‹ Observations sur les maladies des armées dans les camps et dans les garnisonsChapitre 42 sur 117 · EXPÉRIENCE XVII · texte numérisé non relu

EXPÉRIENCE XVII

Comme j’ai déjà montré comment on pouvait rétablir de la chair putride dans son premier état, je terminerai cette partie de mon sujet par un essai semblable i sur un jaune d’œuf. Ayant délayé dans I un peu d'eau une partie d’un jaune d’œuf, je l’y laissai jusqu'à ce qu’elle se putréfiât. J’en mis quelques gouttes dans une fiole avec deux onces d’eau pure, et j’en mêlai deux fois autant avec une forte infusion de fleurs de camoraille.^ Les deux fioles répandirent d’abord quelque odeur putride; mais ayant été bien bouchées, et tenues pendant quelquesjoursprèsdu feu, le mélange où il n’y avait que de l’eau contracta une odeur fétide trèsforte , et l’autre ne sentait que la camomille. — J’ai rapporté jnsqu’ici les expé-^ riences que j’ai faites sur les substances anti-septiques , et il paraît par là qu'outre les esprits, les acides et les sels, nous possédons un grand nombre de substan-»

ces qui résistent à la putréfaction, et qui sont douées de qualités échauffantes, rafraîchissantes , volatiles, astringentes, et autres semblables, ce qui en rend quelques-unes plus propres que d’autres à remplir certaines indications. On cou- i naît déjà de très-bons correctifs dans quelques cas de putridité , mais il y en a i d’autres où ils manquent tout-à-fait Nous ne savons encore comment corrigei, i la sanie d’un ulcère cancéreux; cepen t dant il y a tout lieu d’espérer que, dam une aussi grande quantité d’anti-septi ques, il s’en trouvera quelqu’un de pro pi e à cet effet.

Il est d’ailleurs à remarquer que, d même que différentes maladies d'une es pèce putride exigent différents anti-sep tiques , ainsi la même maladie ne cèd pas toujours au même remède. Par exen pie , le quinquina ne réussira point dan la gangrène si les vaisseaux sont tro pleins, ou le sang trop épais. Mais si le vaisseaux sont relâchés, et le sang dan un état de dissolution , ou disposé à la pi Iréfaction , soit par une mauvaise const tution, ou pour avoir absorbé quelqii matière putride , le quinquina est alo un spécifique souverain. On doit s’t servir avec de semblables précautioi

dans les plaies , surtout s’il y a éu du pus absorbé, si les humeurs en sont infectées, ,el s’il en résulte une fièvre hétique. Mais lorsque les symptômes inflammatoires dominent, le même remède, en augmentant la tension des fibres (état bien différent de l’autre), occasionne tous les accidents fâcheux auxquels on doit s’attendre en pareil cas. — Il paraît, par le succès du quinquina dans les maladies putrides, que sa qualité astringente n’a pas peu de part à la cure (1). En effet, la nature de la putréfaction consiste dans une réparation ou désunion des parties. Mais comme il y a certains cas où les qualités astringentes ne sont pas si nécessaires, on peut trouver dans la racine de contrayerva, la serpentaire, le camphre, et [quelques autres substances , une vertu anti septique très forte, sans aucune qualité astringente, ou du moins avec fort peu. Plusieurs de ces remèdes étant id’ailleurs sudorifiques, ils opèrent par Icette raison d’une manière beaucoup ^us siire.

Je viens maintenant à la seconde chose |r(ue je m’étais proposée, je veux dire mes jobservalions sur les substances qui hâtent et accélèrent la putréfaction, objet [qui n’est pas moins utile ni moins digne ;de nos recherches que le premier. Car, |mettant à part l’idée choquante qu’on attache communément à ce mot, nous devons regarder la putréfaction comme un des instruments dont la nature se sert pour produire quelques changements des plus importants et des plus salutaires. Par rapport à la médecine , nous savons que ni les substances animales ni les végétales ne peuvent devenir un aliment sans quelque degré de putréfaction. Plusieurs maladies tirent leur origine du défaut de celte action (2). La crise des fièvres paraît dépendre en quelque sorte de la putréfaction (3), et même elle con-

(1) Tous les astringents paraissaient être de puissants anti-septiques, et tous les anti-septiques ont probablement quelque qualité astringente, quoiqu’elle ne soit pas toujours manifeste.

(2) Quelques auteurs de grande réputation entendent et expriment la même chose par un défaut d’un degré convenable d’ alcalescence dans les humeurs.

Mais j’ai fait voir dans le premier mémoire que ce terme était sujet à de grandes objections.

(5) On doit remarquer qu’llippocrate était de même sentiment, puisqu’il fait

tribue à produire la chaleur animale , suivant l’ingénieuse théorie du savant docteur Stevenson (1). — Mais, en suivant ce sujet, je n’ai rencontré que fort peu de septiques réels, et j’ai observé que plusieurs substances qu’on remar-

si souvent usage du mot qui signifie putréfier , comme d'un synonyme pour le mot digérer. Ainsi, suivant la remarque de Foësius, (tovjzsiv ^quocl est putrefacercj Hippocrati concoquere sigmjicat; ut et aoû\{>tç concoctionem. (Voyez OEconom.

Hippocrat. in voce. (TOVTrsrj .) Dans quelques-unes des premières éditions de ces expériences, je citai par une méprise Gorrœus au lieu de Foësius , quoique Gorræus le jeune, dans son édition des Dejinitiones medicœ , fait à peu près la même remarque, sous l’article (jovTTTLxov y.oiXiov, où l’on voit cette expression : Hippocrati libello OKSpt âvaTO- [Àovç de vetitriculo dicitur ub fit concoctior velut cibos concoquens aut putrefaciens. 11 paraît probable que la coefion, suivant les anciens, est une espèce de putréfaction, puisque dans cet état les humeurs sont toujours beaucoup plus fluides, et plus propres à passer dans les plus petits vaisseaux où elles s’arrêtaient auparavant. Or, la résolution ou l’atténuation est un caractère inséparable de la putréfaction ; et nous remarquons souvent par la fétidité des sueurs et des autres excrétions qui suivent une crise, des marques indubitables d’un haut degré de corruption.

Le temps de la résolution ou putréfaction dépend du degré de chaleur, du tempérament du malade, et de la partie où se trouve l’obstruction. De là vient cette variété dans différentes fièvres, et cette uniformité dans celles du même genre.

Enfin la résolution diffère de la suppuration, en ce que celle-ci s’étend aux vaisseaux mêmes, et que celle-là est bornée aux humeurs. Cette manière de parler est hors d’usage, à cause du préjugé, que rien n’est putride que ce qui répand une odeur fétide; au lieu que, dans le fait, dès qu’une fibre devient plus lâche , et une humeur plus fluide, on peut les regarder comme commençant à devenir putrides; soit que ce changement tende à une meilleure santé, ou à la destruction de la machine, et qu’il soit agréable ou disgracieux aux sens.

(1) Voyez son Essai sur la cause de la chaleur animale, inséré dans les Essais de médecine, vol. v. Le lecteur trouvera dans ce traité plusieurs observations eu-' rieuses" S’.ir la putréfaction animale.

TRAITÉ

quait coramunémenl comme telles , étaient d’une nature toiit-à-fait opposée. Les moyens les plus généraux pour accélérer la putréfaction sont la chaleur, l’humidité et un air qui ne circule point; ce qui étant suffisamment connu, j’ai passé outre sans faire aucune nouvelle expérience à ce sujet. Le lord Bacon (1), et quelques chimistes ont fait naître l’idée d’une fermentation putride, analogue à celle qui arrive aux végétaux, et comme il y a une grande connexion entre cette fermentation et la contagion, j’ai fait l’expérience suivante pour répandre plus de lumière sur ce sujet.

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