‹ Observations sur les maladies des armées dans les camps et dans les garnisonsChapitre 6 sur 117 · I CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

I CHAPITRE IV

(\ELAT10N gÉîsÉrALE DES MALADIES DURANT I LA CAMPAGNE DK Flandre, en 1744.

/ Nos troupes campèrent d’abord, le 31 I mai, à Anderlecht, à une lieue de Bruxel- <|les. Le l®*" juin elles allèrent à Berleg- Ihem , et y restèrent jusqu’au 31 juillet, i'que l’armée traversa l’Escaut, et campa "à Anstain, dans le territoire de Lille , où elle séjourna presque tout le reste de la 'Icampagne. — Les Anglais entrèrent celle 'année en campagne avec cinq nouveaux bataillons, et l’on reçut à Berleghem un renfort de cinq autres bataillons venus ;jd’ Angleterre. Cette augmentation, jointe jà celle des dragons et aux recrues, reni idit les troupes nationales supérieures de idix mille hommes au moins à celles de la , ipremière campagne. — Les trois premiers jours qu’on fut campé, il fit fort ichaud pour la saison, et il fit froid pendant les dix suivants ; mais le temps s’a-

doucissant ensuite , et cdntinuant de la sorte avec des chaleurs modérées, l’été fut en général très-favorable aux opérations de la campagne. A vant que l’armée passât l’Escaut, comme le service n’avait point été rude , et que le fourrage se trouvait fort près , les soldats souffrirent peu , et eurent rarement leurs ha* bits mouillés. De là vient que la maladie fut si modérée que pendant les dix première semaines qu’on campa , nos troupes envoyèrent seulement six cents hommes dans les hôpitaux de Gand et de Bruxelles, ce qui ne faisait que la quarante-troisième partie du total. — Les deux tiers de ces maladies étaient purement inflammatoires, telles que des pleurésies , des péripneumonies, desesquinancies, des rhumatismes accompagnés de fièvres, ou autres semblables. Le reste était, pour la plupart, des fièvres printanières intermittentes, quelques dysenteries et autres maladies accidentelles, généralement accompagnées d’inflammation, comme au commencement de la précédente campagne (l).

Il est à propos d’observer encore une fois, par rapport aux maladies inflammatoires d’un camp, que, quoiqu’au commencement de la campagne, les toux et les points de côté , avec inflammations des poumons et de la plèvre, soient les effets ordinaires du froid qu’on a pris; cependant, lorsqu’on approche du solstice d’été, comme le temps devient plus chaud, la poitrine est moins sujette à être affectée , et ces causes produisent plutôt des fièvres continues ou des rémittentes, avec un sang couenneux, que quelquesunes des inflammations dont on a parlé plus haut. On doit encore observer que cette fièvre peut se guérir aisément ea peu de jours, si on la traite comme il faut. Mais si on la néglige au commencement, soit en omettant la saignée, soit en faisant rester les malades dans le camp, ou en les faisant transporter dans des chariols à des hôpitaux éloignés, elle n’est jamais sans danger. — Lorsque l’armée fut arrivée dans le territoire de Lille , on ouvrit un hôpital à Tournai, le 23 août, dans lequel on n’tnvoya d’abord que cinquante hommes; et comme c’étaient les seuls qui fussent tombés malades depuis qu'on eut traversé l’Escaut, cela prouva que le camp était alors fort sain. Mais parmi ce petit nombre, il se fit

(4) Chap. III, pag. 16.

un changement dans leurs maladies; d’inflammatoires, elles devinrent putrides, la plupart étant des fièvres rémittentes ou des dysenteries. — Depuis la fin du mois d’août jusqu’au milieu de septembre , il tomba une grande quantité de pluie; ainsi ceux qui allaient au fourrage non-seulement furent souvent mouillés, mais encore le terrain sur lequel l’infanterie campait étant bas, il conserva l’eau de la pluie. De sorte qu’il y eut dans l’hôpital, le I®’’ octobre, plus de quatre cent cinquante personnes attaquées de la dysenterie, sans compter quelques autres qui l’eurent plus faiblement, et qu’on ne jugea pas à propos de transporter hors du camp.

Ce fut là toutefois le plus grand nombre de nos malades; ce qui, vu l’augmentation de nos troupes, était peu considérable, si l’on examine combien celte maladie avait été fréquente la campagne récédente. La raison en est fort simple, e temps , au commencement de la première campagne, avait été si chaud que, •vers la fin de juin, les humeurs avaient déjà de la disposition à se putréfier. Tandis que les choses étaient dans cet état , les pluies qui tombèrent à Detlingen,et le terrain mouillé sur lequel nos troupes couchèrent, ayant arrêté la transpiration, ou affecté d’une autre manière leur tempérament , produisirent la dysenterie, qui fut augmentée par la contagion , la chaleur du temps, la paille pourrie et les privés d’un camp où l’on avait fait un long séjour. Mais cet été étant fort tempéré , la maladie commença tard, et le froid de la saison l’empêcha de faire de grands progrès. — La fièvre rémittente du camp se fit sentir plus périodiquement que la dysenterie. Elle commença seulement un peu plus tard que l’année précédente , fut assez fréquente sur la fin de septembre, mais elle ne se trouva en aucun temps aussi générale qu’elle l’avait été auparavant. Les symptômes furent aussi plus modérés, et 3a peau parut rarement jaune, comme dans la campagne précédente ; mais quand le temps devint froid , cette fièvre fut souvent accompagnée de toux, d’obstruction des poumons, ou de douleurs de rhumatisme. Ces symptômes (1), comme on l’a dit plus haut, n’appartenaient pas proprement à la fièvre; ils y étaient seulement accessoires et causés

(1) Chap. III; pag. 17.

par le froid. —Le beau temps succéda * aux pluies, et il dura jii.squ’au commencement d’octobre , mais ayant été suivie de nouveau par des pluies abondantes et froides, la maladie aurait certainement augmenté, si la campagne n’eût pas fini peu de temps après. Car, le 16 de ce ' mois , on envoya une partie des troupes en quartier d’hiver, et quelques jours après elles furent suivies par le reste de l’armée.

Lorsqu’on décampa , il y avait dans les hôpitaux de Tournai, de Gand et de Bruxelles, autour de quinze cents malades, ce qui faisait seulement la dix-septième partie des troupes qui entrèrent en ' campagne. Le nombre de soldats qu’on perdit pendant la campagne et dans les hôpitaux, après qu’elle fut finie, n’alla pas au-delà de trois cents. La douceur de la saison , les campements dans un pays ; sec, l’exercice fréquent qu’on donna aux 1 troupes , en les envoyant en partie pour < fourrager, lorsqu’on eut fixé le camp à Anstain, et les quartiers d’hiver qu’on prit de bonne heure, furent autant de circonstances qui concoururent à conserver l’armée en santé. — Les troupes, retournant à leurs garnisons de si bonne heure et en aussi bon état, emportèrent peu de germes de maladies. Comme la dysenterie avait été pendant quelque temps sur son déclin, la pluie l’augmenta bien peu, et la moitié de l’armée étant déjà endurcie par deux campagnes, la fièvre rémittente ne se fit guère sentir, dans les quartiers, qu’aux recrues et aux nouveaux régiments qui campaient cet été pour la première fois. — Les troupes retournèrent aux mêmes garnisons ji qu’elles avaient laissées. On conserva à d Bruxelles l’hôpital général, mais on n’en d établit point à Bruges ni à Gand : on ] donna seulement ordre aux chirurgiens d de chaque régiment de prendre soin de di tous leurs malades, dans les casernes iji qu’on leur avait destinées, et on leur il« fournit, aux dépens du public, les remè- jo des et tout ce qui leur était nécessaire, d; En chacune de ces garnisons, il y avait y un médecin à qui les chirurgiens devalent s’adresser dans l’occasion. En éta- jj blissant des infirmeries particulières (n pour chaque régiment, on n’eut en vue que d’épargner la dépense d’un grand fci hôpital. On en retira cependant un autre f| avantage en prévenant l’infection , suite de ordinaire et fatale d’un hôpital général qui se trouve trop rempli, comme on l’a ij, déjà remarqué, — Deux bataillons qui

f étaient restés 'pendant la canfipaçne en Il garnison à Ostende avaient joui d’une

I fort bonne santé. La fièvre rémittente ; y était inconnue , et il n’y eut que quelrj ques soldats qui , par les gardes avancées

II et parle service de nuit, ayant été beaui: coup exposés au froid et à la pluie , eu-

rent des fièvres intermittentes et des dyi senteries bénignes. Nos officiers et les ; i habitants de cette place en furent en- - tièremeut exempts.

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