‹ Observations sur les maladies des armées dans les camps et dans les garnisonsChapitre 75 sur 117 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

LES VRAIES CAUSES DU SCORBUT, TIREES DES OBSERVATIONS Qü’ON A FAITES, TANT SUR MER QUE SUR TERRE.

Le scorbut est produit principalement par l’action de certaines causes externes et éloignées. Il est plus ou moins épidémique, et sa malignité plus ou moins grande , suivant que ses causes sont permanentes ou accidentelles , et qu’elles agissent avec plus ou moins de violence. — Ainsi , lorsque les causes qui le produisent sont générales et portées à un haut degré , il devient épidémique , et fait de très-grands ravages. C’est ce qui arrive souvent sur les vaisseaux, dans

les voyages de long cour.s ; quelquefois > lo dans les armées {a) : tel fut le cas des i di troupes impériales en Hongrie (h) ; fréquemment dans les villes étroitement if assiégées, comme dans la garnison saxone à Thorn (c) ; au siège de lu Rochelle et à Steltin (d) : d’autres fois il ravage des pays entiers, comme il fit dans le Brabant en 1656 (e), et en Hollande en 15G2 (/}. — Secondement, lorsque les p

(a) Vid. Nitzeh.

(h) Kranier.

(c) Vid. Bachstrom.

(d) Krameri epislola, pag. 23.

(e) Dodonæus et ForesUis.

(/) Ronsseus.

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réj

|ei

Dü SCORBUT

causes sont fixes ou permanentes, ou qu’elles subsistent presque toujours dans un endroit, le scorbut y est endémique, comme en Islande, en Groënlande (g), à Cronstadt {h) , dans les parties septentrionales de la Russie (/), et dans la plu- ]>art des pays septentrionaux connus jusqu’aujourd’hui en Europe , depuis le soixantième degré de latitude , jusqu’au pôle arctique. Autrefois il était encore particulièrement endémique dans plusieurs parties des Pays-Bas , en Hollande et en Frise : dans le Brabant, la Poméranie et la Basse-Saxe {k) , et dans quelques endroits du Danemarck (/), delà Suède et de la Norwége (m), principale' ment sur les côtes maritimes. — Enfin , lorsque les causes sont moins fréquentes , et qu’elles sont plus particulières à un petit nombre de personnes, la maladie est alors sporadique , comme en Angleterre («}, en Irlande , dans plusieurs endroits de l'AlleraRgne , etc.

Cela posé , en considérant les circonstances particulières , la situation et la manière de vivre de ceux qui sont sujets au scorbut , et en observant avec attention ce qui donne toujours lieu à celle maladie , ce qui peut en garantir , et ce qui àugmente ou diminue sa malignité , nous serons en état de juger non-seulement des causes principales qui la produisent, mais encore des secondaires qui peuvent y influer. Il est de la dernière conséquence de rechercher les véritables sources de cette maladie , pour pouvoir les éloigner ou les corriger; car c’est de là que dépend en grande partie la cure préservalive. INous commencerons par considérer la situation de ceux qui sont sur la mer, parmi lesquels le scorbut est si souvent épidémique. J’ai observé (o) , lorsqu’il était question de prouver l’identité de cette maladie sur la mer et sur la terre, que les causes qui la produisent sur la mer se trouvent également surla terre dans un moindre degré. Mais,

(ÿ) Herman. Nicolai. (vid. acta Halfn.)

(h) Sinopœus.

(i) Vid. Comm. Lilt., Nov., ann. 1734,

(k) Wierus, Ronsseus, etc.

(/)Vid. Concil. Facult. Med. Haff. de scorbufo.

(m) Brucæiis.

(n) Voyez la description du scorbut qui régna au Fort-Guillaume, par M. Granger.

(o) Part. I, cbap, nu

Lind,

avant de déterminer les vraies causes qui la rendent si souvent épidémique sur la mer, je crois qu’il est à propos de considérer celles auxquelles on l’a attribuée communément , et qui cependant ne la produisent point. — Plusieurs auteurs ont attribué cette maladie à la grande quantité de sel marin {p) dont les mariniers sont obligés de faire usage dans leurs aliments : on l’a nommée pour cette raison scorbut muriatique. — Je ne déciderai point si ce sel , a\i lieu de produire le scorbut, le prévient au contraire pendant quelque temps, à cause de sa vertu antiseptique. Mes expériences ne m’autorisent point à /irer cette conclusion; cependant elles prouvent évidemment qu’il ne cause point cette maladie , et qu’il n’augmente point sa malignité. Car , dans les courses dont nous parlerons dans la suite, et où le scorbut régna avec beaucoup de violence, on avait coutume de faire boire l’eau de la mer en qualité de doux purgatif. On m’a dit que l’amiral Martin , et plusieurs officiers de sa flotte , en avaient fait usage pendant tout leur voyage. Pour moi, j’ai mis à l’usage de cette eau purgative plusieurs malades attaqués de la gale et d’ulcères opiniâtres aux jambes; et j’en ai vu de très-bons effets , surtout dans le dernier cas : cependant aucun d’eux , après en avoir continué l’usage pendant un mois , n’a eu le moindre symptôme scorbutique (!}.

— L’expérience suivante achèvera de lever tous les doutes. Je pris deux malades dont les gencives étaient très-putrides, les jambes enflées et les tendons du jarret retirés. Je leur fis prendre tous les jours une demi-pinte d'eau salée et quelquefois plus. (Je faisais alors des expériences pour voir les effets des différents remèdes dans cette maladie, et dont je parlerai plus amplement par la suite). Ils continuèrent à faire usage de ce remède pendant quinze jours, et au bout de ce temps, je ne m’aperçus point qu’ils se trouvassent plus mal en aucune manière. Ils étaient dans le même état que ceux qui n’avaient pris aucun remède {q). Je suis convaincu, par cette

(p) Listeri exercitatio de scorbuto.

(1) Bartholin a employé avec succès l’eau de mer pour arrêter le progrès de la pourriture dans le scorbut. Act, Ilaffn., ann. 1675, p. 7.

(7) Cette expérience a été souvent ré-

TRAITÉ

expérience , que le sel marin , ou du moins la boisson de l’eau salée , ne dispose aucunement la constitution du corps à cette maladie.

Je ne prétends pas par-là que, quoique l’eau de la mer , qui abonde en sel marin , n’influe aucunement dans la production du scorbut , il en soit de même des viandes et des poissons salés : on verra le contraire par la suite. La saumure des viandes , en particulier , est d’une qualité différente du sel marin purifié, ou de l'eau salée. L’expérience fait voir que ce sel peut être embarrassé dans les huiles animales , surtout dans le porc salé , de façon qu’on ne peut l’en dégager qu’avec beaucoup de peine , par le moyen de lavages réitérés dans une très-grande quantité d’eau. Ainsi, comme ces sortes d’aliments ne peuvent être dépouillés de cette qualité saline , ils ne peuvent point dans plusieurs cas fournir une nourriture douce et onctueuse, telle que celle qui est nécessaire pour réparer les pertes du corps. Il est remarquable que les forces vitales peuvent changer la nature des autres sels (1), c’est-à-dire les convertir en une espèce de sel ammoniacal ou particulier au règne animal :

au lieu que le sel marin paraît éluder la force des solides et des fluides , et on le retrouve, sans qu’il ait subi aucune altération , dans Turine de ceux qui en ont pris. — Ainsi le sel marin ne contribue point à produire le scorbut , quoique les viandes durcies et conservées par son moyen puissent y contribuer , en ce qu’elles sont difficiles k digérer, et qu’elles ne peuvent point fournir une nourriture convenable. Ceci est encore confirmé par l’expérience journalière des mariniers. On les prive généralement , dès qu’ils se plaignent du scorbut , de tout aliment salé ; malgré cela , la maladie augmente avec beaucoup de violence.

D’autres fois , au contraire , elle paraît , quoiqu’on ait en abondance des viandes fraîches sur le vaisseau ; tel fut le cas des vaisseaux de l’amiral Anson , lors-

pélée, et il y a des personnes qui ont cru en apercevoir de bons effets. (Voyez le cbap. IV.)

(1) M. Lind entend sans doute par ces autres sels, les sels essentiels des plantes, les tartres solubles, etc., car il est probable que tous les sels neutres form s uar l’union d’un acide minéral à un alcali fixe, ne peuvent point çtro déÇQni" posés dans le corps humain.

qu’ils quittèrent la côte du Mexique (r).

— D’autres ont supposé que le corps humain est constitué de façon , que la santé et la vie ne peuvent se conserver long-temps sans l’usage des végétaux récents, des herbes et des fruits, et qu’une longue abstinence de ces sortes d’aliments est la seule cause du scorbut (s).

Si cela était , nous devrions trouver dans les anciens des descriptions trèsexactes de cette maladie. Ils paraissent avoir fait leur élude principale de l’art de la guerre ; et leur façon d’assiéger les villes était généralement de les bloquer , jusqu’à ce que la famine forçat les assiégés à se rendre. Or , comme ces villes soutenaient plusieurs mois et quelquefois des années, sans qu elles eussent des végétaux récents; il n'y a point de doute que nous ne dussions trouver que le scorbut y faisait périr beaucoup de personnes, long-temps avant que les magasins de provisions sèches fussent épuisés. Leurs sièges étaient de beaucoup plus longue durée que la plupart de ceux d’aujourd’hui , et même plus que le blocus de Thorn , qui dura cinq mois , et sur lequel Bacbstroni a établi cette supposition. Suivant ce principe, cette maladie devrait être beaucoup plus fréquente qu’elle ne l’est : car il y a des personnes dans tous les pays , qui , par goût, mangent peu de végétaux, ou même point du tout; outre cela, il y a certains pays qui en sont privés pendant cinq ou six mois de rannée; par exemple, dans plusieurs endroits des montagnes d’Ecosse , de la nouvelle Finlande , etc., où cependant le scorbut n’est pas commun.

— Il serait ennuyeux de rapporter un grand nombre d’exemples du contraire :

(r) Voyez part, ni, chap. ii. M. Mead, qui fut exactement informé de leur situation, observe que dans cette occasion les provisions de viande fraîche et l’eau de pluie en abondance ne leur furent d’aucune utilité. (Discourse on the scurvy, page 100.) — L’exemple des troupes allemandes en Hongrie est une preuve que quelquefois les viandes salées ne contribuent nullement à produire cette maladie. Elles ne se servaient ni de bœuf, ni de porc salé; au contraire, elles avaient le bœuf frais à très-bon marché. (Vid, Kramer epistolam , page 33. ) Les armées russiennes n’avaient aucune espèce de provision salée. (Vid. Nitzeh.)

(.s) Observatio cirça SÇO^butUIil, aUQ-

tore F. 13ach$trom.

tout le monde sait 'que des équipages demeurent plusieurs mois sur la mer , avec leur nourriture ordinaire, sans être attaqués du scorbut. J'ai fait une course I qui dura trois mois , pendant lesquels aucun marinier ne mangea de végétaux récents d'aucune espèce; et, quoique pendant tout ce temps on fît bouillir le bœuf et le porc salé dans de l’eau de la mer , faute d’eau douce , nous retournâmes cependant ^u port sans le moindre symptôme scorbutique. J’ai connu des mariniers qui s’étaient nourris, pendant tout un voyage de trois ans , des seuls provisions du vaisseau , faute d’argent pour acheter quelque chose de meilleur, et nommément des végétaux récents. Ils faisaient si peu d’attention à ce qui pouvait être utile à leur santé, qu’ils dépensaient le peu d’argent qu'ils pouvaient se procurer, à acheter de l’eau-de-vie et des liqueurs spiritueuses. Quelques ognons et autres choses semblables étaient toutes leurs provisions. Rarement firentils, pendant tout le voyage, plus de deux ou trois repas par mois avec des végétaux. Malgré tout cela, ils furent exempts

Mais il est remarquable que, dans les deux campagnes que je fis sur le vaisseau du roi le Sulisbury , dont je parlerai dans la suite , et où j eus occasion de faire des observations sur cette maladie ; il est remarquable , dis-je, que le scorbut commença à régner sur ce vaisseau, de même que dans toute l’escadre qui croisait .sur la Manche, moins de six semaines après que nous fûmes partis de Plymouth , où on avait toute sorte de végétaux en abondance. On aurait cru qu’une pareille nourriture aurait suflisamment préparé le corps des mariniers contre cette maladie. Cependant , dans un si court espace de temps , dans deux mois, de quatre mille hommes dont celte flotte était composée, il y en eut au moins quatre cents qui furent attaqués du scorbut (t). Cette maladie fut portée

{t) Lorsque la flotte retourna à Plymouth, M lluxhani lit cette remarque suivante, dans le mois de juillet 1746. « 'rerribilis jam sævit scorbulus iiiîer » nautas , præcipue quos secuiii reduxit

• Martin, classis occideiitalis præléctus. » Kxcruciantur perplurimi ulceribus fœ- » dis, lividis, sordidis, ac valde fungosis ; » miruin est profecto et insolilum , quam » brevi tempore spougiosa caro, fungi ad «instar, bis ulççribus ©1^* *

à un plus haut degré qu’on ne s’y serait attendu , quand même ils auraient été privés de végétaux pendant six mois sur terre , comme nos montagnards et plusieurs autres. Mais ce qui met hors de doute que la maladie ne fut point occasionnée uniquement par le défaut d’une nourriture végétale pendant un si court espace de temps, c’est que le même équipage du vaisseau le Salisbury' fut entièrement exempt du scorbut dans des courses beaucoup plus longues, quoiqu’il fût egalement privé de végétaux récents ; il est bien étonnant que dans la course la plus longue que fil ce vaisseau, tandis que j’en étais chirurgien, il n’y eût qu’un seul scorbutique, lequel fut atta([ué de celte maladie à la suite d’une fièvre intermittente. Cette course dura depuis le 10 août jusqu’au 28 octobre, ce qui fait près de trois mois , que l’équipage fut privé d’une nourriture végétale. Ainsi , quoiqu’il soit certain que l’usage des végétaux récents soit ellicace pour prévenir le scorbut , et extrêmement utile pour le guérir; et quoique l’abstinence de ces sortes d’aliments soit, dans certaines circonstances , comme nous le dirons dans la suite, la cause occaüonndlc. de cette maladie; cependant il n’y a point de doute qu’il n’y ait sur la mer d’autres causes très -puissantes. Nou« leur donnerons le nom de causes posantes y pour les distinguer de l’occasionnelle. Ces caiises doivent quelquefois être extrêmement actives pour produire une calamité aussi générale, que celle qui aflligea l’escadre de milord Ansoii (wj, en passant au cap Horn. Ils n’avaient été guère plus de trois mois sur mer , lorsque presque tous furent attaqués du scorbut, dont plus de la moitié périrent : tandis que des pays enliers se servent de la même nourriture que les mariniers , et même d’alimeuts plus malsains, et que

» paulo ante scalpello derasa, atque inter-

• dum ad magnitudinem enormeni. Non » solum miseris bis, at vere ulilibiis ho- » minibus, per se infensa est maxime » scorbutica lues, sed et illos eliam omni » pene morbo, qui ab bumorum corrup- » lione pendet, obnoxios admodum red- » dit : l'ebribus nernpe putridis, mali- » guis, peteebialibus, pessimo variolaruni

• generi, dysenteriæ cruentæ, liæmorrJia-

• giis, etc., multo magis adeo bonis bis » fuit exitio quam bellicum fulmen. »

(Obs. de aëre et morbis epidemicis.)

{u) Voyez U U’vi$ièûie partie, chap, u,

lo.

228 TRAITE

beaucoup de personnes s’abstiennent de végétaux, pendant des années entières , sans presque aucun inconvénient.

Quelques-uns ont avancé que le scorbut était produit par une corruption particulière à l’air renfermé des vaisseaux j corruption qu’ils ont attiibuée principalement à l’eau croupissante dans le fond de cale. Mais, si cela était, ceux qui y sont le plus exposés devraient en être plus sensiblement affectés. Tels sont les charpentiers qui sont obligés souvent de mesurer toutés les quatre heures la quantité d’eau qui est au fond de cale. Ils souffrent alors beaucoup, ainsi que lorsqu’ils raccommodent les pompes , et ils sont presque tous suffoqués par les exhalaisons qui s’en élèvent. Ils sont, de tout l’équipage, ceux qui couchent le plus près de celte eau corrompue , et on ne manque point d’exemples de charpentiers que cette vapeur empestée a fait mourir subitement. Il ne paraît point cependant, soit par ma propre expérience, soit par les relations que j’ai pu rassembler, qu’ils soient plus sujets au scorbut que le reste de l’équipage. — Quant aux autres inconvénients qui résultent de la malpropreté d’un endroit étroit , et de la transpiration d’un grand nombre de personnes , ils ne sont point particuliers aux vaisseaux : les prisons , les hôpitaux et autres endroits trop remplis de morde , y sont également sujets. Mais, quels que puissent être les mauvais effets d’un air aussi corrompu , il est certain que le scorbut n’en est point la suite naturelle et ordinaire. Ceci mérite une attention très-particulière , afin de déterminer les véritables effets de celte mauvaise disposition de l’air. Elle produit , en tous temps et en tous lieux, une fièvre maligne extrêmement contagieuse , connue sous le nom de maladie des prisons (1}# C’est presque la seule maladie qu’on observe dans les vaisseaux qui transportent tous les jours un grand nombre de personnes en Virginie : parmi lesquelles il y en a peu, ou même point, qui soient attaquées du scorbut. On observe la même chose dans les vaisseaux trop remplis de soldats. Généralement, toutes les fois que beaucoup de personnes sont retenues pendant long-temps dans un vaisseau bien fermé, elles contractent à la

(1) [M. Pringle a donné un excellent traité de celte fièvre dans ses observations sur les maladies des armées. ]

fin cette fièvre , sans qu’aucune d’elles soit attaquée du scorbut (1), excepté, comme il peut arriver quelquefois, que le corps affaibli et épuisé par là maladie |

précédente ne soit rendu plus suscepti- ,

ble du scorbut, lorsque les autres causes qui le produisent y concourent. J’ai eu occasion souvent de voir cette maladie contagieuse produite par un air putride ; mais je n’ai jamais observé que lé scorbut régnât en même temps, ni après.

Vers la fin de l’année 1750, lé gouvernement chargea un capitaine de Vaisseau hollandais de transporter deux cents homme? dans notre colonie de la nou- ' velle Écosse (2). Le capitaine, contre les j ordres exprès qu’il avait reçus , retint ces malheureux dans le vaisseau , sans \ leur permettre de monter sur le tillac, aussi souvent qu’il était nécessaire pour | conserver leur santé. Ils contractèrent I en conséquence cette fièvre maligne et il en périt la moitié. Cependant aucun de ces malades ne devint scorbutique après qu’il eût été guéri de cette fièvre , soit pendant qu’ils furent sur mer, soit après leur débarquement, et il ii’y eut personne dans le vaisseau qui fût attaqué du scorbut (x). — Quoiqu’on n’ait

(1) [ Lorsque les troupes anglaises s’en retournèrent en Angleterre sur la fin de la dernière guerre, cette fièvre maligne régna avec violence sur les vaisseaux qui les transportaient. Le trajet fut long; et le temps orageux qu’on éprouva obligea les soldats à demeurer renfermés la plupart du temps sous le tillac. L'air en conséquence se corrompit; ce qui produisit la fièvre maligne, et non le scorbut.] (Voyez Pringle, Obs.sur les maladies des armées, part, i, sur la fin du ch. vin. )

(2) C’étaient des réfugiés du Palatinât.

(x) Une fièvre pétéchiale de cette espèce fit autant de ravage que la peSte, pendant six mois, sur le vaisseau le Dragon , de 60 pièces de canon et de quatre cents hommes d’équipage. Je n’eus jamais, pendant ce temps-là, moins de soixante ou soixante-dix malades (c’est M. Yves qui parle). Plusieurs d’entre eux eurent jusqu’à trois et quatre reebufes; il périt plus des quatre cinquièmes de notre équipage. C’était un spectacle des plus affreux. M. Blincow, mon premier aide, y perdit bientôt la vie. Un aide d’un autre vaisseau , que nos besoins obligèrent le chef d’escadre à nous donner, mourut aussi. Peu )6’en fallut qua mon second

DU SCORBUT

jamais obsei'vé que l’air pulridcseul ait produit le scorbut, il faut convenir cependant qu’il contribue beaucoup à en augmenter la malignité : et, lorsqu’il règne en même temps une constitution scorbutique épidémique, ces deux causes concourent à produire une fièvre maligne scorbutique , dont j’aurai occasion de parler lorsqu’il sera question des symptômes de cette maladie. ■ — Mais l’expérience fait voir que le scorbut simple fait souvent de grands ravages dans les vaisseaux même où l’air a été renouvelé , et qu’on a eu soin de tenir propres. J’ai ouï dire que l'équipage du vaisseau le Namur, dans son expédition aux Indes orientales, fut attaqué du scorbut lorsqu’il arriva au fort Saint-David (quoiu’il fût en très-bonne santé au cap de onne-Espérance) malgré l’usage de l’ingénieuse machine de Siitton (y) ; et tous

aide, M. Thomas Peclc, maintenant chirurgien à Deal, n’y terminât ses jours. Nous perdîmes encore mon frère qui commandait les soldats sur le bord, plusieurs officiers de l’état-major, et soixante de nos meilleurs matelots. Parmi tous ces dangers, la providence voulut que je ne fusse point attaqué de cette maladie, ce qui a paru surprenant à tous ceux qui ont ,été informés de notre situation , et des fatigues que j’essuyai, étant destitué de tout secours. Mais de tous ces malades, il n’y en eut aucun dont la maladie fût compliquée avec le scorbut ; et nul de ceux qui guérirent de cette fièvre ne fut attaqué du scorbut, au moins de six mois après cette maladie : c’est un des plus longs intervalles que nous ayons jamais passés sans éprouver les attaques du scorbut.

(y) Lorsqu’on eut reçu des nouvelles de l’amiral Boscawen, par lesquelles il mandait du Cap que son escadre avait généralement joui d’une très-bonne santé, on attribua avec beaucoup de raison ce bonheur à l’utilité de la machine de Sutton. Il paraît cependant que , s’ils furent exempts du scorbut, ce fut principalement à cause que leur passage fut heureux, et que , dans les différents endroits où ils abordèrent, l’habile général qui les commandait leur procura des rafraîchissements convenables. Le chirurgien de l’hôpital du Fort S. 'David m’a dit que les équipages des vaisseaux de guerre qui abordent à ce fort sont aussi sujets au scorbut que ceux dont les vaisseaux ne sont point pourvus de cette machine. — Nos vaisseaux qui vont tous les an.-> en Croënlande , lesquels sont vastes , com-

les soins qu’on prit de tenir le vaisseau de milord Anson extrêmement propre , après qu’il eut quitté la côte du Mexique , n’arrêtèrent point les progrès de cetle fâcheuse maladie. — D’ailleurs on sait que le scorbut peut être parfaitement guéri dans l’air impur des vaisseaux.

L’histoire suivante en est un exemple mémorable.

Le vaisseau du roi , le Gueimesey , après avoir croisé à la hauteur de Cadix, conduisait à Lisbonne soixante et dix personnes de son équipage , attaquées du scorbut. Il y en avait plusieurs dont la maladie était fort avancée , et même à sou dernier période. Gomme la peste régnait alors à Messine, nos vaisseaux ne pouvaient obtenir la -pratique. (I) dans aucun port , qu’avec beaucoup de difficulté : de sorte qu’il fut impossible de les débarquer. Une autre circonstance très-fâcheuse se joignit à celle-là. On fut obligé , pour cacher un si grand nombre de malades à la visite des officiers de santé, de les enfermer pendant quelque temps dans un endroit étroit.

Ils furent transportés en conséquence dans le magasin du capitaine , où l’air est généralement plus mauvais que clans aucun autre endroit du vaisseau. Cela ne fut point exécuté, sans que plusieurs fussent en danger de perdre la vie.

Malgré toutes les précautions possibles , ils tombaient en faiblesse , et ils dûrent leur conservation à l’habileté de leur chirurgien, et à la libéralité du capitaine, qui leur fournit abondamment les vins les plus cordiaux. Cependant, tous ces malades guérirent avant de quitter le port, et sans avoir été débarqués. Le vaisseau fit rigoureusement la quarantaine les quinze premiers jours ; après lesquels ou fut obligé d’être extrêmement circonspect dans les permissions qu’on accordait de sortir du vaisseau, même à

modes, et ne transportent précisément que le nombre de personnes nécessaires, prouvent , sans laisser aucun doute, quo l’air putride et renfermé, les mauvaises provisions et l’eau corrompue n’ont souvent aucune part à la production de cette maladie. Pour s’en convaincre, on n’a qu’à lire la relation qu’en donne M. Maudé, insérée dans le cinquième chapitre de la seconde partie de cet ouvrage.

(1) [ C’est une permission de négocier qu’on accorde dans les ports d’Italie aux capitaines de vaisseau, sur un certificat de santé. ]

TRAITE

ceux qui étaient assez bien rétablis : car leur mauvais visage aurait pu découvrir leur état aux Portug^ais. Ce vaisseau n’avait point de ventilateur ; et il est naturel de croire que, parmi un si grand nombre de malades , il pouvait y avoir quelque négligence dans ce qui concerne la propreté : néanmoins ils se rétablirent tous.

L'auteur du voyage de milord Anson (z) , après avoir prouvé évidemment la fausseté de plusieurs spéculations concernant cette maladie , et après avoir rejeté , avec raison , quelques opinions communément reçues sur sa nature et ses causes , propose une conjecture ingénieuse , qui mérite d’être considérée attentivement., Il s’exprime ainsi : « On 5) ne parviendra peut-être jamais à con- .■» naître parfaitement la source de cette :)> maladie. Mais , en général, on conçoit >» facilement que , comme tout animal 3) vivant a besoin de respirer continuel- :» lement un nouvel air, et comme cet air 3) est un fluide d’une nature si particu- 3) lière , que , sans perdre son élasticité, 5) ou aucune de ses qualités sensibles, il y> peut devenir inhabile à cet usage , par 3) le mélange de quelques exhalaisons 3) très - subtiles et imperceptibles; on :» conçoit , dis-je , que les vapeurs qui 3) s’élèvent de l’Océan peuvent avoir la V propriété de rendre l'air moins propre 3) à la vie des animaux qui sont accoutu- 3) més à vivre sur la terre, à moins qu’el- » les ne soient corrigées par des vapeurs 3) d’une autre espèce, que la terre seule » est peut-être en état de fournir ».

Il n’est pas douteux que l’air (1), ce mixte composé de débris de presque tous les corps, n’ait plusieurs propriétés que nous ne connaissons point, et que, peutêtre , nous ne connaîtrons jamais , par lesquelles les animaux sont différemment affectés. Nous ne savons pas même certainement quel est dans ce fluide le véritable principe qui conserve et soutient la vie. Ce n’est donc que par les effets que nous pouvons juger de l’existence de celte qualité occulte, qu'on peut supposer particulière à l’air de l’Océan. Suivant celte supposition, ces effets doivent être plus seitsihles et plus dangereux dans le milieu de l’Océan , et dans les

(z) M. Waller.

(1) Il faut entendre l’air de l’atmosphère.

endroits les plus éloignés des continents et des îles , puisque c’est dans ces sortes d’endroits qu’on est le moins à portée de recevoir les salutaires influences de l'air de la terre, qu’on suppose si nécessaires pour soutenir la vie. Mais l’expérience a fait voir que des vaisseaux qui croisaient sur certaines côtes , à très-peu de distance du rivage , étaient aussi sujets à cette maladie , supposé même qu’ils ne le fussent pas davantage, que ceux qui croisaient dans le milieu de l’Océan.

Cependant l’air de ces côtes diffère extrêmement de celui de la pleine mer : il est imprégné de beaucoup d’exhalaisons terrestres ; et il est presque le même que celui qu’on respire dans les ports. En général , il est certain que le scorbut paraîtra beaucoup plus tôt, et régnera avec plus de violence , toutes les circonstances étant d’ailleurs les mêmes , dans une escadre qui croisera dans la mer Baltique et dans la Manche , ou sur les côtes de la Norwége et à la baie d’HudsOn , que dans un autre qui demeurera aussi long-temps dans l’Océan atlantique. On a souvent observé que les équipages des vaisseaux qui croisaient sur la Manche étaient violemment attaqués du scorbut en très-peu de temps ; tandis que d’autres vaisseaux avec lesquels ils étaient partis du même port, et dont par conséquent l’eau et les autres provisions étaient les mêmes, mais qui les quittaient bientôt et gagnaient le milieu de l’Océan pour aller aux Indes, ou aux îles Canaries, ou à Cadix, étaient presque exempts de celte maladie. Quant à moi, il m’a été impossible d’observer aucune altération dans nos malades attaqués du scorbut , soit que nous demeurassions plusieurs jours sur les côtes de France, soit que nous fussions à une plus grande distance de la terre. Cependant le changement de temps produisait des effets remarquables sur les scorbutiques dans l’une et l’autre de ces positions. — Les vaisseaux sont souvent attaqués de cette maladie, même sans sortir du port. Plusieurs mariniers de la flotte de l’amiral Matlhews, dans le long séjour qu’elle fit à la rade d’Hières , devinrent scorbutiques , même à un trèshaut degré : on en envoya quelquescentaines à l’hôpital de Port-Malion. La même chose arriva lorsque noire flotte était à Spilhead , et même dans le havre de Portsinoulh. Celte maladie, en effet, n’est point particulière à l’Océan , et on l’a vue plusieurs fois régner avec autant

I DÜ SCORBUT

!j de violence sur la terre que sur la mer («}.

Il paraît, par ce quia été dit jusqu’ici, que les causes prédisposantes de celte 1 maladie ne sont pas constantes sur la mer,

I mais seulement accidentelles. Car, quoiqu’on accorde que l’air de la mer dispose toujours à la constitution scorbutique,

! cette maladie devient souvent épidémique I et fait de grands ravages dans des voya- 1 ges très-courts. Ce malheur arrive même ! à des vaisseaux qui, auparavant, ont j croisé beaucoup plus long-temps dans le même endroit sans en être attaqués; les circonstances, quant à l’eau et aux autres provisions, étant les mêmes. Ainsi les équipages des vaisseaux de milord Anson I jouirent d’une parfaite santé pendant I quatre mois qu’ils croisèrent sur l’Océan Pacifique pour attendre le vaisseau Aca- I pulco. Une autre fois, au contraire, après avoir laissé la côte du Mexique, le scorbut devint très-épidémique en moins de sept semaines, quoiqu’ils eussent des provisions récentes et de l’eau douce en abondance. Enfin, lorsque cette maladie régna avec tant de violence en passant le cap llorn, elle fit périr plus de la moitié de l’équipage en moins de temps qu’ils n’avaient demeuré sur mer , pendant qu’ils avaient joui d’une si parfaite santé. — J’eus occasion de voir régner cette maladie avec beauconp de violence pendant deux courses que je fis sur la Manche, sur le vaisseau du roi le Salisbury ; la première dura six semaines en 1746 , et la seconde onze, en 1747. 11 est remarquable que, dans plusieurs autres longues courses que nous fîmes sur la Manche (une entre autres depuis le 10 août jusqu’au 28 octobre), nous n’eûmes qu’un seul scorbutique; je ne me souviens point d’avoir vu dans aucune autre personne la moindre apparence de scorbut. Cette maladie commença à régner, dans les deux campagnes dont j’ai parlé , un mois ou six semaines après que nous eûmes quitté le port. L’eau était très-douce , sans aucune marque de corruption, et les vivres en si bon état qu’on ne pouvait les soupçonner d’avoir occasionné une maladie si générale , étant de la même nature que ceux que nous avions eus dans les courses précédentes. Le capitaine Georges Edgcumbe

(a) Voyez le cas des troupes impériales en Hongrie , et des armées russiennes, part. III.

, PAR lÏND. 231

fournissait tous les jours aux scorbutiques des aliments récents, tels que des bouillons faits avec du mouton et de la volaille, et même des mets de sa table ; malgré cela, de trois-cent-cinquante hommes qui composaient l’équipage, nous en débarquâmes à Plymoulh, au bout de deux mois et demi, quatre-vingts attaqués de cette maladie, à un degré plus ou moins considérable.

Il faut observer maintenant que nous fîmes ces deux courses dans les mois d’avril, mai et juin, et que nous eûmes, surtout dans le.commencement, un temps froid, pluvieux, et beaucoup de brouillards. Dans nos autres voyages, au contraire , le temps fut généralement trèsbeau, à la réserve de quelques courses que nous fîmes en hiver. Je ne vois point d’autre raison pourquoi celte maladie fut si fréquente dans ces deux courses, et qu’elle ne parut point dans les autres, que la différence du temps : toutes les autres circonstances étaient entièrement les mêmes. J’ai souvent remarqué que les scorbutique^ sé trouvaient généralement plus mal après des pluies abondantes, ou lorsque le temps était continuellement chargé de brouillards, et surtout après un temps orageux et pluvieux. Ils étaient soulagés, au contraire, lorsque le temps devenait plus sec et plus chaud pendant quelques jours. Je suis persuadé que tous ceux qui ont eu occasion d’observer celte maladie sur la mer [b) , ou

{b) Extrait d’une lettre de M. Murray.

— Il n’est pas douteux qu'un air humide et un temps couvert et froid ne soient la principale de toutes les causes antécédentes ou efficientes de celte maladie.

Nous en eûmes un exemple dans une course que nous fîmes sur le vaisseau le Canterbunj, awecle Norwicli. Nous fûmes croiser près des îles de Bahama , après avoir demeuré six mois dans le port de Louisbourg, où les mariniers avaient différents poissons en abondance, de bon pain, de l’eau douce et de très-bonnes provisions. Le temps fut presque toujours orageux, chargé de brouillards et humide. En moins d’un mois, le scorbut fut très-épidémiquc sur l’un et l’autre vaisseau : cinquante personnes de notre équipage en furent attaquées au bout de six semaines : notre compagnon le Nor~ wic/i en eut soixante-dix. Une autre fois, au contraire, le temps étant différent, nous avions passé presque autant de temps .sur mer, avant que çette maladie

TRAITÉ

qui considéreront attentivement la situation des mariniers, conviendront que l'humidité de l’air est la principale cause prédisposaîite de cette maladie.

Certaines constitutions en sont afteclées plus tôt et plus dangereusement. Tels sont ceux que de longues maladies ont affaiblis, ou qui, par une nonchalance naturelle, ne font point d’exercice; et enfin ceux qui s’abandonnent à la tristesse et à la mélancolie. On peut considérer ces différentes conditions comme les causes secondaires prédisposantes de celte maladie.

parut, et il s’en fallut beaucoup qu’elle ne fût aussi épidémique. Je^vais rapporter les circonstances particulières de la première cause. — Nous partîmes du cap Breton, le 29 novembre 1745. Nous étions deux jours après à 43 degrés 18 minutes de latitude, et le 11 décembre à 29 degrés 56 minutes; nous croisâmes à ce degré ou environ, jusqu’au 7 janvier. Les vents varièrent si fort qu^’il est très-difficile de déterminer vers quel point de la boussole ils penchèrent davantage, ou dans lequel ils demeurèrent plus longtemps. Dans le commencement du mois, le temps fut extrêmement fioid, humide et chargé de brouillards: il devint plus chaud à mesure que noi^s nous éloignâmes de ce degré de. latitude; mais il fut toujours humide , comme il paraît par le journal suivant : — Décembre, depuis le 1 jusqu’au 5, 11, 16, 18, 21—23, 27, 29, pluie. — Les 1, 2, 3, 4, 6, 7, 10, 11, 14, 15, 27, 31 , vent frais. — Le 3 et le 29, tonnerre et éclairs. — Le 1 , brouillard. — Le temps fut couvert pendant presque tout le mois. — Le mois de janvier fut en général plus tempéré. Il ne fut cependant pas fort chaud, eu égard au degré de latitude où nous étions. — Les 2,6, 10, 13, 15, 16, 18, 19, 24, 25, 26, 31, pluie. — Le 2, calme. — Les 6, 7; 9, 10, 12, 16—20, 24, 25, 26, 31, vent frais. — Le temps fut couvert pendant sept jours, mais sans brouillards. — Les maladies que ce temps occasionna furent d’abord des pléthores causées par le passage subit du chaud au froid; quelques lièvres aiguës, et en particulier deux fièvres ardentes qui emportèrent les malades. Le scorbut commença à paraître vers la fin de décembre : seize personnes en furent attaquées avant le milieu de janvier, et nous n’avions pas moins de cinquante scorbutiques, lorsque nous arrivâmes à S. -Thomas le 25 du même mois. Le vaisseau le Norwîcli en avait soixante-dix, comme je J’ai déjà dit.

On peut supposer que l’atmosphère est toujours plus humide sur la mer que sur la terre; ainsi il y a toujours une plus grande disposition à la constitution scorbutique sur cet élément que sur la terre, où l’on respire un air pur et sec. Mais, quand même on supposerait que la constitution de i’air y est la même, les inconvénients qu’on souffre dans un vaisseau pendant un temps humide sont infiniment plus grands que ceux auxquels on est exposé sur la terre, l es mariniers sont obligés de respirer cet air humide nuit et jour, et de coucher souvent sur des lits mouillés, à cause des écoutilles, qu’on est obligé de laisser ouvertes. Sur la terre , au contraire, on a plusieurs moyens de se garantir de ses pernicieux effets : on a des habits secs et chauds , on fait de bons feux, on se tient dans de bons appartements bien fermés, etc. Il n'est pas douteux que le fréquent transport des couvertures sur le tillac, pour défendre des injures du temps ceux qui faisaient leur service, n’ait été une cause de la fréquence du scorbut, dans les deux courses dont nous avons parlé. Ces couvertures furent quelquelois percées par la pluie, et demeurèrent dans cet état pendant plusieurs jours, le mauvais temps continuel ayant empêché de les faire sécher. — Quiconque connaît les mauvais effets qui s’ensuivent de coucher dans des appartements humides et dans des draps mouillés, et presque à la belle étoile , sans avoir rien de sec ou de chaud pour se couvrir, ne sera pointsurpris du ravage que le scorbut fit dans l’équipage de milord Anson, s’il considère d’ailleurs le temps orageux qu’ils eurent à essuyer.

Dans CCS sortes d’orages, la violence du vent élève de la mer une espèce de pluie fine qu’il fait tomber sur le vaisseau. L’équipage ne respire, pendant plusieurs semaines, qu’un air chargé de parties aqueuses. Les vagues sont portées avec impétuosité sur les ponts, mouillent ceux qui y font leur service, comme s’ils avaient été plongés dans la mer, et envoient continuellement une grande quantité d’eau dans l’intérieur du vaisseau. La pluie et la neige accompagnent ordinairement ces sortes de temps. Les secousses violentes que reçoit le vaisseau l’endommagent ; l’eau y entre par plusieurs endroits et se répand directement Sous les lits. Le vaisseau est alors le logement le plus humide et le plus malsain qu'on puisse imaginer. Le feu, le soleil,

I DU SCORBUT

i! tout leur manque; rien ne dissipe cette humidité, et cet air humide, croupissant et renfermé, devient d’autant plus nuisible et insupportable, qu’on est obligé i lie tenir les écoutilles termées. On peut { se représenter aisément le triste état au- ! quel est réduit un équipage, lorsque ce I temps continue pendant plusieurs jours.

Les matelots sont obligés de coucher I avec leurs habits mouillés dans des lits I humides, où ils ne demeurent que qua- I tre heures. Leur devoir les rappelle alors à de nouvelles fatigues, et ils sont expo- , sés de nouveau à toutes les injures du i temps. Enfin , lorsqu’un pareil malheur i continue pendant long-temps, il manque I rarement de produire le scorbut. —

I Quant à la promptitude avec laquelle les j vaisseaux de milord Anson furent attaj qués de cette maladie après qu’ils curent quitté la côte du Mexique (c), il ne faut pas l’attribuer seulement à ce qu’ils ne 1 trouvèrent au port de Chequetan que ! très-peu de rafraîchissements, surtout de i fruits et de végétaux propres à être transportés sur la mer ; les pluies conti- I lîuelles qu’ils essuyèrent en passant en j Asie, et les grandes incommodités qui les accompagnent nécessairement, y contribuèrent aussi. Ajoutez à cela qu’on a i observé que ceux qui ont été attaqués de i cette maladie y sont plus sujets dans la I suite que les autres, surtout lorsqu’elle a été portée à un aussi haut degré qu’elle l’avait été dans cette escadre. Je me souviens, à cette occasion, que plusieurs de ceux qui retournèrent en Angleterre avec milord Anson, et qui s’embarquèrent ensuite sur d’autres vaisseaux, furent beaucoup plus sujets au scorbut que les autres.

Il est remarquable cependant que, quoique celte maladie parût alors si promptement, elle ne causa point autant de mortalité qu’en passant le cap Horn, et ne parvint point à un aussi haut degré de malignité, comme il paraît parla promptitude avec laquelle elle disparut dès qu’on fut débarqué. Cependant ce voyageavait été long, et avait duréquatre mois. Ce bonheur fut dû à l’absence du froid. L’expérience a lait voir qu’il augmente extrêmement la malignité du scorbut, et que, toutes les foi.s qu’il est joint a l’humidité, cette combinaison est la cause prédisposante de cette maladie, la plus efficace qu’il y ail. Néanmoins, on

PAR tlND. 233

a observé que l'humidité suffisait pour la produire. Les soins qu’on prit de laver et de nettoyer souvent ces vaisseaux n'arrêtèrent point le progrès de la maladie. Ces moyens n’emportent point la cause, non plus que la machine de Sutton, qui renouvelle seulement l’air, sans en corriger riuimidilé. — Après avoir considéré la situation de l’équipage d’un vaisseau exposé pendant plusieurs semaines à un temps orageux et pluvieux , ou continuellement chargé de brouillards, on ne sera pas surpris que nous regardions l’humidité comme la principale cause de la fréquence et de la malignité du scorbut sur la mer. Ceci est non-seulement conforme à ma propre expérience, mais toutes les observations qu’on a faites sur celte maladie jusqu’aujourd’hui le confirment. OlaüsMagnus (r/), qui en a donné la première description exacte en Europe, remarque que les logements froids et humides contribuent beaucoup à la produire, et augmentent toujours sa malignité , au lieu que ceux qui habilent des appartements plus secs n’y sont pas également sujets. Nous voyons, en conséquence, que les officiers subalternes, dont les lits sont entourés d’une toile épaisse qui les garantit de l’humidité , ainsi que les mariniers qui sont bien vêtus et qui se tiennent sèchement et proprement, n’en sont pas sitôt attaqués que le reste de l’équipage, quoique leur nourriture soit la même. C’est pour celte raison principalement que ceux des officiers subalternes qui sont obligés de se nourrir des provisions du vaisseau, mais qui couchent dans de petites loges sèches et chaudes, et qui sont mieux habillés, sont rarement attaqués du scorbut. Cette maladie ne les affecte ordinairement que lorsqu’elle règne avec beaucoup plus de violence, et qu’elle a fait périr la plus grande partie des simples matelots. Il faut remarquer cependant que ces officiers prennent une plus grande quantité de liqueurs spiritueuses que les matelots, ce qui devrait les disposer d’une façon particulière à celte maladie, comme nous le prouverons dans la suite.

il faut observer qu’une situation p.areille à celle que nous venons de décrire, avec une nourriture malsaine, dont nous parlerons dans la suite , produit celte maladie dans toutes sortes de climats : lorsque le froid se joint à ces

(c) Part, iji, chap. ir.

{(1) Page 18.

TRAIïé

deux causes, elle est portée constamment à un plus haut degré de malignité. Ainsi nous voyons que le scorbut est plus fréquent en hiver qu’en été , et dans les pays froids que dans les pays chauds.

Les vaisseaux qui voyagent dans le Nord, comme en Groënlande, et sur la mer Ballique, y sont particulièrement sujets ; au lieu que dans le Midi cette maladie est causée ordinairement par les pluies continuelles qui y régnent dans certaines saisons, et principalement par la longue durée des navigations. Mais la combinaison de l’humidité et du froid est la véritable cause et la plus fréquente de cette maladie : et on éprouve qu’un, degré excessif de froid, tel que celui qui se fait sentir en Groënlande , etc. , augmente extrêmement sa malignité. — Je ne considérerai point ici les effets de ces causes sur le corps humain (c); il suflit de remarquer que l’humidité est la cause générale de la putréfaction ; et qu’un air humide et chaud produit les maladies putrides les plus malignes, même la peste , comme il paraît par l’observation constante de tous les médecins , depuis Hippocrate jusqu’à aujourd'hui. Mais, lorsque l'humidité est jointe à d’autres circonstances particulières, telles qu’une nourriture grossière et le froid, etc. , elle dispose particulièrement à la corruption scorbutique. — L’air humide de la mer devient encore beaucoup plus nuisible , étant renfermé dans un vaisseau , sans être suffisamment renouvelé. On sait que toutes les fois que l’air est dans cet état , il perd son élasticité et devient très-pernicieux aux animaux qui le respirent. On sait encore qu’il devient beaucoup plus dangereux lorsqu’il est renfermé avec une eau croupissante ; il est alors disposé plus promptement à la putréfaction. Le grand nombre de personnes qui le respirent continuellement dans les vaisseaux réchauffent et le remplissent de différentes exhalaisons putrides. De là l’empressement, l’envie extrême de respirer l’air de la terre, et le grand soulagement que ressentent les scorbutiques dès qu’ils sont transportés sur le rivage. Ce n’est pas que la vapeur de la terre produise sur eux un autre effet que sur une personne qui a demeuré long-temps dans un air humide, renfermé et malsain , tel que celui d’une prison, d’un cachot, ou d’un apparte-

ment humide. Tout le monde reçoit le même soulagement, lorsqu’après avoir demeuré long-temps dans une ville extrêmement peuplée et sale, on vient respirer l’air de la campagne parfumé de différentes odeurs.

Le défaut de végétaux récents est encore une cause très-puissante de cette maladie sur la mer : lorsqu’elle est jointe à la première pendant long-temps, rarement manque-t-elle de la produire. On peut supposer que ces sortes d’aliments empêchent les mauvais effets de l’air froid et humide , ou, avec plus de vrai- ! semblance , qu’ils corrigent la qualité ; des aliments secs et difliciles à digérer, i dont on est obligé de se nourrir sur mer. j L’expérience , en effet, prouve suffisam- ; ment que les végétaux récents et les i fruits mûrs sont non-seulement les re- , mèdes les plus efficaces pour la guérison i du scorbut , rnai.s qu’ils en sont encore les meilleurs préservatifs. La difficulté de les avoir sur mer, et l’air humide au- : quel on est exposé pendant long-temps , ’ sont les véritables causes de la fréquence et de la grande malignité du scorbut sur cet élément. — Nous avons considéré ci - . dessus [f) la nourriture dont on est obligé de se servir sur mer , comme une cause occasionnelle du scorbut , parce ; qu’elle détermine, d’une façon particulière, les effets des causes prédisposantes à la production de cette maladie. Il n’est pas difficile de se convaincre de la réalité de cette distinction , ou de comprendre comment la nourriture la plus saine, dans des circonstances particulières , produira certainement une maladie. Par \ exemple, si une personne qui habile les >1 endroits marécageux de la province de Lincoln ne prend qu’une nourriture légère, et ne boit que de l’eau, il est presque certain qu’elle sera attaquée d’une fièvre intermittente. — Toutes les règles diététiques , de même que la distinction des aliments en sains et malsains , ne doivent être entendues que relativement ,à la constitution du corps. Un enfant et un adulte, un valétudinaire et un homme qui se porte bien , la même personne dans les grandes chaleurs de l'été , et dans les froids excessifs de l’hiver, dans une saison sèche et dans une saison plu- j vieuse, ont besoin d’aliments différents. Les habitants des pays situés entre les > tropiques se nourrissent principalement

\p) Voyez le chap. vi.

(/) Page 120.

I Dü SCÔÏIBÜT

; jiîe fruits, de semences et d’autres alijments végétaux. Les nations septentriojnales trouvent qu’une nourriture solide, tirée du règne animal , convient mieux Idans leur climat. De même, il me semble [évident que des aliments secs et grossiers, tels que ceux dont on use sur la mer , isont très-sains , et qu’on ne pouvait pas trouver de meilleure nourriture pour des [gens qui travaillent beaucoup , et qui , [étant en bonne santé , font un exercice [convenable, dans un air sec et pur. Il lest certain que , dans de pareilles circonstances, les mariniers se nourrissent de ces sortes d’aliments pendant plusieurs années, sans aucun inconvénient. Mais, lorsque la constitution du corps est prédisposée à la corruption scorbutique par les causes dont nous avons parlé [ nous ferons voir dans un autre endroit que leur effet est d’affaiblir les forces (g) digestives] , cette nourriture contribue d’une manière très-sensible à produire celte maladie, plus tôt ou plus tard, suivant que le corps est différemment dis- Iposé.

En général, les convalescents sont les premiers qui en ressentent les effets. Ils ont été extrêmement affaiblis par leur maladie , et leurs forces digestives ne peuvent point élaborer de pareils aliments. Ainsi, dans le mois de mai de l’année 1747 , où nous eûmes beaucoup de maladies inflammatoires, particulièrement des péripneumonies , tous ceux qui en guérirent devinrent extrêmement scorbutiques. Ceux qui vivaient dans l’indolence , et qui ne faisaient que peu ou point d’exercice , en furent ensuite attaqués : on sait que l’exercice est un des meilleurs moyens pour aider la digestion. Lorsque la maladie eut acquis de nouvelles forces, elle affecta ceux qui en avaient été attaqués à un haut degré l’année précédente, leurs humeurs ayant conservé une tendance à la corruption scorhutique. Elle devint ensuite plus générale ; mais ne régna que parmi les simples mariniers , et particulièrement parmi les plus nouveaux. Les gens qu’on embarque par force y sont extrêmement sujets , à cause de la tristesse dans laquelle ils sont plongés. — J’ai observé , dans le.s deux courses dont nous avons parlé, que la maladie régna avec plus de violence et fut plus commune lorsqu’on n’eut plus de petite bière et qu’on se

{g) Chap. VI.

, PAR tîND. 235

servit de l’eau-de-vie à sa place. — Il faut maintenant examiner la nourriture dont les mariniers sont obligés de se servir. Comme elle paraît être la principale cause occasionnelle du scorbut , il est à propos de considérer les aliments dont on se sert sur mer dans leur meilleur état ; car l’expérience prouve que cette maladie fait souvent de très-grands ravages, malgré la bonté de l’eau et des autres provisions , et qu’elle ne peut point être guérie sans le changement de nourriture. Mais, si dans cet état les aliments contribuent si fort à la production de la maladie, quels mauvais effets ne devonsnous pas en attendre lorsqu’ils sont mal conditionnés; par exemple, lorsque le bœuf est pourri , le porc rance , le biscuit et la farine moisis, et l’eau corrompue! Ces sortes d’accidents sont ordinaires sur la mer, et doivent nécessairement produire de mauvais effets dans une maladie aussi putride.

On doit remarquer, en général, que la nourriture dont on use sur mer est extrêmement grossière, visqueuse, et difficile à digérer. Elle est composée de substances farineuses non fermentées, de poissons secs et de viandes salées ou séchées. Mais il est à propos d’entrer dans un détail plus particulier. — Dans notre flotte royale, dont l’abondance et la qualité des provisions surpassent celles des vaisseaux de toutes les autres nations , on donne à chaque matelot une livre de biscuit par jour : c’est un des principaux articles de leur nourriture (1).

(1) On ne sera pas fâché, je crois, de trouver ici le détail des provisions qu’on donne en France aux équipages des vaisseaux du. Roi , ou autres armés par les particuliers. — L’ordonnance porte qu’il sera donné par semaine quatre repas de viande, trois de poisson et sept de légumes.— La ration de chaque matelot, par jour, sera composée de dix-huit onces de biscuit , poids de marc, et de trois quarts de pinte de vin, mesure de Paris. — Les dimanches, mardis et jeudis, on donnera vingt onces de lard cru pour dîner à sept hommes; les lundis, trois livres et demie de bœuf sans pieds ni tête. — Les mercredis , vendredis et samedis, on leur donnera vingt-huit onces de morue crue.

— Le souper sera composé chaque jour de vingt-huit onces de pois , gruau , fèves, haricots, ou autres légumes crus, ou de quatorze onces de riz cru aussi,

— Tous ces aliments seront assaisonnés,

TRAIffE

Celle livre de biscuit est plus solide et plus nourrissante que deux livres de pain ordinaire. Le biscuit n'a point subi de fermentation, ou du moins très-peu ; il est par conséquent beaucoup plus difbcile à digérer que du pain bien fermenté. On sait que les substances farineuses , délayées simplement dans de l’eau , font un aliment trop visqueux pour qu’on puisse s’eu nourrir continuellement. La fermentation divise et atténue les parties visqueuses, inucilagineuses et huileuses de ces sortes de substances.

Elles deviennent par-là facilement dissolubles dans l’eau , et miscibles avec toutes les humeurs du corps ; au lieu qu’auparavant elles ne faisaient avec l’eau qu’une vraie colle (l). Le pain

savoir : la viande , avec une pinte du bouillon dans lequel elle aura cuit, avec la huitième partie d’une pinte d’hcâle d’olives, et un quart de pinte de vinaigre par sept hommes. — Pour ce qui est des légumes, du riz et du gruau, on les assaisonnera avec du sel , et une chopine d’huile d’olives , pour ration de cent hommes ; on versera cette huile sur le bouillon dans la chaudière, pour être distribuée avec les légumes. — Les officiersmariniers ont une demi-ration de plus que les matelots. — On sera maintenant en état de comparer la nourriture des équipages de nos vaisseaux avec celle des matelots anglais. S’il est vrai que nos matelots soient moins sujets au scorbut que les matelots anglais, comme quelques personnes me l’ont assuré, ne pourrait-on point attribuer cela au vin et à la moindre quantité de viande dont les premiers font usage? On sait que le vin est un bon anti-septique, et que les viandes tendent toujours naturellement à la putridité. Or, on verra par la suite que les humeurs sont dans un état de putréfaction dans le scorbut.

(f ) Pour se convaincre de cette vérité, il n’y a qu’à comparer la saveur du malz, qui est un orge qu’on a fait germer pour faire de la bière, avec celle de l’orge nongermé. Celui-ci est pâteux, visqueux et ne se môle point du tout avec la salive, au lieu que l’autre imprime sur la langue la sensation d’une saveur agréable, semblable à celle du pain bien levé. Cette différence vient de ce que la germination est un commencement de fermentation qui développe et atténue la substance muqueuse , la rend soluble dans l’eau et miscible à nos humeurs : or, on sait que les aliments n’exciteraient aucune saveur,

bien cuit , suffisamment fermenté , esl un aliment léger , facile à digérer, et, en effet, celui qui convient le mieux aux hommes, à cause de sa qualité acescente, par laquelle il corrige les substances animales dont ils se nourrissent. Le biscuit, au contraire, n’ayant pas subi une fermentation convenable, fournit , dans les cas où les forces digestives son!

affaiblies, un chyle visqueux et grossier, peu propre à réparer la machine.

Un autre principal article de leui nourriture , parmi ce qu’on appelle provisions fraîches, c’est une livre et demie de fleur de froment par semaine. On en fait des puddings (I) avec de l’eau e1 une certaine quantité de graisse salée.

Cette dernière ne se conserve pas long temp.s sur mer ; de sorte qu’on donne souvent à sa place des raisins secs ou des groseilles. Mais l’eauel la farine bouillies ensemble forment une pâte visqueuse el tenace , qui ne peut être digérée que par les estomacs les plus robustes : aussi voyons-nous que les personnes faibles les valétudinaires , et ceux qui ne foni point d’exercice , ne peuvent point sup porter long -temps une pareille nourriture. — Il nous reste à parler de deus autres espèces de provisions fraîches , dont on donne aux matelots plus qu’ils n’en peuvent manger ordinairement. La première est le gruau d’avoine qu’on fail bouillir avec de l’eau, jusqu’à une certaine consistance : on l’appelle commu nément burgow. Les matelots anglais en font très-peu d'usage : il paraît cependant qu’il serait assez salutaire dans certaines circonstances où ils se trou vent, étant la partie la plus acescente dt leur nourriture. Les pois bouillis fonI la seconde espèce , ils ont une qualilt adoucissante; mais , comme iis sont dépourvus de toutes parties aromatiques , ils sont sujets dans les estomacs faibles à produire des flatuosités et à causer def indigestions. Semblables aux autres substances farineuses, ils rendent visqueus€ et gluante l’eau dans laquelle on les fail bouillir. Il est donc évident qu’ils doi-i

s’ils n’él.aient mêlés -avec la salive, et inlimement pénétrés de cette humeur.

(1) [ C’est une espèce d’aliment qii’oi fait en Angleterre , avec de la graisse oè du beurre et des raisins de Corinthe, Or enveloppe ces ingrédients dans un linge, i el on les fait cuire dans le pot : on se sert de différentes espèces de farine. ]

I DU SCORBUT

, en* * /ournir, dans eertains cas, «ne nourilure grossière et peu convenable. Telles ont les provisions fraîches des matelots. — On leur donne, outre cela, une ceraine quantité de beurre salé et de fronage. L’expérience fait voir que ce derlier a des qualités extrêmement diffé- •entes , et quMl est plus facile ou plus ijlifficile à digérer, suivant qu’il est fort , yieux , etc. Mais le fromage de Suflfolk , lU lieu d’aider la digestion , comme on lit que font les fromages , pèse sur l’es- ,omac de beaucoup de personnes; de ncme que le beurre salé et l’buile qu’on leur donne quelquefois à sa place. Ces jiubstances ne corrigent point les qualikcs des autres aliments dont ils se nourrissent.

; Pour ce qui est de la viande, on donne par semaine à chaque matelot deux liv^res de bœuf et autant de porc salé. Tout le monde éprouve que ces aliments sont Waucoup plus difficiles à digérer que |les viandes fraîches, et qu’ils fournissent |un chyle beaucoup moins propre à la nutrition. Personne ne peut supporter long-temps une pareille nourriture, à moins qu’elle ne soit corrigée par du pain , du vinaigre ou des végétaux. — Outre ces deux espèces de viandes, qui sont celles dont on fournil ordinairement notre flotte , on a souvent de la stocfiche (l), du poisson salé, du bœuf séché ou conservé dans la saumure , et autres aliments semblables, d’une nature grossière , visqueuse et difficile à digérer. Celte nourriture est encore beaucoup plus nuisible lorsqu'elle est corrompue. — Pour ce qui concerne la boisson , l’Etat fournit de la petite bière dans les endroits où. on peut en avoir ; d’autres du vin , de l’cau-de-vie, du rhum (2) ou de l’arrak (3), suivant les productions du pays où lés vaisseaux sont équipés. La bière et les liqueurs fermentées , de quelque espèce qu’elles soient, sont les meilleurs anti-scorbutiques , et les plus propres à corriger les mauvais effets de la nourriture et de la situation des mariniers, au lieu que les esprits distillés sont trèspernicieux dans cette maladie. — Le long usage d’une nourriture particulière, de

(1) C’est une espèce de morue sèche.

(2) C’est l’eau-de-vie de sucre.

{3} Les Anglais appellent arrak , l’eau-de-vie qu’on tire du riz. C’esl une boisson fort connue dans les Indes orien» taies.

quelque espèce qu’elle soit, lorsqu’elle n’est point diversifiée, a des inconvénients, et les médecins l’ont condamnée avec raison (h). La nature, en nous fournissant une grande variété d’aliments, les a sans doute destinés à notre usage. Comme j’aurai une occasion de faire voir ailleurs (/} les effets naturels dont nous avons parlé, il suffit d’observer ici qu’elle est nuisible dans le cas dont il est question, parce que, dans certaines circonstances, les forces digestives et les forces vitales ne sont point en état de la bien travailler et de la convertir en un chyle et en un suc nourricier propre à réparer la machine {k).

(h) VideCelsum, de medicina.

(i) Chap. VI, de la théorie de la maladie.

(k) Un savant professeur m’a fait les questions suivantes : « Le scorbut ne » pourrait-il pas être dû à une cause pa- *reille à celle des autres maladies épi- » démîques , c'est-à-dire à cette qualité

* particulière de l’air que nous ne con- » naissons point, et que probablement, »nous ne connaîtrons jamais , quoique » nous envoyions les différents effets dans » les fièvres, la pelite-vérole, la rougeole, » la peste, etc.? Ne pourrait-ce point être » un miasme moderne, tel que celui qui » produit quelques-unes de ces maladies ? » On peut découvrir par l’observation » les causes prédisposantes, et les dissec- > lions peuvent nous faire voir les diffé- » rents effets ; mais la cause prochaine » peut demeurer encore inconnue. Dans » les pl.aines de la province de Stirling , » le peuple se nourrit, la plupart du » temps , de la farine de pois crue, et boit » de très-mauvaise eau ; il y règne beau- » coup de brouillards qui s’élèvent des » terres et de la mer voisine ; cependant, » parmi le grand nombre de malades que » j’ai vus dans cette province , je n’en ai » pas trouvé un seul qui fût véritable- » ment scorbutique. Je réponds d’abord qu'on ne peut conclure du silence des anciens historiens, avec aucune sorte de vraisemblance , que cette maladie soit nouvelle. Ils n’ont décrit aucune ou presque aucune des maladies des camps ; on ne peut pas dire cependant qu’elles n’aient point existé. Les descriptions imparfaites que les anciens médecins ont données du scorbut, pour ne pas dire leur silence, ne prouvent rien non plus (j’en dirai les raisons dans la troisième partie, chap. i). Je trouve que la première description exacte que nous ayons de celte maladie a été donnée an J260

23S TRAITÉ

L’appétit, dans cette occasion comme pravé , nous indique fidèlement les* alidans plusieurs autres, s’il n'est point dé- ments convenables à l’état du corps et ^

(Voyez part, iii, ch. i). On n’en voit point d’autre jusqu’après l’année 1490. Nous ne pouvons point supposer cependant que cette maladie n’ait point existé pendant ce long intervalle, ou que ceux qui se sont trouvés dans des situations pareilles à celles dont nous parlerons , n’aient point contracté le scorbut. — On peut démontrer, par la façon dont cette maladie paraît dans toutes les parties du monde, qu’aucune qualité particulière de l’air n’est en état de la produire, sans le concours d’une nourriture grossière et visqueuse, et l’abstinence de végétaux récents. — La flotte qui croisait sur la Manche perdit dans une course cent hommes , et en débarqua plus de mille réduits par celte maladie à un état pitoyable, cependant, parmi un si grand nombre de malades et de morts, il n’y eut aucun officier, pas môme des subalternes. En Hongrie , où l’air devait avoir la plus forte disposition à produire le scorbut (voy. Kramer), les officiers et les naturels du pays en furent non-seulement exempts, mais encore les dragons, lesquels , ayant meilleure paie que les autres soldats, étaient mieux nourris, mieux vêtus et mieux logés : ils étaient cependant également sujets aux autres maladies du pays. Les Bohémiens seuls, qui se nourrissent des aliments les plus grossiers et les plus difficiles à digérer, en furent attaqués. Kramer nous apprend qu’ils se servaient en Hongrie de la même nourriture que dans leur pays. Les vaisseaux qui croisaient sur la Manche avaient les mêmes provisions que d’autres qui furent envoyés dans différents endroits : il est certain cependant que la nourriture fut une cause de la maladie dans les uns et les autres ; puisqu’un changement d’aliments la guérit promptement, et qu’une nourriture différente la prévient. — Il fallait donc qu’il y eût dans l’air de la Hongrie une qualité différente de celui de la Bohême , laquelle rendait nuisible dans un pays une nourriture innocente dans un autre. La mauvaise constitution de l’air en Hongrie ôtait très-sensible : la maladie régna seulement dans le printemps, et pendant une saison humide :

elle fut beaucoup plus violente dans quelques endroits du pays que dans d’autres, c’est-à-dire dans ceux où le terrain était humide et marécageux , comme il paraît par la relation qu’en a donnée Kramer.

On a fait cette observation, non-seulement en Hongrie , mais encore dans toutes les autres parties de l’univers; et j’ose

assurer, sans aucune exception, que le scorbut est une maladie inconnue dans les pays secs {Scorbutus locis ariUis ignotus est. Sleggius). — Bonsseus, le premier qui ait écrit expressément sur celte maladie, reconnut que l’humidité en était une des causes. Les faits qu’il rapporte semblent le prouver démonstrativement; et toutes les observations qu’on a faites depuis le confirment. Si on veut exclure celle cause , el rapporler le scorbut à un miasme occulte dans l’air, tel que celui qui produit des fièvres et quelques autres maladies épidémiques, il faut contredire toutes ces observations , c’est-à-dire l’expérience de deux cents ans. En effet, il y a peut-être peu de maladies dont les causes soient plus évidentes , plus sensibles et mieux prouvées. — Slutgard, en Allemagne, passait autrefois pour une ville où le scorbut faisait de très-grands ravages. On dessécha un lac considérable , situé aux environs de cette ville, et depuis ce temps-là , cette maladie y est inconnue. Elle règne souvent sur les bords du Rhin , depuis Dourlach jusqu’à Mayence , et particuliérement à Philisbourg, après les inondations de cette rivière. Sinopée observa à Cronstadt que le scorbut et sa malignité dépendaient toujours de l'humidité de la saison, et qu’un temps sec le faisait disparaître très-promptement. — Lorsqu’on a des preuves si incontestables des effets de l’humidité et de la sécheresse, je ne vois aucune raison d’avoir recours à des qualités occultes de l’air, à des miasmes, ou à d’autres pareilles causes imaginaires et incertaines, pour produire une maladie que l’on contracto en respirant un air humide , en habitant un logement de môme nature, et en se nourrissant en môme temps d’aliments grossiers et difficiles à digérer. Ces circonstances produisent le scorbut dans quelques parties de la terre que ce soit; et on peut toujours prévenir efficacement celle maladie, en habitant des appariements secs, en se tenant bien vôtu,( et en se nourrissant d’aliments convena-l bles. — Quoique j’aie appelé une de ces causes prédisposante et l’autre occasion' nelle; cependant elles sont l’ime et l’autre, c’est-à-dire la nourriture et l’humidité, les causes prédisposonles , causa proægomenœ; elles ne sont à la vérité que des demi-causes; aucune d’elles en par-! ticulier n’est en étal de produire la ma-! ladie : mais leur réunion constitue la cause prochaine, c’est-à-dire tout ce qui est nécessaire et suffisant pour former le;

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dès, organes de la digestion. Lorsqu’un long séjour dans l’air humide de la mer, avec une nourriture visqueuse et trop solide, a disposé les humeurs à la corrupilion scorbutique , la nature indique le Iremède. L’ignorant matelot et l’habile J

■scorbut. — Pour ce qui est des liabilanis de la province de Stirling, n’ont-ils pas des ognons, des choux, etc.? Une soupe taux herbes deux fois par semaine, telle que celle du plus bas peuple en Ecosse, avec des choux verts , de l’orge et de l’avoine , aurait préservé du scorbut l’escadre de milord Anson , en passant le cap Horn. Il faut faire attention que les causes doivent non-seulement agir ensemble et être portées à un haut degré, mais encore qu’elles doivent subsister pendant un temps considérable , sans intermission, surtout la nourriture. Outre les effets surprenants du changement d’aliments dans la guérison des scorbutiques réduits à un état déplorable, la plus petite variation de la nourriture contribue puissamment à prévenir cette maladie.

Ceci est prouvé évidemment par ce que nous dirons dans le chapitre v, sur la santé dont jouissent présentement ceux qui sont dans nos comptoirs à la baie d'Hudson. S'il y a des miasmes scorbutiques, l’air de cette région doit certainement en être rempli encore aujourd'hui , comme il paraît par l'état où fut réduit l’équipage à’Ellis (voyez part, ni), tandis que ceux qui étaient dans ces comptoirs jouissaient d’une parfaite santé. Ceci est confirmé par un fait qui s'est présenté plusieurs fois. Lorsque notre flotte était unie ù celle des Hollandais, beaucoup de nos matelots furent attaqués du scorbut, tandis que les Hollandais en furent entièrement exempts. Cette différence fut due à quelques repas de choux confits que ces derniers faisaient de temps en temps. — C’est pour la même raison , c’est-à-dire à cause d’une très-petite différence dans la nourriture , et même à cause du fréquent usage des bains , que les troupes des Anciens peuvent avoir été exemptes du scorbut , lorsqu’elles étaient en quartier en Pannonie, dans les endroits marécageux, ou pleins de forêts, des Gaules, de l’Allemagne et des Pays- Bas : ce qui arriva aux troupes impériablés en Hongrie le prouve évidemment.

— Par ce que je viens de dire , je ne. prétends pas exclure les mauvais effets de quelques autres causes sur cette maladie; mais produire une maladie, ou l’augmenter quand elle est produite;i sont déUX choses très-différentes.

, PAR LINÛ. 239

médecin désirent, avec une égale ardeur, les fruits et les herbes récentes de la terre, dont la vertu salutaire, atténuante et savonneuse , peut seule les soulager. Ces sortes de personnes, dans le fort de leur maladie, pressées par les cris importuns de la nature, s’occupent pendant tout le jour de cette pensée. Souvent leur imagination échauffée, dans la douce illusion d’un songe, les transporte sur la terre, et leur fait goûter les plaisirs d’un repas tel qu’ils le souhaitent. — L'expérience confirme que ees aliments, dont la nature, par un sentiment intérieur, leur fait désirer si ardemment de se nourrir, sont les meilleurs remèdes et les préservatifs les plus certains de cette maladie. — On a observé , outre cela, que lorsque les causes dont nous venons de parler se rencontrent sur la terre, elles produisent le scorbut à un aussi haut degré de malignité et aussi épidémique que sur la mer. Pendant le siège de Thorn, en 1703, cette maladie fit périr plusieurs milliers de Saxons qui défendaient cette ville. La place fut bloquée pendant cinq mois, sur la fin desquels la saison fut extrêmement orageuse et pluvieuse dans presque toute l’Europe, de sorte que les assiégés eurent à essuyer des fatigues et des inconvénients pareils à ceux des mariniers.

Ils furent continuellement exposés à un -temps humide et malsain. Le défaut de végétaux les obligea de se nourrir d’aliments grossiers et visqueux, tels que le pain de munition , des viandes salées et séchées, et d’autres de même nature.

Baclîstrom rapporte (/}, que lorsqu’on porta dans la ville , du consentement de l’ennemi, une petite quantité de végétaux des plus communs, les officiers s’en emparèrent aux portes, et les dévorèrent avec autant d’avidité que si «ieût été les mets les plus délicats. Les habitants, à la vérité , attribuèrent celte calamité à la mauvaise bière; mais ce qu’il est important d’observer, c’est que la maladie attaqua d’abord la garnison, comme étant la plus exposée aux injures du temps, à cause de la garde qu’elle faisait nuit et jour sur les remparts. Les habitants, qui étaient plus à couvert, en furent infectés beaucoup plus tard, et il n’y eut probablement que ceux qui furent obligés de monter la garde , lorsque la garnison eut

(0 Observationç^ cirça sc^/rlutum»

etc.

ruAiiis

été presque détruite , qui en furent attaqués. Cette maladie était un véritable scorbut, comme il paraît par la promptitude avec laquelle elle cessa de régner, après avoir causé une mortalité des plus grandes , dès que la ville se lut rendue , et qu’on eut, par ce moyen, des végétaux en abondance.

JNous devons considérer, en second lieu, les circonstances et la situation particulière des villes et des pays où cette maladie est endémique; ceci servira à confirmer davantage ce qui a été avancé. — On observe qu’un degré de froid excessif, tel que celui qui se fait sentir en Islande, en Groenland , dans les parties septentrionales de la Russie, etc., avec les aliments dont les habitants de ce pays sont obi de se nourrir pendant les hivers rudes, produit infailliblement le scorbut. — Nous devons remarquer ici les effets pernicieux du froid sur cette maladie. Il en augmente la malignité et la rend beaucoup plus fréquente dans ces pays septentrionaux que dans des climats plus chauds. Il n’est pas sûr cependant que le degré de froid le plus excessif soit en état de produire cette maladie, pourvu que l’air soit sec et pur en même temps. Car tous les pays du Nord sont sujets, en été et en hiver, à beaucoup de brouillards, et lorsque le froid y est porté à un haut degré , il s’élève de la mer une vapeur semblable à la fumée d’une cheminée, et aussi dense que le brouillard le plus épais ; on appelle cette vapeur frost smoak (m). — Le scorbut était autrefois extrêmement endémique dans les Pays-Bas. Les auteurs qui vivaient dans ces pays sont ceux qui nous ont donné les observations les plus exactes sur cette maladie. Or, il est très-certain que la situation au nord et le froid du climat n’étaient pas la seule cause de cette endémie. Si cela avait été, tous ceux qui étaient exposés au même degré de froid, toutes les autres circonstances étant les mêmes, en auraient été également affectés, au lieu que plusieurs villes et villages situés dans le même climat (en Hollande}, et se nourrissant des mêmes aliments que leurs voisins, en étaient entièrement exempts, tandis que ceux-ci, à très-peu de distance des autres, y étaient extrêmement sujets. —-Ainsi Ronsseus

(m) Voyez la relation de la Groënlande, ^ar Jean Edge, ihîssionnaire danois, qui y denteura quinze ans.

(n) remarque que de son temps C'<lte maladie était plus fréquente à Amsterdam et à Alkmaer qu’à Goude et à Rot terdam, et qu’on ne la voyait presque jamais à Dordrecht, quoique cette ville fût située dans le même climat , et qiie|)“' les habitants se nourrissent des mêmesj® aliments. Il nous apprend qu’elle régnait! P

avec la même violence, généralement dans tous les endroits du pays où le ter-M^'^*

rajn était humide et marécageux. Cet

auteur observa encore que, lorsque les!

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vents du sud et d'ouest (o) régnaient

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pendant long temps, ils rendaient tou-

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jours celte maladie très-fréquente, mais qu’elle devenait toujours épidémique et très-maligne , lorsque les saisons étaient

pluvieuses. Dans le temps que Ronsseusi

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écrivit, son pays était exposé à de fréquentes inondations, et n’élait, pouri®:” ainsi dire, qu’un vaste marais. Ces cir-j* constances, jointes à la nourriture gros- 1 sière dont les Hollandais se servaient I alors, rendaient le scorbut une maladie très-commune dans leur pays. Aujour- i d’hui qu’ils sont devenus une république I riche et florissante , qu’ils ont desséché j leur terrain par le moyen des digues et des canaux, et changé entièrement leur façon de vivre , cette maladie paraît rarement parmi eux ; elle n’attaque que le i plus bas peuple qui, habitant les parties i basses et humides des provinces, continue à user de son ancienne nourriture (p), et est obligé de boire une eau croupissante et malsaine. Cette ancienne nourriture est du porc salé, fumé, souvent rance, et de gros pain. Il est vrai que, depuis ces changements, cette ma-

ladie a régné quelquefois avec violence

en Hollande , dans plusieurs de ses guerres , par exemple ; mais c’était lorsqu’on avait été obligé de lâcher les écluses pour inonder la campagne.

Plusieui’sautrespayssontdansle même cas aujourd’hui, tels que la Basse-Saxe et autres parties de l’Allemagne , de la Suède , du Daneinarck et de la NorAvëge, où cette maladie est en général beaucoup moins fréquente qu’autrefois. Depuis

(n) Ronsseus, de magnis Hippocratis Lienibus , etc., seu vulgo dicto scorbuto.

(0) Musschenbroek observe que ces vents sont les plus humides qui régnent en Hollande. (Vid. Elemenla Philosophiæ naturalis. )

♦ (p) Vid. Brunneri Tractatus de Scor-

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deux cents ans, tous ces pays ont extrêmement changé de face, et la façon de vivre de leurs habitants est très-différente. On y boit aujourd’hui beaucoup plus de vin, la bière y est meilleure, les maisons plus sèches , mieux aérées et plus commodes ; les terres sont extrêmement améliorées, et on a pourvu à l’écoulement des eaux. — Mais il est bon de remarquer que, dans tous les endroits dont nous venons de parler, où le scorbut était autrefois si particulièrement endémique, à cause de leur situation humide et marécageuse, et de la nourriture grossière et malsaine dont leurs habitants se servaient , la froideur du climat devait certainement y contribuer beaucoup. Car nous observons que Venise , qui est située dans un endroit des plus humides, est entièrement exempte de cette maladie. Il paraît que la chaleur du climat en est la principale cause.

Cette chaleur élève très-haut les vapeurs aqueuses , les disperse et rend le temps continuellement serein. On peut supposer aussi que les aliments légers , et la grande quantité de végétaux dont les Italiens se nourrissent, suffisent pour les préserver de cette maladie dans les endroits les plus humides. — Je terminerai ce chapitre par quelques observations sur les effets des différentes causes auxquelles nous avons attribué le scorbut, dans les pays ou elles prévalent moins fréquemment. Je bornerai mes observations à la Grande-Bretagne. — On remarque en général que les habitants des ports de mer situés dans des endroits froids , bas et humides , ont les gencives putrides , les jambes enflées , oedémateuses avec des ulcères , etc. , tandis que les habitants des villages voisins, situés dans un terrain sec et sablonneux, et où l’on respire un air plus pur, sont entièrement exempts de tout symptôme scorbutique.

Le scorbut est endémique dans les endroits où il pleut continuellement , et où il y a beaucoup d’humidité ; le fort Guillaume en est un exemple (<7). — Les pays marécageux ou environnés d'épaisses forêts , ceux qui sont sujets aux inondations ou remplis d’une eau croupissante et corrompue, et où le soleil n'agit point assez puissamment pour élever les va-

((/) Voyez la lettre du docteur Granger, dans laquelle il donne la relation du scorbut qui régna dans ce fort en 1752, çliap. H.

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peurs à une hauteur convenable, tous ces pays, dis-je, sont continuellement couverts de brouillards malsains, et leurs habitants sont sujets au scorbut et aux lièvres intermittentes. On observe que ceux qui occupent les appartements les plus élevés sont moins souvent attaqués de maladies que ceux qui habitent le rezde-chaussée de la même maison. Les pauvres malheureux qui logent dans des souterrains humides sont les plus sujets au scorbut , aussi bien que ceux qui sont enfermés dans des cachots et dans des prisons humides et malsaines, où ils passent la plus grande partie de leur temps à dormir. J’ai vu, il n’y a pas long-temps, une personne qui avait contracté le scorbut à un très-haut degré, dans une prison où elle était enfermée (r). — On éprouve que la différence des aliments produit des effets très-différents dans cette maladie. Nous voyons que , dans les situations dont nous venons de parler, elle attaque le plus communément les gens les plus pauvres, qui se nourrissent principalement, ou de viandes ou de poissons salés, çt de farines non-fermentées, sans faire usage de fruits (j), ou autres végétaux récents, ou d’un pain fait avec la farine de pois, seule ou mêlée avec celle d’avoine. Ces sortes de gens vivent pendant l'hiver d’un mélange de gruau d’avoine et de graisse de bœuf salé qu’ils appellent broose. Ils ne boivent qne des eaux crues ou corrompues, faute d’autres.

Les différentes façons de vivre influent encore différemment sur cette maladie.

Ceux qui vivent dans l’indolence et la paresse , ou qui mènent une vie sédentaire, tels que les cordonniers, les tailleurs, et surtout les tisserands, à cause de l’humidité des endroits où ils travaillent, y sont tcès-sujets. Les laboureurs , au contraire, et ceux qui font beaucoup d’exercice, n’en sont jamais attaqués, quoiqu’ils usent de la même nourriture , ou même d'une plus grossière. Les pêcheurs sont souvent scorbutiques, à cause de leur façon de vivre, de leur nourriture grossière, et de l’usage habituel des liqueurs spiritueuses. — Les passions de l’âme y font encore beaucoup. Ceux qui sont d’un naturel gai et content y sont moins sujets que les personnes tristes et

(r) Voyez le chap. ii.

(5} Voyez les deux ças rapportés ch, 11 et çh. Y.

TRAITÉ

mélancoliques. — Enfin, on a toujours remarqué que, dans les circonstances que nous avons décrites, l’état présent du corps contribuait extrêmement à disposer au scorbut. Ceux qui ont été affaiblis et épuisés par des fièvres et par d’autres maladies longues, ou dont les viscères sont obstrués après des fièvres intermittentes automnales, deviennent aisément scorbutiques, par l’usage d’une mauvaise nourriture. Les personnes en qui une évacuation naturelle et nécessaire est supprimée, sont plus sujettes à cette maladie que les autres ; telles sont les femmes , lorsque leurs règles sont supprimées, surtout si c’est à l'occasion d’une peur ou d’un chagrin ; la même chose a lieu lorsque celte évacuation les quitte naturellement.

L’extrait suivant du journal de M.

Yves sert à confirmer plusieurs choses qui ont été avancées dans ce chapitre. Il contient l’histoire des maladies qui régnèrent sur le vaisseau le Dragon.

1743. Juillet. Nous fûmes exempts du scorbut depuis la fin d’avril. Nous demeurâmes tout le mois au Port-Mahon ; le temps fut excessivement chaud. Les gens de notre équipage travaillèrent beaucoup, et burent du vin et des liqueurs spiritueuses en quantité. Les maladies du mois précédent augmentèrent , et furent beaucoup plus inflammatoires ; c’étaient des fièvres avec inflammation des amygdales, des pleurésies et des péripneumonies. Nous envoyâmes à l’hôpital dix-sept malades.

Août. Nous demeurâmes encore au Port-Mahon. On donna à l’équipage quelque argent, mais ils ne s’en portèrent pas mieux. Les maladies furent les mêmes que dans le mois de juillet ; elles ne firent mourir personne. Vers la fin du mois , les cours de ventre prirent la place des fièvres. Dix-huit malades furent envoyés à l’hôpital.

Septembre. Nous restâmes une partie de ce mois au Port-Mahon, et l’autre sur la mer. Le temps fut inconstant dans le commencement et pluvieux; il devint tempéré et chaud vers la fin. La dysenterie y régna particulièrement ; la plupart des malades en étaient tourmentés pendant cinq ou six semaines, cependant aucun n’en mourut. Nous eûmes encore quelques légères fièvres continues, des rhumatismes et des fièvres intermittentes.

Octobre. Nous passâmes la plus grande partie de ce mois sur la mer. Le temps

fut assez tempéré, quoique inconstant.

Le 17 et le 18, nous eûmes de la pluie et du vent. Ma liste des malades était remplie en grande partie de convalescents des cours de ventre du mois précédent. Le rhumatisme fut la maladie dominante, mais il n’était point opiniâtre. Il y eut aussi deux ou trois fièvres quartes qui durèrent plusieurs mois.

Novembre. Partie sur mer, partie à Gibraltar. Des vents frais de l’Orient régnèrent souvent avec la pluie, du ic>^ au 10. Le temps fut orageux pendant tout le mois, à l’exception de quelques jours secs sur la fin. Le 8 du mois, six ou huit personnes furent attaquées d’une douleur de tête , d’un frissonnement , et quelques-unes d’un vomissement. La fièvre parut le lendemain. Ils se plaignirent, le troisième ou quatrième jour, d’un picotement universel à la peau; une toux fréquente et incommode se mit de la partie. Le cinquième ou sixième jour, leur peau se couvrit de petites taches rouges, semblables à des morsures de puces ; leurs yeux étaient douloureux et larmoyants. Le huitième jour, quelquesuns suèrent copieusement; d’autres eurent un cours de ventre; les évacuations les mirent entièrement hors de danger ; cependant la maladie se termina dans quelques uns par les crachats, et dans d’autres par les urines. Il y eut vingt personnes attaquées de cette espèce de rougeole, dont elles guérirent toutes. Le rhumatisme régnait toujours.

Décembre. Nous passâmes ce mois à Gibraltar. En général, il fut froid , humide et orageux. Il y eut plusieurs maladies, niais de peu d’importance. Le scorbut commença à paraître vers la fin du mois, quoique nous fussions [t) à Gibraltar; nous envoyâmes vingt-deux malades à l'hôpital.

1744. Janvier. Ce mois fut extrêmement froid et orageux , avec des pluies presque continuelles. Le 8 , après midi , il s’éleva un vent frais et violent avec un gros temps. Le lendemain l’orage continua , et il plut beaucoup dans la matinée : le temps fut extrêmement orageux et pluvieux depuis le 3 jusqu’au 27. — Le 8 du mois, nous quittâmes Gibraltar. Le scorbut faisait des progrès de

{t) On ne peut pas dire qu’on fût privé alors des influences de l’air de la terre, car les vaisseaux sont étroitement renfermés dans 1 r ade de Gibraltar,

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jour en jour : le 10 , j’avais cinquante scorbutiques sur ma liste : le 20 , ils étaient au nombre de quatre-vingts ; il y 511 avait plusieurs qui étaient en trèsmauvais état : leurs membres étaient l’aides et raccourcis , leurs jambes ulcél’écs, les gencives putrides, l’iialeine puante , là respiration difficile : leurs sxcréments répandaient une odeur trèsfétide , etc. — Le 30 du même mois , ma liste contenait les malades suivants.

Scorbut porté à un haut degré . . 66

Cours de ventre scorbutique . . 6

Scorbut avec toux 10

Scorbut avec ulcères 10

Asthme scorbutique 1

Hémoptysie scorbutique .... 1

Autres maladies non - scorbutiques, principalement des rhumes . 6

Total des malades 90

Après avoir fait voile jusqu'à la fin du mois , nous arrivâmes à la rade d’Hières.

FeWier. Ce mois fut froid , orageux , et pluvieux ; le temps fut extrêmement rude , surtout au commencement et à la fin. — On donna cinq fois aux malades , depuis le troisième du mois jusqu’au dix, des viandes fraîches , et des bouillons avec des végétaux récents , à la place de bœuf et de porc salé. — En arrivant dans la rade d’Hières, nous apprîmes que nous étions à la veille d’en venir aux mains avec l'ennemi. Ceux qui étaient en santé et les malades donnèrent également les plus grandes marques de satisfaction. Ces derniers se rétablirent de jour en jour d’une manière surprenante; de sorte que, le 11 février, lorsque notre flotte livra le combat aux flottes combinées de France et d’Espagne, nnus n’en eûmes que quatre ou cinq qui restèrent au quartier des malades. Il n’y en eut aucun , ou du moins très-peu , qui s’aperçussent de leur maladie , depuis le onzième jusqu’au quinzième ; le quinze,

ma liste était dans l’état suivant.

Convalescents du scorbut .... 30

Scorbutiques au premier degré . 5

— à un plus haut degré. 4

Ulcères ' 4

Pleurésie i

Cours de ventre 1

Lumbagines 3

Fièvres d’accès 2

Rhumes Il

Total des malades ... G1(m)

(w) Ceci nous fournit un exemple suf-

Il faut remarquer qu’on ne débarqua aucun malade depuis le mois de décembre , et qu’il n’en mourut qu’un seul. — Lorsque nous arrivâmes au Port-Mahon sur la fin du mois , le nombre était considérablement augmenté : ceux qui s’étaient si bien rétablis le mois précédent, eurent une rechute : je les envoyai tous à l’hôpital.

Mars. Ce mois, en général, fut froid, pluvieux , et très-sujet aux vents : lorsqu’il ne pleuvait point , le temps était ordinairement sombre et couvert; les vents furent plus modérés sur la fin du mois , excepté le dernier jour , qu’il s’éleva un vent frais, violent, mais sans pluie. Nous passâmes tout le mois au Port-Mahon : il y eut de temps en temps quelque nouveau malade attaqué du scorbut, que j’envoyai constamment à l’hôpital. Cinq ou six scorbutiques qui étaient attaqués de toux , sont maintenant phthisiques à un haut degré : les maladies qui prévalurent sur la fin du mois étaient des rhumes et des fièvres légères.

Avril. Le temps fut orageux le pre* mier et le second jour ; couvert et pluvieux du 3 au 7 ; tempéré et serein du 8 au 12. Des vents frais , avec la pluie , régnèrent depuis le 12 jusqu’au 20. Le temps fut calme et serein depuis le 20 jusqu’au 26 ; couvert, pluvieux et chaud depuis le 26 jusqu’à la fin du mois. Nous croisâmes successivement pendant ce mois sur les côtes de France , de Savoie et de Gênes, Les toux et les rhumes augmentèrent dans le commencement du mois , ils devinrent inflammatoires et dangereux vers le milieu et sur là fin. Il y eut quatre ou cinq péripneumonies , et trois ou quatre fièvres violentes avec délire , etc. Il mourut deux malades , dont l’un était attaqué d’une péripneumonie , et l’autre d’une fièvre avec délire. Nous eûmes , sur la fin du mois , deux ophthalmies très fâcheuses.

Mai. Le temps fut très-chaud, tantôt serein , tantôt couvert et pluvieux. Nous

prenant du pouvoir des passions de l’âme sur celte maladie; car je crois qu’on ne peut point attribuer la différence de la liste des malades depuis le 30 janvier jusqu’au 15 février, à cinq bouillons qu’on leur donna. Les rechutes ne pourraient-elles pas avoir été occasionnées ensuite par le malheureux combat du 11 février? Le vaisseau le Dragon combattit çe jour-là»

passâmes ce mois sur mer comme le dernier. — Les maladies furent un peu différentes de celles du mois d’avril ; mais personne n’en mourut. J’ai oublié de dire que, sur la fin du mois d’avril, deux ou trois personnes eurent une éruption cutanée universelle , accompagnée de démangeaisons : elles se portaient d’ailleurs parfaitement bien. Cette éruption parut chez plusieurs autres dans ce moisci , et les incommoda beaucoup. Un de ces malades s’étant exposé au froid , l’éruption rentra , la fièvre s’alluma , et il manqua d’en mourir : un eflfort salutaire de la nature , qui poussa une seconde fois par la peau la matière morbifique , le tira d’affaire.

Juin. Quoique nous fussions au Port- Mahon, où le temps était très-chaud , et où les gens de notre équipage travaillaient beaucoup , les maladies diminuèrent au lieu d'augmenter. Tout l’équipage fut attaqué , vers le milieu et sur la fin du mois, d’une légère diarrhée.

— Le 24 de juin , nous quittâmes le Port-Mahon , et nous arrivâmes le 30 à Gibraltar.

Juillet. Le temps fut excessivement chaud , et presque toujours serein et sec. Nous partîmes de Gibraltar le 3 , et arrivâmes à Lisbonne le 19 ou le 20.

Nous eûmes encore quelques légères diarrhées , mais en général ce mois fut très-sain.

Août. Le temps fut presque toujours chaud et sec, excepté le 21. Ce jour fut couvert, et il plut très-considérablement. Nous demeurâmes tout ce mois à Lisbonne , où notre équipage avait deux fois par semaine des provisions fraîches et des herbes récentes. Il eut alors la plus belle occasion de se pourvoir de toutes sortes de végétaux. On continua à jouir d’une bonne santé , à l’exception de quelques légères diarrhées qui survenaient de temps en temps.

Septembre. Les vents furent violents depuis le 1 jusqu’au 4 , et très-modérés depuis le 5 jusqu’au 14. Pendant ces quatorze premiers jours , le temps fut couvert , sombre et pluvieux , et il fit beaucoup d’éclairs. Les vents furent modérés depuis le 15 jusqu’à la fin du mois ; le temps fut très-inconstant, presque toujours couvert et pluvieux, à l’exception de quelques jours sereins , qui furent généralement chauds. Nous partîmes de Lisbonne le 3 , et arrivâmes à Gibraltar le 15. — Quoiqu’il n’y eût point beaucoup de malades pendant ce

TRAITÉ

mois , nous eûmes cependant quelques scorbutiques vers le milieu et sur la fin. On envoya à l’hôpital neuf malades attaqués de différentes maladies.

Octobre. Beaucoup de vent , de pluie et de brouillards, excepté quelques jours où le temps fut beau , et les vents modérés. Il fit tantôt froid , tantôt chaud. — Le scorbut parut alors subitement, et nous alarma beaucoup (ar). Le 13, j'envoyai à terre vingt-quatre scorbutiques.

Nous quittâmes Gibraltar le 14 ; lorsque nous fûmes à la hauteur de Minorque , nous reçûmes ordre d’aller plus loin , et j’envoyai vingt autres scorbutiques à l’hôpital de Port-3ïahon.

Novembre. Le temps fut beau, froid, et les vents inconstants depuis le 1 jusqu’au 11. Il fit très-mauvais pendant le reste du mois ; les vents étaient violents, froids et perçants ; il tomba beaucoup de pluie et quelquefois de la neige. — Nous arrivâmes à Vado le 20, et nous en partîmes le 29. Nous avions cinquante scorbutiques à notre arrivée dans ce port {y).

Décembre. Ce mois tut aussi trèsfroid, venteux et humide. Il n’y eut que peu de jours où le temps fut beau et les vents modérés.

1745. Janvier. Ce mois fut comme le précédent. Nous n’eûmes que huit jours de beaux et tempérés. — Je donnai à chaque scorbutique, depuis que nous fûmes arrivés à Vado , jusqu’au 5 de décembre , une orange de la Chine et trois pommes. Alors n’ayant plus de pommes , je continuai à leur donner une orange jusqu’au 7 de décembre , où elles me manquèrent aussi. Le 22 novembre , on leur donna du bouillon fait avec de la viande fraîche. Ils en eurent encore le 27 , le 29 du même mois , le 1 et le 2 de janvier. On y avait fait cuire des navets; c’étaient toutes les provisions que nous avions faites à Vado de viandes fraîches et de végétaux récents. Le 8 de décembre, le capitaine Watson, aujourd’hui contre-amiral , fit donner du bouillon fait avec du mouton à vingt-huit de nos malades, le 13 il en fit donner également

(x) 11 n’était point causé par l’abstinence des végétaux pendant un si court espace de temps. Ceux que l’équipage avaient eus à Lisbonne étaient un extraordinaire pour eux.

(jj) Un air corrompu ne pouvait contribuer à cette maladie que très^peu pendant un temps si froid.

DU SCORBUT

à quarante-cinq. Voici maintenant ce que je remarquai.

[29 Novembre. En général les scorbutiques se trouvèrent beaucoup mieux.

Ceux dont les membres étaient raidis recouvrèrent la souplesse de ces parties. La putridité des gencives , la difficulté de respirer, et tous les autres symptômes diminuèrent (z).

Le 2 décembre , iis allaient de mieux en mieux.

Le 5 , le temps n’était point si froid depuis que nous étions partis de Yado.

Le C , tous les scorbutiques étaient convalescents.

Le 25 , je n'avais que trente malades sur ma liste : c’étaient des scorbutiques presque entièrement guéris.

Le G janvier , nous étions encore sur mer; le temps était froid et humide.

L’équipage manqua de vin pendant neuf jours. Ceux qui avaient été attaqués du scorbut retombèrent , et il y en eut plusieurs autres qui furent hors d’état de remplir leurs devoirs.

Le 8 janvier, nous mouillâmes à Port- Mahon , et nous envoyâmes à l’hôpital , cinquante-neuf scorbutiques. ]

Février. Nous passâmes ce mois à Port-Mahon ; le temps fut extrêmement froid. Nous eûmes de temps en temps quelque nouveau scorbutique, principalement vers la fin du mois , où le scorbut fut accompagné de symptômes fébriles.

Nous en envoyâmes cinq à l’hôpital.

Mars. Le temps fut plus chaud que dans le mois précédent, mais inconstant : les venis modérés. Nous fîmes voile de Port-Mahon le 17 , et arrivâmes à Gibraltar le 22. La liste des malades était nombreuse ; elle était composée de valétudinaires que nous avions tirés de l’hôpital de Port-Mahon , et d’une ou deux fièvres. Nous en envoyâmes quatorze à l’hôpital de Gibraltar.

Avril. Les quinze premiers jours furent beaux , le reste du mois fut pluvieux , couvert et plein de brouillards.

Tout le mois, en général, fut chaud. — Il y eut quelques mauvaises toux et quelques rhumes , mais en petit nombre.

Nous perdîmes un homme âgé, qui mourut d’une fièvre continue. Nous partîmes de Gibraltar, transportant avec nous les malades qui étaient à l’hôpital. Comme ils y étaient mal pour ce qui concerne

(z) IVI. Yves attribue cela, aveç raison, aux oranges et aux pommes.

, PAR lÏnd. 245

les végétaux et les viandes fraîches , nous espérâmes qu’ils seraient mieux à Lisbonne ou sur les côtes de Portugal, où nous croisâmes pendant tout le mois.

Mai. Le temps fut tempéré et chaud , sans beaucoup de pluie; il fut quelquefois couvert et froid. Nous passâmes tout ce mois sur la mer. — Vers le milieu et sur la fin , plusieurs personnes furent attaquées du scorbut , d’autres de cours de ventre. Les provisions fraîches que nous espérions avoir sur les côtes de Portugal nous manquèrent. Les malades auraient souffert beaucoup, si le capitaine Watson ne leur avait donné quatre de ses moutons , et tout le lait que sa vache pouvait fournir ; c’était la coutume de ce capitaine dans de pareilles circonstances.

Juin. Les vents impétueux du nord régnèrent continuellement; Us rendirent le temps très-incommode , et entretinrent l’air assez froid , jusqu’à ce que nous arrivâmes à Lisbonne, le 13 de ce mois. Les scorbutiques étaient en trèsmauvais état [a) , et il en mourut trois ou quatre.

Juillet. Nous passâmes ce mois à Lisbonne ; tous nos scorbutiques n’étaient pas encore guéris. Plusieurs étaient attaqués d’un flux de ventre scorbutique , d’autres de diarrhées et de dysenteries, sans aucun symptôme du scorbut. Il parut plusieurs fièvres sur la fin du mois.

Août. Il y eut quelques fièvres légères , mais surtout des diarrhées et des dysenteries. M. Mauberty , charpentier de notre vaisseau , mourut de la dysenterie. J'avais appelé à son secours M.

Kenmedy, médecin à Lisbonne, et le docteur Lind, qui était alors chirurgien du vaisseau le Kennin^ton. Nous partîmes de Lisbonne le 22 , et fîmes voile vers l’Angleterre. J’avais pour lors vingt malades sur ma liste.

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