‹ Observations sur les maladies des armées dans les camps et dans les garnisonsChapitre 4 sur 117 · PROUVÈRENT LES TROUPES ANGLAISES EN · texte numérisé non relu

PROUVÈRENT LES TROUPES ANGLAISES EN

FLANDRE ET DANS LES QUARTIERS d’AL- :

LEMAGNE , 1742 ET 1743.

Au commencement de juin 1742 (1} , '

(1) On s’csi servi du nouveau style par^ '

nouveau style , les troupes anglaises commencèrent à s’embarquer pour la Flandre. Il y avait en tout environ seize mille hommes , tant infanterie que cavalerie. Les vents furent favorables, les passages courts ; les soldats abordèrent en bonne santé et se rendirent à leurs garnisons respectives. — On établit le quartier-général à Gand , avec la plus grande partie de la cavalerie , trois bataillons des gardes, un régiment et l’artillerie ; on mit huit bataillons en quartier à Bruges , deux à Courtrai , un régiment de dragons à Oudenarde , et une autre partie à Alost, partie à Grammont.

Dn plaça l’hôpital général à Gand ; mais lans les autres garnisons on confia le îoin des malades aux chirurgiens de cha- ]ue régiment. — Pendant l’été et l’au- ;omne , le temps fut beau, les chaleurs iouces et modérées, et en général il l’y eut point de maladies dans le pays. Les officiers anglais continuèrent à se lien porter ; mais il y eut beaucoup de ioldats qui tombèrent malades : en voici a cause la plus vraisemblable. — Gand ;st situé entre la partie élevée et la parie basse de la Flandre. Le quartier de a ville qu’on appelle la Monlagne-St- ^ierre est beaucoup plus haut que le este de la ville. Les casernes qu’on y ,vait pratiquées , ayant des écoulements )our les eaux et un air libre , étaient out-à-fait sèches , de sorte que les trou- )es qui y logeaient jouirent d’une sané parfaite ; mais celles qui étaient en luartier dans la partie basse de la ville, it qui se trouvaient la plupart logées au ez-de-chaussée , dans des maisons ruilées , sans écoulement pour les eaux, et ar conséquent fort humides, furent suettes à beaucoup de maladies. Le baiillon du premier régiment des gardes st un exemple remarquable de l'effet ausé par la différence des quartiers.

)eux de scs compagnies étaient sur la lontague Saint-Pierre, les huit autres ans la partie basse de la ville. Ces derières occupaient des chambres si hulides , qu’à peine les soldats pouvaients empêcher leurs souliers et leurs bauriers de se moisir. Au mois de juillet ,

:s malades de ce bataillon montaient à. aviron cent quarante (1) ; de ce nom-

>ut, quoiqu’il n’ait commencé en Anleterre qu’au mois de septembre 1752.

(1) Un bataillon complet consistait lors en huit cent treize hemaaes; inai$

bre , il n’y en avait que deux qui appartinssent aux compagnies de la montagne Saint-Pierre , et tout le reste à celles de la basse ville. Mais vers le milieu d’août, en changeant de casernes , la maladie diminua aussitôt. Le reste de la garnison souffrit beaucoup moins à proportion. Les plus grandes listes des malades de l’infanterie n’excédèrent , en aucun temps, soixante-dix hommes par bataillon , et quarante par régiment de dragons (l). Quoiqu’on comprît dans ces listes tous les accidents qui empêchent un soldat de vaquer à ses fonctions , et que le nombre des malades fût alors trois fois plus grand qu’il ne l'est communément lorsque les troupes sont dans leur pays , cependant il ne parut pas exorbitant dans cette garnison. Les plus grandes listes furent au mois d’août. Ces maladies étaient alors principalement des fièvres intermittentes et rémittentes , et des cours de ventre.

Les maladies furent plus considérables à Bruges , ville de la division de la Flandre basse , et plus humide que Gand. Les soldats étaient , outre cela , logés dans des barraques plus humides.

Les fièvres intermittentes et rémittentes commencèrent au mois de juillet. Au mois d’août , les intermittentes se trouvèrent très-nombreuses ; elles continuèrent pendant tout le mois de septembre, diminuèrent au mois d’octobre, et cessèrent avec les gelées en novembre. Ces fièvres étaient non-seulement d’une espèce plus dangereuse que celles de Gand, mais le nombre des malades fut trois fois plus grand , et il en mourut davantage à proportion. Après les fièvres, les flux de ventre furent ce qu’il y eut de plus fréquent, et quoiqu’ils ne fussent pas toujours des flux de sang , c’était cependant une espèce de dysenterie. On remarqua alors que ceux qui logeaient dans des étages élevés se portèrent beau-

comme on ne met pas dans les listes des malades les officiers brévetés , on ne doit compter dans le corps entier que sept cent cinquante soldats, et les officiers sans brevet, dont on porte les noms au commandant de chaque régiment, lorsqu’il leur survient quelque indisposition qui les empêche de s’acquitter de leur devoir.

(1) Les régiments de dragons étaient composés de trois escadrons , et chaque escadron de cent cinquante-huit hommes,, çpmpter les officiers brévetés.

coup mieux que ceux qui demeuraient aux rez-de-chaussée, qui étaient tous très-humides. — Les deux bataillons en garnison à Courtrai étaient logés différemment : l'un avait des casernes sèches et l’autre humides. Le dernier eut le double de malades pendant tout l’automne ; mais les plus grandes listes n’allè- Tcnt pas au-delà de 70 hommes.

Oudenarde se trouve dans la division de la Flandre haute ; mais les casernes étant humides, sans écoulement pour les eaux, et dans une situation basse , les fusiliers gallois qu’on y avait mis souffrirent autant, à proportion, que la garnison de Bruges. — Mais à Alost et à Grammont, villes de la même division, où un régiment de dragons fut logé par billet, dans les maisons des particuliers, à peine y vit-on la moindre maladie ; et ce corps se porta si bien , que lorsque l’armée marcha en Allemagne, il ne fut point obligé d’abandonner un seul homme. — Le grand nombre de malades, et le défaut d’expérience dans le traitement des maladies ordinaires à un climat humide, furent cause qu’on traita peut-être alors ces fièvres avec moins de succès qu’elles ne le furent par la suite. Plusieurs fièvres rémittentes dégénérèrent en fièvres continues, souvent mortelles.

Les intermittentes se changèrent pareillement en fièvres continues, ou finirent en obstructions dangereuses des viscères, parce qu’on les avait arrêtées avant les évacuations convenables, ou parce qu’on ne s'était pas assez précaution né contre les rechules. — Après les gelées de novembre, les fièvres intermittentes ne parurent plus, à moins qu’on ne prît du froid, et même il n’y eût que ceux qui en avaient été attaqués en automne, qui en furent saisis de nouveau. — Les maladies épidémi({ues de l’auîomne cessèrent, et firent place à celles de l’hiver. Ces dernières provenaient du froid , et se partageaient en differentes espèces ; les plus communes étaient des toux sèches, de? rhumatismes, des points de côté , des iîiflammatioi's du poumon, et autres semblables. Nos soldats n’étanl point accoutumés aux exercices militaires, ni à des quartiers froids, et ne se trouvant pa-; pourvus d'habits propres au climat et à la saison, qui est très-rude en ce lemps-là , furent sujets à toutes ces maladies. — Il n’y eut point d’autre incommodité considérable, si l’on excepte la gale. Elle devint si universelle en effet, quelque temps après le débarque-

ment des troupes, que beaucoup de personnes crurent devoir attribuer la cause d’un mal si étendu et si subit, aux provisions salées dont on fit usage sur mer, ou bien au changement d’air. La seule cause de celle contagion provenait d’un petit nombre de soldats qui, s’eu trouvant infectés avant l’embarquement, le communiquèrent à bord à leurs camara- ; des, ou après leur arrivée en Flandre , j dans les casernes. j.

Telles furent les principales maladies de nos troupes dans les garnisons. Les moins fréquentes furent des hydropisies et des consomptions ; les premières, une i suite des fièvres d’automne opiniâtres mal i guéries, etles autres, d’un rhume négligé. i — Mais la plus alarmante fut, dans l’hôpi- i tal , une fièvre d’une espèce particulière, i lente dans son cours, accompagnée d’un ( pouls profond et d’une stupeur constante, j La nouveauté et le danger, plutôt que le ] nombre des personnes qui en furent at- , i taquées, la rendirent considérable. On î | se méprit d'abord à la cause ; on s’a- ( perçut ensuite qu’elle provenait du mau- . i vais air de quelques-unes des salles trop pleines de malades , et principalement d’une où il y avait un homme dont un membre était gangrène. Cette fièvre ne parut point hors de l'hôpital, et comme elle commence, la plupart du temps, dans les hôpitaux ou les prisons, on l’appellera dorénavant, pour la distinguer, fièvre d’hôpital ou de prison. — Les troupes sortirent de leurs quartiers d’hiver au commencement de février 1745, et marchant en Allemagne, on les cantonna dans le pays de Jiiliers et à Aix-, |jj, la-Gbapelle. On laissa seulement une partie de la cavalerie à Bruxelles. Le i iiomhie des malades et de ceux à qui la ,, faiblesse ne permettait pas encore de se mettre en marche se montait à environ six cents : on les rassembla de toutes les garnisons, dans riiôpital - général de Gand . Le temps étant favorable, les ,, troupes entrèrent en Allemagne en fort \^. bon état. — Bimfôt après, Vinftucnzn (Ij ,, parcourut la plus grande partie de l’Eu- jj rope, et se fit sentir vivement à Bruxel- |^j| les : mais dans les quartiers on ne s’eq aperçut que par les rechutes de ceux qui, ^ l’automne précédent, avaient été attaqués de fièvres intermittentes. Les au- j très maladies furent les mêmes qu’eu j.

(I) Fièvre de courte durée, accompa- ^ gnéc d’un catarrhe violent. i|]

SUR LES Maladies des armées. 19

! Flandre, des rhumes, des pleurésies, et autres semblables , occasionnées par le froid et la rigueur de la saison.

Depuis l’arrivée des troupes à leurs quartiers, jusqu’au commencement de mai, le temps fut extrêmement froid; il I tomba beaucoup de neige vers la fin de jraars, pendant dix-sept jours sans dis- I continuer. Les troupes abandonnèrent jen ce temps-là leurs quartiers, et traverjsèrent le Rhin ; la marche fut longue, et les mauvais chemins la rendirent pénijble. Mais, comme les soldalspassaientles nuits dans des maisons chaudes, et qu’ils avaient de bonnes provisions, il y en eut si peu qui tombèrent malades en route, [jue dans la marche, depuis Gand aux rjuartiers d'Allemagne, et de ces quartiers k l’endroit où nous campâmes en hiver et par le temps le plus fâcheux, nous ne |perdîmes pas en tout vingt hommes. — ÎA.U commencement de mai, le temps

I changea tout-à-coup, et les troupes campèrent le 17 à Hoechsl (1), sur les bords lu Mein dans un pays sec , ou vert et îain.

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