LA GRANDE-BRETAGNE
Yers la fin de la campagne de 1745 , les trois bataillons des gardes à pied et sept autres s’embarquèrent en Hollande:
ils abordèrent au sud de l’Angleterre. Le passage fut court, et ces troupes ayant quitté la Flandre avant que les nuits devinssent froides, elles arrivèrent en parfaite santé. Le reste de l’infanterie, ayant campé plus long-temps, s’embarqua lorsque la saison était déjà avancée , et les vents contraires ayant retenu ces soldats en mer, ils débarquèrent malades à Newcastle, à Holy-Island et à Ber^vick ; car pendant la traversée, plusieurs furent attaqués de fièvres rémittentes, qui, par le grand nombre de personnes et par l’air corrompu et renfermé du fond de cale, se tournèrent bien vite en fièvres de prison, et devinrent contagieuses. On choisit à Newcastle un certain nombre de maisons pou»’ les malades qui y abordèrent. Comme on mit aussi dans ces mêmes maisons i ceux qui se trouvèrent mai à l’armée du maréchal Wade, il furent si serrés, que l’air se corrompit en peu de temps. La fièvre devint si contagieuse que la plu-
Süil tES MALADIES DES ARMIÉeS. 27
part des garde-malades et de ceux qui I prirent soin de cet hôpital en lurent I attaqués j trois apothicaires de cette ville, I quatre de leurs apprentis et deux garçons ji en moururent.
I Les régiments de Ligonier et de Price (I abordèrent à Holy-Island. Ayant laisse K leurs malades à Anvers , ils s’embarquèi rent en parfaite santé ; mais, lorsqu’ils ar-
rivèrent , ils se trouvèrent dans un état
II aussi fâcheux que ceux qui étaient à f Newcastle. L’on n’avait point prévu ce il désastre , et il se fit sentir dans le temps jii qu’on était dépourvu de tout. On tira i| des vaisseaux quatre-vingt-dix-sept sol- || dats attaqués de la, fièvre de prison ; quai{ rante en moururent. L’iqfection s’étant h répandue dans Tîle , elle emporta cin- ) quante personnes en quelques semaines,
ice qui fait un sixième des habitants de ce petit pays. La même fièvre fut portée à Berwick , par les soldats qui y débarquèrent; mais les malades étant en plus petit nombre, la maladie ne fit pas de progrès. — Au commencement de décem-
!| bre , on assembla à Litchfield , sous les ordres du duc de Cumberland, un corps f de troupes composé de douze bataillons I et de trois régiments de cavalerie. Les b| quakers avaient fait présent aux soldats der 9 camisoles de flanelle, ce qui fut fortavan- ^ tageux et fort commode pour une campagne j d’hiver. On ne fut point mouillé pendant S'j la marche; l’armée ne campa à Packingi)i ton que trois jours et les soldats passèrent <1 une nuit à Slonne, sans quitter leurs arf mes ; mais comme ils couchèrent le reste <1 du temps dans des maisons, et qu’ils Il eurent la paille, le chauffage et les vivres il en abondance, ils se conservèrent en meil ■ leure santé qu’on ne devait s’y attendre H dans celte saison.
l On envoya, vers la fin de décembre, la H plus grande partie de l’infanterie en il quartiers d’hiver, tandis que la cavalerie et mille hommes de pied s’avancèrent Z jusqu’à Carlisle. On laissa dans les vil- I les qu’on trouva sur la roule le petit if nombre de ceux qui tombèrent malades w pendant la marche, et on les mit entre s les mains des chirurgiens du pays, qui,
i en général, les traitèrent bien Les
troupes ayant séjourné quelques jours à k Litchfield, on y laissa plus de malades w que dans tout autre endroit, ce qui dé- ■1 termina à faire de la maison de force un |i hôpital. Mais, comme on y en admit un 0 trop grand nombre, l'air se corrompit , 1 et les fièvres inflammatoires ordinaires se t changeant en fièvre de prison , plusieurs en
moururent. Cette fièvre fut inconnue dans tous les autres endroits où il n’y eut point d’hôpital général. — La fièvre d’automne rémittente, quoique déguisée par divers symptômes de froid, se fit cependant remarquer dans les troupes qui vinrent de Flandre, jusqu’à ce que les gelées du mois de décembre y mirent fin. Mais les maladies dominantes furent des toux violentes , des points de côté, des douleurs de rhumatisme et de pleurésie, avec un petit nombre de dysenteries, suites naturelles du froid et de la pluie auxquels les soldats avaient été exposés lorsqu’ils étaient en faction, ou bien en marche. Il y eut outre cela quelques fièvres intermittentes , mais toutes tellement mêlées de toux et d’embarras dans les poumons, qu’on regarda la saignée comme le remède le plus nécessaire. Elle l’était en général au point que, dans toutes les villes où les troupes passaient, et où on laissait des malades, je regardais les chirurgiens et les apothicaires de ces villes comme suffisamment instruits sur la manière dont il fallait traiter les malades confiés à leurs soins, quand je leur avais inculqué la nécessité des saignées abondantes et réitérées : car les troupes étaient en ce temps-là bien nourries, et leur sang s’était bientôt enflammé en prenant du froid.
On investit Carlisle au commencement de janvier, et cette place fut prise quelques jours après. Le peu de temps que dura le siège, la température de l’air, et l’excellent abri (|ue les troupes trouvèrent près des fortifications, tant que dura le siège, rendirent la maladie si peu considérable , qu’elle n’enleva qu’un seul homme. Pendant toute celte expédition, ce corps perdit au plus quarante hommes, quoiqu’il eût eu six à sept cents malades. — Le 10 février, l’armée marcha d’Edimbourg à Perth , sous les ordres du duc de Cumberland. Elle était composée de quatorze bataillons et de trois régiments de cavalerie. Comme ces troupes se trouvaient trop nombreuses pour pouvoir être logées par billets dans les maisons des particuliers, on mit deux bataillons en quartier? dans les églises. On avait des provisions en abondance ; mais les quartiers étaient généralement froids, de sorte qu’un très-grand nombre éprouvèrent les maladies inflammatoires ordinaires en hiver. Les toux violentes, les pleurésies et les péripneumonies furent eu particulier très-fréquentes. — Les troupes décampèrent de Perth au commencement
de mars pour aller à Montrose , et de là à Aberdeen , en laissant derrière elles trois cents, malades qu’on traita et qu’on pourvut de ce qui leur était nécessaire dans les salles des corporations (1), ou dans des maisons bourgeoises. — L’infanterie entière resta en quartier à Aberdeen jusqu’à la fin de mars ; mais on mit par la suite neuf bataillons en garnison à Inverurie et à Strathbogie , et dans ce même temps , un bataillon débarqua à Aberdeen , et vint joindre l’armée. — Les gelées , la neige et les vents d’est ayant rendu le temps extrêmement vif, les maladies inflammatoires continuèrent ; mais, tandis que les simples soldats souffraient, à cause des lits froids , des factions, des gardes, ou même à cause de leur peu de conduite, les officiers dont les quartiers étaient chauds , et qui se trouvaient moins exposés au froid, se portaient bien : mais le temps étant devenu très-rude vers le commencement de mars, quelques uns ressentirent des attaques de goutte. — Les malades étant bien logés dans l’hôpital de la ville et dans d’autres grandes maisons , où ils respiraient un air libre, ne furent point attaqués de la fièvre d’hôpital. Lorsque l’armée se mit en marche, on laissa quatre cents malades, y compris ceux d’Inverurie et de Strathbogie; mais fort peu moururent.
L'armée campa d’abord, le 22 avril, à Cullen ; le jour suivant, elle passa le Spey, et, le 27, après la bataille de Culloden, elle alla à Inverness, et campa au sud de la ville. — Le service avait été continuel à Strathbogie et à Inverurie, pour se précautionner contre les surprises ; on avait marché un jour longtemps et par la pluie ; on avait campé de bonne heure, et les rivières, passées h gué , avaient occasionné bien des rhumes. Toutes ces circonstances concoururent à rendre la maladie considérable.
Soixante à soixante-dix hommes tombèrent malades avant que l'armée eut atteint Inverness : on les laissa dans les villes qui se trouvèrent sur la route.
Lorsqu’on y fut arrivé, les maladies inflammatoires ne firent qu’augmenter ; elles devinrent d’autant plus considérables, que le climat est froid, et que le camp était exposé à des vents perçants, dans un pays ouvert de toutes parts.
Les pleurésies et les péripneumonies en
(1) Les hôtels des différents corps des marchands.
particulier alarmèrent d’autant plus qu’elles vinrent bien vite à suppuration. — On mit à Inverness, dans deux granges à drêche, les blessés, qui se montaient en tout à deux cent soixante-dix hommes. Plusieurs avaient reçu des entailles faites avec de larges sabres, blessures jusqu'alors peu connues dans les hôpitaux ; mais on en guérit d’autant plus aisément que la largeur de l’orifice de la plaie était proportionnée à sa profondeur, qu’elle avait d’abord beaucoup saigné, et qu’il n’y avait ni contusion ni eschares, qui pussent mettre obstacle à une bonne suppuration, comme cela se rencontre dans les plaies faites avec des armes à feu. — Outre ces deux granges occupées par les blessés, on choisit deux maisons bien aérées pour servir d’hôpital aux malades. Les chirurgiens des régiments eurent aussi des ordres de se pourvoir d’endroits commodes pour recevoir les soldats aussitôt qu'ils tomberaient malades , et on leur permit d’envoyer à l’hôpital général autant de ceux qui étaient le plus mal qu’il en faudrait pour diminuer leur travail, sans cependant surcharger cet hôpital. On espéra qu’au moyen de la dispersion des malades, et de l’air pur qu’on tâchait de conserver dans les quartiers, on pourrait au moins modérer la contagion, si on ne la prévenait pas ; quoiqu’on eût d’autant plus sujet de la craindre, que la ville est fort petite, que les prisons étaient pleines de prisonniers, dont plusieurs étaient blessés, qu’on prévoyait les suites d’un long campement et des maladies du camp. La multitude de monde, la malpropreté d’une petite place où se tenaient les marchés de l’armée, et enfin l’air malsain d’une ville où la rougeole et la petite vérole avaient fait beaucoup de ravages avant l’arrivée de l’armée, augmentaient beaucoup nos frayeurs. [ — Toutes ces circonstances concouraient à nous faire appréhender les suites les plus fâcheuses. On eut, parcelle raison, grand soin de partager les malades en plusieurs bandes, et de tenir leurs quartiers bien propres. On donna pareillement ordre de nettoyer tous les jours les prisons , et d’enlever promptement les corps de ceux qui y mouraient. Pour prévenir les inconvénients de la trop grande affluence, on mit une partie des prisonniers à bord de quelques vaisseaux qui se trouvaient à la rade, et on leur laissa la liberté de venir respirer l’air sur le tillac.
SÜR LES MALADIES DES ARMISES.
Ainsi le mois de mai se passa sans au-
icune infection ; le temps étant extraordinairement sec et chaud pour le climat, la maladie inflammatoire avait baissé à vue 'I d’œil dans le camp, lorsqu’un accident .1 imprévu fit que la fièvre maligne devint plus générale et plus fatale qu’on I ne l’avait craint d’abord. — Vers la fin de ce mois, le régiment d’Hougthon et trois I autres, qui avaient été envoyés pour ren- 1 forcer les troupes, abordèrent à Nairn, i et joignirent l’armée. Douze soldats de ce corps tombèrent malades de la fièvre I quelques jours après ; on les envoya à [ l’hôpital où ils furent abondamment saii gnés. Mais, le jour suivant, le médecin n’ayant remarqué ni toux, ni point de côté, ni douleur rhumatismale, symptô- ; mes ordinaires de la fièvre qui dominait i alors dans le camp, voyant d’ailleurs que I la saignée leur avait abattu le pouls , et que quelques-uns avaient une stupeur I extraordinaire, je rapportai sur-le-champ ij cette fièvre à une espèce contagieuse et de prison, et je conclus qu’elle tiraitson r origine de l’air infect et renfermé des • i vaisseaux, qu’ils avaient respiré pendant j le voyage. Je ne pus cependant m’empêcher d’abord d’être étonné de ce que ce bataillon était si malade, tandis que le ! reste se portait bien. — Mais, après de I plus amples recherches, j'appris que : cette fièvre venait directement par contagion de la véritable maladie de prison, j qui se communiqua de la manière suivante. Quelque temps auparavant, on I avait pris, sur les côtes d’Angleterre, un vaisseau français, à bord duquel il y I avait des troupes destinées à secourir les [ rebelles. Il se trouva parmi ces troupes ! quelques Anglais qui avaient déserté en I Flandre. Ces derniers ayant été pris, furent jetés dans les prisons à leur arrivée I en Angleterre, où on les garda jusqu’à ce ;j qu’il se présentât une occasion pour les I transporter à Inverness, afin d’y être ju- : gés par le conseil de guerre. Les prison-
ï| niers, au nombre de trente-six, ayant <j apporté avec eux la fièvre de prison, la I communiquèrent à ce régiment qui s’était embarqué avec eux.
Trois jours après leur débarquement,
I six officiers en furent attaqués, et le réj giment laissa environ quatre-vingt mai lades à Nairn, pendant le peu de séjour qu’il y fit. Les dix jours suivants, qu’il i passa au camp d’Inverness, il envoya à l’hôpital environ cent vingt hommes i avec la même fièvre ; mais, quoique la force de k maladie eût diminué dans la
marche qu’il fit ensuite pour gagner le fort Auguste et le fort Guillaume, ce corps resta cependant maladif pendant un temps considérable. — Les symptômes.de la maladie de prison ressemblaient totalement à ceux de la fièvre d’hôpital. On avait auparavant soupçonné ces ma^ ladies d’être la même : les conjectures se changèrent alors en certitude. La première ayant été introduite de la sorte, elle se répandit bientôt , non-seulement dans les hôpitaux, mais encore parmi les habitants delà ville; tandis que le nombre et la violence des maladies ordinaires aux camps diminuèrent sensiblement après le commencement de mai. Le temps se trouvant non-seulement sec pendant tout le mois de mai , mais encore fort chaud pour le climat, il ne se trouva alors d’autres maladies dans le camp que celles qui se font sentir au commencement d’une campagne, si l’on en excepte un petit nombre de fièvres intermittentes et un plus grand nombre de diarrhées. Ces cours de ventre accompagnaient pour l’ordinaire la plupart des maladies, mais ils étaient légers , et semblaient moins provenir du froid que de l’eau de la rivière qui sort du lac de Ness, et qu’on a toujours regardée comme laxative pour ceux qui ne sont pas accoutumés à en boire. Ces diarrhées s’en allaient d’elles-mêmes, ou cédaient bien vite aux astringents. — Le 3 juin, on laissa quatre bataillons dans Inverness, et neuf autres, avec un régiment de cavalerie, se mirent en marche pour le fort Auguste, laissant dans l’hôpital environ six cents malades, sans compter les blessés.
Le nouveau campement se fit contre le fort , à l’extrémité du lac de Ness, dans une petite vallée environnée de montagnes, exceptédu côté qu’elle donne sur le lac. Ce lac est considérable, l’eau en est douce, il a vingt-quatre milles de long sur un peu plus d’un mille de large. Il est situé entre deux rangs de montagnes parallèles l’un à l’autre, ce qui le fait paraître un vaste canal. Il est remarquable par sa profondeur et par la propriété qu’il a de ne geler jamais. Partout où on l’a sondé, on a trouvé depuis cent seize jusqu’à cent vingt brasses, et dans un endroit jusqu’à centtrente-cinq.
Son eau est parfaitement douce au loucher et au goût , elle dissout aisément le savon. Cependant elle est laxative pour quelques-uns, et se trouve toujours un peu diurétique. Les babituuls en fout grand
cas pour le scorbut ; et véritablement on peut croire par ces qualités qu’elle peut convenir dans quelques espèces de celte maladie (1). On voit sur ses bords un grand nombre de petites pierres pesantes, qui sont une espèce de marcassile ; et il paraît fort probable que le fond s’en trouve pareillement couvert ; mais il est difficile de déterminer si quelque principe minéral, quelque source d’eau ou la grande profondeur de ce lac, empêchent son eau de geler (2). Comme il est plein de poissons excellents , et que son eau n’a aucun goût particulier, il ne paraît pas qu’elle soit beaucoup imprégnée de particules minérales, si tant est qu’elle le soit. D’ailleurs , comme elle est toujours fraîche, on a d’autant moins de raison de supposer au fond quelque source d’eau chaude, qu’on n’en trouve aucune de cette nature dans tout le pays. Ce lac est entretenu par plusieurs petites rivières, toutes sujettes à geler, et se jette dans le Ness, rivière assez grande, qui,
(1) Savoir dans la galle de la têîe, les dartres, et dans les degrés inférieurs de la lèpre, qu’on suppose communément, quoiqu’improprement , provenir d'une humeur scorbutique. (Voyez , part, iii, chap. vu.)
(2) Il est très-probable que la grande profondeur de ce lac l’empêche de geler: car le comte de Marsilly observe, dans son Histoire physique de la mer, que la mer, depuis dix jusqu’à cent-vingt brasses, a le même degré de chaleur depuis le mois de décembre jusqu’au commencement d’avril, et il conjecture qu’elle persiste dans cet état le reste de l’année, avec fort peu de variation. Or il paraît naturel de croire que l’eau douce, à une grande profondeur, n’est pas plus atreclée par le chaud et par le froid de l’air, que ne l’est celle de la mer à une même profondeur; d’où l’on voit que la surface du lac Ness peut fort bien ne jamais geler, à cause de la grande quantité d’eau de dessous, qui est d’un degré de chaleur supérieur au point de la congélation. Une autre circonstance peut encore y contribuer. Ce lac ne se trouve jamais dans un calme parfait, et le vent qui souflîe toujoiii’s d’une extrémité^à ‘l’autre excite de telles ondulations , qu’elles sont un obstacle à la congélation. Cette relation se confirme par la remarque qu’on fait communément dans le voisinage, que si l’on prend de l’eau du lac, et qu’on la tienne tranquille et sans mouvement, elle gèle alors aussitôt que toute autre eau.
après un cours de six milles, va se perdre dans le détroit de Murray, à Inverness, d et qui, de même que la source, ne gèle «j jamais.
On a toujours regardé le fort Auguste comme une garnison fort saine; mais U n’en est pas de même du fort Guillaume, qui est sur la côte occidentale, à vingthuit milles environ de l’autre. On y est surtout sujet à la fièvre intermittente et au flux de sang. Il pleut continuellement sur cette côte, et le fort se trouve situé dans une vallée étroite, humide et environnée de montagnes; de sorte que, nonseulement il y tombe beaucoup plus de pluie que dans tout le reste du pays, mais encore que l’évaporation s’y fait beaucoup plus lentement. — Comme il n’y avait point de paille au fort Auguste, on ordonna aux soldats de couper les bruyères, et d’en faire usage pour se coucher ; l’on remarqua que les plus diligents à s’en servir et ceux qui les renouvelèrent plus souvent se portèrent mieux. — Le temps, depuis le milieu de mai jusqu’à la lin du meme mois, fut, ainsi qu’au commencemeut de juin, extraordinairement sec et chaud; mais il devint ensuite froid et pluvieux. Ce changement rendit les dysenteries beaucoup plus fréquentes; mais, comme il y eut des vents continuels, qui tinrent la terre assez sèche, ils prévinrent la contagion, et la maladie n'augmenta point.
— La dysenterie et toutes les autres maladies de ce camp, étant accompagnées d’un sang couenneux et d’autres marques d’une g^rande inflammation, rendirent les saignées abondantes et réitérées plus nécessaires ici qu’elles ne l’auraient été dans un climat plus chaud. Les vomitifs n’eurent pas autant de succès qu’ils en avaient eu en Flandre, quoiqu’ils fussent alors plus efficaces qu’au printemps, comme s'il y eiil eu déjà, même dans celte latitude, quelques dispositions aux maladies d’automne. — Outre les dysenteries, il y eut parmi les soldats des flux de ventre d’une espèce plus douce, provenant en partie de défaut de régime, de ce qu’ils avaient eu les pieds et les habits mouillés; ou bien ces diarrhées accompagnaient les fièvres, quand, faute d’être a^sez couverts, les malades ne pouvaient transpirer librement. — A mesure que l'été avançait, les fièvres inflammatoires paraissaient avec des symptômes moins violents, et, à moins qu’on ne fût exlraurdinairement exposé au froid, elles ne prenaient pas si souvent la forme de
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;1 péripneumonie, de pleurésie, de rhiima- <j tisme aigu, ou autre semblable ; ce qui
(surtout les caractérisait, était un sang épais et couenneus. — Les fièvres intcr- 4' initfentes participaient de la nature de i| la lièvre rémittente d’automne et de l’in- »1 llammatoire. Par celte raison , elles cxigeaient la saignée et les évacuations des I premières voies ; mais elles ne furent î| point en grand nombre , les vents contiij lîuels empêcbanl la stagnation de l’air,
I et séchant bien vite la terre , après qu’il I était tombé de la pluie. — Nous n’avions, pour loger nos malades, que quelques I misérables cabanes, dans le voisinage du .) camp. Gomme on craignait, par celte raison, le mauvais air, on transporta à ( Inverness tous ceux qui purent l’être. H Cette précaution retarda la fièvre d’hôi pital, mais elle ne la prévint point. Car, i les malades s’étant multipliés , ces cat: banes, qui servaient d’infirmeries, furent (, bientôt pleines, l’air se corrompit : la fièvre d’hôpital parutavec violence et devint i\ fnneste. Lorsqu’elle se joignit à quelque . maladie inflammatoire commune, il se fit ( alors un mélange de ces deux maladies, qui rendait le cas d’aulant plus embarrassant , que les indications curatives I étaient plus contradictoires. — Vers le i; milieu du mois d’août, on leva le camp, Jet on laissa au fort Auguste environ j trois à quatre cents malades, qu’on transporta depuis à Inverness. Dans ce même temps, la fièvre d’hôpital devint Iré- ’i quente parmi les habitants de cette ville,
I mais elle fut moins mortelle qu’à l’ordi- ! naire , à cause de la fraîcheur du lemps et de la situation favorable de la place. — Depuis le milieu de février, que l’armée 1 traversa la rivière de Fort, jusqu’à la fin'
I de la campagne, il y eut dans les hôpitaux plus de deux mil(e malades, en y cora- ])renant les blessés ; près de trois cents I moururent, et la plupart de cette fièvre I contagieuse.