seules liqueurs auxquelles on connaît cette propriété , sont par leur nature trop âcres et trop irritants pour pouvoir être toujours employés toutes les fois qu’on a besoin d’un correctif. A l’égard des sels, sans compter leur acrimonie , personne n’ignore que la viande une fois corrompue ne prend plus le sel. — Deux gros de viande, qui par sa corruption était devenue mollasse, spongieuse, et spécifiquement plus légère que l’eau , ayant été , après l’expression de l’air qui y était contenu, enfoncés dans quelques onces d’infusion de fleurs de camomille , je renouvelai cette infusiou deux ou trois fois dans au-
tant de jour.s. M’étant aperçu que l’odeur fétide avait disparu, je mis ce même morceau dans une bouteille nette , avec une infusion nouvelle ; je le gardai pendant tout l’été , et je le conserve encore ; il est frais et d’une contexture ferme (1). Je suis venu à bout, de la même manière, de rétablir en leur premier état plusieurs petits morceaux de viande putrides, par des infusions réitérées d’une forte décoction de quinquina, et j’ai constamment remarqué que non - seulement l’odeur fétide se dissipait , mais encore j que cette infusion rendait aux fibres leur ' fermeté naturelle. — Or, le quinquina communiquant à l’eau une si grande quantité de sa vertu, il est naturel de penser qu’il sera encore plus soluble dans le corps par le moyen de la salive et de la bile. D’où il suit que c’est en conséquence de cette vertu anti septique qu’il agit principalement. En partant de , . ce principe, on peut rendre raison du j succès qu’il a dans la gangrène et dans i le dernier période des fièvres pestilentielles, lorsque les humeurs sont évidemment corrompues. A l’éggrd des fièvres rémittentes et intermittentes, pour lesquelles le quinquina se trouve si spécifique, si nous jugions de leur nature par les circonstances qui les accompagnent | dans les climats et dans les saisons où l’on est le plus sujet à ces maladies , nous regarderions la putréfaction comme une des principales causes de ces fièvres.
Ce sont les grandes maladies épidémiques de tous les pays marécageux, et elles font plus de ravages après des étés chauds , dans un air chargé de vapeurs ; et qui ne circule pas. Elles commencent vers la fin de l’été, et continuent pen- dant toute l’automne. Elles sont plus dangereuses lorsque l’atmosphère est plus chargée des émanations des eaux croupissantes , qui deviennent encore plus putrides par les substances végétales et animales qui s’y pourrissent. La viande se gâte alors fort aisément, et les dysenteries et d’autres maladies putrides se joignent fréquemment à ces fièvres. Les chaleurs disposent les humeurs à devenir âcres; les émanations putrides attirées par les poumons servent de fer-
(1) Je gardai un an entier, après I; lecture de ce mémoire à la Société, c< même morceau de viande clans la mêni< infusion, et je le trouvai alors ençor' ferme et sain,
nent (1), et les brouillards, si communs lans ces climats , occasionnent une fiène en bouchant les pores, ou en ne re- ;evant point la matière de la transpiraion. Plus ces causes dominent , et plus 1 est aisé de suivre pas à pas celte puréfaction. Les nausées , la soif, Pamerume de la bouche et les évacuations réquentes de bile putride, sont des sympômes ordinaires, et qui servent de preuves de ce que l’on a avancé. Nous ajouerons que, dans les pays humides et dans es mauvaises saisons, les fièvres internittenles commencent non - seulement )ar des symptômes de putréfaction, mais :ncore que, si on les traite mal , elles )rennent aisément une forme dangereue, avec des taches livides ou des pustues sur la peau, ou une mortification des ntestins. Mais il faut en même temps econnaître que le quinquina détruit si )romptement ces fièvres , que sa qualité ébrifuge doit être quelque peu différente le sa vertu anti-septique. Nous pouvons :ependaiit remarquer que tous les remèles qu’on a trouvés utiles dans la cure les fièvres intermittentes, outre les évaluations et le quinquina, corrigent puisamment la putréfaction , autant que je e puis savoir : tels que la myrrhe , les leurs de camomille , l’absinthe, la teinure de roses, l’alun avec la noix muscale , les acides vitrioliques , ou d’autres orts acides minéraux, avec des aromati- [ues. — Mes expériences ont eu jusqu’ici jour objet la chair ou les parties fibreuses |les animaux; je vais maintenant examiler les effets que les anti-septiques ont 'iirles humeurs. Car, quoique nous pus-
1 (1) 11 est à propos de remarquer que, lorsque je fuis usage ici et dans mes Ob* jervatîons sur les maladies des armées, iu mot fefment pour désigner la cause ui change les humeurs , j'entends seujîmentla puissance qu’ont toutes les sub- Itances putrides animales de s’assimiler t de corrompre celles qui ne le sont l'oint, comme on l'expliquera plus amplement dans le mémoire suivant, à l'exi'érience dix-liuitiôme. Cette précaution jst d’autant plus nécessaire, que je ferai oir dans un des mémoires suivants, que ;s substances putrides animales devienent des ferments dans le sens le plus ri- OLireux ; c’est-à-dire, qu’elles agissent •omme le levain de la bière, lorsqu’on j3 joint à quelque substance végétale caable d’une fermentation vineuse. (Voyez expérience ^txvni; et la suivante.)
sions conclure par analogie, que tout ce qui regarde la corruption des solides, ou les rétablit après leur putréfaction, doive agir d’une manière semblable sur les fluides, cependant, comme cela ne s’ensuit pas nécessairement, j’ai jugé à propos de faire de nouveaux essais, que je présenterai à la société dans une autre assemblée , avec des expériences sur les substances qui favorisent la putréfaction.