‹ Observations sur les maladies des armées dans les camps et dans les garnisonsChapitre 7 sur 117 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

j| RELATION GÉNÉRALE DES MALADIES PENDANT ' LA CAMPAGNE DE FLANDRE, EN 1745.

I Les troupes sortirent de leurs quartiers

■ <1 le 25 avril; elles allèrent camper encore

I à Anderlecht , et le 9 mai à Briffoel. — ; iî Le temps étant doux, la maladie fut mo- :i| dérée, et de la même espèce que celle ii des campagnes précédentes. Il y eut ' V aussi beaucoup d’inflammations, qui prirent, comme auparavant, la forme de •t| pleurésies ou de péripneumonies ; mais I il y eut moins de rhumatismes aigus ,

; ; parce que la saison se trouvait encore 1 i trop froide pour engager les soldats à 3 (j dormir sur l’herbe, ce qui leur cause ore j dinairement cette maladie. Les fièvres : intermittentes printanières étaient aussi

1 d’une espèce inflammatoire, ainsi que le i: petit nombre de dysenteries qui parut alors. La petite vérole, la seule maladie • particulière à cette campagne , était ve- I nue d’Angleterre avec les recrues , mais I j elle ne se répandit pas; et nous n’avons i 1 jamais remarqué qu’elle ait fait beaucoup . » de ravage dans un camp. — La bataille :> de Fontenoy se donna le 1 1 ; il fit très- !-^j beau ; la nuit suivante fut si sèche et si !J douce que, quoique la plupart des sol- ( • dats n’eussent rien pour se couvrir, et qu’ils fussent tous extrêmement fatigués,

: 1 ils n’éprouvèrent aucune maladie. Le • ■ jour suivant on établit un hôpital à Ath, dans les casernes de Saint-Roch , et on i; y mit environ six cents blessés ; le reste, »! qui se montait à plus de douze cents, ayant été emmené par les Français, et «I envoyé à leurs hôpitaux.

' I Le IG du même mois, l’armée aban- «j boiina Ath, et alla camper à Lessines, où î| elle resta jusqu’au 30 juin. La plus grande partie du mois de mai étant sèche , ' avec des chaleurs modérées , fut favorable aux blessés et aux soldats qui se trou- ! vaient dans le camp. Mais, comme le

temps fut froid et pluvieux en juin, les fièvres intermittentes printanières et les dysenteries reparurent. Les vieilles troupes qui étaient endurcies ne souffrirent pas beaucoup; mais ces maladies se firent cruellement sentir dans les réginients de Price et de Mordaunt, qu’on venait de former , et qui campaient à Lessines pour la première fois. — L’armée se rendit à Grammont , où elle séjourna dix jours ; et de là marchant à Bruxelles, elle campa dans la plaine de Dieghem , qui, étant sèche, ouverte et élevée, passe pour l’endroit le plus sain des Pays-Bas, et le plus propre à asseoir un camp. Après y avoir resté un mois, l’armée se rendit à Vilvorde ; le sol de la terre y étant sec , le pays aéré et les chaleurs modérées , les troupes continuèrent à jouir d’une santé peu ordinaire. Car, au milieu de septembre , il y eut rarement plus de douze malades par bataillon ; nombre aussi petit qu’on puisse l’espérer dans les meilleurs quartiers.

La température de la saison, la sécheresse du terrain , et le peu de fatigues que les troupes eurent à essuyer, contribuèrent à rendre l'automne extrêmement sain, quoiqu’il ne le soit pas communément. La dysenterie seule avait été fréquente dans les nouveaux régiments ; on en guérissait aisément, et l’on ne pouvait pas non plus donner le nom à'épidémiquek la fièvre rémittente. Car, quoiqu’elle eût commencé vers la fin d’août et que ce fût la maladie la plus ordinaire le reste de cette campagne, elle fit cependant si peu de progrès, qu’il n’y eut en aucun temps plus de sept à huit personnes par bataillon qui en furent attaquées; les symptômes en furent même beaucoup plus favorables que ceux des campagnes précédentes. — Les troupes s'étant un peu éloignées pour former une ligne le long du grand canal , on remarqua que > le terrain étant bas et planté d’arbres., d’une manière fort serrée , les effets de l’humidité commencèrent bientôt à se manifester; mais ils disparurent dès qu’elles furent de retour au premier camp. — Le 24 octobre, le temps continuant à être beau et tempéré, on leva le camp, et les troupes entrèrent dans leurs quartiers d’hiver. Quelque temps auparavant on avait renvoyé en Angleterre dix bataillons, et au commencement de novembre, toute l’infanterie anglaise, avec partie de la cavalerie, ayant été rappelée pour réprimer la rébellion ,

OBSERYATIONS

elle marcha à Wilemstad, ou elle s’embarqua pour l’Angleterre.

]\üus avons jusqu’à présent parlé de la santé du gros de noire armée ; nous allons dire deux mots des corps qui en furent séparés. Ostende s’étant rendue sur la fin du mois d’aoùt, la garnison , composée de cinq bataillons anglais, fut conduite à Mors , où elle resta environ trois semaines. Ces troupes s’étaient si bien portées, que, lorsqu’ellcssortirent , suivant la capitulation, elles ne laissèrent que dix malades, malgré la grande fatigue qu’elles avaient essuyée pendant le siège. Mais le même corps ayant été mis ensuite, à Mons, dans des casernes humides, tandis que les dehors de la ville étaient inondés, les maladies d’automne prévalurent alors à un tel point, que dans ce court espace il y eut deux cent cinquante malades qu’on fut obligé d’y laisser, lorsque le reste de ce corps marcha à Bruxelles. C’étaient des dysenteries , des fièvres rémittentes et intermittentes; et il s’y joignit, comme c’est assez l’ordinaire vers la fin de l’automne, des toux , des douleurs de rhumatisme, et autres maladies provenant du froid.

Il s’y mêla aussi un peu de fièvre d’hôpital, causée par le mauvais air des logements étroits et malsains où les soldats restèrent à Mons.

On envoya, vers le milieu de juillet, dans la citadelle d’iVnvers, le régiment de Handyside, qui formait aussi un corps séparé, et qui était arrivé cet été pour la première fois. L’air de celle ville est humide ; le fort , surtout , se trouve exposé aux exhalaisons des marais voisins.

Les casernes étaient d’ailleurs à rez-dechaussée et extrêmement humides ; ce qui rendit d’une mauvaise espèce et générales la dysenterie, les fièvres intermittentes et les rémittentes. Au commencement d’octobre, il y eut 1G3 malades dans ce seul bataillon, ce qui était cinq ou six fois j)lus que n’en avaient les autres régiments qui se trouvaient dans les lignes. On ne peut imputer cette disproportion qu’à l’humidité, puisque les autres régimentsnouveaux, qui campaient alors, souffrirent fort peu , et que dans la ville même les dysenteries , les fièvres intermittentes et rémittentes furent très-communes parmi les habitants , tandis que ceux de Bruxelles jouissaient d’une santé parfaite. Une partie des dragons de Rie, s’étant échappée à la prise de Gand , se retirèrent à Anvers ; ils y furent attaqués par les maladies épidémiques qui

régnaient dans la ville , tandis que le reste de ce régiment, qui était au camp, continua en bonne santé, sans fièvre et sans dysenterie. i

On laissa, à la fin de la campagne, dans les différents hôpitaux d’Anvers, de i

Bruxelles et de Mons, environ mille malades en tout; ce qui fait un fort petit nombre , si l’on considère que pendant celle campagne il y avait eu en même temps en Flandre, sans compter la cavale- j

rie, vingt-neuf bataillons, dont quelquesuns n’avaient jamais* fait de campagne auparavant. Le nombre des morts, depuis le commencement jusqu’à la fin.de ■ la campagne , si l’on excepte les soldats |

qui furent tués ou qui moururent de '

leurs blessures, n’alla pas au-delà de deux i cents. Les chaleurs' modérées, la sèche- ' resse du terrain où l’on campa, le peu de fatigues qu’essuyèrent les troupes, joints à ce qu’elles furent assez peu exposées dans les marches et en faction aux vapeurs humides et à la pluie, et qu’elles entrèrent de bonne heure en quartiers d'iiivcr , concoururent à rendre celle campagne la plus salubre de toutes.

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