‹ Observations sur les maladies des armées dans les camps et dans les garnisonsChapitre 79 sur 117 · LIND · texte numérisé non relu

LIND

de l’enflure de .ses jambes, de sa faiblesse, ou pour d’autres causes, et qu’il ne peut point se procurer des herbes ou des fruits récents, la maladie ne manque jamais de faire des progrès. Enfin , quand la maladie est parvenue à son second période, elle ne peut être guérie sans le secours des végétaux. Nous en avons vu plusieurs exemples, particulièrement à l’hôpital de Gibraltar : plusieurs scorbutiques y périrent misérablement, quoiqu’ils ne manquassent point de bons bouillons faits avec des viandes fraîches, et qu’ils respirassent l’air de la terre, au lieu qu’une petite quantité de végétaux qu’on leur eût donnés chaque jour leur aurait certainement sauvé la vie.

Celte maladie , lorsqu’elle est accidentelle , peut être guérie sur les vaisseaux , soit dans le port , soit en pleine mer, par l’usage de végétaux récents, et par un traitement convenable , surtout par les oranges et les limons, pourvu qu’elle soit dans le premier ou même dans le second période. — Les symptômes qui se présentent dans le troisième période sont les plus dangereux : tels sont une oppression de poitrine , une constipation opiniâtre , des douleurs de côté et de fréquentes défaillances ; mais surtout , une grande difficulté de respirer. — Les pronostics de cette maladie sont quelquefois trompeurs sur la mer où on ne peut point se procurer des viandes fraîches et des herbes récentes, ou des fruits : car on voit des scorbutiques qui ne paraissent que légèrement affectés , être attaqués subitement de quelqu’un des plus mauvais symptômes.

— On ne peut point prévoir aisément la mort subite de certains malades , lorsqu’ils font quelque effort, ou lorsqu’on les expose au grand air ; quoiqu’elle arrive ordinairement après qu’ils ont été renfermés pendant long-temps dans un air impur. — Le premier signe favorable qui se présente lorsqu'on commence à faire usage d’herbes récentes ou de fruits , c’est un léger cours de ventre ; ces aliments produisent l’effet d’un trèsdoux purgatif. Si la peau , peu de jours après, s’humecte et se ramollit, c’est un signe certain de la guérison du malade , surtout s’il peut supporter un exercice modéré et le changement d’air , sans tomber en faiblesse. Si les aliments végétaux lui rendent dans quelques jours l’usage des jambes [b) , il est hors de

{b) Remarque de M, Yves. — La con-<«

danger à moins qu’il ne soit attaqué de la dysenterie scorbutique , ou qu’il n’ait la poitrine affectée. Ces deux symptômes sont souvent mortels, et cèdent aux remèdes plus difficilemeut qu’aucun autre.

— La noirceur ou les taches de la peau disparaissent à mesure que le malade guérit , à peu près de la même manière que les autres ecchymoses. Elles commencent par devenir jaunes à leur circonférence ; cette couleur s’étend peu à peu vers le centre , ensuite elle s’éclaircit , et la peau reprend sa première couleur.

— Lorsque le scorbut a été porté à un liant degré, et la poitrine fort affectée , il se termine souvent par la phthisie.

Quelquefois il laisse une disposition à riiydropisie ; ou , ce qui est plus fréquent , les jambes demeurent enflées , œdémateuses et ulcérées. Ceux qui ont été affectés du scorbut sont sujets quelquefois , dans le couraut’de leur vie , à des rhumatismes chroniques , à des douleurs et à des raideurs dans les articulations , et quelquefois à des éruptions cutanées ou à quelques maladies de la peau (c).

Page 1