EXPERIENCE XVIII
Un brin de fil ayant été trempé dans un jaune d’œuf déjà putride, on l’enferma dans une fiole avec la moitié d’un jaune d’œuf frais délayé dans un peu d’eau. On mit l’autre moitié avec la même quantité d’eau dans une autre fiole, et toutes deux étant bien bouchées , on les laissa près du feu pour se putréfier. Le fil infecta le jaune frais, car on aperçut plutôt la putréfaction dans la fiole qui contenait le fil que dans l’autre.
Mais on ne recommença pas cette expérience.— La viande se corrompt de la même manière, beaucoup plus vite dans un air renfermé que dans un air libre. Car les parties les plus putrides étant aussi les plus volatiles, elles sortent continuellement de la substance corruptible et se dispersent avec le vent, mais lorsque l’àir croupit et ne circule point, elles restent autour du corps, et agissant comme ütl ferment, elles excitent et accélèrent la corruption (2).
(1) Vid. Nat. liist., cent, iv, expér.
(2) Corpus in pulredine existens, alii (corpori) aputredine libero facillime corruptionem conciliât, quia illud ipsum (corpus) quod in motu intestino jara positum est, alterum quiescens ad talem mofum lamen proclive, in eumdem motum inteslinum facile abripere potest.
(Stahli Fundam. chimiæ , part, ii, tract. I, sect. I, cap. V.) C’est sous ce point de vue que Stahl et d’autres fameux chimistes ont considéré un ferment putride, et ils se servent communément de la meme expression. Beccher (In physic.
sublerran., lib. x, sect. v, cap. i, n° 34), en parlant d’une substance corrosive putride, prise par manière d’aliment, dit
expérience XIX'.
A l’égard des autres substances septiques dont font mention divers auteurs, je n’en ai trouvé aucunes qui le fussent réellement. On a regardé les sels alcalis comme les principaux promoteurs de la putréfaction, mais l’expérience prouve le contraire. On peut, il est vrai, remarquer, au sujet des alcalis volatils , que , quoiqu’ils préservent de la corruption avec une vertu quatre fois plus grande que celle du sel marin, cependant ces sels, en petite quantité dans une infusion chaude, amollissent et relâchent les fibres plus que l’eau seule ne le pourrait faire. Ils empêchent aussi la circulation du sang, et, lorsqu’on les prend comme remède, ils atténuent peut-être et dissolvent le sang, mais ils ne sont pas pour cela septiques. Garces sels putréfient ou dissolvent si peu les fibres, lorsqu’on les applique secs, que j’ai conservé dans une fiole plus de cinq mois, à compter du commencement de juin, un petit morceau de viande avec du sel de corne de cerf
fermentiim iiniverso sanguini imprimît. Et M. Boyle se sert indifféremment des mots fermentation et putréfaction du sang dans l’ouvrage qui a pour titre : Observations et expériences sur le sang humain. Ces auteurs ont néanmoins grand soin de ne point confondre la putréfaction avec la fermentation des végétaux, se contentant de regarder ces opérations comme analogues. C’est pourquoi ils emploient le même terme pour exprimer Vagent putréfiant et fermentant, parce qu’il ne so trouve pas de mots plus expressifs dans les langues dans lesquelles ils ont écrit. 11 serait à souhaiter que, pour éviter l’ambiguité, nous eussions deux mots différents pour désigner la cause qui excite ces deux mouvements intestins. Mais on doit d’autant moins s’y attendre, que toutes les substances putrides animales ont de la disposition à exciter la putréfaction animale, et une fermentation vineuse dans les végétaux, comme il paraîtra par la suite de ces expériences, j’ai insisté sur ce jooint, d'autant plus que j’appréhendais que le fréquent usage que j’ai fait du terme ferment dans les Observations sur les maladies des armées, ne fit croire à quelques-uns de mes lecteurs, que je tâchais de faire revivre la doctrine de la fermentation du sang, telle que celle qui a lieu parmi les substances végétales; ce qui serait fort éloigné de mon intention.
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SUR LES SUBSTANCES SEPTIQUES ET ANTl-SEPTIQUES» 151
seulement , et bien loin de se gâter, il se trouva plus sain et plus ferme qu’auparavant (1).